Emblema XXXVI.


 


revu le 9 mai 2002


Lapis projectus est in terras, & in montibus exaltatus, & in aere habitat, & in flumine pascitur, id est, Mercurius.

( La Pierre a été projetée à terre et exaltée sur les montagnes ; elle habite dans l’air et se nourrit dans un fleuve qui est le Mercure1.)

Epigramma XXXVI.

La Pierre, vil rebut, gît, dit-on, sur les routes

Afin que riche et pauvre puissent l’y ramasser2.

D’autres l’ont située au sommet des montagnes,

Dans les brises de l’air, ou bien buvant aux fleuves.

Ces figures ne mentent point, mais je t’engage

A rechercher de tels présents sur les hauteurs3.

DISCOURS XXXVI.

Tous ceux qui ont entendu citer, fût-ce une seule fois, le nom et la puissance de la Pierre, à moins de demeurer entièrement incrédules, ont coutume de demander où l’on peut la trouver, afin de courir vers elle en suivant en quelque sorte la voie droite4. Les philosophes répondent d’une double façon : ils disent d’abord qu’Adam l’emporta avec lui hors du Paradis, qu’elle est en toi, en moi, et en tout homme, que les êtres qui volent l’apportent avec eux des lieux éloignés. Ils déclarent ensuite qu’on la trouve dans la terre, les montagnes, l’air et les fleuves. Dans laquelle de ces deux voies faut-il donc s’engager ? Dans l’une et l’autre, mais de la manière qui convient à chacune. La seconde pourtant nous sourit davantage et nous paraît plus sûre5.

On dit que la pierre est jetée à terre, parce que l’élément terre apparaît d’abord dans le corps obscur et noir ; ensuite parce qu’elle est chose vile et de peu de prix, foulée aux pieds sur le chemin des voyageurs, et jusque dans le fumier6. C’est pourquoi le Rosaire déclare :

" Si je la nommais par son nom propre les sots ne croiraient pas que c’est elle. "

Et Morien répond à Calid qui veut savoir si on la trouve en grande quantité :

" Cela ne fait défaut, comme dit le Sage, ni au riche, ni au pauvre, ni à l’homme généreux, ni à l’avare, ni à l’homme qui marche, ni à celui qui est assis. Car cela est jeté sur les chemins et foulé aux pieds sur ses tas de fumier ; nombreux sont ceux qui dans le passé ont fouillé les fumiers pour l’en extraire, mais ils ont été déçus dans leur entreprise. "

Mundus dit aussi dans la Turba :

" Si les marchands la connaissaient, ils ne la vendraient pas à si bas prix. "

Et Arnaud déclare que l’on peut se procurer la pierre pour rien, en aussi grande quantité que l’on veut et qu’il ne faut interroger personne à ce sujet. Et tout cela est vrai. Qui en effet, s’il n’est inhumain, refusera la terre et l’eau à qui lui en demande ? Comme les très antiques Cimbres7 avaient demandé de tels présents aux Romains et n’avaient pu les obtenir, leurs troupes se répandirent, ils entrèrent en Italie et massacrèrent des milliers de Romains avec leurs consuls, comme l’attestent les histoires. Car la Terre est ce qu’il y a de précieux en tant que mère et ce qu’il y a de plus vil en tant que matière dernière des choses putréfiées. Rien de plus vil que le limon ou la fange, et ce n’est pourtant rien d’autre que de la terre mélangée d’eau. Quoi de plus commun qu’une motte de terre ? Et cependant Euripyle, fils de Neptune, l’offrit en présent d’hospitalité aux héros Argonautes, en les accueillant8. Lorsqu’elle eut été, non refusée, mais acceptée d’un cœur reconnaissant, et ensuite dissoute dans l’eau, elle fut pour Médée l’occasion de nombreuses prophéties. Il faut en effet dissoudre la terre dans l’eau, autrement l’une et l’autre demeurent sans pouvoir9.

La pierre est ainsi jetée à terre ; toutefois elle n’y reste pas méprisée, mais elle est exaltée sur les montagnes, l’Athos, le Vésuve, l’Etna et leurs pareils qui vomissent des flammes, et que l’on voit en très grand nombre en diverses parties du globe10. Car en eux brûle un feu perpétuel qui sublime la pierre et la porte à la dignité suprême11. De même que sa croissance se fait dans les montagnes sous une forme grossière, à partir du soufre et de l’argent-vif, elle mûrit et se parfait au sommet des monts où pousse également une herbe sans laquelle le feu ne peut être tempéré. Si l’on jette cette plante humide et froide dans le feu, la violence de celui-ci est atténuée par son contraire. La pierre passe des montagnes dans l'air où elle trouve une demeure. L’air en effet devient pour elle une maison qui l’entoure, ce qui correspond ni plus ni moins au fait qu’elle est portée dans le ventre du vent et qu’elle naît dans l’air, expressions dont nous avons déjà parlé12.

Enfin elle s’alimente dans les fleuves, c’est-à-dire que Mercure s’alimente dans les eaux. C’est pourquoi les Grecs pratiquaient des hydrophories en son honneur, car la matière de la Pierre des philosophes est l’eau, comme le dit le Rosaire, et cela doit être entendu de l’eau de ces trois. C’est pour cette raison que Mercure est également appelé tricéphale, à savoir marin, céleste et terrestre, parce qu’il est présent dans l’eau, la terre et l’air13. On dit qu’il fut élevé par Vulcain et qu’il a un penchant prononcé pour les larcins, parce que Mercure apprend à supporter le feu, lui qui est volatil et emporte avec lui ce à quoi il est mélangé14. Il dicta autrefois leurs lois et leur enseignement aux Egyptiens, et aussi la religion aux prêtres de Thèbes et à une grande partie du monde, car c’est à partir des réalités chymiques que les Egyptiens eurent leur organisation politique et leur culte, de même que les Grecs et les Romains, de même aussi qu’une multitude de nations, comme on l’a démontré plus longuement ailleurs. Mercure tua Argus avec une pierre et changea Battus en pierre indicatrice15. Pourquoi m’étendre ? Les volumes des auteurs chymiques n’enseignent rien d’autre que Mercure et ils confirment suffisamment son pouvoir par ce simple petit vers :
 
 

Mercure contient tout ce que cherchent les Sages.

Il faudra donc le rechercher jusqu’à ce qu’on le trouve, en quelque endroit qu’il réside : dans l’air, le feu, l’eau ou la terre. Car il est vagabond, il court tantôt ici, tantôt là pour le service des dieux chymiques, comme étant leur commissionnaire, et ce rôle qui est le sien est souligné par le fait que certains lui donnent pour fille Angélia16.



Notes

1. Il faut définir les différents types de pierre que l'alchimiste va rencontrer sur le chemin plein de ronces et d'aubépines qui le conduira des cavernes de la terre jusqu'aux géodes des restes mercuriels. La Pierre des philosophes n'est pas, en effet, la Pierre philosophale, mais son ancètre. Il doit d'abord élire le sujet et le travailler pour l'équarir. L'Artiste a besoin d'une pierre qui soit cubique et dont il lui faudra user les angles de façon qu'elle soit transformée en cubo-octaèdre avant d'être définitivement transmutée en pur cristal. Quand Maier dit que la pierre doit être projetée à terre, il veut entendre qu'il faut d'abord en faire une cendre [l'équivalent de l'oeuvre au noir]. Dire qu'elle est exaltée dans les montagnes, c'est parler du mariage des principes, de la conjonction des Mixtes. Qu'elle habite dans l'air, nous l'avons déjà vu dans l'emblème XXXIV. Qu'elle se nourrisse dans le Mercure explique pourquoi il ne fallait pas que les chevaux de Rhésus boient l'eau du dieu-fleuve Scamandre et pourquoi il était fatal que les Achéens gagnent, après un dur combat, la guerre de Troie. Il était, en effet, impossible pour des raisons touchant à la cabale hermétique, que les Troyens l'emportassent sur les Grecs.
2. La terre qu'on utilise dans l'oeuvre a été voilée par le mythe d'Adam. Les alchimistes ont voulu ainsi cacher leur Acier [adamaV] qui gît dans le ventre de leur TERRE. Et le chapitre XXXVI n'est qu'une vaste parabole dont on peut trouver le sens
 
 


FIGURE I
(Alchimie de Flamel, planche 9, extrait)

en examinant la figure I. Si l'on compare les pierres taillées de l'emblème XXXVI et les symboles de la figure I, on remarque ce qui suit :

- un chaos de pierres, en haut et sur la gauche de l'emblème, constituant sans doute la première opération à effectuer à flanc de montagne ;
- sur le chemin, cinq [V] pierres ;
- dans le fleuve, quatre pierres [IV] ;
- dans le ciel, trois pierres [III].

Que voit-on sur la figure I ?
- à gauche et en bas, une sorte de masse informe ;
- trois hiéroglyphes célestes avec des symboles hermétiques qui nous sont bien connus, respectivement :
- une TERRE dans laquelle s'inscrit un soleil noir ;
- Mercure, où nous voyons un triangle rouge, cerclé de noir ;
- Vénus, dont la tête s'inscrit dans le corps de la Terre, qui se rapproche un peu du symbole que nous avons analysé dans l'Atalanta, XXXIV [figure IV, détail de droite].
- en haut, une roue dans laquelle il n'est pas difficile d'imaginer le temps de la Grande coction avec ses époques canoniques : il faut imaginer que la roue tourne dans le sens inverse des aiguilles d'une montre [où ce qui est égal, que la roue est fixe, mais que le matras - dont la pointe indique avec assez d'ostentation l'aiguille des heures - tourne dans le sens des aiguilles d'une montre]. Nous avons donc d'abord le régime de Saturne [noir, vers 22 h], puis celui de Jupiter [vers 2 h], la Lune [vers 16 h], celui de Vénus et de Mars qui passent vite [entre 17 h 30 et 19 h 30], enfin le régime du soleil [vers 20 h].

Passons aux correspondances entre l'emblème XXXVI et la figure I. Nous passerons sur le chaos qui est commun à toutes les genèses dans tous les continents et dans nombre de cultures. Nous observerons néanmoins que le chaos peut être déterministe et qu'il est possible que l'irruption de la conscience dans l'univers [connue pour le moment uniquement chez l'humain] soit lié à une forme de cristallisation intervenant à partir d'un certain niveau de connexions synaptiques entre neurones. Mais enfin, voici ce que l'on peut dire des autres correspondances :
- les cinq pierres déposées sur le chemin sont en rapport avec la terre, c'est-à-dire la noirceur : on retrouve cette image dans le motif de gauche et le soleil noir [putréfaction] ;
- les quatre pierres qui sont dans le Mercure correspondent au motif de droite de la figure I. Elles correspondent aux quatre Eléments quintessencés, comme en témoigne le feu qu'on aperçoit dans la tête de Vénus qui correspond au corps de la Terre. Notons que cette image nous offre à la fois l'Orient et l'Occident du magistère [Vénus en constitue l'Orient : Lucifer ; la Terre - la stibine - en constitue l'Occident, Vesper]. Aussi voyons-nous Vénus incrustée dans la Terre et non l'inverse, puisque la première génère la seconde. Quant à la double croix de la sphère, elle exprime le caractère dual du feu [à la fois eau ignée ou feu aqueux, comme nous l'avons déjà écrit tant de fois. Si nous donnons l'impression de rabacher ici, c'est qu'il s'agit de l'un des secrets les plus réservés de l'oeuvre. Et pourtant l'un des plus couramment rencontré dans la nature. Il fait, du reste, l'objet du chapitre XXXVII de l'Atalanta fugiens].
- les trois pierres qui sont au ciel expriment la sublimation philosophique, l'un des secrets les plus hauts de l'oeuvre. C'est ce qu'exprime le motif central du Mercure dans lequel s'inscrit le triangle. Il consacre évidemment les trois principes de la Pierre, dont on ne dira jamais assez qu'elle est bâtie à chaux et à sable. Ces principes sont eux-même des Mixtes spirituels idéalisés qui procèdent des Quatre Eléments. Le Mercure est fait d'EAU et d'AIR. Le Soufre est fait de FEU et d'AIR. Le Sel est constitué de TERRE et d'autres parties difficiles à définir [c'est ce principe qui est le plus difficile à cerner par les Eléments de la tradition platonicienne. Son aspect fixe, ce sel étant infusible à la chaleur blanche, n'en ferait-il pas la quintessence des scholastiques médiévaux ? Il constitue, en effet, une chaux indestructible où l'on devine la trace de la salamandre, l'animal pyroxène.]. Comme on l'a fait voir dans l'Atalanta XXXIV, c'est dans l'AIR que se forme le Soufre rouge. C'est une terre spéciale, en ce sens que sa densité est de beaucoup inférieure à celle du Soufre blanc [le christophore]. On ne reconnaît pas de principe terreux à la nature métallique qui le forme, au lieu que le SEL qui sert d'écrin est rangé parmi les métaux terreux, à l'instar de la chaux ou de la magnésie. C'est pourquoi du carré formé dans l'eau pontique, nous passons au triangle isocèle de l'Air des Sages [Introïtus, VI]. Dans cette époque de l'oeuvre, trois éléments sont au-devant de la scène : le FEU, l'AIR et l'EAU. L'EAU disparaît peu à peu, ce qu'expriment les plus grands textes, dont les auteurs professent qu'il faut guérir la pierre de son hydropisie là où d'autres disent que le roi sue à grosses gouttes [De Lapide Philosophorum de Lambsprinck, par exemple], là encore où d'autres disent que la Pierre naît dans l'AIR. Ces derniers n'ont pas tort, si l'on veut bien reconsidérer les équations de transmutation de Platon :

- 1 AIR = 2 FEU ; 1 EAU = 1 FEU + 2 AIR

Il nous faut signaler un détail qui n'apparaît pas bien sur la figure I et que nous allons agrandir. Il correspond à l'agent qui fait tourner la « roue du Mercure » par l'échelle des Sages. Curieusement, cet agant se retrouve dans un dessin d'un mss du British [Sloane I, 1316] ayant pour titre Emblematical Figures of the Process of the Philosopher's Stone. Nous allons disposer à gauche l'agrandissement de la figure I, et à droite cette autre figure dont nous parlons.
 

FIGURE I bis
(à gauche, détail de la figure I ; à droite, mss British)

Dans les deux cas, le symbolisme est le même : c'est Cronos qui est représenté. Il figure aussi, sous une forme plus apparente dans l'un des emblèmes du Livre d'Abraham Juif. La figure de droite montre un loup [stibine] montant la Scala Philosophorum, portant sur son dos un Saturne armé de sa faux et pourvu de deux têtes de corbeau, ainsi qu'un personnage dont la tête se trouve près du soleil et de la lune. Ce personnage représente l'image, à venir, du double Mercure, dont le corps, à double tête représente le Mercurus senex de Jung, idéalisé sur l'agrandissement gauche de la figure I.

3. Ces hauteurs sont à chercher au sommet des montagnes, là où l'AIR est couleur azur [kuanoun]. Cet azur, ce bleu sombre, c'est celui de la peau de serpent, celui de l'halcyon, celui encore, d'une mer profonde. C'est aussi le voile noir de deuil de Thétis, qui perd son fils, Achille, dans l'accomplissement de la projection en masse du Soufre dans le Corps [cf. Atalanta, XXXV]. Nous pourrions citer d'autres azurs, qui n'éclaireraient que peu notre propos [les sourcils de Zeus ou bien encore les cheveux du Troyen Hector]. Cet azur, une pierre en porte le nom, que recherche le Cosmopolite - le vrai et l'unique, Alexandre Sethon - le lapis-lazzuli. C'est encore une fleur, le bluet. C'est dans cet azur naît la fève hermétique [dont Fulcanelli a bâti, de façon géniale, l'allégorie du gâteau des Rois], fève dont le nom grec est kuamoV, ce qui autorise un rapprochement par le fait de la cabale phonétique. C'est l'époque où le Lait de Vierge est le plus concentré et le plus productif. Enfin, cet azur signale les roches cyanées ou Symplégeades, situées à l'entrée du Pont-Euxin, et que durent affronter les Argonautes dans leur odyssée, à la recherche de la Toyson d'Or. Voilà, en introduction, ce que nous pouvons dire sur ce chapitre, consacré - pour une part - à la conjonction des deux natures, le minéral [ou du moins le métal terreux] et l'Acier des Sages [s'agit-il du Soufre rouge ou du Soufre blanc ? Nous laisserons, comme problème à résoudre, cette énigme en suspens, que les vrais disciples d'Hermès sauront, n'en doutons pas, résoudre d'un tour de main]. Il y a certes, assez loin de la coupe aux lèvres, entre les quatre pierres équarries qui cuisent dans le Mercure, et les trois pierres volantes [sans aile comme le stipulent les plus grands auteurs] que nous apercevons sur l'emblème XXXVI. C'est qu'entre-temps, les deux natures se sont conjointes. Mais elles ne se sont point réincrudées encore, en ce sens que le signe constellé est apparu, qui signale cette conjonction [dont la couleur est le blanc], mais que tout le reste est à faire. Est-ce cette promesse qu'il faut voir, dans cette fleur qui s'appelle le bleuet et dont le nom savant est la centaurée bleue ? Et qui annonce, dans un certain sens, la réincrudation prochaine dont le signe consacré est le Sagittaire ? Nous serions amenés à le supputer, tant les signes convergent en direction de la germination.
D'une certaine manière, ce chapitre est redondant avec l'emblème XXXIV, mais il permet d'approfondir ce symbole du « sommet des montagnes » et de la couleur azurée qui lui est lié [pour des liens supplémentaire, voyez Atalanta XXXIV, note 3]. Halcyon est mieux connu comme le Dieu de la Vérité, et est l'enfant d'Helion, Dieu de la Lumière, et du soleil. Halcyon devait porter la lumière sur tout ce qui était inconnu, ou tout ce qui était mesquin ou mauvais. Halcyon est le dieu du Ciel. Halcyon symbolise le passage de l'occulte au manifeste dont la couleur azurée est la promesse parce qu'elle annonce la conjonction des principes de l'oeuvre. Mais Halcyon, qui s'écrit en latin, Alcyone ou Halcyone [Alkuonh] est encore la fille d'Eole ou, enfin, la fille d'Atlas. C'est, en l'occurrence, la fille d'Eole qui nous intéresse. Les mythographes rapportent, en effet, qu'elle épousa Céyx [Khux], fils de l'étoile du matin [Lucifer]. Ils furent transformés en alcyons et formèrent un couple inséparable où l'on peut voir la montée au ciel de nos soufres...
4. Comme nous l'avons vu dans la section précédentes [Atalanta XXXV, note 14], il y a deux voies, celle de droite, la bonne, et celle de gauche qui ouvre sur l'inconnu.
5. On trouve donc cette pierre [la pierre des philosophes, c'est-à-dire leur matière première] partout et en tout. Nous voilà bien avancés ! Où trouver cette matière, sinon ces matières, puisqu'il est impossible qu'une seule matière suffise à l'oeuvre...L'un des derniers grands alchimistes de la tradition hermétique
 
 


FIGURE II
(chapelle de l'Hôtel Lallemant, Bourges, cliché alain Mauranne)

nous sera ici d'un grand secours. La figure II a été analysée par Fulcanelli dans le Mystère des Cathédrales. Il fait de ce tableau de pierre une Toison d'or. Qu'est-ce à dire ? Tout d'abord un mot sur l'image. Elle apparaît dans le 1er tome de la trilogie, à la page 194 et il s'agit d'une image en noir et blanc. Voici ce que nous en dit le grand Adepte :

Le bas relief de la Toison d'or, que l'on remarque tout d'abord en entrant, est un très beau paysage sur pierre, rehaussé de couleur, mais faiblement éclairé, rempli de détails curieux que la patine du temps rend difficiles à étudier. Au centre d'un cirque de rochers moussus, aux parois verticales, une forêt, dont le chêne forme la principale essence, dresse ses troncs rugueux et développe ses frondaisons. Des clairières laissent apercevoir divers animaux d'identification malaisée, - dromadaire, boeuf ou vache, grenouille au sommet d'un rocher, etc , - qui viennent animer l'aspect sauvage et peu engageant du site. Sur le sol herbeux croissent des fleurs et des roseaux du genre phragmites.
A droite, la dépouille du bélier est posée sur un quartier de roche en saillie, et gardée par un dragon dont on voit la silhouette menaçante se découper sur le ciel. Jason était lui même figuré au pied d'un chêne, mais cette partie de la composition, sans doute peu adhérente, s'est détachée de l'ensemble.
D'abord, disons tout de suite que les motifs dont parle Fulcanelli sont à peu près invisibles sur la reproduction du Mystère. Grâce au coup d'oeil d'Alain Mauranne, les voilà enfin restitués, en couleurs, près de 80 ans après la première édition de l'ouvrage. Pour en revenir au texte de l'alchimiste, tout ici est cabale. De nombreux symboles ont déjà été étudiés comme le chêne, le boeuf sur lesquels nous ne reviendrons plus. En revanche, le mot phragmite donne une indication : il s'agit de la fauvette des joncs et des roseaux, voisine de la rousserolle. On trouve aussi le phragmidium, champignon parasite, agent des rouilles du rosier, du framboisier et de diverses rosacées. Si le mot phragmite dérive du grec jragma, il désigne certes un retranchement ou une clôture, mais aussi une arme défensive comme la corne d'un taureau ou la liqueur de la sèche. La rousserolle renvoie à purroV [d'un rouge de feu] qui définit la couleur de la matière, une fois qu'elle a été extraite de sa minière. Enfin, le phragmidium est l'équivalent du kermès du chêne ou de la nielle du blès. Ce n'est pas tout : le monstre dont parle Fulcanelli ne peut correspondre qu'au dragon babylonien, plus connu des alchimistes sous le nom de vitriol romain. Ce vitriol, nous en avons parlé d'abondance dans l'Atalanta, XXV. Aussi passerons-nous rapidement. Il « pousse » à flanc de montagne et l'on peut en voir un bel échantillon en bas et à droite de la figure II. Il faut noter aussi les concrétions qui apparaissent nettement sur cette figure, situées immédiatement entre les chênes et la grosse roche de droite [c'est ce massif qui constitue, pour l'Adepte, le dragon]. Les roseaux, on les aperçoit à gauche de l'image. Quant aux animaux décrits, on ne distingue qu'une troupe de dromadaires, en haut et à gauche, encore faut-il avoir de bons yeux. Ils se disitnguent comme les seuls animaux que cite Fulcanelli qui apparaissent vraiment sur ce tableau de pierre. D'ailleurs, ces dromadaires ont l'air de passer de façon hiératique et solennelle, un peu comme s'ils revenaient de quelque mission secrète, sinon sacrée. Peut-être s'agit-il de ceux qui ont porté les Rois Mages jusqu'à l'étable, de ceux qui ont eu la bonne fortune de suivre l'étoile double, de ceux enfin qui conduisent au travers du désert, d'oasis en oasis. De là à considérer que les chameaux, à l'instar des camilles, soient des transmetteurs de la philosophie hermétique, il n'y aurait plus qu'un pas à franchir...Nulle réponse pourtant, ne viendra faire écho à notre questionnement et le tableau, tel Harpocrate, se tait tel le lion de pierre qui garde son secret. Toutefois, les légendes nous enseignent que le chameau est la monture qui aide à traverser le désert. Et quel désert de pierre et de sable ne traverse pas l'Artiste, quand comme Limojon de Saint-Didier [1, 2], le voilà avec les bonnes substances auxquelles il ne parvient pas à introduire ce feu contre nature, ou feu secret, par lequel il transformera son désert pétré en océan de feu. On comprendra sans peine que le chameau - ou le dromadaire - soit la monture idéale par laquelle on puisse atteindre au centre caché des métaux, c'est-à-dire à leur essence divine, leur âme...Le dromadaire [dromoV] désigne un chameau qui court, littéralement ; est-ce une allusion au sel d'Hammon ? Quant à la grenouille au sommet du rocher, elle renvoie au crapaud [cf. Atalanta, V]. Mais, répétons-le, les animaux sont furtifs, tels l'Atalante fugitive, dans le tableau de pierre que nous présente la figure II. Au total, c'est plusieurs matières qui nous sont suggérées par Fulcanelli : le premier état du Soufre rouge [dont la minière est le vitriol romain] ; le second état du Soufre qui prend la forme du phragmidium ; l'alkali fixe, figuré par la forêt de chênes. Enfin, le christophore [que l'on devine à l'évocation de la dépouille du Bélier magique, et par Jason, dont l'absence dit avec assez de vérité qu'il est présent en esprit, si ce n'est en âme]. Il n'est pas jusqu'au roseau [kalamoV] qui n'évoque quelque chaume ou quelque feu de paille...
6. Tout cela a déjà été vu mille fois dans ce site. Il n'y a là d'ailleurs nul trait de cabale et, pour une fois, les alchimistes disent vrai quand ils assurent que le pauvre est plus près que le riche de la matière première [mais ils ne parlent que de l'une des premières matières des Artistes]. Sur le fumier, voyez l'histoire du vrai Cosmopolite. Sur la terre foulée, voyez prima materia.
7. Les Cimbres. Didoore de Sicile, dans son Livre V de son Histoire Universelle, dit ceci de ce peuple :
La plus courageuse nation des Cimbres est celle des Lusitaniens [les Portugais]. Ceux-ci portent à la guerre de très petits boucliers faits de cordes de boyau assez serrées pour garantir parfaitement le corps. Ils s'en servent adroitement dans les batailles pour parer de tous côtés les trauts qu'on leur lance. Leurs saunies sont toutes de fer et faites en forme d'hameçon : mais leurs casques et leurs épées sont semblables à celles des Celtibériens.
8. Pernety s'est exprimé là-dessus dans ses Fables Egyptiennes et Grecques :
Cette dissolution a été désignée dans le retour, par le meurtre d’Absyrthe, & la division de ses membres, par le présent qu’Eurypile fit à Jason ; c’est-à-dire, une motte de terre qui tomba dans l’eau, où Médée l’ayant vu dissoudre prédit beaucoup de choses favorables aux Argonautes. Cette terre est celle des Philosophes, qui s’est formée de l’eau ; il faut, pour réussir, la réduire en sa première matière, qui est l’eau ; c’est pourquoi l’on a feint qu’un fils de Neptune avait fait le présent, & qu’il avait été donné en garde à Euphême, fils du même Dieu, & de Mécioni, ou Oris, fille du fleuve Eurotas ; d’autres lui donnent pour mère Europe, fille du fameux Titye.
L'explication de Pernety ne nous convainc pas. N'oublions pas que Fulcanelli conseille, dans sa trilogie, de ne pas s'éloigner de l'art du potier, et que Bernard Le Trévisan a professé qu'il fallait suivre, en tout point, le chemin de dame Nature. A-t-on remarqué que phloV, qui désigne de la boue ou une matière liquide épaissie ; dans une autre acception, de la lie de vin ; enfin, la matière même dont l'homme fut formé, ce qui est superbement exprimé dans les lettres sous l'expression de terre adamique, et dans les Arts, par cette image du Splendor Solis, à nulle autre
 
 


FIGURE III
(planche 8 du Splendor Solis)

pareille. C'est sur deux terres métalliques que Fulcanelli veut faire porter notre attention dans la figure II. L'une est d'origine métallique et, dans la guerre de Troie, elle désigne le roi Pélée [PhleuV] ; l'autre est minérale et elle désigne les Troyens [cf. Atalanta, XXXV].
Nous l'avons écris dans l'Atalanta, XXXV, il serait vain de vouloir chercher des noms vulgaires de substances chimiques, cryptés dans cette fable merveilleuse, sommet de la pensée humaine, que constitue la guerre de Troie, telle qu'elle nous est parvenue par les écrits homériques. Ainsi, considérons-nous que Pernety a fait fausse route dans l'interprétation alchimique qu'il s'efforce d'en donner et qui lui a fait perdre toute mesure dans la raison. Cependant, rien n'empèche de considérer certains épisodes de Troie à part entière et, par analogie, d'en illustrer un point de symbolisme. Ainsi, quand nous disons que le roi Pélée dissimule de la terre argileuse, a-t-on le droit de considérer qu'il s'agit d'une élucubration et d'une rare extravagance. Nous en convenons volontiers et ne sommes point dupe. Aussi ne parlons nous que pour les vrais disciples d'Hermès qui se retrouveront dans nos supputations, non pas que nous veuillons nous cantonner aux apprentis alchimistes, mais que cet Art réclame, qu'on le veuille ou non, un certain état d'esprit où doivent dominer le sens poétique, le sens de l'allégorie et du clin d'oeil. Pour autant, il faut garder les pieds sur terre et n'exposer que des points de science accessibles au contrôle méthodique, tels que nous les a enseignés Fulcanelli.
Cet aparte terminé, revenons à Troie.
1)- les Achéens [les Grecs] sont, par cabale, les symboles de la partie métallique du Rebis. Pélée [PeleuV, littéralement « qui vit dans la boue »] se rapproche de la terre argileuse [peloV] ; il existe un autre élément dans la vie de ce roi qui confirme nos soupçons. Vers la fin de sa vie, pendant que son fils [Achille] se trouvait à Troie, il fut chassé de son royaume par les fils d'Acaste et alla finir ses jours dans l'île de Cos, non loin des côtes de Carie. Or, Cos est cette île où Eurypile donne à Jason une motte de terre. Pernety a relaté ceci, du voyage des Argonautes, dans le tome I de ses Fables :

Les Argonautes étant dans l’isle d’Anaphé, l’une des Sporades, voisine de celle de Thera, Euphême se ressouvint d’un songe qu’il avait eu la nuit d’après l’entrevue du Triton, & d’Eurypile, qui lui avait confié la motte de terre, & le raconta à Jason & aux autres Argonautes. Il avait vu en songe qu’il tenait la motte de terre dans ses bras, & qu’il voyait couler de son sein sur elle, quantité de gouttes de lait, qui, à mesure qu’elles la détrempaient, lui faisaient prendre insensiblement la forme d’une jeune fille fort aimable.
Pour extravagant que cela paraisse, nous tenons que ce lait qui coule de cette motte de terre a un rapport avec le Lait de Vierge dont parle Artephius. Pour résumer, Pélée, père d'Achille, est à l'image de la terre adamique dont on recueille le principe Soufre, c'est-à-dire la partie métallique. Voici un extrait du Dictionnaire sur l'île de Cos :
Cos. Isle qu’Hercule ravagea, selon la Fable ; parce qu’Eurypile, Roi de l’Isle, ne l’avait pas bien reçu. Les Philosophes Spagyriques regardent l’Isle de Cos comme le symbole de leur matière mise dans le vase pour y être digérée. Si l’on y met trop de mercure, qui n’est autre chose qu’Hercule, le vase se brisera, toute la matière se répandra ou se dissipera; et c’est le ravage qu’Hercule fit dans l’Isle de Cos. Il faut donc avoir grand soin de ne pas verser trop abondamment le mercure sur la matiere contenue dans le vase, elle en serait inondée. Si l’on en met trop peu, le feu y prendra, le vase se brisera, et tout sera perdu. Il faut arroser souvent et peu à peu. C’est cette précaution manquée, qui fait que beaucoup d’Alchymistes ne réussissent pas, quoiqu’ils travaillent d’ailleurs sur la vraie matiere, et qu’ils se servent des fourneaux et du feu philosophique requis dans les opérations du grand œuvre.
On se permettra d'émettre de grands doutes sur l'interprétation que Pernety donne à ce passage de mythologie. Hercule a toujours signifié l'Artiste, au même titre que Cadmos. De même, l'Eurypylos qu'il cite n'est pas le même que celui que les mythographes citent en parlant de Triton, apparu sous les traits d'Eurypylos. Non. Le trait d'union entre la terre de Cos et Pélée explique la raison pour laquelle Eurypylos donne une motte de terre au devin Euphèmos. En effet, dans une autre version, c'est Triton [au lac Tritônis, en Lybie, où les Argonautes transportèrent à terre le bâteau Argos jusqu'à ce lac], qui donne une motte de terre à Euphèmos. Euphèmos, fils de Poséidon, joue un rôle considérable dans le voyage des Argonautes : il apporte le secours de ses dons de divination ; aux roches cyanées [Symplégades], il lâche une colombe, qui permit à l'Argos de passer sans dommage. C'est alors que l'incarnation humaine de Triton, Eurypylos, apparaît pour leur montrer le bon chemin. C'est là que Triton donne une motte de terre à Euphèmos qui, selon ses dires, permettrait aux descendants d'Euphèmos de régner sur la Lybie [Libuh].
2)- les Troyens symbolisent la partie minérale de l'oeuvre, c'est-à-dire tout ce qui a trait aux sels, et aussi le Mercure à cause du fleuve-dieu Scamandre. Ainsi peut-on comprendre la fable où Laomédon refuse, en récompense du travail d'Hercule, qui sauva sa fille [Hésioné], de lui donner en présent les deux chevaux immortels et blancs, plus légers que l'air, que Zeus lui avait donné pour prix du rapt de Ganymède. Voici pourquoi les Troyens font appel aux Alizoniens qui posèrent de l'embarras aux commentateurs, en particulier Strabon. Or, Alizonien, en grec AlizwneV, est proche de alizw qui signifie saler ou nourrir avec du sel. Voyez aussi ce que nous avons écris sur la lignée de Scamandre et de Dardanos [Atalanta, XXVII, XXXII, XXXV,].
Il faut donc s'imaginer que Troie est comme le lieu d'affrontement de deux ensembles, dont l'un est d'origine ignée et trappéen tandis que l'autre est d'origine chthonienne [voyez Protée, section en travaux]. Nous citerons ici, comme exemple provisoire, un texte sur le métamorphisme des roches qui fera bien voir ce qui peut surgir d'un tel affrontement :
Quand, peu d'années plus tard, M. Elie de Beaumont découvrait, dans le massif de l'Oisans, des roches granitiques débordant au-dessus du calcaire jurassique, qui est devenu saccharoïde, et au contact duquel elles ont produit de petits filons de minéraux métalliques, tout en se modelant exactement sur les contours ondulés de leur surface, il agrandissait encore le champ des phénomènes métamorphiques. [in Etudes sur le Métamorphisme, Mémoire de l'Académie des Sciences, 1867]
Si l'on nous a bien compris, il ne sera pas impossible de savoir où disposer Achille [dur au combat] et Hector. Hector, en grec, Ektwr, est proche de ektwr, homonyme, qui signifie « qui tient fortement, qui retient » et où l'on peut deviner une action à type de pression. Précisément :
Hall était encouragé dans sa recherche par la présence fréquente dans les trapps de nodules de calcaire cristallin. Il constata que, sous une certaine pression, le carbonate de chaux peut, à une forte chaleur, retenir son acide carbonique, et que l'effet combiné de la chaleur et de la pression est d'agglutiner cette substance en une masse solide, quelquefois cristalline. [Idem]
Dès lors, on peut considérer - aux réserves près que nous avons énoncées plus haut - que le siège de Troie est à l'égal du creuset de nature dans lequel les roches calcaires deviennent cristallines et où [cf. Mercure de nature] certaines conditions peuvent être réunies pour donner lieu à des efflorescences rares, autrefois connues surtout en Inde. Il n'apparaît pas déraisonnable de simplifier le siège de Troie par
 
 


FIGURE IV
(Alchimie de Flamel, détail)

la figure IV. Avec, à gauche, la partie achéenne, à droite le clan des Troyens, et au centre l'objet du conflit, le siège de Troie. Le héros principal des Achéens est de la race d'Arès [Mars] tandis que celui des Troyens, Hector, est de la race de la Terre, considérée comme partie minérale. Le sabre est l'instrument de séparation qui exerce une action dissolvante sur les deux parties et la clef représente le cheval de Troie [khtweiV], l'outil de conjonction, qui gît au fond de ravins profonds, et d'aspect caverneux.
9. Dissoudre la terre dans l'eau est l'objet du Mercure. Quel est le rôle joué par Médée ? C'est grâce à elle que Jason arrive à s'emparer de la Toison d'or, par un onguent dont il doit s'enduire le corps afin de se protéger des flammes du dragon qui veille sur ce précieux trésor. Voyez encore la légende de Pélias dans notre humide radical métallique. Pélias [PeliaV], proche de peloV [de couleur sombre, grisâtre, cendré], connaît un sort [démembrement du corps puis mis à bouillir dans de l'eau] qui le rapproche singulièrement des matières, portées au noir, c'est-à-dire sous la forme de cendres ou de chaux métalliques.
10. voir Atalanta, XXXIV, note 16. C'est la première fois que Maier cite plusieurs volcans, ce qui est une amorce vers le chapitre suivant [emblème XXXVII]. Sur le Vésuve en particulier, lisez ceci :

[...] D'un autre côté, vingt années plus tard, un géologue anglais, le docteur G. Thomson [Sur la nature des marbres vomis par le Vésuve, et sur l'étendue possible des influences volcaniques, Bibliothèque britannicae, t. VII, 1798.], après avoir examiné les blocs de calcaire cristallin de la Somma, si riches en minéraux variés, était amené à les considérer comme du calcaire de l'Apennin qui aurait été modifié par la chaleur, et se demandait si le marbre de Carrare n'avait pas la même origine. [in Etudes sur le Métamorphisme, Mémoire de l'Académie des Sciences, 1867]
ainsi que notre Mercure de nature, sur les émanations volcaniques en particulier. Peut-on encore douter du but poursuivi par Maier en parlant des volcans ? Le nom du minéralogiste italien Spallanzani se détache ici, à cause des expériences qu'il fit, au creuset, sur les laves [Voyage dans les Deux-Siciles. L'original est de 1792, et la traduction de 1796 ; voir notamment l'introduction de l'ouvrage et le tome IV]. Spallanzani a en outre découvert l'acide marin [acide chlorhydrique, acide muriatique] parmi les gaz qui boursouflent les laves, et l'hydrogène dans les feux naturels de Barigazzo. En terminant ses observations relatives aux laves, il avait reconnu cette pensée, alchimique s'il en fut, de Faujas-Saint-Fond :

 « II n'est pas hors de possibilité que l'eau, unie avec le feu, fasse naître des combinaisons ignorées et impossibles à l'art. »

Barthélémy Faujas-Saint-Fond est notamment l'auteur de Mémoire sur la manière de reconnaître les différentes espèces de pouzzolane, et de les employer dans les constructions dans l'eau et hors de l'eau pour servir de suite... aux Recherches sur la pouzzolane [Amsterdam ; Paris : Nyon, 1780]. Il était de la famille du grand Cuvier.
11. Voyez la section Mercure de nature.
12. Il est fait allusion à la violette que l'on voit au sommet de l'Aquilon sur l'une des gravures du Livre d'Abraham Juif. Notez que la violette se dit en grec, entre autre [cf. supra], priaphion. Et cette violette qui concrétise le rapport entre Aphrodite et Bacchus, a donc comme nom de cabale PriapoV [Priape], outre qu'on peut en rapprocher le terme priapizw qui signifie être dissolu, ce qui représente exactement l'état dans lequel se trouve le Rebis, dans la première phase de conjonction. C'est ce Rebis, encore à son premier stade de développement, qu'il faudra faire rougir par l'Art [petit trait de cabale, car la plante eruqronion - sorte de satyrion rouge -se dit encore priapiskoV].
 
 


FIGURE V
(Cabala mineralis, Rabbi Simeon Ben Cantara, XVIIe)

C'est à peu près dans cet état que se trouve la matière, lorsque les Argonautes parviennent à franchir les roches cyanées, grâce à la colombe salvatrice d'Euphèmos. Qu'on se figure donc bien que la blancheur ne se signale pas à l'Artiste par la couleur BLANC, mais qu'elle constitue le signe hermétique qui montre à l'alchimiste que la conjonction des deux natures métalliques, ces extrémités du vaisseau de nature, est acquise. Et que cette conjonction s'opère au sommet des montagnes.
13. On dit que c'est parce qu'Hermès possédait les trois grands principes de Philosophie. C'est le dieu egyptien Thot, scribe des dieux et divinité de la sagesse, qui fut identifié par les Grecs comme « trois fois grand ». Les Latins adoptèrent cette assimilation d'Hermès ou de Mercurius à Thoth. Cicéron, dans son De Natura deorum, dit qu'en fait il existait cinq Mercure, dont l'un, dont nous avons parlé ailleurs, décapita Argus, le monstre aux cent yeux...On trouve une bonne représentation du Mercure des alchimistes dans l'emblème central de la figure I.
14. On trouve, dans le domaine des synthèses cristallines, au moins un exemple qui paraît tout à fait adapté à ce Mercure [cf. Atalanta, XXX, à propos d'une expérience de Sainte-Claire Deville, note 14.] au point où la coïncidence devient absolument troublante : l'agent de transport n'est autre que de l'esprit de sel [que l'on obtient en mixant du sel marin et de l'huile de vitriol. Cette huile de vitriol est obtenue par les Anciens en poussant du vitriol vert à un grand feu]. Voyez les détails de l'expérience, mais ils montrent que l'AIR, l'EAU et la TERRE se combinent puis se décomposent d'une façon extraordinaire. Nul doute que, pratiquée au Moyen Âge, une telle expérience ait conduit son inventeur au bûcher...Mais Henri de Sainte-Claire Deville a reçu les honneurs les plus grands, pour avoir, entre autre, permis d'obtenir de l'aluminium à l'état de pureté par le procédé le moins coûteux possible.
Mais l'important est que, dans ses expériences, Sainte-Claire Deville ait fait voir que des agents chimiques n'agissaient que par une action de présence, par une sorte de vertu catalytique, que des chimistes comme Alfred Ditte, au XIXe siècle [Exposé de quelques propriétés Générales des Corps, Dunod, Paris, 1881, cf. pp. 434-439] , essayaient d'expliquer d'une autre manière, dans la crainte qu'ils étaient qu'on attribue une vertu « occulte » à ce pouvoir de catalyse.
15. Sur Argus [ou Argos], voyez : 1, 2, 3, 4. Sur Battus [Battos], la légende raconte qu'Hermès pousait devant lui un troupeau de moutons qu'il avait dérobé à Apollon, lorsqu'il rencontra un vieillard nommé Battos. Celui-ci ayant promit qu'il ne parlerait pas si on venait à le questionner [et Hermès lui ayant fait cadeau d'une génisse], Hermès prit l'apparence de quelqu'un qui cherchait un troupeau de moutons. Contre récompense, Battus trahit aussitôt le secret et Hermès, courroucé, le changea en pierre. Ovide s'est emparée de cette légende, dans la Fable IX, livre II [Métamorphoses] [Battus changé en pierre de touche]. Sur la pierre de touche, voyez Fontenay.
16. Il se peut qu'il s'agisse d'une erreur dans le texte ou d'une faute de traduction. Il est bien vrai qu'Aglauros, une des filles de Cécrops, fut aimée d'Hermès qui, selon une légende engendra Céryx, dont le nom signifie héraut. Céryx passe pour le héraut des mystères d'Eleusis et comme l'ancètre mythique de la dynastie sacerdotale des Céryces, qui jouaient un rôle de premier plan dans la céélbration des mystères. Selon d'autres sources, Céryx est le fruit du viol de Herse, soeur d'Aglauros, par Hermès. Céryx aurait dans ce second cas eut un frère, Céphale. Céryx [Khrux], c'est par cabale, le coq de l'oeuvre. Ce symbole est utilisé très fréquemment par Fulcanelli et E. Canseliet. Il désigne le Soufre rouge et salue aussi l'aurore de l'oeuvre.