APHORISMES BASILIENS

OU CANONS HERMETIQUES


revu le 28 février 2004


Préambule

En 1661, reparaissent les Oeuvres du R. P. Gabriel de Castaigne tant médicinales que Chymiques [...] À quoy sont adioutez les aphorismes basiliens (Paris, Laurent d’Hourry). Jean d’Houry publiera en 1672 l’Harmonie Céleste de Fayol, fortement marquée par le médical. Il avait publié dès 1661 les oeuvres médicales et alchimiques d’un écclésiastique, le Révérend Père Gabriel de Castaigne.  C'est J. B. de la Noue qui a ajouté les sentences inspirées de Basile Valentin. Et ces Aphorismes Basiliens se révèlent comme de petits bijoux, de véritables miniatures qui sont d'un haut intérêt, envisagés sous l'angle de la cabale hermétique bien conçue. D'un intérêt tel que Fulcanelli n'a pas hésité, en commentant la Luxure, l'un des médaillons illustrant les Vices et le Vertus du grand portail de Notre-Dame de Paris, à citer un extrait du Canon XVI. Mais que dire du Canon XVIII, qui dévoile l'oeuvre en entier... On trouve encore des extraits de Castaigne dans l'Inventaire général et méthodique des manuscrits français de la Bibliothèque nationale. II (1975). Léopold Delisle -

14781. (Monteil.) La Rivière de la première matière. — L'Arbre de vie, ou dialogue de Raymond Lulle (p. 57). — Œuvre philosophique, tiré de Castaigne (p. 100). —

Eugène Chevreul évoquera aussi ces Aphorismes, dans les articles qu'il a consacrés à la critique du Cours de Philosophie de Cambriel. Il y reviendra dans l'article qu'il consacre à la critique d'un ouvrage d'Isidore Geoffroy Saint Hilaire : HISTOIRE NATURELLE générale des règnes organiques, principalement étudiée chez l'homme et les animaux, 5e article, cf. Philosophie Naturelle Restituée de Jean D'Espagnet. D'ailleurs, Castaigne n'y est pas décrit comme un ecclésiastique mais comme un cordelier et c'est pour Chevreul, l'un des trois personnages qui, au XVIIe siècle, est connu pour être un « pur alchimiste ». Outre ces Aphorismes, il existe des recettes d'or potable in Le Paradis Terrestre, partie I des Oeuvres, cf. voie humide. Ces Aphorismes ont été, depuis, réédités par Grillot de Givry : Grillot de Givry, Émile Aphorismes Basiliens ou Canons Hermétiques Suivi de : Fr. Hiérosme Savonarole Traité des sept grades de la perfection. Préface de Philippe Monville. — 1980

[site consulté : http://www.freecyb.com/arche/sebastiani.html avec ces annotations :

Il revenait à l’un des principaux animateurs intellectuels du mou-vement occultiste français de proposer au lecteur ces deux textes rares, fondamentaux et presque ignorés. É. Grillot de Givry (mort en 1929), hermétiste d’une qualité peu commune et par ailleurs bon connaisseur de l’ésotérisme kabbalistique, a ainsi fait connaître ces Aphorismes Basiliens qui apparaissent au XVlle siècle, mais dont il avait bien vu la composition antérieure. Difficile d’abord, ne serait-ce que par sa concision, ce petit exposé alchimique traite comme par mégarde certains problèmes fondamentaux de l’Œuvre, en particulier celui du médiateur salin qui permet de mettre Ciel en Terre et inversement.   L’autre opuscule est un trés bref traité des 7 étapes fondamentales de l’évolution spirituelle, attribué au grand mystique et réformateur florentin du XVe siècle J. Savonarole. La réunion de ces deux petits ouvrages, en apparence si distincts, devrait engager le lecteur à franchir le pont qui les relie, de manière à pouvoir éclairer l’un par l’autre ; ce que n’aurait certes pas désavoué Grillot de Givry, comme son œuvre en témoigne éloquemment.]
Mais nous ne voyons pas que dans ce petit traité, l'auteur ait parlé « par mégarde » de problèmes fondamentaux de l'oeuvre. Il s'agit, bien au contraire, d'une fort bonne introduction à quelques-uns des arcanes les plus complexes de l'oeuvre. Qui a écrit les Aphorismes Basiliens ? Il s'agit de Nicolaus Niger Hapelius, anagramme de Raphael Eglinus Iconius qui publia en 1612, à Marbourg, un Cheiragogia Heliana de Auro Philosophico necdum cognito... cujus auctor Nicolaus Niger Hapelius Anagrammatizomenos... Le texte a paru dans le Theatrum Chemicum, vol. IV, p. 327. D'après ce que l'on sait, Nicolaus Niger se faisait aussi appeler Hermophile Philochimique ; on trouve son nom mentionné dans le traité suivant (1, 2) :

A True Light of Alchymy. Containing, I. A Correct Edition of the Marrow of Alchymy, London 1709.

p i To the Courteous and Studious Reader. [Signed at end "Anonymus Philochemicus, Anagrammatizomenos, Egregius Christo."]
p viii Programma. [Latin verse.]
p1-20 The Introduction. The First Book. [In 83 stanzas.]
p21-36 The Second Book. [In 68 stanzas.]
p36-54 The Third Book. [In 82 stanzas.]
p55-69 The Fourth Book. [In 69 stanzas.]
p i [New title page] The Marrow of Alchymy, being An Experimental Treatise, Discovering the secret and most hidden Mystery of The Philosophers Elixir. The Second Part. Containing Three Books, Elucidating the Practick of the Art; In which The Art is so plainly disclosed, as never any before did, for the benefit of young Practitioners, and the convincing those who are in Errors Labyrinth. By Eirenaeus Philoponos Philalethes. London: Printed by R.I. for Edw. Brewster at the Sign of the Crane in Pauls Church-yard. 1655.
p iii-viii An Advertisement to the Reader [Signed at end "Anonymus Philochymicus, Anagrammatizomenos, Vix gregis Custos."]
[Bottom of p viii. A verse by William Sampson about the anonymous author of this work.]
p1-23 The Marrow of Alchymy. The Second Part. The First Book. [In 93 stanzas.]
p23-40 The Second Book. [In 74 stanzas.]
p40-61 The Third and Last Book. [In 87 stanzas.]

Quelques notes biographiques, en anglais, extraites du site : http://www.abdn.ac.uk/

The most extensive biographical account of Eglinus is an article from 1905. The most complete bibliography of his works was published in 1752. Despite the seeming lack of modern interest in him, Eglinus is a fascinating character who was in contact with many of the leading alchemical and religious figures of his day. His career provides an ideal opportunity for exploring the relationships between alchemy, iatrochemistry, religion, medicine and politics in the Reformed world. His brilliant academic career had attracted the attention of Bullinger and Beza. However, he was ruined when he became entangled in the alchemical investigations of Giordano Bruno whom he had met in Zurich immediately prior to Bruno’s return to Italy where he was arrested by the Inquisition and burned at the stake. The fraudulent loan-scheme which supported these alchemical studies collapsed and, in the ensuing scandal, Eglinus was expelled from Zurich. Eglinus found safety at the court of Landgraf Moritz of Hesse who was slowly drawing into his orbit a galaxy of alchemical and iatrochemical scholars. In Hesse, Eglinus was closely involved in the establishment of the first European university chair in iatrochemistry and the first publications (1614, 1615, Kessel) of the Rosicrucian manifestos. Thus, his career allows one to examine in detail two radically differing responses to alchemy within the same central European Reformed confessional community. At the same time, the international controversy aroused by his activities, dismissal and re-appointment provides the means of sounding out varying responses to alchemy, iatrochemistry and related occult disciplines in a much wider European context. Much of this research could be conducted in Aberdeen with the purchase of the Simler Manuscript Collection from Zurich which contains Eglinus’ key autobiographical manuscript, two later biographical sketches, and rich seams of correspondence regarding his cause célèbre.

Voici, pour terminer des notes de Ferguson [Bibliotheca Chemica] sur Raphael Eglinus Iconius.

HAPELIUS (NICOLAUS NIGER).

- Cheiragogia Heliana de Auro Philosophico necdum cognito: Unde juxta facile percipi potest tum opus Universalissimum totius Monarchiae Chymicae in Regno Minerali : tum omnes in suo quiq; genere Uiwenales ejusdem Regni Mineralis Lapides, Tincturaeve particulares, cujus author, Nicolaus Niger Hapelius, Anagranimatizomenos. Accessit Tractatus Venceslai
Lavinii, Moravi, de Coelo Terrestri, &c. Marpurgi Cattorum, ex Officina Rudolphi Hutvvelckeri Anno cloloCXII.
8°. Pp. [1-9] 10-223 [1 blank}. Every page is in a border.

- Tractatus de Coelo Terrestri Venceslai Lavinii, p. 97. Hapelius : Disquisitio Heliana de Metallorum transformatione, p. 103. Aphorisimi Basiliani, p. 213. The Disquisitio Heliana is reprinted from the edition of 1606, for which see EGLINUS ICONIUS (Raphael), and see also ELIAS.

- Cheiragogia Heliana, de Auro Philosophico, nec dum cognito, See THEATRUM CHEMICUM, 1659, iv. p. 262.

- Disquisitio Heliana, Aphorismi Basiliani sive Canones Hermetici de spiritu, anima et corpore medio Majoris & Minoris Mundi. See THEATRUM CHEMICUM, 1659, IV. p. 327.

- Disquisitio de Helia Artium. See EGLINUS ICONIUS (RAPHAEL). See also ICONIUS (RAPHAEL EGLINUS).

Nicolaus Niger Hapelius is an anagram for Raphael Eglinus Iconius, though hardly any of the older writers notice this, but assume Hapelius to be the author's real name, and enter the present work under it accordingly. In addition to the
refererences under Eglinus, the following which refer specially to Hapelius may be given.

Borel, Bibliotheca Chemica, 1654, p. 167.
Mercklin, Lindenius renovatus, 1686, p. 841.
Borrichius, Conspectus Scriptorum Chemicorum, 1697, p. 33.
Manget, Bilbiotheca Scriptorum Medicorum, 1731, I. ii. p. 589 (writes the name ' Hapellus ').
Beytrag zur Geschichte der höhern Chemie. 1785, p. 596.
Semler, Unparteiische Samlungen zur Historie der Rosenkreuzer, 1786. i. p, 46.
Gmelin, Geschichte der Chemie, 1797, i, p. 514.
Hoefer, Histoire de la Chimie. 1843, ii. p. 333; 1869, ii. p. 325.
Ladrague, Bibliothèque Ouvaroff, Sciences Secrètes, 1870, Nos. 556, 944-946 (under R. E. J. D., but Ladrague did not understand these letters).

L'édition des Aphorismes Basiliens peut être trouvée en dernière partie de l'ouvrage : De microcosmo deque magno mundi mysterio et medicina hominis liber germinus magni Basilii Valentini,... ab Angelo Medico latinitate donatus, cum interpretis aphorismis Basilianis et praefatione philosophica... 2 parties en 1 vol. (72, 10 p.) Marpurgi : typis. G. Kezelii, 1608-1609 Aphorismi Basiliani sive Canones hermetici de spiritu, anima et corpore majoris et minoris mundi, conscripti ab Hermophilo Philochemicho 1608. On peut consulter cette édition sur le serveur Gallica de la bnf.


frontispice des Aphorismes Basiliens, Marpurgi, 1608


Canon I

Hermès Trismégiste a mérité d’être appelé le Père des Philosophes pour avoir recherché les trois règnes minéral, végétal et animal et la triple subsistance d’iceux en une essence créée, dans laquelle il a reconnu toute la force et vertu de la nature végétale, animale et minérale. [cf. Table d'Emeraude et autres écrits hermétiques : Entretiens de Calid à Morien ; Lettre de Marie à Aros - Livre de Cratès - Sept Chapitre dorés ]

II

En la nature du mercure volant comme neige, blanc et coagulé, se trouve une vertu végétante qui n’est pas commune : lequel mercure est un certain Esprit tant du grand que du petit monde. Et c’est de ce mercure que dépend et provient le mouvement et flux de la nature humaine, selon l’Ame raisonnable.

III

Quand à la vertu animante, ce n’est autre chose qu’un milieu entre l’Esprit et le corps, puisque cette vertu, étant comme la glu du monde, est le lien de ces deux. Lequel lien consiste au soufre qui est en manière d’une huile rouge transparente comme le soleil au grand monde et comme le cœur de l’homme au petit monde. [il y a là une contradiction que l'on retrouve dans quelques textes comme le De Lapide Philosophorum où le CORPS est mis pour l'ESPRIT. Icic, c'est le SOUFRE qui est mis pour l'ESPRIT ; en principe, le SOUFRE désigne l'ÂME. Les deux extrémités du vaisseau de nature sont le Soleil - SOUFRE - et la Lune - CORPS ou SEL. Le lien est l'ESPRIT]

IV

En fin, la minéralité est dou[c]e comme d’un corps qui est semblable au sel. Ce corps est d’une vertu et d’une odeur admirable ; et lors que le sel sera séparé des immondices de la Terre, il ne sera différent du mercure que par l’épaisseur et consistance du corps. [manière de dire que le Mercure est un SEL ce qu'a montré Fulcanelli dans le chapitre des Demeures Philosophales consacré au Sundial d'Edimburgh]

V

Ces trois substances considérées en une essence créée, constituent et établissent le limbe du grand et du petit monde, duquel limbe le premier homme a été formé, lorsqu’il fut fait de la poudre de la terre. Auquel arriva l’Ame raisonnable microcosmique immortelle, inspirée immédiatement de Dieu. Et laquelle, à la façon d’une Reine, est la cause motrice et directrice de toutes les fonctions qui sont en l’homme. [il y a là des termes de cabale dont nous avons donné ailleurs le sens : limbes, sel microcosmique, âme raisonnable. Ainsi, les vieux chimistes confondaient ce sel microcosmique avec le tartre du vin. D'autres y voyaient un phosphate acide. Sur les limbes, voyez la réincrudation.]

VI

Au reste, tout ainsi que la vertu de notre corps et qu’aussi notre vie est entière, par les quatre éléments et par l’assemblage ou coagulation de la poussière de la terre, si l’Esprit mercuriel comme humide radical, et l’Ame sulfurée comme chaleur naturelle conspirent et s’assemblent aimablement en un avec la consistance et épaisseur du sel qui est le préservateur de toute pourriture, de même est-il nécessaire que l’Ame immortelle soit séparée du corps qui a été formé de l’assemblage de la poussière de la Terre. Que s’il arrive quelque défaut en l’un des trois principes ou en plusieurs d’iceux lors la mort de tous s’en ensuit, mais si le défaut ne se retrouve qu’en une partie de quelque principe, la maladie en sera seulement causée. Ce que l’on peut voir surtout en l’Anatomie de sept principaux membres. [les sept memebres désignent les planètes et les métaux ; la poussière de la terre est le CORPS, connue anciennement sous les appellations terre de Samos, terre de Chio, etc. On en trouvait au XVIIIe siècle dans les environs de saint Yriex]

VII

Il n’y a rien qui puisse mieux remédier au triple défaut de ces principes que la masse de ce limbe duquel l’homme a été fait, laquelle masse a été assemblée par les trois principes en une substance, qui peut augmenter, conserver et maintenir toutes les forces et vertus de la nature, pourvu qu’elle soit dûment convertie et amenée en un corps Astral fixe. [le limbe désigne ici l'épaisseur du Ciel des philoosphes, jusqu'au firmament ; il y a là une allégorie que l'on rencontre, à peine modifiée, dans le Ménon de Platon]

VIII

D’où l’on reconnaît que le Baume du sujet hermétique a une étroite harmonie et convenance avec le corps humain. C’est ce qui a fait à bon droit assurer à ce Prince des Physiciens Allemand, Philippe de Hohenheim, Paracelse, au livre de la pierre physique, intitulé le manuel, que le microcosme qui est situé au limbe et formé de la poussière de la terre, peut être amené et conservé en santé par sa médecine comme par son semblable, non par opinion, mais vraiment et proprement. On peut dire la même chose avec vérité de cette notre médecine. [Il est douteux que Paracelse ut jamais alchimiste, cf. le Trésor des Trésors.]

IX

Or nous devons considérer d’avantage ces choses, et ce d’autant plus que la médecine vulgaire est faible et débile pour conserver et maintenir radicalement les trois principes du Microcosme et l’harmonie d’iceux, car ce n’est que par accident qu’elle semble vaquer à ces trois principes, puisqu’elle est presque toute occupée aux quatre humeurs. [les trois principes sont le Mercure, le Sel et le Soufre ; il faut les distinguer de leurs composants élémentaires qui sont les quatre éléments, et y ajouter la quintessence, dont seul peut-être, Bernard Palissy avait donné la juste définition.]

X

Mais la médecine minérale chimique extraite des minéraux et métaux est rarement préparée et administrée comme il faut. C’est pourquoi Paracelse au même livre préfère sa médecine à tout autre. Il ne nie pas toutefois qu’il n’y ait de grands secrets dans les autres choses minérales, mais il dit que l’opération en est longue et laborieuse, et que l’usage n’en peut pas être facilement n’y dûment mis en pratique, principalement par les ignorants, lesquels se servant de ces médecines minérales causent plus de mal que de bien. [il y a ici confusion - voulue ? - entre la médecine alchimique ou alexipharmacon et les deux élixirs blanc et rouge qui désignent deux états différents du Mercure philosophique]

XI

Cherchons donc le limbe de notre Microcosme dans lequel microcosme est situé ce limbe, cherchons dis-je ce globe visqueux de la terre, composé de mercure, de sel et de soufre. Lequel, selon Geber, peut être également appelée humidité visqueuse de l’humidité, parce qu’il provient d’une certaine substance humide. [il s'agit en somme de l'humide radical métallique ; cette viscosité a été servie dans les textes par les allégories multiples sur les serpents et Nicolas flamel s'en est fait une spécialité, cf. Figures Hiéroglyphiques et figures du Livre d'Abraham Juif]

XII

Car tout ainsi que le monde, encore qu’il soit créé de rien, doit toutefois son origine à l’Eau, sur laquelle l’esprit du Seigneur était porté, et de laquelle toutes choses proviennent, tant les célestes que les terrestres. De même aussi, ce limbe procède d’une eau qui n’est pas vulgaire, et qui n’est pas ni la rosée céleste, ni un air condensé e[s] cavernes de la terre, ou en un récipient, ni une eau provenant de l’Abyme de la mer et puisée des fontaines, des puits ou des rivières. Mais c’est une eau qui prend sa source d’une certaine eau qui a pâti et souffert et qui est devant les yeux de tout le monde, connue néanmoins de peu de gens. Laquelle eau a en soi toutes les choses qui lui sont nécessaires pour l’accomplissement de tout l’œuvre ; en lui ôtant tout son extérieur. [voilà de vieilles connaissances dont tout notre site s'est nourri. le R.P. de Castaigne nomme ici l'eau permanente des Sages, état du Mercure préparé et animé à son état d'équilibre parfait. La relation à la rosée céleste fait référence à la rosée de mai, thème exploité par Altus dans la planche IV du Mutus Liber.]

XIII

Or, cette Nature est moyenne entre le grand et petit monde. Elle se trouve partout, elle est chez le pauvre comme chez le riche, ainsi que tous les Philosophes nous assurent. On la jette dans les rues là où on la foule aux pieds, quoi qu’elle soit la source et fontaine de tant d’opérations merveilleuses, d’où il nous convient rétablir ces trois principes du corps. [Basile Valentin assure qu'on la trouve jusque dans le fumier ; la forme dépurée de cette sibstane est le sel Nitre des alchimistes. Il ne diffère du salpêtre vulgaire que par une opération qui consiste en une séparation.]

XIV

Cette matière étant résolue en son eau propre (car toute génération vient de l’eau) doit être circulée par les quatre Eléments, jusqu’à ce qu’elle parvienne à une autre nature Astrale fixe, en l’œuf Philosophique, lequel est ainsi appelé par la chaleur de la poule qui couve incessamment ses œufs, autrement toute espérance de génération périrait. [là encore, on voit que c'est par l'allégorie qu'il faut entendre le degré de chaleur où l'oeuf des philosophes doit être porté ; ce n'est pas, certes, la température de couvaison...]

XV

Ainsi le petit oiseau animal d’Hermès étant enfermé dans son cachot, qui est le fourneau, doit être excité par la chaleur de notre feu vaporeux, continué par degrés jusqu’à ce qu’il soit éclot de soi-même, et qu’il soit capable, par son enfantement de guérir chacun. [cet oiseau est appelé poulet d'Hermogène ; Basile Valentin lui a consacré sa Clef X de Philosophie, Douze Clefs. L'éclosion est assimilée par les alchimistes au mystère du phénix qui renaît de ses cendres, cf. poème du phénix.]

XVI

Or, tout ainsi qu’en la préparation des trois principes de cette eau qui a souffert, nous n’ajoutons rien à sa matière substantielle, ni nous n’ôtons rien aux trois propriétés qui subsistent en icelle eau. Mais nous rejetons seulement en sa préparation les superfluités, c’est à dire les hétérogénéités ou la terre morte et l’eau insipide. De même nous commençons notre œuvre hermétique par la conjonction des trois principes préparés sous une certaine proportion, laquelle consiste au poids du corps, qui doit égaler l’esprit et l’âme presque de sa moitié. [c'est ce Canon XVI qu'évoque Fulcanelli dans le Mystère des Cathédrales, p. 125, lorsqu'il commente l'un des Vices et Vertus du pilier central de Notre-Dame de Paris : il s'agit de la Luxure. Nous en parlons dans le commentaire du traité d'Esprit Gobineau de Montluisant.]

XVII

Après, nous gouvernons le tout par une continuelle fermentation, afin que la nature, agente intérieure, ne retarde point son action, ni ne souffre aucun excès. Faites donc un doux feux au commencement, qui sois, premièrement, quasi de quatre gouttes ou filets jusqu’à ce que la matière noircisse. Puis l’ajoutez en telle sorte qu’il soit quasi de quatorze filets, tant que la matière se lave, et que l’Iris qui apparaît de finisse en couleur grise. Lors, poussez-le presque à vingt-quatre filets, jusqu’à une parfaite blancheur, surpassant celle de la Neige, fluente et fixe, laquelle est la lune du Microcosme. [ce sont les régimes de couleur qui sont ici évoqués ou du moins esquissés. Notez que l'Iris correspond aux couleurs de la queue de paon, intermédiaire entre la noirceur et la blancheur, là où Pernety voit une couleur grise qu'il attribue au régime de Jupiter. Sur les couleurs de la queue de paon, cf. recherche.]

XVIII

Si vous désirez parvenir à la rougeur parfaite, vous continuerez le feu par soixante et dix jours, jusqu’à ce que la pierre soit changée en un rubis transparent, lourd et pesant, lequel est vraiment le Soleil du Microcosme, que vous pourrez augmenter comme vous l’avez commencé. Un grain d’icelui est égal en puissance à six mille grains, et par tant on en doit administrer en très petite dose. [le R.P. Castaigne semblait bien au fait de la nature réelle de la pierre philosophale ; il termine par les réitérations qui constituent, pour l'impétrant, l'une des pièces de « l'Enfer » des chimères hermétiques...]
 

Racine de l’Elixir




Il y a en icelui une vigueur éthérienne et une image céleste.

D’où nous flue et découle cette Médecine de Dieu.

                           R.                                                        E.

 I.


FIN