Emblema VIII.


revu le 21 janvier 2009


Accipe ovum et igneo percute gladio.

(Prends l’œuf et frappe-le avec un glaive de feu1.)

Epigramma VIII.

   Le ciel compte un oiseau, de tous le plus hardi,

Dont tu chercheras l’œuf, n’ayant pas d’autre soin2.

Un mol blanc entoure le jaune. Avec prudence

Touche-le d’une épée de flamme (c’est l’usage).

Mars doit venir en aide à Vulcain ; il va naître

Un oiselet vainqueur et du fer et du feu3.


FUGA VIII

DISCOURS VIII.

Il est des espèces d’oiseaux multiples et variées dont les représentants sont en nombre indéterminé et dont les noms demeurent ignorés de nous. On rapporte qu’il existe un oiseau gigantesque appelé Ruc4 qui apparaît dans une petite île de l’océan à une époque déterminée de l’année et peut emporter avec lui dans l’air un éléphant. L’Inde et l’Amérique donnent des perroquets de diverses couleurs, des corbeaux et d’autres oiseaux du même genre. Mais rechercher les œufs de ces derniers ne relève pas de l’entreprise philosophique. Les Egyptiens se livrent chaque année à la destruction des œufs de crocodiles et les pourchassent comme en une guerre publiquement déclarée.
Les Philosophes frappent leur œuf avec le feu, non pour qu’il soit détruit et périsse, mais pour qu’il reçoive la vie et croisse. Puisqu’en effet il en sort un poussin animé et vivant, il ne faut pas parler à son sujet de corruption, mais de génération5. Il cesse, il est vrai, d’être un œuf par la disparition de la forme ovale et commence d’être un animal bipède et capable de voler par l’apparition d’une force plus noble6.

Dans l’œuf, les semences du mâle et de la femelle sont unies ensemble sous une seule enveloppe ou coquille. Le jaune produit le poussin, la racine de ses membres et de ses viscères, grâce à la semence du mâle, formatrice et opérante, qui se trouve à l’intérieur. Le blanc fournit la matière, c’est-à-dire la trame et le moyen d’accroissement, à l’ébauche ou chaîne du poussin7. La chaleur extérieure est le premier moteur qui, au moyen d’une certaine circulation des éléments et de leur transformation de l’un en l’autre, introduit une forme nouvelle, sous l’impulsion ou conduite de la nature. Car l’eau se change en air, l’air en feu, le feu en terre8. Pendant que tous ces éléments s’unissent, une forme spécifique est envoyée du haut des astres et donne naissance à un individu d’une certaine espèce d’oiseau déterminée, à savoir celle à laquelle appartiennent l’œuf et la semence qui s’y trouve infusée.

On dit qu’il est frappé à l’aide d’un glaive de feu, parce que Vulcain9, faisant office de sage-femme, fournit une issue au poussin (comme à Pallas, sortant du cerveau de Jupiter10). C’est ce qu’affirme Basile Valentin lorsqu’il dit que Mercure fut enfermé en prison par Vulcain sur l’ordre de Mars, et qu’il ne fut pas libéré avant d’avoir subi tout entier la corruption et la mort. Cette mort est pour lui en vérité le commencement d’une vie nouvelle, de même que la corruption ou mort confère à l’œuf la génération et la vie nouvelles d’un poussin11. Ainsi, lorsque le fœtus meurt à la vie humaine végétative (la seule dont il jouissait dans le sein maternel), une autre vie plus parfaite s’offre à lui par le passage à cette lumière du monde, autrement dit, par la naissance. Et pour nous aussi, une fois privés de cette vie présente que nous menons, une autre est toute prête, plus parfaite et éternelle.

Lulle appelle en de nombreux endroits ce glaive de feu, lance acérée, car le feu, de même que la lance ou le glaive acéré, transperce les corps, les rend poreux et susceptibles d’être traversés, de sorte que l’eau puisse les pénétrer pour les dissoudre et, de durs qu’ils étaient, les rendre mous et souples. Dans l’estomac du cormoran qui est de tousles oiseaux le plus vorace, on trouve des vers vivants, longs et fins, qui constituent pour lui, en quelque sorte, un instrument de chaleur : ils se précipitent soudain sur les anguilles et les poissons qu’il a capturés et les perforent à la manière d’aiguilles très acérées (comme il nous a été donné de l’observer nous-mêmes), et ainsi ils le dévorent en un instant, par une opération admirable de la nature12. De même donc que la chaleur pique, ce qui pique fait parfois office de chaleur. C’est pourquoi on pourra à juste titre nommer glaive de feu l’arme avec laquelle l’œuf des philosophes doit être atteint ou frappé. Les philosophes, à la vérité, veulent plutôt entendre ceci de la chaleur tempérée au moyen de laquelle l’œuf est couvé, comme le déclare Morfoleus dans la Turba, quand il dit :

" II faut, hommes sages, que l’humidité soit d’abord brûlée à feu lent, comme un exemple nous en est proposé dans la génération du poussin ; dès que l’on augmente la force du feu, il convient que le vase soit obturé de tous côtés pour éviter d’en faire sortir le corps d’air et son esprit fugitif. "13

Mais de quel oiseau est-ce l’œuf ? Moscus dit au même endroit :

" Quant à moi je déclare que l’on n’obtient aucun instrument si ce n’est à partir de notre poussière blanche, étoilée, splendide et tirée d’une pierre blanche ; c’est à l’aide de cette poussière que se font les instruments adaptés à l'œuf. Mais ils n’ont pas nommé l'œuf ou l’oiseau dont il provient. "14



Notes

1. il est bien difficile de résumer en aussi peu de mots cette phase de l'oeuvre où l'on cuit les matières. Il ne faudrait pas, en effet, s'imaginer que c'est là le début du grand oeuvre. Non, certes. Car on se situe exactement au début du 3ème oeuvre - autrement dit la Grande Coction -. Et encore, faut-il pondérer cette affirmation car l'oeuf est constitué, ce qui signifie que le vase de nature a déjà été créé. Tout cela peut sembler des paroles bien vaines ou mystérieuses, et bien sûr, cette emblème n° VIII, célèbre au demeurant, ne peut être compris sans une certaine culture hermétique préalable. Ou du moins, ne peut-on saisir toute la manifestation poétique de cette phrase, que si l'on sait ce que recouvrent l'oeuf, le feu et le glaive. Désireux d'éviter d'inutiles redites, nous ne pouvons qu'engager l'étudiant, s'il le veut bien, à débusquer ces arcanes sur le site.


FIGURE I
(extrait de Jacob Bôhme, Theosophische Wercken, 1682 : l'oeuf du Monde)

On voit sur la figure I l'oeuf philosophal figuré par la Terre, arborant les trois premiers signes du zodiaque.
2. C'est l'oeuf d'un aigle. Tout rapprochement avec la pierre d'aigle ou aétite serait fortuite. Ce chapitre poursuit, en même temps qu'il le complète, le chapitre précédent. L'artiste doit donc trouver un oeuf qui contienne les deux principes qui ont fait l'objet des deux allégories entre-croisées : d'une part l'aigle ; d'autre part la fable du faucon et du héron. Allégories derrière lesquelles se profilent d'anciens mythes égyptiens, ceux d'Horus et d'Isis en particulier.
3. L'oeuf, chacun le sait, est formé d'une coquille dans laquelle le blanc est centré par le jaune. Remplacez le mot coquille par celui de mérelle, celui de blanc par Sel et enfin, celui de jaune par Soufre. Vous aurez une image de l'oeuf philosophal qu'il faut cuire. Ce qui est assuré par le glaive de feu que brandit l'Artiste. Mais ce glaive, à en croire les textes, est constitué d'une Eau brûlante et non corrosive, reconnue comme étant le dissolvant de tous les métaux [cf. Mercure]. Notez que ce glaive s'apparente à l'épée que brandit l'un des personnages des Fig. Hiér. Il s'agit de la 4ème figure où l'on voit Saint-Paul tenant une épée torsadée [cf. note 126 - 129]. il est hors de doute que le glaive de feu que brandit l'Artiste est superposable à l'épée torsadée que Saint-Paul met en terre. Nous avons signalé en quoi la torsade [1, 2, 3,] est le signe du Feu. Quant à savoir en quoi l'oiselet sera vainqueur du fer et du feu, c'est révéler l'un des plus hauts secrets de l'oeuvre. Toutefois, n'étant tenu par aucun serment de discrétion, nous donnerons les indications suivantes : il n'a pas échappé aux mythographes que, tant dans la tradition biblique que, par exemple, dans la Chine ancienne, le fer est opposé au cuivre, au bronze, comme le type même du métal vulgaire l'est au métal noble. Le fer est, dans d'autres traditions, le maître de l'ombre et de la nuit, tandis que le cuivre est symbole de lumière et de vie. Sur le plan hermétique, force est de constater quelque vérité dans ces assertions qui pourraient paraître de pures exercices de synthèse mentale. Le cuivre, les Latins l'ont nommé aes. Or, Hoefer nous a dit que, loin de constituer le régule du métal, l'aes signifiait tout autant, sinon plus, le bronze ou l'airain. La transition est trouvée pour l'Airain des sages, c'est-à-dire la forme primitive du Rebis, opposée au fer qui, en l'occurence, serait davantage en rapport avec les influences du ressort de Lucifer, qu'on rattache au Mercure, issu comme le fer, de l'ombre et de la Nuit. En somme, le fer est le symbole de la force dure, sombre, corrompue et, pour tout dire, diabolique. Voyez ici la section Matière où ces notions sont analysées. Ainsi, notre oiselet, ou pour mieux le nommer, notre roitelet ou BasileuV, devra non seulement triompher des ténèbres mais vaince la nature dissolvante du Mercure, de nature essentiellement ignée.
4. Nous n'avons pas été capable de trouver le mot Ruc ou même une allusion détournée. Je dois à la perspicacité de M. Yvan Michel [qui m'avait déjà aidé dans la section Cambriel en montrant que Cambriel avait eu raison contre Fulcanelli et E. Canseliet] l'explication concernant cet oiseau Ruc : il s'agit de l'oiseau Rock. Oiseau fabuleux dont on trouve la trace dans Les Contes des Mille et Une Nuits : ils ont rendu célèbre en Occident l'extraordinaire oiseau Rock, plus grand que l'aigle et si fort qu'il est capable de soulever avec ses serres un éléphant...On en trouve trace encore dans les Voyages de Sindbad le marin : pour sortir d'une vallée encaissée au milieu de montagnes infranchissables, il s'attache au pied d'un oiseau Rock. Si cet oiseau avait existé, il aurait au moins 10 m. de haut et 20 m. de large avec ses ailes déployées. Notez que ce mot Ruc pour désigner l'oiseau est employé par Marco Polo dans sa découverte du monde, chapitre XL, D'un Grand Oiseau, appelé Ruc.

« Il y a encore quelques autres iles outre Madagascar sur la côte de idi, mais il est difficile d'y aller pour le cours de la mer qui en cet endroit est fort rude et impétueux. En icelles par certaines saisons de l'an se découvre une merveilleuse espèce d'oiseau qu'ils appellent Ruc, qui retire au portrait et semblance de l'aigle, mais il est trop plus grand sans comparaison. Ceux qui ont vu cet oiseau disent qu'ils ont en leurs ailes plusieurs plumes, qui contiennent de longueur six toises, ayant la grosseur et épaisseur selon la proprotion de telle longueur, et conséquemment le corps correspondant à cette proportion de plumage. Outre que l'oiseau est de telle force et puissant ce que seul sans aucune aide prend et arrête un éléphant, lequel il élève en l'air puis le laisse tomber en terre, afin que l'ayant froissé et dérompu de la sorte il se puisse en après repaître de sa chair. Quant à moi, Marco Polo du premier que j'entendis tels propos de cet oiseau, j'estimais que ce fut un griffon qu'on dit être le seul entre les bêtes à quatre pieds qui porte ailes et plumes, et qui de toutes parts est semblable au lion, fort qu'il a la tête semblable à l'aigle : mais ceux qui avaient vu cet oiseau m'affirment assurément qu'ils ne rapportait en rien aux autres bêtes, mais avait seulement deux pieds comme les autres oiseaux. De mon temps le grand Cha Cublai avait en sa court un courrier qui en ces îles avait été détenu par long temps, et jusqu'à ce qu'on eut payé sa rançon, lequel étant de retour, récita plusieurs choses merveilleuses, de l'état et condition de ces régions, et des diverses espèces d'animaux qu'on y trouve. »

Nous retiendrons de cette relation que le Ruc contracte des rapports avec le griffon et le lion, deux des plus grands emblèmes de l'Art.
5. Ce n'est pas là l'une des moindres ambiguités de l'alchimie : faire oeuvre à la fois de corruption et de germination...Voyez la Chrysopée de Cléopâtre. Dans tous les cas, la corruption précède la germination et la mise au tombeau précède nécessairement la résurrection. On ne peut qu'admirer la perspicacité des scolastiques médiévaux, d'avoir ainsi fondu en un unique modèle les idées hermétiques et celles issues du christianisme. Le Rosaire des philosophes en dit long là-dessus.


FIGURE II
(extrait de Jacob Bôhme, Theosophische Wercken, 1682 : corruption et germination)

En une pathétique image, où l'on reconnaît la stibine, le crâne - synonyme de la putréfaction - est surmonté d'une sorte de sceptre où d'un côté, on reconnaît la Lune, et de l'autre côté, le symbole royal en forme de fleur de lys.
6. Revoyez l'emblème II où l'on voit la Terre - un oeuf en quelque sorte, d'où sort l'embryon.
7. On voit bien que le blanc de l'oeuf représente le corps de la Pierre, ou Soufre blanc de Fulcanelli, ou encore Sel de Paracelse, ou enfin Arsenic de Geber. Nous avons coutume de le nommer le christophore, littéralement ce qui porte l'or, c'est-à-dire la Toyson d'or de Trismosin, la résine de l'or. L'or n'est pas le métal vulgaire, mais l'or philosophique. Que l'on n'aille pas croire pour autant qu'une once d'or participe de notre alchimie réformée. En effet, Chevreul a très bien fait voir que dans le système de l'alchimie orthodoxe, l'or était absolument indispensable en tant que ferment, et que ce ferment n'était autre chose que la pierre philosophale. Mais bien sûr, Chevreul ajoute aussitôt qu'il ne s'agissait là que d'une synthèse mentale...
8. C'est l'idée générale de la transmutation des éléments, telle que Platon en discute dans son Timée. Il y aurait lieu, peut-être, d'établir ici un parallèle entre la double roue que l'on voit sur l'un des tableaux de pierre de Notre-Dame de Paris, figurant d'après Fulcanelli le Ludus puerorum et la double roue qu'a inventée Platon, en parlant des ceintures


FIGURE III
(le feu de roue - Cathédrale de Bourges - vitrail - cliché Alain Mauranne)

du MÊME et de l'AUTRE, c'est-à-dire quand Platon décrit la confection, par le démiurge, de la sphère armillaire qui représente l'âme du monde, avec d'un côté l'AUTRE ou bande du zodiaque dans laquelle se meuvent les astres errants, que les alchimistes rapportent aux esprits minéraux, et de l'autre côté, le MÊME ou bande de l'horizon qui définit le mouvement diurne ou PRIMUM MOBILE de Placidus. Ce feu de roue ne définit-il pas le destin des astres errants, avec leurs rétrogradations, qui correspondent à un état corrompu, puis leur mouvement normal ? Il y aurait là matière à réfléchir. Le lecteur trouvera dans la section de l'humide radical métallique un début de réflexion sur le sujet.
9. Héphaïstos. Sujet traité dans les sections : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, -
10. L'origine de Pallas est étonnante : on sait qu'il s'agit du surnom d'Athéna mais ce que l'on sait moins, peut-être, c'est que Pallas était le nom d'un Géant, père d'Athéna : il voulut outrager sa fille : elle l'écorcha vif et se revêtit de sa peau. L'allusion hermétique est évidente. Pallas renvoie à l'acquisition du Mercure, qui n'est pas le moindre des hauts faits de l'Artiste. A partir d'un certain moment, ce Mercure change de forme - ici, la peau -, et de Mercure simple qu'il était - incontrôlé, « fou », épithète d'Ajax - il devient Mercure animé, assagi par les colombes de Diane qui viennent l'adoucir, ou si l'on préfère, le charmer, ce qui explique l'intrusion du mythe d'Orphée - inexplicable par ailleurs - dans le grand oeuvre. Pour Athéna, cf. Introïtus, VI. On rappellera qu'Athéna est le pendant féminin d'Arès : déesse de la guerre, elle porte la cuirasse, l'égide, la lance d'or, le bouclier dont l'omphalos est formé de la tête de Méduse : on comprendra sans peine l'importance de son symbolisme hermétique. Mais Athéna est plus que cela : elle contracte des rapports avec la Justice, l'une des Quatre Vertus cardinales ; elle préside aussi à la germination et se rapproche d'Isis, de Cérès ou de Démeter [cf. section Fontenay]. Remarquez que si l'on veut poursuivre l'étude du symbolisme, on est obligé d'observer qu'Athéna est sortie, dit-on, tout armée du cerveau de Jupiter, c'est-à-dire de son Esprit. C'est sans doute la raison pour laquelle on ne peut réellement dissocier Athéna de Minerve [20 occurrences : recherche -]. Il nous suffira d'ajouter à Minerve les noms de Junon et de Vénus, la pomme de discorde, pour voir apparaître aussitôt le sujet de la guerre de Troie, que Pernety prétendait résoudre en des principes hermétiques, et sur laquelle Michel Maier semble apporter quelques lumières que nous examinerons en leur temps [cf. Atalanta, X, XXV, XXVIII, XXXII, XXXV, XXXVI, XLIII, XLIV et XLVII]. Il y a là des rapports complexes que nous nous sommes efforcés d'analyser sur ce site et qui forment peut-être l'ossature de toute la toile hermétique. Pour finir, il faut observer que le symbolisme d'Athéna - et de Minerve - se rapporte au Soufre rouge, comme semble l'indiquer ce passage du Dictionnaire mytho-hermétique de Pernéty :

" La pluie d'or qui tomba dans l'île de Rhodes au moment de la naissance de Minerve, était produite par ces nuées... "

qui se rapporte peut-être à l'acquisition du Soufre rouge, les nuées - non sans rapport avec l'égide -  représentant la Rosée de Mai. Là encore, comme en d'autres fois, nous voyons que ces évocations rendent compte de processus dynamiques, d'états instables, notions qui n'ont jamais, à notre connaissance, été prises en compte par la critique historique.
Note : à la relecture de cette note, il ne fait pas de doute que Pallas - Athéna représente l'hiéroglyphe du soufre sortant en vainqueur de sa phase de sublimation dans le Mercure [cf. porte alchimique de Metz]


FIGURE IV
(caisson de la chapelle de l'Hôtel Lallemant à Bourges - irruption du Soufre rouge - cliché Alain Mauranne © 2009)

Le phylactère à double volute, le vase de nature rattaché par le lien du Mercure et renversé symbolisent la nature du composé que l'on aperçoit en grosses perles qui ressemblent à des larmes bataviques. C'est, au vrai, quelque espèce de « verd » cristallisé.
11. la question soulevée est d'importance : pourquoi Vulcain mit-il Mercure en prison sous l'ordre de Mars ? Nous savons qui est Mercure ; du moins savons-nous qu'il y a au moins deux Mercure dans l'oeuvre : celui qui correspond au Mercure philosophique et sans lequel il n'y a pas d'alchimie possible ; le Soufre blanc qui correspond pour certains au Mercure des Philosophes, et qui désigne le christophore [par cabale saint Christophe ou Offerus, cf. Tarot alchimique]. Voilà pour Mercure. Quest-ce que Mars ? L'agitation, la puissance en acte. Mais est-ce le véritable Mars ? N'y aurait-il pas là « erreur de calendrier » ? C'est-à-dire confusion entre l'ArhV des Grecs et le Mars des Romains ? C'est que le Mars des Sabins et des Osques, loin d'être un dieu de destruction, protégeait au contraire la végétation et assurait son épanouissement. Il est curieux d'observer un parallèle évident entre les correspondances antiques d'Athéna et de Mars, tous deux porteurs de vie, alors qu'une tradition plus tardive, les fait porteurs de destruction. Ce n'est pas la première fois que nous observons de telles dérives. Il en est de même pour Saturne, comparé à Cronos. Saturne, d'ailleurs, emprunte bien de ses traits à Bacchus. Nous sommes en mesure, à présent, de répondre à la question posée, si l'on envisage Mars dans son acception la plus ancienne, qui correspond à son pouvoir fécondant et non à son pouvoir destructeur... On pourrait dire la même chose du Ploutos grec opposé à Pluton, proche d'Hadès.
12. Cette allégorie rend compte du pouvoir dissolvant du Mercure. Notez que la façon qu'a Maier de s'exprimer est typique des chimistes de l'époque de Stahl. Le Mercure est appelé d'ailleurs eau pontique [de punctus, qui pique].
13. in Turba, Bibliotheca chemica curiosa, I, p. 490, sententia LV. Morfoleus emprunte son discours, là encore, à la ronde des éléments. Notez les relations au corps d'air et à l'esprit fugitif.
14. in Turba, Bibliotheca chemica curiosa, I, p. 492, sententia LXVII. La relation à la pierre blanche, étoilée [marmaroV, stilbeo] a été expliquée dans bien des pages du site. Recherchez ce que nous disons sur la pierre de Jésus ou pierre du Levant.