LE LIVRE D'ALZÉ
Le texte allemand a été imprimé la première
fois à Frankfurt en 1625 dans le DYAS CHIMICA TRIPARTITA de
Johann Grasshof. Une traduction latine fut incluse dans le
Musaeum
Hermeticum par le même éditeur, Lukas Jennis, la
même année [
pp. 323-337]
Liber Alze in Dyas Chymica
Tripartita de Grasseus - cliquez
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[pour un commentaire sur l'emblème de cette page, cf. Douze Clefs de
Philosophie]
UN TRÈS BREF TRAITÉ CONCERNANT LA
PIERRE PHILOSOPHALE
Écrit par un Sage allemand, inconnu, il y a environ 200 ans et
appelé le Livre d'Alzé. Aujourd'hui publié pour la
première fois.


revu le 26 avril 2009
Introduction
: le Livre d'Alze apparaît dans l'édition du
Musaeum Hermeticum de
1625 et p. 323 dans celle de l'édition de 1678. Le titre complet
est :
De
Lapide Philosophico Perbreve Opusculum, quod ab ignoto aliquo Germanico
Philosopho, pene ante ducentos annos, conscriptum & Liber Alze
nuncupatum fuit, nunc vero in lucem editum. Ce livre a
été commenté par Söldner dans le
Teutsches Fegfeuer der Scheide-Kunst,
1702, p. 115 [
Ferguson, I].
L'ouvrage a été reproduit dans le
Dyas Chymica Tripartita,
attribué à Grasseus [
Grasshoff].
Johann GRASSHOF [Hermannus
Condeesyanus].
Dyas chymica tripartita, Das ist: Sechs Herrliche Teutsche
Philosophische Tractätlein, Deren II. von an jtzo noch im leben:
II. von mitlern alters: und II. von ältern philosophis beschrieben
worden. Nunmehr aber Allen Filiis Doctrinæ zu Nutz an Tag geben,
und mit schönen Figuren gezieret. Durch H[ermannus] C[ondeesyanus]
D.
4° Franckfurt am Mayn bey Luca Jennis zu finden 1625
Ferguson Wolfenbuttel NU.Cat. British Lib. Wisconsin
1. Ein güldener tractat vom philosophischen steine. p. 11-66
2. Aureum seculum redivivum das ist: Die ulralte entwichene
güldene zeit, so nunmehr... offenbahret: Hinricus Madathanus. p. 67-81
3. Vier tractätlein fr. Basilii Valentinii... von dem grossen
stäin der uralten weysen maister. p. 3-87
4. Lambspring, das ist: Ein herrlicher teutscher tractat vom
philosophischen steine welchen... Lampert Spring... beschrieben hat. p. 87-117
5. Vom philosophischen steine, ein schöner tractat vom einem
teutschen philosopho im jahre 1423 beschrieben. p. 121-137
6. Vom philosophischen steine ein kurtzes tractätlein so... Liber alze genennet worden. p. 139-156
7. Hermetico-spagyrisches lustgärtlein: darinnen hundert und
sechtzig unterschiedliche, schöne, kunstreiche, chymico-sophische
emblematat [von Johann Daniel Mylius].
Ce court traité,
inséré dans le Dyas Chymica Tripartita,
se présente non pas comme un texte absolument original mais
constitue un commentaire de quelques extraits de la Turba
Philosophorum. On remarque qu'en quelques passages d'ailleurs, les noms
des personnages fictifs de la Tourbe sont faux ; nous avons
signalé ces erreurs.

Incipit du Livre d'Alze, Dyas
Chymica Tripartita, p. 139
L'ensemble du texte est disponible, entièrement
numérisé, à l'adresse suivante : http://diglib.hab.de/drucke/nd-779/start.htm
LE LIVRE D'ALZÉ
Ne me tiens pas rigueur, gentil lecteur, de parler premièrement
de la Lune, puis du Soleil et des autres planètes et seulement
en troisième lieu de notre très excellente
Médecine, ALZÉ. [
Alze semble avoir été mis
pour Azoth, terme qui caractérise le Mercure des alchimistes]
Dans ce cas, ce qui vient en dernier est meilleur et plus honorable que
ce qui vient en premier. La substance doit d'abord devenir blanche,
puis rouge ; Elle ne peut devenir rouge sans être devenu
préalablement blanche. Ainsi que Simon le Sage dit :
"
Sachez que si vous ne faîtes d'abord
la Pierre blanche, vous ne pouvez faire la rouge " [
propos
que l'on trouve dans le Donum Dei ; nous avons dit
ailleurs que Inw, par cabale, était cette pierre
blanche qui résultait de la mondification du Mercure].
Parce que par la rouge le reste des planètes est unifié
et la Médecine s'avère ignorante si cet ordre n'est pas
observé en la matière du blanc et du rouge. Ainsi la Lune
est la première saisie et elle fait l'Élixir à
partir du blanc qui est le blanc de la Lune jusqu'au blanc du Mercure
extrait des corps qui lui vient au rouge. Par suite de quoi nos Sages
disent que le rouge est caché dans le blanc qu'ils n'osent pas
extraire tant que toute la substance n'est pas devenue rouge. Lorsque
la substance a été sujette à l'influence de la
Lune, elle peut alors, dans un second lieu, être portée
sous l'influence du Soleil qui mènera la Médecine
à la perfection sans aucune aide des autres planètes. Par
cela vous devez comprendre pourquoi la Médecine vient en
dernier, ainsi même que du père provient le fils et
l'esprit sain de ces deux là ensemble [
l'allégorie
est présentée de façon différente
qu'à l'accoutumée ; en effet, au lieu de Gabricius et
Beja, le symbolisme - emprunté aux traditions chrétiennes
- est semblable à celui développé par Lambsprinck
dans son De Lapide Philosophorum].
Que celui qui a des oreilles pour entendre, laissez le entendre et
comprendre la brève manière de notre art qui est
donnée dans la
Tourbe
:
"
Saches
que la vraie teinture ne peut
être préparée qu'à partir de notre
minière. "
De Lapide Philosophorum,
Lambsprinck, onzième figure [allégorie du père, du
fils et de l'esprit sain]
Concernant cette minière [
la Pierre des philosophes,
c'est-à-dire le premier Mercure ou Lion vert]
je propose donc de te donner la seule explication qui est requise, je
serai prudent à la compléter et je confirmerai ma propre
opinion par des citations des autres Sages. Je ne parlerai pas
uniquement de notre minière, mais également de notre
union ou conjonction de l'eau et du Mercure dont Eximenus [
Anaximène,
cité dans la Tourbe,
cf. Idée alchimique, II
pour ses autres noms] dit :
"
rien de profitable ne peut provenir des éléments sans
conjonction et douce coction. " [
c'est
la maxime des Sages : Solve et Coagula ; la coction correspond à
la solution des corps et la coagulation à leur conjonction.
aussi bien affirment-ils que la putréfaction est la solution de
la conjonction, chose que l'on fait voir parfaitement dans les images
du Rosarium Philosophorum]
Notre minière, Lukas [
Lucas est donné comme le
maître de Démocrite dans la Turba, cf. Idée alchimique, II. Cf.
encore Psautier d'Hermophile, cap.
XCIX ; Toyson
d'Or ] l'appelle la minière
blanche et il va par beaucoup d'autres noms en tenant compte des
multiples couleurs apparaissant lors des nombreuses étapes du
processus chimique [
il s'agit d'une matière blanche et
brillante que l'on trouvait, jadis, en abondance à Chio ou
à Samos]. Mais quoique la jalousie des
Sages l'ait décrite sous des noms variés, elle est et
demeure une substance unique. Pythagoras [
Turba]
dit :
"
de nombreux noms lui sont
donnés,
cependant elle n'est rien d'autre que l'unique et vraie Matière
et ceci par le développement de sa nature. Les envieux l'ont
décrite par les noms de tous les corps comme par exemple argent,
plomb, cuivre, etc., en accord avec la variété de ses
couleurs ".
Ainsi Lukas nous dit que nous n'avons pas besoin de plusieurs choses
mais seulement d'une seule. Diamedes et Basan disent :
"
n'y
ajoutes pas de substance
étrangère car la substance commune des métaux est
une chose plus excellente que toutes les autres choses
".
Il s'ensuit que notre Art tout entier est en rapport avec l'eau et une
substance double qui améliore l'eau [
l'Eau
permanente des Sages, Mixte formé du Lion vert et des deux
Soufres : le Soleil et la Lune]. Synon nous dit
que le soufre et notre minière dérivent d'une chose et
sont changés en quatre [
cf. introduction à la Turba].
Lukas dit :
"
la
minière blanche est soumise
à la coction jusqu'à ce qu'elle se génère
d'elle-même. Elle devient ainsi unie dans les quatre
éléments et reçoit une âme vivante. Il n'y a
jamais rien de plus qu'une chose mais ainsi qu'un homme consiste en un
corps, une âme et un esprit et n'est cependant rien de plus
qu'une seule personne, notre substance consiste en un corps, une
âme et un esprit. La minière reçoit sa force, son
esprit et sa croissance de l'eau ". [
Lucas
écrit que le Sel, à partir d'un certain moment, au cours
de la Grande Coction, parvenu à une sorte d'état de
surfusion, coagule et c'est cela que les Sages nomment la
multiplication ou, mieux, l'accroissement. Dans les symboles, le corps
est représenté par un vieillard ou un roi
âgé tenant son sceptre ou un bourdon ; l'âme est le
FILS du roi - telle est du moins la représentation qu'en donne
Lambsprinck dans le Dyas Chymica
Tripartita. Enfin, l'Esprit est, de même,
présenté sous la forme d'un ange lui aussi
âgé, d'où l'on tire la conclusion assez logique que
cet Esprit a plus à voir avec le Corps qu'avec l'Âme, ce
en quoi on se trouve d'accord, d'une certaine façon, avec la
tradition chrétienne.]
Les Sages disent :
"
Si la minière est souvent mortifiée pendant la coction,
elle devient entièrement la plus excellente et après le
corps obtient une âme, à la façon d'un homme".
[
dans cette optique, l'Esprit aide donc le
Corps à recevoir une Âme. Là encore, images que
l'on peut voir dans le Rosarium
Philosophorum]
Le corps ne pénètre pas l'âme mais
l'âme pénètre le corps car elle est volatile [
il
est plus exact de dire que l'âme est visqueuse et nous entrons
là dans le débat autour de la voie humide et de la voie
sèche. Bien des alchimistes se sont fourvoyés à
considérer l'une pour l'autre quand il aurait été
plus simple de voir laquelle avait d'abord été
employée, cf. Geber et la Somme
de Perfection]. L'âme qui est
cachée dans les quatre parts du corps est appelée soufre.
Ces corps sont mâle et femelle et par leur mutuelle
opération notre substance devient de l'eau [
la
dissolution des parties corporelles et adustibles s'opère par la
médiation de l'esprit ; ce n'est point autre chose qui est
écrit dans la Table d'Emeraude, là
où la plupart lisent « meditatione » par corruption
du texte, il faut en effet lire « mediatione ».].
Aristée dit :
"
observez l'eau indestructible qui en est
issue
".
Prenez l'humidité qui s'en dégage. D'autres Sages
disent :
"
prenez l'eau avec ces substances jumelles
et laissez la
être asséchée par le moyen de la vapeur qui est
comme elle et coagule dans sa propre eau ". [
on
ne peut mieux caractériser un fondant qui se volatilise ; les
substances jumelles sont bien sûr les Gémeaux de l'oeuvre,
homonymes spirituels de la constellation, cf. zodiaque alchimique]
Cette eau est aussi
appelée poison, elle est le principe de vie, parce qu'elle est
une âme extraite de nombreuses choses. [
il
est absolument impossible de rien comprendre aux écrits de cette
sorte si l'on ne fait pas l'hypothèse que ce poison - ioV
- n'est autre qu'une chaux métallique, c'est-à-dire l'un
de nos oxydes modernes ; ce poison se tourne en principe de vie
puisqu'il est le support même de l'âme comme on l'a
écrit dans la réincrudation]
Tous les corps
pénétrés par cette teinture sont activés,
tous les corps dont elle est extraite sont détruits. Sa
puissance est un sang spirituel qui bien mélangé aux
corps les transmute en esprit et se combine à eux en une seule
substance. Le corps attire l'esprit [
cf.
note précédente ; cette notation a une importance
fondamentale dans l'Art sacré : à quoi servirait-il, en
effet, de teindre l'Esprit ?] et l'esprit teint
le corps par une
substance spirituelle comme le sang. Pour cette raison les Sages disent
:
"
tout ce qui possède l'esprit
possède le sang ".
Si le
venin pénètre le corps, il lui impartit une couleur
indestructible et alors l'âme ne peut plus être
séparée du corps. Si en volant elle tourne et rencontre
son poursuivant, c'est la fin du vol. Les deux s'appartiennent
mutuellement, la Nature tend toujours à assimiler des substances
de même genre. La couleur finale est indestructible car
l'âme imprègne chaque parcelle du corps et elle lui
demeure inséparablement liée. [
la
teinture ou Soufre rouge est infusée en masse dans le Corps ou
christophore] Comme l'eau est
naturellement froide nous devons nous méfier d'un trop fort
degré de chaleur, car si l'humidité de la substance est
asséchée, notre oeuvre peut aboutir au néant. [
ce
que les Artistes appellent « brûler les fleurs ».
Aussi Fulcanelli rappelle-t-il que l'on doit voir alternativement la
fleur ou l'étoile, à sept reprises. Faute de quoi, la
conjonction radicale - voilée sous le mot de sublimation - ne
peut opérer.]
Ce qui est appelé l'esprit est le principe actif ou mâle
et il ne peut être obtenu que par la dissolution du corps. [
plus
précisément : le mâle est l'agent ; il n'est actif
qu'en tant qu'il est dissous - c'est-à-dire volatile - dans le
Mercure, d'où l'expression Mercure animé pour qualifier
son caractère philosophique] En
accord avec ceci, nous devons comprendre que cette humidité qui
en résulte nommément est celle qui est produite, aussi
longtemps que deux épouses sont conjointes d'une manière
légitime même jusqu'au blanc. Connaîtriez-vous le
moment où le corps a été liquéfié
par la coction ? Écoutez ce que Bonellus répond :
"
Lorsque
vous voyez une substance noire flottant dans l'eau, vous
devriez savoir que le corps a été dissout
". [
il
s'agit de l'aile de corbeau qui possède des reflets
moirés ; c'est le signe avant courier de la queue de paon qui
annonce la conjonction radicale des principes ; rappelons donc que la
dissolution est la solution de la conjonction, c'est-à-dire la
clef de l'énigme]
De Lapide Philoosphorum,
Lambsprinck, première figure [allégorie des trois
principes : l'esprit et l'âme sont contenus dans le corps]
Ces deux choses, le corps et l'esprit, en possèdent une
troisième qui représente leur substance commune qui
à son tour est appelée leur corps. [
c'est
le moyen de conjoindre les extrémités du vaisseau de
nature ; mais il faut noter - et c'est un point commun par ailleurs
noté avec le De Lapide de Lambsprinck - que l'esprit est pris
ici pour âme. C'est manifestement une erreur. Cette erreur semble
du reste plus tard rectifiée si l'on tient compte des
éléments propres à la symbolique
chrétienne, cf. supra] Elle est
également nommée un nuage rond, la mort, la noirceur,
l'obscurité, l'ombre, le plomb cendré ou une
minière métallique subtile. Ou encore elle est
décrite, d'après ce qui est obtenu d'elle, comme l'or qui
était caché dans le corps de la Magnésie. [
la
magnésie est une espèce de substance protéiforme
qui a servi aux alchimistes à induire les ignorants en
confusion, à l'instar de la rosée de mai dont elle
partage d'ailleurs, en tous points, les attributs : il s'agit de
l'Aimant, qui doit être distingué du Corps,
c'est-à-dire de l'Acier, cf. Matière.]
A cause
de cela il est dit : "
extrait l'ombre de la splendeur
". C'est aussi
la substance dont tant de personnes ont parlé. Trois choses
constituent la vraie minière, c'est à dire corps,
âme et esprit. Ainsi elle est comparée à un oeuf
car
dans l'oeuf également le poussin se développe à
partir de trois choses. Par conséquent, même l'Alchimie
est produite à partir des trois choses citées plus haut
ainsi que de nombreux philosophes l'ont attesté dans la
Tourbe.
Le principe mâle ou eau est aussi nommé " la nature ", car
l'eau est l'agent naturel qui dissout les éléments des
corps et les unit à nouveau. [
d'ailleurs,
c'est au sens propre du terme l'EAU qu'utilise la Nature - i.e. la voie
humide - pour sertir par le temps les riches concrétions que
l'on connaît sous les dénominations d'escarboucle,
d'hyacinthe ou de grenat, cf. Mercure de nature]
A propos de cette eau, il est dit
par Fictes [
il s'agit en fait de Sictus,
plusieurs nommé dans la Tourbe] que sa
nature possède la puissance merveilleuse de
transmuter le corps en esprit. Quand elle est trouvée seule,
elle surpasse toutes les autres choses et constitue un excellent acide,
aigre et amer, qui transmute l'or en pur esprit. Sans cet acide nous ne
pouvons rien atteindre, ni le rouge, le noir ou le blanc. Quand il est
combiné aux corps, alors le corps change en esprit grâce
à un feu céleste [
il s'agit du Mercure],
une teinture immuable et
indestructible. Saches également que l'union doit être
célébrée par un feu très doux tant que les
éléments ne supportent pas un feu violent et
jusqu'à ce que l'union ait pris place. Quand une douce chaleur
est appliquée, les éléments se dévorent et
se consument les uns les autres [
c'est
l'image classique de la lutte entre le fixe et le volatil : Florestan
et Eusebius en quelque sorte. On voit évidemment tout ce que la
psychanalyse pouvait retirer de l'alchimie] et
plus encore, d'un autre
côté, ils se confortent, se renforcent mutuellement et
apprennent chacun à supporter l'épreuve du feu. Ainsi les
Sages disent :
"
faîtes la conversion des
éléments
et vous trouverez ce que vous cherchez ".
Convertir les
éléments c'est faire l'humide sec et le volatile fixe. [
la
difficulté de compréhension du processus alchimique est
là en son entier : faire l'humide sec, c'est signifier la
coagulation de l'eau mercurielle ; faire le volatile fixe, c'est rendre
cristallin une matière visqueuse sous l'emprise du feu. Il faut
noter que tout ceci requiert la voie sèche]
Le
mari, lui aussi renforce la conjonction pour produire sa propre
ressemblance. De nombreuses personnes tentent d'accomplir la
séparation et la conversion mais rares sont ceux qui ont connu
le succès en établissant une union capable de
résister à l'épreuve du feu. La composition qui
est préparée à partir de notre précieuse
substance n'est diminuée du moindre degré en volume par
le feu. Au contraire, elle est nourrie par le feu comme par une
mère qui nourrit son enfant. Ce sont les seules choses
possédant la puissance de faire le rouge et le blanc, à
la fois par l'intérieur et l'extérieur. Rappelez-vous
qu'en premier elles ne peuvent supporter qu'un feu doux. Quand vous
voyez qu'une blancheur commence à apparaître, votre
prochain soucis est de l'extraire de la substance noire. Vous devez
alors développer la rougeur qui est cachée en elle. Mais
ce que vous devez atteindre en dernier, ce n'est pas par extraction
mais par douce coction. Ne vous étonnez donc point que les Sages
décrivent notre minière sous de nombreuses appellations,
car elle consiste en un corps, une âme et un esprit. Ils y
réfèrent aussi comme à deux frères ou un
époux et sa femme. Cependant Géber dit que parfois la
substance dans son ensemble est seulement nommée corps ou esprit
et tant que la dissolution dans l'eau n'est pas effectuée, notre
oeuvre ne peut être mené jusqu'à une issue
couronnée de succès. Bien entendu, nous ne signifions pas
l'eau des nuages [
la rosée de mai ; cette eau des
nuages est visible sur les gravures du Rosarium Philosophorum]
comme le disent les insensés, mais une eau
permanente qui ne peut demeurer permanente sans son corps. Ainsi
Hermogène [
Turba]
dit que nous avons à prendre l'esprit
caché, nous ne devons pas le mépriser car il partage sa
grande puissance avec son frère. C'est uniquement l'union des
deux qui peut nous donner la vraie Teinture. L'eau est appelée
un acide des plus aigus avec lequel le corps doit être
lavé, c'est ce que Socrate nomme le travail de femme et le jeu
d'enfant. " Le secret de notre Art est l'union de l'homme et de la
femme, le mari reçoit l'esprit tingeant de son épouse.
L'union du mari et de la femme coagule le principe féminin et si
le tout est transmuté au rouge nous avons alors le trésor
du monde dont Synon [
Synon est sans doute mis pour Zenon]
dit :
"
si l'eau est changée en corps, le
corps est changé premièrement en terre, puis en
poussière et en cendres et vous possédez ce que vous
désirez ".
Alors l'oeuvre est accompli et la Pierre contient en elle-même la
Teinture dans le corps de la Magnésie. [
ce
qui signifie que la chaux est dissoute dans le Mercure,
c'est-à-dire que le Lion vert s'est transformé en Lion
rouge] De cela les Sages disent
en conclusion : "
Mon fils, extrait son ombre de sa splendeur
". En
accord avec ceci, nous avons besoin de l'effort et l'exercice nous est
bénéfique voyant que le lait est pour les enfants, mais
pour les hommes forts il faut une nourriture plus puissante. Cela est
identique dans l'opération de la Pierre. [
opération
que les alchimistes nomment cibation : cf. Clef
X de Basile. On nourrit
la première pierre avec le Lait de vierge d'Artephius, qui doit
être alimenté avec un feu externe particulier
appelé feu de lampe, cf. Filet d'Ariadne de Batsdorff.
La pierre
agit ainsi, comme l'a indiqué Chevreul,
à l'instar du ferment de la pâte de levain]
Maintenant, il est établi par Géber que notre Art doit
faire plus pour la substance que la Nature ne le fait, autrement nous
n'obtiendrions jamais la Médecine qui a la puissance de corriger
et de parfaire les essences des sept planètes ou métaux.
Pour cet usage, l'Art de l'Alchimie a été
dévoilé par les Sages, mais le débutant doit
rester sur ses gardes pour ne point être égaré par
leur façon de parler et par la multiplicité des noms
qu'ils donnent à notre substance, ce qui leur a
été suggéré par sa grande
variété de couleurs successives et par le fait qu'elle
est composée des quatre éléments. La Pierre doit
être saturée de sa propre eau qui doit l'imbiber
totalement et puis être soumise à l'action du feu
jusqu'à ce qu'elle se change en une sorte de poussière
ressemblant au sang brûlé [
il
s'agit de la salamandre] et qu'elle demeure
indestructible au feu. La Pierre est recherchée par les Rois,
mais elle n'est trouvée que par ceux qui la reçoivent de
Dieu. Elle est publiquement vendue pour de l'argent. Cependant, si les
hommes connaissaient sa nature précieuse, ils cesseraient d'y
penser à la légère. Dieu, de toute façon,
l'a caché au monde et celui qui voudrait accomplir notre oeuvre
devrait d'abord établir les bonnes fondations, sinon son ouvrage
aboutira au néant. Laissez-moi vous dire que notre Pierre
requiert un feu doux et si après des jours peu nombreux, elle
meurt et repose dans la tombe, alors Dieu la restaure en son esprit et
lui ôte toute maladie et impureté. [
putréfaction,
cf. Rosarium Philosophorium.
Tout ceci survient avant la conjonction] Quand
elle est
brûlée en cendres, elle doit être convenablement
arrosée et saturée de son propre sang jusqu'à ce
qu'elle devienne comme du sang brûlé. [
imbibition
et sublimation] Hermès
indique que les deux substances se réjouissent d'être
unies l'une à l'autre. Dieu accorde à la substance
spirituelle ce que la nature ne peut lui donner. Car la Nature ne
possède rien de plus précieux que la vraie Teinture ; Si
avec les corps elle devient liquide, cela produit un effet merveilleux.
Car la Teinture transforme en sa propre nature chaque chose qui lui est
mélangée et la blanchit à la fois en dedans et en
dehors. Par une opération et une voie, par une seule substance
et par un seul mélange, tout l'oeuvre est accompli, sa
pureté est unique et il est parfait en deux étapes,
chacune consistant en dissolution et coction avec la
répétition de cela.
Votre premier objectif doit être d'obtenir la blancheur par le
moyen d'une coction douce et continue ou chaleur. Je sais que les Sages
décrivent ce simple procédé par un grand nombre de
noms trompeurs. Cependant cette déroutante variété
de nomenclatures est instituée dans le seul but de voiler le
fait qu'il n'y ait rien d'autre de requis qu'une simple coction. Ce
procédé de coction, vous devez néanmoins le mener
patiemment et ceci avec la divine permission jusqu'à ce que le
Roi soit couronné et vous recevrez alors votre grande
récompense. Si vous me demandez si la substance de notre Pierre
est coûteuse, je vous réponds que le pauvre la
possède, tout autant que le riche.
De nombreuses personnes ont été réduites à
la mendicité car elles ont follement méprisé ce
qui est hautement estimé par les Sages. Si le Roi et les Princes
la connaissaient, aucun d'entre nous ne serait plus capable de
l'obtenir. Un seul vaisseau est requis pour le processus complet, il
doit être de pierre et capable de résister au feu. [
il
s'agit en fait d'un vaisseau de verre : oleum vitri]
Une livre du corps de notre minière doit être pris, il
sera rendu aussi pur, raffiné et hautement rectifié que
les Philosophes le possèdent, comme la vertu des cieux. Le
vaisseau doit être placé dans un alambic à
réverbère. Le tout est installé sur un feu doux,
le vaisseau maintenu hermétiquement fermé, [
il
s'agit du sceau vitreux d'Hermès qu'il faut savoir briser en fin
de coction, selon ce qu'en a dit le mystérieux adepte qui
était allé visiter Helvetius - l'auteur du Vitulus aureus]
de telle sorte
qu'il puisse retenir son compagnon et permettre la même chose
pour embrasser la blancheur tel que le dit Lukas. Le vaisseau contenant
la minière est placé sur le feu jusqu'à ce qu'il
ne puisse y avoir aucune perfection sans chaleur et mélange
intime des éléments en référence à
ce qui est produit du sang. Lorsque le principe mâle et le
principe femelle ont séjourné ensemble pour une
durée de quarante nuits, il y a alors émission d'une
semence humide et chaude, à cet effet Dieu a libéralement
donné beaucoup de sang pour la réchauffer. Cette semence
se développe en embryon sustenté par un petit lait et un
feu modéré, il croît, plus fort de jour en jour. La
croissance doit être aidée par la chaleur mais la chaleur
doit être tempérée comme celle du Soleil. Ceci est
réalisé en plaçant le matras sur un vaisseau vide,
lui-même posé sur quelques charbons rougeoyants. Le
processus de coction doit être poursuivi jusqu'à ce que
l'alambic soit asséché et que la substance commence
à présenter un aspect liquide. L'eau seule est suffisante
pour la coagulation et la fixation de l'ensemble comme il nous a
été dit par Démocrite. Cette eau est
décrite sous des noms variés tels que : soufre,
argent-vif, esprit et aussi vapeur car elle peut à peine retenir
son compagnon. [
elle est nommée d'habitude «
fumée blanche »] Il n'y a dans
notre Art que deux substances et si je
parle de deux, alors je pense à quatre, toutes ces choses n'en
requérant qu'une seule par laquelle la Nature comprenant toute
Nature est extraite. Ainsi la Nature, du fait de sa nature, se
réjouit en elle-même, la Nature conquiert Nature et en
elle-même contient Nature. [
paroles citées à l'envi,
à commencer par Zozime] Dans le
même temps, l'une n'est
pas opposée à l'autre, mais l'une englobe l'autre et par
cela perfectionne l'autre et les Philosophes appellent cette eau, l'eau
purifiante. Cette dissolution communique d'abord une noire apparence au
corps. La substance doit alors virer au blanc et finalement au rouge.
La noirceur exhibe un stade intermédiaire entre la fixité
et la volatilité. Aussi longtemps que dure la noirceur, le
principe femelle est prévalent jusqu'à ce que la
substance entre dans l'étape de la blancheur. Cette blancheur
est nommée la première puissance de notre Pierre et l'eau
fait référence au plus excellent acide. Vous devez
être très prudent afin de ne pas détruire la
puissance de cette eau. Avicenne dit que la chaleur naturelle
opérant dans les corps humides provoque d'abord la noirceur puis
ôte la noirceur et finalement est la cause de la blancheur comme
cela peut être vu à propos de la chaux. Il s'en suit que
notre substance doit d'abord devenir noire, puis blanche et être
réduite en une sorte de poudre. Alors l'âme doit
être restaurée à la poudre grâce à un
feu puissant ensuite les deux sont soumis à la coction
jusqu'à ce qu'elles deviennent premièrement noires, puis
blanches, puis rouges et ultimement un bon venin, le tout étant
accompli par la séparation des eaux. [
la
séparation es eaux renvoie à la projection de la teinture
dans le Corps de la Pierre, époque d el'oeuvre qui se
déroule dans le Sagittaire, cf. zodiaque alchimique]
Et maintenant, les eaux
étant divisées, cuit la matière et la vapeur
jusqu'à la coagulation et ainsi est faîte la Pierre
blanche. Alors les eaux sont divisées. Une autre mortification,
ou dessiccation suit, appelée nuages ou fumées. La
fumée, bien coagulée avec ses fèces devient
rapidement blanche. Rôti alors la minière blanche qui peut
donner naissance à elle-même. Ainsi la noirceur est
vaincue, l'esprit est restauré car l'esprit ne meurt pas mais
vivifie le corps et l'âme. Plus notre minière est
parfaitement purgée et soumise à la coction, meilleure
elle devient jusqu'à ce qu'à la longue elle se condense
en Pierre. Mais elle doit être dissoute à nouveau et
soumise à un feu puissant jusqu'à ce qu'elle prenne
l'apparence du sang brûlé. Si cette Pierre est
ajoutée à toute substance, elle la teint en or. Les Sages
parlent d'elle comme d'une sorte de racine [
ils
veulent alors parler de l'humide radical
métallique,
c'est-à-dire de ce qu'ils considèrent comme la racine
même des métaux ; c'est cela qu'ils appellent leur
quintessence]. Prenez, disent-ils, la
vertu entière de la Teinture et concentrez-la dans la Racine. Si
un corps ne contenant pas d'éléments terrestres
reçoit cette teinture, il en obtient plus de
bénéfices que les corps moins excellents. La Pierre
domine tout ce que à quoi elle est appliquée et elle
teint les corps étrangers de sa propre couleur. Le feu sec teint
les corps, l'air les renforce, l'eau blanche lessive leur noirceur et
leur terre reçoit la Teinture. Concernant la coction requise au
développement de notre substance, les Sages se sont
exprimés eux-mêmes dans une grande variété
de voies. Observez Hermès qui dit que cela doit être
répété encore et encore jusqu'à ce
qu'à la longue, la couleur rouge soit obtenue. Ici est la
stabilité de tout l'oeuvre. Après cela, l'oeuvre affecte
beaucoup, beaucoup de couleurs, n'incluant pas le rouge qui lui
n'apparaît qu'à la fin. Ainsi le blanc doit le
précéder. Appliques-toi à oeuvrer selon les
régimes du feu et tritures. L'eau susmentionnée
volatilise tous les corps même les grossiers et les
pénètre jusqu'à ce qu'elle les assimile à
sa propre nature [
là
encore, il s'agit de l'eau permanente ; mais elle ne prend cet aspect
qu'après que le Lion vert ait donné naissance au Lion
rouge]. Saches que sans opérer sur les
corps
jusqu'à ce qu'ils soient détruits et leur âme
extraite, tu ne teindras jamais aucun corps, car rien ne teint qui n'a
pas été lui-même précédemment
teinté. Si le corps est fluidifié et brûlé
il se penche de lui-même vers son procréateur en devenant
une subtile Magnésie et tournant vers la terre la fait
spirituelle et vivifiée. Avant que la blancheur finale du
premier stade ne soit atteinte, la substance vire initialement au noir,
puis à l'orange et au rougeâtre (qui de toute façon
est différente de la rougeur finale de l'étape ultime).
Ces couleurs ne doivent vous troubler en aucune manière tant
qu'elles sont évanescentes et simplement transitoires.
De Lapide Philosophorum,
Lambsprinck, huitième figure [fixer le volatile et volatiliser
le fixe : Solve et Coagula]
De ce que j'ai dit, vous pouvez en déduire que notre substance
est trouvée dans l'or caché dans la Magnésie, [
la
teinture dissoute dans le Mercure ; l'or alchimique qui n'a nul rapport
avec l'or vulgaire. C'est lui que Fulcanelli nomme le rayon igné
solaire]
c'est une chose composée du soufre d'un soufre et du mercure
d'un mercure. Et comme la substance de notre Pierre est unique, unique
est sa méthode de préparation. Pour cette raison
n'écoutes pas ces alchimistes ignorants et frauduleux qui
parlent de différentes sortes de sublimation et de distillation.
Fait la sourde oreille à ceux qui disent que la substance de
notre Pierre est de la poudre de Basilic. [
le
basilic est cet oiseau chimérique aux yeux pétrifiants
dont nous parlons à propos de l'une des aquarelles de l'Aurora
Consurgens. Rappelons que son
antidote est la belette, armée d'un miroir.]
A propos du temps requis
à la préparation, commences en hiver qui est humide et
extrait l'humidité jusqu'au printemps quand toutes les choses
deviennent vertes et lorsque notre substance elle aussi exhibe une
variété de couleurs. Pendant l'été, la
substance doit être réduite en poudre par le moyen d'un
feu puissant. L'automne, saison du mûrissement doit
témoigner de sa maturité ou rougeur finale. A propos des
mouvements des astres et des planètes, tu n'as pas besoin de
t'en soucier. Notre substance est un corps contenant un esprit capable
de rendre le verre malléable [
cf.
Atalanta
fugiens sur le verre malléable et ce qu'en dit Saint
Claire Deville] et de tourner les cristaux en
Escarboucles [
c'est nommer le rubis].
Une goutte de notre Élixir, pas plus grosse qu'une
goutte de pluie, suffira à teindre et transmuter un corps mille
fois plus gros qu'elle. Ce remède des plus nobles fut
convoqué, comme toutes les autres choses, pour l'usage de
l'homme, car l'homme est la plus glorieuse des créatures de Dieu
et le seigneur de la terre entière. Ce remède lui fut
donné pour l'usage de la préservation de la jeunesse,
l'évacuation des maladies, la prévention de la souffrance
et lui procure tout ce qu'il requiert. Notre Élixir est meilleur
que toutes les préparations médicinales d'Hippocrate,
Avicenne et les autres. De lui peut être préparé un
antidote potable qui possède le pouvoir de guérir la
lèpre. Comme le feu purge et raffine les métaux, ce
Remède restaure sa chaleur naturelle au corps humain, chasse
toutes les matières détruisant la santé et le
fortifie contre toute forme concevable de maladie. Sa vertu est
infiniment supérieure à celle de la poussière d'or
potable qui est utilisée par les Gentils comme
préservatif.
Grande et merveilleuse est la puissance de l'or qui sommeille dans la
Magnésie, tant pour la purification du corps humain que pour la
transmutation des métaux. Que puis-je dire de plus ? Toutes les
choses que j'ai fidèlement décrites, je les ai vues de
mes propres yeux et touchées de mes propres mains.
Lorsque je préparais la substance après avoir
découvert la vraie méthode, je fut si sérieusement
contrarié par les personnes avec lesquelles je vivais, que je
fus sur le point de tout abandonner par désespoir. A la longue,
je communiquai ma découverte à un ami qui exécuta
fidèlement mes instructions et mena l'oeuvre à son issue,
couronnée de succès. Dieu doit être loué
pour ce cadeau béni, monde sans fin.
Amen.
Fin

