Emblema XXIII.


Aurum pluit, dum nascitur Pallas Rhodi, & Sol concumbit Veneri.

(Il pleut de l’or tandis que Pallas naît à Rhodes et
que le Soleil partage la couche de Vénus1.)

Epigramma XXIII.

Rhodes, certes, vantait un étrange prodige,

Mais les Grecs nous en sont garants.

Ils rapportent qu’une pluie d’or2 tomba des nues

Au lieu où le Soleil et Vénus s’étreignaient

Et quand Pallas sortit du cerveau de son Père.

Ainsi, comme les eaux du ciel,

Que l’eau descende dans son vase

DISCOURS XXIII.

Ce serait folie d’affirmer, à moins de l’entendre allégoriquement, qu’il a parfois plu de l’or sur la terre. Il n’existe pas dans les nuages de fleuves aurifères ou de cavités contenant des minerais d’or, où on pourrait le dire engendré, et l’or n’est pas assez léger pour pouvoir être attiré avec les vapeurs. Mais le langage figuré admet et excuse tout ceci. S’il est vrai que Pallas est réellement née du cerveau de Jupiter et que le Soleil s’est uni en adultère à Vénus, il est exact au même degré qu’il est également tombé une pluie d’or. Ce n’est pas que nous doutions de la réalité de ces deux événements, mais pour rejeter le sens littéral de ce qui est dit par allégorie. Si en effet nous adhérons aux paroles de cet emblème dans leur nudité rien n’est plus absurde, mais si nous envisageons leur esprit, rien n’est plus vrai.

Rhodes est une île primitivement appelée Ophiouse3 à cause de l’abondance de ses serpents et dite ensuite Rhodes par allusion aux rosiers qui y fleurissent, et enfin Colossicole à cause du Colosse du soleil qui s’y trouvait et qui fut compté au nombre des sept merveilles du monde. C’est pourquoi les anciens philosophes tirèrent certaines paraboles de l’île de Rhodes : leur matière mercurielle se comporte comme un serpent quand elle est crue, mais une fois préparée et cuite, elle revêt ensuite la couleur pourpre de la rosée4. Pour la même raison ils lui ont attribué une pluie d’or, parce que le Soleil ou Apollon partageait la couche de Vénus. Cette figure fournit aux Rhodiens, remplis d’orgueil à la pensée que si de grands dieux s’étaient occupés chez eux de procréer des enfants, l’occasion d’ériger une sorte d’idole du soleil d’une grandeur et d’un prix incroyables. En effet ce Colosse5 de soixante-dix coudées était, au rapport des historiens, placé de telle sorte que les navires pouvaient passer entre ses jambes, voiles déployées. Ses doigts égalaient des statues ordinaires et peu d’hommes furent capables d’entourer son pouce. L’auteur de ce colosse fut Charès Lyndien, élève de Lysippe, qui le réalisa en douze ans. Abattu par un tremblement de terre au bout de cinquante-six ans, il fut, même à terre, un sujet d’émerveillement. On raconte que le sultan d’Egypte, ayant occupé Rhodes, chargea 900 chameaux de l’airain de cette statue.

Ce que le soleil est parmi les planètes, dit le Philosophe, voilà ce qu’est l’or parmi les métaux. Et cette suprématie est attribuée au soleil en raison surtout de sa chaleur, de sa couleur, de sa vertu et de son essence. C’est pourquoi une pluie d’or doit obligatoirement tomber lorsque le soleil engendre, quand Vénus conçoit de petits soleils. Vénus porte en effet sur son visage une couleur de rose et si celle-ci est infusée à la semence du soleil, l’enfant qui naît de là doit en toute vérité être nommé Rhodes. Charmant, semblable aux roses, c’est le fils des philosophes qui séduit et attire à lui tous les yeux et tous les esprits. Il mérite l’amour et il n’est pas étonnant que des merveilles se produisent à sa naissance, car il sera accompagné de miracles dans toutes ses actions et doit provoquer la pluie d’or. C’est le frère d’Augias, fils du Soleil, qui obtient dans l’héritage paternel les bœufs dont Hercule nettoya les excréments en un seul jour6. C’est le frère d’Aiétès qui détenait la Toison d’Or dont Jason s’empara7.

On raconte, à propos de Pallas sortant sans mère du cerveau de Jupiter, qu’elle naquit auprès du fleuve Triton et fut pour cette raison appelée Tritonie. Elle est représentée comme la déesse qui préside à la sagesse et on la dit à bon droit née du cerveau, où se trouve le siège de la sagesse. Le jour de sa naissance fut également marqué à Rhodes par une pluie d’or, pour que les hommes gardent en mémoire le jour où elle a paru en cette lumière. Dans les fêtes et les réjouissances publiques, comme le couronnement d’un roi ou la naissance d’héritiers royaux, on jette parfois à la foule des pièces de monnaie, en une sorte de pluie d’or. La même chose se passe au moment où se lève Pallas. Car Pallas est la Sagesse ou Sophia, qui porte la santé dans sa main droite et les richesses dans sa main gauche, veillant au salut et au bien-être des hommes. Persée lui apporta la tête de Méduse, pétrifiante, effrayante par ses cheveux faits de serpents et de vipères. Elle l’utilisa sur son bouclier contre ses ennemis, les peuples grossiers et incultes, en les changeant en pierres8. Et, en vérité, la Sagesse ou Philosophie naturelle rend stupides et vides d’intelligence et de jugement les incrédules pleins de haine et d’envie, par cette même chose dont est né Chrysaor qui fut le père de Géryon aux trois corps9, à savoir le sang pétrifiant de la Gorgone qui n’est rien d’autre que la teinture de la pierre philosophique.10



Notes

1. C'est là un chapitre sur la naissance de l'embryon hermétique. Plusieurs légendes se trouvent ici entrelacées et il n'est pas aisé de se tirer du labyrinthe ourdi par Maier. Voyons d'abord le cas de Rhodes :

Rhodes. Ile de la Mer Méditerranée, dans laquelle la Fable dit que Cadmus aborda de l'Egypte, qu'il y édifia un temple à Neptune, dont il donna la garde à quelques Phéniciens, et fit des présents à Minerve, entre lesquels se trouvait un vase de cuivre très-beau, très remarquable, et fait à l'antique; que ce Pays était ravagé par des serpents. Cette Fable, selon l'explication des vrais Chymistes, renferme en abrégé tout le Grand Œuvre; car, dit Michel Majer, pourquoi ce présent d'un vase de cuivre fait à l'antique, si ce n'est pour nous donner à entendre qu'il faut faire plus d'attention à la matière qu'à la forme ? Et quant à la terre de Rhodes, c'est la vraie terre philosophique, et non aucune autre, qui toutes seraient inutiles à cet œuvre. Les serpents dont il est parle, ne sont-ce pas ceux dont presque tous les livres des Chymistes parlent ? Toute l'histoire de Cadmus, qu'on peut voir dans son article, éclaircira encore mieux cette explication. Il tomba une pluie d'or dans l'île de Rhodes au moment de la naissance de Minerve. Voyez MINERVE, PLUIE D'OR. [Pernety, Dictionnaire]
Qu'avait donc de particulier la terre de Rhodes ? Voici un extrait des Fables :
Cadmus était originaire de Thèbes d'Egypte. Ayant été envoyé à la recherche de sa soeur par Agenor son père, Roi de Phénicie, il se trouva exposé à une furieuse tempête, qui l'obligea de relâcher à Rhodes, où il érigea un Temple en l'honneur de Neptune, et on confia le service à des Phéniciens qu'il laissa dans cette Isle. Il offrit à Minerve un vase de cuivre très beau, et de forme antique, sur lequel était une inscription, qui portait que l'Isle de Rhodes serair ravagée par les serpents. Cette inscription seule indique que toute cette histoire est une allégorie de l'Art sacerdotal. Car pourquoi offrir à Minerve un vase antique, et de cuivre ? Cadmus doit être supposé avoir vécu dans des temps bien reculés : quelle pouvait donc être l'antiquité de ce vase ? Il y a apparence qu'il faut avoir égard à la matière, et non à la forme. Cette matière est la terre de Rhodes, ou la terre rouge philosophique [la terre adamique], qui doit être ravagée par des serpents, c'est-à-dire dissoute par l'eau des Philosophes, qui est souvent appelée serpent. Cadmus au fait de ces mystères n'eut pas beaucoup de peine à prédire cette dévastation. Le présent d'un vase de cuivre, même antique, était-il d'une si grande conséquence qu'il eût le mérite d'être présenté à la Déesse de la sagesse ? L'or, les pierreries auraient été plus dignes d'elle. Mais sans doute il y avait du mystère la-dessous ; il fallait un vase de cuivre, non du vulgaire, mais de l'airain philosophique que les favoris de Minerve, les sages Philosophes appellent communément laton pour leton. Blanchissez le laton, dit Morien [Entret. du Roi Calid], et déchirez vos livres. L'azoth et le laton vous suffisent.
Toute l'histoire de Cadmus sera toujours considérée comme une fable pure, qui paraîtra ridicule à tout homme de bon sens, dès qu'il ne l'expliquera pas conformément à la Chimie Hermétique. Quelle idée en effet de suivre un Boeuf de différentes couleurs, de bâtir une ville où ce Boeuf s'arrête, d'envoyer ses compagnons à une fontaine, qui y sont dévorés par un horrible dragon [Ovide dit : serpent], fils de Typhon et d'Echidna ; lequel dragon est ensuite tué par Cadmus, qui lui arrache les dents, les sème dans un champ comme on sème du grain, d'où naissent des hommes qui attaquent Cadmus ; et qui enfin, à l'occasion d'une pierre jetée entre eux, se détruisent les uns les autres sans qu'il en reste un seul ? [...]
De cette terre adamique ou terre rouge est exrtait un limon précieux qui est une terre pesante. On  peut y voir la Lune hermétique qui constitue le Sel des Sages ou toison d'or. L'Âme céleste, c'est-à-dire le métal spritualisé [ou si l'on préfère, la chaux métallique en dissolution] pourra s'y incruster par le moyen du Mercure ; dès lors, la volatilisation progressive du dissolvant va permettre l'accroissement progressif de la Pierre et le phénix renaîtra de ses cendres. Voici un second extrait des Fables :
On a feint que cette conjonction du Soleil et de Vénus se fit à Rhodes, parce que l'union du soleil et du Mercure Philosophique ne se fait que quand la matière commence à rougir ; ce qui est indiqué par le nom de cette Île, qui vient de RodoV, rosa. La matière fixe ou l'Or philosophique, qui après s'être volatilisé retombe alors en forme de pluie, a donc pris avec raison le nom de pluie d'or ; sans cette pluie l'enfant Hermétique ne se formerait pas. [Fables, I, 7]


FIGURE I
(Jocus Severus, Michel Maier, 1617 : la volière hermétique et le phénix)


 
La figure I montre le jeu grave, c'est-à-dire le Tribunal impartial où la chouette est nommée reine des oiseaux, le phénix étant le juge, après diverses discussions et objections [thème récurrent du Mercure] de la part des oiseaux l'attaquant, et compte tenu de sa sagesse inégalée, est reconnue et consacrée à Pallas [revoyez ici l'emblème : c'est l'irruption du Soufre de l'esprit : Pallas - Athéna]. Cet ouvrage, le Jocus Severus, fut imprimé par Nicholas Hoffmann aux frais de Théodore de Bry, en 1617.
Nous avons déjà parlé de cette pluie d'or dans la Nouvelle Lumière Chymique. C'était pour faire voir notre doute quant à l'existence réelle de cette pluie d'or. Mais si on comprend cela par cabale, et en liaison avec ce que nous avons écrit dans Fontenay, il n'estplus impossible de concevoir que cette pluie doit se comprendre, là aussi, par l'entendement et qu'il faut y voir la réincrudation de l'Or philosophique, après le temps dû, pendant lequel il est resté volatilisé dans le Mercure. D'où il résulte, de façon purement logique que la conjonction de cet OR avec le SEL ne peut se réaliser que sur la terre de Rhodes, là où poussent les roses mais, et c'est là chose notable, nullement encore les amarantes. Et c'est là où intervient, encore une fois de façon logique, la liaison entre la rosée de mai, le Soleil et Vénus. Mais ici se pose une question, de savoir à quel stade de l'oeuvre surgit, des flots, Aphrodite. Car dans un cas, Aphrodite, née d'une écume, semble congénère du sel blanc qui forme une partie du nitre [on se situe alors au 2ème oeuvre], et dans l'autre cas, Vénus, comme on va le voir plus bas, nait de Saturne, et alors on est déjà dans la Grande Coction.  Extrait des Fables, Pernety :
Le Philosophe Hermétique veut que le Laiton ( nom qu’il lui a plu aussi de donner à leur matière ) soit composé d’un or & d’un argent cruds, volatils, immeurs, & plein de noirceur pendant la putréfaction, qui est appelé ventre de Saturne, dont Vénus fut engendrée. C’est pourquoi elle est regardée comme née de la mer Philosophique. Le Sel qui en était produit, était représenté par Cupidon, fils de Vénus & de Mercure ; parce qu’alors Vénus signifiait le soufre, & Mercure argent-vif, ou le mercure philosophique. [Des noms que les anciens Philosophes ont donné à la matière, Fables]
L'affaire se complique encore, si l'on prend garde que le domicile de Vénus est le signe du Taureau, signe dans lequel la Lune est exaltée [le Soleil l'étant dans le Bélier]. Décidément, les alchimistes ont bien brouillé les pistes...Force est d'admettre que les planètes, ici, ne représentent plus les chaux métalliques, mais l'aspect que revêt le Compost philosophal au fur et à mesure que progresse la Grande Coction. ainsi, Vénus serait cette phase où le Sagittaire décoche sa flèche. Pour une explication d'ensemble de cette complexe allégorie, voyez Fontenay. Mais, si l'on prend garde que le domicile de Jupiter est le Sagittaire, déjà l'on remet un peu d'ordre dans ce chaos.


FIGURE II
(Le Lion d'Or ou Vinaigre des Sages - De Goude Leeuw : la flèche du Sagittaire et l'ancre de Neptune)


 


voyons le cas de Pallas-Athéna. Pernety nous sera de quelque secours :

[...] ceux qui voudront voir un détail plus circonstancié du feu Philosophique, peuvent avoir recours au Testament de Raymond Lulle & a son Codicile ; d’Espagnet en parle aussi fort au long depuis le 98 Canon jusqu’au cent huitième. Les autres Philosophes n’en ont presque fait mention que pour le cacher, ou ne l’ont indique que par ses propriétés. Mais quand il s’est agi d’allégories ou de fables, ils ont donné à ce feu les noms d’épée, de lance, de flèches, de javelot, de hache, &c. telle fut celle dont Vulcain frappa Jupiter pour le faire accoucher de Pallas ; l’épée que le même Vulcain donna à Pelée père d’Achille ; la massue dont il fit présent à Hercule ; l’arc que ce héros reçut d’Apollon ; le cimeterre de Persée ; la lance de Bellerophon, &c. C’est le feu que Prométhée vola au Ciel ; celui que Vulcain employait pour fabriquer les foudres de Jupiter, & les armes des Dieux, la ceinture de Vénus, le trône d’or du Souverain des Cieux, &c. C’est enfin le feu de Vesta, entretenu si scrupuleusement à Rome, qu’on punissait de mort les Vierges vestales auxquelles on avait confié le soin de l’entretenir, lorsque par négligence ou autrement elles le laissaient éteindre. [Fables, Du Feu philosophique]
On voit bien le rapport qui unit le Soleil à Vénus d'une part, et Jupiter à Athéna d'autre part. Et de là, nous rebondissons sur la pluie d'or qui termine d'affirmer des bases solides pour l'explication de toute l'affaire :
Une pluie semblable se fit voir lorsque Pallas naquit du cerveau de Jupiter, & cela par la même raison ; car Jupiter n’aurait pu accoucher d’elle, si Vulcain ou le feu Philosophique ne lui avait servi de sage-femme. Si l’on regarde Pallas dans cette occasion comme la Déesse des Sciences & de l’Etude, on peut dire, quant à l’Art Hermétique, qu’on aurait en vain la théorie la mieux raisonnée, & la matière même du Magistère appelée Vierge, fille de la Mer, ou de l’Eau, ou de Neptune, & du marais Tritonis, on ne réussira jamais à faire l’œuvre si l’on n’emploie le secours de Vulcain ou du feu Philosophique. [Fables, Des pluies d'or]
Si l'on reprend la chronologie d'Athéna, nous voyons :
- point 1 : qu'elle est sortie tout armée du cerveau de Jupiter, c'est-à-dire de son ESPRIT ;
- point 2 : que cette expulsion n'aurait pu avoir lieu sans l'entremise de Vulcain, nommé ici le FEU philosophique ;
- point 3 : que dans l'oeuvre, le régime de Jupiter succède à celui de Saturne et que dans ce régime, d'importantes transformations ont lieu, conduisant à la blancheur [Pernety assure quela couleur de ce régime est le gris] ;
- point 4 : qu'Athéna aide les dieux [c'est-à-dire les chaux par cabale si l'on tient compte de la liaison planète-métal] à combattre les Titans [attributs des éléments mercuriels] ;
- point 5 : qu'elle combat Poséidon [Dieu de l'élément liquide et des treemblements de terre] et lui dispute la possession de l'Attique. Cela ne saurait nous étonner puisque l'Attique possède des caractères propres à la TERRE hermétique : massifs cristallins et calcaires, séparant des plaines d'effondrement bordées de limon, c'est-à-dire de terre adamique, riche en SEL incombustible. Or, Athéna invente, pour la commodité des hommes, les instruments aratoires qui permettent à la terre attique de fournir un meilleur rendement [entendez qu'elle active la coagulation de l'eau mercurielle] ;
- point 6 : Athéna prend le parti des Troyens [Hector est un mortel et Achille est d'essence divine]. Athéna prend donc la défense de la TERRE contre l'ESPRIT.
- point 7 : pour expliquer le surnom d'Athéna, Pallas, on a raconté que Pallas était une fille de Triton et qu'elle avait été tuée involontairement par Athéna. Celle-ci, désolée, avait pris pour l'honorer le nom de sa victime. Cette légende se comprend fort bien si l'on se rappelle que le Mercure renaît de lui-même en quelque sorte, ce qui est allégorisé par le FILS qui tue son PERE et que des gravures de la Margarita Preciosa nous ont restituées.


FIGURE I
(allégorie alchimique)

Le point important est TRITON par ses rapports immédiats avec Poséidon. Ainsi, née de l'EAU, Pallas-Athéna va défendre la TERRE, aidée du FEU par le truchement de Vulcain, ce qui explique l'allégorie de Vulcain, fendant la tête de Jupiter.
- point 8 : l'attitude traditionnelle d'Athéna nous convainc qu'elle marque un temps charnière de l'oeuvre où une sorte d'équilibre intervient entre les trois principes ou les quatre éléments. Une sculpture du musée de l'Acropole, à Athènes, nous la montre en effet le casque relevé [par cabale, le casque désigne tout ce qui dégoutte, c'est-à-dire ce qui flue, et donc le Mercure], signe d'un asagissement notable du caractère martial de ce Mercure ;
On voit que l'on aurait tort de prendre le Soleil et Vénus en tant que planètes ou comme symboles de l'OR et du CUIVRE.
2. La pluie d'or : Nous donnons ici le chapitre sur les Pluies d’or, extrait du dernier chapitre du tome I des Fables de Pernety :

Les Poètes ont souvent parlé des pluies d’or, & quelques Auteurs Païens ont eu la faiblesse de rapporter comme vrai, qu’il tomba une pluie d’or à Rhodes, lorsque le Soleil y coucha avec Vénus. On pardonnerait cela aux Poètes ; mais que Strabon nous dise (Liv. 14.) qu’il plut de l’or à Rhodes, lorsque Minerve naquit du cerveau de Jupiter, on ne saurait la lui passer. Plusieurs Auteurs nous assurent à la vérité, qu’en tel ou tel temps il plut des pierres, du sang, ou quelque liqueur qui lui ressemblait, des insectes. Bien des gens protestent même encore aujourd’hui avoir vu pleuvoir des petites grenouilles ; qu’elles tombaient en abondance sur leurs chapeaux, mêlées avec une pluie d’orange ; qu’ils en avaient vu une si grande quantité, que la terre en était presque couverte. Sans entrer dans la recherche des causes physiques de tels phénomènes, & sans vouloir les contredire ou les approuver, parce qu’ils ne viennent pas au sujet que je traite, je dirai seulement que cela peut être ; mais quant à une pluie d’or, on aurait beau le certifier, je ne crois personne assez crédule pour le croire sans l’avoir vu. Il faut donc regarder cette histoire comme une allégorie.
On peut appeler en effet pluie d’or, une pluie qui produirait de l’or, ou une matière propre à en faire, comme le Peuple dit assez communément qu’il pleut du vin, lorsqu’il vient une pluie dans le temps qu’on la désire, soit pour attendrir le raisin, soit pour le faire grossir. C’est précisément ce qui arrive par la circulation de la matière Philosophique dans le vase où elle est renfermée. Elle se dissout, & ayant monté en vapeurs au haut du vase, elle s’y condense, & retombe en pluie sur celle qui reste au fond. C’est pour cela que les Philosophes ont donné quelquefois le nom d’eau de nuée à leur eau mercurielle. Ils ont même appelé Vénus cette partie volatile, & Soleil la matière fixe. Rien n’est si commun dans leurs ouvrages que ces noms. « Notre Lune, dit Philalèthe, qui fait dans notre œuvre la fonction de femelle, est de race de Saturne ; c’est pourquoi quelques-uns de nos Auteurs envieux l’ont appelle Vénus. » D’Espagnet a parlé plusieurs fois de cette eau mercurielle sous le nom de Lune & de Vénus, & a parfaitement exprimé cerce conjonction du Soleil & de Vénus, lorsqu’il a dit Can. 27.) : « La génération des enfants est l’objet & la fin du légitime mariage. Mais pour que les enfants naissent sains, robustes & vigoureux, il faut que les deux époux le soient aussi, parce qu’une semence pure & nette produit une génération qui lui ressemble. C’est ainsi que doivent être le Soleil & la Lune avant d’entrer dans le lit nuptial. Alors se consommera le mariage, & de cette conjonction naîtra un Roi puissant, dont le Soleil sera le père, & la Lune la mère. » Il avait dit (Can. 44) que la Lune des Philosophes est leur Mercure, & qu’ils lui ont donné plusieurs noms (Can. 46.) , entre autres ceux de terre subtile, d’eau-de-vie, d’eau ardente & permanente, d’eau d’or & d’argent, enfin de Vénus Hermaphrodite. Cette épithète seule explique assez clairement de quelle nature & substance était formée cette prétendue Déesse, & l’idée qu’on devait y attacher, puisque le nom d’Hermaphrodite a été fait selon toutes les apparences de Hermès, Mercurius, & d’Aphros, Spunta [sic ; il faut lire Spumea], comme si l’on disait écume de mercure. C’est sans doute pour cela que la Fable dit Hermaphrodite fils de Mercure & de Vénus. On a feint que cette conjonction du Soleil & de Vénus se fit à Rhodes, parce que l’union du Soleil & du Mercure Philosophiques ne se fait que quand la matière commence à rougir; ce qui est indiqué par le nom de cette Isle, qui vient de rosa. La matière fixe ou l’or Philosophique, qui après s’être volatilisée retombe alors en forme de pluie, a donc pris avec raison le nom de pluie d’or ; sans cette pluie l’enfant Hermétique ne se formerait pas.
Une pluie semblable se fit voir lorsque Pallas naquit du cerveau de Jupiter, & cela par la même raison ; car Jupiter n’aurait pu accoucher d’elle, si Vulcain ou le feu Philosophique ne lui avait servi de sage-femme. [...]  L’explication de cette fable sera très aisée à qui voudra se rappeler celles que nous avons données des autres pluies d’or. On conçoit aisément que Danaë & la tour sont la matière & l’airain des Philosophes qu’ils appellent cuivre, laton, ou laiton ; que la pluie d’or sont les gouttes d’eau d’or, ou la rosée aurifique qui montent dans la circulation, & retombent sur la terre, qui est au fond du vase. On pourrait dire même avec les Mythologues, que Jupiter est pris pour l’air ; mais il faut l’entendre ici de la couleur grise appelée Jupiter, parce que la pluie d’or se manifeste pendant le temps que la matière passe de la couleur noire à la grise. Persée est le fruit qui naît de cette circulation. Je ne vois pas trop sur quel fondement M. l’Abbé Banier tire l’étymologie de Persée du mot hébreu Paras ; il est vrai qu’il signifie Cavalier ; & que Persée monta sur un cheval. Mais pourquoi les Grecs auraient-ils été chercher dans la langue Hébraïque les noms que la langue Grecque leur fournissait abondamment ? Des gouttes du sang de Méduse naquit Chrysaor, & de celui-ci Géryon. C’est comme si l’on disait que de l’eau rouge des Philosophes, que Pythagoras nomme sang (Et des quatre parts s’élève airain, rouille, fer, safran, or, sang & pavot. Et la Tourbe : Sachez que notre œuvre a plusieurs noms : fer, airain, argent, rouge sanguin & rouge très hautain, &c. la Tourbe.), avec bien d’autres Adeptes, & Raymond Lulle avec Riplée, vin rouge, naît l’or, ou le soufre philosophique. On sait d’ailleurs que Chrysaor vient du grec aurum. Cet or dissous dans sa propre eau rouge comme du sang, produit l’élixir ou Géryon, à trois corps ou trois têtes, parce qu’il est composé de la combinaison exacte des trois principes soufre, sel & mercure. [...]
Comme d'habitude, c'est avec prudence qu'il fau lire Pernéty, car malgré son érudition, il lui arrive de mêler des parties séparées de l'oeuvre, et surtout, de prendre pour la voie humide, ce qui n'est concevable que par la voie sèche. En cela, d'ailleurs, il se rapproche très nettement de l'interprétation orthodoxe de l'alchimie, par rapport à la vision réformée que nous en proposons.
3. En grec, Rhodes s'écrit RodioV, mais aussi Ojiousa, proche de Ojioussa, se rapportant à tout ce qui concerne les serpents. Voila une transition toute trouvée pour parler du Mercure.
4. Voici encore un exemple de cabale qui pourrait égarer l'étudiant. Comment comprendre, en effet, un texte où l'on peut parler, dans la même phrase, et pour le même objet de serpent, de rose ou d'eau de nuée ? Il faut comprendre que c'est la même substance, le même MIXTE plutôt, envisagé à des époques successives dans la Grande coction.
5. le Colosse de Rhodes :
Durant le IVe siècle av. J.-C., Rhodes, capitale de l'île de Rhodes, connaissait un essor économique important et elle s'était fait un allié : le roi Ptolemé I Soter d'Egypte. Mais en l'an 305 av. J.-C., les Antogonides de Macédoine, qui furent des rivaux aux Ptoléméens, ont tenté d'attaquer Rhodes dans le but de briser l'alliance rhodo-égyptienne. Mais ils n'ont jamais réussi à s'emparer de la ville. Alors après avoir signé un accord de paix, les soldats macédoniens sont partis en laissant derrière eux une quantité importante d'équipement militaire. Pour célébrer l'union, les habitants de Rhodes ont vendu l'équipement et avec l'argent ils ont décidé d'édifier une statue énorme en honneur au dieu du soleil : Hélios. La construction du Colosse a duré 12 ans ; il était terminé en 282 av. J.-C.. Pendant des années la statue occupait une place à l'entrée du port, jusqu'à ce qu'un tremblement de terre ravage la ville, en touchant la statue dans son point le plus faible : le genou. Par la suite la statue n'a pas été réédifiée. Durant presque un millénaire le Colosse est ainsi resté en ruines. Lors de l'invasion des Arabes en 654 ap. J.-C., ceux-ci ont dissocié la statue en milles morceaux et les ont vendu. [Adapté de http://isuisse.ifrance.com/7merveilles/colosse/principal.htm]
6. Sur les travaux d'Hercule, voyez Gardes du Corps et, surtout, Fontenay.
7. Sur les Argonautes, pour le moment, voyez chimie et alchimie.
8. Cette remarque va tout à fait dans le sens où nous avons compris Athéna : la déesse préside à la formation de la TERRE à partir de l'EAU et du FEU, c'est-à-dire du Mercure. Or, lorsque Persée décapita Méduse, du sang de la Gorgone jaillit d'une part un principe volatil, le cheval Pégase, et d'autre part un principe fixe, Chrysaor. Pour de plus amples détails, voyez Fontenay.
9. sur Géryon, voir les travaux d'Hercule.
10. Il est exact que le Sel issu du sang de la Gorgone contient, on vient de le dire, deux principes, dont l'un a un pouvoir tingeant absolument réel. C'est un métal à trois pointes, comme Géryon, qui a trois corps. Mais ceci doit s'entendre par cabale ! Pernety a écrit beaucoup de choses sur Géryon et Chrysaor ; deux estraits du Dictionnaire suffiront à notre affaire  :
Chrysaor. Fils de Neptune et de Méduse, selon quelques-uns; et selon d’autres, né du seul sang qui coula de la blessure faite à Méduse par Persée. Chrysaor fut pere de Geryon. Voyez cette fiction expliquée dans les Fables Egypt. et Grecq. dévoilées, liv. 3, ch. 14, 8 3.
Geryon. Fils de Chrysaor, était un géant à trois têtes ou trois corps. Il avait en sa possession les plus beaux bœufs du monde ; Eurysthée ordonna à Hercule de les enlever à Geryon, et de les lui amener; Hercule obéit, tua Geryon, et emmena ses bœufs Voyez l’explication de cette fiction dans les Fables Egypt. et Grecq. dévoilées, liv. 5, ch. 12.
Chrysaor est le SEL incombustible qui se trouve dans le vitriol romain. Quant à Geryon, ce n'est que le beau-fils, si l'on peut dire, de Chrysaor ; ainsi que Pernety, Géryon a trois corps. C'est donc un MIXTE dont les composants ne se sont assemblés que par l'intermédiaire d'un moyen ou milieu.