Emblema III.
revu le 4 mai 2012
Vade ad mulierem lavantem pannos, tu fac similiter.
(Va trouver la femme qui lave du linge ; toi, fais comme elle.)
Epigramma III.
Toi qui aimes scruter les vérités cachées
Sache de cet exemple extraire tout l?utile :
Vois cette femme, comme elle purge son linge
Des taches, en jetant dessus de chaudes eaux.
Imite-la : ton art ne te trahira point.
L?onde lave en effet l?ordure du corps noir.1
FUGA III
DISCOURS III.Lorsque les étoffes de lin2 reçoivent des souillures qui les tachent et les noircissent, comme il s?agit d?ordures faites de terre, on les enlève à l?aide de l?élément le plus proche, à savoir, l?eau,3 et on expose les étoffes à l?air afin que, grâce à la chaleur du soleil agissant en tant que feu, quatrième élément, l?humidité en soit extraite en même temps que les souillures.4 Si cette opération est répétée fréquemment, les étoffes qui étaient auparavant sordides et fétides deviennent pures et purgées de taches. Ceci est l?art des femmes, qu?elles ont appris de la nature elle-même. Nous voyons en effet les os des animaux exposés à l?air : ils sont d?abord noirs et sales, mais si la pluie les humecte souvent et s?ils sont séchés à de nombreuses reprises par la chaleur du soleil survenant à son tour, ils sont ramenés à une extrême blancheur, comme le note Isaac.5 Il en est de même du sujet philosophique. Toutes les crudités et les souillures qui ont pu se rencontrer en lui sont purifiées et détruites, lorsqu?on l?arrose de ses propres eaux. Ainsi le corps est ramené à une grande clarté et à une grande perfection. Car toutes les opérations chymiques, comme calcination, sublimation, solution, distillation, descension, coagulation, fixation et toutes les autres, se réduisent à une ablution.6
En effet, qui lave à l?aide de l?eau une chose impure lui procure le même effet que celui obtenu par tant de modes d?opérer. Car c?est par le feu, comme le dit le Jardinier des Philosophes, que les linges du roi Duenech7, tachés par la sueur, doivent être lavés, et ils doivent être brûlés par les eaux. On voit par là que l?eau et le feu se sont communiqués mutuellement leurs qualités, que l?espèce du feu philosophique n?est pas la même que celle du feu commun, et qu?il faut penser la même chose de l?eau.8 Nous avons observé, au sujet de la chaux vive et du feu grégeois, qu?ils s?embrasent dans l?eau et ne s?éteignent nullement, contre la nature des autres corps inflammables.9 Ainsi l?on affirme que le camphre, enflammé préalablement, brûle dans l?eau. Et la pierre gagate (comme l?atteste Anselme de Bood) s?éteint plus facilement, lorsqu?elle est enflammée, avec de l?huile qu?avec de l?eau.10 Car l?eau ne peut se mélanger avec ce qui est gras, elle cède au corps igné, à moins qu?elle ne le recouvre et ne le submerge entièrement. Mais ceci ne peut se faire aisément puisque c?est une pierre et que, comme toute huile, elle gagne la partie supérieure de l?eau. Ainsi le naphte, le pétrole et les substances qui leur ressemblent ne craignent guère les eaux. Certains écrivent, au sujet des charbons souterrains de Liège, que, lorsqu?ils sont en feu sous la terre, on ne les éteint pas avec de l?eau mais en entassant par-dessus des poussières de terre, comme le c?ur. Tacite raconte d?une semblable espèce de feu qu?elle ne put être étouffée avec de l?eau, mais seulement avec des bâtons et des vêtements ôtés du corps. Il existe donc une grande diversité de feux, en ce qui concerne la manière de l?allumer et de l?éteindre.11 La diversité n?est pas moindre dans le domaine des liquides, car le lait, le vinaigre, l?eau-forte, l?eau régale et l?eau commune diffèrent grandement entre elles, dans leur comportement à l?égard du feu. Il y a plus : la matière elle-même supporte le feu, comme ces fameuses étoffes de fin lin tenues dans l?antiquité pour précieuses et utilisées par les riches, qu?on lavait avec le feu et non avec l?eau ; en d?autres termes, on les ramenait à leur pureté antérieure, ayant brûlé les souillures.12 Il ne faut pas ajouter foi aux contes fantaisistes sur les poils du reptile nommé Salamandre,13 contes suivant lesquels on en ferait des lampes. Certains donnent pour vrai qu?une trame de tissu avait été réalisée à l?aide de talc, d?alun de plume et d?autres matières de ce genre, et qu?on la nettoyait avec le feu.14 Mais celle qui possédait cette recette (une femme d?Anvers) l?aurait fait disparaître avec elle, par envie, et la juste proportion n?en aurait jamais été retrouvée. Nous ne parlons pas ici des matières combustibles. Le sujet philosophique devra être considéré selon toutes ces différences, si l?on vient à le préparer. Car le feu, l?eau et la matière elle-même ne seraient pas alors les éléments communs. Pour les philosophes, en effet, le feu est eau et l?eau est feu. Et les étoffes à laver ont la nature du fin lin ou du talc préparé, dont la juste proportion et le procédé de préparation ne sont pas non plus évidents pour tous.15 Pour les laver, ils font une lessive non avec des cendres de chênes ou leur sel, mais avec le sel métallique, qui est plus durable que tous les autres, non avec l?eau commune, mais avec celle qui, sous le signe du Verseau, a été congelée en glace et en neiges, et qui est faite assurément de parties plus ténues que les eaux stagnantes16 ou fangeuses des mares, de manière à pouvoir pénétrer davantage à l?intérieur du corps philosophique, noir et immonde, pour le laver et le purger.
Notes1. Premier point d'achoppement de l'alchimie dans sa forme opératique : les « laveures » de Flamel. Il y a deux époques de l'oeuvre où l'on peut pratiquer des lavages ou des « purifications ». D'abord, dans la préparation des éléments du Mercure. Mais il s'agit alors de lavages vulgaires, qui n'ont rien de philosophique. Nous en avons parlé dans différentes sections : voir salpêtre - carbonates - compendium où tous les points de détail sont exposés. Contentons-nous ici de dire que l'on arrive à purifier correctement le nitre qu'à la troisième réitération d'une même technique. Ensuite, les alchimistes ont coutume de dire qu'ils lavent avec du feu aqueux ou une eau ignée. Mais cette phase se rapporte à la Grande coction opérée par la voie sèche. Il s'agit du régime de Saturne où les éléments entrent en totale dissolution.
2. Le lin doit subir plusieurs opérations avant qu'il puisse recevoir la teinture. Il en est de même pour la Pierre. La première opération s'apparente au rouissage. On dispose l'écorce de la plante à être séparée pour servir ensuite à la filature ; comprenez qu'il faut d'abord désosser le Corps avant de lui infuser le principe tingeant. A cela près, l'analogie est totale. Tout comme pour le lin, il paraît que dans le rouissage, un suc glutineux tient en dissolution la partie colorante verte de la plante. Ce suc doit subir une putréfaction plus ou moins avancée selon la méthode que l'on emploie.
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FIGURE I
(planche XX du Splendor Solis - laveures ignées)3. L'expérience montre que l'eau, employée seule, est insuffisante pour séparer complètement le suc de la partie corticale du lin. Tout comme pour la Pierre, on propose de mêler une petite quantité d'alkali caustique dans l'eau de lavage, afin d'augmenter la force dissolvante. Un phénomène comparable à la phase de putréfaction s'opère puisque l'on observe que les parties colorantes vertes passent au jaune, au fauve, et même au brun ; on remarque que, dans le même temps, une grande partie de la dissolution est soluble dans les alkalis. De façon plus générale, on doit prescrire dans cette opération une dissolution de deux parties d'alkali [végétal ou minéral] contre une partie de chaux, de tenir le tout en digestion puis d'exercer les laveures ignées.
4. Maier veut ici parler de corps astringents, c'est-à-dire de substances qui changent en noir une dissolution de fer. Les alchimistes, Fulcanelli en particulier, citent la noix de galle comme exemple princeps. La noix de galle est une excroissance qu'on trouve sur les jeunes branches du chêne, principalement de l'espèce qu'on appelle rouvre [arbre dédié à Jupiter]. Ceci nous ramène au problème des couleurs. Sont-elles perçues par le sens, sont-elles perçues par l'entendement ? Fulcanelli, Tollius et Nicolas Flamel penchent pour la deuxième hypothèse. Quoi qu'il en soit, seule l'expérience au matras par la voie humide pourrait montrer des couleurs. Il semble que Newton, lorsqu'il menait à bien ses expériences, ait mis en évidence des irisations. B.J. Dobbs [Les fondements de l'alchimie de Newton, Guy Trédaniel, 1981] pense qu'il pouvait s'agir de composés semi-métalliques.
5. Jean Isaac et Isaac dits les Hollandais. Les ouvrages qui portent le nom d'Isaac le Hollandais, très estimés de Boyle et Kunckel, renferment la description d'un très grand nombre de procédés de chimie, qui, bien que dirigés d'après des vues alchimiques, sont restés dans la science comme la suite des travaux de Geber. Il paraît que Isaac le Hollandais a été un habile fabricant d'émaux et de pierres gemmes artificielles et il a décrit sans arrière pensée ses procédés pour la préparation de ces produits artificiels.
Isaac le Hollandais a écrit L'Oeuvre de Saturne, Des choses Naturelles et Supernaturelles, Londres, 1670. L'histoire ne fournit aucun renseignement sur Isaac le Hollandais père et J. Isaac fils, deux célèbres alchimistes du XVe siècle [Hoefer assure que T. Bergmann se trompe en plaçant ces auteurs au début du XVIIe siècle, car les écrits d'Isaac le Hollandais étaient déjà alors très répandus]. Ces alchimistes hollandais connaissaient l'eau régale préparée au moyen du salpêtre et du sel marin, l'esprit d'urine [ammoniaque] et les pierres précieuses artificielles. Ils attribuent à la pierre philosophale la propriété de multiplier les métaux et de rajeunir les corps. Le nombre de leurs écrits est assez grand. Hoefer [Histoire de la Chimie, 2ème époque] cite le Tractatus de urina [Theat. chem., VI]. La principale opération décrite par l'auteur consiste à distiller l'urine, à calciner le résidu pendant trois heures, à le reprendre par l'eau, à l'évaporer en partie, et à le laisser refroidir."On obtient ainsi un sel cristallisé qu'il faut purifier par des cristallisations répétées. C'est avec ce sel d'urine (sel de phosphore) que l'on peut souder les métaux."
Il prépare une espèce d'éther en soumettant à la distillation un mélange fait avec 4 parties de vinaigre distillé, 3 parties d'eau-de-vie, et 0.5 partie de chaux vive.
"Vous aurez ainsi une substance admirable qui réduit les chaux des métaux en leur matière première."
Il est de fait que l'alcool, les différents éthers réduisent ainsi les sels d'or [voir section voie humide]. Hoefer cite un autre traité, le De Lapide philosophorum [Theat. chem., II] où Isaac reproche aux anciens chimistes de ne pas avoir connu les eaux-fortes pour attaquer les métaux. D'après la théorie de cet alchimistes, chacun des métaux renferme dans son intérieur le principe de la teinture d'or ou de la teinture d'argent ; et lorsqu'on y projette la pierre ou l'élixir philosophal, ce principe se porte à la surface du métal, et le teint en jaune ou en blanc. Les autres ouvrages attribués à J. le Hollandais sont : Opera vegetabilia [Arnheim, 1617] - Opera minralia [Middelb., 1600] - Ratiores chemiae operationes [Leipz., 1714] - Opus Saturni [Nuremb., 1670] - De triplici ordine elixiris et lapidis theoria [imprimé avec le Traité de Bernh. Penot - Denarium medicum - ; Bern., 1608] - Tractatus de salibus et oleis metallorum [imprimé avec la Chimie de Stahl ; Nuremb., 1723] et beaucoup d'autres traités indiqués par Borel. La plupart de ces ouvrages, d'après Hoefer, présentent des traits de ressemblance avec ceux de Basile Valentin et il y a quelque raison de croire qu'ils seraient donc de la même plume.
6. voir les Douze Portes de Ripley, où chaque processus est analysé, en particulier, celui, si proche des vues de Jung, sur la Projection.
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FIGURE II
(Jacob Bôhme, Theosophische Wercken, 1682 : le laiton hermétique)
7. l'un des noms donnés au vitriol. Pernety a rédigé toute une liste des noms sous lesquels est connu le laiton ou Rebis dans son premier état :
"Nom que quelques Chymistes Hermétiques ont donné à leur matière au noir, qu?ils appellent encore le Laiton qu?il faut blanchir. On le nomme aussi Duenech vert ou Antimoine." [Dictionnaire]
On peut en rapprocher le mot Zandarith dont Pernety nous dit qu'il s'agit d'une moyenne substance qui participe du corps et de l'esprit, c'est-à-dire, du volatil et du fixe. Artéphius l'explique du magistère au blanc, et dit que c'est la même chose que Corsufle et Cambar. On a essayé d'en donner une explication au Livre secret d'Artéphius. De tout ce que les Artistes ont écrit sur Duenech, on peut conclure qu'il s'agit d'un des états du Mercure philosophique appelé vitriol vert sans que, pour autant, il soit assuré qu'il s'agisse du Lion vert. On reverra ici les nombreuses dénominations de cette partie de l'oeuvre, au vrai peut-être la plus délicate à conceptualiser, telles qu'elles apparaissent dans le traité du pseudo Flamel : Explication des figures hiéroglyphiques, note 123. Berthelot évoque à plusieurs reprises le sel duenech dans la Chimie au Moyen Âge [tome 1, pp. 82, 193, 199, 207, 208, 217, Paris, 1893] : duenez ou vitriol ; dueneg : id est vitreolum [Liber sacerdotum, recette 27 à propos de la préparation du Lait de vierge - recette 60 sur la préparation de la Rubrica - recette 104 : « Sed et magnesie dueneg viride que in mineria nascitur eris... » - recette 108 : « Dueneg autem principio virorem, denum atturici (?) lapidis colorem inducit natura... » - recette 125 : alius decorum. Rubrica - recette 158 : « Dueneg, id est vitreolum... »] ; notons enfin que R. Halleux [Alchimistes grecs p. 84, X, Belles Lettres, 2000] assimile duenech à la malachite [sur la malachite, cf. mon Fontenay-Le-Comte]. On l'utilise en peinture sous l'appellation de vert des montagnes [il s'agit du vert-de-gris naturel]. Il en existe une autre variété qui porte le nom de bleu de montagne ou azur de cuivre. Cette variété, disséminée dans des pierres calcaires, se nomme encore pierre d'Arménie.
8. Les alchimistes ont toujours affirmé que leur dissolvant, appelé aussi feu secret, était une eau ignée ou un feu aqueux et qu'il renfermait sa ponticité dans son état plus que dans sa forme et que, selon la température, on lui donnait tantôt l'épithète de Mercure, tantôt l'épithète de Soufre. Ils ont dit aussi que ce dissolvant tenait de l'alkali fixe, de la nature de la chaux et de celle de l'eau forte, sans que pour autant il s'agisse d'un agent, mais bien plutôt d'un moyen ou plus exactement d'un milieu. Voyez la section Mercure.
9. Marcelin Berthelot a démontré [les compositions incendiaires dans l'antiquité et au Moyen Âge, Revue des Deux Mondes, t. 106, 1891, p. 787] que le secret de la préparation du feu grec ou grégeois consistait dans l'addition du nitre aux mélanges incendiaires connus. Lippmann, dans une étude concernant l'histoire de la poudre, pense que les principaux constituants du feu grégeois étaient des espèces de pétrole, ou de solutions de goudron, de résine, de poix, etc. dans le pétrole mélangées avec de la chaux vive. Lippmann pense que le nitre était inconnu des Byzantins, mais on trouve dans Pline le passage suivant :"Une espèce de nitron se trouve comme une efflorescence sur les murs humides ; elle a plusieurs applications à la médecine et c'est un engrais efficace et fertilisant."
En dehors du feu grégeois, il faut rapporter la chaux dont le comportement à l'eau est bien connu et les pyrophores de Homberg et de Gay-Lussac qui sont des mélanges de matière charbonneuse et de sulfure de potassium qui ont la propriété de s'enflammer à l'air humide [cf. section Fontenay]
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FIGURE III
(Jacob Bôhme, Theosophische Wercken, 1682 : le feu secret)
10. La pierre gagate, gagataes, est une pierre noire qui correspond au jais. En grec, gagathV, c'est la pierre de Gagas, fleuve de Lycie, pierre dure et noire. Un poète de la Pléïade, Remy Belleau s'en est inspiré dans sesAmours et nouveaux eschanges des pierres précieuses [vertus et proprietez d'icelles ; Discours de la vanité, pris de l'Ecclesiaste ; Eclogues sacrees, prises du Cantique des Cantiques, Patisson, 1576]. Nous avons respecté l'orthographe originale :
C'est trop vanté les honeurs de l'Agathe,
Ie veux chanter maintenant la Gagate,
De fon odeur qui chaffe le ferpent,
Deffus le ventre & gliffant & rampant
Pli deffus pli de fon alleure torte
A dos courbé, voguant de mefme forte
Qu'vne galere, ou comme on voit en mer
Flot deffus flot les ondes s'animer,
Frifant, crefpant d'vne ondoyante fuite
Deffus les bords leur efcume defpite.
Donc cefie pierre a fi mauuaife odeur,
Que les poulmons iures de fa vapeur,
Par les nafeaux ayant prife & humee
Cefte fafcheufe & puante fumee,
Perdent le vent, & bouchent les efprits
De cefte odeur eftouffez & furpris.
Doncques premier que vanter cefte pierre,
Et la fenteur qu'en fes flancs elle enferre,
Ma chere Mufe, arrofe de ton eau
L'ancre facré, & les vers de Belleau
Arrofe-luy les tempes & la face
Du doux parfum qui coule de ta grace.
Or la Gagate eft de noire couleur,
Tendre, fragile, & prefque de l'odeur
Du foufre vif, & de forte teinture,
De poids legere, & d'eftrange nature.
Car dedans l'eau auffi foudain prend feu,
Et dedans huile elle meurt peu à peu.
Recuite en vin elle eft fort fouueraine
Au mal des dents : de fa puante haleine
Elle prouoque & fait couler les fleurs,
Sans fe purger qui font mille douleurs.
Mife en onguent aucc cire nouuelle,
Elle guarit & purge l'efcroüelle.
S'il doit efcheoir ce qu'on defire auoir,
On dit pour vray qu'elle ne peut ardoir.
Bonne eft l'odeur pour le mal de la mere,
Bonne à fçauoir fi la vierge eft entiere,
Bonne à iuger l'homme melancolic
Et defcouurir le cerueau lunatic.
Elle se trouue au Lycien riuage
Et dans les eaux du grand fleuue de Gage,
Dont elle emprunte & la gloire & le nom.
Et les vertus d'vn immortel renom.Evidemment, nous dira-t-on, que vient faire cette tirade sur la gagate, ou si l'on préfère, sur la lignite ? Ceci. Une note des C.R. de l'Académie des sciences met en exergue le point suivant :
Dans un moellon de grès bigarré, tendre, appartenant à un bloc brisé de la partie supérieure d'une carrière, j'ai trouvé du lignite ayant appartenu à un arbre dicotylédon ; cette branche offre des marques certaines d'écorce, de branches, de noeuds, etc. ; le bois était à demi pourri avant de se pétrifier; jusque-là rien que de très-commun : mais ce moellon était traversé de part en part par un filon de sulfate de baryte d'une épaisseur moyenne de 4 millimètres, lequel coupait transversalement la branche en question , et cela sans solution de continuité; de plus dans l'épaisseur d'une autre branche voisine, il s'est formé des rognons de la même substance (sulfate de baryte cristallisé). Or voici les inductions que j'en ai tiréesRevoyez notre section du Mercure de nature. Vous verrez que cette observation, au demeurant purement fortuite, met en évidence une induction nette et évidente entre les éléments suivants : sable, sulfate de baryte [analogue au sulfate de potasse, c'est-à-dire au tartre vitriolé] ; élément réducteur [lignite = pierre de Gagate] ; action électrique de « nature ». Voilà des éléments bien intéressants à mettre en balance avec ce que nous apprennent les textes. Les alchimistes auraient-ils pratiqué la galvanoplastie sans le savoir ? La question, à laquelle nous pensons depuis longtemps, mérite d'être posée. Pour M. Berthelot, il y aurait deux pierres gagates, l'une correspondant au jais [Pline, XXXVI, 34 ; Diosc, Mat. Me. V, 145] et l'autre, dénommée pierre de Memphis [Diosc, Mat. Med. , V, 157]1° lorsque les grès bigarrés se sont formés, les arbres dicotylédons existaient ;
2° ces grès sont formés d'un sable fin qui s'est solidifié après avoir été déposé ;
3° il y avait dans ces sables du sulfate de baryte ;
4° ce sulfate s'est aggloméré par une action galvanique; car de deux choses l'une: ou le filon existait lors de l'emprisonnement de la branche, alors il devait être pâteux, sans cela il eût été impénétrable à cette branche : mais dans ce cas il devait y avoir solution de continuité dans le corps de la branche ; ou bien il n'existait point encore, alors il faut admettre que les roches sédimenteuses n'ont cessé de se transformer depuis que les éléments dont elles sont composées ont été fixés. [...]Note de M. Denis
11. Fulcanelli nous parle de lampes perpétuelles dans sa Salamandre de Lisieux :"La Médecine universelle est devenue la Lumière inextinguible, le produit éclairant de ces lampes perpétuelles, que certains auteurs ont signalées comme ayant été trouvées dans quelques sépultures antiques." [DM, I]
D'après Fulcanelli, ces lampes sont l'une des réalisations les plus surprenantes de la science hermétique et elles seraient faites d'Elixir liquide [DM, II, le grimoire du château de Dampierre]. On trouve dans les Lettres juives ou Correspondance philosophique, historique et critique entre un juif voyageur et ses correspondans en divers endroits, le Marquis d'Argens, un passage sur les lampes perpétuelles où l'auteur montre que Descartes avait étudié le sujet. M. Berthelot [La légende des savants alexandrins, in Notices relatives à l'histoire des Sciences, T. XLIX] :
Ces légendes répondent à des phénomènes réels, attribuables à la phosphorescence. Le procédé susceptible de les manifester est décrit amplement dans les écrits des alchimistes grecs, et il y est donné comme tiré des livres d'Ostanès et autres magiciens persans et égyptiens. Il était fondé sur l'emploi des biles des animaux marins, dont on frottait les objets que l'on voulait rendre lumineux dans l'obscurité. J'ai publié et commenté ces textes. Des effets de phosphorescence analogues, mais transitoires, sont également susceptibles de se produire, au moment où l'air et la lumière pénètrent dans un tombeau longtemps fermé. Ces effets ont dû concourir aux récits de lampes perpétuelles trouvées dans les sépulcres. Je rappellerai que l'un des premiers phénomènes qui aient été observés parfois lors de l'ouverture des tombes antiques, a été décrit comme l'affaissement des restes du cadavre et la disparition presque subite de ses vêtements et ornements. J'ai assisté, moi-même, lors de l'Exposition universelle de 1867, à Paris, à une vision de ce genre, au moment du déroulement, par Mariette, d'une momie qu'il avait apportée d'Égypte. A un certain moment, apparut sur la poitrine de la momie une plaque d'argent, couverte de caractères noirs : c'étaient les formules rituelles du Livre des Morts. Mariette les lut rapidement sous nos yeux; et elles s'évanouirent presque aussitôt, brûlées par l'action de l'air et de la lumière. La scène se passant en plein jour, on n'aperçut aucune lueur; mais les phénomènes de combustion spontanée de cet ordre sont très souvent accompagnés de phosphorescence. Ils ont dû être observés plus d'une fois par les violateurs des tombes égyptiennes et les frapper d'une terreur superstitieuse. Il est aussi question chez les auteurs anciens de certains mélanges susceptibles d'étre conservés dans l'obscurité et qui s'enflammaient au Soleil. Déjà, dans les Trachiniennes de Sophocle, Déjanire parle d'un philtre (sang de Nessus), destiné à enflammer la tunique d'Hercule, philtre qui ne doit pas être exposé aux rayons du Soleil. On serait porté à regarder ces indications comme purement fabuleuses, si on ne les retrouvait dans des recettes d'apparence purement scientifique, telles que celles de Julius Africanus et de Marcus Graecus ; la pyrite (fer sulfuré) et la chaux vive y figurent. Cependant ces recettes sont trop vagues pour que nous puissions, avec les seules matières connues des anciens, même aidés de nos connaissances modernes, en reproduire exactement les effèts; à moins de recourir à des affusions d'eau, comme je le dirai tout à l'heure. On y réussit plus aisément s'ils'agit de mélanges phosphorescents, ou susceptibles de le devenir sous l'influence de la lumière solaire, mélanges, au contraire, faciles à composer. Les lueurs phosphorescentes, surtout dans les récits magiques, étaient confondues autrefois avec celles d'une combustion active : le mot incendiurn offre réellement ce double sens dans Marcus Graecus.
Les prêtres de l'antiquité connaissaient plusieurs procédés pour allumer un feu véritable, sans recourir à l'emploi de matières en combustion préalable. Tel est le mélange de la chaux vive avec le soufre soumis à l'action de l'eau, mélange signalé d'une façon expresse par Tite-Live, dans un passage relatif à l'interdiction des Bacchanales, mélange qui resta connu pendant le Moyen Âge. Telles étaient encore les cendres de couleur spéciale (mélange de chaux vive et d'encens) employées dans un temple de Lydie, d'après Pausanias. Le mage invoquait le dieu par des prières en langage barbare, et le bois placé sur l'autel s'allumait de lui-même. Il est probable que l'inflammation était, comme dans le cas des Bacchantes, provoquée par des affusions d'eau.
Comme on le voit, rien n'est inexplicable si l'on a tant soit peu l'esprit critique. Et l'on ne voit pas ce qui pourrait donner quelque crédit aux assertions de Fulcanelli.
12. Voici ce que rapporte M. Berthellot dans sa Chimie des Anciens :Procédé pour rendre une étoffe incombustibleIl est évident que la référence à l'alun est, pour nous, des plus précieuses.Voici un procédé donné dans le Traité d'orfèvrerie [Collection des Alchimistes Grecs, VI, I, 40] : « Prends de la chaux vive, mêle-la avec de l'huile et arrose bien une fois ou deux. Ajoute aussi de la lessive, en la versant tout autour et au-dessus, jusqu'à une épaisseur de deux doigts. Mets cette eau divine dans un flacon. Prends une étoffe de lin, mouille-la dans cette eau ; expose-la au feu et, si l'étoffe s'enflamme, sache qu'elle n'est pas bien préparée. Ajoute de nouveau le liniment calcaire avec d'autre chaux ; opère comme précédemment jusqu'à réussite, c'est-à-dire jusqu'à ce que l'étoffe ne s'enflamme pas dans le feu. » On trouve dans Aulu-Gelle un passage d'après lequel une tour de bois destinée à la défense du Pirée, ne put être incendiée par Sylla, parce qu'elle était enduite d'alun : « omnem materiam obliverat alumine, quod Sylla atque milites admirabantur. » Noctes atticae, XV, 1. [...]
13. Sur la salamandre, voyez la section Fontenay. Sel central restant infusible à la plus haute température de nos fourneaux, la salamandre est, d'une certaine manière, liée à la légende de Méduse et de Persée. En effet, lorsque Persée décapite Méduse, deux sujets apparaissent : Pégase et Chrysaor. L'une des substances est fixe, l'autre volatile. Chrysaor [Crusawr], uni à Callirhoé, fut père de Géryon. Voyez le Xème travail d'Hercule à ce sujet.
14. Le talc et l'alun de plume sont des substances qui nous sont bien familières. Dans la note précédente, nous avons dit que Méduse, décapitée, libère deux sujets. Voyez ce qui se passe quand on calcine de l'alun de plume, c'est-à-dire de l'alun déphlegmé : le sel se boursoufle et si on le chauffe à la chaleur rouge, il se sépare en deux : d'un côté, la terre Cimolienne et de l'autre, l'alkali végétal. Quant au talc, ce nom a été donné à des minéraux d'un vert ordinairement clair, quelquefois aussi très foncé, doux au toucher, peu durs, infusibles et composées de silicate de magnésie. Schiste et talc font bon ménage : la paragonite est un schiste qui a été analysé par Vauquelin : il contient les staurotides de Bretagne. Ces staurotides sont déjà un pas important dans la recherche du Mercure de nature [cf. section]. C'est dans le schiste du Saint-Gothard que l'on trouve des cristaux à staurotide et on y trouve aussi des cristaux d'amphibole verte très allongés. Nous avons dit ailleurs que le talc est appelé étoile de la terre, à cause qu'il éclate comme les étoiles et qu'il possède un éclat argentin. Quelques-uns ont cru qu'il s'agissait de l'argyrodamas des Anciens, parce qu'il résiste aux injures et aux traits du feu [arghV : éclatant de blancheur, en parlant des terrains calcaires et crayeux]. Il y a deux préparations que l'on fait à partir du talc : l'une, blanche, dont on se sert comme fard, et l'autre, rouge, que l'on prépare à partir de talc rouge et d'esprit de vin tartarisé.
15. Voyez le texte d'Huginus à Barma, où nous indiquons comment obtenir du talc préparé. Pour résumer, l'Artiste aura besoin, outre de talc de Venise, de sel de tartre, de salpêtre et d'esprit de vin.
16. renvoie par cabale à l'étain [stannum] ou à la stibine [stibium]. Ces substances n'ont d'utilité que dans la voie humide [préparation du pourpre de Cassius et des strass colorés]. Cette explication peut être complétée : en grec, stagnant [stasiV] est proche de stasiwron, qui signifie étable. De là qu'il s'agisse d'une indication sur le salpêtre...