Emblema XXXVII.


revu le 3 mai 2012


Tria sufficiunt ad magisterium, fumus albus, hoc est aqua, leo viridis, id est aes Hermetis, & aqua fStida.

( Trois choses suffisent pour le magistère : la fumée blanche, qui est l'eau, le lion vert ou airain d'Hermès, et l'eau fétide1.)

Epigramma XXXVII.

Pour notre magistère il nous faut trois semences :

Onde infecte, vapeur neigeuse et Lion vert2.

Les autres éléments sortent de l'eau : les Sages

En retirent leur Pierre ; elle est principe et terme.

L'airain d'Hermès est le Lion vert, la Pierre connue

Des chapitres des Livres, l'eau et la fumée blanche3.

DISCOURS XXXVII.

La construction de tout édifice requiert trois choses essentielles ; si l'une d'elles fait défaut l'ouvrage ne peut en aucune manière être parfait ; ce sont le fondement, les murs et le toit4. Il faut autant de parties pour compléter le composé philosophique, et elles sont ici nommées par leur nom propre. L'auteur de l'Aurore dit au chapitre XX en parlant de la séparation des Eléments :

" La terre est laissée à cette place pour que les trois autres éléments puissent prendre racine en elle ; si elle-même n'était pas, les éléments n'auraient pas de fondements pour construire dessus une nouvelle maison aux trésors. "

Ce fondement est appelé ici eau fétide5 ; celle-ci est la mère de tous les éléments, au témoignage du Rosaire, c'est à partir d'elle que les philosophes le préparent, je veux dire l'Elixir, au commencement et à la fin. Elle est dite fétide parce qu'elle dégage une puanteur sulfureuse et une odeur de sépulcres. C'est l'eau fameuse que Pégase fît naître en frappant le Parnasse de son sabot, celle que la montagne de Nonacris en Arcadie fait jaillir de la roche6, celle qu'on ne peut conserver que dans un sabot de cheval, à cause de sa très grande force7. C'est l'eau du dragon, comme l'appelle le Rosaire, qui doit être réalisée dans l'alambic sans rien y ajouter, et dont la fabrication s'accompagne d'une extrême puanteur. Certains, ayant entendu ces paroles, se sont appliqués à distiller des excréments humains ou ceux d'animaux ; ils ont bien éprouvé une extrême puanteur dans cette opération, mais ont trouvé des excréments dans les excréments. Pourtant ne pense pas que les philosophes soient des scarabées8 qui opèrent dans les excréments. Sache que la puanteur, s'il en existe, se change bientôt en un puissant parfum, comme Lulle l'atteste de sa quintessence à laquelle il attribue une odeur si suave, lorsqu'elle est confectionnée selon les règles, que, mise à la partie supérieure de la maison, elle attire à elle et arrête les aigles volants9. Il place sa quintessence dans le fumier dont la chaleur très douce provoque le dégagement de ce parfum. Certains ont essayé d'y parvenir avec du vin très fort, mais sans succès, et, en conséquence, ils ont accusé Lulle de mensonge, alors qu'eux-mêmes devaient plutôt être taxés de sottise, eux qui ne goûtèrent jamais au vin de Lulle10. Mais l'excellent poète d'or a mieux compris Lulle, lui qui chante ainsi au Livre 1 de la Chrysopée11 :

Mais celui-là n'entendit même pas ce que l'auteur semblait dire
A première vue ; et des vins qui dégouttent
Il ne savait pas ensuite opérer le mélange, etc.

Après l'eau fétide se présente le Lion vert. Le Rosaire dit de lui :

" Tu as cherché ce qu'était le vert, pensant que l'airain était un corps lépreux à cause de ce vert qu'il possède. C'est pourquoi je te dis que tout ce qui existe de parfait dans l'airain est ce seul vert qui est en lui ; car ce vert est rapidement changé par notre magistère en notre or très véritable, et nous en avons fait l'expérience. Mais tu ne pourras en aucune manière préparer la pierre sans le duenech vert et liquide qui paraît naître dans nos minières. Ô vert béni qui engendres toutes choses ! "12

Sache donc qu'aucun végétal, aucun fruit n'apparaît en germant sans que la couleur verte ne soit présente13. Sache également que la génération de cette chose est verte, et que pour cette raison les philosophes l'ont appelée germe. Le Rosaire dit :

" C'est l'or et l'airain des philosophes, la Pierre connue dans les chapitres, la fumée, la vapeur et l'eau, le crachat de lune qui est uni à la lumière du soleil. "14

Ce Lion vert lutte avec le dragon ; mais il est vaincu par lui et, avec le temps, il est dévoré.

Lorsque le lion est tombé en pourriture, on espère que de sa gueule il sortira de la douceur (comme chez celui que Samson tua). Le dragon, ayant pris le dessus, se gorge de la chair du lion, si bien qu'en peu de temps il crève et meurt15. On pourra en faire une médecine très efficace et très utile dans toutes sortes d'affections, étant donné qu'en elle-même la graisse de lion (leonis adeps)16 utilisée tous les jours sert de remède contre la fièvre et concilie à tous ceux qui en sont oints grâce et faveur auprès des rois et des peuples.

En troisième lieu vient la fumée blanche. Si on la coagule, elle devient eau et fait office d'eau pour laver, dissoudre, ôter les taches à la manière du savon. C'est le feu contre nature17 que tu dois t'attacher à découvrir. On l'appelle ainsi parce qu'il est contraire à la nature, défaisant et détruisant ce qu'elle avait composé avec un soin attentif. On n'alimente pas ce feu avec de l'esprit de vin ou de l'huile, mais à l'aide d'une matière incombustible, de durée et de chaleur constantes ; c'est un feu sans lumière et dont la combustion possède une grande vertu et une grande efficacité ; le trouver dans les ténèbres, puisqu'il ne luit pas, n'est pas une petite entreprise ; l'appliquer à l'Suvre de la façon convenable est bien plus difficile encore. Nous avons suffisamment décrit, en divers endroits, ses particularités et ses propriétés18.



Notes

1. Michel Maier, dans ce chapitre, veut parler du « vinaigre très aigre » des alchimistes, du Rebis en son premier état et de la préparation du second Mercure ou Mercure philosophique. Il nous faut donner quelques définitions afin de rendre plus clair ce que Maier commence, d'entrée de jeu, à embrouiller en citant la fin pour le début.
1)- l'eau fétide : pour une fois, Pernety est pris en défaut. Sa définition est laconique :

EAU FÉTIDE. Aqua FStida C'est le mercure philosophique. [Dictionnaire]

Or, à ce stade, il est impossible qu'il s'agisse du Mercure philosophique dont la définition est très précise. Mais nous la donnerons plus loin. Voyons si Pernety sera plus prolixe dans ses Fables Egyptiennes et Grecques. Voici un premier extrait :

« L'eau se coagulant ensuite davantage devient comme de la poix noire, ce qui la fait nommer terre fétide & puante. Elle donne une odeur de relent, de sépulcres & de tombeaux. Hermès l'a appelée la terre des feuilles. " Mais son vrai nom, dit Flamel, est le laiton ou laton, qu'il faut blanchir. " [...] » [La Clef de l'oeuvre]

Dès ce passage, nous voilà plongés dans la perplexité. Il semble que tout soit confondu...Pourtant, il est possible d'introduire de la clarté là où l'occulte semble en situation de force. Il n'y a aucune différence entre l'eau fétide et la terre puante. C'est encore la terre feuillée que des alchimistes ont feint de nous faire prendre pour la terre foliée de tartre, avec laquelle, bien que cousine, elle n'entretient pas de rapport direct. C'est le lieu de rappeler que les alchimistes ont dit qu'ils utilisaient deux voies, et même parfois trois : la voie sèche, certainement la plus ancienne et la voie humide qui, en toute logique, ne peut donner accès qu'aux dissolutions auriques, voire au pourpre de Cassius. Or, ici, Pernety nomme, sans dire son nom, la voie humide car il nous parle d'une terre ou poix noire, que Fulcanelli compare au poussier de charbon. La vérité est qu'il s'agit de la voie sèche, tout du long, et que les Artistes, comme toujours, ne nous parlent qu'à la dérobée. Flamel est plus près de la vérité en disant qu'il s'agit du laiton qu'il faut blanchir, suivant en cela l'avis de Basile Valentin: « Dealbate Latonam et rumpire libros », arcane sur lequel nous avons consacré déjà de nombreuses notes. Tollius, dans son Chemin du Ciel Chymique, nous met en garde quant à l'odeur ou même la couleur qui émane de ce sépulcre hermétique. Voyons un second extrait :

« [...] car l'eau Philosophique, ou le menstrue fétide, ou la mer des Philosophes, qui n'est qu'une même eau formée par la dissolution de la matière, est aussi un marais, puisque étant enfermée dans le vase elle n'a point de cours. Cette eau est un vrai feu, disent presque tous les Philosophes, puisqu'elle brûle avec bien plus de force & d'activité que ne fait le feu élémentaire. » [Histoire de Typhon]

Voilà qui est déjà plus clair. Le caractère aqueux est affirmé, comme l'entendent les bons auteurs, au lieu que précédemment, une terre fétide est nommée. Mais c'est que, dans le langage des alchimistes, tout ce qui a trait à la terre, prise ou considérée au début du travail, a valeur de noirceur [raison qui expliquerait que, par cabale, Vénus, au matin, soit appelée Lucifer], alors que considérée à l'Orient de l'oeuvre, alors même que le crépuscule vespéral s'étend, l'étoile du soir, précisément, annonce l'aurore de l'oeuvre [Vénus s'appelle alors Vesper et a la valeur que les hermétistes espiègles ont donné à la stibine, qui a donné lieu à tant de brouilleries de la part de quantité de souffleurs]. Quoi qu'il en soit, Pernety dit nettement que ce menstrue fétide ne saurait être considéré que comme un feu aqueux ou une eau ignée. Si l'on tient compte de ce qu'énonce Bernard Le Trévisan [Nature aide Nature, etc., cf. Verbum Dimissum, Philosophie Naturelle des Métaux, Songe Verd, etc.], on ne sera pas étonné d'observer que l'emblème XXXVII nous présente un volcan en pleine activité, avec à côté les champs phlégréens, qui d'ailleurs, annoncent qu'il s'agit probablement du Vésuve. Nous verrons le dernier arcane plus tard. Nous comprenons aussi que ce feu tout à fait spécial, ne brûle pas seulement de l'extérieur, mais qu'il brûle aussi de l'intérieur, raison pour laquelle on a dit de lui qu'il s'agissait d'un feu contre nature [tout dépend du point de vue sous lequel on se place, en fait...]. Voyons un 3ème extrait :

« Quelque temps après, l'eau commence à s'engrossir & coaguler davantage, venant comme de la poix très noire; & enfin vient corps & terre, que les envieux ont appelée terre fétide & puante. Car alors, à cause de la parfaite putréfaction qui est aussi naturelle que toute autre, cette terre est puante, & donne une odeur semblable au relent des sépulcres remplis de pourritures & d'ossements encore chargés d'humeur naturelle. » [Histoire de la Conquête de la Toison d'or]

Nous retombons dans les errements premiers. Nous comprenons néanmoins qu'il puisse se produire dans la matière un certain épaississement, sans doute en rapport avec l'évaporation très lente [comme il se doit] de cette eau ignée aux propriétés si particulières. Et qu'une espèce de pellicule puisse venir en rider, peut-être, la surface, annonçant une sursaturation de la solution...C'est, pensons-nous, pourquoi certains Artistes laissent à entendre que l'on voit corps et terre, en une épqoue de l'oeuvre où, précisément, la conjonction des natures métalliques n'a point encore opérée. Cette eau dans cet état, doit sans doute aussi, pour des raisons liées à l'empâtement et à la chaleur, avoir quelque aspect évoquant le corps d'un dragon.
 



FIGURE I
(figure tirée du Livre d'Abraham Juif)

C'est ce que donne à voir, d'une manière imagée, cette figure tirée du livre mythique d'Abraham Juif qui peut aisément s'analyser en trois parties : celle, supérieure, où le feu est actif, où les acteurs du drame chevauchent en un moment où tout est encore en puissance, comme en témoignent les trois couleurs des chevaux qui correspondent aux couleurs de l'oeuvre, qui d'ailleurs, ne sont pas disposées dans l'ordre, puisque la couleur blanche devrait apparaître entre la noire et la blanche. La couleur du fond, jaune-orangé, est intermédiaire et témoigne déjà d'un certain avancement de l'oeuvre. Une circulation évidente, un mouvement général est exprimé par cette partie. Le dragon dont nous venons de parler, celui qui alimente ce feu secret, est visible et conforme aux données de la tradition. Pour autant, ce n'est pas le dragon babylonien dont parle certains textes, pour des raisons de chronologie [dans le magistère] que nous avons exposées ailleurs. Quant à la partie inférieure, elle donne à voir des nymphes ou des mères, qui préfigurent peut-être le massacre des Innocents à venir. Voyons un 4ème extrait :

« Le Dragon habite dans toutes choses, c'est-à-dire, le feu dans lequel est notre pierre aérienne. Cette propriété se trouve dans tous les individus du monde, (chap. 54.) Le feu contre nature est renfermé dans le menstrue fétide, qui transmue notre pierre en un certain Dragon venimeux, vigoureux & vorace, qui engrosse sa propre mère. » [Histoire de la Conquête de la Toison d'or, citation de la Pratique - cap. 54 - de R. Lulle]

Encore une fois, comment concilier le fait que le feu soit une eau, et que la pierre soit en l'air ? C'est là un des premiers mystères que l'étudiant trouvera sur sa route, semée de ronces, de chausse-trappes, d'embûches diverses que lui ont tendues les alchimistes...Voyez ici l'Atalanta, XXXVI pour vous sortir momentanément d'embarras. Comprenez que le dragon venimeux n'est autre que le « vinaigre très aigre » dont nous parlions en début de note, et que ce menstrue fétide n'est autre que l'état du Mercure, quand les Soufres sont en voie de dissolution. Et que lorsque les textes disent que le dragon « engrosse sa propre mère », ils veulent entendre que de ce chaos où règne la mort, la noirceur et la terreur, naîtra prochainement leur embryon hermétique, au signe qu'ils attendent : que des « feuilles » apparaissent sur leur terre.
2)- le lion vert : Pernety ne consacre qu'un petit chapitre à cet arcane, pourtant essentiel.

Cet animal tenait un des premiers rangs dans le culte que les Egyptiens rendaient aux animaux. Il passe pour leur Roi par sa force, son courage, & ses autres qualités fort supérieures à celles des autres. Le trône d'Horus avait des Lions pour supports. Elien dit que les Egyptiens consacraient les Lions à Vulcain, parce cet animal est d'une nature ardente & pleine de feu. L'idée qu'il donne de Vulcain, confirme celle que nous en avons donnée.

Eos ideo Vulcano consecrant, (est autem Vulcanus nihil aliud, nisi ignea quSdam solis subterranei vïrtus, & fulgure elucescens ) quod sint naturae vehementer ignita, atque ideo exteriorem ignem, ob inierioris vehementiam Sgerrime intuentur.

Cette interprétation d'Elien montre assez quelle était l'idée des Prêtres d'Egypte, en consacrant le Lion à Vulcain. Toutes les explications que je pourrais donner s'y rapportent entièrement, puisque nous avons dit que Vulcain était le feu Philosophique. Le Lion a été pris presque par tous les Philosophes pour un symbole de l'Art Hermétique. Il n'est guère d'animal dont il soit fait mention si souvent dans les ouvrages qui en traitent, & toujours dans le sens d'Elien. Nous aurons si souvent occasion d'en parler dans la suite, qu'il est inutile de nous étendre ici plus au long sur cet article. [Fables, cap. V, section III, Du Lion]

Mais il est vrai qu'il parle du Lion vert très souvent par ailleurs. Le Lion vert représente le dissolvant pur [Mercure commun], ceci pour l'opposer au Lion rouge [double Mercure].
3)- la fumée blanche : cet arcane est plus subtil que les deux précédents. Pernety est plutôt laconique sur cet article :
FUMÉE BLANCHE. (SC. Herm.). C'est avec raison, dit Riplée, que les Philosophes ont donne ce nom à leur Mercure; car en le distillant, il paraît d'abord comme une fumée blanche, qui monte avant la teinture rouge. Adrop. Phil.
Dans ses Fables, en revanche, c'est à plusieurs reprises que parle Pernety de cette fumée.

« Sachez, fils de la science, que le vautour crie du haut de la montagne, je suis le blanc du noir ; parce que la blancheur succède à la noirceur. Morien appelle cette blancheur la fumée blanche. Alphidius nous apprend que cette matière ou cette fumée blanche est la racine de l'art, & l'argent-vif des Sages. » [Signes ou Principes démonstratifs]

La fumée blanche est donc ce signe distinctif qui signale à l'Artiste que la conjonction des principes a réussi. Notez que cette blancheur doit s'entendre uniquement par l'entendement. En effet, de nombreux textes parlent à cette époque de violettes ou d'azur, couleur prise par le ciel au sommet des montagnes. Cette expression de « fumée blanche » est assez sophistique et n'a été employée que par un petit nombre d'auteurs pour égare davantage, s'il était besoin, l'impétrant. Clovis Hesteau de Nuysement en parle dans son Traité du Sel [ce traité pose d'ailleurs un problème d'attribution. Il y a deux traités du Sel, l'un que l'on doit à Michel Sendivogius, compilé à partir de notes d'Alexandre Sethon ; l'autre attribué à un Jacques de Nuysement] en la mettant au même plan que la fumée noire. Artéphius a exprimé son sentiment là-dessus :

« Car sache que tout ce qui sera clair, pur, et spirituel monte en l'air en forme de fumée blanche, que les Philosophes appellent le lait de la Vierge. » [Livre Secret]

Sur le Lait de Vierge, voyez en recherche. Nicolas Flamel, de son côté, a écrit ces lignes sibyllines :

« [...] Ce qui fait que Morien dit : fais au commencement que la Lumière rouge reçoive et prenne la fumée blanche, dans un Vaisseau, par ferme Conjonction, sans que rien puisse s'en exhaler. » [Le Désir Désiré]

Manière de dire que le blanc doit précéder le rouge, chose que nous savons pour assurée. Pernety a parlé encore de cette fumée dans l'article Eudica du dictionnaire [cf. Atalanta, XX]. Bachelard, dans sa Psychanalyse du Feu [NRF, 1965], a cité cette « fumée blanche » [cf. Atalanta, XXXV] en la prenant pour le dissolvant universel. On voit qu'il y a compris goutte...Quant à Fulcanelli et E. Canseliet, on ne trouve point de fumée blanche dans l'index de leurs ouvrages. Il semble que les alchimistes aient vu, dans cette fumée blanche, le départ de l'âme du corps, ce qui est exact dans un certain sens. Car en la conjonction des natures métalliques, la putréfaction, on l'a dit maintes fois, est la solution de la conjonction.
2. L'onde infecte est le Mercure dans son premier état, une fois disposées les natures métalliques. C'est le « vinaigre très aigre » des alchimistes. La phase de putréfaction ou dissolution des corps lui est consacrée.
 



FIGURE II
(Alchimie de Flamel, extrait)

Cette onde infecte, que les Modernes appellent aussi l'onde puante [cf. Atalanta, XX], est symbolisée par l'image du milieu, à la figure II. Cette onde est à rapprocher de ce qu'écrit E. Canseliet :

« De couleur noire, d'odeur cadavérique, elle s'élève du fond de la mer hermétique et s'étend à la surface, comme la sanie sort d'une plaie...»

Tel se présente donc le Rebis des philosophes, dans son premier état, en un corps noir, désigné et dissimulé à la fois tour à tour sous les noms de laton, laiton, corbeau, Saturne, Vénus, cuivre, airain. Voyez ce que nous disons ailleurs du fiel de verre, et vous aurez une idée palpable de cette « sanie ». Le lion vert est une espèce d'hybride, de composé ubiquitaire ou protéiforme qui contracte des rapports avec l'hydre de Lerne. On peut en voir une version dans l'image de gauche de la figure II. D'ailleurs, cette image se rapproche de la figure IV de l'Atalanta, XXXV. On y voit des Gémeaux, sous la forme de deux serpents entrelacés. Cependant le caducée d'Hermès a disparu, signe que le stade de putréfaction est dépassé. Au lieu de quoi, c'est une flèche noire qui remplace la tige du caducée et le casque. La couleur noire de la pointe de la flèche nous prévient que la phase de « dealbatio » n'est point encore terminée. Ces deux serpents symbolisent donc les formes encore visqueuses et point réincrudées d'Apollon [le soleil] et de Diane [la lune]. Cet état instable peut être vu sur l'image de droite qui présente l'allure d'un sceau de Salomon, avec un triangle vert à base supérieure [c'est la TERRE incrustée de la marque du Lion Vert] et un autre triangle, en surimpression, rouge et à base inférieure. A son sommet, une Vénus [Lucifer]. Il s'agit de l'AIR d'où proviendra ultérieurement le FEU, sous forme d'un rayon igné : c'est le Lion Rouge. L'ensemble est sous la commande de Mercure, de même couleur - verte - que le triangle à base supérieure.
 



FIGURE III
(le Déluge)

L'allégorie du retournement des pôles se devine aisément de l'image des Lions entrelacés. C'est ce qu'exprime la figure III où l'on voit la parabole du Déluge de Deucalion et Pyrrha. La Vénus hermétique s'est transformée en stibine qui signale que Latone est arrivée sur Délos et qui signale la naissance prochaine d'Artémis et d'Appolon, allégorie où l'on peut encore deviner la naissance de Pallas-Athéna, sortant « toute armée » de l'esprit de Zeus, sous la poussée de Vulcain ardent [Héphaïstos]. Nous avons vu, au passage, sans la nommer explicitement, la vapeur neigeuse. Remarquez que le Mercure, retourné, prend la forme d'un symbole que l'on retrouve sur la porte alchimique de la villa Palombara [cf. réincrudation, la chute de l'Âme] et dans la Monade Hiéroglyphique de John Dee [figure XVI]. Le sens exotérique qu'on peut lui prêter se rapproche des cristaux obtenus par la fusion des météorites. Ils rappellent les longues aiguilles de glace que l'eau liquide forme en se congelant, tandis que la structure à grains fins des météorites naturelles du type commun ressemble plutôt à celle du givre ou de la neige, formée, comme chacun sait, par le passage immédiat de la vapeur d'eau atmosphérique à l'état solide. Il faut ainsi voir dans l'allégorie du Déluge le passage brutal d'un élément à un autre [ce qu'en chimie, on appelle encore le passage d'un état amorphe à un état cristallisé]. Voyez encore l'Atalanta, II et VI.
3. La traduction est ici défaillante. Il faut lire « ...Notre pierre est de la feuille des livres, de la fumée et de l'eau blanche ». Ce qui rapproche le sens de la phrase de l'expression bien connue de Basile Valentin : « Dealbate Latonam et rumpire Libros ». Aussi bien n'est-il pas question ici des « chapitres des livres » [Librorum capitlis] mais bien des « feuilles de l'écorce », ce qui désigne le feu d'écorce, qu'on a vu dans le Livre de la Philosophie Naturelle des Métaux de Bernard Le Trévisan. On pourrait même signaler une faute d'impression et lire au lieu de Librorum capitlis, Librorum capillis [cheveux d'écorce, c'est-à-dire filaments de l'écorce] signalant par là la blancheur capillaire dont Pernety nous dit ceci :

BLANCHEUR CAPILLAIRE. Elle précède la parfaite blancheur dans l'Suvre de la pierre philosophale. Ce sont des espèces de petits filaments blancs qui paraissent à mesure que la noirceur ou le REGNE de Saturne passe, et que le REGNE de Jupiter lui succède
On peut y voir une allégorie sur le Soufre, aux filaments laineux d'un coquillage [par cabale, l'apparition d'Aphrodite] ou à la toile d'araignée, hiéroglyphe spirituel du sceau de Salomon : le labyrinthe hermétique. Ce qui nous renvoie à l'aspect double du Lion et à l'étoile de terre. Sous un rapport plus hermétique, le talc est appelé par certains étoile de la terre, parce que son éclat semble de la nature de celui d'une étoile ou semble de la nature de l'argent. Quelques-uns croient qu'il s'agissait de l'argyrodamas des Anciens, parce qu'il résiste aux injures et aux traits du feu. Le talc est semblable à la pierre spéculaire et aussi au schiste, duquel il diffère non seulement par sa couleur mais aussi par la façon dont on peut en séparer les lames, flexibles et pliées diversement. Il est composé de lames fort déliées qui imitent celles d'argent. Il résiste au feu et en cela, il est éternel et ne craint pas le temps qui consomme tout. Car, au feu, il ne s'y fond point, n'y ne se brûle ni ne perd sa couleur. On en fait des mèches de lampes, tordant et roulant ensemble des lames de talc comme la pierre asbesthe. Le talc est de couleur blanche et argentine. Les chimistes expriment du talc une huile pour blanchir l'airain et les potiers, pour donner un éclat argentin à leur vaisselle. Les femmes se servent du talc pour blanchir parfaitement la face, le faisant d'abord résoudre en liqueur. On le broie en poudre très déliée avec un pilon de fer et on le met dans un pot en y ajoutant le couvercle qu'on lie avec des filets de fer en qu'on enduit de craie forte de potier. On le met à sécher pendant trois jours au soleil et enfin, on e pousse dans un four de verrier lorsque le feu a été bien nourri. Après trois ou quatre jours, si on trouve que le talc est réduit en chaux, on le garde à part ; sinon, on renouvelle et recommence l'oeuvre jusqu'à ce que le talc soit réduit en chaux parfaitement blanche. Après, on l'étend et accomode sur un marbre porphyre, on l'y laisse reposer dans quelque lieu fort humide jusqu'à ce qu'il se résolve en liqueur qui, selon les conseils de Baptiste Porta, est fort utile. D'autres, pour s'en servir, mettent la poudre du talc dans un pot avec des limaçons ; afin qu'ils mangent cette poudre de talc ; ils les mettent ensuite tous broyés avec leurs coquilles dans un verre, et en distillent une eau, pour servir de fard aux femmes.
 



FIGURE IV
(l'estoile de Terre, extrait du frontispice de l'Anatomia Auri de Mylius)

Il y en a qui ne mettent, ainsi qu'on l'a vient de le dire, point de différence entre la pierre spéculaire ou resplendissante [stibew, marmaroV], que les Anciens appelaient sélénite ou lunaire [argent] et le talc, mais ils se trompent [d'après N. Lefèvre, Cours de Chymie, 1751, Hachette] : c'est une pierre qui en diffère par sa friabilité, sa couleur verdâtre et sa fixité. Il y a deux sortes de talc, qui sont le blanc et le coloré ; le blanc est encore différent d'espèce, car on distingue celui qui vient de Venise qui est verdâtre et qui se lève par écailles, qu'on estime le meilleur et le plus pur. il y a celui qui vient de Moscovie, qui n'est pas si estimé que celui de Venise et qui semble moins pur. La seconde sorte de talc est le coloré, qui est le rouge et le noir, dont Paracelse fait mention dans la chronique de la Carinthie ; les philosophes chymiques appellent quelquefois énigmatiquement le talc, l'étoile de la terre. Les allégories alchimiques pouvant mettre en jeu le talc devront forcément s'orienter vers les Courtisanes, à cause du secours qu'elles prétendent en tirer pour l'entretien et pour l'augmentation de leur beauté. Il ne faudra pas oublier Fulcanelli et notamment une allégorie, extraite des Demeures philosophales [DM] que nous avons cité dans la section des Gardes du corps [Le combat de Macrin et d'Héliogabale].
4. le fondement est le Mercure [c'est la base du temple monolithe de Zosime]. Les murs constituent l'athanor, ou paroies du vaisseau de nature. Il s'agit aussi des murs qu'il faut forcer pour ouvrir les prisons des métaux ou pour forcer l'entrée du Jardin des Hespérides. Le toit est le ciel firmamental [cf. Chemin du Ciel Chymique de Tollius].
5. c'est-à-dire la putréfaction. N'oubliez jamais que la noirceur est la solution de la blancheur.
6. Nonacris [NwnakriV], montagne d'Arcadie. Par cabale, on peut en rapprocher Callisto [Virgo Nonacris]. Callisto était la fille de Lycaon [transformé en loup par Zeus]. Elle contracte des rapports, par le truchement de la Fables, avec le caractère « éternel » que doit avoir l'eau des Sages. En efet, la constellation de l'Ourse ne se couche jamais. Associer ainsi Nonacris et Callisto, c'est nommer le Mercure [voyez là-dessus : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7,]. A ce sujet, E. Canseliet s'est exprimé dans ses Deux Logis alchimiques, au chapitre de l'Ourse et les deux Singes :

« Aussi Messire du Plessis avait-il connaissance du rôle considérable joué par le magnétisme, dans l'élaboration philosophale, selon qu'en fait foi son blason qu'il inscrivit sur la dépouille du bélier...Dans le langage des poètes, qui est aussi celui des Dieux, l'ourse désigne le pôle, l'étoile pôlaire, sur laquelle l'artiste doit régler sa route [...] »
 



FIGURE V
(Callisto)

Arcas, fils de Callisto et de Zeus, contracte des rapports avec le Rebis. Il fut tué par Lycaon et servi dans un banquet à son père, celui-ci s'empressa de le ressusciter. Rappelons-nous que le fils d'Arkas [Arcas] est Iasos [Iason] dont le symbolisme est complexe. Il se réfère au père d'Atalante qui régna sur l'Arcadie ; au père d'Amphion [1, 2, 3, 4, dont le symbolisme le rattache au Mercure, tué par Apollon et Artémis parce qu'il avait insulté leur mère, Latone] et enfin, au roi d'Argos, considéré comme le père d'Io [cf. la légende d'Argus et d'Hermès, in Atalanta XXV, XXXVI]. Par ailleurs, on doit souligner la proximité - déjà notée - entre Iason et Iaswn [Jason, le héros du voyage des Argonautes]. Peu de commentateurs parlent d'un 3ème Iason, Iasiwn ou Iasion, jeune Crétois à qui s'unit Déméter [voir l'allégorie du champ trois fois labouré, qui signale l'hermétisme du sujet : 1, 2] et dont elle eut Ploutos. Cet Iasion fut foudroyé par Zeus [cf Atalanta XXXII]. Si l'on souhaite à présent mettre un peu d'ordre dans cet imbroglio mythologique, on peut proposer les transpositions suivantes :
 
Divinité
 cabale
symbole
Amphion - Zéthès
Mercure
Arcas
Rebis
Iasion
violette [Soufre rouge]
Déméter
terre [Soufre blanc]
Io - Epaphos
Vénus-Aphrodite

TABLEAU I
(transpositions hermétiques)

Ce tableau n'est qu'approximatif. Il ne prend pas note d'éléments secondaires, intéressants pourtant, sur l'éclairage du symbolisme hermétique de certains dieux ou héros. Ainsi, de Zéthès [zhthV], proche de zhtew [l'objet de la discussion, s'occuper de recherche] qui caractérise si bien l'objet de la Tourbe où les philosophes discutent du dissolvant. Ou encore d'Amphion [AmjioV], chef et guerrier Troyen qui signifie par sa racine amji : au milieu, entre [expressions se rapportant au dissolvant qui est le moyen ou milieu capable de conjoindre les extrémités du vaisseau de nature]. Quant à Iasion, par sa racine ias, il se rattache à la sphère de la violette [c'est-à-dire la fleur d'Ionie, si l'on veut bien considérer le jeu de mots sur ion. Soit : l'azur, le sommet des montagnes, le lieu de la conjonction]. Le cas d'Io est très intéressant. Io [Iw] est d'abord transformée en génisse [damaliV, proche de DamaioV, le dompteur, étiquette de Poséidon, qu'il faut lire le Mercure qui « dompte » au sens d'eau ignée ou de feu aqueux. Ce qui est exactement ce qu'il faut faire d'Io, tourmentée sans cesse par un taon - oistroV : transporter de fureur car piquée par un taon - que lui envoie Héra pour se venger. Io passe le Bosphore - les Symplégades ou roches cyanées qu'on appelle encore le « gué de la vache », EllhV poroV - et gagne l'Egypte où elle enfante Epaphos. Or, Epaphos contracte d'évidents rapports avec Aphrodite puisque EpajoV se rapproche de epajroV, couvert d'écume et de epajroditoV, favori de la fortune, c'est-à-dire de Vénus] avant de passer les Dardanelles, poussée par le vent du Sud-Est anemoV [le vent de l'Hellespont], c'est-à-dire « agitée de l'âme » littéralement parlant.
7. Il y a là un trait de cabale tout à fait extraordinaire, qui rejoint par d'autres points, ce qu'écrit Fulcanelli au sujet du poisson chabot ou même du sabot, considéré comme toupie. Le sabot de cheval, en grec oplh, est proche de oplhV, Hoplès, fils d'Ion [Iwn], qui nous ramène aux violettes, etc. L'allusion de Maier concerne exactement le sel « issu de la vitreuse provision » évoqué par E. Canseliet. Mais il y a plus : le sabot se dit encore strobiloV [ce qui indique une idée de bouleversement]. Or, cette rotation est ce mouvement par lequel nous avons « tourne-boulé » le sceau de Salomon, à la figure III, transformant ainsi Lucifer en Vesper et mettant ainsi en TERRE [triangle rouge à base supérieure], ce qui auparavant était en AIR [image de droite de la figure II, triangle rouge à base inférieure]. L'opération de la toupie cache donc le procédé ou artifice par lequel on transforme le Lion vert en Lion rouge. Cette assertion pourrait paraître fantaisiste et, là encore de façon singulière, les mythographes viennent la conforter. Hellen, en effet, fils de Deucalion et de Pyrrha, eut trois fils : Doros, Eole et Xouthos. Xouthos [XouqoV] engendra Achaeos et Ion. Deucalion, dont le rapport avec le Déluge - c'est-à-dire le bouleversement - est évident, est donc l'aïeul d'Ion. En grec, Xouthos est homonyme de xouqoV [d'un jaune d'or, épithète de l'abeille ; mais aussi son strident : ne dit-on pas qu'on est réveillé sur un bruit d'airain ? cf. planche initiale du Mutus Liber]. Il ne fait donc aucun doute - et ceci doit être compris par l'esprit - que la violette hermétique, signe de la conjonction des natures métalliques - de même que le bouton de retour [Soufre rouge réincrudé] soient à mettre du côté des Achéens, puisque nous avons déterminé [cf. Atalanta, XXXVI] que tout dans le magistère, qui était métallique se trouvait du côté achéen et que tout ce qui était salin [c'est-à-dire ce qui dispose du métal] se trouvait du côté troyen.
Sur la toupie, voici ce qu'écrit Fulcanelli en note :

« Toupie au profil de Tau ou Croix. En cabale, sabot équivaut à cabot ou chabot, le chat botté des Contes de ma Mère l'Oie. La galette de l'Epiphanie contient parfois un sabot au lieu d'une fève. » [Myst. Cath., note 2, p. 51]

Et nous ajouterons que « ma Mère l'Oie » est une expression que les cabalistes donnent à leur Mercure préparé. D'évidence, la relation est faite entre le sabot et la fève. Sur la fève, voyez nos blasons alchimiques. Ce profil de Tau de croix [t], nous l'avons vu maintes fois dans les extraits que nous avons donné de l'Alchimie de Flamel [voyez par exemple l'image gauche de la figure II, où ce tau est parfaitement visible au fond du matras]. Il signale le FEU et montre qu'il faut passer le métal au creuset. [c'est l'illustration de la conjonction réalisée par les scolastiques médiévaux entre les éléments hermétiques et ceux empruntés au christianisme]. Fulcanelli revient plus tard sur le sabot, quand il commente une série de caissons de l'Hôtel Lallemant :

« Voici, - quel singulier motif pour une chapelle ! - un jeune enfant urinant à plein jet dans son sabot. » [Myst Cath., p. 200]
 



FIGURE VI
(Hôtel Lallemant - plafond de la chapelle - détail. Cliché Alain Mauranne © 2009)

Hélas, Fulcanelli, dans la planche XLV, ne donne pas l'image de ce caisson. Par chance, M. Alain Mauranne - notre Julien Champagne - a pu réaliser d'excellents clichés du plafond et nous restitue l'image que commente Fulcanelli. Il faudrait un traité entier pour dévoiler l'arcane caché par cette scène singulière. L'urine - pour nous, Modernes, un objet de dégoût - était autrefois très considérée. Au point qu'au Moyen Âge, on recommandait d'en boire...On lui a prêté toutes sortes de vertu. On disait, entre autre, qu'elle protégeait du mauvais oeil, des démons et que se laver les mains avec de l'urine protégeait des maléfices. Un cérémonial était d'ailleurs requis pour que l'urine soit apte à promouvoir ses qualités occultes : il fallait opérer la nuit, dans une pièce obscure dont on avait comblé toutes les ouvertures [ne voit-on pas là un rapport avec l'opération de la Pierre ? Certains Adeptes ne manquaient pas, par exemple, de veiller qu'aucun moucheron ne volât, alors qu'ils oeuvraient à leurs opérations, d epeur que le secret ne s'évente...]. Par opération de la Pierre, nous entendions les opérations philosophales. Car, par coïncidence, il se trouve que l'urine est un liquide fort salé et qui, parfois, contient certains sels en excès [urates de sodium, phosphates de calcium, etc.] qui déterminent la survenue de concrétions dans les voies urinaires [pyélo-calicielles qui déterminent des crises de colique néphrétique, où le malade, ne pouvant trouver de position antalgique, est pris de frénésie - d'où l'adage « néphrétique-frénétique », à l'image de notre premier Mercure] ou dans la vessie [on parlait autrefois de « l'opération de la pierre » qui consistait à aller extraire une lithiase vésicale. Newton d'ailleurs semble mort des suites d'une septicémie, elle-même s'intégrant dans un contexte d'infection urinaire et de pyélonéphrite sur lithiase vésicale. Cela ne l'a pas empêché de mourir fort vieux pour l'époque, à 84 ans. A notre époque, nul doute qu'il fût devenu centenaire, rejoignant par là l'illustre Chevreul]. Quoi qu'il en soit, l'urine était considérée par les Anciens, au même titre que les cheveux, les rognures d'ongle, pour contenir l'âme d'un individu. Il y a là une indication. Nous passerons sur l'expérience affligeante d'un souffleur, Duchanteau, Adepte de la loge des « Amis Réunis », créée en 1773 par la Grande Loge de France et qui se livra à une curieuse expérience dans son laboratoire parisien, situé paraît-il, près de l'église Saint-Roch : il se fit enfermer dans une pièce et se nourrit uniquement de son urine mais, pris de fièvre [sans doute de déshydration aigue], il fut contraint par le conseil de sa loge d'interrompre l'expérience...Fait plus intéressant, il paraît qu'Hermès Trismégiste aurait divisé le jour et la nuit en douze heures, suite à l'observation d'un Cynocéphale [singe à tête de chien] qui jetait son urine douze fois par jour et douze fois par nuit, à des intervalles égaux.
Pour en revenir à notre ange compissant son sabot, il nous faut revenir à des notions mieux acceptées, qui si elles ne sont pas acceptées par la science officielle, semblent être d'ancienne tradition ainsi qu'en témoignent les textes akkadiens, bibliques et d'autres encore. Les anges sont des intermédiaires entre Dieu et le monde sub lunaire. Il s'agit d'êtres spirituels ou d'esprits pourvus d'un corps éthéré et pour ainsi dire aérien. Ils jouent ainsi, vis à vis de Dieu et des hommes, le rôle exact que joue le Mercure entre Zeus et l'Adepte : ce sont des ministres, des messagers, des hérauts, parfois des conducteurs astraux, etc. Ils seraient organisés en hiérarchies de sept ordres [correspondant aux sept métaux des Anciens et aux sept planètes]. Les Séraphins sont sans doute ceux qui se situent le plus près de Dieu [littéralement, les Brûlants] mais ils sont d'ordinaire parfaitement invisibles, car situés le plus près du feu élémentaire. D'autres sont plus directement accessibles aux Humains. C'est ce que, du moins, laisse entendre ce Psaume :

« Il inclina les cieux et descendit,
une sombre nuée sous ses pieds ;
il chevaucha un chérubin et vola,
il plana sur les ailes du vent » [Psaume 18, 10-11]

où nous voyons les anges, êtres célestes, servant de trône à Yahvé. Certains plénipotentiaires sont d'ailleurs déjà connus des lecteurs : Saint-Michel [qui terrasse le Dragon] ; Saint-Gabriel [ou second Mercure, messager et initiateur] ; Saint-Raphaël enfin [guide des voyageurs, menant ceux qui en sont dignes sur la route de Compostelle, comme Nicolas Flamel]. Nous pourrions citer tous ceux que nomme Fulcanelli, mais à quoi bon ? Il est évident pour l'hermétiste que l'urine d'ange est l'équivalent de la rosée de mai. Et qu'en aucune manière le sel d'Hammon ne dissimule le chrlohydrate d'ammoniaque dont l'extrême volatilité ne peut servir qu'à la préparation - par la Nature - mais fort et lente et incomplète, du nitre. Fulcanelli est revenu sur ce famaeux sabot, dans le tome I des Demeures Philosophales, où il l'a introduit dans le chapitre du Mythe Alchimique d'Adam et Eve :

« C'est lui le prototype secret du baigneur populaire de la galette des rois, la fève [...], le sabot [bembhx]. » [DM, I, p. 323]

Notez qu'ici, le sabot a valeur de toupie. Mais le symbolisme est superposable à ce que nous dit supra et rattache ainsi le sabot, par cabale, au grand mythe de Deucalion et Pyrrha.
 



FIGURE VII
(Cabala mineralis, Simeon Ben Cantara, extrait)

La figure VII montre la coopération entre Mercure [qui n'a pas les traits du Mercurius senex que Flamel lui prête dans le Livre d'Abraham Juif] et le vitriol pontique ou eau permanente des Sages. Précisons que c'est la minière du vitriol qui est indiquée sur cette figure.
8. allusion à l'un des animaux sacrés chez les Egyptiens. Voyez en particulier nos notes 23 et 24 de la Monade Hiéroglyphique de John Dee. Voyez aussi la note 6 de l'Atalanta, V.
9. C'est-à-dire que le Soufre est progressivement fixé : c'et l'opération des Aigles volantes de Philalèthe qui doit être recommencée huit fois. Cet arcane n'a jamais été compris comme il le devait.
10. sur Lulle, voyez la Clavicule et l'Elucidation.
11. sur la Chrysopée de Cléopatre, voir en recherche [24 occurrences].
12. Nous passerons rapidement, car Duenech [qu'il faut lire due echen, pour deux poissons ou deux étoiles...] a été traité dans : Atalanta, XVII et surtout XXVIII.
13. Le mot vert recouvre trois acceptions : la couleur, la jeunesse [non mûr], la vigueur ou encore la sévérité.
1)- la couleur : clwroV. On ne peut nier que de nombreux minéraux répondent à cette définition : la chlorite [variété de talc], le vitriol vert, l'émeraude [Tabula Smaragdina], etc. Le vert est souvent allié au violet [c'est ce qu'enseigne Fulcanelli qui professe une adoration pour cette couleur. Voyez en particulier l'énigme des cierges verts...] ; le vert est la couleur intermédiaire entre le bleu du ciel et le rouge de l'enfer. Voilà pour qui veut des détails faiblement teintés de cabale minérale. Le vert est habituellement associé au Printemps pour des raisons évidentes, et à une chaleur tiède ce qui n'est pas étonnant outre mesure. On cite Vishnu, porteur du monde à l'instar d'Atlas, qui est représenté sous forme d'une tortue au visage vert et, selon Fulcanelli, qui constitue la déesse indienne de la matière philosophale, qui naît de la mer de lait, a le corps vert, tout comme la Vénus de Phidias. Le vert est donc le symbole de tout ce qui a trait à l'eau et à la mer. Mais en somme, si nous cernons la couleur, nous ne pénétrons pas le corps ; toutefois, nous progressons si nous considérons le sinople, ou vert du blason. Le mot sinople vient du latin moyen âgeux sinopis qui désigne la terre rouge de Sinope, avant de prendre au XIVe siècle le sens de vert pour des raisons qui paraissent inexpliquées. Effectivement, SinwpikoV désigne la terre ou le vermillon de Sinope, rouge minéral employé en peinture.
2)- la jeunesse : awroV. Voici qui est déjà mieux au plan de la cabale. Nous trouvons awtoV, qui a rapport à la laine ou à la toison, avec un caractère relatif à l'éclat, à la richesse...
3)- la vigueur : akmioV. « Qui est au plus haut point », caractère de l'eau pontique des Sages. On en rapprochera le mot akmwn qui veut dire enclume ou loup aux dents pointues. C'est sur leur enclume que travaillent Héphaïstos [Lemnos] ou Hercule [Tirynthe]. Et c'est à Tirynthe qu'Eurysthée donna ordre à Hercule d'accomplir ses Douze Travaux. Pour plus de détails sur Hercule, voyez http://www.sitec.fr/users/mcos/dico/H/Hercules.html

4)- la sévérité : calepoV. On en rapprochera le mot caleptw  qui a le sens de chagriner, tourmenter, ruiner et qui permet enfin de donner leur vrai sens aux textes alchimiques quand il y est question de ruine, de chagrins en tous genres. Ce n'est d'autre chose que du vert qu'ils veulent nous parler...

14. C'est à coup sûr l'airain des Philosophes. Leur or ?...Voire. Oui dans un certain sens, si l'on prend l'expression Soufre rouge pour telle. Car sinon, toute l'alchimie n'est que vaine spéculation intellectuelle...Eugène Chevreul était très au fait de cette question cruciale [cf. Idée alchimique]. Pour les « chapitres », il doit s'agir d'un renvoi aux Sept Chapitres d'Hermès, oeuvre que nous n'avons pas eu le temps d'analyser...Quant au crachat de Lune, uni à la lumière du Soleil, sa destination même nous donne son nom vulgaire. Mais Pernety n'a pas été avare de détail sur cette mystérieuse substance :

Crachat de la Lune. C'est la matiere de pierre philosophale avant sa préparation. Les Sages donnent aussi ce nom à leur mercure préparé.
Plusieurs Chymistes ont donné le nom de Crachat de la Lune, ou Sputum Lunae, ou flos cSli, et ont travaillé avec lui, comme sur la véritable matiere du grand Suvre; et il est vrai que ce flos cSli est bien capable d'induire en erreur. Il est assez difficile de décider de sa nature. C'est une espece d'eau congelée, sans odeur et sans saveur, ressemblant à une fraise de peau verte, qui sort de terre pendant la nuit, ou d'abord après la cessation d'un grand orage. Dans les plus grandes chaleurs, cette matiere conserve une froideur très-grande quand on la tient à l'ombre. Sa matiere aqueuse est très volatile, et s'évapore à la moindre chaleur à travers une peau extrêmement mince qui la contient. Elle ne se dissout ni dans le vinaigre, ni dans l'eau, ni dans l'esprit de vin; mais si on renferme le flos cSli tout nouveau dans un vase bien scellé et luté, il s'y dissout de lui-même en une eau extrêmement puante, sentant comme les excréments humains, très-corrompus, ce qui manifeste une abondance de soufre volatil. Au commencement de la dissolution, l'eau dans laquelle se résout cette matiere, paraît de couleur bleu céleste, puis violette, ensuite rouge, pourprée, et s'éclaircissant après cela, elle devient couleur d'aurore, et enfin ambrée couleur d'or. La pellicule surnage très-longtemps dans cette eau; et il se précipite au fond du matras, dès le commencement de la dissolution, une espèce de poudre blanche comme de l'amidon. Mais pour cela il faut avoir cueilli le flos cSli avant le lever du soleil, et l'avoir nettoyé exactement, morceau à morceau, de toute la terre et autres matieres étrangeres qui pourraient s'y être attachées. Plusieurs personnes m'ont assuré qu'on faisait avec le flos cSli un excellent remède pour guérir un nombre de maladies. Il faut avoir soin de ne point toucher ni cueillir le flos cSli avec aucun métal, mais seulement avec du bois ou du verre.
On voit que Pernety évoque d'abord le nostoc, bien connu de Fulcanelli et d'E. Canseliet. D'ailleurs, ce n'est que cette matière dont il parle sous l'expression de flos caeli [flot du ciel, qu'on croirait être une sorte de rosée de mai]. Mais nos alchimistes modernes semblent catégoriques sur le sujet. Le nostoc ne correspond pas au crachat de Lune hermétique. En fait, le nostoc est connu de la Science : c'est une cyanophycée gélatineuse qui se développe sur les sols humides. Les filaments de cette algue ne sont visibles, d'ailleurs, qu'au microscope. Ces cyanophycées sont des algues bleues qui s'installent les premières sur des mileux neufs tels que la lave des volcans, le sol humide [nostoc] ou les eaux douces [oscillaires]. On voit que le symbolisme est simple et passe par le changement d'un état en un autre, qui déclenche un événement : la végétation.
Par exemple, les cyanobactéries sont supposées être les premiers êtres vivants photosynthétiques dégageant du dioxygène étant apparus sur Terre. Un exemple actuel de ce groupe est représenté par le genre Nostoc dont les colonies appelées « crachats de lune » sont bien visibles sur les vieilles pierres après une pluie. Entre chaque période humide, la colonie  ou « thalle »  survit à l'état déshydraté. L'individu Nostoc est un filament cellulaire comportant deux types de cellules : des cellules photosynthétiques banales et des cellules à paroi plus épaisse, d'aspect différent, les hétérocystes [qui interviennent dans le métabolisme de l'azote]. Ainsi qu'on voit, rien que de l'élémentaire dans cette algue.
A coup sûr, le crachat de Lune est une substance qui n'a rien à voir avec le nostoc. D'ailleurs, on ne saurait la trouver dans le monde végétal, mais bien dans le monde minéral. L'expression flos coeli [crachat de Lune] revient assez souvent sous la plume des auteurs. Ainsi, Fulcanelli :

« Nous passerons vite sur les noms multiples appliqués au nostoc et qui, dans l'esprit des maîtres, ne désignaient que leur principe minéral : Archée céleste, Crachat de Lune, Beurre de terre, Graisse de rosée, vitriol végétal, flos Coeli, etc. selon qu'ils le regardaient comme réceptacle de l'Esprit universel, ou comme matière terrestre exhalée du centre à l'état de vapeur, puis coagulée par refroidissement au contact de l'air. » [Myst., p. 171]

Pernety a écrit à l'article Fleurs du ciel :

FLEUR DU CIEL, Flos Coeli. C'est une espèce de manne, que l'on trouve ramassée sur l'herbe au mois de mai particulièrement ; elle diffère de la manne, en ce que celle-ci est douce, et se recueille sur les feuilles des arbres en forme de grains; le Flos CSli, au contraire se trouve sur l'herbe et n'a presque point de saveur. On tire par l'art chymique une liqueur du Flos CSli, dont les propriétés sont admirables. Quelques Chymistes se sont imagines que c'était la matière dont se servent les Philosophes Hermétiques pour le grand Suvre, mais mal-à-propos. [Dictionnaire]
Ces extraits semblent montrer que le flos coeli serait une sorte d'efflorescence. Pierre Dujols, le libraire érudit qui descendait, d'après E. Canseliet, de la famille de Valois, nous en dit un peu plus :

« Nous devons déclarer, de bonne foi, que le Bélier et le Taureau de la planche, qu'on prend toujours pour les signes du Zodiaque sous lesquels on doit recueillir le flos coeli, n'ont aucun rapport avec les symboles astrologiques [...] » [Hypotypose]

L'accent est nettement mis sur les signes qui donnent accès aux substances par lesquelles on prépare le Mercure, mais on fera remarquer que leur significatin est double : le Bélier, en tant que domicile de Mars et exaltation du Soleil ; le Taureau en tant que domicile de Vénus et exaltation de la Lune. Voici un second extrait de l'Hypotypose :

« [...] Toute cette logomachie cache le vermillon des Sages ou l'amalgame philosophique du mercure, de l'or et de l'argent de l'art, rendu indissoluble par le flos coeli. »

Et ici, c'est le Rebis ou hermaphrodite qui est mis au premier plan. Notez aussi l'allusion au rouge de Sinope [qui est donc vert, cf. supra note 13]. En fait, il est aisé de donner une représentation de ce flos coeli. Pierre Dujols le voit distinctement dans la planche IV, l'une des plus célèbres, du Mutus Liber. Et nous avons écrit ailleurs [prima materia] ce qu'il convenait d'entendre sur la matière dont sont imprégnés ces draps que le couple alchimique détrempe dans les champs. Philalèthe a donné son avis là-dessus :

« On appelle ce Chaos notre Arsenic, notre Air, notre Lune, notre Aimant, notre Acier, mais toujours sous divers aspects, parce que notre matière passe par différents états avant que du menstrue de notre prostituée soit extrait le Diadème royal. » [Introïtus, II]

Philalèthe est redoutable comme d'habitude. Il donne tous les noms au Mercure, selon l'époque de l'oeuvre et selon l'aspect, surtout, que présente la matière. Voyez encore Ripley [Les Douze Portes]. Il est possible, néanmoins, d'envisager une solution alternative. Et cette solution, ce sont les minéralogistes français du XIXe siècle qui l'ont apportée : ils ont fait voir [Daubrée, Delesse] que le calcaire était susceptible d'une transformation lithogène en présence de roches trappéennes, moyennant certaines conditions de température, de pression et l'apport d'éléments minéralisateurs par de l'eau surchauffée. La Nature procède donc surtout par la voie humide et elle a réservé la voie sèche pour les anciens alchimistes.
15. Le dragon représente ici le Mercure dans son premier état. Il ne s'agit pas du Dragon Babylonien, épithète du vitriol romain.
16. on parle de graisse pour désigner de la marne [marga]. Mais la graisse du lion signifie le Soufre rouge à cette phase de l'oeuvre. On désigne, à ce stade, la matière comme :

Adebessi. C'est la tortue des Philosophes, c'est-à-dire l'écorce qui renferme la vraie matière du mercure des Sages. Un Auteur interrogé quelle était la matière crue de l'Art, répondit : c'est la tortue avec la graisse de la vigne; et un emblème philosophique représente Basile Valentin apprêtant une tortue avec du vin. [Pernety, Dictionnaire]
 



FIGURE VIII
(la jeune fille et la tortue à longue queue, in Deux Logis Alchimiques)

On ne saurait mieux représenter le Soufre apprêté. Sur la tortue, qui joue exactement le même rôle que le dragon, voyez Atalanta, XI. Voyez aussi l'article tortue du Dictionnaire mytho-hermétique dans la section Cosmopolite ainsi qu'une photographie ornant les Deux Logis Alchimiques d'E. Canseliet où l'on peut voir une tortue, un dragon et une sirène.
17. Les philosophes distinguent plusieurs feux, étudiés dans l'Atalanta, XVII et notamment le feu contre nature. Voyez aussi l'Atalanta, XXXV. Ripley,Artephius et Jean d'Espagnet ont beaucoup parlé de ce feu spécifique.
18. cf. Atalanta, XVII. Les divers feux décrits par Maier doivent être entendus à partir des Quatre Eléments. Pour une étude sur ce sujet, voyez l'Atlas des Connaissances Humaines de Chevreul [planche I, II et III surtout].