ATALANTA FUGIENS

Michael Maier


Atalanta fugiens. Oppenheim, Hieronymus Galler for Johann Theodor de Bry, 1618 [cliquez pour agrandir l'image]


Cette section est dédiée à la mémoire d'Etienne Perrot, traducteur des principales oeuvres de Carl Gustav Jung [voir Aurora consurgens, Ripley Scrowle].


Etienne Perrot (1922-1996)

Carl Gustav Jung (1875-1961)


revu le 3 mai 2012


chapitres : introduction - I - II - III - IV - V - VI - VII - VIII - IX - X - XI - XII - XIII - XIV - XV - XVI - XVII - XVIII - XIX - XX - XXI - XXII - XXIII - XXIV - XXV - XXVI - XXVII - XXVIII - XXIX - XXX - XXXI - XXXII - XXXIII - XXXIV - XXXV - XXXVI - XXXVII - XXXVIII - XXXIX - XL - XLI - XLII - XLIII - XLIV - XLV - XLVI - XLVII - XLVIII - XLIX - L -

gravures

Fugues - cliquez sur la partition pour écouter le fichier au format midi : I - II - III - IV - V - VI - VII - VIII - IX - X - XI - XII - XIII - XIV - XV - XVI - XVII - XVIII - XIX - XX - XXI - XXII - XXIII - XXIV - XXV - XXVI - XXVII - XXVIII - XXIX - XXX - XXXI - XXXII - XXXIII - XXXIV - XXXV - XXXVI - XXXVII - XXXVIII - XXXIX - XL - XLI - XLII - XLIII - XLIV - XLV - XLVI - XLVII - XLVIII - XLIX - L -

Note : le logiciel Noteworthy Composer 1.75 a été utilisé pour mettre au point les partitions des fugues de XX à L - les fugues de I à XX ont été retranscrites d'après les fichiers midi du site hermétisme et alchimie. Ce travail n'aurait pu être mené à bien sans M. Alain Mauranne auquel nous adressons tous nos remerciements et notre gratitude. Les fugues sont rassemblées par groupes de cinq - fuga 1-4 - fuga 5-9 - fuga 10-14 - fuga 15-19 - fuga 20-24 - fuga 25-29 - fuga 30-34 - fuga 35-39 - fuga 40-44 - fuga 45-50 -

remerciements complémentaires : Nous devons beaucoup à M. Jack Campin qui a édité au format ABC les cinquante fugues de Michel Maier. M. Campin, dans son fichier, a eu entre autre la courtoisie de citer le travail que le lecteur a sous les yeux. Nous avons retranscris sous forme de tableau les caractéristiques des fugues, telles qu'il les a donnés sur la page Atalanta_abc.htm. Merci à M. Yvan Michel pour ses précisions touchant à l'oiseau Rock [Ruc]. À M. Rafael Gómez, auteur des canons de l'Atalanta fugiens. M. Gómez a bien voulu m'autoriser à insérer ce texte :

Considero la música de "Atalanta fugiens" más importante que por ejemplo "Kunst der Fuge" de J.S. Bach - Me parece una injusticia histórica el muro de silencio que bloquea su auténtica valoración musical. Creo que es una Obra Maestra del contrapunto occidental -. Pienso que el Midi sobre Internet, más que una grabación física convencional sobre un instrumento tradicional, es la realización más conveniente desde una perspectiva "alquímica", "hermética" y la que merece, por su importancia, el medio informático multimedia de red, que también puede hacer justicia a los otros aspectos (texto e imagen) de la referida obra.

Rafael G.Senosiain (Israfil) 


- une thèse remarquable sur l'Atalanta fugiens, par Mme Émilie Granjon : Sémiogénèse de la symbolique alchimique. Étude des gravures de l Atalanta fugiens [2008]


Relations fondamentales entre des matières de l'oeuvre, des points de symbolisme importants et les chapitres :

I : Borée - Notus et Vulturnus - II : Lait de Vierge - Christophore - III : pierre gagate - lampe perpétuelle - talc - étable - IV : pierre de Bologne - Triptolème - V : crapaud - chélonite - VI : terre feuillée - Bacchus - mitre - Achille - Pyrénée - VII : camphre - pyrophore - faucon - VIII : glaive de feu - oeuf - Héphaïstos - Pallas - oiseau Rock - IX : maison de rosée - feu de lampe - myrobolan - X : Diane - Mercure - Empédocle - XI : Latone - talc - kohol - XII : noirceur - Hélicon - XIII : airain hydropique - Charybde et Scylla - XIV : Ouroboros - Ibis - XV : argile - les deux roues - verre malléable - XVI : Lion - Aphrodite - XVII : Feu - menstrues - XVIII : Soufre blanc - ferments - XIX : Cerbère - Chrysaor - XX : Vierge - fiel de verre - Eudica - Pyrrhus - XXI : Monade - syzygie - XXII : Boeufs - pierre spéculaire - sueur - XXIII : Rhodes - Athena - pluie d'or - Geryon - XXIV : Loup - minéralisateurs - extraction - purification - XXV : réincrudation - Orion - Toyson d'or - cheminée hermétique - éléphant - Memphis - XXVI : arbre de vie - phylactère - sagesse - XXVII : rose - Athena - clef et verrou - septentrion et méridien - XXVIII : Roi Duenech - Roi Cerdon - Ulysse - XXIX : salamandre - SEL fixe - sel de Saturne - XXX : Rebis - coq - Soufre rouge - fer oligiste - émeri de Naxos - XXXI : Roi - coagulation - Janus - bezoard - XXXII : corail - Gorgone - vents - ambre - Hécate - Athéna - XXXIII : Rebis - hermaphrodite - Iphis - XXXIV - Bacchus - montagnes - Athos - Sémélé - XXXV : Achille - Triptolème - Troie - XXXVI : azur - roi Pélée - Achéens - Troyens - Priape - Ceryx - XXXVII : eau fétide - fumée blanche - lion vert - Nonacris - XXXVIII : Gémeaux - Rebis - Amalthée - corne d'abondance - Mérope - Orion - Taureau - Pléiades - XXXIX : sirène - Rdipe et sphinx - énigme - Monade - XL : Verseau - ThétysChloris - Poissons - Chromis - cygne - XLI : Adonis - Cyniras - Patrocle - Balance - serviteur - Polycarpe - XLII : bâton - lecture - lunette - lampe - Diane - Cancer - faisceau - crèche - ruche - âne - Y - Procyon - Sirius - chevron - Tisiphone - XLIII : Capricorne - vautour - Eros - râteau - pilum - glace - bouc - Oreste - baudrier d'Orion - Phocide - Iphigénie - Tauride - aétite - XLIV : Typhon - Junon - Isis - Dionysos - Osiris - corbeau au bec rouge - Hélène - Ouranos - Sémélé - Lion - Ulysse - Thésée - XLV : ombre - phase - trompette 1 - lumière cendrée - Platon - anneau - saros - Tête du Dragon - noeud - trompette 2 - cyclope - zodiaque alchimique - XLVI : Orient - Occident - Delphes - omphalos - Orphée - Musée - misy - trépied d'Apollon - Pythie - source Kastalli [Castalis] - Psaume CII - XLVII : chien - loup - Arménie - Alexandre - orient - occident - haine - thériaque - Vierge - poison - vin - carène - voile - poupe - Bérénice - arsenic - nitre de troisième cuite - XLVIII : fontaine - Xerxès - Escalier des Sages - Merlin - Polycrate - Erasistrate - Chrysippe - Stratonice - XLIX : Orion - Hyrié - Euryalè - Sidè - Oenopion - Cédalion - scorpion - Candaon - signe du Scorpion - chute de l'âme - loup - signe du Sagittaire - Chiron - arc - Lion rouge - dragon - Milon de Crotone - L : préparation du Mercure - Aphrodite - Arès - Héphaistos - tartre - vitriol - Bélier - Mouche - Triangle - Andromède - Persée - Sthénélos - Electryon - Alcinoè - Eurysthée - Iphis - baleine - CétoJonas - cosmophore -


Deux logis alchimiques :

cheminée hermétique à Avignon. [merci à Alain Mauranne et à Philippe Litzler. Cette cheminée hermétique a fait l'objet d'un premier commentaire sur le site de la Librairie du Merveilleux].

galerie boisée à Besançon s'intégrant dans l'ancien hospice du Saint-Esprit [emblèmes XXVIII et XXX] dont nous devons de belles photographies à Alain Mauranne -




Plan
: au sujet d'Atalante - I. Atalanta fugiens : une synthèse de l'art [y compris des extraits de l'Alchimie de J. Van Lennep] - II. Atalanta fugiens : emblèmes, épigrammes, discours, fugues - III. Commentaires : [1. sur les textes- 2. sur la musique -] - IV. Des articles de premier plan [1. à propos de l'emblème XXI, John Eberly + commentaires - 2. Etienne Perrot, traducteur de l'Atalanta fugiens, Francine René Taillandier - 3. sur Johann Theodor de Bry - ]- V. bibliographie -



préambule Atalante

Atalante est connue comme l'héroïne de la mythologie arcadienne et du cycle thébain. Les thébains en font une fille du roi de Scyros. Elle occupe une place de choix parmi les figures de la mythologie grecque et latine qui ont été utilisées dans les allégories du Grand oeuvre. Pourvue du caractère d'Artémis, on la trouve figurée comme l'un des deux lions qui gardent le trône de Cybèle. Le rapport est proche entre Cybèle et le Pont-Euxin : pour les alchimistes, il constitue le symbole de la mise au tombeau des corps. En d'autres termes, Cybèle est l'emblème de l'athanor des Philosophes et les lions qui l'entourent sont ceux qui sont évoqués dans les textes de l'Art : Hippomenês et Atalante. On connaît la fable qui explique la transmutation des deux amants en lions :  Hippomenês, à force de ruse, parvint à devenir l'époux d'Atalante. Cette dernière, farouchement opposée au mariage, battait tous ses prétendants à la course et les faisait mettre à mort. Au vainqueur possible, elle réservait sa main. Hippomenês implora l'aide d'Aphrodite, courroucée de la chasteté d'Atalante. La déesse donna à l'amoureux trois pommes d'or, sans doute cueillies dans le jardin des Hespérides, et lui conseilla de les semer une à une dans la carrière où devait se dérouler la course. Intriguée par ces pommes, Atalante s'arrêta par trois fois pour les ramasser et ne put l'emporter sur Hippomenês, qu'elle épousa. Ayant insulté Zeus (certains disent Cybèle) en se livrant, dans un sanctuaire, à leurs transports amoureux, les deux époux furent métamorphosés en lions, que Cybèle attela à son char. En effet le lion, dans l'Antiquité, passait pour ne s'unir qu'au léopard : ainsi, jamais plus Atalante et Hippomenês ne devaient se rejoindre.


FIGURE I
Atalanta et Hippoménès, Guido Reni, c. 1612. Museo del Prado, Madrid

Dans l Suvre hermétique, Atalante symbolise l'un des constituants du feu secret : elle aime la chasse et les exercices violents ; elle fut la première à porter un coup mortel au sanglier de Calydon [c'est sans doute Arès qui est caché derrière ce sanglier]. Atalante apparaît sur l'emblème XLI où Adonis est tué, vraisemblablement par le sanglier de Calydon. Cet épisode de Calydon est d'ailleurs l'un des moments clefs de l'Atalanta fugiens et il est également l'un des épisodes forts de la mythologie grecque : c'est l'un des quatre drames collectifs de la vie héroïque grecque, avec l'expédition des Argonautes, le siège de Thêbes et la guerre de Troie. [cf. George Grote, Histoire de la Grèce, Paris : A. Lacroix : Verboeckhoven, 1864, p. 168 et sq.] et ce n'est pas un hasard si Maier traite de ces drames dans l'Atalanta fugiens.

 Voici un extrait des Fables Égyptiennes et Grecques de Dom Pernety sur Atalante.
 

La fable d'Atalante est tellement liée avec celle du Jardin des Hespérides, qu'elle en dépend absolument, puisque, Vénus y prit les pommes qu'elle donna à Hyppomene. Ovide avait sans doute appris de quelque ancien poète, que Vénus avait cueilli ces pommes dans le champ Damaséen de l'île de Chypre [Métam. l. 10, fab. 2]. L'inventeur de cette circonstance a fait allusion à l'effet de ces pommes, puisque le nom du champ où l'on suppose qu'elles croissent, signifie vaincre, dompter, de damiaV, subigo, domo ; qualité qu'ont les pommes d'or du Jardin Philosophique ; ce qui est pris de la nature même de la chose, comme nous le verrons ci-après. On a varié sur les parents de cette héroïne, les uns la disant avec Apollodore fille de Jasus, les autres filles de Schaenée, roi d'Arcadie. Quelques auteurs ont même supposé une autre Atalante, fille de Ménalion, qu'ils disent avoir été si légère à la course, qu'aucun homme, quelque vigoureux qu'il fût, ne pouvait l'atteindre. M. l'abbé Banier semble la distinguer de celle qui assista à la chasse du Sanglier de Calydon, mais les poètes la font communément fille de Schaenée, roi de Schyrre. Elle était vierge, et d'une beauté surprenante. Elle avait résolue de conserver sa virginité [Ovide, lo. cit.], parce qu'ayant consulté l'oracle pour savoir si elle devait se marier, il lui répondit qu'elle ne devait pas se lier avec un époux, mais qu'elle ne pourrait cependant l'éviter. Sa beauté lui attira beaucoup d'amants ; mais elle les éloignait tous par les conditions dures qu'elle imposait à ceux qui prétendaient à l'épouser. Elle leur proposait de disputer avec elle à la course, à condition qu'ils courraient sans armes ; qu'elle les suivrait avec un javelot, et que ceux qu'elle pourrait atteindre avant d'être arrivés au but, elles les percerait de cette arme ; mais que le premier qui y arriverait avant elle, serait son époux. Plusieurs le tentèrent, et y périrent. Hyppomène, arrière petit-fils du Dieu des eaux, frappé lui-même de la valeur connue de la beauté d'Atalante, ne fut point rebuté par le malheur des autres poursuivants de cette valeureuse fille. Il invoqua Vénus, et en obtient trois pommes d'or. Muni de ce secours, il se présenta pour courir avec Atalante aux mêmes conditions que les autres. Comme l'amant, suivant la convention, passait devant, Hyppomène en courant laissa tomber adroitement ces trois pommes à quelque distance l'une de l'autre, et Atalante s'étant amusée à les ramasser, il eut toujours l'avance, et arriva le premier au but. Ce stratagème l'ayant ainsi rendu vainqueur, il épousa cette princesse. Comme elle aimait beaucoup la chasse, elle prenait souvent cet exercice. Un jour qu'elle y était beaucoup fatiguée, elle se sentit atteinte d'une soif violente auprès d'un Temple d'Esculape. Elle frappa un rocher, dit la fable, et en fit jaillir une source d'eau fraîche, dont elle se désaltéra. Mais ayant dans la suite profané avec Hyppomène un Temple de Cybèle, il fut changé en lion, et Atalante en lionne. Quelque envie que l'on puisse avoir de regarder cette fiction comme une histoire véritable, toutes les circonstances ont un air si fabuleux, que M. l'Abbé Banier lui-même s'est contenté  de rapporter ce qu'en disent divers auteurs, sans en faire aucune application. Ceux qui trouvent dans toutes les fables des règles pour les moeurs, réussirent-ils mieux en disant que celle-ci est le portrait de l'avarice et de la volupté ? Que cette vitesse à la coure indique l'inconstance qui ne peut être fixée que par l'appât de l'or ? Et que leur métamorphose en animaux, fait voir l'abrutissement de ceux qui se livrent sans modération à la volupté ? Quelque peu vraisemblable que soient ces explications, combien d'autres circonstances trouve-t-on dans cette fiction qui les démentent, et qui ne sauraient s'y ajuster ? Mais il n'en est aucune qui devienne difficulté à mon système. Atalante a Schaenée pour père, ou une plante qui croît dans les marais, de scoinoV, juncus ; elle était vierge et d'une beauté surprenante, si légère à la course, qu'elle parut à Hyppomène courir aussi vite que vole une flèche ou un oiseau [...]. L'eau mercurielle des Philosophes a toutes ces qualités ; c'est une vierge ailée, extrêmement belle [Espagnet, Arcan. Hermes. Philosoph. opus, can. 58], née de l'eau marécageuse de la mer, ou du lac Philosophique. Elle a des joues vermeilles, et se trouve issue de sang royal, telle qu'Ovide, dans l'endroit cité, nous représente Atalante [...] Rien de plus volatil que cette eau mercurielle ; il n'est donc pas surprenant qu'elle surpasse tous ses amants à la course. Les Philosophes lui donnent même souvent les noms de flèche et d'oiseaux. C'était avec de telles flèches qu'Apollon tua le serpent Python. Diane les employait à la chasse, et Hercule dans les combats qu'il avait à soutenir contre certains monstres ; la même raison a fait supposer qu'Atalante tuait avec un javelot, et non avec une pique, ceux qui couraient devant elle, Hyppomène fut le seul qui la vainquit, non seulement parce qu'il était descendu du dieu des Eaux, par conséquent de même race qu'Atalante, mais avec le secours des pommes d'or du Jardin des Hespérides, qui ne sont autre chose que l'or ou la matière des Philosophes fixée et fixative. Cet or est seul capable de fixer le mercure de sages en le coagulant, et le changeant en terre. Atalante court ; Hyppomène court à cause d'elle, parce que c'est une condition sans laquelle il ne pouvait l'épouser. En effet, il est absolument requis dans l'oeuvre que le fixe soit premièrement volatilisé, avant de fixer le volatil ; et l'union des deux ne peut par conséquent se faire avant cette succession d'opérations ; c'est pourquoi l'on a feint qu'Hyppomène avait laissé tomber ses pommes de distance en distance. Atalante enfin devenue amoureuse de son vainqueur, l'épouse, et ils vivent ensemble en bonne intelligence ; ils sont même inséparables, mais ils s'adonnent encore à la chasse ; c'est-à-dire qu'après que la partie volatile est réunie avec la fixe, le mariage est fait ; ce fameux mariage dont les Philosophes parlent dans leurs traités [D'Espagnet, can. 58, Morien, Entretien du Roi Calid, 2e partie ; Flamel, Désir désiré. L'auteur anonyme du traité Consilium conjugii massae Solis et Lunae, Thesaurus Philosophiae, et tant d'autres]. Mais comme la matière n'est pas alors absolument fixe, on suppose Atalante et Hyppomène encore adonnés à la chasse. La soif dont Atalante est atteinte, est la même que celle dont brûlaient Hercule et les Argonautes auprès du Jardin des Hespérides ; et ce prétendu temple d'Esculape n'en diffère tout au plus que de nom. Hercule dans le même cas fit sortir, comme Atalante, une source d'eau vive d'un rocher, mais à la manière des Philosophes, dont la pierre se change en eau. Car, comme le dit Synésius [Sur l'oeuvre des Philosophes], toute notre art consiste à savoir tirer l'eau de la pierre ou de notre terre, et à remettre cette eau sur sa terre. Ripley s'explique à peu près dans les mêmes termes :

«
Notre art produit l'eau de la terre, et l'huile du rocher le plus dur.» « Si vous ne changez notre pierre en eau, dit Hermès [Sept Chap.], et notre eau en pierre, vous ne réussirez pas. »

Voila la fontaine du Trévisan, et l'eau vive des Sages. Synésius que nous venons de citer, avait reconnu dans l'oeuvre une Atalante et un Hyppomène, lorsqu'il dit [
Loc. cit.] :

«
Cependant, s'ils pensaient m'entendre sans connaître la nature des éléments et des choses créées, et sans avoir une notion parfaite de notre riche métal, ils se tromperaient, et travailleraient inutilement. Mais, s'ils connaissent les natures qui fuient, et celles qui suivent, ils pourront, par la grâce de Dieu, parvenir où tendent leurs désirs. ».

Michel Maier a fait un traité d'emblèmes Hermétiques, qu'il a intitulé en conséquence Atalanta fugiens, etc. Ceux d'entre les Anciens qui ont dit  qu'Hyp- pomène était fils de Mars, ne sont point contraires dans le fond à ceux qui le disent descendu de Neptune [
Ovide, métam. l. X, fab. 11], puisque le Mars philosophique se forme de la terre provenue de l'eau des sages, qu'ils appellent aussi leur mer. Cette matière fixe est proprement le Dieu des Eaux ; d'elle est composée l'île de Délos, que Neptune, dit-on, fixa pour favoriser la retraite et l'accouchement de Latone, qui y mit au monde Apollon et Diane ; c'est-à-dire la pierre au blanc et la pierre au rouge, qui sont la Lune et le Soleil des Philosophes, et qui ne diffèrent point d'Atalante changée en lionne, et d'Hyppomène métamorphosé en lion. Ils sont l'un et l'autre d'une nature ignée, et d'une force à dévorer les métaux imparfaits, représentés par les animaux plus faibles qu'eux, et à les transformer en leur propre substance, comme fait la poudre de projection au blanc et au rouge, qui transmue ces bas métaux en argent ou en or, suivant sa qualité. Le Temple de Cybèle où se fit la profanation, est le vase Philosophique, dans lequel est la terre des sages, mère des dieux chymiques. Quoiqu'Appollodore ait suivi une tradition un peu différente de celle que nous venons de rapporter, le fond en est le même, et s'explique aussi facilement. Suivant cet auteur, elle fut exposée dès sa naissance dans un lieu désert, trouvée et élevée par des chasseurs ; ce qui lui fit prendre beaucoup de goût pour la chasse. Elle se trouva à celle du


Atalante et le sanglier de Calydon Fol. 107
Ovidius, Metamorphoseon libri XV (traduction anonyme), Belgique, Flandre, XVe siècle


monstrueux sanglier de Calydon, et ensuite aux combats et aux jeux institués en l'honneur de Pélias, où elle lutta contre Pélée, et remporta le prix. Elle trouva depuis ses parents, qui la pressant de se marier, elle consentit d'épouser celui qui pourrait la vaincre à la course, ainsi qu'on l'a dit. Le désert où Atalante est exposée, est le lieu même où se trouve la matière des Philosophes, fille de la Lune, suivant Hermès [
Tab. Smarag.] : In depopulatis terris invenitur, Sol est ejus pater, et mater Luna, comme Atalante avait Ménalion pour mère [...]. Les chasseurs qui la trouveront, sont les Artistes auxquels Raymond Lulle [Theorica Testam, c. 18] donne le nom de chasseurs dans cette circonstance même. Cum venatus fueris eam (materiam) a terra noli ponere in ea aquam, aut pulverem, aut aliam quamcumque rem. L'Artiste en prend soin, il la met dans le vase, et lui donne le goût de la chasse, c'est-à-dire, la dispose à la volatilisation ; quand elle fut en âge de soutenir la fatigue, et qu'elle fut exercée, elle assista à la chasse du Sanglier de Calydon, c'est-à-dire, au combat qui se donne entre le volatil et le fixe, où le premier agit sur le second, et le surmonte comme Atalante blessa le premier d'une flèche le fier animal, et fut cause de sa prise ; c'est pourquoi on lui adjugea la hure et la peau. A ce combat succède la dissolution et la noirceur, représentées par les combats institués en l'honneur de Pélias, comme nous le verrons dans le quatrième Livre. Enfin après y avoir remporté le prix contre Pélée, elle retrouva ses parents ; c'est-à-dire, qu'après que la couleur noire a disparu, la matière commence à se fixer, et à devenir Lune et Soleil des Philosophes, qui sont les père et mère de leur matière. Le reste a été expliqué ci-devant. Ce que je viens de dire de la guerre de Calydon semblerait exiger que j'entrasse dans un plus grand détail à ce sujet ; mais cette fable n'étant pas de la nature de celles que je me suis proposé d'expliquer dans ce second Livre, à cause de leur rapport plus apparent avec l'Art hermétique, je n'en ferai pas une mention plus étendue.

 
Dom Pernety, F.E.G., livre II, chap. 3
L'hypothèse d'un principe qui poursuit l'autre est séduisante. Pernety voit en Atalante l'élément AIR et en Hippomenês l'EAU. Il s'agit des deux principes immédiats du Mercure [cf. Atlas de Chevreul, planche 2]. L'hypothèse selon laquelle Hippomenês sème les pommes d'or est dans le droit fil de la tradition hermétique : les pommes d'or [melon] symbolisent le Soufre rouge ou principe tingeant de la Pierre. Ces pommes d'or proviennent des chaux métalliques, au départ corrompues dans le Mercure, d'où l'illusion de leur disparition symbolisée par la phase de putréfaction, ou la grande éclipse de Soleil et de Lune décrite par le pseudo-Lulle. Le mariage de l'EAU et de l'AIR est ce moment où commence la réincrudation des Corps [c'est la même allégorie que le sommet de la montagne, que le passage des roches Cyanées, au sortir du Pont-Euxin, que celui où Ulysse est enchaîné au mat de son navire pour ne pas succomber à l'appel des sirènes, etc.].  Mais la consommation du mariage dans le temple de Cybèle est une corruption, un affront majeur qui justifie, aux yeux de la déesse, la métamorphose des époux en lion et lionne. Il faut ajouter que Pernéty semble ignorer la voie sèche et que tout ce qu'il dit, d'une manière générale, il ne le conçoit - comme synthèse mentale - que par la voie humide, ce qui, on le sait maintenant, va à l'encontre de la chronologie, la voie sèche ayant précédé la voie humide. 

I. Atalanta fugiens : une synthèse de l'Art
 

"C'est raisonner en enfant, de penser qu'il n'y a rien dans le monde qui soit différent de ce que nous voyons parmi nous ..., que c'est doublement enfant, de croire que ce que nous n'entendons pas, ce que nous ne concevons pas, ce qu'il n'est pas possible d'imaginer, ne peut être entendu, conçu et imaginé de personne; qu'en conséquence, de ce qu'une infinité d'ignorants, et de gens avides ont échoué dans l'étude de la philosophie hermétique, en conclure que ce qu'elle promet est purement chimérique et imaginaire, c'est le comble de la présomption et de l'extravagance".

Voila ce qu'affirme avec force Michael Maier, docteur en médecine et médecin particulier de l'empereur Rodolphe II.


FIGURE II
(Michael Maier - 1566-1622 ca. , in Symbola Aureæ Mensæ duodecim nationum, Francfort, 1617 )

Michael Maier naquit dans le Holstein vers 1568, à Rensburg, en Allemagne. Parcourant toute l'Europe il fut nommé docteur en médecine et en philosophie en 1601. Il entra successivement au service de l'empereur d'Autriche, du landgrave Maurice de Hesse, du duc de Magdebourg. Puis en 1609, de retour en Allemagne auprès de Rodolphe II, il reçut le titre de comte Palatin. Il continua durant toute sa vie à séjourner un peu partout en Europe. Sur le plan ésotérique il est connu sous le titre de Grand Maître de la fraternité des Rose-Croix. Il contribua au développement des idées rosicruciennes partout en Europe, notamment en Angleterre et en Allemagne. Michel Maier nous laisse quelque vingt-cinq traités dont l'un des plus connus est sans conteste l'Atalanta fugiens [Atalante fugitive] ; certains disent qu'il s'agit de l'épopée hermétique de la fille d'un roi de Scyros sous la forme d'épigrammes successives. Ce traité a été publié pour la première fois, en latin, en 1617

[Une traduction en anglais existe à la British Library MS. Sloane 3645. Il en existe une autre traduction, toujours en anglais, à Mellon MS. 48, à Yale, USA ; le texte est disponible sur le site levity, en anglais et en français, sur le remarquable site hermétisme et alchimie, que l'on doit à M. Thierry Ducreux].

Il comporte cinquante figures accompagnées d'épigrammes et d'explications. Ces discours sont accompagnés de cinquante canons musicaux. Selon certains critiques, Atalante symboliserait Eve, Hippomenês l'âme qui résiste à la tentation. Michel Maier meurt à Magdeburg en 1622. Voici quelques détails biographiques :

Michael Maier était le fils de Johann Maier, du Duché de Holstein, ou selon d'autres sources, de Petrus Meier (1590), qui travaillait au service de Heinrich Rantzaus, gouverneur de Schleswig-Holstein. Une relation de sa mère, Severin Goebel, un médecin célèbre de Gdansk et Koenigsberg, lui permit de mener à bien des études. Il a étudié à Rensburg ou Kiel en premier lieu. On note ensuite les dates suivantes :

- 1587, université de Rostock.
- 1589, à Nuremberg.
- 1589-1591, il habitait Padoue avec le fils de Goebel.
- 1592, université de Francfort
- 1596, université de Bologne.
- 1596, université de Bâle

En 1590, il commence à exercer la chirurgie. Entre 1592-1596, il travaille à Koenigsberg sous la surveillance de Severin Goebel. Il paraît qu'avant 1600 il est déjà courtisan de Rodolphe II et écrivain dans la chancellerie Allemande. En 1601, on le retrouve comme étudiant à l'Université de Koenigsberg. C'est de même en 1601 qu'il commence à consulter dans l'Auberge du Lion Blanc, Gdansk où il dispense ses propres traitements. Vers 1608, il revient à Prague comme médecin. En 1609, il entre enfin au service de l'empereur. Vers 1611 et dans la période 1612-1614, il voyage beaucoup, en premier lieu en Saxe, puis en Angleterre et Amsterdam. D'après le deutsche Neue Biographie en 1611-1614, il entre dans le court de Jamesje, où il reste presque cinq années. Vers 1614, il est médecin non résidant et pharmacien à Landgrave Maurice de Hesse, et il continue des recherches sur des sujets philosophiques. En 1618, il va à Stockhausen où il soigne un noble riche, von Eriedesel. En 1618 -1622, il est médecin du Duc Wilhelm Chrétien de Magdeburg.

Une mention particulière doit être faite sur Rodolphe II. Parmi les souverains qui ont accordé à l'alchimie une protection particulière, Rodolphe II, qui monta en 1576 sur le trône d'Allemagne, mérite assurément un traitement spécial. Quoique né à vienne,


FIGURE III
Portrait of Rudolph II, 1603
Aegidius Sadeler (Netherlandish, ca. 1568 1629), after Hans von Aachen (German, 1552 1615)

Rodolphe avait été élevé en Espagne à la cour de Philippe II, et c'est là qu'il avait puisé le goût des sciences réputées occultes. Devenu empereur, il établit sa résidence à Prague. Dans les premières années de règne,il se consacra tout entier aux soins du gouvernement, n'accordant que ses instants de loisir à ses études favorites, l'astrologie et l'alchimie. Mais, la gestion des affaires étant devenue plus difficile, et ses embarras ayant augmenté par suite de la guerre qu'il eut à soutenir contre les Turcs, il trouva plus simple d'abandonner en entier la direction de l'Etat. Confiant à ses ministres le gouvernement de l'empire, il s'enferma dans le château de Prague pour ne plus s'occuper jusqu'à la fin de ses jours que de la pierre philosophale. Rodolphe avait eu pour maîtres, dans l'astronomie Tycho-Brahé et Kepler ; le docteur Dee lui avait ouvert le monde secret des esprits, et il avait reçu les premières leçons d'alchimie de ses médecins ordinaires, Thaddeüs de Hayec, et plus tard Michel Mayer [Maier] et Martin Ruland [à qui l'on doit un Thesaurus, disponible sur le serveur Gallica de la bnf]. Dans l'intérieur du château de Prague, tout le personnel était spagyrique. Les valets de chambre du prince étaient eux-mêmes attachés à ses travaux de laboratoire ; on a conservé parmi ces derniers les noms de Hans Marquard, surnommé Dürbach, de Jean Frank et de Martin Rutzke. Un emploi plus noble encore était réservé à l'un des valets de chambre du prince, l'Italien Murdochée de Delle. Poète de la cour, il était chargé de célébrer en rimes allemandes les exploits de ses confrères, et de traduire en vers beaucoup d'écrits alchimiques ; les artistes de la cour enluminaient ses manuscrits. Tous les alchimistes, quels que fussent leur nation et leur rang, étaient sûrs d'être bien accueillis à la cour de l'empereur Rodolphe. Après avoir reconnu, par un examen préalable, qu'ils possédaient la science requise, le médecin Thaddoeus les introduisait auprès du prince, qui ne manquait jamais de les récompenser dignement quand ils avaient su le rendre témoin d'une expérience intéressante. Souvent même l'empereur appelait auprès de lui les artistes que leur renommée désignait à son attention. Si presque tous répondaient à cet appel, quelques-uns y restaient sourds, tel fut, par exemple, un artiste franc-comtois à qui l'empereur avait dépêché un homme de confiance pour le conduire à Prague. Le Franc-Comtois résista à toutes les promesses de l'envoyé, se bornant à cette réponse pleine de sens :

« Si je suis adepte, je n'ai pas besoin de l'empereur ; si je ne le suis pas, l'empereur n'a pas besoin de moi. »

Dans ce cas, Rodolphe II, ne se tenant pas pour battu, entrait en correspondance avec l'artiste récalcitrant. Les alchimistes ne se montrèrent pas ingrats envers leur protecteur couronné. Ils lui décernèrent le nom d'Hermès de l'Allemagne, et vantèrent partout son mérite. Rodolphe fut rangé, par leurs écrivains, au nombre des heureux possesseurs de la pierre philosophale. Ce fait parut d'ailleurs hors de doute lorsque, après la mort de l'empereur, en 1612, on trouva dans son laboratoire quatre-vingt-quatre quintaux d'or et soixante quintaux d'argent, coulés par petites masses en forme de briques. A côté de ce trésor se trouvait déposée une certaine quantité d'une poudre de couleur grise. Personne ne douta que ce produit secret ne constituât les restes de la pierre philosophale de l'empereur Rodolphe. Mais l'événement prouva que cette croyance était mal fondée. Le valet de chambre Rutzke, s'étant empressé de voler ce trésor, le transmit par héritage à sa famille. Or, quand on voulut la soumettre à l'expérience, la pierre philosophale de l'empereur se trouva sans vertu

[mais L. Figuier ne dit pas comment on s'en servit ; avait-elle était enveloppée dans du papier avant d'être jetée sur la masse fondue du métal ? Par ailleurs, la pierre philosophale a toujours été regardée comme ayant une couleur de safran...].

Parmi les artistes hermétiques que Rodolphe II honora le plus particulièrement de sa faveur, on peut citer Kelley, qui fut élevé par lui au rang de marquis de Bohême et comblé de faveurs ; Sebald Schweitzer, qui, après avoir travaillé longtemps et avec beaucoup d'éclat chez l'électeur Auguste de Saxe et ensuite sous le prince Christian son successeur, s'attacha, en 1591, à la cour de Rodolphe, qui l'anoblit et le nomma directeur des mines de Joachimstadt, où il mourut en 1601 ; enfin, le Polonais Sendivogius [cf . le Cosmopolite].

Il semble cependant que la réalité soit beaucoup moins flatteuse pour Rodolphe II que ne le laisse croire même un critique aussi acerbe que L. Figuier. En vérité,
tout le règne de Rodolphe II est marqué par une emprise démoniaque. L'empereur avait la manie de la persécution. Il assistait à la messe dans un oratoire secret entièrement grillagé et ne se promenait que dans des couloirs dont les fenêtres avaient été murées à l'exception d'une petite ouverture. Souvent pris de folie, il n'épargnait pas ses serviteurs. Ainsi, dans la nuit du 26 septembre 1600, poignard à la main, il se jeta sur son chambellan, Jiri Wolfgang Rumpf, qu'il soupçonnait de malveillance. Il fit jeter en prison un autre chambellan qu'il soupçonnait de vouloir le détrôner. On n'arrivait guère à l'arracher à ses astrologues et ses alchimistes, et il négligeait les affaires de l'Etat. Au fil des ans, il a chassé les rares hommes compétents de la Cour pour confier les affaires de l'Empire à des marmitons, des palefreniers, des hallebardiers, des hommes dont il pensait qu'ils ne lui raviraient pas le pouvoir. Vers la fin de sa vie, fait révélateur, il défaillait à la vue d'un crucifix. On murmurait qu'il était sous l'emprise du Diable et des philtres de ses courtisans. Peut-être a-t-il été soigné un temps par le Brugeois Anselme-Boèce De Boodt, docteur en droit et médecin à Prague. Humaniste, épris des beaux-arts et de musique, il s intéressa beaucoup à la minéralogie. Dans son Gemmarum et lapidum Historia (1609), traduit en français sous le titre Le parfaict joaillier ou Histoire des pierreries, il croit à l action thérapeutique de certaines pierres précieuses parce que la turquoise qu il portait au doigt l aurait sauvé plusieurs fois d un accident

[ce traité fort intéressant est disponible sur le serveur Gallica de la bnf : [Le] parfait joallier ou Histoire des pierreries, composé par Anselme Boèce de Boodt, Lyon : J.-A. Huguetan, 1644, 746 p.].

Parmi ceux qui furent familiers de Rodolphe II, il faut encore citer Heinrich Khunrath. On connaît peu de choses sur la vie de Khunrath : il naquit à Leipzig et obtint un diplôme de médecine à Bâle en 1588, où il soutint une thèse brillante sur le thème De Signatura Rerum. Selon Elias Ashmole, citant le journal du Dr John Dee, Khunrath était déjà une célébrité en 1589. Il était à la cour de l'empereur Rodolphe II en 1598 et mourut à Dresde en 1605.

Voici d'autres lignes sur Michael Maier, extraites de l'Alchimie [Dervy, 1985] de Jacques Van Lennep :

Michael Maier naquit à Rendsburg (Holstem) en 1568. Après avoir entamé des études de médecine à l'université de Bâle et les avoir terminées à Rostock en 1597, il exerça la profession pendant quelques années jusqu'à ce que Rodolphe II le nommât physicien de sa cour, en 1608. II y fut comblé d'honneurs, nommé secrétaire particulier de l'empereur, membre de son consistoire, élevé au rang de comte. Lorsqu'il fut anobli, Maier demanda a Rodolphe II de pouvoir faire figurer dans ses armoiries un aigle et un crapaud. II s'expliqua

 «
Très
gracieux César, Avicenne véritable philosophe hermétique dit, dans sa Porta elementorum un aigle qui vole à travers l'air et un crapaud qui se traîne sur le sol constituent le magistère. Par aigle, il entend la partie volatile de l'argent vif commun et par le crapaud qui se traîne a terre, la partie fixe de la terre. Tous deux réunis permettent donc de réaliser la médecine hermétique et la teinture des sages. J'aurai grand plaisir a vous donner des éclaircissements sur ce point » [Atalanta fugiens, trad. E. Perrot, Paris, 1969, p. 46]

Ce blason figure près du portrait du comte au début de l'Atalanta, alors qu'il avait quarante neuf ans. Après l'abdication de son protecteur en 1611, il quitta Prague pour Amsterdam et l'Angleterre mais on sait peu de choses sur ce séjour. II y fut certainement influencé par les idées de Robert Fludd dont il faut noter que l'Utriusque cosmi fut publié en 1617, la même année que l'Atalanta par le même éditeur, Johann Theodor De Bry. Maier rencontra sans doute en Angleterre le physicien de Jacques Ier, William Paddy, président du Collège des Physiciens de Londres, ainsi que l'alchimiste Francis Anthony, le fils d'un orfèvre qui affirmait avoir découvert l'or potable. II lui dédia son Lusus serius. Des 1616, on le retrouva en Allemagne où il publia coup sur coup ses traités. Il quitta Prague devenue moins accueillante pour les alchimistes sous le successeur de Rodolphe, Matthias. Trois ans plus tard, il devint le physicien de Maurice de Hesse Cassel (1572- 1632), un landgrave surnommé « le scientifique », qui, comme Rodolphe II et d'autres princes germaniques, attirait les alchimistes à sa cour. Maier quitta Cassel pour exercer la médecine à Magdebourg où il mourut en 1622.

[
J.B. Craven, Count Michael Maier, doctor of Philosophy and of Medicine, Alchemist, Rosicrucian Mystic 1568-1622.  Life and Writings, Kirkwall, 1910 - Londres : Dawsons, 1968]

Ce savant fut un écrivain fécond : dix sept livres furent publies entre 1616 et 1624. Tous n'ont pas trait à l'alchimie mais c'est le cas pour la majorité. Il considérait que l'alchimie était la science par excellence. Elle pouvait, selon lui, opérer une synthèse des autres connaissances. Aussi, s'applique-t-il dans ses différents traités à la rapprocher de la médecine, de la musique, de l'histoire, de l'astrologie, de l'agriculture, de la minéralogie, etc. Cette série fut sans doute inaugurée par l'Arcana arcanissima publiée sans mentions de lieu et de date [H.M.E. De Jong a fourni successivement le contenu de chacun des traités alchimiques de Maier : Maier, Atalanta fugiens - Sources of an alchemical book of emblems, Leyde, 1969]. Peut être, ce traité sortit-il de presse lors de son séjour en Angleterre, entre 1614 et 1616. Cette supposition est d'autant plus convaincante qu'une variante en fut éditée par une « société londonienne » en 1625 et que l'ouvrage est dédié a William Paddy [Sous le titre : De hieroglyphicis Aegyptiorum libri sex... apud Societatem londinensem, Londres, 1625 - Macphail, II 84]. Le titre « Arcanes très secrets ou hiéroglyphes egypto grecs non encore divulgués » nous renseigne suffisamment sur les liens que les érudits établissaient entre les sciences occultes et l'écriture des Égyptiens qui, pour eux, cachait les secrets des dieux et des héros de l'antiquité. Ceux-ci tenaient, selon Maier en tout cas, à l'Art par excellence, l'alchimie. Hermès Thot l'avait révélée aux prêtres qui en avaient transcrit les préceptes en hiéroglyphes. En les déchiffrant, l'on apprendrait notamment la signification réelle, alchimique, de la mythologie antique qu'il tenta d'expliquer dans son traité. Cette conviction influença directement, par la suite, la conception de certains emblèmes de l'Atalanta. Elle reposait sur un fond de vente qui fut encore partagé par Marcelin Berthelot qui, lorsqu'il édita les anciens traites gréco-égyptiens, proposa de rechercher dans la vallée du Nil, les origines de l'alchimie. Quant à la tendance de découvrir des révélations alchimiques dans les faits et gestes des dieux de l'Olympe, des héros gréco-romains, elle se concrétisa déjà à la fin du Moyen Âge et au début de la renaissance. Dom Pernety consacra par la suite a l'étude alchimique de ces « fables » de patientes recherches qu'il publia en 1758. [Fables Égyptiennes et Grecques, etc.]

L'éditeur Lucas Jennis commença a éditer les ouvrages de Maier dès 1616 tout d'abord à Oppenheim. II y eut en cette année, le « De circula physico quadrato » et le « Lusus serius » Le premier a pour objet la « Quadrature du cercle ou l'or et sa vertu médicinale ». II établit une concordance entre le cSur, centre du corps humain, l'or centre du monde métallique et le soleil foyer de l'univers. L'on conçoit combien les sciences étaient encore entachées de symbolisme. Le second traité est consacré au « Jeu sérieux par lequel Hermès ou Mercure a été juge et désigne roi de toutes choses, grâce à l'arbitrage de l'homme raisonnable ». Maier y disserte sur l'éminence de ce dieu dont dépend le mercure, élément primordial du grand-Suvre. L'année suivante, 1617, vit la publication de cinq traités. Deux sortirent chez le même Jennis : Silentium post clamores et Symbola aureae mensae duodecum nationum ; trois chez Johann Theodor De Bry : Examen, fucorum pseudo chymicorum, Jocus severus et le prestigieux Atalanta fugiens. Le « Badinage sévère » (Jocus severus) se présente comme
« un tribunal écuitable par lequel grâce à l'abitrage du phénix, la chouette, après diverses discussions et plaintes des oiseaux qui la querellaient, a été déclarée reine des oiseaux et consacrée à Pallas pour son exceptionnelle sagesse ». [cf. poème du phénix attribué à Lactance]

Maier y défend les principes de l'occultisme incarné par la chouette, et notamment ceux de l'alchimie. L'« Examen des frelons pseudo chymiques » dénonce les folies des faux alchimistes [cf. l'écho qu'en donne Husson in chimie et alchimie] qui se ruinent a la recherche d'un or que dédaignent les vrais fils d'Hermès. Ceux ci, grâce à leur culture et à leurs convictions éthiques, savent que l'alchimie repose sur la poésie, comme la physique sur la musique. Elle implique des connaissances étendues dans tous les domaines de la science et de la culture. Maier attaque avec une virulence particulière les falsificateurs qui abusent le public par des transmutations truquées dont il fournit les preuves. II n'ignore pas, par contre, les difficultés auxquelles se heurtent ceux qui, avec sincérité, recherchent la pierre philosophale. Cette distinction entre les vrais et les faux adeptes et la critique sévère de ceux-ci, est une des constantes de l'histoire de l'alchimie. [...] Le « Silence après les cris » (Silentium post clamores) se veut une apologie de la doctrine des rose-croix et la réfutation des arguments de leurs détracteurs. On y découvre l'enthousiasme de Maier pour cette secte dont le mysticisme coïncidait parfaitement avec sa vision de l'alchimie qui accordait autant de poids à son aspect idéaliste et spéculatif qu'à ses exigences empiriques. Il consacra encore en 1618, un écrit a sa secte Themis aurea, « Themis d'or ou lois de la fraternité R C ». Les deux autres traités, publies en 1617, furent illustres. Le titre de l'un mérite d'être traduit intégralement

« Les symboles de la table d'or des douze nations, c'est-à-dire les fêtes d'Hermès ou de Mercure célébrées par douze héros choisis et égaux par la pratique de l'art chimique, la sagesse et l'autorité, pour confondre et désarmer Pyrgopolynice, cet adversaire plein de Jactance depuis tellement d'années, qui outrageait la vierge Chimie, tant par ses arguments que par ses bruyantes invectives afin de rétablir dans son honneur et sa réputation les artistes qui en tirent leurs mérites ».

 A nouveau, le but de Maier fut de défendre l'alchimie contre ses détracteurs, en retraçant son histoire depuis ses origines légendaires II divisa son plaidoyer en douze parties consacrées chacune a un alchimiste éminent appartenant à l'une des douze nations envisagées. [...]

Atalante, un essai d'oeuvre totale

Le second traité illustre publié par Maier en 1617, fut l'inestimable Atalanta fugiens, l'« Atalante fugitive ou nouveaux emblèmes chymiques des secrets de la nature »

[l'ouvrage fut donc édité à Oppenheim en 1617, puis en 1618 ; cf. Caillet, 6988 - Brunet, III, 1313 - Duveen 381 - Ferguson, II, 62 - Macphail, I, 76 - Landwehr, J.. Outre le fac similé avec post face de Wuthrich L.H., la traduction en français de E. Perrot dans laquelle le lecteur aura accès aux emblèmes ; et la thèse de H.M.E. De Jong. On peut encore ajouter des articles spécialisés : Kanttekening bij Michaël Maier's Atalanta fugiens, in Album Discipulorum de J.G. Van Gelder, Utrecht, 1963, pp. 79-91 ; du même auteur : Michael Maier Atalanta fugiens...in The Art Bulletin 1965, vol. XLVII, pp. 143-144 ; de T.L. Davis, Count Michael Maier's Use of the Symbolism of Alchemy, in Journal of Chemical Education, 1938, V, 9].

Il est dédié aux membres du Consistoire impérial de Muhlhausen, spécialement à Christophe Remart, un juriste, comte palatin comme l'était Maier. La préface insiste sur l'originalité du livre qui associe l'image, le texte et la musique, un avertissement qui se découvrait déjà dans le titre annonçant cinquante fugues a trois voix. L'alchimie, selon Maier, ne pouvait s'adresser qu'aux esprits élevés, nés pour explorer les plus hautes réalités, tant par l'intelligence que par les sens.

« C'est pourquoi, afin de posséder en quelque sorte d'un seul coup d'Sil et d'embrasser a la fois ces trois objets des sens les plus spirituels la vue, l'ouïe et l'intelligence elle même, et pour faire pénétrer en une seule et même fois dans les esprits ce qui doit être compris, voici que nous avons uni l'optique a la musique, et les sens a l'intelligence, c'est-à-dire les choses précieuses à voir et à entendre, avec les emblèmes chymiques qui sont propres a cette science. Reçois donc en une seule et même fois, dans un seul livre, ces quatre sortes de choses compositions fictives, poétiques et allégoriques, oeuvres emblématiques, gravées dans Vénus ou le cuivre, non sans Vénus ou la grâce » [cf. introduction]

Nous avons déjà souligné l'importance de la musique pour l'alchimiste. C'est ici qu'elle se concrétise véritablement, dans ces « fugues », la seule composition musicale alchimique encore conservée. Le musicologue F. H. Sawyer de l'université de St Andrews, sous la direction duquel elles furent exécutées à Londres en 1935, précisa qu'il s'agissait en fait d'une « fuga per canonem », une des formes primitives de la fugue telle qu'elle existait au XVIe siècle. La fugue de Maier est une sorte de canon à trois voix, celles d'Atalante, Hippomene et Pomone. Cette dernière assurant un « cantus firmus » [l'équivalent de la basse continue] ce qui, de l'avis de ce spécialiste, constitue une curiosité musicale intéressante. Un autre musicologue partageant cette opinion, ajouta qu'il s'agissait d'un spécimen de « catch », pièce a trois voix basée sur le procédé du canon, dont les plus anciens exemples, Pammelia et Deuteromelia de Ravenscroft, datent de 1609 [F.H. Sawyer : The Music in Atalanta fugiens, in J. Read : Prelude to Chemistry, Londres, 1961]. Sans doute convient-il de se demander ce qui incita Maier à incorporer cette Suvre musicale dans l'Atalanta, en dehors du fait déjà évoqué qu'il existait depuis des siècles une parfaite connivence entre l'alchimie et la musique ? Dans sa préface, Maier ne cacha pas son désir de réaliser une Suvre totale s'adressant autant à la vue qu'à l'ouïe. Une telle démarche peut être rapprochée d'un genre qui apparut alors, l'opéra, dont le caractère dramatique, typique du baroque n'est pas absent, d'ailleurs, de l'Atalanta. André Chastel qui analysa cette période ou la renaissance était en crise, remarqua que la conjonction de l'auditif et du visuel y parut constante. La musique et le bruit furent par, exemple, omniprésents dans la peinture de cette époque où l'on chantait beaucoup. Maier conçut donc un livre qui non seulement ne trahissait pas les habitudes des adeptes, mais coïncidait parfaitement avec l'esprit de son temps. Au cours de ses pérégrinations, il séjourna dans les principaux centres musicaux, ce qui l'influença certainement. Alors que la musique connaissait un véritable âge d'or, il se trouva à Prague, le foyer musical de l'Europe centrale où, nous l'avons vu, il rencontra sans doute Monteverdi qui s'y trouva en 1596. II aurait pu y côtoyer également Hans Léo Hassier (1564 1612) qui partageait avec l'empereur la passion des automates musicaux. En Angleterre ou la musique élisabethaine pénétrait l'art théâtral et développait le chSur polyphonique, il rencontra Fludd dont le traité Utriusque cosmi développe des théories sur la cosmologie musicale. Par la suite, Maier se retrouva à la cour de Maurice de Hesse, le protecteur d'un des plus grands musiciens allemands, Heinrich Schütz. Ce fut là, sans doute, qu'il composa l'Atalanta. Le choix de trois voix pour le canon n'est pas arbitraire. II correspond évidemment aux trois tonalités, grave, moyenne et aiguë mais aussi aux trois principes de l'oeuvre alchimique. C'est Mercure, lui même, le dieu trois fois grand des alchimistes, l'inventeur de la lyre, qui avait détermine ces trois tons. Une partition musicale, dont le texte est en latin, correspond donc à chaque emblème qui est accompagné d'une devise explicative et d'une épigramme dans cette même langue. Celle-ci est traduite en allemand, sous la partition. Un « discours » de deux pages en latin, suit à chaque fois cette disposition. Il commente chaque emblème avec force références à la mythologie, aux fables, à la philosophie et aux sciences. Ce « discours » est une dissertation qui comporte en général deux parties. La première situe la gravure dans un contexte culturel général, se référant selon sa nature à l'histoire, à la philosophie, à la mythologie, à la médecine, à la minéralogie, à l'éthique, etc. L'on pourrait supposer que Maier souhaitait par ces propos, toucher un autre public que les seuls alchimistes, les amateurs d'emblèmes qui n'auraient sans doute compris que peu de choses à son exégèse alchimique. Dans celle ci, Maier aime dévoiler ses sources. Cette méthode qui consiste a fournir l'image et son commentaire se retrouvera dans les Douze clefs de Basile Valentin qui furent publiées pour la première fois avec illustrations, dans un recueil de Maier. II s'agit d'un phénomène important dans l'histoire de l'alchimie et de son iconographie. Avec l'Atalanta, la suprématie fut accordée à l'image. Cette tendance aboutira à un livre d'images alchimiques sans texte, le Mutus Liber. Le « discours » nous révèle non seulement l'érudition de Maier mais surtout l'étendue de son intelligence car il tente, en établissant un parallélisme entre la mythologie et l'alchimie qui, à première vue, peut paraître naïf, de dégager leur réalité commune. Certes, cette conscience est encore diffuse et il faudra attendre Carl Gustav Jung, notamment, pour qu'elle devienne évidente mais Maier est attentif à certains points de convergence entre les fables antiques et l'imaginaire alchimique, comme ceux de l'inceste, de l'hermaphrodisme, du meurtre du père. Maier s'expliqua sur le choix du titre qui se réfère à l'histoire racontée par Ovide de la vierge Atalante qui distançait à la course tous ses prétendants jusqu'à ce que l'un d'eux, Hippomene, eut l'idée de jeter devant elle trois pommes d'or. Vénus lui avait offert ces fruits du jardin des Hespérides. Curieuse, Atalante les ramassa, perdant du temps, la course et sa virginité. Pernety interprêta cette légende. Curieusement, l'historien qui consacra une thèse à l'Atalanta, ne cite jamais ce bénédictin qui, pourtant, ne manque pas de se référer a Maier. Pour celui-ci, cette légende cachait une vérité alchimique, celle du mercure, ce métal qui fuit et ne peut être fixé que par le soufre. II la fit représenter sur la page de titre dans la bordure ornementale, plaçant l'ensemble de l'Suvre sous le symbole fondamental du couple qui engendre la pierre philosophale. Aucun des cinquante emblèmes qui suivent, ne revient sur l'histoire de la vierge véloce. Par contre, l'unité de l'ouvrage reste préservée par les « fugues » ou Atalante et ses comparses développent le sujet de ces emblèmes. [...]

L'on eut tendance à attribuer les gravures à Johann Theodor De Bry puisque ce fut lui qui édita l'Atalanta et qu'il était un graveur consommé. Cependant, Hartlaub, Faber du Faur et Wuthrich préférèrent y voir l'oeuvre de Mathieu Merian l'Aîné. C'est un fait que celui ci travailla pour De Bry à cette époque. En 1617, l'année même de la publication du livre, il épousa la fille de son éditeur, Maria Magdalena. Cet argument ne suffirait pas si l'on ne retrouvait, selon Wuthrich, dans l'Atalanta, un paysage reproduit par Menan dans une de
ses planches topographiques gravées en 1642. II s'agit des villages de Berg et Cannstatt reliés par un pont sur le Neckar. Ayant comparé les deux gravures, nous avouons qu'il faut beaucoup de bonne volonté pour leur trouver une quelconque similitude. L'emblème XXXVI de l'Atalanta montre une église dans chaque village alors que la gravure représentant vraiment ces localités, montre deux églises dans Cannstatt et aucune dans Berg. II existe certainement une parenté de style entre les gravures de l'Atalanta et celles qui sont signées par Menan mais on pourrait en dire autant pour celles de Johann Theodor De Bry dont la facture est assez voisine. Compte tenu de ces remarques et du nombre important de gravures qui durent être realisées pour l'Atalanta, nous pensons qu'une collaboration entre les deux artistes ne peut être exclue. Nous formulons cette hypothèse en tenant compte du fait que les emblèmes durent être conçus et gravés rapidement puisque la présence de Maier n'est signalée en Allemagne qu'après son séjour en Angleterre, en 1616. Dans sa thèse, De Jong affirme, sans prendre la précaution de dire qu'il s'agit d'une hypothèse, que les emblèmes sont de Menan. Elle ne cite pas une seule fois le nom de Johann Theodor De Bry, pourtant l'éditeur de l'objet de ses recherches. Sur sa lancée, cette thèse attribue sans autre prudence à Menan quelques gravures du traité Symbola Aureae, et déclare que le De lapide philosophorum de Lambsprinck fut illustré de gravures « de la main de Menan ». D'autres, comme Macphail, les attribuent à De Bry. L'on n'y trouve aucune signature de ces artistes. En fait, comme seules Suvres alchimiques certaines, Menan signa le frontispice et une planche du Museum hermeticum (1625) Certes peut on à partir de ces pièces lui en attribuer quelques autres, mais il convient d'être prudent. Menan signa aussi le frontispice d'un traité de Robert Fludd, un ami de Maier, De naturae simia qui fut édité en 1624 aux frais des héritiers de Johann Theodor De Bry. Nous le mentionnons car les Suvres du rosicrucien anglais sont voisines de l'alchimie, tel cet autre traité l'Utriusque cosmi (publié la même année que l'Atalanta) dont il n'est pas rare de voir les illustrations attribuées a Menan. Or, le titre mentionne qu'elles furent exécutées par De Bry. Force est de conclure que les deux artistes, le gendre et le beau père, collaboraient étroitement et que le problème de l'attribution, à l'un ou à l'autre, de nombreuses gravures, mériterait un examen approfondi. L'Atalanta fut un ouvrage à succès si on en juge par sa postérité. Un problème se pose immédiatement quant a ce que d'aucuns, comme Duveen, considèrent comme la deuxième édition, en 1618. Lui même et Jung possédaient les exemplaires de 1617. Macphail était plutôt d'avis que le M DC XVIII des exemplaires qui sont connus, n'était qu'une modification par cachet, de la date de l'editio princeps. La question reste en suspens. Le traité reparut en 1687, à Francfort, mais sous un autre titre Secretioris naturae secretorum scrutinum chymicum. [rappelons que c'est sur cette édition que travailla Jung, pour ses ouvrages d'herméneutique alchimique, cf. Aurora consurgens] II fut alors amputé de sa fugue et de l'épigramme en allemand. II y eut enfin, en 1708, dans la même ville, une traduction en allemand. Entre temps, les emblèmes figurèrent parmi les illustrations du Viridarium chymicum publié à Francfort, en 1688. Maier publia encore en 1618 deux traités avec illustrations. L'un, le Viatorium le fut chez De Bry. II s'agit d'un « guide du voyageur sur l'océan immense des erreurs chymiques » destiné à le mener vers la pierre philosophale en tenant compte des concordances entre les métaux et les planètes tout en relevant leurs effets sur le corps humain. Ses sept gravures l'illustrent. Herbrant Jamsthaler se souvint certainement du titre de ce livre lorsqu'il publia, en 1625, chez l'autre éditeur de Maier, Lucas Jennis, un ouvrage (Viatorium spagyricum) que ce dernier illustra en empruntant des gravures à la Philosophia reformata de Mylius, elles mêmes inspirées de programmes iconographiques antérieurs. Ce fut un des travers de cet éditeur que de réutiliser ses planches dans des publications différentes. Un autre recueil de Maier, Tripus aureus, fut publié chez celui-ci. Ce « Trepied d'or » contient trois traités, le « Testament » de Cremer, le « Crois-moi » de Norton et surtout les « Douze clefs » de Basile Valentin. En 1620, Maier publia encore, toujours chez Jennis, « la semaine philosophique au cours de laquelle Salomon, roi très sage des Israélites, la reine Saba d'Arabie, ainsi que le roi de Tyr Hyram, exposent et élucident l'un l'autre, sous forme de Colloque, les énigmes de l'or ». Les illustrations repondent aux journées de la semaine alchimique, période symbolique des sept phases du grand Suvre. Elles coïncident avec les sept jours de la création de l'univers.

Voici encore des notes de John Ferguson, in Bibliotheca Chemica :

MAIER (MICHAEL).

- Atalanta Fugiens, hoc est, Emblemata Nova de Secretis Naturae Chymica, Accommodata partim oculis & intellectui, figuris cupro incisis, adjectisquesententiis, Epigrammatis & notis, partim auribus & recreationi animi plus minus 50 Fugis Musicalibus trium Vocum, quarum duae ad unam simplicem melodiam distichis canendis peraptam, correspondeant, non absq; singulari jucunditate videnda, legenda, meditanda, intelligenda, dijudicanda, canenda & audienda: Authore Michaele Majero Imperial. Consistorii Comite, Med. D. Eq. ex. &c. Oppenheimii ,Ex typogriphia Hieronyimi: Galleri, Sumptibus Job. Theodori de Bry, M DC XVIII.

4°, Pp. 211 [3, 2 blank], Title within an engraved border. Portrait of Maier. 50 engraved emblematic pictures, with an 'epigramma,' each of which is set to music. For a later editton, see 'Scrutinium Chymicum,' 1687, [notez que Jung se réfère à cette édition de 1687 dans son Psychologie et Alchimie, trad. Buchet Chastel, 1970, ref. 241, p. 635]


frontispice du Scrutinum Chymicum, Francofurti, 1687

- Michaelis Majeri, Imperial Consistor. Comit. Med. D. Eq. Ex. &c. Chymisches Cabinet, derer grossen Geheimnussen der Natur, durch wohl ersonnene sinnrteiche Kupfferstiche und Emblemata, auch zu mehrerer Erleuchterung und Verstand derselben, mit angehefften sehr dienlich und geschickten Sententien und Poëtischert Uberschrifften, dargestellet und ausgezieret. Welches, nachdeme es wegen vieler darinn entdeokten raren Geheimnussen und Erläuterung der Philosophischen Subtilitäten, von verschiedentlichen hocherleuchtenden und zu grossen Künsten sich applicirenden Liebhabern zum öffteren begehret und verlanget worden; Der Chymischen Republic und dero Liebhabern, zur Speculation, Betracht- und Untersuchung aus wohlmeinender Veneration und Liebe zum zweyten mahl in der Lateinischen Sprach ausgefertiget, vor jetzo aber zum ersten mahl in das Hochteutsche übersetzet ist; von G. A. K. der Philosophischen Künsten Liebhabern. Deme beygefüget ist, eine Application des Hohen Lied Salomonis, auff die Universal-Tinctur der Philosophorum. Franckfurt, Verlegts Georg Heinrich Oehrling, Anno 1708.

4°. Pp. [4] 153 [1 blank]. 50 emblematic engravings. This is a German translation of the Scrutinium Chymicum.

Examen Fucorum Pseudo-Chymicorum Detectorum et in Gratiam Veritatis Amantium succincte refutatorum. Authore Michaele Maiero, Com. PaL Eq. Ex. Med. D. Fnincofurti Typis Nicolai Hoffmanni, sumptibus Theodori de BriJ, Anno M.CDXVII.


frontispice de l'Examen Fucorum

4°. Pp. 47 [1 blank]. Vignette.

Lusus Serius, quo Hermes sive Mercurius Rex Mundanorum Omnium sub Homine existentium, post longam disceptationem in Concilio Octovirali habitam, homine rationali arbitro, judicatus & constitutus est. Authore Michaele Majero Com. Pal. Med. D.  Horat. Omne tulit punctum, qui miscuit utile dulci.
Oppenheimii Ex Chalcographia Hieronymi Galleri, Sumptibus Lucae Jennis Bibliop. 1616.


frontispice du Lusus serius

4° Pp.79 [1 blank]. Vignette. [Another, Copy.] In this copy the date has been alterd. It was originally 1616 but the top of the 6 has been scraped out and a tail has been added with a pen, so that it appears to be 1619. This alteration from 1616 to if 19 seems to have been done systematically; I have seen another copy with the date altered, and Schmieder quotes an edition, Oppenheim 1619; but I doubt if one exist apart from that of 1616. There is an edition, Francofurti, 1617, 4°; a German translation; Frankfurt, 1615 (?), 8°, and 1625; an English translation by J. de la Salle : Lusus Serius, or Serious Passe-time, London, 1654, 12°, pp. [8] 139 [1 blank].

Michaelis Majeri, Imperial. Consistor. Comit. Med, D. Eq. Ex. &c. Secretioris Naturae Secretorum Scrutinium Chymicum, per oculis et intellectui accurate accommodata, figuris cupro appositissime incisa, ingeniosissima Emblemata, hisque confines, & ad rem egregie facientes sententias, doctissimaque item Epigrammata, illustratum. Opusculum ingeniis altioribus, & ad majora natis, ob momenta in eo subtilia, augusta, sancta, rara, & alioqui nimium quantum abstrusa, quam maxima expetitum, desideratum; Iterata vice amplissimae Reipublicae Chymicae Bono & Emolumento, non sine singulari jucunditate legendum, meditandum intelligendum, dijudicandum, depromptum.Francofurti, Impensis Georgii Henrici Oehrlingii, Bibliopolae. Typo Johannis Philippi Andreae. M.DC.LXXXVII.

4° Pp [8] 150 [2 blank]. 50 symbolical engravings.This is a reprint of Atalanta Fugiens. The differences in this edition are the alteration of the title, the omission of the engraved title and Maier's portrait, the omission of the music, and of the
'Epigramma Authoris' and 'Episcola dedicatoria,'

Silentium post Clamores, hoc est, Tractatus Apologeticus, quo causee non solum clamorum seu Reuelationem Fraternitatis Germanicae de R. C. sed & Silentii, seu non redditae ad singulorum vota responsionis, vna cum malevolorum refutatione, traduntur & demonstrantur, scriptus Authore Michaele Maiero Imperialia Consistorij Comite, Eq. Ex. Phil. & Med. D. Francof. Apud Lucam lennis. M.DC.XVII

8°, Pp. 142 [2 blank], Vignette.This was translated Into German, Franckfurt, 1617, 8°, pp. 190 [2 blank]. The second edition of the Latin was published at Frankfurt, 1622, 8°, pp. 236 [4 blank]. At p. 101 begins a reprint of Themis Aurea, with a separate title-page, 1624.

Symbola Aureae Mensae Duodecim Nationum. Hoc est, Hermaea seu Mercurii Festa ab Heroibus duodenis selectis, artis Chymicae vsu, sapientia & authoritate Paribus celebrata, ad Pyrgopolynicen seu Aduersarium illum tot annis iactabundum, virgini Chemiae Iniuriam argumentis tam vitiosis, quam conuitiis argutis inferentem, confundendum & exarmandum, Artifices vero optime de ea meritos suo honori & famae restituendum, Vbi & artis continuatio & veritas inuicta 36. rationibus, & experientia librisque authorum plus quam trecentis demonstratur, Opus, vt Chemiae, sic omnibus aliis Antiquitatis & rerum scitu dignissimarum percupidis, vtilissimum, 12. libris explicatum & traditum, figuris cupro incisis passim adiectis, Authore Michaele Maiero Comite Imperialis Consistorii, Nobili, Exempto, Med. Doct. P.C. olim Aulico Caes. Francofurti Typis
Antonij Hummij, impensis Lucae lennis. M.DC.XVII.


frontispice du Symbola Aureae Mensae

4°. Pp. [20] 621. Index [43]. Portrait of the author, the same as in Atalanta Fusion, 12 symbolical engravings. The title is enclosed in a border containing 12 medallion portraits of the chief alchemists of 12 Nations. Woodcut, p. 345. The portraits are of Hermes. Maria, Democritus, Morienus. Avicenna, Albertus, Arnoldus, Thomas Aquinas, Raymundus, Bacon, Melchior Cibinensis Ungarus, and Anonymus Sarmata, who is probably Sendivogius. (Compare the Viridarium, p. 39, where the Emblem is repeated.)

Tripus Aureus, hoc est, Tres Tractatus Chymici Selectissimi, nempe

I. Basilii Valentini, Benedictini Ordinis monachi, Germani, Practica vna cum 12. clauibus & appendice, ex Germanico;
II. Thomas Nortoni, Angli Philosophi Crede Mihi seu Ordinale, ante annos 140. ab authore scriptum, nunc ex Anglicano manuscripto in Latinum translatum, phrasi cuiusque authoris vt & sententia retenta;
III. Cremeri cuiusdam Abbatis Westmonasteriensis Angli Testamentum, hactenus nondum publicatum, nunc in diuersarum nationum gratiam editi, & figuris cupro affabre incisis ornati opera & studio

Michaelis Maieri Phil. & Med. D. Com. P. &c. Francofurti Ex Chalco
graphia Pauli lacobi, impensis Lucae lennis. Anno M.DC.XVIII.


frontispice du Tripus Aureus

4°, Pp. 196. A blank leaf between pp. 182-3 and a blank leaf at the end. Vignette, portrait, and 19 engravings. The collection was reprinted in the Musaeum Hermeticum, 1749 (q.v.).

Michaelis Majeri Viatorium, hoc est, De Montibus Planetanim septem seu Metallorum; Tractatus tam utilis, quam perspicuus, quo, ut Indice Mercuriali in triviis, vel Ariadneo filo in Labyrintho, seu Cynosura in Oceano Chymicorum errorum immenso, quilibet rationalis, veritatis amans, ad illum, qui in montibus sese abdidit De Rubea-petra Alexicacum, omnibus Medicis desideratum, investigandum, uti poterit. Oppenheimii Ex typographia Hieronymi Galleri. Sumptibus Joh. Theodori de Bry. M.DC.XVIII.

4°. Pp. 136 [misprint for 138] [2 blank]. The title it surrounded by an engraved border, with Maier's portrait in the centre at the top, a landscape at the bottom, and the gods and goddesses representing the seven metals in compartments along the sides. Seven symbolic engravings in the text.

Michaelis Majeri Viatorium, hoc est, De Montibus Planetarum septem seu Metallorum; Tractatus tam utilis, quam perspicuus, quo, ut Indice Mercuriali in trivijs, vel Ariadneo filo in Labyrintho, seu Cynosura in Oceano Chymicorum errorum immenso, quilibet rationalis, veritatis amans, ad ilium, qui in montibus sese abdidit De Rubea-petra Alexicacum, omnibus Medicis desideratum, investigandum, uti potent Rothomagi, Surnpt. loannis Berthelin, in
area Palatij. Anno M.DC.LI.


frontispice du Viatorum

8°. Pp. 224, Engraved title included. 7 engravings. Vignette.

Michaelis Meyeri, D. Viridarium Chymicum, das ist: Chymisches LustGartlein, in sich begreiffend etlich und funffzig Philosophische Sinnenbilder, deren Beschreibung in teutsche Reimen gefasset, durch einen Liebhaber deren Wissenschafft. Franckfurt am Mayn, Bey Herman von Sand. MDCLXXXVIII.

Oblong 8°. Pp. 112. Title; preface pp. 3-6: p. 7, Blank; p. 8, verses; p. 9. copper plate engraving, and thereafter verses on the verso and engraving on the recto of each page. Compare Stolcius de Stolcenberg's book.

Aenigma.

See BOREL (PIERRE), Bibliotheca Chimica, 1654, p. 275.


Subtilis Allegoria super Secrete Chymiae,

See MUSAEUM HERMETICUM, 1749, p. 701.

Treuhertzige Warnungs-Vermahnung, ... an alle wahre Liebhaber der Naturgemäfsen Alchymiae transmutatoriae.

See ROTH-SCHOLTZ (FRIEDERICH), Deutsches Theatrum Chemicum, 1728, i. p. 289.
See THARSANDER, Adeptus Ineptus, 1744, p. 95.

Tripus Aureus.

See MUSAEUM HERMETICUM, 1749, p. 373.

Maier was born at Rensburg in Holstein about 1568. After graduating as doctor of medicine he lived at Rostock, then at Prague, was physician to the Emperor Rudolph II., and in 1619 to the Landgrave Moritz of Hesse; he was also a Pfalz. In 1620 he was at Magdeburg, where he died in 1622, in his 53rd or 54th year. He was a keen alchemist and defender of the Rosicrucians, and a voluminous writer. He had the reputation of being the most learned amongst the chemists of his time. Little account of him, however, is made by Schmieder, Kopp, and others. In addition to the above he published the following books:

- Arcana Arcanissima. s.I.et a., 4°, pp. [13] 285
[1 blank, 14].


frontispice de l'Arcana Arcanissima

- Cantilenae Intellectuales de Phonice redivivo, Rostochii, 1622; Chansons . . . sur la resurrection du Phenix, Paris, 1758, 12°, pp. [8] 129 [1 blank], Latin and French.
- Civitas Corporis Humani, Francofurti, DCXXI. (sic), 8°, pp. 216.
- De Circulo Physico Quadrato. Oppenheim., 1616, 4°, pp. 79 [1 blank].
- Examen Fucorum Pseudochymicorum, Francof, 1617, 4° pp. 47 [1 blank].
- Jocus Severus, Francof., 1617,4°, pp. 76. Verum lnventum, hoc est, munera Germaniae,
Francof., 1619, 8°, pp. [16, 1-10] 11-249 [1, 6 blank].


frontispice du Jocus Severus

- Septimana Philosophia, Francof., 1620, 4°, pp. [36] 228 [52] Folding plate.
- Themis Aurea, Francof., 1618, 8°, p. 192; and edition, 1624, along with 'Silentium post clamores' (q.v.).

The Rosicrucian work: Tractatus Posthumus,
sive Ulysses, Francofurtii, 1624, 8°, pp. 274 [2 blank], was published after his death. It was short (pp. 41), but the editor added others on the same topic, and issued it as a kind of memorial volume. The other tracts are:

- Colloquium Rhodostauroticum, p. 431
- Echo Colloquii Rhodostaurotici, p. 163;
- Christianae Religionis Summa per Joan. Diazium Hispanum, p. 203:
- Scholasterium Christianum, p. 217.

So far as I have observed this is one of the rarest of Maier's works. Kopp mentions another work: Comitia philosophica, which I have not seen.

- De Volucri Arborea, Francof., 1619, 8°. pp. 180.
- Themis Aurea, English translation, London, 1656, 16°, pp. [30, 2 blank] 136.
- Echo Fraternitatis Rosae Crucis, Dantisci, 1616, 8°, has been ascribed to him.

A good deal of the interest of Maier's books now turns upon their symbolical illustrations by De Bry, apart from the treatment of the subject of alchemy and Rosicrucianism.




II. Atalanta fugiens : emblèmes, épigrammes, discours

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chapitres :

introduction - I - II - III - IV - V - VI - VII - VIII - IX - X - XI - XII - XIII - XIV - XV - XVI - XVII - XVIII - XIX - XX - XXI - XXII - XXIII - XXIV - XXV - XXVI - XXVII - XXVIII - XXIX - XXX - XXXI - XXXII - XXXIII - XXXIV - XXXV - XXXVI - XXXVII - XXXVIII - XXXIX - XL - XLI - XLII - XLIII - XLIV - XLV - XLVI - XLVII - XLVIII - XLIX - L -

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III. Nos commentaires

1)- sur les discours

Le lecteur aura compris qu'en l'Atalanta fugiens, nous tenons un traité qui vise à l'oeuvre totale, réalisant une synthèse jamais vue depuis le traité de Geber, La Somme de Perfection du Magistère, mais qu'on a revue, toutefois, pas moins de trois fois depuis lors :

a)- l'oeuvre de Pernety, avec son Dictionnaire Mytho-hermétique et les deux tomes de ses Fables Égyptiennes et Grecques qui doivent beaucoup à l'Atalanta fugiens ;

b)- la publication de la trilogie fulcanellienne, en 1924 [Le Mystère des Cathédrales et les Demeures philosophales, 2 tomes]. E. Canseliet, depuis, a complété les fragments que nous avait laissé son maître [Deux Logis Alchimiques, Alchimie, L'Alchimie expliquée sur ses Textes Classiques]. Dujols de Valois, le libraire érudit, ami de Fulcanelli, connaissant E. Canseliet et Julien Champagne publia de son côté une Hypotypose au Mutus Liber  qui ne laisse pas d'être intéressante et de présenter des extraits qui, semble-t-il, ont été remployés dans le Mystère des Cathédrales.

c)- l'oeuvre de Carl Gustav Jung : Psychologie et Alchimie où, malheureusement, l'auteur fait l'impasse totale sur le côté opératique de l'alchimie [Jung ne croyait pas que l'alchimiste ait jamais oeuvré au creuset]. C'est à Etienne Perrot que l'on doit la traduction d'une grande partie du massif alchimique représenté par Aïon, Psychologie du Transfert, les deux tomes du Mysterium conjunctionis, Essais sur la symbolique de l'Esprit et le 3ème tome du Mysterium conjunctionis, qui n'est autre que l'Aurora consurgens dont Jung a chargé Marie Louise von Franz d'assurer l'analyse [cf. supra, trad. Fontaine de Pierre]. A cela, il faut ajouter de multiples études dans les Racines de la Conscience [trad. Buchet Chastel] ainsi que dans les Métamorphoses de l'Âme. Cf. Aurora consurgens où tout cela se trouve développé.

A côté de ces grands massifs, nous trouvons plusieurs chimistes qui se sont intéressés à l'alchimie, en tant que proto chimie : Eugène Chevreul, dont nous avons donné sur ce site tous les écrits se rapportant à l'Art sacré ; Marcelin Berthelot, dont nous avons donné ses Origines de l'Alchimie et de nombreux articles d'Histoire des sciences [cf. Idée Alchimique, I et II]. On trouve encore Ferdinand Hoefer qui a donné dans son Histoire de la Chimie, des aperçus tout à fait remarquables sur l'alchimie et, fait exceptionnel, sur tous les alchimistes connus dans l'histoire.

Les commentaires que l'on trouvera annexés à chaque emblème sont originaux. Ils viennent en droite ligne des réflexions que nous ont apportées plus de 25 ans d'étude de l'Art sacré, en relation avec l'alchimie et l'idée, surtout, que l'on peut se faire de cette discipline hermétique, vue sous un regard qui ne va pas dans le sens traditionnel de l'hermétisme. En effet, pour nous, l'oeuvre alchimique n'est pas rattachée aux transmutations métalliques mais à l'évolution des pierres communes vers les pierres gemmes. On s'est donc efforcé, dans ces sections, de toujours mettre en parallèle la richesse conceptuelle dégagée de l'hermétisme traditionnel et le sens de notre interprétation rationnelle de l'Art sacré. Cette option nous a permis de mettre en évidence dans l'Atalanta fugiens, toute une série de symboles qui ne peuvent se rattacher qu'à la voie sèche et qui font du Mercure un fondant dans lequel on cuit les matières de l'oeuvre. En marge de ces considérations physico-chimiques, l'Atalanta fugiens nous a permis d'approfondir le parallèle entre les fables, les mythes et les allégories. En particulier, tous ceux touchant à la guerre de Troie, aux héros Troyens et Achéens, auxquels nous avons pu assigner une fonction symbolique. L'ensemble de nos commentaires, pour 500 pages de texte à peu près, s'élèvent à 686. Comme le montre le tableau suivant, ils ont augmenté au fur et à mesure que notre progression. On peut isoler surtout les emblèmes XXV [cheminée alchimique d'Avignon], XLII et XLIII [on touche là au sommet de l'oeuvre avec un emblème sur Diane et la Lune ; un autre emblème sur le vautour]. L'emblème XLIV est un vaste compendium sur les relations entre la mythologie grecque et l'Art sacré. L'emblème XLVII est une vaste allégorie portant essentiellement sur le thème du chien et du loup : elle aboutit au thème de la Vierge.
 

emblème
nombre de notes
nombre de pages
I
6
13
II
8
5
III
16
8
IV
6
4
V
5
3
VI
14
9
VII
16
9
VIII
14
5
IX
16
4
X
19
2
XI
11
5
XII
10
1
XIII
10
3
XIV
12
3
XV
16
7
XVI
10
5
XVII
18
7
XVIII
6
1
XIX
18
5
XX
11
5
XXI
4
3
XXII
10
3
XXIII
10
7
XXIV
14
7
XXV
21
27
XXVI
11
2
XXVII
20
5
XXVIII
7
11
XXIX
15
10
XXX
15
12
XXXI
10
5
XXXII
17
18
XXXIII
10
4
XXXIV
18
13
XXXV
15
16
XXXVI
15
14
XXXVII
18
19
XXXVIII
14
17
XXXIX
14
10
XL
9
18
XLI
9
14
XLII
13
26
XLIII
14
25
XLIV
44
41
XLV
17
22
XLVI
23
15
XLVII
15
32
XLVIII
14
13
XLIX
12
18
L
16
15
50
686
# 500
TABLEAU I
(le commentaire)

Notez que l'Atalanta n'a pas été commentée d'un seul tenant. Le travail a été interrompu par l'introduction de nouvelles sections dont l'intérêt était en relation étroite avec le texte de Michel Maier : l'Art de la Verrerie  de Loysel avec des extraits d'un traité de Bosc d'Antic ; et un travail sur les synthèses cristallines et le métamorphisme : le Métamorphisme des roches [Gabriel-Auguste Daubrée : I - II et Achille Delesse : III - IV ; 4 sous-sections].

2)- sur la musique

A propos des fugues de l'Atalanta, nous tirons cet extrait de Roger J. V. Cotte, Musique et symbolisme, résonances cosmiques des instruments et des oeuvres [Dangles, 1988] :

En 1618 paraissait a Oppenheim (Rhénanie) l'ouvrage dont nous pouvons admirer [...] le superbe frontispice gravé, Atalanta fugiens de Michel Maier L'auteur, ou plutôt les auteurs car l'éditeur Jean-Théodore de Bry est probablement également le graveur, s'y manifestent comme hermétistes, poètes, graveurs et musiciens Michel Maier, ne en 1568 à Rendsburg (Holstem) et mort vers 1631, était docteur en médecine. Il entra au service de l'empereur Rodolphe II, a Prague, tout d'abord en qualité de physicien ou médecin, puis de secrétaire privé, pour être enfin élevé à la dignité de comte du Conseil impérial (comte palatin). Il était alchimiste et Rose + Croix. Jean-Théodore de Bry, né a Liège en 1561, fils du graveur et éditeur du même nom, reprit à la mort de son père les activités professionnelles de celui-ci. Il appartenait à la Religion réformée. L'ouvrage de Maier et de Bry est un authentique traité d'alchimie et d'occultisme1 en cinquante « emblèmes » ésotériques. Chaque « emblème » comporte trois éléments un « épigramme », court poème allégorique en latin accompagné de sa traduction en allemand, une gravure symbolique et une « fugue » à trois voix écrite sur les deux premiers vers de l'épigramme. Un titre indique la signification générale de chaque « emblème ». Chacun d'eux transpose un mythe antique en lui conférant une résonance alchimique. Le point de départ, illustré par le frontispice, prend pour prétexte la légende de la déesse Atalante (autrement dénommée Artemis2 (ArtemiV) et même Diane par les Grecs et par les Romains). Nous pouvons suivre son aventure sur l'encadrement du titre à gauche, dans le jardin des Hespérides (les trois nymphes, au haut de la gravure, dénommées Aegle, Arethuse et Hespertusa)3, gardé par le dragon à sept têtes (également en haut)4. Hercule s'empara des pommes d'or. Trois


FIGURE IV
(détail supérieur du frontispice de l'Atalanta fugiens)

de ces pommes tombèrent entre les mains d'Aphrodite (Vénus) qui, ulcérée de la chasteté farouche d'Atalante, les remit au bel Hippoménès avec mission de séduire Atalante. Celui-ci, sachant par quel stratagème celle-ci se libérait de ses prétendants, résolut de la déjouer. Atalante leur imposait l'épreuve d'une course. Si le prétendant gagnait la course contre elle, il serait admis a l'épouser. Dans le cas contraire, il aurait la tête tranchée, ce qui se produisait toujours, Atalante étant plus rapide et plus légère que quelque mortel que ce soit. Hippomenes se mit sur les rangs. Lors de l'épreuve, il lança ses trois pommes d'or au-devant d'Atalante. Curieuse ou quelque peu cupide, elle se baissa pour les examiner et les ramasser, et perdit quelques enjambées ce qui suffit pour permettre à Hippomenes de gagner (en bas à gauche). Ils consommèrent alors leur union dans un temple consacré a Zeus ou à Déméter (en bas, a droite)5. Irrité de cet acte de profanation, le dieu (ou la déesse) les changea respectivement en lion et en lionne (en bas, à droite). Les gravures et le sens général des « épigrammes » ont été admirablement analysés et expliqués par J Van Lennep (l'Alchimie, Dervy, 1985)6. Les « fugues » musicales demeurent plus mystérieuses et demanderaient une longue et minutieuse étude. Un examen sommaire n'est cependant peut-être pas sans intérêt. Voyons la fugue n° 1, transcrite ici en notation moderne :


FIGURE V
(cliquez sur l'image pour voir l'original)

Ce n'est assurément pas une fugue telle que l'entendent les traités classiques en usage dans les conservatoires. Seules les deux voix supérieures sont traitées en canon7 [...], mais à la quarte inférieure8. La voix la plus grave est traitée en cantus firmus9 ou teneure [...]. La voix la plus aiguë serait la fugue, au sens où l'entendaient les théoriciens du XVIIe siècle (Salomon de Causs : Institution harmonique, Jan Norton, Francfort, 1615 ; réimpression Mintkoff, Genève, 1980), c'est-à-dire la fuga, la fuite. Elle représente naturellement Atalante fugitive, comme l'indique le compositeur : Atalanta seu vox fugiens. La seconde voix, qui la suit en canon rigoureux à la quarte grave, personnalise Hippoménès. Le cantus firmus enfin, tout en valeurs longues, représente les pommes jetées au-devant d'Atalante. Atalante (première voix) représente le Mercure volatil (ou la Lune), Hippoménès (seconde voix) le soufre actif ou le Soleil alchimique. La troisième voix représente les pommes


FIGURE VI
(détail inférieur du frontispice de l'Atalanta)

d'or, fruits d'immortalité mais aussi symbole de la Connaissance10. Ces courtes pièces musicales dont la réalisation nécessite parfois une savante exégèse contrapuntique ne sont pas, loin de là, des chefs-d'Suvre. On y découvre [...] des gaucheries, voire des fautes d'écriture qu'un étudiant de conservatoire, même de nos jours, renierait avec horreur. On peut s'interroger sur leur utilisation prévue par les auteurs. A lire leur texte préliminaire, leur rôle serait équivalent à celui des chorals de Luther : « Être lues, méditées, comprises, jugées, chantées et écoutées. »11 Ce serait une méthode pour graver dans la mémoire de l'adepte le premier distique essentiel de chaque poème commentant la gravure correspondante. J. Van Lennep nous rappelle que l'empereur Rodolphe II (à Prague) tout comme le duc Vincent de Gonzague (à Mantoue), tous deux alchimistes experts, étaient pour les musiciens des mécènes éclairés et généreux. Tous deux possédaient une
prestigieuse chapelle de musique. Le premier protégea  entre autres  le compositeur flamand Philippe de Monte (1521-1603)12, et le second finança l'Orfeo de Claudio Monteverdi13, dont nous avons traité au précédent paragraphe et dont le symbolisme a certainement été largement inspiré par le commanditaire. J. Van Lennep avance encore que la musique servait à dissiper la mélancolie saturnienne qui s'emparait des alchimistes lors de leurs longues nuits de veille devant le fourneau14. Il les imagine alors trompant l'attente en chantant les « fugues » de l'Atalanta fugiens. Il suppose qu'elles furent encore chantées par les membres de la confrérie des Rose + Croix, à laquelle appartenait Maier et qui accordait une extrême importance à la musique.

Notes personnelles :

1. ce n'est pas un traité d'occultisme. C'est un essai d'oeuvre total sur l'Art sacré, selon un principe de conception très moderne, que n'auraient pas reniés Joyce ou Pérec.
2. C'est une erreur totale. En aucun cas, on ne peut assimiler du point de vue symbolique Atalante à Artémis.  Certes, des légendes béotiennes et arcadiennes attribuent à l'héroïne le caractère d'Artémis dont elle aurait été l'une des représentations locales. Mais sur le plan de la symbolique hermétique, ce rapprochement doit être révoqué en doute.
3. voyez la section Matière où le mythe du Jardin des Hespérides est abordé dans le détail.
4. à ne pas confondre avec l'Hydre de Lerne qui possédait sept têtes. Il s'agit du dragon Ladon.
5. il ne s'agit pas de Zeus ou Déméter, mais bien de Cybèle. On ne verrait pas d'ailleurs pourquoi les deux lions attelés à son char seraient, précisément, Atalante et Hippoménès métamorphosés. Au lieu que le symbolisme est très clair si l'on veut bien voir le temple de Cybèle, comme d'ailleurs les mythographes le rapportent d'habitude.
6. dans le cadre de son ouvrage monumental, J. Van Lennep n'a pu proposer qu'une interprétation sommaire des emblèmes. C'est l'une des raisons d'ailleurs, qui ont motivé notre travail [notez que nous n'avons pas lu, avant d'effectuer cet ouvrage, les commentaires de Van Lennep].
7. le canon consiste en une même mélodie, reprise successivement par les différentes voies [ex. Frère Jacques].
8. on distingue la quarte juste, ex. do-fa, deux tons et demi-ton ; la quarte augmentée, appelée aussi triton est formée de trois tons, et sévèrement proscrite dans la musique religieuse du Moyen Âge : on la désignait alors comme le diabolus in musica. Nul doute que le compositeur des fugues de l'Atalanta s'en soit inspiré...
9. il s'agit d'une mélodie exprimée en valeurs longues et qui sert d'ossature au développement polyphonique. C'est chez Bach qu'on en trouve les meilleurs exemples classiques.
10. on trouvera le sens exact de ce symbolisme dans les emblèmes XXV, XXXV, XLIV et XLVI.
11. il s'agit de cet essai d'Art total que Michel Maier avait en vue. Nous ajouterons que si la voie aigue peut représenter Atalante et l'autre voie, Hippoménès, il semble que la voie en valeurs longues représente l'Esprit, c'est-à-dire le Mercure. Aussi est-ce par abus qu'on dit qu'Atalante représente le Mercure. Ce n'est pas elle, le tiers-agent, l'artifice de Fulcanelli. nous y verrions plutôt le suc de la Lunaire [cf. Atalanta II et XLVII].
12. Philippe de Monte (1521-1603) est contemporain de Roland de Lassus (1532 ? - 1594). Ces deux grands Flamands ont expérimenté le style madrigalesque italien. De Monte nous laisse mille pièces de ce type.
13. Monteverdi est l'un des plus grands musiciens qui aient jamais existé. Son esthétique répond à la théorie de Platon selon laquelle les émotions humaines peuvent trouver leurs correspondances à travers les modes de la musique [République, livre III]. On lira avec profit l'ouvrage que lui a consacré Roger Tellart [Fayard, 1997].
14.  cette supposition ne paraît guère tenable. Sur la mélancolie, voyez la célèbre gravure de Dürer, qui développe évidemment un sens hermétique.

Pour finir avec la musique des fugues, on ne peut passer sous silence que l'Atalanta fugiens parut en 1618, alors que Heinrich Schütz avait 33 ans. Peut-être peut-on rêver et se laissait aller à penser que Schütz a jeté un coup d'oeil sur la musique de Maier ? Voici à présent un extrait de la vie musicale sous le règne de Rodolphe II :
Prague's musical life in the reign of Rudolf II - between 1576 and 1612 - was very rich and varied. The Habsburg court orchestra, a body that had been perfecting its skills for several decades, was transferred from Vienna to Prague. Composers attached to the Rudolfian orchestra in Prague contributed to the progress of music on a global scale. Prague attracted prominent musicians from all over Europe, whose presence there produced merging of different styles. Along with composers whose achievements won them permanent fame this text presents authors whose names have almost been forgotten, but whose music is of extremely high standard. Philippe de Monte


FIGURE VII
Philippe de Monte

(b. Mecheln 1521, d. Prague 1603) was a key personality in l6th century music. The leader of the Prague imperial orchestra, he was much admired and revered in his time. De Monte made Prague his real home, end he asked in his testament to be buried in Prague's St. James' Church. His numerous works reflect high creative spirit in all genres and forms (madrigals in the then modern "Musica reservata" style, and motets of 1575 reminiscent of Palestrina).

Jacob Regnart (b. Flanders ?, d. 1599) rose in Prague to the postof deputy bandmaster. Still in Rudolf II's time, he moved to Innsbruck but he returned to Prague in 1598. Regnart published in Prague masses dedicated to the head of the Chapter of Prague's St. Vitus' Cathedral, the humanist poet Jiri S. Pontan of Braitenberk. The madrigal written on a poem by Torquato Tasso, was published by the Munich music printer Adamus Berg.

Alessandro Orologio (b. Italy 1550, d. Vienna 1633) was trumpeter in the Prague orchestra from 1580. He left Prague in about 1594/95. His canzonets, published in Venice, were dedicated in 1593 to the Czech nobleman Miskovsky of Mirov. To Emperor Rudolf II, Orologio dedicated the five-voice madrigals which he finished writing in Prague in May 1588 and which he published in Venice in the same year. In a year's time, he received 60 gold pieces from the Emperor for them.

Camillo Zanotti (Janotus) (b. Cesena 1545, d. Prague 1591) is one of the less well known l6th century composers. He worked as a singer. He lived in Prague from 1588, and he drew pay there as"magister secundarius". To Rudolf II, Zanotti dedicated a madrigal on a text by Torquato Tasso, dated 30 April 1587. He was celebrated by Czech humanist poet Salamoun Franzellus of Fridental. His "Tirsi mirir volea" madrigal is based on the text by Batista Guarini of Italy.

Lambertus de Sayve (b. Liege 1549, d. Linz 1619) came of a Netherlands artistic family. In his time, he was admired as composer; for instance, the theoretician and composer Michael Praetorius valued him highly. He wrote madrigals during his stay in Prague.

Carl Luython (b. Antwerp 1557, d. Prague 1620] was an excellent composer, though he failed to be properly appreciated in his time. He joined the Rudolfian orchestra around 1577, and from January 1582 be was its organist. A quiet introvert (as witnessed by the organmaker Jachym Rudner, who built the organ at St. Vitus'), he nevertheless lived a disorganized life full of conflicts (particularly with the said Rudner), perhaps even a life plagued by failure. He was prematurely fired in 1612, failed to receive the promised sum of 200 gold pieces, and was in such difficult financial straits that he had to sell his specially built archycymbalum based on absolute tuning, a reflection of the composer's high qualities as theoretician. His work "Liber I. Missarum... " printed in Mikulat Straus' shop in Prague In 1609, a luxury, richly illustrated work dedicated to Rudolf II consists of church compositions. In the first Mass, "basim Caesar vive", each of the voices features a Latin adulation of the Emperor.

Philippe Schondorff (b. Liege 1558, d. Prague after 1617), is little known. He was trumpeter in the imperial orchestra and music tutor in aristocratic families. In Prague he was supported by the chaplain and Imperial Almoner Jacob Cimarrhae of the Netherlands, to whom Schondorff dedicated his five- and six-voice odes. His almost unknown "super Usqueqpo Domine" Mass was included in the rare Mass collection in St. James' church at Kutna Hora, Bohemia. In 1587 he composed another mass, hitherto undetified, dedicating it to Rudolf II.

Nicolaus Zangius (b. Brandenburg 1570, d. Berlin 1620) is also less well known as composer. Almost a generation younger than all the previous authors, he arrived to Prague at the time of the Imperial orchestra's greatest fame, was engaged by it on 1 October 1602, and drew the pay of an imperial court servant. He also worked in Northern Germany and at Danzig/Gdansk. His Magnificat is dashingly dedicated to Emperor Rudolf; it was printed by M. Straus in Prague in 1609 in luxury, late Renaissance make-up. The Magnificat in its monumental finale foreshadows the coming Baroque.

Other important composers joined to the Rudolfian orchestra included Jacob de Kerle of the Netherlends, and the organist Jacob Hassler. The orchestra had about 45 singers, a boys' choir, a 12-member trumpet ensemble, and a number of instrument players.

For all named composers Prague played an important role. Their compositions are mostly dedicated to Emperor Rudolf II who helped to improve the financial situation of the composers.

Les sept consonnances ont été reconnues en correspondance avec les sept planètes connues avant la découverte d'Uranus :
 
intervalles
planète - héros
correspondance avec les matières
octave
Lune - Séléné
Soufre blanc - Sel
sixte majeure
Mercure - Hermès
fondant alcalin
sixte mineure
Vénus - Aphrodite
sel de potasse
quinte
Soleil - Hélios
Soufre rouge (chaux métallique)
quarte
Mars - Arès
vitriols (vert, bleu, blanc)
tierce majeure
Jupiter - Zeus
sable - silice
tierce mineure
Saturne - Chronos
premier état du Mercure
TABLEAU II
(correspondances intervalles - planètes - héros - matières)

Cotte [Musique et symbolisme, Dangles, 1988] dit encore que l'on retrouve la même nomenclature dans les systèmes d'échelles modales des anciens Grecs. Les notes étaient alors connues par leurs fonctions et non par leurs noms usuels dont l'invention remonte au XIe siècle. Voyons cela :
 

note synemmenon : la dernière des conjointes : Séléné - RE [D]

Paranete synemmenon : la seconde des conjointes : Hermès - DO [C]

Trite synemmemnon : la troisième des conjointes : Aphrodite - SI bémol [B flat]


Mèse
: la moyenne : Hélios - LA [A]



Lichanos meson
: l'indice des moyennes : Arès - SOL [G]



Parhypate meson
: la seconde des moyennes : Zeus - FA [F]


Hypate meson
: la principale des moyennes : Chronos - MI [E]

 
TABLEAU III
(gamme descendante de l'échelle grecque - héros)

Les dénominations en usage actuellement pour désigner les notes de la gamme remontent au XIe siècle et seraient dues au moine Guy d'Arezzo. C'est, en effet, en 1025 que Guido d'Arezzo [905-1050] évoque l'importance des lignes pour faciliter la lecture : des lignes de différentes couleurs, jaune pour l'UT, rouge pour le FA, sont fréquemment utilisées. Pour éviter la confusion, des lettres, placées devant les lignes, servent de clefs ; la forme de nos clefs actuelles dérivent  de celles des lettre F [clef de FA], C [clef d'UT] et G [clef de SOL]. Guido d'Arezzo semble être aussi à l'origine de la dénomination des notes en usage en France et en Italie.


TABLEAU IV
(correspondances alchimiques et héraldiques, in Musique et symbolisme, Dangles, 1988)

On sait que d'Arezzo avait utilisé la première syllabe de chacune des moitiés de vers de l'hymne grégorien à saint Jean [Propre de la messe pour la fête de saint Jean-Baptiste, du 24 juin]. Ces syllabes se chantent chacune sur l'une des notes successives de notre gamme moderne, à l'exception du SI, qui ne sera inventé qu'au XVIe siècle. Cotte écrit encore ceci:
Le texte chanté ne comporte aucune allusion tant soit peu ésotérique ou symbolique, mais certaines « coïncidences » peuvent peut-être laisser penser qu'il n'a pas été choisi sans quelques préoccupations de cet ordre malgré tout. En effet, dans une thèse de doctorat d'État récemment soutenue devant l'Université de Paris, l'auteur, M. Jacques Viret, faisait remarquer qu'en réunissant trois des syllabes choisies par Guy d'Arezzo, on obtenait l'ébauche d'un mot essentiel du vocabulaire alchimique : RE-SOL-UT (la syllabe DO a été plus tard substituée à UT par souci d'euphonie, pour les chanteurs italiens), que complète la première syllabe du dernier mot du texte du verset, lOannes (J. Chailley : les notes de la gamme seraient-elles un cryptogramme ? juin 1981, n°279, pp. 311-312, in l'Education Musicale, Charles Négiar, Paris), soit RESOLUTIO15. M. Viret précise encore que ce terme désigne, dans la transmutation de la matière, l'une des phases essentielles qui est la décomposition d'un tout en ses divers éléments en vue d'une nouvelle recomposition sous une forme différente16. C'est, exprimé en langage alchimique, le cycle sans fin de la vie et de la mort toujours alternant, matérialisé notamment par la succession toujours recommencée des saisons. On comprend dès lors qu'il était naturel qu'il apparaisse dans un hymne dédié à saint Jean-Baptiste dont la fête a été fixée à la fin du solstice d'été, le 24 juin, date à laquelle la course du Soleil commence à décroître de hauteur.17 On remarque aussi que la syllabe SOL (Soleil, si on la considère séparée du contexte) est placée sur la quinte de la note UT, début de la gamme de Guy d'Arezzo, en parfaite concordance avec le symbolisme décrit plus haut (cf. symboles de l'Harmonie universelle, Mersenne).

Notes personnelles :

15. Il est de fait que le vocable IO est le début du mot ion et de ioV, l'un désignant la sphère de la violette, et l'autre désignant le venin, mais aussi la rouille et le vert-de-gris.
16. c'est-à-dire la transformation de substances amorphes en substances cristallisées.
17. le Soleil pénètre alors dans le signe du Cancer [pris dans le zodiaque tropical]. Sur le Cancer, cf. Atalanta, XLII.

Ajoutons qu'un disque est sorti depuis que ces lignes ont été écrites, restituant dans toute leur splendeur l'harmonie des fugues d'Atalante :


ainsi qu'un travail de sémiotique publié par Mme Emilie Granjon (2008, sémiogénèse de la symbolique alchimique, université du Québec).

IV. Extraits d'articles importants relatifs à l'Atalanta fugiens

On a pu voir qu'une importante documentation existait sur l'oeuvre de Michel Maier. Il nous a paru utile d'inclure sur cette page quelques articles qui nous ont semblé des plus intéressants. Tel est le cas d'une analyse de l'emblème XXI, tiré de l'Atalanta fugiens, où M. John Eberly a replacé d'une manière magistrale, dans un contexte à la fois historique et hermétique, le sens que l'on peut trouver à l'emblème, et, d'une façon plus générale, à l'oeuvre si originale de Michel Maier. Tel est le cas du traducteur en français de l'Atalanta fugiens, universitaire de premier plan, attaché à l'alchimie et de façon plus spéciale, aux travaux de C.G. Jung. Enfin, nous donnons des précisions touchant au graveur Theodor de Bry.

1)- Commentary by John Eberly

" Recourse to Authority: "  Count Michael Maier

Early in his medical career, Michael Maier (1568-1622) witnessed a miraculous cure through the use of Paracelcian medicinal alchemy. In the course of exploring alchemy as an art holding the keys to the "universal medicine," Maier made a thorough study of mining techniques in order to intimately understand the alchemical evolution of metals. (For more on the sketchy highlights of Maier s life and career, consult Craven s Count Michael Maier, Doctor of Philosophy and of Medicine,. Alchemist, Rosicrucian, Mystic, 1568-1622; Yates  The Rosicrucian Enlightenment; Evans  Rudolf II and His World; Godwin s Michael Maier s Atalanta Fugiens; and White s The Rosicrucian Enlightenment Revisited.)

Alchemical texts uniformly reject "vulgar gold," that is, the refined product one thinks of when one visualizes gold, in favor of the latent potential of gold found in various ores.

Medieval painters often elaborated their own pigments out of metallic ores. Examples include Naples Yellow (lead antimoniate Pb3(SbO4)2), Vermilion (cinnabar HgS) and Orpiment (yellow arsenic sulfide As2S3).

-Joseph Caezza ("An Interview with a True Son of Hermes (Stanislaus Klossowski de Rola)," The Stone-The Journal of the Philosophers of Nature, Issue 32 May-June 1999, p. 3.)

In chemistry and mineralogy, a polymorph is a substance that may crystallize in two or more different forms18. Michael Maier was a polymorphous philosopher: who moved easily between classical alchemy, mathematics, medicine, philosophy, mythology, music, and the visual arts synthesizing as he went along, producing marvelous works "very useful to possess and pleasant to read."19 He deftly applied Egyptian and Greek mythological antecedents to his multi-leveled structures, weaving alchemical "hints" through works combining poetry, musical composition, and engraved emblems as in the marvelous Atalanta Fugiens (1618). This work combines fifty emblematic engravings and fifty accompanying Latin epigrams with their translation in German verse, along with fifty fugues which musically correspond to both artwork and text.

It is common for the reader of alchemical texts to observe consistent references to the practice of al-Kimia as "our art" "this art" or "the art," or descriptions of the way to accomplish an alchemical process: "by art" or "with art."20 This use of the term art refers to the alchemist s understanding not only of the concepts and theories of all the Arts, but also implies the knowledge of the plastic applications involved in undertaking any actual work of art. This is the Ars magna in which there is no context concerning the word art that cannot be applied also to the whole concept of Alchemy. The Arts in the modern world have become specialized and separated into arbitrary categories; whereas the art of al-Kimia, which encompasses these categories and beyond, has remained all-inclusive. -John Eberly (al-Kimia: The Mystical Islamic Essence of the Sacred Art of Alchemy, Anamnesis, Hutchinson, 1995, p. 92.)

This crystallization of substance (thought into action) into many forms perhaps reflects a late response to Renaissance thought, blurring distinctions between mediums in order to reveal an underlying unity. It certainly mirrors the promise of the red powder of the alchemists in its reputed power of projection and multiplicity.

It was possible for a man of Micheal Maier s intellect to conceive of an idea as an arena of infinite potential where the right word as symbol and sound utilized under correct circumstances virtually holds the force needed in order to change the world. In his alchemical understanding of the evolution of metals, he came, through the expression of his art, to realize how this microcosmic work might affect the macrocosmic evolution of human consciousness. Throughout his life, Maier not only defended in print the utopian Rosicrucian21 precepts of charity and medical aid gratis to the unfortunate, he also lived and operated under those principles. He "deepened" the popular conception of Rosicrucian philosophy by emphasizing and articulating its underlying alchemical nature. (See M. Maier, Themis Aurea, The Laws of the Fraternity of the Rosie Cross. London: printed for N. Brooke at the Angel in Cornhill, 1656. It is interesting that Maier invokes the "Golden" Themis, the Greek Goddess of Justice, daughter of heaven (Uranus) and earth (Gaea) as his clavicula to Rosicrucian Law. The modern Rosicrucian Order of the Golden Dawn through its "sister" organization the Stella Matutina and subsequent offshoots request at the onset of initiation that the neophyte integrate Themis as his/her guide, balancing the psyche and acting as intermediary between the elementary forces the initiate will encounter).

As court physician to King Rudolf II22 in Prague, Maier was exposed to the Prague school of Mannerism in the artwork of Arcimboldo, Sadeler, and Savery which featured various flights of hermetic fantasy23. This artwork favored the depiction of human beings as symbols, rather than particular individuals. Heightening them to the level of icons, they have been related to traditional Christian Orthodox chant, and (musical) polyphony, such as the fugue. The fugue structure incorporates a multiplicity of sounds, combining a number of individual harmonizing melodies. Jocelyn Godwin describes the musical composition found in Atalanta Fugiens as, "fifty fugues in two canonical parts over a cantus firmus, which is one of the most challenging exercises in counterpoint." (White, The Rosicrucian Enlightenment Revisited, p. 120.) Once again, in the combination of artistic modes we see the unity of purpose in works such as Atalanta Fugiens.

The task of the musician and painter was not self-expression...but the comprehension and reproduction of heavenly songs, the recreation of divine images that were transmitted by means of ancient religious archetypes24...In icon painting, as in religious chant, there existed collections of patterns called podlinniki-prototypes. These prototypes and the pattern melodies served to preserve the artistic canon, a collective creation...The work of the medieval icon painter and the composer-musician-chanter began with the solving of identical problems: The painter designs  his panel, tracing and outlining the canonic forms of the future icon, while the singer-musician broke up his text...into the required number of fragments to correspond to the number of musical lines in the model...[applying] the musical formula of the pattern melodies as cliches to the new text, varying details where necessary. -Tatiana Vladyshevskaia ("On the Links Between Music and Icon Painting in Medieval Russia," William Brumfield and Milos M. Velimirovic (eds.), Christianity and the Arts in Russia, Cambridge, 1991, pp. 14-29.)25

Maier also made a careful study of the Emblematum liber of French archeologist Jean-Jacques Boissard (1528-1602)26, a work engraved by Theodor de Bry (1528-1598)27. For over one hundred years, the de Bry family of artists of Frankfurt, and later also of Oppenheim, dedicated themselves to the production of quality engravings, including emblematic alchemical works by Maier and his English contemporary, Robert Fludd, the brilliant student of John Dee28. (Fludd was intimately associated with the Rosicrucian movement, and authored, among many other works, The Rosicrucian Brotherhood (1629)). This artistic dynasty began with Theodor de Bry, and included his sons Johann Theodor (1561-1623, who engraved Atalanta Fugiens), and Johann Israel (d. 1611, married to the widowed mother of Lucas Jennis (n.d.), a leading publisher of alchemical works in his own right); and finally, his son-in-law Matthaus Merian (1593-1650)29, an outstanding artist, who among other masterworks produced his own "Atalanta" style (however mute, in it s own way it sings !) version of the Bible, the Iconum Biblicarum, with the stories told in verse (in Latin, German, French, and English text) opposite the descriptive engravings, overall, an enormous undertaking. (A modern edition of this work is available in a reasonably priced, well-bound edition from AVB Press, 1981. For those left wanting more, another available volume containing little-seen Merian engravings is the Martyrs Mirror-The Story of Fifteen Centuries of Christian Martyrdom From the Time of Christ to A.D. 1660, by Thieleman J. van Braght. It should be noted also that the Rosicrucian founded Ephrata community in Pennsylvania produced the first American publication of Martyr s Mirror in 1748. For other obtainable examples of the de Bry family s alchemical productions, see Stanislas Klossowski de Rola s The Golden Game; and of course, Godwin s Michael Maier s Atalanta Fugiens).

The house of de Bry adhered to the mannerist style of the Prague school of artists surrounding the court of Rudolf II with the addition of certain naturalistic elements in the depiction of (primarily) background landscapes. These landscapes were perhaps influenced by the elder Theodor de Bry s engravings of America based in part on his collection of John White s drawings made in Virginia during an expedition of the area by Sir Walter Raleigh (1585-86); and drawings made by Jacques Le Moyne of Florida during the Laudonniere expedition (1563-65). The de Bry "style" consists of a symbolic depiction of the human form joined with a classical sense of sacred architecture and a sublime sensibility of landscape translated through the detailed medium of copper-plate engraving. The choice of arcane subject matter, and the exclusive use of etching and engraving, subjects this work to the substratum of Art History, while it simultaneously elevates the occult study of alchemy and its kin to the level of fine art.

Cryptography fascinated Maier, and often anagrams and other sophisticated word play enter into his works, weaving a secret subtext that requires a certain intellectual dexterity of the reader30. It has been mentioned above that he employed classical mythology in his multi-dimensional alchemical presentations, and in Atalanta, -and many of his other works- this synthetic approach is distilled to perfection. Maier believed that classical tales contain the formula of the alchemical art, disguised as argot, a language the adept Fulcanelli would describe as

"peculiar to all individuals who wish to communicate their thoughts without being understood by outsiders...a spoken cabala."

(Fulcanelli Master Alchemist, p. 42; the author goes so far as to call it (in cant) ar got: art gothic, implying the transmission of sacred knowledge through architectonics, ie; a facade, something that stands for something else).

Far away you remain, O you profane ones! (The inscription found on the keystone of the arch in the emblem entitled "The Portal to the Ampitheatre of Eternal Wisdom" by Heinrich Khunrath (1560-1605))

In his "Preface To The Reader" to Atalanta Fugiens, Maier emphasizes the antiquity of the intellectual sciences of Poetry, Optics (visual arts), and especially Music, citing it s importance in the works of Themistocles, Socrates, Plato, and Pythagoras. (See Godwin, Michael Maier s Atalanta Fugiens, pp. 101-104)

"Therefore in order to have as it were in a single view and embrace these three objects of the more spiritual senses, namely of sight, hearing, and the intellect itself, and so as to introduce to the soul that which is to be understood at one and the same time, we have joined Optics to Music and the sense to the intellect, that is, rarities for the sight and hearing with the chemical emblems that are proper to this science."

He reveals that this allegory of Atalanta and Hippomenes, a love story between Nature and Art, is "engraved on Venus  or copper," (it is Venus who gives Hippomenes the golden apples) yet another level of occult meaning. (ibid., p. 103) Love bestows upon Art the means to win over Nature. In another place Maier describes the "philosophical chariot" as running on four wheels: nature, reason, experience, and the study of specialist writings. Alchemy is the science of the imitation of nature by art, or artifice, and in the tale of Atalanta, it is by trickery that Hippomenes overcomes her. Nature accomplishes the miracle of the One Thing in her own time, the alchemist desires to complete the Magnum Opus in his lifetime, which requires an acceleration of events in order to succeed.

In his work Wisdom of the Ancients (1609), Francis Bacon describes this situation in his examination of the tale of Atalanta. In this essay he explains how Art can indeed be swifter than Nature.

For this may be seen in almost everything; you see that fruit grows slowly from the kernal, swiftly from the graft; you see clay harden slowly into stones, fast into baked bricks: so also in morals, oblivion and comfort of grief comes by nature in length of time; but Philosophy (which may be regarded as the art of living) does it without waiting so long, but forestalls and anticipates the day. (Dick, Francis Bacon - Selected Writings, p. 417)

The Work is in fact timeless, "immortal" -the realization of the Philosopher s Stone is the alchemist s lifetime! Maier sees in the stories of myth the same tales told over and over again in various permutations of circumstance and particularity.31

In his first work, Arcana Arcanissima, Maier explains the evolution of the twelve Greek Gods and Goddesses from Vulcan and Mercury, and the Egyptian Gods Osiris and Isis and their myths to be philosophical, alchemical, and medicina allegories. In the second book of the six books which make up the Arcana Arcanissima, he reviews the "golden legends" found in these stories, all of which revolve around the tale of the Golden Fleece and the Golden Apples of the Hesperides.32

Jason and his argonauts obtained the Golden Fleece by drugging the dragon guarding it as it hung in a sacred grove in Colchis and through the aid of Aetes famous enchantress daughter, Medea. (For an excellent related study see Antoine Faivre, The Golden Fleece and Alchemy. SUNY, New York, 1993.)

In the legend of the Golden Apples of the Hesperides, Gaea gave the tree with the golden apples (growing in a garden owned by Atlas) to Hera, who gave it to Zeus as a wedding gift. The Hesperides (the three daughters of Atlas and Hesperis), and Ladon the dragon were charged with guarding the apples. Completing his eleventh labor, Heracles tricked Atlas and slayed Ladon taking the apples to Eurystheus, who eventually returned them to the garden. At the wedding of argonaut Peleus and the Goddess Thetis, Eris, Goddess of discord and strife, rolled in a golden apple marked for the fairest that Athena, Aphrodite, and Hera all claimed. Rather than decide between them himself, Zeus gave Paris the power to award the apple to one of the three Goddesses. In the famous Judgment of Paris, he chose Aphrodite, the Goddess of Love, to receive the inscription-bearing fruit.33

The reader will recall that it was Aphrodite who gave the three golden apples to Hippomenes to distract Atalanta into losing the race. Ovid, in his Metamorphoses, tells how after the wedding of Art and Nature, the happy couple race (again) to the nearest enclosure to consummate their marriage. The enclosure is, however, an ancient temple honoring Cybele, the "Mother of the Gods." The disrespect for the temple of Cybele exhibited in their animal passion and profanity incites the Goddess to change them forever into lions. (For related alchemical symbols see The Book of Lambspring, plate 4; J.D. Mylius, Philosophia reformata, second series, plate 2, in Alchemy -The Secret Art by Stanislas Klossowski de Rola, Thames and Hudson, London, 1973, p. 103, top right.)

Antoine-Joseph Pernety, whose alchemical studies of Greek and Egyptian mythology in such works as Fables egyptiennes et grecques devoilees (1758) echoes that of Maier s, identifies the lion as the fixed, while the lioness represents the volatile, together as one, "In fine, it is the symbol of the Stone." (From the Dictionary of Hermetic Symbols from Albert Poisson s Theories et Symboles des Alchemists, "Addenda" to Pernety s An Alchemical Treatise on The Great Art., p. 225.)34

The only emblem in the entire collection of fifty found in Michael Maier s Atalanta Fugiens identified directly with the Philosopher s Stone is emblem #21, the basis for the painting in the present exhibition35. Next to the identification of the emblem reads,


FIGURE VIII
(emblème XXI  de l'Atalanta fugiens)

"Make a circle around man and woman, then a square, now a triangle; make a circle, and you will have the Philosopher s Stone."

The epigram reads,

"Around the man and woman draw a ring,
From which an equal-sided square springs forth.
From this derive a triangle, which should touch

The sphere on every side: and then the Stone

Will have arisen. If this is not clear, Then learn Geometry, and know it all
.
"
(Godwin, Michael Maier s Atalanta Fugiens, p. 147.)

The reconciliation of opposites through their mutual attraction brings man and woman together symbolizing the One thing, the dot or circle. Although they are one, they are also two, equaling by addition three they become the triangle and their multiplicity produces four, the square. From this progression from dot to line to triangle and square, they return again to one, the larger circle, from the union of corporeal love to all-encompassing spiritual Love. Spheres within spheres, a Jacob s ladder, a golden chain.

As the One thing, the man and woman alchemically join as "our fruitful hermaphrodite," the son of Hermes and Aphrodite, to produce the philosopher s stone in new life.36 The joining creates the tetractys: two heads, four arms and four legs. To perfect a body in the animal, plant, or mineral realms, the alchemist must separate the one into the four elements of Air, Water, Fire, and Earth. These elements are again separated and refined by fours. Air is divided into the "Air of Air," "Water of Air," "Fire of Air," and "Earth of Air."37 Divide the 4 by 4 four times to get the three: 4x4x4=48: 4+8=12:1+2=3. Once these separations are completed, they are recombined into one again to be separated by three principals, sulphur, mercury, and salt. The three principals, once separated, are recombined and subjected to a maximum of seven slow distillations (the one becomes four+three= seven: the circle articulated as square and triangle). Finally, the three purified principals are joined together as One in the form of the universal medicine, the philosopher s stone, the Miracle of the One Thing, the large circle surrounding all of the work of the one, four, and three in the emblem.

The master in the emblem points his compass from circle to circle, or as it has been interpreted, from square to circle, demonstrating the squaring of the circle, the quintessential symbol of the marriage of heaven and earth. This puzzle was originally posed by the Delphic Oracle, to construct a square with a perimeter equal to the circumference of a circle.

Measures, to plot the sky...I use a ruler, thus, until at length the circle has been squared, and in the midst a market place is set, from which the streets are drawn, to radiate as from a star, the beams of which, itself a circle, shine straight forth to every point.-Aristophanes (c.450-c.388 B.C.)

The actual visual image of the squaring of the circle on these terms depict both the circle and the square overlapping each other, with the four tips of the square being the only part to emerge outside the circle. Draw two vesicas pisces at right angles to each other and approximate this image in the center. It is not worked out geometrically in the part of the emblem which shows the circle completely inside the square. It is generally accepted that the problem cannot be solved with the aid of the geometer s tools of compass, straightedge, and pencil, two of which are apparent in the emblem while the third (the pencil) is implied by the sheet of drawings.

Let us look closely at two of the drawings on the sheet: we find a hexagram within a circle. If we were to place a smaller circle within the inner hexagon, that circle s circumference would be exactly half of the outer circle. The hexagram itself contains the square and compass symbol of Freemasonry, which can be overlaid upon the image of the squared circle with the four tips of square and compass touching the outlying tips of the square. The other drawing is of an octagon. If we count the inner surfaces of the squared circle we come up with eight. In other words, the octagon is the perfect symbol of the actual image of the squaring of the circle.

The square, turning upon itself, produces the circle equal to itself, and the circular movement of the four equal angles turning around one point, is the quadrature of the circle.-Albert Pike (Morals and Dogma, p. 771.)38

Manley P. Hall, in his monumental work The Secret Teachings of All Ages (PRS, Los Angeles, 1988) discusses the squaring of the circle in the architecture of the Great Pyramid:

The entire pyramid is an example of perfect orientation and actually squares the circle. This last is accomplished by dropping a vertical line from the apex of the Pyramid to its base line. If this vertical line be considered as the radius of an imaginary circle, the length of the circumference of such a circle will be found to equal the sum of the base lines of the four sides of the Pyramid. (p. XLII)39

In his extraordinary geometrical study of the temple of Luxor entitled The Temple of Man, (Inner Traditions, Rochester, 1998) R.A. Schwaller de Lubicz describes a diagram dissecting "The Naos of Alexander and the Geometric pi" and concludes, after demonstrating that the architects used.

" an already perfect pi of 3.141595, compared to pi as it is presently calculated, 3.1415927...We thus have a method of drawing an almost exact pi in a straight line, which makes a geometric squaring of the circle possible." (p. 947)

An examination of the diagram in question in The Temple of Man reveals a relationship between the angle used to get the exact pi and the triangle surrounding square and circle (which are also present in the diagram of "The Naos of Alexander") in Maier s emblem 21 if it is turned upside down.

The squaring of the circle has figured into the sacred architecture of temples and cathedrals for thousands of years. It is no coincidence that the demonstration of this spiritualization of matter found in Atalanta Fugiens, Emblem 21 takes place on the side of a building. We see that the edifice is cracking and falling away to reveal the secret of its design: we have not really run into a brick wall of mystery, rather, we are instructed by what it reveals. And there is more.

The Sun and its shadow complete the work. - Atalanta Fugiens, Emblem 45 (p.. 195)

In her Introduction to Jocelyn Godwin s translation of Atalanta Fugiens, Hildemarie Streich reminds us that, each fugue is an analogy of the race between Atalanta and Hippomenes. This is demonstrated in the fugues where we find the lead voice to be that of Atalanta, with that of Hippomenes following. The Golden Apples, the Pomum morans, also sing a part40. Michael Maier, in constructing the multi-leveled, overlapping symbolism found throughout Atalanta Fugiens, recognized the interwoven relationships between Musica coelestis vel divina (heavenly or divine music); Musica mundana (music of the spheres) and Musica humana (music of the harmony of the human soul/humankind). In the 21st epigram accompanying the 21st emblem, the last line advises "Then learn Geometry, and know it all." Considering the 21st fugue, epigram, and emblem, and once again concerning the squaring of the circle, we find this harmonia, or "fitting together." By placing a circle within a square, as Maier does around the man and woman in the emblem, representing the earth (relative diameter = 7,920 miles), we again overlay a circle with the approximate circumference equaling the perimeter or area of the square. At the middle of the top arch of the outer circle is the center of a circle whose bottom just touches the top of the square. This smaller circle represents the moon (diameter: 2,160 miles).

The relationship between the diameters of the large circle of the moon s path and the circle of the earth come close to the ratio of nine to eight, the basic interval of the "tone" on which the musical scale is built...The ratio of the areas of the circles is close to Phi, the golden ratio of natural growth. The dynamic cosmos was worshipped as visible, living music, its celestial dimensions revealing an expanding music scale, the Pythagorean "music of the spheres." -Michael S. Schnieder (A Beginner s Guide to Constructing the Universe, New York, 1994, p. 214.)41

In his book Jesus Christ Sun of God (Quest Books, Wheaton, 1993), under the chapter sub-heading "The Harmony of Apollo: The Pythagorean Science of Mediation," author David Fideler illustrates by means of an expanding diagram (which he notes is adapted from a monograph entitled Means and Music, by Siemen Terpstra, unpublished) using circles and triangles reminiscent of emblem 21, why Clement of Alexandria in his Exhortation to the Greeks

"referred to the power of Jesus, the Logos, in musical terms: "Behold the might of the New Song!"..

It has

"composed the universe into melodious order, and tuned the discord of the elements to harmonious arrangement, so the whole world might become harmony." (Jesus Christ Sun of God, pp. 87-100.)

One concludes that the alchemical, musical, geometrical and various symbolism found in Emblem 21 of Michael Maier s masterwork Atalanta Fugiens is virtually inexhaustable. Everywhere one turns, it seems, a new door opens, a new connection arises. For example, a whole treatise could be based solely on the geneology of the characters in the fable. Consider Hippomenes, whose great grandfather was Neptune (no wonder Aphrodite, who originally emerged from sea foam, came to his aid), whose grandfather was Apollo (the harmonious, whose little brother Hermes is the father of Alchemy, and creator of the lute), and whose father was the argonaut Megareus.

What Maier has accomplished in this work, especially pointed out in Fugue/Emblem/Epigram 21, is how the Philosopher s Stone has the power of infinite projection upon the basic matter of our understanding, with the potential to heal and perfect bodies in all of the various kingdoms and realms contained within the imagination.

If anyone will not acknowledge the force of reason, he must needs have recourse to authority. -Michael Maier, "The Secrets of Alchemy."

Atalanta Fugiens (Emblem #21)
Painting Research Bibliography

- Craven, Rev. J.B. Count Michael Maier-Doctor of Philosophy and of Medicine,. Alchemist, Rosicrucian, Mystic, 1568-1622. William Peace & Son, Kirkwall, 1910.

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- d Espagnet, Jean. The Hermetic Arcanum. The Alchemical Press, Edmonds, 1988.

- Dick, Hugh G. Francis Bacon - Selected Writings. Random House, New York, 1955.

- Evans, R.J.W. Rudolf II and His World. Thames and Hudson, London, 1997.

- Evola, Julius. The Hermetic Tradition - Symbols & Teachings of the Royal Art. Inner Traditions, Rochester, 1994.

- Fabricius, Johannes. Alchemy - The Medieval Alchemists and Their Royal Art. Diamond Books, London, 1976.

- (Maier) Godwin, Jocelyn (trans and ed.) Michael Maier s Atalanta Fugiens - An Edition of the Emblems, Fugues, and Epigrams. Emblem, Epigram, and Fugue #21, Phanes, Grand Rapids, 1989, pp. 146-147.

- (Maier) A Context for Michael Maier s Atalanta Fugiens, by Jocelyn Godwin. The Hermetic Journal, Issue Number 29, Autumn 1985, pp. 5-10.

- (Maier) Micheal Maier, Intellectual Cantilenae in Nine Triads upon the Resurrection of the Phoenix. Translated with an Introduction by Mike Dickman, Magnum Opus Hermetic Sourceworks, 25 (Glasgow: Adam McClean, 1997). Cauda Pavonis: Studies in Hermeticism. Washington State University, Dept. of English, New Series Vol 17, Nos.1&2, Spring & Fall 1998, pp. 23-24.

- McIntosh, Christopher. The Rosicrucians-The History, Mythology, and Rituals of an Esoteric Order. Weiser, York Beach, 1997.

- Pernety, Antoine-Joseph. An Alchemical Treatise on The Great Art. Weiser, York Beach, 1995.

- Roob, Alexander. The Hermetic Museum: Alchemy and Mysticism. "Hermetic Yantras," Taschen Books, Koln, 1997, p. 466.

- Sworder, Mary (trans.) Fulcanelli Master Alchemist-Le Mystery des Cathedrales-Esoteric Interpretation of the Hermetic Symbols of The Great Work. Brotherhood of Life, Albuquerque, 1984.

- Waite, A.E. The Hermetic Museum - Containing Twenty-Two Most Celebrated Chemical Tracts. Weiser, York Beach, 1991. Volume II, Tract VI., "A Subtle Allegory Concerning the Secrets of Alchemy, very useful to possess and pleasant to read" by Michael Maier, pp.199-223.

- White, Ralph (ed.) The Rosicrucian Enlightenment Revisited. Chapt. 4: "The Deepest of the Rosicrucians: Michael Maier," by Jocelyn Godwin. Lindisfarne, Hudson, 1999, pp. 99-123.

- Yates, Frances A. The Rosicrucian Enlightenment. Chapt. VI, "The Palatinate Publisher: Johann Theodore DeBry and the publication of the works of Robert Fludd and Michael Maier," Routledge & Kegan Paul, London, 1972, pp. 70-89.

Notes personnelles sur l'article de John Eberly :

18. du moins faut-il bien différencier, ce qui présente un intérêt hermétique de premier plan, une substance amorphe d'une substance cristallisée. Qu'une substance puisse cristalliser de différentes manières est moins immédiatement important, même si l'on peut y voir des isotopes spirituels, comme l'alun cubique et octaédrique.
19. En ce sens, il s'agissait d'un homme de la Renaissance, à l'instar d'un Pic de la Mirandole ou d'un Marcile Ficin. Les mathématiques ont une existence - du moins les Platoniciens en sont-ils persuadés et nous ne saurions leur donner tord - indépendante de l'esprit humain. Oui, dans la mesure où un théorème peut se démontrer. C'est donc que le concept par quoi il est tel existait de toute éternité [cf. là-dessus l'Empire Mathématique, P.J. Davis et R. Hersh, Gauthier-Villars, 1988].
20. les philosophes s'expriment ainsi à cause de la proximité qu'ils ont, de l'oeuvre, dans le processus de reconnaissance particulier qui est le sien : une appropriation spirituelle.
21. Cet idéal donna naissance à des sociétés secrètes telles que les Frères de la Croix d'Or, fondée par Agrippa, la Milice Évangélique des Porte-Croix de Lunebourg et plusieurs groupes d'hermétistes qui identifiaient la pierre philosophale à l'Absolu, croyant que la transmutation n'était qu'un signe, et un signe mineur, de la maîtrise. Paracelse avait déclaré que la comète de 1572 était « le signe avant-coureur de la révolution ». De nombreux mages et intellectuels furent impatients de se rassembler afin de se préparer à l'avenir ; et un grand nombre présentèrent des plans pour l'organisation de cette société de sages. En 1614, parut une brochure écrite en allemand, intitulée La Réforme du monde [Allgemeine der ganzen Welt]. Apparemment, personne n'en connaissait l'auteur. Ce bref traité satirique utilisait le dieu Apollon comme porte-parole entouré des sages de l'Antiquité et du monde moderne, et proposait un essai de réforme de l'univers ; ou plutôt, il soutenait qu'Apollon avait vainement fait un tel effort. On a longuement débattu pour savoir si ce pamphlet était un produit Rose-Croix. En tout cas, il eut l'audience de beaucoup de gens intelligents de divers pays et fut réimprimé et souvent traduit. On peut sans risque d'erreur dire que l'auteur de ce texte était un Italien, Trajano Boccalini, dont l'Suvre avait paru deux années plus tôt à Venise et qui s'était fait assassiner l'année suivante. La Réforme du monde, dans sa version allemande, est une traduction d'un chapitre du livre de Boccalini, mais elle contenait en plus un manifeste : Fama fraternitatis, ou une découverte de la fraternité du très louable ordre de la Rose-Croix. Nous allons en donner un résumé. Les nouvelles découvertes, comme celle de l'Amérique, ont accru la connaissance de l'homme et suscité l'espoir que les arts et les sciences se perfectionnent à un degré inouï. L'homme appréciera finalement sa propre noblesse et ses capacités, et la véritable signification de son être en tant que microcosme. Si, parmi les hommes bons et instruits, régnait l'accord au lieu de la sottise et de la vanité, le genre humain serait capable de découvrir les plus grands secrets de la nature. Les réactionnaires, avec leurs Galien, Porphyre et Aristote, devraient être mis à la raison. Une tentative en ce sens a été faite jadis par le Père Illuminé et Frère C. R. C. (Chrétien Rose-Croix), le très vénérable ancêtre de la Fraternité. A l'âge de seize ans, ce grand homme voyagea en Terre Sainte, en Turquie et en Arabie, où il apprit une sagesse sacrée et secrète qu'il traduisit en latin : le livre « M. ». Puis il se rendit à Fès, au Maroc, sur la recommandation des sages. Tous ceux qu'il rencontra lui enseignèrent leur sagesse sous le sceau du secret. A Fès, Rosencreutz acquit la maîtrise de toute sagesse secrète. L'homme doit être en harmonie avec Dieu, le ciel et la terre. Sa religion, sa politique, sa santé, sa nature, son langage, ses Suvres doivent être en accord avec le Tout. Les maladies ne proviennent que du démon. De Fès, Rosencreutz passa en Espagne, tout à la joie des bonnes choses qu'il rapportait en Europe. Il y conféra avec des sages, leur montrant les fruits nouveaux et merveilleux qui mûrissaient sur le vieil arbre de la philosophie. Mais ils le tournèrent en dérision. Refusant d'apprendre du nouveau, ils se contentèrent de dire: « S'il aime l'inquiétude, qu'il se réforme ! » Rosencreutz entendit le même refrain aux quatre coins de l'Europe. [extrait de Miroir de la Magie, Kurt Seligmann, Fasquelle, 1956]
22. Rodolphe II, fils de l'empereur Maximilien II, fut couronné roi de Hongrie en 1572 et roi de Bohême en 1575. Le 27 octobre 1575, il fut élu et couronné roi de Germanie. Son frère Matthias réussit à obtenir en 1608 le gouvernement de l'Autriche, de la Hongrie et de la Moravie et, en 1611, il fit prononcer la déchéance de Rodolphe par les États de Bohême. Il fut élu roi la même année. Le règne de Rodolphe II fut marqué par une protection active des Catholiques et des Jésuites ; à la fin de son règne il assura toutefois la liberté de culte aux Protestants. Il mourut à Prague le 20 janvier 1612. Rodolphe II, empereur du Saint Empire romain germanique, monarque et mécène.Combien de visages avait cet homme grâce auquel Prague devint le centre politique et culturel de l'Europe ? Empereur et roi, mélancolique, mauvais politique selon certains, monarque introverti, misérable combattant, admirateur de la vie et des femmes, amateur d'art (Arcimboldo), passionné de sciences (Tycho Brahé, Kepler), mais aussi furieusement épris d'ésotérisme (la ville fourmillait d'alchimistes et d'astrologues). sources sur Rodolphe II : [RUDOLPH II. (1552-1612), Roman emperor, son of the emperor Maximilian II. by his wife Maria, daughter of the emperor Charles V., was born in Vienna on the i8th of July 1552. In 1563 he was sent to Spain, where his natural abilities were improved by a good education, but he lacked the frank and tolerant spirit of his father, resembling rather his uncle Philip II. of Spain. In 1572 he was crowned king of Hungary, three years later king of Bohemia; and in October 1575 he was chosen king of the Romans, or German king, at Regensburg, becoming emperor on his father's death in October 1576. The importance of Rudolph's reign is negative rather than positive, consisting more in what he did not do than in what he did; although it is questionable whether any ruler could have prevented the religious struggles of Germany and the Thirty Years' War. The more active part of the emperor's life was the period from his accession to about 1597. During that time he attended the infrequent imperial diets, and took an interest in the struggle in the Netherlands and the defence of the empire against the Turks. He was at times suspicious of the papal policy, while his relations with Spain were somewhat inharmonious. As a convinced Roman Catholic he forwarded the progress of the counter-reformation, and in general the tolerant policy of Maximilian II. was reversed. Political as well as religious privileges were attacked; the administration was conducted by Germans; and the result was a considerable amount of discontent which became very pronounced about the opening of the 17th century. Concurrently with the growth of this unrest Rudolph had become increasingly subject to attacks of depression and eccentricity, which were so serious as to amount almost to insanity. In 1604, after a war with Turkey had been in progress since 1593, many of the Hungarians rebelled against Ruuolph and chose Stephen Bocskay as their prince. By this time the members of the Habsburg family were thoroughly alarmed at the indifference or incompetence of the emperor; and their anxieties were not diminished by the knowledge that he was in feeble health, was unmarried, and had refused to take any steps towards securing the election of a successor. In April 1606 they declared Rudolph incapable of ruling, and recognized one of his younger brothers, the archduke Matthias, afterwards emperor, as their head; and in the following June Matthias, having already with the emperor's reluctant consent taken the conduct of affairs into his own hands, made peace by granting extensive concessions to the rebellious Hungarians, and concluded a treaty with the sultan in November of the same year. Then shaking off his lethargy Rudolph prepared to renew the war with the Turks; a move which Matthias met by throwing himself upon the support of the national party in Hungary. Matthias also found adherents in other parts of his brother's dominions, with the result that in June 1608 the emperor was compelled to cede to him the kingdom of Hungary together with the government of Austria and Moravia. Rudolph now sought the aid of the princes of the empire, and even of the Protestants; but he had met with no success in this direction when trouble arose in Bohemia. Having at first rejected the demand of the Bohemians for greater religious liberty, the emperor was soon obliged to yield to superior force, and in 1609 he acceded to the popular wishes by issuing the Letter of Majesty (Majestatsbrief), and then made similar concessions to his subjects in Silesia and elsewhere. A short reconciliation with Matthias was followed by further disorder in Bohemia, which was invaded by Rudolph's cousin, the archduke Leopold (1586-1632). The Bohemians invoked the aid of Matthias, who gathered an army; and in 1611 the emperor, practically a prisoner at Prague, was again forced to cede a kingdom to his brother. Rudolph died at Prague, his usual place of residence, on the zoth of January 1612, and was succeeded as emperor by Matthias. Rudolph was a clever and cultured man, greatly interested in chemistry, alchemy, astronomy and astrology; he was a patron of Tycho Brahe and Kepler, and was himself something of a scholar and an artist. He was the greatest collector of his age, his agents ransacking Europe to fill his museums with rare works of art. His education at the Spanish court and an hereditary tendency to insanity, however, made him haughty, suspicious and consequently very unpopular, while even in his best days the temper of his mind was that of a recluse rather than of a ruler.
The sources for the life and times of Rudolph II. are somewhat scanty, as many of the official documents of the reign, which were kept at Prague and not at Vienna, were destroyed, probably during the Thirty Years' War. The best authorities, however, are:
Rudolphi II. epistolae ineditae, edited by B. Comte de Pace (Vienna, 1771) I M. Ritter, Quellenbeitrdge zur Geschichte des Kaisers Rudolf II (Munich, 1872); and Deutsche Geschichte im Zeitalter der Gegen-reformation und des dreissigjdhrigen Krieges (Stuttgart, 1887 fol.); L. von Ranke, Zur deutschen Geschichte: Vom Religionsfrieden bis zum jo-jdhrigen Kriege (Leipzig, 1868); A. Gindely, Rudolf II. und seine Zeit (Prague, 1862-68); F. Stieve, Die Verhandlungen uber die Nachfolge Kaiser Rudolfs II. (Munich, 1880); in the Allgemeine Deutsche Biographie, Band xxix. (Leipzig, 1889); and Der Ursprung des dreissigjahrigen Krieges (Munich, 1875); F. von Bezold, Kaiser Rudolf II. und die heilige Liga (Munich, 1886); J. Janssen, Geschichte des Deutschen Volks seit dem Ausgang des Mittelalters (Freiburg, 1878 fol.), of which there is an English translation by M. A. Mitchell and A. M. Christie (London, 1896 fol.); and H. Moritz, Die Wahl Rudolfs II. (Marburg, 1895).
]

23. Maier travelled extensively on diplomatic missions, and made many contacts with influential people sympathetic to his interests in hermetic philosophy. After the death of Rudolf in 1612, Maier spent some years in Britain, where he was friendly with Robert Fludd. In a number of works, he defended the Rosicrucians against their critics. It seems unlikely that he was actively involved in the early development of the Rosicrucian myth during the early years of the seventeenth century, but once it had become public through the publishing of the manifestos in 1614-1615, Maier and Fludd were among the mysterious movement s staunchest defenders - voir note 4. Maier saw his work as deeply religious, explaining the relationship of God to the cosmos. Like all other philosophical alchemists, he had a very high view of his calling and he was at pains in his writings to support the sublime truths of alchemy and hermetic philosophy against its detractors, and against the false alchemists and charlatans [Bernard Husson a montré, dans ses Transmutations alchimiques - J'ai Lu, 1974 - que Michel Maier avait consacré à ce sujet un ouvrage entier, publié à Francfort en 1617, l'Examen fucorum pseudochymicorum...] who gave the discipline such a bad reputation.
24. En ce sens, et de manière inconsciente, ces artistes avaient anticipé sur les recherches de Carl-Gustav Jung [Psychologie et Alchimie, Buchet Chastel, 1970]. Sur Jung et l'alchimie, voyez surtout Ripley.
25. Heinrich Schütz paraît avoir transcendé cette approche. Ainsi, dans les Psalmen Davids (1619), il affirme qu'il a écrit ces psaumes en « stylo recitativo », auparavant presque inconnu en Allemagne. Schütz fait allusion au strict principe rhétorique qui gouverne son style choral. S'appuyant, avec grande imagination, sur le rythme de la parole, il parvient à un rythme musical discontinu fréquemment interrompu par des cadences et des effets d'écho, réalisant ainsi ce que seul Haydn oserait plus tard : introduire une asymétrie et une instabilité radicales dans le tissu musical. Cela est d'autant plus remarquable, s'agissant de la monodie.
26. Jean-Jacques Boissard, Bibliotheca chalcographica, 1652-1669. Publié sur la Toile pas Mateo, Université de Mannheim - http://musicologie.free.fr/derm/cardan2.html
27. cf. infra -
28. sur Robert Fludd, cf. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, - Debus, Allen G. , Robert Fludd and his Plilosophicall Key ; being a Transcription of the Manuscript at Trinity College, Cambridge. Science History Publication, New York, 1979. - Emerton, Norma E. , Creation in the Thought of J. B. van Helmont and Robert Fludd.  in P. Rattansi & A. Clericuzio (eds. ), Alchemy and Chemistry in the 16th and 17th Centuries. Kluwer, Dordrecht, 1994. pp. 85-101. - cf. Monade Hiéroglyphique, John Dee.
29. sur Matthaus Merian :
http://www.artcyclopedia.com/artists/merian_the_younger_matthaus.html
http://btr0xw.rz.uni-bayreuth.de/cjackson/m/p-merian1.htm
http://www.oldworldauctions.com/list.asp?bydept=yes&lotStart=425&lotend=462&numrecords=50&thisPage=1
30. Il s'agit d'une sorte de cryptographie spirituelle qui n'a donc qu'un rapport indirect avec la cryptographie commune. Les alchimistes l'appellent la langue des oiseaux et Fulcanelli l'appelait « l'Art Goth ». Nous avons eu l'occasion, au long des 50 emblèmes, de revenir sur maints détails de cette cabale hermétique.
31. En cela, Pernety peut être considéré comme son élève [Fables Egyptienes et Grecques ; Dictionnaire Mytho-hermétique]
32. cf. Toyson d'or de Salomon Trismosin, alias Splendor Solis. Sur le Jardin des Hespérides, cf. Matière -
33. ce qui fut la cause de la guerre de Troie. Maier en a parlé dans les emblèmes XLII, XLIII et XLIV.
34. Rappelons que les ouvrages de Pernety peuvent être consultés sur deux sites : Librairie du Merveilleux [Dictionnaire] et Hermétisme et alchimie [Dictionnaire et Fables Egyptiennes et Grecques - livres I et II].
35. Nous ne voyons pas d'où vient cette particularité de l'emblème XXI. Certes, on y voit les motifs géométriques de Platon. Mais de nombreux autres emblèmes donnent à voir des choses semblables, et plus encore même.
36. Il nous semble que John Eberly commet ici une erreur. La Pierre n'est pas, à proprement parler le fruit d'Hermès et d'Aphrodite, mais celui d'Apollon et d'Artémis. Hermès, s'il représente le Mercurius senex, a pour origine Arès et Aphrodite. Et encore, n'est-ce là qu'une partie du Mercure. Nous en avons longuement discuté dans la section du Mercure de Nature, dans nos blasons alchimiques et enfin, dans une section sur le Métamorphisme des roches [en cours].
37. cf. là-dessus l'Idée Alchimique, V et Artephius.
38. Tout cela rejoint la musique par le biais du binaire, du ternaire et du quaternaire. Ainsi, le Soleil [Soufre] se rapproche-t-il de la harpe ou de l'instrument à vent [le Soufre sublimé est un FEU aérien. La Lune [Sel] rejoint le luth.


TABLEAU V
(correspondance entre les éléments et les isntruments de musique)

Ce tableau est extrait de Roger J.V. Cotte, Musique et Symbolisme [Dangles, 1988]. Il donne à voir les correspondances entre les instruments et les Quatre éléments auxquels s'ajoute la quintessence. Le FEU dépend de la harpe ou de la trompette. Dans l'iconographie, on se souvient des deux trompettes du Mutus Liber qui annoncent l'animation du Mercure, qui apparaît comme un jeune homme endormi. On se souvient aussi de la lyre d'Orphée qui cloue sur place les animaux indomptés. La TERRE est symbolisée par un instrument à cordes frottées. L'AIR, par un tambour [cf. blasons alchimiques] ou un orgue. Enfin, l'EAU par un luth, auquel cas il s'agit de l'eau permanente des Sages, c'est-à-dire le second Mercure. La correspondance entre les planètes et les notes de musique n'est pas moins intéressante. Les rapports que donne Cotte diffèrent de ceux de Jean Marques-Rivière [Amulettes, talismans et pantacles dans les traditions orientales et occidentales, Payot, Paris, 1972]. Si nous prenons l'ordre des régimes planétaires, on aboutit à la série suivante. Rappelons d'abord les correspondances des notes entre français et anglais.
 

français
anglais
DO
C
RE
D
MI
E
FA
F
SOL
G
LA
A
SI
B
LA éolien
Aeolian mode
RE dorien
Dorian mode
MI phrygien
Phrygian mode
FA lydien
Lydian mode
bémol
flat
dièse
sharp
bécarre
natural, cancel
TABLEAU VI
(rappel des correspondances entre notes, en français et en anglais)

Si nous suivons l'ordre des régimes planétaires, nous aurons la succession suivante : DO - MI - RE - FA - SI bémol - SOL - LA, soit : C - E - D - F - B flat - G - A.


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39. cf. Atalanta XLIII.
40. Selon notre point de vue, le Soufre blanc est la marque d'Atalante [quelques artistes l'appellent premier Mercure mais c'est une impropriété de langage] ; le Soufre rouge est Hippoménès ; l'Esprit [le double Mercure] est la voix tenue en valeurs longues.
41. Cotte écrit : Cette relation entre les mathématiques et la musique puis, par voie de conséquence, entre l'astronomie ou l'astrologie et la musique fut révélée à Pythagore par une expérience fortuite qu'il convient du reste d'interpréter correctement. Un jour, passant devant l'atelier d'un forgeron, il remarqua que deux marteaux frappant l'enclume sonnaient à l'octave l'un de l'autre. D'autres marteaux sonnaient à la quarte l'un de l'autre, d'autres encore à la quinte. Ayant eu l'idée de faire peser les marteaux, il constata que les marteaux qui sonnaient à l'octave étaient en rapport de 1 à 2, ceux qui sonnaient à la quinte dans un rapport de 2 à 3, et ceux qui sonnaient à la quarte de 3 à 4. Cette prétendue « expérience » a été pieusement rapportée par la suite et durant des siècles par tous les théoriciens de la musique, jusqu'au XVIIe siècle quand le père Mersenne, en 1634, en démontra l'inanité. En effet, il est prouvé que seule la masse de l'enclume, et non celle des marteaux, détermine la hauteur du son entendu lors du choc (Martin Mersenne, Harmonie universelle, Paris, 1636, réed. C.N.R.S., Paris, 1963). Suivant une autre explication, il y aurait eu confusion dans le texte grec entre les vocables sjura sphyra (marteau) et sjaira sphaira (sphère). L'expérience, en ce cas, aurait été effectuée avec des sphères creuses de différents volumes ce qui, acoustiquement, serait parfaitement concevable. De plus, le terme « musique des sphères » s'expliquerait alors de manière pratique, sans allusion cosmique prématurée. Quoi qu'il en fut, l'expérience fut répétée avec l'instrument nommé monocorde que Pythagore fut sans doute le premier à utiliser pour mesurer les intervalles musicaux. Cette fois les conclusions furent les mêmes, mais scientifiquement indiscutables. [Musique et Symbolisme]
 

2)- éléments biographiques du traducteur de l'Atalanta fugiens : Etienne Perrot, par Francine Saint René Taillandier [cf. Aurora consurgens, I - II - III]

Il faut être redevable à M. Perrot sans qui des oeuvres importantes de Carl Gustav Jung n'auraient pu voir le jour en français, notamment les deux tomes du Mysterium conjunctionis. Né à Audierne, non loin de la Pointe du Raz, Etienne Perrot, après des études supérieures de lettres et diplômé en Sorbonne, se fixa à Paris ou il entra dans l'Administration et se maria. Très tôt, il fut habité par une recherche spirituelle, ce qui l'amena à entreprendre une première psychothérapie. Mais laissons-lui la parole :

" Après avoir fait le tour des mystiques et des ésotérismes, qu'est-ce qui me dirigea vers l'alchimie, autour de 1956 ? L'exigence d'une voie de réalisation autochtone, certes, mais aussi et avant tout, d'une voie qui met en oeuvre les possibilités foncières de l'être humain pour le mener à son accomplissement ".

Il se mit donc à rechercher des traités d'alchimie, rares à l'époque, et tomba un jour sur Psychologie et Alchimie, de C.G. Jung. Il y vit l'aboutissement, en notre temps, de l'obscure tradition des anciens alchimistes à laquelle Jung apportait le sens. Il entreprit alors une analyse junguienne. La plupart des grandes oeuvres de Jung n'étant pas alors disponibles dans notre langue, Etienne Perrot apprit l'allemand pour y avoir accès. Ensuite, sa connaissance des langues anciennes et de l'hébreu, ses notions de sanscrit et sa fréquentation des textes hermétiques et alchimiques lui permirent de mener à bien l'énorme tâche qu'était la traduction des oeuvres maîtresses de Jung.D'autre part, il s'était intéressé au grand livre oraculaire chinois, le Yi King, ou Livre des transformations, dont Richard Wilhelm, ami de Jung avait fait une version allemande, avec l'aide d'un lettré chinois. Ce livre de sagesse, venu du fond des âges, parut en français dans la traduction d'Etienne Perrot et préfacé par lui, en 1968, à la librairie de Médicis près du Luxembourg, en plein coeur de la révolte estudiantine. Le livre connut aussitôt une large diffusion. Suivirent aux mêmes éditions une version française du Tao Te King et du Secret de la fleur d'or d'après une version allemande. Il traduisit enfin le livre Atalanta fugiens  que Michel Maïer avait publié en 1617. L'oeuvre parut en 1969 sous le titre Atalante fugitive  en édition bilingue latin/français, avec toutes les gravures de l'original et le Rosaire des philosophes à partir du latin en 1973. Enfin, les traductions de Jung d'Etienne Perrot, qui "dormaient" depuis plusieurs années, parurent chez Albin Michel. Ce furent : Le Commentaire sur le mystère de la fleur d'or en 1979, La Psychologie du transfert en 1980, les deux premiers tomes de Mysterium conjunctionis en 1980-1982 et Aïon en 1983. Etienne Perrot est aussi le traducteur de trois très importantes oeuvres de Marie-Louise von Franz, disciple et collaboratrice de C.G. Jung. Ce sont : C.G. Jung, son mythe en notre temps en 1975 et 1998 aux éditions Buchet-Chastel, Aurora Consurgens, Le lever de l'Aurore texte d'un traité alchimique attribué à Thomas d'Aquin suivi de son commentaire, paru en 1982 aux éditions La Fontaine de Pierre. Cette étude était prévue par Jung pour être le tome III de Mysterium conjunctionis et Nombre et Temps, Psychologie des profondeurs et physique moderne paru en 1978 et 1998 également à La Fontaine de Pierre. Il développe les vues de Jung sur les nombres et la synchronicité et sur les rapports entre l'esprit et la matière. Etienne Perrot a aussi composé l'article Carl Gustav Jung de l'Encyclopaedia Universalis. Devenu veuf, il épousa Francine Saint René Taillandier qui partageait, depuis de nombreuses années, les mêmes intérêts. Etienne et Francine Perrot créèrent en 1978 les éditions La Fontaine de Pierre pour publier les livres de Marie-Louise von Franz (en particulier les ouvrages sur les contes de fées qui, à l'époque, n'avaient pas trouvés d'éditeur, ainsi que ceux d'Etienne Perrot). En 1979, Etienne Perrot interpréta durant huit mois, sur les ondes de France Inter, des rêves d'auditeurs dans l'émission hebdomadaire "Tout finit par être vrai" d'Henri Gougaud et Jacques Pradel. La transcription de ces émissions parut aux éditions de La Fontaine de Pierre sous le titre : Les Rêves et la vie. Il fut aussi l'invité de Jacques Chancel, du 28 au 31 décembre 1982 dans son émission Parenthèses à France Inter. Il donna également de nombreuses conférences. Comme son maître Jung, Etienne Perrot n'a cessé de s'intéresser aux rêves. Leur interprétation symbolique et psychologique sous-tend toute son oeuvre. Il est l'auteur de onze ouvrages, traitant tous de transformation de l'être humain au contact des ses profondeurs dont les rêves sont les messagers privilégiés. Vous en trouverez la liste détaillée dans les pages suivantes. Il faut y ajouter un livre collectif réalisé par Etienne et Francine Perrot : C.G. Jung et la voie des profondeurs qui réunit des articles de témoins de la vie de Jung et un livre posthume dont lui-même, sentant sa fin prochaine, nous avait confié sa publication, et qui paraîtra sous le titre Mystique de la Terre. Nous pensons que le lecteur sera sensible à la langue souple, claire et élégante de l'auteur, qui en fait un écrivain de premier plan.

Nous terminons en proposant à votre méditation une pensée d'Etienne Perrot :

« Ce qui est ne peut être changé. Je ne le voudrais pas et, si on me demandait de choisir entre ce que je "veux" et ce que me présente la vie, je ne pense pas que j'hésiterais, car la vie est l'expression de la volonté supérieure à laquelle je me rends complètement ».

3)- sur Johann Theodor de Bry

Le nom de Theodor de Bry est indissociable de celui de Robert Fludd. Pendant les années qui marquent l'émergence du Rosicrucianisme, Michael Maier et surtout Robert Fludd se font les défenseurs les plus zélés de la Fraternité des Rose-Croix. Pourtant, chacun d'eux affirme ne pas être membre de l'Ordre. Esprit universel, Robert Fludd


FIGURE IX
Theodor De Bry (1528-1598)

est très versé dans la connaissance du Corpus Hermeticum, dans les Suvres de Marsile Ficin et celles de kabbalistes chrétiens comme Johannes Reuchlin et François Georges de Venise. En tant que médecin et alchimiste, il s'intéresse aux idées de Paracelse. C'est probablement dès le début de son engagement en faveur du Rosicrucianisme que Robert Fludd entre en relation avec les milieux rosicruciens allemands, à moins que cette rencontre n'ait eu lieu à l'époque du séjour de Michael Maier en Angleterre, entre 1611 et 1613. Quoi qu'il en soit, à partir de 1617, c'est en Allemagne que sont édités les livres du médecin anglais, chez Johann Theodor de Bry, qui finance leur publication. Les ouvrages parus chez cet éditeur du Palatin, installé à Oppenheim, sont réputés pour la qualité de leurs gravures, exécutées par Mattaeus Merian. Sur ce point, les livres de Robert Fludd sont de véritables chefs-d'Suvre ; les pages de titre sont ornées de magnifiques gravures qui en résument les propos. Graveur très productif, Théodore de Bry [1528-1598] installa ses ateliers dans diverses villes marchandes (Liège où il est né ; Strasbourg, 1568 ; Londres ; Francfort où il est mort). Comme lui, ses deux fils et associés, Johan Israel et Johan Theodor, naquirent à Liège et moururent à Francfort. La production de ces ateliers est immense et s'inscrit dans l'épanouissement que connaît alors la gravure du Nord, qui poussa plusieurs artisans à s'expatrier. Elle comporte surtout des images destinées à une grande diffusion : reproductions, documents divers, costumes, portraits, modèles d'ornements assez libres et individualisés par rapport à la production contemporaine, voyages (grande série des Collectiones peregrinationum, terminée par le graveur allemand Merian l'Ancien) ou les trente planches de la Procession des funérailles de sir Philip Sidney gravées en Angleterre en 1587.

V. Bibliographie

- Yves Bonnefoy , éd. Dictionnaire des Mythologies, Flammarion, 1981, articles Artémis (I, p. 72) ; Chasse : Mythes et héros de la Grèce ancienne (I, p. 156-157) ; Mariage (Puissances du -), (II, p. 66).
- P. Grimal, Dictionnaire de la mythologie, PUF, 1951, article Atalante (p. 55-56) et Hippoménès (p. 213)
- M.C Howatson éd. Dictionnaire de l'Antiquité, Mythologie, Littérature, Civilisation, 1989, trad. fr. Robert Laffont 1993, article Atalante, p. 113.
- Marc Fumaroli, "Une peinture de méditation: à propos de l'Hippomène et Atalante du Guide" , in : "Il se rendit en Italie'': études offertes à André Chastel, (1989) , éd Giuliano Briganti, Rome-Paris, Edizioni dell'Elefante- Flammarion, 1987, p. 337-358. [dans cet article, Fumaroli montre que Le Guide s'inspire non pas directement du livre X des Métamorphoses, mais de réinterprétations chrétiennes, provenant en particulier du livre Atalanta fugiens de l'alchimiste allemand Michael Maier, 1568-1622 : Atalante symboliserait Eve, Hippomenes l'âme qui résiste à la tentation]
-Atalanta (Bulfinch's Mythology)
      http://www.showgate.com/medea/bulfinch/bull18.html      ou
      http://www.pantheon.org/mythica/articles/a/atalanta.html

- C.A. Faraone: "Aphrodite's 'Kestos' and Apples for Atalanta. Aphrodisiacs in Early Greek Myth and Ritual", in: Phoenix 44 (1990) 219-243.
- Suerbaum, Werner, "Die objektiv und die subjektiv erzählende Göttin. Der Bericht von der Jugend Camillas" (Verg. Aen. 11,535-586) und die Erzählung der Venus von Hippomenes und Atalanta (Ovid met. 10,560-707)", WJA NF , 6A 1982.
- Gauly, Bardo Maria, "Ovid, Venus und Orpheus über Atalanta und Hippomenes. Zu Ov. met. 10,560-707", Gymnasium 99 (1992) 435-454.
- S. Alfonso: "Metamorfosi di una coppia. Milanione e Atalante da Properzio a Ovidio." in: Ovidio. Poeta della memoria. Atti del Convegno Internazionale di Studi, Sulmona, 19-21 ottobre 1989. A cura di G. Pappone. Roma 1991. 293-304.
- Maier, Michael; Atalanta Fugiens, translated and edited by Jocelyn Godwin, Phanes Pres, Grand Rapids, MI 1989
- McIntosh, Christopher; The Rosicrucians, the History and Mythology of an Occult Order, Crucible, Wellingborough 1987
- Rola, Stanislas Klossowski de; The Golden Game, Alchemical Engravings of the Seventeenth Century, George Braziller, Inc., NY 1988
- Waite, Arthur Edward; The Real History of the Rosicrucians, London 1887
- Yates, Frances; The Rosicrucian Enlightenment, ARK, London 1972/1986
- Mystery of Mystery: A Primer of Thelemic Ecclesiastical Gnosticism by Tau Apiryon and Helena; Berkeley, CA 1995 e.v., Red Flame No. 2
- Bruce T. Moran,The Alchemical World of the German Court (1991) QD 131 .M673 1991
- Karen Figala and Ulrich Neumann, 'Author cui nomen Hermes Malavici': New light on the bio-bibliography of Michael Maier (1569-1622)", in Piyo Rattansi and Antonio Clericuzio, eds., Alchemy and Chemistry in the 16th and 17th Centuries (Dordrecht, 1994) 121-147  QD 13 .A39 1994
- Sally G. Allen, "Outrunning Atalanta: Feminine destiny in alchemical transmutation", Signs 6 (1980) 210-229   HQ 1101 .S5