AUREUM SECULUM REDIVIVUM

HINRICUS MADATHANUS


 
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rontispice de l'Aureum Seculum Redivivum, Dyas Chymica Tripartita, 1625


L’ÂGE D’OR RESSUSCITÉ

C'est-à-dire l'antique âge d'or révolu, maintenant à nouveau épanoui, délicieusement fleuri et mûrissant d'odorantes semences d'or. Par la grâce de Dieu, HENRI MADATHANUS, frère de la Croix d'Or, montre et découvre, ces chères et nobles semences, à tous les vrais fils de la Sagesse et de la Doctrine. 1625


revu le 18 juillet 2004


Introduction : ce texte est inclus dans le Dyas Chymica Tripartita dont il forme la 2ème partie. Rappelons la composition de l'ouvrage :

Johann GRASSHOF [Hermannus Condeesyanus].
Dyas chymica tripartita, Das ist: Sechs Herrliche Teutsche Philosophische Tractätlein, Deren II. von an jtzo noch im leben: II. von mitlern alters: und II. von ältern philosophis beschrieben worden. Nunmehr aber Allen Filiis Doctrinæ zu Nutz an Tag geben, und mit schönen Figuren gezieret. Durch H[ermannus] C[ondeesyanus] D.
4° Franckfurt am Mayn bey Luca Jennis zu finden 1625
Ferguson Wolfenbuttel NU.Cat. British Lib. Wisconsin

1. Ein güldener tractat vom philosophischen steine. p. 11-66
2. Aureum seculum redivivum das ist: Die ulralte entwichene güldene zeit, so nunmehr... offenbahret: Hinricus Madathanus. p. 67-87

3. Vier tractätlein fr. Basilii Valentinii... von dem grossen stäin der uralten weysen maister. p. 3-87

4. Lambspring, das ist: Ein herrlicher teutscher tractat vom philosophischen steine welchen... Lampert Spring... beschrieben hat. p. 87-117
5. Vom philosophischen steine, ein schöner tractat vom einem teutschen philosopho im jahre 1423 beschrieben. p. 121-137

6. Vom philosophischen steine ein kurtzes tractätlein so... Liber alze genennet worden. p. 139-156
7.
Hermetico-spagyrisches lustgärtlein: darinnen hundert und sechtzig unterschiedliche, schöne, kunstreiche, chymico-sophische emblematat [von Johann Daniel Mylius].

Il a été rédigé par Hadrien Mynsicht que nous avons évoqué en examinant le Traité d'Or sur la Pierre des philosophes qui forme la 1ère partie de la compilation réalisée par Grasshoff [Grasseus]. Voici son portrait.


Adrien von S(e)umenicht [alias : Tribudenius; Madathanus, Hinricus; Datichius, Harmannus] 1588 - 1638

Sur Mynsicht, nous renvoyons au 1er volet du Dyas puisque, selon quelques auteurs, le Tracto Aureo... doit lui être attribué. Sur l'Aureum Seculum Redivivum, autrement appelé Âge d'Or Ressuscité [parfois traduit comme l'Âge d'Or Restitué, l'Âge d'Or Rénové ou encore le Siècle d'Or Resuscité], ce titre ne nous rappelle-t-il pas celui qu'Huginus à Barma a donné au Règne de Saturne changé en Siècle d'Or ? L'Aureum Seculum... est un traité entièrement allégorique, qui est de la même veine que la Parabole qui termine le Tractato Aureo..., 1er volet du Dyas. Le héros, cette fois, est pris comme Soufre rouge ou teinture et se voit convié par le roi Salomon à choisir la meilleure de ses filles. Suivent de multiples allégories qui décrivent les états de la future, ses vêtements dont l'examen est ici des plus importants. Au point que l'on s'est souvenu d'un ouvrage où figurent 18 aquarelles, peintes par Solidonus, dont certaines avaient déjà été employées par E. Canseleit dans une étude qu'il a publié dans son Alchimie et sur laquelle nous revenons infra. Des Philosophes Chymiques, Paracelse est nommé de même qu'Albert le Grand ; mentionnons une parabole spéciale sur « Dudaïm », c'est-à-dire la mandragore, rarement exploitée dans le symbolisme alchimique. Il est encore question d'une lessive où les vêtements de la future mariée doivent être nettoyés...

Outre le texte, c'est l'emblème servant de frontispice au traité qui retiendra notre attention. On remarque que la version du Dyas Chymica Tripartita, publié en 1625, est légèrement différente de celle de la livraison du Museum Hermeticum, datant de 1677 :


frontispice de l'Aureum Seculum Redivivum, 1677

E. Canseliet, dans ses Deux Logis Alchimiques, a attiré l'attention de l'étudiant dans l'analyse qu'il a menée, de la porte alchimique de la villa Palombara, à Rome [cf. section réincrudation où nous donnons une analyse entièrement originale de la porte alchimique]. En effet, le motif entouré du cercle extérieur y est visible exactement de façon semblable. C'est dans le chapitre de la Conversion des Éléments que Canseliet développe ces réflexions. Voici ce qu'il écrit :

« Quant au motif sculpé que nous avons vu et qui domine la porte étroite, depuis deux cents années encastrée dans la muraille, il est certain que le marquis en prit le dessin principal à Mynsicht Adrien. Ce philosophe, médecin etchismiste, dès 1625, avait orné de ce cartouche, la page de titre de son Siècle d'Or ressuscité. De plus, les deux triangles équilatéraux y reçurent la couleur que la gravure indique par le tracé, savoir : L'or par le pointillé ; l'azur par le grisé horizontal. C'est bien là que se trouve soulignée la singulière conversion des éléments, devant le trigone de l'eau recouvert d'or, au lieu d'azur ou d'argent, comme celui du feu l'est d'azur et non pas d'or ou de gueules. » [Deux Logis, p. 97-98]


porte alchimique de la villa Palombara, Rome [cf. réincrudation pour une étude complète]

Ce double triangle est un élément banal de la symbolique hermétique et, pour l'alchimiste, il exprime le croisement de l'Eau et du Feu, ces deux grands ennemis. Cette digamma de Salomon constitue donc une étoile à six branches ; le fait particulier, évidemment voulu par le commanditaire, a été d'épargner la coupure par la ligne horizontale du triangle d'Eau, de celui de Feu et inversement. Il a ainsi manqué deux éléments qui, d'habitude, existent puisque le triangle du feu tronqué par la base du triangle d'eau désigne l'AIR ; et que le triangle d'eau tronqué par par la base du triangle du feu correspond à la TERRE. Notez que l'édition originale : Aureum Seculum redivivum. Das ist: Die uhralte entweichene güldene Zeit, so nunmehr weider auffgangen,... u. wollrichenden güldenen Samen gesetztet... u. offenbahret Hinricus Madathanus. [in 8° n. p. 1621] comportait cette gravure qui a été modifiée :


frontispice datant de 1621 - site consulté [source : Staatsbibliothek zu Berlin Haus I]

On voit que la gravure de 1625 a été « amplifiée » par rapport à celle de 1621. Autant, la première correspond à une sorte d'aurore,autant la seconde apparaît comme le méridien de l'oeuvre, au sens propre du terme. En effet, comme nous venosn de le dire, l'absence de coupure a permis au graveur de Mynsicht d'insérer les deux éléments manquants : ils se retrouvent d'une manière toute naturelle au point de coupure logique qui aurait dû résulter de l'interposition des lignes horizontales des deux triangles de Feu et d'Eau. Mais où est l'Air et où est la Terre ? Eh bien ! En haut, la croix symbolise, on le sait, la mise au creuset de la matière qui se trouve entièrement détruite, prend l'aspect du poussier de charbon, comme l'enseigne Fulcanelli - ou du moins comme il le donne à comprendre - au Myst. Cath [p. 198, propos sur le Caput Mortuum]. Evidemment, cette poudre noire n'a pas d'existence réelle et il faut y voir, là encore, une allégorie qui exprime la dissolution des parties de la matière. Ces parties se trouvent alors -hermétiquement parlant - sublimées et passent entièrement [à l'exception de certains haillons qui représentent les vêtements de la future mariée du héros de la parabole de Mynsicht] dans ce que Philalèthe nomme l'Air des Sages - Introïtus, VI -. Nous trouvns donc dans la croix notre Air ; la Terre se trouve placée à l'opposite, au point fixe du Soleil, encadré par le cercle cruciforme. L'image de la stibine et du sceau de Salomon représente l'ensemble du dispositif mercuriel. Voyons à présent les maximes qui ont été disposées par l'artiste :

- dans le cercle intérieur :  CENTRUM IN TRIGONO CENTRI.
- dans le cercle extérieur : * TRIA SUNT MIRABILIA . DEUS ET HOMO : MATER ET VIRGO : TRINUS ET UNUS *

Le cercle intérieur représente l'oeuf des philosophes, tandis que le cercle extérieur est l'athanor, c'est-à-dire le fourneau céleste [mot que nous préférons nettement à cosmique qui renvoie à un autre paradigme...]. Dans l'oeuf, les éléments sont déjà préparés et disposés dans cette matière visqueuse, à la foix fixe et mobile [comprenez volatile, toute l'ambiguité tient en ce doute où nous sommes de ne point être capable de comprendre que là où les Adeptes écrivent des articles sur la voie humide, il nous faut comprendre qu'ils en écrivent sur la voie sèche ; bien sûr, il ne s'agit que d'une simple conjecture et notre condition nous interdit d'être formel en cette circonstance car nous touchons au faîte de l'oeuvre] : il s'agit donc des principes principiés [ou principiants] que Chevreul a décrits et analysés dans l'examen de l'écrit attribué à tort à Alphonse X le Sage, roi de Castille et qu'il a restitué à Artephius... qui n'a jamais existé ! Poursuivons : ces principes ne sont donc plus les Eléments d'Empédocle, mais le Sel, le Soufre et le Mercure des philosophes : triumvirat qui autorise l'emploi de la maxime apposée au cercle intérieur.
Au contraire, le cercle extérieur ne décrit pas la matière subtile de la materia prima, mais celle de la prima materia, et les alchimistes ont toujours établi, sous ce rapport, une nuance dont la subtilité n'a pas échappé aux vrais disciples d'Hermès. La maxime fait comprendre que l'Âme se trouve dans le principe mâle [DEUS ET HOMO] tandis que le principe féminin [MATER ET VIRGO] doit être préservé de tout élément étranger [kaqaroV : pur], chose que tous les textes répètent à l'envi. Dans ces conditions, on voit que l'Esprit est forcément lié à l'Âme et que le Corps est lié à un principe de germination ou de fermentation, car sinon aucune croissance, ou, comme disent les alchimistes, aucune multiplication ne pourrait survenir. Tel est l'enseignement de la dernière maxime [TRINUS ET UNUS] dans laquelle nous pouvons voir l'EN TO PAN de la Chrysopée de Cléopâtre.
Quant aux initiales B.S., voici ce que nous en disions dans la section des Gardes du Corps :

« Les consonnes B. S. de chaque côté de la croix, sont les initiales des substantifs qui désignent les deux minéraux mercuriels ; l'un étant le bismuth, spécialement considéré dans l'Allemagne des  procédés de transmutation directe, au XVIIe siècle, l'autre rassemblant à bon droit, sur son nom, ici moins vulgaire, la majorité des suffrages. » [Deux Logis, p. 98]

D'abord, il est fort peu probable que la lettre B dissimule le bismuth puisque ce corps, décrit par le pseudo Basile Valentin, était désigné sous le terme de wismuth (bismuth). B. Valentin en parlait comme d'un métal particulier, ayant quelque analogie avec l'antimoine. signalé par B. Valentin au XVe siècle, le bismuth fut distingué comme un métal particulier par Agricola en 1558 et appelé bismutum ou Cinereum plumbum. Ensuite, l'étymologie du mot bismuth n'est pas connue. Parmi plusieurs hypothèses proposées, on retient une origine germanique, bismuth dérivant de « wis mat » pour weisse Masse [masse blanche] dans le langage des mineurs. Dans son Cours de chimie, N. Lémery appelle le bismuth l'étain de glace. Il en parle comme

« d'une matière métallique, blanche, polie, sulfureuse, ressemblant à l'étain, mais dure, aigre, cassante, disposée en facettes ou écailles luisantes, éclatantes comme de petites glaces. Les Anciens prétendent que c'est une marcassite naturelle, ou un étain imparfait qu'on trouve dans les mines d'étain ; mais les modernes croient avec beaucoup de vraissemblance que c'est un régule d'étain préparé artificiellement par les Anglais. »

Il est assez singulier de remarquer que cette gravure réapparaît, en architecture, comme détail d'ornementation du manteau supérieur de la porte de la villa Palombara dont l'examen, par E. Canseliet, forme la première partie des Deux Logis alchimiques, le second étant représenté par les caissons du château du Plessis-Bourré. Nous reproduisons ici une partie du commentaire donné dans la section réincrudation, où le manteau supérieur était ainsi commenté :


détail du manteau supérieur de la porte alchimique
villa Palombara, Rome [cliquez pour agrandir]

Voila qui montre clairement que la matière doit fournir l'eau ignée et le feu aqueux. Ici, le texte est allié au motif lapidaire, taillé vraisemblablement dans du calcaire ou dans du marbre - exactement, dans du travertin à ce qu'en dit E. Canseliet. À ce propos, citons ce passage de la Chimie des Anciens de Marcelin Berthelot qui complètera la description du manteau supérieur de cette porte :

Les manuscrits alchimiques renferment un certain nombre de figures d'appareils et autres objets, destinés à faire comprendre les descriptions du texte. Ces figures offrent un grand intérêt. Quelques-unes ont varié d'ailleurs dans la suite des temps ; sans doute parce que les expérimentateurs qui se servaient de ces traités en ont modifié les figures, suivant leurs pratiques actuelles. Le tout forme, avec les figures de fourneaux et appareils d'une époque plus récente, tels qu'ils sont reproduits dans la Bibliotheca Chemica de Manget, un ensemble très important pour l'histoire de la Chimie. Je me bornerai à étudier les plus vieux de ces appareils ; car ce serait sortir du sujet de la présente publication que d'en discuter la suite et la filiation jusqu'aux temps modernes ; il serait d'ailleurs nécessaire de rechercher les intermédiaires chez les Arabes et les auteurs latins du Moyen Âge. Les figures symboliques mériteraient à cet égard une attention particulière, par leur corrélation avec certains textes de Zosime, dans son traité sur la Vertu, etc. Je citerai, par exemple, de très beaux dessins coloriés, contenus dans le manuscrit latin 7147 de la Bibliothèque nationale de Paris, représentant les métaux et les divers corps, sous l'image d'hommes et de rois, renfermés au sein des fioles où se passent les opérations (fol. 80, 81 et suivants). Dans la Bibl. Chemica de Manget, on voit aussi des figures du même genre (t.1, p.938, pl. 2, 8, 1, 13, etc ; Genève, 1702). Il y a là une tradition mystique, qui remonte très haut et sans doute jusqu'au symbolisme des vieilles divinités planétaires. Mais ce côté du sujet est moins intéressant pour notre science chimique que la connaissance positive des appareils eux-mêmes. En ce qui touche ceux-ci, je ne veux pas sortir aujourd'hui de l'étude des alchimistes grecs. J'ai relevé tous les dessins qui se trouvent dans le manuscrit de Saint-Marc XIe siècle), dans le manuscrit 2325 de la Bibliothèque nationale (XIIIe siècle, et dans le manuscrit 2327 (XVe siècle), ainsi que dans les manuscrits 2249, 225O à 2252, 2275, 2329, enfin dans les deux manuscrits alchimiques grecs de Leide et dans le manuscrit grec principal du Vatican. J'ai fait exécuter des photogravures de ceux de Paris et de celui de Venise, afin d'éviter toute incertitude d'interprétation. Ce sont ces figures qui vont etre transcrites ici : on y renverra dans l'occasion, lors de l'impression des textes correspondants.

Figures du manuscrit de Saint-Marc

Je donnerai d'abord les figures les plus anciennes, celles du manuscrit de Saint Marc, savoir :
LaChrysopée de Cléopâtre, formée de plusieurs parties corrélatives les.unes des autres, les unes d'ordre pratique et les autres d'ordre mystique ou magiques : c'est la figure 11.

De la figure 11, nous avons extrait d'abord cette image, fort connue :
 


Chrysopée de Cléopâtre

Voici le commentaire résumé qu'en donne M. Berthelot :

Au-dessous du titre se trouve un premier dessin, formé de trois cercles concentriques. Au centre des cercles, les signes de l'or, de l'argent (avec un petit appendice) et du mercure. Dans l'anneau intérieur : [...] « le serpent est un, celui qui a le venin, après les deux emblèmes. » Dans l'anneau extérieur : [...] « Un est le tout et par lui le tout et vers lui le tout ; et si le tout ne contient pas le tout, le tout n'est rien. » A droite, le cercle extérieur se prolonge par une sorte de queue, qui montre que ce système est la figuration du serpent mystique. [...] Au-dessous des grands cercles sont des signes répondant à des opérations chimiques, exécutées dans certains appareils que je vais énumérer. Tel est le petit dessin central, représentant un appareil pour fixer les métaux. Il est posé sur un bain-marie, muni de deux pieds recourbés et placé lui-même au-dessus d'un fourneau. Cet appareil est pourvu d'un tube central qui le surmonte, tube destiné sans doute au départ des gaz ou des vapeurs. [...] Le petit dessin, situé à gauche du précédent, représente un appareil analogue, avec un ballon supérieur, destiné à recevoir les vapeurs dégagées par la pointe du tube. [...] Les deux petits cercles, situés à droite et munis de trois appendices rectilignes, semblent représenter des appareils avec leurs trépieds posés sur le feu ; [...] Le cercle inférieur, muni d'un point central, symbolise l'oeuf philosophique (?), ou le cinabre [...] Vers le bas à gauche, est figuré le serpent Ouroboros, avec l'axiome central: « EN TO PAN » le tout est un. [...] La figure de la Chrysopée de Cléopâtre existe, sous le même titre et avec ses diverses portions essentielles, dans les manuscrits copiés directement sur celui de Saint-Marc ; elle en caractérise la filiation.
Le dessin formé des trois cercles concentriques se retrouve, à peu de chose près, dans un dessin que nous présentons dans la section Prima materia ; il illustre un traité de Zozime sur l'Eau Divine qui est accompagné de ce passage :

« Le mystère que l'on cherche à découvrir est grand et divin ; car tout est de lui et par lui. il y a deux natures et une seule substance. L'un entraîne et dompte l'autre. C'est là l'eau-argent [mercure], le principe mâle-femelle [arsenotelu, rappelant l'arsenic des bons auteurs, i.e.le principe Soufre], le principe toujours fugitif, constant dans ses propriétés, l'eau divine que tout le monde ignore, dont la nature est inexplicable [obscure]. Car ce n'est ni un métal ni de l'eau toujours en mouvement, ni un corps, c'est le tout dans le tout ; il a une vie et un esprit ; il est saisissable. Tout homme qui entend ce mystère a de l'or et de l'argent. Sa puissance est cachée, et repose dans l'Erotyle. »


figure astrologique mystique

Le sens littéral des mots inscrits entre le premier et le second cercle est : le Tout un [EN TO PAN]; par lequel le tout ; et par lui le Tout ; et en lui le Tout. Chacune de ces phrases est séparée par une croix ou thau ansé, symbole de la vie éternelle ; mais de telle manière que la première contienne trois mots (III), la seconde quatre (IV) et les deux dernières cinq (V). Le sens littéral des mots inscrits entre le second et le troisième cercle, est : Unique est le serpent, ayant les deux symboles et la flèche. Les deux symboles sont ceux de la vie et de la mort, du bien et du mal. Lorsque le serpent devait représenter ces deux principes réunis, qui constituent la divinité ou tout ce qui est, il était figuré, comme on le voit sur les abraxas, avec une flèche à la queue. enfin, dans le mileu de cette figure se trouve, à gauche, le symbole de l'or ou du soleil ; à droite, le symbole de l'argent ou de la lune ; et au bas, le symbole du mercure. Au centre de ces trois figures symboliques, on remarque le signe du Bélier. D'après les dogmes astrologiques des Égyptiens, le règne de l'homme doit durer jusqu'à la fin du monde, pendant six temps, c'est-à-dire jusqu'à ce que le solstice d'été corresponde au zéro du Bélier. Alors le monde sera purifié, renouvelé, et Dieu reprendra son empire. A ce même moment, la lune et le soleil doivent se trouver en conjonction [d'après Dict. des hiéroglyph., C. Duteil]  -adapté d'après Ferdinand Hoefer.Que représentent les hiéroglyphes centraux ? A gauche, nous avons le symbole de l'or alchimique : c'est le soufre rouge ou teinture. Nous le retrouvons, dans l'Aureum... en ce symbole solaire disposé au centre de la stibine hermétique. À droite, le Soufre blanc ou Sel qui représente la Terre alchimique : c'est la croix stibiée de l'Aureum... qui contient naturellement la teinture. Le signe du Bélier nous renvoie à l'examen d'un autre hiéroglyphe, fort important, de la Monade Hiéroglyphique de John Dee :


Monade de John Dee

Cette monade rassemble, organisés de façon différente, tous les hiéroglyphes présentés sur l'emblème de Mynsicht. Le cercle solaire et son point fixe [Soufre rouge, principe fixe ou teinture] ; le croissant de Lune [Soufre blanc, Lunaire, christophore, Diane] ; la croix [Air et Feu combinés dans la sublimation philosophique] ; signe du Bélier enfin, que nous retrouvons dans la figure astrologique mystique de Zosime. Un dernier mot : le Bélier et la croix forment, pour qui sait les voir, les signes astronomiques de Jupiter et de Saturne. Voyons cela.


Saturne

Jupiter

 

Jupiter, Saturne et le Bélier forment une triade indissociable dans le petit monde des alchimistes ; nous en voyons ici l'illustration magistrale, due à John Dee. Il est vraiment remarquable de voir réunis, dans cette monade, les sept planètes visibles, puisque l'idéogramme dessine aussi bien Vénus et Mercure. Cette question étant d'importance, nous allons donner ici deux des chapitres du tome II des Fables Egyptiennes et Grecques de Dom Antoine Joseph Pernety sur Jupiter et Saturne :

CHAPITRE IV.
Histoire de Jupiter.
Si je m’étais proposé d’expliquer toute la Mythologie, ce serais ici le lieu de parler de Titan, Japet, Thétis, Cérès, Thémis & les autres enfants du Ciel & de la Terre : mais comme j’en parlerai dans les circonstances qui se présenteront, je les laisse pour ne pas rompre la suite de la chaîne dorée, & je viens à Jupiter. Entreprendre de discuter ici tous les sentiments différents sur Jupiter, sa généalogie, ses différents noms ; vouloir aussi entrer dans le détail de tout ce que les Historiens, les Poètes & les Mythologues en ont dit, soit pour rendre son histoire moins absurde, soit pour constater son existence réelle, comme Dieu, ou comme Roi, ou même comme homme, ce serait se mettre en tête un ouvrage qui n’aurait pas une liaison assez directe avec le but que je me suis proposé. On peut voir tout cela dans le premier Livre du second Tome de la Mythologie de M. l’Abbé Banier. Ainsi, que des Rois de la Grèce aient, si l’on veut, porté le nom de Jupiter, peu m’importe ; & quelque matière à contradiction que me fournisse la fixation des époques des vies & des règnes de ces prétendus Rois, par le Savant Mythologue que je viens de citer, je n’examinerai point si, comme il le dit. Apis, Roi d’Argos & petit-fils d’Inachus, prit le nom de Jupiter, & vivait 1800 ans avant Jésus-Christ. S’il est vrai qu’un Astérius, Roi de Crète, environ 1400 ans avant l’Ère Chrétienne, ait pu enlever Europe, fille d’Agenor, Roi de Phénicie, & sœur de Cadmus, qui vint s’établir dans la Grèce, suivant le même Auteur, 1350 ou 60 ans avant Jésus-Christ, la quatrième année du règne d’Hellen, fils de Deucalion, qui régnait 1611 ans avant la même Ère. Si le premier fait est vrai, il faut avouer que les Crétois gardaient la rancune & le désir de se venger par représailles bien long-temps, puisque plus de 400 ans ne purent d’éteindre. Hérodote, au commencement de son Histoire, convient avec Echemenide dans son histoire de Crète, que les Crétois, en enlevant Europe, ne le firent que par droit de représailles, les Phéniciens ayant auparavant enlevé Ino, fille d’Inachus. Il n’est pas moins surprenant qu’Apis, Roi d’Argos & petit-fils d’Inachus, ait régné près de 1800 ans avant Jésus-Christ, pendant qu’Inachus lui-même ne s’établit dans le pays, qui depuis fut appelé Péloponnèse, que 1880 ans avant le même Jésus-Christ. On sent combien de telles fixations d’époques me donneraient d’embarras à discuter; j’abandonne donc tout cela à ceux qui voudront se donner la peine de faire une critique suivie de ce savant & pénible ouvrage, pour m’en tenir à l’histoire de Jupiter, suivant l’opinion la plus commune. Que nous regardions ici Jupiter comme Égyptien, ou comme Grec, c’est à peu près la même chose, puisque l’un & l’autre, selon presque toute l’Antiquité, étaient fils de Saturne & de Rhée, & petits-fils du Ciel & de la Terre. Titan ayant fait une convention avec Saturne, par laquelle le premier cédait l’Empire à l’autre, à condition qu’il ferait périr tous les enfants mâles qu’il aurait de Rhée ; Saturne les dévorait à mesure qu’ils naissaient. Rhée, indignée d’en avoir déjà perdu quelques-uns, songea à sauver Jupiter, dont elle se sentait grosse ; & quand elle fut accouchée, elle trompa son mari, en lui présentant, au lieu de Jupiter, un caillou emmailloté

[Saturne se trouve pour ainsi dire investi d'une sorte de mission morale où l'on trouve les traits du purificateur ; on l'a relié, pour cette cause, à la pureté des anges et au paradis spirituel de l'âme ; on a également noté que Saturne était associé au concept de pureté de l'esprit. Cette fureur divine de Saturne procède des vues qu'avait Platon sur l'assimilation de Cronos au NouV : dans le Cratyle, on voit que Platon se réfère à l'âge d'or - qui on en conviendra n'est point étranger à notre propos. Signalons, à ce sujet, qu'il semble que Platon s'amusait à faire de la cabale avant l'heure. Cronos, pour lui, signifie netteté - koroV -  et kronoV a aussi le sens de vieux fou, de radoteur, épithète que l'on peu sans problème accoler au Mercurius senex de Jung. Il y a lieu d'ailleurs de remarquer que koroV a aussi le sens d'ordure, d'immondice - combien de fois les alchimistes ne nous ont-ils pas dit que la prima materia serait retrouvée jusque dans le fumier... ? Nous pourrions signaler de même que korrh signifie frapper à la tempe : Héphaistos ne fait-il pas sortir Pallas Athéna du cerveau - de l'esprit - de Zeus en le frapant à la tempe ? Et ne produit-il pas, ainsi, la terre alchimique - Korh - fille de Dèmèter ? Il y a là, à n'en pas douter, un entrelacs spirituel où seul le cabaliste peut arriver à tirer littéralement l'eau du puits... Orphée appelle le tout premier principe CronoV, homonyme de KronoV - cf. Proclus - et le rapport KronoV- NouV est également décrit comme orphique : aussi n'est-ce pas sans raison que les Babyloniens nommaient Saturne Jainwn - le Brillant - par relation avec le Soleil. ].

Elle fît transporter Jupiter dans l’île de Crète, & le confia aux Dactyles pour le nourrir & l’élever. Les Nymphes qui en prirent soin, se nommaient Ida & Adrasté : on les appelait aussi les Mélisses. Quelques-uns disent qu’on le fit allaiter par une chèvre [sur Amalthée, cf. marqueteries de Lorenzo Lotto], & que les abeilles furent aussi les nourrices : mais quoique les Auteurs varient assez là-dessus , tout se réduit presque à dire qu’il fut élevé par les Corybantes de Crète, qui feignant des sacrifices qu’ils avaient coutume de faire au son de plusieurs instruments , ou, comme quelques-uns le prétendent, dansant & frappant leurs boucliers avec leurs lances, faisaient un assez grand bruit pour qu’on ne pût entendre les cris du petit Jupiter. Quand il fut devenu grand, Titan en fut averti ; & croyant que Saturne avait voulu le tromper & violer les conditions de la paix, en levant des enfants mâles, Titan assembla les siens, déclara la guerre à Saturne, se saisit de lui & d’Opis, & les mit en prison. Jupiter prit la défense de son père, attaqua les Titans, les vainquit, & mit Saturne en liberté. Celui-ci peu reconnaissant, tendit des pièges à Jupiter, qui par le conseil de Métis, fit prendre à son père un breuvage qui lui fit vomir premièrement la pierre qu’il avait avalée, & ensuite tous les enfants qu’il avait dévorés. Pluton & Neptune se joignirent à Jupiter, qui déclara la guerre à Saturne, & s’en étant saisi, il le traita précisément de la même manière qu’il avait traité lui-même son père Uranus, & avec la même faux. Il le précipita ensuite avec les Titans dans le fond du Tartare, jeta la faux dans l’île Drepanum [Drepanh, c'est-à-dire Corcyre ou Corfou, i.e. Kerkura], & les parties mutilées dans la mer, desquelles naquit Vénus. Les autres Dieux accompagnèrent Jupiter dans la guerre qu’il soutint contre les Titans & contre Saturne. Pluton, Neptune, Hercule, Vulcain, Diane, Apollon, Minerve, Bacchus même lui aidèrent à remporter une victoire complète. Bacchus y fut si maltraité, qu’il y fut mis en pièces. Heureusement Pallas le rencontra dans cet état, & lui trouvant encore le cœur palpitant, elle le porta à Jupiter, qui le guérit. Apollon, habillé d’une étoffe de couleur de pourpre, chanta cette victoire sur sa guitare, Jupiter, plein de reconnaissance envers Vesta, qui lui avait procuré l’Empire, lui proposa de lui demander tout ce qu’elle voudrait. Vesta fit choix de la virginité & des prémices des sacrifices. Les Géants firent ensuite la guerre à Jupiter, & voulurent le détrôner, mais aidé encore des Dieux, il les vainquit, les foudroya, & ensevelit les plus redoutables sous le Mont-Ethna. Il est à remarquer que Mercure ne se trouva pas dans la guerre contre les Titans, & qu’il fut un de ceux qui combattirent avec le plus d’ardeur contre les Géants.
Les Anciens représentaient Jupiter de différentes manières. La plus ordinaire dont on le peignait, était sous la figure d’un homme majestueux, & avec de la barbe, assis sur un trône, tenant de la main droite la foudre, & de l’autre une victoire, ayant à ses pieds un aigle, les ailes déployées, qui enlevé Ganymède, ou seule : ce Dieu ayant la partie supérieure du corps nue , & la partie inférieure couverte. Pausanias décrit la statue de Jupiter Olympien en ces termes :

« Ce Dieu est représenté assis sur un trône, il est d’or & d’ivoire, & il a sur la tête  une couronne qui imite la feuille d’olivier. De la main droite il tient une victoire, qui  est aussi d’ivoire & d’or, ornée de bandelettes, & couronnée; de la gauche, Jupiter tient un sceptre où brillent toutes sortes de métaux. Un aigle repose sur le bout de ce sceptre. La  chaussure & le manteau sont aussi d’or : sur le manteau sont représentés toutes sortes d’animaux, toutes sortes de fleurs, & particulièrement des lys. Le trône est tout éclatant d’or & de pierres précieuses : l’ivoire & l’ébène y font par leur mélange une agréable variété. »

Jamblique dit que les Égyptiens peignaient Jupiter assis sur le lotus. Les Libyens le représentaient, ou sous la forme de bélier [cf. Monade de John Dee], ou avec des cornes de cet animal, & le nommaient Ammon, parce que la Libye où le temple de ce Dieu fut bâti, était pleine de sable. La raison qu’ils croyaient avoir de le figurer ainsi, est parce qu’on le trouva, disent quelques-uns, entre des moutons & des béliers, après qu’il eut abandonné le Ciel par crainte des Géants ; ou qu’il se métamorphosa lui-même en bélier, de peur d’être reconnu. Je ne rapporte pas ici les autres raisons qu’en donnent Hérodote au sujet du désir qu’Hercule avait de voir Jupiter, & Hygin en parlant des dispositions que Bacchus fit pour son voyage des Indes.
On trouve dans les Anciens, & l’on voit sur les monuments que le temps a épargnés, plusieurs autres représentations de Jupiter. L’Antiquité expliquée de D. Bernard de Montfaucon, en fournit de bien des sortes, mais on ne peut nier que la plupart des symboles, des attributs & des attitudes mêmes de ce Dieu ne soient venus on du caprice des ouvriers, ou de la fantaisie de ceux qui faisaient faire ces statues ou ces peintures. Cicéron nous en donne une grande preuve, Lorsqu’il dit (c) :

« Nous connaissons Jupiter, Junon, Minerve, Neptune, Vulcain, Apollon & les  autres Dieux, aux traits que leur a donnés la  caprice des Peintres & des sculpteurs ; & non  seulement aux traits, mais encore à l’âge, à  l’habillement, & à d’autres marques. »

J’ai expliqué dans le premier Livre ce qu’on entendait par Jupiter Sérapis [Osiris, Apis, cf. Dictionnaire Mytho-hermétique].
Jupiter a été de tous les Dieux du Paganisme un de ceux donc le culte était le plus solennel & le plus étendu. Les victimes les plus ordinaires qu’on lui immolait, étaient la chèvre, la brebis & le taureau blanc, donc on avait soin de dorer les cornes. [...] Toute l’Antiquité s’accorde néanmoins à dire que Jupiter était fils de Saturne & de Rhée ; & ce qu’il y a d’assez extraordinaire, c’est que la plupart des Mythologues font Saturne fils du Ciel & de Vesta, qui est la Terre, selon eux de même que Cybèle, Ops, Rhée & Cérès ; Rhée serait par conséquent la propre mère à elle-même, & sa propre fille ; elle serait aussi mère, femme & sœur de Saturne [les alchimistes insistent dans la description du Mercure sur le fait qu'à une époque de l'oeuvre, il faut mettre la mère au ventre de l'enfant, histoire pour eux de faire comprendre que le Lait de Vierge doit nourrir le laiton hermétique]. Cérès, qui eut Proserpine de Jupiter, serait devenue sa femme en même temps que sa mère & sa sœur. Il serait bien difficile d’accorder tout cela, si l’on ne l’explique allégoriquement ; & quelle allégorie trouvera-t-on qui puisse y convenir, à moins qu’on en fasse l’application à la Chimie Hermétique, où le père, la mère, le fils, la fille, l’époux & l’épouse, le frère & la sœur ne sont en effet que la même chose, prise sous différents points de vue ? Mais pourquoi, dira-t-on, inventer un si grand nombre de fables sur Jupiter & les autres ? C’était pour présenter la même chose de différentes manières. Les Philosophes Hermétiques ont fait une quantité prodigieuse de Livres dans ce goût-là. Toutes leurs allégories ont pour but les mêmes opérations du grand œuvre, & néanmoins elles diffèrent entre elles suivant les idées & la fantaisie de ceux qui les ont inventées. Chaque homme s’est exprimé selon la manière dont il était affecté. Un Médecin a tiré son allégorie de la Médecine, un Chimiste a formé la sienne sur la Chimie, un Astronome sur l’Astronomie, un Physicien sur la Physique, & ainsi des autres. Et comme la Pierre Philosophale a suivant l’expression d’Hermès [cf. Table d'Emeraude], toutes les propriétés des choses supérieures & inférieures, & ne trouve point de forces qui lui résistent. Ses disciples ont inventé des fables qui pussent exprimer & indiquer tout cela. Tel nous est représenté Jupiter, appelé en conséquence, Père des Dieux & des Hommes, le Tout-puissant. Hésiode, presque toutes les fois qu’il le nomme, ajoute le surnom de Largitor bonorum, comme étant la source & le distributeur des biens & des richesses. Il ne faut pas non plus s’imaginer avec quelques Mythologues, que la prétendue cruauté de Saturne envers ses enfants lui a fait perdre la qualité de père des Dieux, pendant que sa femme Rhée ou Cybèle a été appelée la mère des Dieux & la grand-mère, & était honorée comme celle dans tout le Paganisme La véritable raison qui a fait conserver ce titre à Cybèle, c’est que la Terre Philosophique d’où Saturne & les autres Dieux sont sortis, est proprement la base & la substance de ces Dieux. Il est même bon de remarquer que quoiqu’on ait confondu souvent, & fait une même chose de Rhée & de Cybèle, on n’a jamais donné le nom de mère des Dieux à Rhée, comme Rhée , mais seulement comme Cybèle, parce qu’il paraît que l’on a fait le nom de Cybèle [Kubelh], de Kubh, caput [on ne trouve pas kubh dans le dictionnaire Bailly...], & de laaV, lapis [cf. Atalanta XLIV, II ; Fontenay ; Douze Clefs de philosophie], comme si l’on disait la première, la principale ou la plus ancienne, & la mère pierre. Les autres noms qu’on a donnés à cette mère des Dieux, sont aussi pris des différents états où se trouve cette pierre ou terre, ou matière de l’œuvre pendant le commencement des opérations. Ainsi en tant que terre première ou matière de l’œuvre, mise dans le vase en commençant l’œuvre, elle fut nommée Terre, Cybèle, mère des Dieux & épouse du Ciel, parce qu’il ne paraît alors dans le vase, que cette terre avec l’air qui y est renfermé. Lorsque cette terre se dissout, elle prend le nom de Rhée, & femme de Saturne, de rew, fluo, & de ce que la noirceur appelée Saturne, se manifeste pendant la dissolution. On l’a ensuite nommée Cérès, & on l’a dite fille de Saturne & sœur de Jupiter, parce que cette terre dissoute en eau, redevient terre dans le temps que la couleur grise ou Jupiter paraît : & comme cette même terre où Cérès devient blanche, on a feint que Jupiter & Cérès avaient engendré Proserpine. Il est même très vraisemblable qu’on a fait le nom de Cérès du Grec Gh & Ega [pour eggaioV sans doute] qui signifient l’un & l’autre terre. Vossius lui-même paraît admettre cette étymologie, prétendant que les Anciens changeaient assez souvent le G en C. Varron & Cicéron ont pensé en conséquence que Cérès venait de gerere, & Arnobe dit, d’après eux : Eamdem hanc (terram) alii quod salutarium seminum frugem gerat, Cererem esse pronunciant. Mais Hesychius confirma mon sentiment. Tout ceci suppose que Cérès vient du Grec ; mais de quelque façon qu’on la prenne, tout le monde fait que par Cérès on entendait la terre, & cette idée est très-conforme à celle qu’en ont les Philosophes Hermétiques, puisque leur eau étant devenue terre, est celle qu’ils appellent terre feuillée, dans laquelle il faut, disent-ils, Semer le grain philosophique, c’est-à-dire leur or. Nous avons parlé de cette terre qu’il faut ensemencer, dans le Ier Livre, & nous en ferons encore mention dans le quatrième, lorsque nous parlerons des mystères d’Eleusis. Un quatrième nom donné à la Terre, était Ops, qu’on appelait proprement la Déesse des richesses, & avec raison, puisque cette terre philosophique est la base de la Pierre PhilosophaIe, qui est la véritable source des richesses. Les Anciens & les Modernes ne soupçonnant même pas les raisons que l’on avait eu de varier ainsi les noms de la mère des Dieux, les ont souvent employés indifféremment. Mais Orphée [cf. supra] & ceux qui étaient au fait du mystère, ont su en faire la distinction : nous avons trois Hymnes fous le nom de ce Poète, en l’honneur de la Terre ; l’un sous le nom de la mère des Dieux , l’autre sous celui de Rhéa , & le troisième sous son propre nom de Terre. Homère nous en a aussi laisse trois sous les mêmes noms qu’Orphée. Il les distingue même très-bien, puisque dans celle de la Terre, il l’appelle mère des Dieux, & l’épouse du Ciel. Dans celle de la mère des Dieux, il désigne Rhéa, qui se plaît, dit-il, au son des crotales & autres instruments, sans doute à cause de ceux que les Corybantes, auxquels elle avait confié Jupiter, faisaient retentir pour empêcher Saturne d’entendre les cris de son fils. Homère distingue particulièrement Cérès en la joignant avec la belle Proserpine, & ne lui donne pas la qualité de mère des Dieux, donc il avait honore les deux autres. Enfin il suffit de suivre les époques de leur naissance, pour voir qu’on doit les distinguer, & que les inventeurs de ces Fables n’avaient pas intention de les confondre, & de parler de la Terre proprement dite sous ces différents noms. La Terre, épouse du Ciel, est la mère, Rhéa sa fille, & Cérès la petite-fille. Telle est aussi la généalogie de la terre des Philosophes. Une semblable allégorie ne peut s’expliquer historiquement, ni moralement, ni physiquement, dès que presque tous les Mythologues sont d’accord à regarder Cybèle,  Rhée & Cérès, comme des noms différents d’une même chose, c’est-à-dire la Terre. En distinguant ces trois Déesses, comme le font les anciens Poètes, Jupiter se trouve en effet fils de Rhée, & frère de Cérès. Le son bruyant des instruments d’airain, que ceux à qui l’on avait confié son enfance, faisaient retentir pour empêcher Saturne d’entendre ses cris, est une allusion au nom d’airain & de laton ou leton, que les Disciples d’Hermès donnent à leur matière, lorsqu’elle tient encore de la couleur noire & de la grise. C’est cet airain donc il est parlé si souvent dans les Ouvrages Hermétiques, ce leton qu’il faut blanchir, & puis déchirer les livres, comme inutiles [Morien, Entretien du Roi Calid ; repris par de nombreux philosophes, le plus célèbre étant sans doute le pseudo Basile Valentin]. Il en est fait mention presque à chaque page du livre qui a pour titre, la Tourbe ; & j’ai déjà rapporté un bon nombre de textes sur ce sujet : c’est proprement la signification des mots Cymbalum, Tympanum, quant à la matière de ces instruments. On peut voir sur cela le Traité de Frédéric-Adolphe Lampe, de Cymbalis veterum, & particulièrement le chapitre 14. du Livre premier. Noël le Comte les appelle tinnientia instrumenta. C’est au bruit de ces instruments, que les Abeilles s’assemblèrent auprès de Jupiter. On suit encore aujourd’hui cet usage pour conduire à la ruche un essaim qui veut s'échapper [le thème de la ruche et des abeilles est réccurent chez les alchimistes et il fut repris par les Rose-Croix]. On bat sur des chaudrons, des poêles, &c. Hercule employa de semblables instruments pour chasser ces oiseaux qui ravageaient le lac Stympbale, & dont le nombre & la grosseur étaient si prodigieux, que par la vaste étendue de leurs ailes, ils interceptaient la lumière du Solei [cf. Fontenay]. Les Nymphes Adrastée & Ida nourrirent Jupiter, & l’on dit que les Abeilles mêmes se joignirent à elles. Ces deux Nymphes étaient filles des Mélisses, ou mouches à miel, & le firent allaiter par Amalthée. Nous avons dit que lorsque la couleur grise ou le Jupiter philosophique paraît, les parties volatiles de la matière dissoute se subliment, & montent en abondance au haut du vase en forme de vapeur, où elles se condensent comme dans la distillation de la Chimie vulgaire, & après avoir circulé, retombent sur cette terre grise qui surnage l’eau mercurielle. La Fable pouvait-elle nous présenter cette opération par une allégorie plus palpable & mieux caractérisée que par cette feinte éducation de Jupiter. Les deux Nymphes expriment par leurs noms mêmes cette matière aqueuse, volatile, puisque Ida vient d’IdoV, sudor, & Adrastée, d’a complétif, & de draw fugio. Si on les dit filles des Mélisses ou mouches à miel, n’est-ce pas de ce que ces parties volatiles voltigent au-dessus du Jupiter des Philosophes, comme un essaim d’abeilles autour d’une ruche? Ces parties volatiles nourrirent donc cette terre grise, en retombant dessus, comme une rosée [sur la rosée, cf. Tractato Aureo... sans doute à attribuer à Mynsicht] ou une pluie qui humecte la terre, & la nourrit en l’imbibant. Il y a grande apparence que l’équivoque du mot grec aix, qui veut dire également chèvre & tempête [en fait aix a le sens de météore igné, c'est-à-dire de mététorite : pensons à la pierre de Pessinonte que Cybèle tient dans sa main gauche ; dans une autre acception, aigeV désigne des vagues fortes : on voit que aix dissimule ainsi à la fois l'EAU, le FEU et que l'AIR même par l'entremise de la pierre noire lui prête un caractère trinitaire et même quaternaire si l'on tient compte qu'il s'agit là d'une TERRE brûlée...], a donné lieu à la fiction, ou plutôt à l’erreur de ceux qui ont dit que la chèvre Amalthée avait allaité Jupiter : car la volatilisation se faisant avec impétuosité, de même que la chute en pluie de ces parties volatilisées, représente proprement une tempère, & l’on sait qu’aix vient d’aisso, ruo, cum impetuseror. Cette idée même de tempère, joint à ce que cette terre ou Jupiter des Philosophes commence à devenir ignée, a sans doute fait donner à Jupiter la foudre pour attribut, parce que les tempêtes sont ordinairement accompagnées d’éclairs, de foudres & de tonnerres. C’est l’idée qu Homère semble avoir voulu nous en donner en divers endroits de son Iliade, où il parle du Mont-Ida, qu’il dit être le séjour de Jupiter. Ce Mont est, selon ce Poète, arrosé de fontaines, & couvert de nuages que Jupiter fait élever avec des tonnerres. Il dit même de quelle nature  étaient ces nuées, c’est-à-dire des nuages d’or semblables apparemment à ceux qui produisirent les pluies d’or [il s'agit des pluies d'or qui s'abattent à Rhodes, tome I, chap. VII], donc nous avons parlé dans le Livre précédent.
Telles sont les nuées que Jupiter excite sur le Mont-Ida, ou le mont de sueur [cette idée est intéressante si l'on tient compte de ce que, dans l'une des figures du De Lapide Philosophorum de Lambsprinck, le corps, couvert de sueur, est effectivement associé à une vision de tempête - cf. figure 14] ; telles sont la pluie & la rosée qui y tombent; telles sont aussi ces parties volatiles qui circulent, montent & descendent, & à l’imitation des Abeilles, semblent aller chercher de quoi nourrir le petit Jupiter au berceau. Tel aussi est le lait d’Amalthée [comprenez le Lait de Vierge], celui donc Junon nourrit Mercure, celui dont Platon [pseudo Platon, sentence XLV ; mais Platon ne fait mention de lait dans le discours qui lui est attribué] fait mention dans la Tourbe, & que les Philosophes appellent lait de Vierge [cf. Livre Secret d'Artephius] ; celui enfin dont parle D’Espagnet en ces termes (cap. LXIII, Oeuvre SEcret ) :

« L’ablution nous apprend à blanchir le corbeau, & à faire naître Jupiter de Saturne ; ce qui se fait par la volatilisation du corps  ou la  métamorphose du corps en esprit. La réduction ou la chute en pluie du corps volatilisé rend à la pierre son âme, & la nourrit d’un lait de rosée & spirituel, jusqu’à ce qu’elle ait acquis une force parfaire. » [la volatilisation équivaut à la sublimation ; la conjonction des principes en est le résultat ; ce n'est pas tant, d'ailleurs, le corps que plutôt l'âme qu'il faut sublimer avec l'esprit, ce qui semble logique ; quant à la réduction, elle est parfaitement exprimée par l'une des gravures du Rosarium Philosophorum, cf. Tractato Aureo... Quant au lait de rosée, il s'agit du Lait de Vierge qui permet la nutrition du lapis]

 Il dit ensuite (cap. LXXVIII, Oeuvre Secret ) : « Après que l’eau a fait sept révolutions, ou,  circulé par sept cercles, l’air lui succède, & fait autant de circulations & de révolutions,  jusqu’à ce qu’il soit fixé dans le bas, & qu’après avoir chassé Saturne du Trône, Jupiter prenne les rênes de l’Empire. C’est à son avènement que l’enfant philosophique se forme  & se nourrit ; il paraît enfin au jour avec un  visage blanc & beau comme celui de la  Lune. » [le mystère reste entier, au plan opératoire, de ce nombre 7 dont on ne voit pas qu'il ait d'autre sens que symbolique : les sept planètes sont signifiées, i.e. l'Arbori solare. Pourquoi ?]

Ces paroles de D’Espagnet sont si appropriées au sujet que je traite, qu’elles semblent avoir été dites par ce Philosophe, pour expliquer cette éducation de Jupiter. Elles doivent suffire à tout homme qui voudra sans préjugé en faire l’application. C’est pourquoi je passerai sous silence une quantité d’autres textes qui y ont aussi un rapport immédiat; & je renvoie le Lecteur à Homère, d’où, il semble que D’Espagnet a tiré ce qu’il dit. Jupiter, avant de détrôner son père, prit sa défense contre les Titans, & les vainquit ; mais enfin voyant que Saturne avait dévoré ses frères, & qu’il lui tendait des pièges à lui-même, il lui fit avaler un breuvage qui les lui fit rejeter [Métis prépare un breuvage qu'elle fait boire à Saturne ; il s'agit de la phase de transition entre la putréfaction et l'albification. Rappelons que Métis est lié à la Prudence, cf. Gobineau de Montluisant]. Alors Pluton & Neptune se joignirent à Jupiter contre leur père ; & celui-ci l’ayant détrôné , le mutila, & le précipita dans le Tartare avec les Titans qui avaient pris son parti. D’Espagnet a renfermé tout cela dans le Canon que nous venons de rapporter, puisqu’il y dit :

Donec figatur deorfum, & Saturno expulso, Jupiter insignia & regni moderamen sucipiat.

Il avait dit auparavant (cap. XLI, Oeuvre Secret ) en parlant des parties à mutiler Sous le nom d’accidents hétérogènes,

superflua, sunt externa accidentia, quae fuscâ Saturni sphaerâ rutilantem Jovem obnubilant, Emergentem ergo Saturni livorem separa, donec purpureum Jovis fidus tibi arrideat.

C’est donc par la séparation de ces parties qui ont servi à la génération de Jupiter, que ce fils de Saturne monte sur le Trône ; ce sont ces mêmes parties Osiris, qu’ils ne ramassa pas. Il faut entendre par les Titans, la même chose que par Typhon & ses compagnons, qu’Horus, fils d’Osiris, vainquit. Il est inutile par conséquent d’en répéter ici l’explication, il suffit d’en faire le parallèle, pour être convaincu qu’ils ne signifient que la même chose. Osiris, père d’Horus, fut persécuté par Typhon, son frère, qui voulait le détrôner & régner à sa place. Saturne fut attaqué par Titan son frère, pour la même raison. Typhon avec ses conjurés se saisirent d’Osiris, & le fermèrent dans un coffre. Saturne fut pris par les Titans, & mis en prison. Horus combattit Typhon, & le fit périr avec ses complices. Jupiter prit aussi la défense de Saturne, & après avoir vaincu les Titans, il les précipita dans le Tartare. Typhon, le plus redoutable des Géants, voulut aussi détrôner Horus ; il fut foudroyé, & enseveli sous le Mont-Vésuve ou Ethna. Encelade que les Mythologues mêmes confondent Souvent avec Typhon, fut aussi foudroyé & enseveli sous la même montagne. S’il y a donc quelques petites différences dans les deux fictions, c’est que l’une a été imitée de l’autre, mais habillée à la grecque. Après une telle victoire, Jupiter régna en paix. Tous les Dieux & les Déesses y prirent part : mais si l’on voulait en faire une application à. l’Histoire, je prierais le Mythologue qui voudrait soutenir ce système, de m’expliquer comment & pourquoi Bacchus, Apollon & Mercure se trouvèrent à cette guerre, eux qui étaient fils de Jupiter, & qui vraisemblablement, ou ne pouvaient pas encore être nés, ou n’avaient pas du moins l’âge propre à en soutenir les fatigues. Ils s’y trouvèrent néanmoins, si nous en croyons la Fable, & Hercule même, fils d’Alcmene, puisqu’il y terrassa à coups de flèches plusieurs fois le redoutable Alcyonée. Apollon creva l’œil gauche au Géant Ephialte, & Hercule l’œil droit. Mercure ayant pris le casque de Pluton, tua Hyppolytus ; & Bacchus ayant été mis en morceaux dans le combat, fut heureux d’être rencontré par Pallas. [...] Quoi qu’il en soit, la Fable nous apprend qu’Apollon chanta cette victoire sur sa guitare, vécu de couleur de pourpre. Si ce trait n’est pas allégorique, je ne conçois guère quelle raison on peut avoir eu d’affecter de marquer précisément la couleur de cet habillement d’Apollon. On ne peut avoir eu intention d’indiquer le Soleil céleste, puisqu’il n’est pas de couleur de pourpre. L’Auteur de cette fiction faisait donc allusion à un autre Apollon, & je n’en connais point d’autre vêtu de cette couleur, que l’Apollon, ou le soleil, ou l’or des Philosophes Hermétiques. Il était tout naturel de feindre qu’il chantait cette victoire, parce qu’étant la fin de l’œuvre, & le résultat des travaux Hermétiques, il annonce que toutes les difficultés qui s’opposaient à la perfection de l’œuvre, sont surmontées : aussi fut-il le seul qui chanta cette victoire, quoique tous les autres Dieux y fussent présents. Les principaux furent Hercule ou l’Artiste, Mercure ou le Mercure des Philosophes, Vulcain & Vesta, ou le feu, Pallas ou la prudence & la science pour conduire les opérations ; Diane, sœur d’Apollon, ou la couleur blanche, qui doit paraître avant la rouge, & qui a fait due qu’elle avait servi de sage-femme à Latone, sa mère, pour mettre Apollon au monde ; enfin le Dieu Mars ou la couleur de rouille de fer, qui se trouve intermédiaire, & sert comme de passage de la couleur blanche à la pourprée. Vesta n’étant autre chose que le feu, & la réussite de l’œuvre dépendant du régime du feu philosophique, on a feint, avec raison, que cette Déesse procura la Couronne à Jupiter : & si elle choisie la virginité pour récompense, c’est que le feu est sans tâche, & la chose la plus pure qui soit dans le monde. Il est aisé de voir que ce qui regarde Vesta, n’était qu’un pur hiéroglyphe chez les Egyptiens & les Grecs ; mais les Romains en firent un point de Religion. Ils instituèrent des Vierges appelées Vestales, qui devaient garder la virginité, & entretenir un feu perpétuellement. Elles étaient punies de mort, lorsqu’elles se laissaient corrompre, ou que le feu s’éteignait par leur négligence. Le stratagème que Jupiter employa pour jouir de Junon, & le mariage qui en fut une suite, serait un conte à amuser des enfants, s’il était pris à la lettre : mais il n’en est pas de même , si l’on regarde dans son vrai point de vue la chose à laquelle il fait allusion. Le coucou dépose ses oeufs dans le nid des autres oiseaux ; ceux-ci couvent ces œufs, & nourrissent les petits coucous qui en sont éclos. Lorsqu’ils sont devenus grands, ils dévorent celles qui les ont couvés & nourris. Il serait ridicule de supposer une telle ingratitude dans des Dieux & des Déesses : mais on peut feindre dans une allégorie tout ce qu’on veut, quand ce qu’on y insérer convient parfaitement à l’objet qu’on a en vue. Celle-ci est très-conforme à toutes celles des Philosophes dans pareil cas. Raymond Lulle l’a employée en ces termes (Theor. Test. Ch. 87
) :

« Notre argent-vif  est cause de sa mort propre, parce qu’il se tue lui-même ; il tue en même temps son père & sa mère ; il leur arrache l’âme du corps, & boit  toute leur humidité ».  [Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. I, p. 758, Quomodo menstruale est causa mortis argenti vivi  et Testamentum, f. 148 - Lulle résume en une phrase le grand oeuvre : il fait comprendre que le Mercure n'est qu'un Mixte formé d'un Corps pourvu d'une Âme qui se présente d'abord sous l'attrait peu glorieux de haillons sordides ; dans un premier temps, cette Âme - amorphe au sens propre comme au sens figuré du terme - soit être dépurée, opération qui est réalisée dans le dissolvant. ]

Basile Valentin donne pour allégorie un Chevalier qui prend le sang de son père & de sa mère (Douze Clefs, Clef XI ). Michel Majer représente dans ses emblèmes un crapaud [Atalanta fugiens, emblème V] qui suce la mamelle d’une femme, sa mère, & lui donne la mort par son venin [allégorie complexe où entrent en jeu l'élément nutritif du Mercure - le Lait de Vierge - ; le Soufre rouge corrompu - amorphe, représenté par le crapaud ; la mère qui prend le rôle de la Vierge], Jupiter était d’ailleurs frère de Junon, & le mariage philosophique ne peut se faire qu’entre le frère & la sœur, témoin Aristée, qui dit (Epître à la suite de la Tourbe) :

« Seigneur Roi, combien que vous soyiez Roi,  & votre pays bien fertile, toutefois vous usez  de mauvais régime en ce pays, car vous conjoignez les mâles avec les mâles, & vous savez que les mâles n’engendrent point seuls ; car toute génération est faire d’homme & de femme : & quand les mâles se conjoignent  avec les femelles, alors Nature s’éjouit en sa  nature. Comment donc, lorsque vous conjoignez les natures avec les étranges indûment, ni comme il appartient  espérez-vous engendrer quelque  fruit ?. Et le Roi dit : quelle chose est convenable à conjoindre ? Et je lui dis  amenez-moi votre fils Gabertin, & sa sœur Béya. Et le Roi dit : comment sais-tu que le nom de sa Sœur est Béya ? Je crois que tu es Magicien. Et je lui dis : la science  & l’art d’engendrer nous ont enseigné que le nom de sa sœur est Béya. Et combien qu’elle  soit femme, elle l’amende ; car elle est en lui.  Et le Roi dit : pourquoi veux-tu l’avoir ? Et je lui dis : pour ce qu’il ne se peut faire de véritable génération sans elle, ni ne se peut  aucun arbre multiplier. Alors il nous envoya ladite sœur, & elle était belle & blanche tendre & délicate. Et je dis : je conjoindrai Gabertin avec Béya. » [ il s'agit des Sept Paraboles des Allégories des Sages, 1ère Parabole d'après la vision d'Arisleus le Philosophe, dans la version en 72 sentences de la Turba : dans cette version d'ailleurs, Gabertin est appelé Thabritius, corruption probable de Gabricius. Cependant, dans son Dictionnaire Mytho-hermétique, Pernety écrit que Thabritis est le Jupiter des Philosophes.]

Ce serait ici le lieu d’expliquer comment Jupiter & ses deux frères, Neptune & Pluton partagèrent entre eux l’Empire du Monde, M. l’Abbé Banier qui, suivant son système  regarde ce partage comme un fait réel se trouve obligé d’établir les bornes du Monde aux confins tout an plus de la Syrie vers l’Orient ; au Midi par les côtes de la Libye & de la Mauritanie ; & à l’Occident, par les côtes de l’Espagne qui sont baignées par l’Océan.

« Jupiter » dit-il,  garda pour lui les pays Orientaux, ainsi que la Thessalie & l’Olympe. Pluton eut les Provinces d’Occident jusqu’au fond de l’Espagne qui est un pays fort bas par rapport à la Grèce  & Neptune fut établi Amiral des Vaisseaux de Jupiter, & commanda sur toute la Méditerranée. »

Il ne faut pas se mettre l’esprit à la torture  pour voir qu’un tel partage est trop mal concerté pour pouvoir se soutenir. Lorsque les Poètes parlent de ces trois Dieux, ils ne les nomment pas Princes, ou Rois, ou Souverains d’une partie du Monde, telle qu’est la Phrygie, la Grèce, la mer Méditerranée & l’Espagne y mais ils appellent Jupiter le père des Dieux & ces hommes  le souverain du Ciel & de toute la Terre, c’est-à-dire, de la superficie du Globe seulement : Neptune, de toutes les eaux qui le couvrent  & qui y sont répandues ; & Pluton eut les Enfers, ou le fond de la Terre, que l’on a nommé en conséquence l’Empire ténébreux. Homère, qui savait bien que le Monde n’était pas renfermé dans des bornes si étroites que celles que lui donne M. l’Abbé Banier, emploie le terme ****, pour faire voir qu’il n’excluait rien ; & quand il parle de Jupiter, il dit qu’il régnait sur le Ciel, l’air, les nuages & la Terre commune à tous les êtres vivants. Il ne dit point aussi que Pluton commandait sur des lieux bas & occidentaux  mais sur les noires ténèbres. Or personne n’ignore que l’Espagne n’est pas un lieu ténébreux. Cette dénomination aurait mieux convenu aux Lapons & aux autres pays qui approchent du Pôle ; mais on aurait été embarrassé de trouver une raison qui eût pu faire donner à Pluton le nom de Dieu des richesses [si l'on rapporte ces propos au Ploutos grec, tout s'éclaire, cf. humide radical métallique]. Les mines d’or des Pyrénées sont venues fort à propos au secours du savant Mythologue  qui n’a rien négligé de tout ce qui pouvait appuyer son système. [...] Mais tout cela convient très bien à ces trois Dieux pris hermétiquement, & ce partage est tout naturel de la manière que je l’ai rapporté sur la fin du chapitre précédent, Jupiter y est en effet le dominant, le plus élevé ; il y occupe le Ciel philosophique. Neptune vient après, & domine sur la mer ou l’eau mercurielle ; la terre qui surnage, où Jupiter suit les moindres impressions des mouvements de cette eau ; ce qui fait nommer à bon droit Neptune quassator terrae. Ces impressions se communiquent même fort aisément à la terre qui est au fond du vase, à laquelle nous avons donné avec les Philosophes le nom de Pluton. Il n’est donc pas surprenant qu’Homère feigne que ce Dieu des Enfers ressentit avec frayeur les secousses de la Terre, que Neptune excita. Si des explications aussi simples que celles-là ne satisfont pas un esprit exempt de prévention, je ne sais pas trop s’il faut lui en chercher d’autres.
Mais pour achever de le convaincre, faisons quelques réflexions sut la manière donc les Anciens représentaient Jupiter. Il semble que celui qui avait fait ce Jupiter Olympien sur son trône, dont Pausanias fait mention  a voulu mettre devant les yeux tout ce qui se passe dans l’œuvre. Pourquoi ce trône est-il tout brillant d’or & de pierreries, & fait particulièrement d’ébène & d’ivoire ? Pourquoi Jupiter lui-même & la victoire sont - ils aussi d’ivoire & d’or ? Pourquoi son sceptre est-il un composé de tous les métaux réunis ? Pourquoi enfin Jupiter est-il représenté la partie supérieure du corps nue, & l’inférieure couverte d’un manteau sur lequel sont peints toutes sortes d’animaux & toutes sortes de fleurs ?


Jupiter Olympien, sculpture de Phidias  – [A.–C. Quatremère de Quincy, Le Jupiter olympien, Paris, de Bure, 1815, frontispice et titre. Bibliothèque d’Art et d’Archéologie-Jacques Doucet]

Que le Lecteur se donne la peine de rapprocher cette description de tout ce que nous avons dit de l’œuvre jusqu’ici, il n’aura pas de peine à voir dans l’ébène, l’ivoire & l’or, les trois couleurs principales qui surviennent à la matière pendant les opérations du Magistère ; c’est-à-dire, la noire  qui est la clef de l’œuvre, comme elle était celle qui dominait dans le trône de Jupiter ; la blanche représentée par l’ivoire ; & la rouge ou l’or philosophique désignée par l’or. Les autres couleurs moins permanentes, qui se manifestent séparément & intermédiairement, sont symbolisées par les différents animaux & les couleurs variées des différentes fleurs qu’on avoir peints sur le manteau. Le coup d’œil & l’ensemble de tous ces objets formaient en même temps une espèce d’arc-en-ciel  qui désignait l’assemblage des couleurs, que les Philosophes appellent la queue de paon, Et comme cette Iris Hermétique paraît dans le temps que le Jupiter des sages a commencé à sa montrer, on avait eu soin de marquer cette variété de couleurs par les animaux & les fleurs peints sur son manteau  qui ne lui couvrait en conséquence que la partie inférieure. On n’avait représenté que la partie supérieure de son corps nue  parce que la couleur grise ou Jupiter se manifeste d’abord à la superficie pendant que le bas ou le dessous est encore noir, ou couvert du manteau coloré comme la queue de paon. La victoire d’ivoire & d’or indique celle que le corps fixe a remportée sur le volatil, qui lui avait fait la guerre en le dissolvant, le putréfiant pendant la noirceur, & le volatilisant, La couronne d’olivier est la couronne de paixqui désigne la réunion du fixe & du volatil en un seul corps fixe  de manière qu’ils sont inséparables ; aussi Jupiter  après sa victoire sur les Géants, n’eut plus aucuns ennemis à combattre, & régna perpétuellement en paix. Mais rien ne prouve mieux pour mon système  que le sceptre de  Jupiter, fait de tous les métaux réunis, & surmonté d’une aigle. La volatilisation qui se fait de la partie fixe ou aurifique, pouvait-elle être marquée plus précisément que par l’aigle qui enlevé Ganymède [cf. Atalanta XLIII - XLIV - XXXVI ; Douze Clefs de Philosophie], pour servir d’Echanson à Jupiter ? puisqu’on doit se souvenir que cette volatilisation arrive pendant le temps que règne la couleur grise Ces parties volatilisées & aurifiques, qui retombent en rosée ou pluie dorée sur la terre, ou crème grise qui surnage, ne sont- elles pas bien exprimées par le nectar & l’ambroisie que Ganymède versait à Jupiter ? puisque l’eau mercurielle volatile est de même nature que l’or philosophique volatilisé ; qu’ils sont par conséquent immortels, comme l’or est incorruptible. L’une représente donc le nectar ou la boisson ; & l’autre l’ambroisie ou les viandes immortelles des Dieux. On a choisi l’aigle entre les autres oiseaux  tant à cause de sa supériorité sur les autres volatils, qu’à cause de sa force & de sa voracité  qui détruit, mange, dissout & transforme en sa propre substance tout ce qu’elle dévore. On disait aussi qu’elle était la seule entre tous les animaux qui pût regarder le Soleil d’un œil fixe  & sans cligner la paupière, peut-être parce que le mercure des Philosophes est le seul Volatil qui puisse s’attaquer à l’or, avoir prise sur lui, & le dissoudre radicalement. [cf. humide radical métallique]
Le sceptre de Jupiter est le symbole des métaux philosophiques par les métaux du vulgaire dont il était composé Ils y étoient tous réunis, mais distingués, comme les couleurs de la matière se manifestent toutes successivement pour produire une seule chose, que le sceptre de Jupiter, marque distinctive de sa Royauté & de son Empire. Il est fâcheux que Pausanias n’ait point ajouté à sa description l’arrangement & l’ordre que ces métaux tenaient entre eux ; je suis persuadé qu’on les y remarquait dans l’ordre même successif des couleurs de l’œuvre ; c’est-à-dire, le plomb, ou Saturne, ou la couleur noire dans le bas du sceptre ; ensuite l’étain  ou Jupiter ou la couleur grise ; puis l’argent, ou la Lune, ou la couleur blanche ; après cela le cuivre  ou Vénus, ou la couleur jaune-rougeâtre & safranée, le fer, ou Mars, ou la couleur de rouille venait sans doute après & enfin l’or, ou le Soleil, ou la couleur de pourpre. Tout le reste de la description s’accorde trop bien à mon système, pour que ma conjecture ne soit pas fondée. D’ailleurs le sceptre de Jupiter Olympien n’était pas la seule chose que les Anciens faisaient d’un électre composé de tous les métaux. Les Égyptiens représentaient Sérapis de la même manière, & y ajoutaient aussi du bois noir, comme on en mettait au trône de Jupiter Olympien. Tous les Antiquaires savent que par Sérapis on entendait Jupiter, & avec raison ; puisque le bœuf Apis prenait le nom de Sérapis après sa mort, comme la couleur grise ou Jupiter paraît après la noire  à laquelle les Disciples d’Hermès ont donné assez communément les noms de mort, sépulcre, destruction, & ont inventé des allégories en conséquence  comme on le voit dans les Ouvrages de Flamel, de Basile Valentin, de Thomas Northon [cf. Hermaphrodite et bibliographie]  & de tant d’autres.
Enfin pour conclure ce chapitre  je vais mettre devant les yeux du Lecteur ce qu’Arthéphius (Livre Secret) dit des couleurs afin qu’il puisse voir si l’application que j’en ai faite est juste.

« Pour ce qui est des couleurs, celui qui ne noircira point ne saurait blanchir  parce que la noirceur est le commencement de la blancheur, & c’est la marque de la putréfaction & de l’altération ; & lorsqu’elle paraît, c’est un témoignage que le corps est déjà pénétré & mortifié. Voici comme la chose se fait. En la putréfaction qui se fait dans notre eau, il paraît premièrement une noirceur qui ressemble à du bouillon gras sur lequel on a jeté force poivre & ensuite cette liqueur s’étend,  elle se blanchit insensiblement en continuant  de la cuire, ce qui provient de ce que l’âme du corps surnage au-dessous de l’eau comme une crème qui étant devenue blanche les esprits s’unissent si fortement, qu’ils ne peuvent plus s’enfuir, ayant perdu leur volatilité.  C’est pourquoi il n’y a en toute l’œuvre, qu’à blanchir le laton ou leton, & laisser là tous les livres, afin de ne nous point embarrasser par leurs lectures en des imaginations & en des travaux inutiles & ruineux : car cette blancheur & la pierre parfaire au blanc & un corps très-noble par la nécessité de sa fin qui est de convertir les métaux imparfaits en  très-pur argent, étant une teinture d’une blancheur très - exubérante, qui les refait & les perfectionne, & qui a une lueur brillante, laquelle étant unie aux corps des métaux imparfaits, y demeure toujours sans pouvoir en être séparée. Tu dois donc remarquer ici que les esprits ne sont point rendus fixes que dans la couleur blanche, & par conséquent qu’elle est plus noble que celles qui l’ont devancé, & on doit toujours la souhaiter, parce qu’elle est  en quelque façon & en partie l’accomplissement de toute l’œuvre : car notre terre se pourrit premièrement dans la noirceur, puis elle se nettoie en s’élevant & en se sublimant, & après qu’elle est desséchée, la noirceur disparaît & alors elle blanchit, & la domination humide & ténébreuse de la femme ou de l’eau, finit. C’est alors que le nouveau corps ressuscite transparent, blanc & immortel, & qu’il est victorieux de tous ses ennemis. Et de même que la chaleur agissant sur l’humide produit la noirceur ou la première couleur principale qui se manifeste ; la même chaleur continuant son action & agissant sur le sec, elle produit aussi la blancheur, qui est la seconde couleur principale de l’œuvre. Et enfin la chaleur agissant encore sur le corps sec elle produit la couleur orangée & ensuite la rougeur  qui est la troisième & dernière couleur du Magistère parfait. »

Ce texte d’Artéphius montre aussi assez clairement pourquoi on immolait à Jupiter des chèvres, des brebis & des Taureaux blancs. Ces différentes couleurs expliquent en même temps les diverses métamorphoses de Jupiter, qu’un ancien Poète a renfermées dans les deux vers suivants : Fit taurus, cygnus, satyrusque, aurumque ob amoren. Europa, Laedes, Antiopae, Danaes.

Le chapitre sur Saturne sera donné dans un autre volet du commentaire au Dyas Chymica Tripartita. Nous allons à présent examiner l'un des exemplaires du sceau de Salomon, complet :


frontispice de l'Aurea Catani Homeri ou Chaîne Dorée d'Hermès
[la Nature Dévoilée, 1723, attribué à Anton Joseph Kirchweger et traduit de l'allemand par Dufournel en 1772]


« ll y en aura qui diront: si les essences des métaux n’étaient pas composées de mercure, de soufre et de sel, pourquoi les métaux se laisseraient-ils réduire et rétrograder en ces mêmes principes ? Tous les anciens Philosophes n’ont-ils pas avoué qu’ils en étaient composés ? J’avoue très volontiers que les métaux peuvent être réduits en ces principes: mais je ne trouve pas que, suivant la règle et la loi immédiate de la Nature, ils en soient composés. Je ne trouve dans aucune mine le mercure coulant, que dans sa propre mine, et dans celle qu’il perce et traverse avec son astre. Je trouve du sel et du soufre dans presque toutes les minières; mais ce n’est pas un sel ordinaire; c’est un sel vitriolique, sulfureux et alumineux; un sable sulfureux qui est mêlé avec l’arsenic ou avec la marcassite, etc. Il y a très peu d’artistes qui comprennent la signification secrète des principes mercure, soufre et sel. Nos Anciens les ont entendus tout autrement que la multitude des ignorants ne se les est imaginés dans la suite. Les Anciens disent à la vérité que toutes choses sont composées de mercure, de soufre et de sel, qui sont leur essence, et qu’elles doivent se résoudre en ce dont elles sont composées: mais si de là vous voulez conclure que leur mercure est le mercure coulant, leur soufre, le soufre combustible, et leur sel, le sel commun, vous vous éloignez de la vérité plus que le ciel n’est éloigné de la terre. Qui est-ce qui montrera un mercure coulant dans le règne animal et végétal ? Cependant leurs parties volatiles sont appelées du nom de mercure. Qui est-ce qui trouvera dans ces règnes un soufre jaune, combustible, et un sel commun ? Cependant ces deux règnes contiennent des parties qui sont désignées par le soufre et par le sel, sans toutefois qu’elles ne soient ni soufre ni sel commun. » [extrait du Livre II de l'Aurea Catani Homeri, chapitre XXII, Comment naissent les minéraux; de quels principes ils sont composés, et en quoi ils se résolvent.]

D'abord, un mot sur la présence de cet emblème dans cette section : il est évident que l'Aureum Seculum Redivivum ou Âge d'Or Ressuscité parle avant tout de La rétrogradation et de la réincrudation des matières de l'oeuvre, prima materia, materia prima [non équivalentes auprès des vrais disciples d'Hermès comme Limojon le montre dans sa Lettre et dans son Triomphe Hermétique] ; bref, la digamma de Salomon est un compendium qui résume l'oeuvre. Mais de quel oeuvre s'agit-il au juste ? Et de quel règne ? Celui du minéral ou celui du métal ? Là est toute la question, à laquelle Chevreul semble avoir répondu dans le § 89 de son Résumé de l'Histoire de la Matière, combien même ses réflexions sont, en définitive, restées à l'état de projet sur notre sujet... Ici, c'est avec raison - et c'est à notre sens un fil d'Ariane sûr - que Kirchweger nous assure que, des métaux, il n'est arrivé à soutirer qu'une sorte de guhr vitriolique dont, du reste, parle Tripied dans son Vitriol [remarquons que Tripied cite l'Aurea Catani Homeri en bibliographie]. De cet extrait, il apparaît clairement que l'humide radical que l'on tire des métaux n'a d'autre origine que l'ouverture dirigée des régules et que c'est le moyen assuré d'en tirer le Mercure, le Soufre et le Sel, ce que l'on peut comprendre par : la viscosité, la glu de l'aigle et la fumée blanche. Le tout forme l'eau divine de Zosime. Il s'agit d'une substance appelée udwr qeion, ce qui veut dire eau de soufre. M. Berthelot dans sa Chimie des Anciens, soutient qu'elle revêt un rôle prépondérant chez les alchimistes, lesquels comme nous l'avons dit ailleurs, jouent continûment sur le double sens des mots. Notons au passage que l'interprétation qu'en donne C.G. Jung nous paraît sujette à caution mais c'est un sujet qui ménerait à un développement tel que nous ne pouvons l'aborder dans la section. Quoi qu'il en soit, l'Eau Divine est désignée dans le lexique alchimique sous le nom de bile de serpent, dénomination attribuée à Pétésis, seul auteur cité dans le lexique du papyrus de Leide, lequel Pétésis figure aussi dans Dioscoride et doît être rapproché de Phiménas ou Pamménès, désigné à la fois dans le papyrus et dans le pseudo - Démocrite. La carrière de ce motif de l'Aureum... ne s'est point arrêté là. En effet, comme le rappelle Adam McLean, dans une page consacrée à la Reine Christine de Suède - http://www.levity.com/alchemy/queen_christina.html - en 1747, Wienner von Sonnenfels remploya la digamma dans son Splendor Lucis, oder Glanz des Lichts, ouvrage publié à Vienne. En outre, l'hiéroglyphe de la stibine hermétique forme une partie de l'un des emblèmes de la Geheime Figuren der Rosencreutzer [Altona 1785-88].


Splendor Lucis, Sonnenfels, Wien, 1747

Quel fut l'accueil du système R+C hérité du fonds théosophique et hermétique de Paracelse ? Pour cela, nous allons nous replonger dans l'Histoire de la Médecine de Kurt Sprengel [cf. Tractato auro pour un premier extrait] et nous limiter à ce qu'il écrit de l'accueil du système théosophique en France :

La théosophie, et surtout les nouveaux médicamens de Paracelse y trouvèrent plus d'accueil en France, malgré les fréquentes et les violentes déclamations des galénistes. Un des premiers Français qui contribuèrent à introduire les principes de ce fanatique parmi leurs compatriotes, fut Jacques Gohory, professeur de mathématiques à Paris (Naudé, Apologie des grands personnages qui ont ont été faussement soupçonnés de magie. in-8°. La Haye, 1679, ch. 14. p. 308. " Jacques Gohory a esté le premier fauteur dn paracelsisme en France. ), qui, sous le fameux nom de Léo Suavius, publia un manuel de la théorie paracelsique, avec des commentaires sur le livre De la longue vie (Theophr. Paracels. philosophiae et medicinae utriusque compendium in-8°. Basil. 1568.). Il s'attacha surtout à démontrer que les expressions magiques de Paracelse ne sont qu'allégoriques, et que les esprits et les diables désignent autant d'extraits et de teintures, ou de préparations métalliques. Cependant il parait ne pas s'être fait aimer des paracelsistes allemands, car Dorn écrivit un traité contre lui, afin de défendre les opinions de Paracelse. Guillaume Arragos, de Toulouse , médecin du roi de France et de l'empereur d'Allemagne, qui pratiqua la médecine à Paris et à Vienne , et se retira enfin à Bâle auprès de Théodore Zwinger, dans la Saison duquel il mourut, était partisan des moyens de Paracelse, quoiqu'il n'adoptât pas son système théorétique. Roch le Baillif de la Rivière, de Falaise en Normandie, médecin du roi Henri IV, était déjà bien plus attaché à la théorie de Paracelse. On trouve dans Eloy (vol. II. p. 7) le titre de ses ouvrages, qui contiennent l'apologie du système paracelsique , et celle de sa propre conduite contre la Faculté de Paris. Claude Dariot, de Pomare près de Beaune, traduisit en français la grande chirurgie de Paracelse, défendit l'astrologie théosophique , et enseigna la manière d'employer les médicamens paracelsiques, surtout dans la goutte. Claude Aubery de Trécourt, docteur de la faculté de Paris, écrivit une apologie de la médecine spagirique, défendit principalement la doctrine des signatures, et se fonda sur les exemples cités par Croll. Il croit que le sel s'accumule de préférence dans le bas-ventre, où il produit des obstructions et autres maladies, que le soufre se dirige vers la poitrine, et que le mercure se porte à la tête. L'exemple d'un autre Français, Bernard-Georges Penot, de Sainte-Marie en Guienne, aurait pu être profitable pour un grand nombre d'alchimistes , si les partisans de cette secte eussent été susceptibles de la moindre perfectibilité. Penot avait étudié à Bâle, où il eut l'occasion non-seulement de devenir paracelsiste, mais encore de s'adonner à la transmutation des métaux. Il consacra de grosses sommes à la découverte de la pierre phibsophale , publia beaucoup d'écrits à la louange de Paracelse et finit par se ruiner entièrement. Alors il perdit aussi la vue, et regarda comme un devoir de détourner tous les alchimistes d'une occupation qui avait causé sa ruine et son malheur. C'est ce qu'il fit à la fin de son édition de Jean Hollandus (Libav. defens. syntagm. arcan. p. 34). Il mourut à l'âge de quatre-vingt-dix-huit ans, dans l'hôpital d'Yverdun (Eloy, vol. III. p. 512). Le principal défenseur du système de Paracelse en France, fut Joseph du Chesne, d'Armagnac en Gascogne, seigneur de Morancé, de Lyzéroble et de la Violette. La contrée qui l'a vu naître prévient déjà fort mal en sa faveur, et réellement du Chesne prouva toute sa vie qu'il était gascon, par sa vanité ridicule, sa jactance insupportable et. son manque total de connaissances. Mais comme les hommes de ce caractère étaient ceux qui convenaient le mieux au système de Paracelse, du Chesne l'adopta complètement à Bâle, où il prit le titre de docteur. Il
devint ensuite médecin d'Henri IV, roi de France, mais s'attira un grand nombre d'ennemis par sa conduite. On lui a reproché souvent d'avoir prétendu connaître l'art de fabriquer l'or. Monavius se plaint avec raison du ton insupportable et mystérieux qui règne dans ses écrits , et ajoute : Sino mortuos sepelire suos mortuos. À l'égard de ses principes théoriques, on doit avouer qu'il adhère beaucoup plus au système de Paracelse qu'aucun autre médecin avant lui. Il me semble aussi que Libavius ne va pas trop loin en prétendant que du Chesne suit absolument la même marche que Sévérin. En effet, ce dernier admet que les maladies proviennent de semences comme les végétaux, et nous retrouvons les mêmes idées chez le médecin gascon. [concept remarquable qu'on allait évidemment retrouver plus tard ; mais le paradigme était alors tout autre...] A la vérité, dans un passage, il se borne aux trois principes chimiques que Paracelse avait subtitués aux élémens des anciens, et s'en sert pour expliquer les maladies et tous leurs symptômes, d'où Sennert conclut qu'il avait abandonné la doctrine des semences vivifiées des maladies ; mais il parait que Sennert n'avait point lu un autre ouvrage, dans lequel cette idée est exposée avec encore plus de clarté et de détails que ne l'a fait Sévérin lui-même. Quelquefois on reconnaît que du Chesne avait consulté les anciens, bien plus que ne le pratiquaient ordinairement les médecins spagiriques de l'Allemagne ; mais il ne s'élève pas moins qu'eux contre l'étude des langues, et regarde aussi la lumière de la Nature comme la source unique des connaissaaces (Quercetan. tetras gravissimor. capit, affect. c. 8. p. 31. c. 10. p. 182). Il dérive le mot Alchimie de alV et chmeia, parce que le grand secret est caché dans le sel (Quercetan. de priscor. philos. verae medic. materia , p. 8). Tous les corps sont composés de trois principes, comme Dieu de trois substances : ces principes sont dans le salpêtre, les sels de soufre solide et volatil, et le sel mercuriel volatil (ibid. p. 18). Celui qui possède le sel général, peut facilement produire l'or philosophique et tirer l'or potable des trois règnes [...]


Ad Jacobi Auberti Vendonis de ortu & causis metallorum - Sclopetarius - Antidotarium Spagiricum - De Exquisita Mineralum
[cliquez pour un portrait de Quercetanus, gravure de C. Ammon, 1652]
 
Officieusement, il se pourrait que Quercetanus ait participé aux travaux du chapitre Rose Croix  que fréquentait Maurice De Hesse, Michael Maier et Valentin Andreae. Ceci paraît bien suffisant pour inclure son nom dans cette section. Contrairement à ce que tendrait à faire accroire Sprengel, Quercetanus apparaît comme un esprit avisé, puisque sur le plan médical, en tant que ioatrochimiste, Il dut, à Paris, s’opposer aux galénistes qui attaquait la chimie naissante dont il était l’un des représentants... Médecin hermétique auteur de traités pratiques sur les plantes médicinales, il a fait des recherches sur la distillation spagyrique, pour l’obtention d'huiles essentielles. (on dit qu'il a donné son nom à la  quercetine, molécule contenue dans de nombreuses plantes mais nous allons voir que cette assertion ne semble pas devoir être retenue : en effet, le mot quercetine vient de quercitrin et de quercitron et ces substances n'ont été connues qu'au XVIIIe et XIXe siècle ; du reste le quercitrin a été découvert par Eugène Chevreul...). Plus connu sous le nom latinisé de Quercetanus, sieur de Moranie, de Lyserable et de la Violette. Natif du comté d'Armagnac, il demeura longtemps en Allemagne, fut reçu docteur à Bâle en l'année 1575, devint médecin de Henri IV, et mourut à Paris en 1609, âgé de soixante-cinq ans. II a composé un grand nombre d'ouvrages sur la médecine chimique ou spagyrique, dont il s'est montré le plus chaud partisan. Aussi a-t-il eu plus d'une fois maille à partir avec la Faculté de médecine de Paris, qui le poursuivit comme son plus mortel ennemi et qui défendit à ses membres de tenir aucune consultation avec lui. Duchesne n'en continua pas moins à pratiquer au grand jour une méthode qui commençait à faire parler d'elle, et qui inaugura une ère médicale nouvelle, l'ère de la chimiatrie, de l'emploi de médicaments tirés du règne minéral. De plus, Duchesne était poète. En cette qualité il a écrit plusieurs poésies fort remarquables, qu'on lit encore avec plaisir, et qui indiquent un enfant gâté des Muses. Veut-il, par exemple, dépeindre les tristesses de l'humanité, il s'écrie avec amertume :

Le monde est tel qu'une chouette
Qui n'aime que l'obscurité :
Voilà pourquoi tant il rejette
La langue de la vérité,
Qui de l'éclairer s'évertue.
Mais c'est en vain qu'elle se peine,
Car le misérable a sa vue
De cataractes toute pleine.


Duchesne veut-il, au contraire, dans son amour céleste, rendre hommage au Créateur, il lui adresse cette invocation :

Suyvant leurs saints accords, ô muse, donc commence
De louer l'Éternel, Dieu de toute clémence,
De louer l'Eternel, le Dieu de toute paix,
De louer l'Éternel, le Dieu de toute gloire,
De louer l'Éternel, que j'adore et veux croire,
Et son amour divin aimer à tout jamais.


Dans le Miroir du monde, ouvrage dans lequel il traite de tout, du monde physique, de Dieu, des anges, des sciences abstraites, cabalistiques et philosophiques. Quercetanus dévoile la fibre d'un véritable poète. Son poème des Oiseaux est un petit chef-d'œuvre dont malheureusement on ne peut donner ici qu'un aperçu :

Oiseaux, hostes de l'air, privés et passagers,
Qui aimez les forêts, les granges et les mers,
Par vos becquettements, par vos vols et ramages,
Rendez certains, mignons, finissans mes présages,
Ceux qui voguent sur l'eau, ceux qui hantent les champs,
S'il doit faire serain ou quelque mauvais temps.
. . . lorsque les Ramiers, perchés dedans les bois,
Le soir nous font ouir leur roucoulante voix;
Que le siffleur Milan, tout famélique, roule
Parmi l'air, pour ravir les Poussins de ta Poule ;
Que l'on voit devant soy voler force escadrons,
Le soleil se couchant, de petits moucherons ;
Qu'avccque ses petits l'Alcion cerche l'ombre,
Comme si le soleil luy portait quelque encombre;
Qu'en troupe les Corbeaux, entr'eux s'esjouissans,
Nous viennent essourdir de leurs chants croassans ;
Que la Chauve-souris vire-volte et tournoie,
Sur les rues, le soir, de peur qu'on ne la voye;
Nous sommes asseurés d'un temps serain et beau :
Suyvons doncque les champs, embarquons-nous sur l'eau.


Ces jolies choses et beaucoup d'autres, le lecteur les trouvera dans les ouvrages suivants :

I. La moroscomie, ou de la folie, vanité et inconstance du monde, avec deux chants doriques, de l'amour céleste et du souverain bien. Lyon, 1515, in-4°; 1601, in-8°. — II. Le grand miroir du monde, poème en cinq livres. Lyon, 1584, in-8°. — III. Poésies chresliennes de Messire Odet de la Noue, capitaine de 50 hommes d'armes . . . mises en lumière par le sieur de la Violette. Genève, 1594, in-8°.

On sait que la recherche de la panacée, du remède universel, l'une des lubies poursuivies par l'alchimie chimérique, a de tout temps stimulé vivement les esprits même les plus éclairés des siècles des lumières. Nous sommes ici à la croisée des chemins, en ce sens qu'alchimie, théosophie, R+C, médecine, thérapeutique par les plantes, hermétisme, spagyrie sont convoqués dans les textes - dépendant du Dyas Chymica Tripartita - que nous examinons dans ces pages [cf. Livre d'Alze, Traité d'Or, Aureum Seculum Redivivum et d'autres à suivre]. Par ses recherches spagyriques, il est possible - selon certaines sources qui semblent néanmoins assez fragiles - que Quercetanus ait été amené à réaliser la préparation de la quercetine qui possède des propriétés thérapeutiques intéressantes :
il s'agit d'un flavonoïde ; ceux-ci sont abondants dans les plantes (2 à 4 %). On les trouve surtout dans les feuilles (2,24 % à 5,11 %), dans les organes jeunes (0,83 % à 4,58 %) et dans les tiges (0,33 % à 1,67 %). Ils sont représentés par des hétérosides dela quercetine, le quercitroside, l’isoquercitroside, l’hypéroside et le rutoside. La quercetine, antivirale et mutagène est considérée par certains comme carcinogène, et par d’autres comme un agent anticancéreux. (PASSARD N. Le millepertuis, Hypericum perforatum L. : Données récentes sur les activités antidépressives et antivirales - Thèse - Faculté de Châtenay-Malabry - 1997. - NAHRSTEDT A., BUTTERWECK V. Biologically active and other chemical constituents of the herb of Hypericum perforatum L..- Pharmacopsychiat., 1997, 30 (suppl), p. 129-134.) Ce n'est pas tout : on trouve de la quercetine dans les fruits, en particulier dans les pommes : c'est ainsi que la peau de la pomme en contient et qu'il semble que ce flavonoïde soit doué de propriétés antioxydantes que l'on utilise pour renforcer la résistance aux allergies respiratoires et alimentaires. La quercetine agit directement dans le tractus intestinal pour réduire les réactions aux allergies alimentaires. Des études ont montré, en outre, qu'une consommation conséquente de quercetine réduisait le risque cardio-vasculaire. Elle aurait un effet sur l'atténuation de certains virus (grippe, poliomyélite, herpès type 1) et des essais ont mis en relief son action dans le traitement préventif de certains cancers [côlon en particulier]. Voici à présent quelques notes complémentaires sur le quercitrin et la quercetine :

QUERCETINE. Sous l'influence des acides minéraux dilués, le quercitrin se dédouble en glucose et en quercetine. On porte à l'ébullition une solution de quercitrin additionnée d'acide sulfurique étendu. La quercetine vient peu à peu se déposer sous forme de flocons jaunes et cristallins. La liqueur incolore tient en dissolution la matière sucrée formée. La quercetine constitue une poudre jaune citron formée par des petites aiguilles microscopiques transparentes ; elle est sans odeur ni saveur, inaltérable à l'air, presque insoluble dans l'eau froide et très-peu soluble dans l'eau bouillante. L'alcool la dissout très-bien. La quercetine possède les propriétés d'un acide faible ; aussi lui donne-t-on quelquefois le nom d'acide quercetique. Une solution faible de potasse ou de soude caustique la dissout avec la plus grande facilité ; la solution possède une teinte jaune durée. L'addition d'un acide décompose immédiatement cette solution, et la quercetine est précipitée en totalité. L'ammoniaque la dissout également très-facilement ; la solution brunit peu à peu au contact de l'air. Pure, la quercétine se présente sous forme d'une poudre cristalline d'un beau jaune-citron, d'une nuance plus riche que celle du quercitrin ; vue au microscope, elle offre l'apparence de fines aiguilles. La quercétine est insoluble dans l'eau froide, à peine soluble dans l'eau bouillante. Odeur et saveur nulles. Le poids de matière déposé par le refroidissement d'une solution bouillante est insignifiant, tandis que pour la rhamétine il s'élève à 0, 653 g par litre. La quercétine est très-soluble dans l'alcool et n'y cristallise facilement que lorsqu'on y ajoute une quantité suffisante d'eau; l'acide acétique chaud la dissout également. Elle est sans action sur la lumière polarisée. Les alcalis la dissolvent avec une teinte jaune orangé ; les acides reprécipitent la quercétine intacte. Sa solution ammoniacale brunit à l'air. Sa solution alcoolique donne, avec l'acétate de plomb, l'eau de baryte et l'eau de chaux, des précipités orangés. Le chlorure d'étain la colore en orangé, le perchlorure de fer en vert. Une solution alcoolique de quercétine additionnée d'une solution alcoolique de perchlorure de fer et évaporée laisse une masse amorphe vert foncé, presque insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et l'éther avec des teintes qui rappellent les solutions de chlorophylle. Lorsqu'on fait passer du chlore dans de l'eau qui tient de la quercétine en suspension, celle-ci s'oxyde et se dissout. Le chlore sec lui donne une couleur orangée en fournissant probablement des produits de substitution. L'acide nitrique fumant et l'acide nitrique ordinaire à chaud l'attaquent avec production de vapeurs nitreuses. L'hydrogène naissant réduit et décolore une solution alcoolique de quercétine. L'acide sulfurique concentré à 50° ou 60° centigrades ou mieux l'acide sulfurique fumant dissolvent la quercétine et la convertissent en un acide sulfoconjugué jaune, soluble dans l'eau, de saveur acide, susceptible de teindre directement la laine en jaune sans le concours des mordants. M. Chevreul [Leç. de Chim. appl. à la teint.] a retiré le premier la matière colorante pure de l'écorce de quercitron et lui a donné le nom de quercitrin. Il épuise le quercitron par 10 p. d'eau bouillante ; on obtient ainsi une liqueur jaune brunâtre, laissant déposer au bout de quelques jours une substance cristalline. M. Bolley, qui a repris, après M. Chevreul, l'étude de cette substance, l'a décrite sous le nom d'aride quercitrique [Ann. der Chem.u. Pharm., t. XXXVII, p. 101]. Ce chimiste épuise le quercitron du commerce par de l'alcool à 84° centésimaux, dans un appareil de déplacement. Le tannin contenu dans cette liqueur est éliminé par la gélatine ; la solution est évaporée et donne un résidu formé de croûtes cristallines que l'on purifie par plusieurs cristallisations dans l'alcool. Certaines variétés de quercitron renferment une substance soluble dans l'eau froide et susceptible de se dédoubler à 60° centigrades, en présence de l'eau seule, en sucre et en quercitrin. Le hasard avait mis entre les mains de M. E. Schlumberger un semblable produit, avec lequel il a pu obtenir facilement du quercitrin en chauffant à 60° une infusion faite à froid ; le liquide se trouble et laisse déposer une assez forte proportion de quercitrin, en paillettes nacrées à peu près pures. M. Schutzenberger a vainement cherché, depuis, à reproduire ce phénomène avec d'autres matières premières. Peut-être réussirait-on mieux avec l'écorce fraîche. Le flavin fabriqué en Amérique par des procédés peu connus, et qui est en grande partie composé de quercitrin, est peut-être obtenu ainsi. Avec ce flavin il est très-facile de préparer du quercitrin pur. Il suffit de le chauffer à l'ébullition avec une grande quantité d'eau et de filtrer bouillant. Le liquide dépose, après refroidissement, des paillettes nacrées de quercitrin pur. On peut aussi, d'après Zwenger et Dronke [Ann. der Chem. u. Pharm., Supplementband, I, p. 266], épuiser le quercitron en poudre par de l'alcool; on concentre et on précipite par l'acétate neutre de plomb avec addition d'un peu d'acide acétique; le liquide filtré est précipité par l'hydrogène sulfuré, filtré de nouveau et concentré; les cristaux de quercitrin sont purifiés par de nouvelles cristallisations dans l'alcool. Rochleder et Kawalier ont retiré du quercitrin des fleurs de marronnier.
QUERCITRON. — Le produit commercial qui porte ce nom est l'écorce broyée du Quercus nigra digitata ou trifida, appelé aussi Quercus tinctoria. [on le connaît actuellement comme le
QUERCUS VELUTINA Lam.  ou chêne des teinturiers.
] C'est un arbre de la famille des amentacées, originaire d'Amérique. Il se présente sous forme d'une poudre fine ou de filaments fibreux, de couleur jaune ou chamois. Une décoction de quercitron offre une couleur rouge orangé ; elle s'altère peu à peu, dépose du quercitrin et finit par se prendre en une espèce de caillot brun; son odeur esi celle de l'écorce de chêne; sa saveur est amère et astringente, sa réaction acide. Les alcalis et les terres alcalines foncent ses teintes en donnant, pour les alcalis terreux, des précipités floconneux roux. La décoction da quercitron donne des précipités jaunes plus ou moins roux ou virant au vert-olive, arec l'alun, le bi- et le tétrachlorure d'étain, l'acétate de plomb, l'acétate de cuivre, le chlorure de baryum, le nitrate d'argent ; la gélatine donne un précipité floconneux, les sels de fer une coloration verte et un précipité olive. Les principes les plus intéressants contenus dans cette décoction sont ; un tannin (acide quercitannique) qui colore les sels ferriques comme le tannin ordinaire, mais ne fournit pas d'acide gallique; le ou les quercitrins. On évalue la richesse d'un quercitron en teignant un tissu de coton mordancé comme ceux qui servent pour la garance comparativement à un type. L'incinération de quelques grammes permet d'évaluer les substances minérales. Le quercitron est employé en teinture, à l'état de poudre. En se fondant sur les travaux de Rigaud, Leeshing imagina, en 1855, de faire bouillir le quercitron avec de l'acide sulfurique étendu. Cette opération, suivie d'un lavage à l'eau, a pour résultat de débarrasser l'écorce du tannin et du calcaire qu'elle renferme et de transformer le quercitrin soluble en quercétine peu soluble. Un procédé semblable de purification avait été employé dès 1849 par M. Duperray à Rouen. On fait bouillir pendant une heure, à la vapeur barbotante, dans une cuve en bois doublée de plomb, un mélange de 80 mesures d'eau, 100 kilogrammes d'acide sulfurique ou 200 kilogrammes d'acide chlorhydrique d'une densité de 1,192 et 200 kilogrammes de quercitron en poudre; on laisse déposer, on décante et on lave plusieurs fois à l'eau, on filtre et on évapore. Ce produit, employé sons le nom de quercétine industrielle, offre, par rapport au quercitron, certains avantages pratiques : 1° le tannin qui tend à ternir la vivacité des couleurs se trouve éliminé ; 2° il y a gain notable de matière colorante, car 100 p. de quercitron donnent 85 p. de quercétine industrielle teignant autant que 250 p. de quercitron [Bull. de la Soc. ind. de Mulhouse, t. XXXVII, p. 411]; 3° les nuances sont plus vives et plus nourries. Pour les besoins de l'impression, on emploie des décoctions qui doivent être employées fraîches, des extraits liquides à 10-20° Baumé, qui se conservent très-bien; enfin un produit importé d'Amérique et connu sous le nom de flavin. Le flavin est une poudre jaune-olive teignant autant que 16 fois son poids de quercitron; d'après Bolley, Brunner et König, il est formé tantôt de quercitrin à peu près pur, tantôt de quercétine, ou d'un mélange des deux corps. Le quercitron et ses dérivés industriels, ainsi que les matières colorantes pures que l'on en retire, communiquent au calicot mordancé les nuances suivantes :

Mordant alumineux,.......             Coulour jaune-serin franc.
Oxyde ferrique. ...........              —  grise, vert-olive ou noir, selon la masse d'oxyde de fer.
— de chrome.........                     —  jaune olivâtre.
Mélange d'alumine et de fer.       — réséda.
Oxyde d'étain.............                 —  jaune.

Arrêtons-là cette digression sur la quercetine : il serait absolument invraisemblable que les alchimistes aient pu en obtenir la préparation, car elle réclamait des connaissances qu'ils n'avaient pas... Ce qui, en revanche, est sûr, c'est que Paracelse est à l'oirigine de l'un des affluents les plus importants du courant philosophique R+C, auxquels se sont trouvés affiliés :  Roch Le Baillif,
sieur de la Rivière, médecin spagirique et alchimiste français (mort à Paris en 1605) qui fut médecin du Parlement de Bretagne puis premier médecin du roi Henri IV après la mort de Dalibourt ; Joseph du Chesne, seigneur de la Violette, dit Quercetanus ; Jean Gohory Parisien, dit Suavius ; David de PlanisCampy, dit l'Edelphe, conseiller et médecin ordinaire du roy. Cette liste n'est point close puisque nous n'avons fait que parler des Français et il faudrait encore citer Joseph Antoine Pernety...




PRÉFACE
Au valeureux lecteur chrétien

À vous, bien-aimé et pieux lecteur, et surtout à vous, Fils de la Sagesse et de la Doctrine,

Il y a quelques années, Dieu tout-puissant, en réponse à mes prières quotidiennes, m’ouvrit les yeux par les lumières de son Esprit Saint (qui nous fut envoyé à travers le Christ par le Père, et duquel nous recevons toute sagesse), et me permit de découvrir le vrai centre du centre du triangle, [le frontispice de l'Âge d'Or permet de découvrir ce vrai centre : il réside à la croisée des chemins entre les quatre éléments : les deux triangles forment la digamma de Salomon et représentent l'Eau et le Feu ; la Terre est représentée par l'image de la stibine sur laquelle E. Canseliet a donné tant d'informations envieuses, en particulier dans ses Deux Logis alchimiques, pp. 94-100 ; l'Air se trouve dans la circonférence du cercle de la Terre hermétique où est inscrit CENTRUM CENTRI IN TRIGUNO] et la seule et unique véritable matière de la précieuse Pierre des Philosophes, et depuis, je peux la tenir dans mes mains [cette matière est l'eau sèche de Basile Valentin ; il s'agit de la prima materia ou Azoth] ; pourtant cela me demanda encore cinq longues années pour découvrir comment le sang du lion rouge [Soufre rouge] et la glu de l’aigle blanc [l'un des noms du Mercure ; Grasshoff en parle dans la Cassette du Petit paysan et le nomme Azoth. Dans l'Escalier des Sages de
Barent Coenders van Helpen, elle est appelée aqua viscosa, fontina, aqua glacialis lucida, etc. Dans Huginus à Barma, cap. XXXIX et XL, no trouve encore une allusion à cette glu, qui, par sa combinaison au sang du lion rouge, formera un limon visqueux : c'est le compost philosophal. C'est cette glu qui était appelée IxoV par les vieux alchimistes et que Fulcanelli nommait petit poison chabot ou rémora. Au plan mythique, l'allégorie a été couverte sosu le voile d'Ixion, enchaîné pour l'éternité à sa roue  ; il symbolise la coagulation de l'Eau mercurielle : c'est Zeus qui lia Ixion au moyen de serpents et la roue tournait sans relâche au fond du Tartare] devaient être extraits, comment ils devaient être mélangés dans leurs proportions naturelles et comment ils devaient être scellés et confiés au feu secret. Je n’aurais non plus jamais découvert l’arcane, sans une constante et inlassable application. En vérité, j’ai étudié les écrits, les paraboles et les différentes figures des philosophes avec une particulière attention, et j’ai travaillé dur pour résoudre leurs nombreuses et merveilleuses énigmes, la plupart d’entre-elles n’étant que de vaines productions de leur imagination. Cela dura longtemps avant que l’expérience ne m’apprenne que tout leur obscur verbiage et leurs grandes prétentions n’étaient que pure folie et phantasmes sans fondement (comme l’attestent nos principaux philosophes). Alors je compris que leurs préparations (que nous pouvons lire chez Geber, Albert le Grand et les autres), leurs purgations, sublimations, cémentations, distillations, rectifications, circulations, putréfactions, conjonctions, solutions, coagulations, calcinations, incinérations, mortifications, revivifications, etc., et qu’aussi leurs trépieds, [cf. le Tripus Aureus de Maier] leurs athanors (fourneaux), leurs fours à réverbère, leurs crottins de cheval, leurs cendres, leur sable, leurs alambics, leurs pélicans, retortes, fixatoires, etc., n’étaient qu’imposture avérée et simple supercherie. Cela devrait être évident pour tous ceux qui s’attachent à la vérité du sujet. La Nature, qui dans sa noble simplicité, se réjouit dans sa propre substance, n’a rien de commun avec ces futilités. D’où Théophraste (Sec. mag. de phil. lap.) dit ouvertement de ceux qui cherchent la substance de la Pierre dans le vin, dans les corps imparfaits, le sang, le bismuth, le mercure, le soufre, le fumier, l’orpiment et dans les plantes comme la chélidoine, l’hysope [cf. Atalanta XLII, chimie et alchimie, saint Jean Baptiste], l’ivette, etc., qu’ils sont pleins de mensonges et de fourberies ― en trompant les naïfs, en tarissant leurs bourses, et qu’ils sont de plus, en suivant leur imagination déréglée, tout à fait incapable de satisfaire aux exigences de la Nature. (Alors dites-moi maintenant qui pourra me venir en aide avec les minéraux de la  terre, les distillations de l’eau, etc. ?). Quelques-uns d’entre eux prennent le vin nouveau et l’urine avec le projet de les changer en métaux. À les écouter, vous pourriez supposer que tout ce qui convient aux métaux est vendu chez les apothicaires. Toi, homme insensé, ne vois-tu pas qu’aucune de ces choses n’a un quelconque rapport avec eux ?

Vous pourriez aussi bien essayer de diviser la Nature que de tenter de tirer les métaux du sang. Faire un homme à partir d’un cheval ou une vache laitière à partir d’une souris, ce serait donner le même crédit à cette méthode de génération [sur la génération, cf. le Tractatus Aureus de lapide philosophico, traité anonyme qui pourait être de Mynsicht]. L’art ne peut changer ou dépasser l’ordre naturel de l’univers. Si une femme met au monde un enfant mâle, vous ne pouvez le changer en petite fille. De cette règle qui règne de toute évidence sur la Nature entière, toute personne normale peut découvrir où et comment nous pouvons rechercher et trouver notre matière bénie. Mais que nul n’imagine, ou ne soit trompé par quelque charlatan avec cette croyance, qu’il a tout ce qu’il lui faut quand la substance lui est révélée par Dieu ou par un initié en l’Art. Et que personne ne suppose que la dissolution et la purification soient des opérations banales. Il ne pourrait pas tomber dans une erreur plus profonde. Il n’a seulement franchi que la plus élémentaire phase de son travail. Laissez-moi lui dire une fois encore, que j’ai passé cinq années entières après avoir découvert la vraie matière de la Pierre, à la recherche de la bonne méthode pour la manipuler, jusqu’à ce qu’enfin, la sixième année, la clef du pouvoir me soit confiée par la révélation secrète du Très-Haut. Cette même clef que les anciens Patriarches, Prophètes et Sages ont toujours gardée secrète.

« Car si, dit Monarcha dans un certain passage, ils l’avaient décrite de façon intelligible à chacun et accessible à tous les ouvriers et portiers, cela aurait été un grand crime et la fin du vrai mystère ; de surcroît beaucoup de diables naîtraient d’une telle profanation de l’arcane et cela serait manifestement tout à fait contraire à la volonté divine ». [Monarcha est le titre que, en 1569, un Paracelsiste qui se nommait Lambert Wacker, avait donné à Théophraste : « monarcha et princeps medicorum ».]

À cause de cela et pour d’autres raisons que j’ai exposées dans l’épilogue, par crainte de paraître avare du talent que m’a confié Dieu, je révèle toutefois dans mon « Âge d’or ressuscité », (aussi loin que la Nature et Dieu le permettent), le Grand Mystère des Sages que, par la grâce de Dieu, j’ai vu de mes yeux et touché de mes mains. Le juste et pieux lecteur accueillera ma promesse d’un œil amical et ne laissera pas les apparentes contradictions le fourvoyer : la théorie et la pratique de cet Art, ainsi que les lois qui règnent dans la République des Chymistes, m’interdisent d’écrire plus ouvertement et plus clairement. Je souhaite néanmoins, et je crois, que tous ceux qui survoleront ce livre avec les yeux de l’esprit, qui s’y plongeront nuit et jour et prieront Dieu du fond du cœur, se régaleront comme moi, du merveilleux fruit caché de la Philosophie. C’est comme cela que les Frères de la Croix d’Or [cf. le Tractato Aureo de lapide... pour des notes sur les Frères de la Croix d'or et la Faam Fraternibus] et les membres élus de la communion philosophique sont et demeurent réunis en grande confédération.

En conclusion, pour que le savant et valeureux lecteur chrétien puisse connaître mon prénom et mon nom, j’écarterai toute cause de plainte en les leur faisant connaître de cette manière. Que tous sans exception soient assurés que le numéro de mon nom est 1613 : par ce nombre, mon nom entier est écrit dans le livre de la Nature avec deux mort(e)s et sept vivant(e)s. Ensuite, la lettre 5 est la cinquième part de B, et 15 est la cinquième part de 12. Vous devez vous contenter de cette information.

Écrit à Tannenberg, le 23 mars 1622


ÉPIGRAMME
destinée aux Fils de la Sagesse et de la Doctrine

J’ai cherché ; j’ai trouvé ; j’ai souvent purifié ; et j’ai conjoint ensemble ; j’ai fait mûrir : alors a suivi la teinture d’or qui est appelée le centre de Nature (d’où tant d’opinions, tant de livres et tant de paraboles). Je le déclare ouvertement, c’est le remède pour tous les métaux et pour toutes les personnes malades. La solution vient de Dieu.

HERMANN DATICHIUS,
Le famulus de l’auteur [Datichius est l'un des pseudonymes de Mynsicht]


L'ÂGE D'OR RESSUSCITÉ

Comme je songeais aux miracles du Très-Haut, aux mystères cachés de la Nature et à l'amour vif et ardent que nous devons à notre prochain, alors je me souvins des moissons de froment que Léa donna à Rachel pour son union avec le patriarche Jacob, quand Ruben, fils de Léa, trouva Dudaïm [Gen 30 : 14-18  - le terme hébreux dudaïm -
yavruachin - signifie mandragore. Cette plante a eu depuis toujours des propriétés réputées extraordinaires : aphrodisiaque, procurant la richesse, la longévité, etc. Léa, femme de Jacob, donna naissance à son cinquième fils Issachar grâce à ce pouvoir de la mandragore - symbole d'amour -. Il en existe de deux espèces, l'une mâle de couleur blanche et l'autre de couleur noire, femelle. Elle symbolise avant tout la fécondité et on l'appelait, par ailleirs, au XVIIIe siècle, la main de gloire, parce qu'elle était réputée rendre le double de ce qu'elle avait reçu. Chez les Grecs, on la nommait plante de Circé parce que cette magicienne s'était aidé de la mandragor pour transformer en pourceaux les compagnons d'Ulysse. Il semble d'ailleurs que l'ail puisse être considéré comme un antidote de la mandragore ; sur Circé, cf. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 - sur le plan hermétique, on peut voir dans la mandragore certaines des promesses de la pierre philosophale et ses couleurs sont bien sûr, celles du travail de l'oeuvre. ] dans le champ. J'étais plongé dans de très profondes réflexions qui m'entraînèrent jusqu'au temps où Moïse avait rendu potable le veau d'or fondu par Aaron [nous avons rendu compte, dans la section consacrée à la voie humide, de ce que Stahl s'était demandé comment Moïse avait rendu potable l'or du veau sacré. Or, il est évidemment impossible que l'or ait pu être rendu soluble ; de toute façon, sous cette forme il aurait été des plus toxiques et le prophète aurait tué tout son monde...], en le réduisant en cendres, en l'aspergeant d'eau et en l'offrant à boire aux fils d'Israël. J'admirais avec quelle ingéniosité l'Homme de Dieu avait opéré cette destruction. Mais comme ma compréhension était correcte, je reconnus enfin la vérité et mes yeux s'ouvrirent, tels ceux des disciples d'Emmaüs qui reconnurent leur maître à la fraction du pain. Mon cœur était en feu, mais me réservant de reprendre ma contemplation, par la suite je me livrai au repos et me laissai envahir par le sommeil. [phase bien connue des lecteurs de traités d'alchimie ; l'un des plus connus, sous ce rapport, est l'Hermès Dévoilé de Cyliani]

Et voici que m'apparut en songe le roi Salomon, dans toute sa puissance, dans toute sa richesse et dans toute sa gloire, suivi de son gynécée tout entier. Il y avait soixante reines et quatre-vingts concubines, et les vierges étaient innombrables. Parmi elles se trouvait sa colombe, la plus belle, la plus chère à son cœur [c'est l'un de nos Soufres]. Conformément au rite catholique, elles formèrent une procession splendide et solennelle au centre de laquelle était mise en valeur et à l'honneur celle dont le nom était comme un baume répandu, éclipsant par son parfum tous les aromates. Son esprit de feu était la clé [il est assez singulier qu cette clef soit appelée « l'adultère », ainsi qu'on le lit dans le Tractato de Auro...] pour ouvrir le temple, entrer dans le Saint des Saints et saisir les cornes de l'autel.

La procession achevée, Salomon me montra alors le centre unique dans le Triangle du Centre [cf. supra, point de convergence des quatre éléments] et m'ouvrit l'intelligence. Alors je remarquai derrière moi une femme nue qui découvrait sa poitrine blessée d'où coulaient de l'eau et du sang. Les contours de ses hanches étaient semblables à deux lunules œuvrées de main de maître, son nombril à une coupe arrondie, son ventre à une gerbe de froment bordée de roses, ses seins à deux faons jumeaux, son cou à une tour d'ivoire, ses yeux aux viviers d'Hébron à la porte de Bath-Rabbim, son nez à la tour du Liban tournée vers Damas. Sa tête était comparable au Carmel et sa chevelure ondulait telle une pourpre royale. Mais ses habits, abjects, gisaient à ses pieds, ils étaient puants, fétides, empoisonnés. [cela pourait être une sorte d'Isis ; les habits désignent les parties adustibles]

Elle prit la parole :

« J'ai ôté ma robe ; comment la remettrai-je ? Je me suis lavé les pieds ; comment les salirai-je à nouveau ? Les veilleurs qui parcourent la ville m'ont trouvée, m'ont blessée et m'ont arraché mon voile ».

À ces mots la crainte me jeta à terre sans connaissance. Mais Salomon m'ordonna de me relever et me dit :

« Ne crains point, c'est la nature que tu vois à découvert et les plus secrets des secrets que l'on puisse trouver sous le ciel et sur la terre. Elle est exquise comme Tirsa, douée comme Jérusalem, redoutable comme les lances des armées, et cependant c'est la vierge pure et chaste d'où Adam a été tiré. L'entrée de sa tente est scellée. Elle habite dans le jardin et dort, au champ d'Hébron, dans la double grotte d'Abraham ; elle a son palais dans les gouffres transparents des profondeurs de la Mer Rouge. L'air l'a engendrée et le feu l'a élevée, c'est pourquoi elle est la reine de la terre, ses seins sont gonflés de lait et de miel, ses lèvres distillent le miel, le miel et le lait sont sous sa langue et l'odeur de ses vêtements est pour les Sages semblable aux parfums du Liban ; mais pour l'ignorant, c'est une abomination ». [sur la Mer Rouge, cf. Atalanta XXXI ; Adam est tiré d'un limon qui s'apparente à celui qui naît de la jonction du sang du Lion rouge et de la glu de l'Aigle blanc : il s'agit donc là d'une version d'apollon, à ne pas confondre avec la terre adamique ; le jardin est celui des Hespérides, gardé parle farouche dragon Ladon ; ses seins sont à l'identique de ceux que décrit Fulcanelli dans son Mystère des Cathédrales ou encore de ceux que l'on voit dans une des gravures de l'Azoth ou ben encore dans l'une de celles de l'Aurora Consurgens ; l'abomination vient de l'odeur sulfureuse accusée]


aquarelle extraite de l'Aurora Consurgens

Salomon poursuivit :

« Éveille-toi, contemple mon gynécée et cherches-en une qui l'égale ».

Aussitôt, les femmes se dévêtirent avec pudeur. Mais profondément troublé, j'étais incapable de répondre, et, pour ne rien voir, j'avais fermé les yeux.

Tout en s'apercevant de ma gêne, Salomon fit mettre cette femme nue à l'écart du Gynécée et ajouta :

« Tes pensées sont vaines et ton intelligence est brûlée par le soleil ; ta mémoire est obscurcie par le brouillard au point que ton jugement n'est plus droit. Mais si tu prends soin de tes intérêts et si tu saisis l'occasion présente, la sueur mêlée de sang de cette vierge nue et ses larmes claires comme la neige pourront te recréer à nouveau et restaurer ton intelligence et ta mémoire, de sorte que tes yeux percevront les mystères les plus élevés, tels que la hauteur des choses supérieures et la profondeur des choses inférieures. Tu feras toi-même l'expérience des puissances et des opérations de la nature et de ses éléments ; alors ton intelligence sera d'argent et ta mémoire d'or. Les couleurs des pierres précieuses apparaîtront devant tes yeux et tu connaîtras leur génération. Tu sépareras le bien du mal et les boucs des brebis. Ta vie sera paisible, les clochettes d'Arion te tireront du sommeil, et la cithare de David, mon père, de la somnolence ». [pure cabale : l'esprit est comparé à l'argent - ton intelligence sera d'argent - et la mémoire, i.e. l'âme à l'or alchimique. Car l'amour est, en quelque sorte, la mémoire du sensible. Arion est ce poète de Lesbos qui dut son salut à des dauphins, alors qu'il était en pleine mer et que de smarins voulaient le tuer. Rappelons que le dauphin est un symbole de la série soufrée.]

Le discours de Salomon me plongea dans une grande terreur, d'une part à cause de la majesté de ses paroles, et d'autre part à cause de la gloire et de la splendeur du Gynécée royal que j'avais sous les yeux. Mais le Roi, me prenant par la main droite, me fit passer par un cellier à vin et me conduisit dans un Palais secret d'un raffinement extrême, où il me réconforta en m'offrant fleurs et fruits. Les fenêtres étaient faites de cristaux transparents et j'y portai mes regards. « Que vois-tu ? » demanda-t-il.

« Je vois », répondis-je, « la première chambre d'où je suis sorti ; à gauche se trouve ton Gynécée royal et à droite les vierges nues. Leurs yeux sont plus rouges que le vin et leurs dents plus blanches que le lait ; mais les vêtements qui sont à leurs pieds sont plus laids, plus noirs et plus immondes que le ruisseau du Kidron ».

« Choisis entre toutes », dit Salomon, « celle qui te porte la plus grande affection ; celle-la, je la prise autant que mon Gynécée tout entier, et plus je jouis de la douceur de mon amante, moins ses habits immondes me répugnent ».

Il se retourna alors et s'adressa fort aimablement à l'une de ses reines. C'était celle qui régnait sur la cour, elle avait cent ans ; elle était drapée d'une robe couleur cendre et portait sur la tête une bandelette noire, ornée de nombreuses pierres précieuses d'un très grand éclat, doublée de soie rouge et artistement brodée de soie jaune. Son manteau enfin était rehaussé de couleurs variées, venues des Indes et de Turquie.

La vieille femme me fit un discret signe de tête et jura solennellement qu'elle était bien la mère de cette vierge nue, qu'elle l'avait enfantée, que sa fille, jusque là, n'avait voulu souffrir la vue ni le regard d'aucun homme ; bien qu'en tous lieux, chez les peuples les plus divers, disait-elle, sa fille ait eu affaire à des hommes sur les places publiques, néanmoins, avant ce jour, nul ne l'avait vue nue et nul ne l'avait touchée. Car c'était là la vierge dont le prophète dit : Voici qu'en secret nous est donné un enfant sans pareil. Voici qu'une vierge met au monde une vierge, du nom d'Apdorosse, ce qui signifie « la scellée » car elle ne souffre aucun autre [allusion au scel des alchimistes, c'est-à-dire au sceau vitreux d'Hermès, qu'ils apposent lorsqu'ils abandonnent leur creuset - crux - au feu.]. Mais, poursuivait-elle, en prévision de ses noces, elle avait caché une dot sous les pieds de sa fille, de peur qu'en ces temps de guerre, des brigands ne la dépouillent et ne la privent de ses immenses richesses. En dépit de la profonde répulsion que provoquait en moi la présence abominable de ces haillons immondes, il me fallait choisir entre toutes, disait-elle, sa fille très chérie pour être mon amante et le plaisir de ma vie. Elle promit de me procurer, si j'acceptais, une lessive [de cendres de chêne, i.e. borith] qui me permettrait de nettoyer les vêtements de sa fille ; j'obtiendrais alors, à l'en croire, le sel liquide [eau sèche qui ne mouille point les mains], trésor inestimable pour le reste de ma vie. En outre, sa main droite serait mon plaisir quotidien, et, la tête posée sur sa main gauche, je prendrais mon repos.

Mais au moment où j'allais m'expliquer, Salomon se tourna vers moi et me dit d'un air menaçant :

« Je suis le plus sage des hommes de la terre, mon Gynécée me réjouit et la majesté et la gloire de mes reines l'emportent en éclat sur l'or d'Ophir. Les ornements de mes concubines obscurcissent les rayons du Soleil, et la parure de mes vierges la magnificence de la Lune. Mes vierges sont célestes, ma sagesse est sans limite et mon intelligence insondable ». [on voit que Salomon tient dans cette allégorie le même rôle que le Mercurius senex de Jung]

Voici ce que je répondis, tout en m'inclinant à demi-mort de frayeur :

« Eh bien, puisque j'ai trouvé grâce à tes yeux, alors que j'étais dans la détresse, donne-moi cette vierge nue qu'entre toutes j'ai choisie pour mon salut. Sans doute ses habits sont-ils immondes, souillés et en haillons, mais ce sont les siens et je les nettoierai et l'aimerai de tout mon cœur. Qu'elle soit ma sœur, mon épouse, puisque d'un seul de ses regards, elle me ravit le cœur et m'enflamme, au point que, malade de trop d'amour, il me faut me coucher ».

Aussitôt Salomon me la confia. [cette histoire rappelle l'allégorie décrite par le pseudo Basile Valentin dans les Douze Clefs de Philosophie, cf. E. Canseliet, la Femme sans tête dans Alchimie, Etudes diverses de symbolisme hermétique, etc., Pauvert, 1964, 1978]
       
Soudain, un vacarme se produisit dans le Gynécée et je m'éveillai, sans savoir ce qui m'était arrivé. Néanmoins je tenais cela pour un songe et je nourris de subtiles pensées à son sujet jusqu'à la venue du jour. Comme je me levais, mes prières dites, voici que j'aperçus les habits de la vierge nue gisants aux pieds de mon lit. Mais de la vierge elle-même, nulle trace. Je me mis à trembler, la frayeur me fit dresser les cheveux sur la tête et une sueur froide glaça mon corps. Mais, le courage revenant, je cherchai à me rappeler mon rêve et, dans la crainte du Seigneur, je pesai tout cela avec une grande attention. Mais je ne réussis point à comprendre.

Comme je l'ai déjà dit, je n'osais pas regarder ces habits ; à plus forte raison ne tentais-je pas de reconnaître quelque chose en eux. Je changeai alors de chambre, et, après un temps assez long, par pure ignorance il est vrai, je laissai ces vêtements à la même place, jugeant que si je venais à les toucher ou à les retourner, je pourrais en subir quelque conséquence extraordinaire. Mais ces habits, par leur horrible puanteur, m'avaient empoisonné pendant mon sommeil, au point que mes yeux ne pouvaient plus voir le temps de la grâce et que mon cœur ne pouvait plus connaître la sagesse immense de Salomon.

Mais après avoir laissé ces vêtements cinq années dans ma chambre sans que j'ai pu découvrir leur utilité, j'envisageai enfin de les consacrer à Vulcain et de changer d'habitation. Je remuai donc ces pensées, lorsque, la nuit suivante, m'apparut en songe la vieille âgée de cent ans. Elle se mit à m'invectiver avec dureté :

« À toi, le plus ingrat des mortels, j'ai confié, il y a maintenant cinq ans, les vêtements de ma fille ; sous eux sont cachés ses joyaux sans prix. Cependant, de tout ce temps, tu ne les as pas nettoyés, tu n'en as pas ôté la vermine, et maintenant pour couronner le tout, tu projettes de les brûler ; ne te suffit-il donc pas d'avoir causé la mort et la disparition de ma fille ? »

A ces mots, je m'enflammai de colère :

« Comment dois-je comprendre tes paroles ? Essaies-tu de me faire passer pour un voleur, alors que de ces cinq années, je n'ai jamais aperçu ta fille dans ma chambre et n'en ai entendu parler le moins du monde ? Comment pourrais-je donc avoir causé sa mort ? »

Mais elle me coupa la parole :

« C'est la pure vérité. Tu as gravement péché envers Dieu. C'est pourquoi tu as pu t'emparer de ma fille, mais non obtenir de moi la lessive des Philosophes que je t'avais promise pour laver ses habits. En effet, dès l'instant où Salomon, dans sa bienveillance, t'eût confié ma fille, tu pris ses vêtements en horreur. Saturne, son grand-père, enflammé de colère, la changea de nouveau en ce qu'elle avait été avant de naître ; et c'est ainsi qu'offensant Saturne par ton mépris, tu as fourni l'occasion de livrer ma fille à la mort, à la corruption et à l'anéantissement final. C'est d'elle dont parle Senior :

« Malheur, malheur à moi ! Qu'on m'amène une femme nue, pendant que mon corps est invisible et que je n'ai pas encore conçu, jusqu'à ce que je renaisse à nouveau ; alors je produirai les principes essentiels de toutes les racines des herbes et mon essence triomphera
». [cette lessive, tenant du chaux et du sable, va consister à préparer un verre particulier : il tient à la fois du composé et du composant, ce qui explique que le cygne de Fulcanelli meurt par ses propres plumes. En son temps, Djabir avait déjà trouvé qu'au bout de 700 distillations, l'eau pure qu'il avait mise dans un matras était devenue blanche ; il y a là une indication. Le servus fugitivus est soumis à l'action du Soufre - l'agent-. Pour autant, ce serait une erreur de considérer le Mercure comme le patient, puisqu'il y a un autre Soufre auquel le premier, celui dont nous parlons, doit être conjoint : le Mercure ne saurait, dans ses conditions, servir que de Vicaire... C'est ce que donne à penser la Tourbe.]

Ces paroles majestueuses qui pénétraient mon cœur me parurent tout à fait étrangères, mais je contins en homme mon humeur et protestai avec solennité que je n'avais aucune trace de sa fille et qu'à plus forte raison, je ne pouvais avoir provoqué sa mort, sa corruption et son anéantissement. Sans doute avais-je conservé ses habits cinq années durant dans ma chambre mais l'excès de mon aveuglement m'avait empêché de les examiner ; je n'avais pas pu en découvrir l'utilité. J'étais donc innocent devant Dieu comme devant les hommes.

Le bien fondé et la légitimité de ma justification plurent beaucoup à la vieille mère. Elle dit en me regardant :

« Je vois bien à la pureté de ta conscience que tu es innocent et que, grâce à cela, tu recevras une grande récompense. C'est pourquoi avec un cœur loyal, mais dans le secret, je te ferai une révélation : ma fille, à cause de l'amour extraordinaire et de l'affection qu'elle te portait, sous les habits qu'elle t'a abandonnés, t'a laissé en héritage une corbeille blanche, recouverte d'une guenille grossière, noire et fétide ».

Tout en parlant, elle me tendit un verre plein de lessive.

« Tu nettoieras bien cette corbeille de la puanteur et de la crasse que les habits lui ont communiquées. Tu n'auras alors besoin d'aucune clé, mais la corbeille s'ouvrira d'elle-même, et tu y trouveras deux choses : un coffret blanc, en argent, plein de diamants sertis dans l'étain, et un habit somptueux orné de très précieux jaspes solaires. Ce trésor appartient à ma fille bénie ainsi que les autres richesses qu'avant sa transmutation et son départ, elle t'a laissées en héritage.

Maintenant, transporte avec soin ce trésor et travaille à le purifier ; puis, secrètement et très patiemment, mets-le dans une petite chambre, chaude, cachée, vaporeuse, humide et transparente ; garde-le bien de la rigueur du froid, du vent, de la grêle, de la foudre aux funestes éclairs, bref de toute atteinte de l'extérieur, et ce, jusqu'à la moisson du froment. Alors tu découvriras et tu percevras la gloire et la majesté immense de ton héritage
». [l'étain renvoie à la portion mercurielle de l'hermaphrodite - c'est-à-dire le laiton hermétique qui n'est pas nommé dans cette allégorie - tandis que l'habit somptueux est dela nature du Soufre solaire. Pour se garder de la rigueur des tempêtes, mieux vaut posséder une boussole et suivre les préceptes de Mathurin Eyquem, sieur du Martineau, dans son étude du Flux et Reflux de la Mer, Jean d'Houry, Paris, 1678]


De Alchimia opuscula avec une illustration du Rosarium Philosophorum [Ici est né l'empereur glorieux, etc.]

A ces mots, je m'éveillai à nouveau. Inquiet, j'invoquai Dieu pour qu'il veuille bien éclairer mon esprit afin que je cherche et trouve la corbeille qui m'avait été promise dans mon rêve. Mes prières achevées, je me mis à fouiller avec impatience dans les habits et je la trouvai. Mais la guenille qui l'enveloppait et que la nature avait épaissie, était si dure que je ne pus pas la séparer de la corbeille. Et la guenille ne se laissait ni nettoyer par la lessive ni séparer par le fer, le plomb ou d'autres métaux. Je la laissai donc une nouvelle fois, et j'étais en proie au doute, ne sachant au monde ce que je pouvais bien faire. Je pensai qu'elle était empoisonnée et me rappelai les paroles du Prophète :

« Bien que tu te laves avec de la lessive et que tu fasses grand usage de produits de nettoiement, tes vices n'en étincellent que davantage à mes yeux, dit le Seigneur ». [l'Artiste semble arrêté par le même problème auquel furent confrontés tant d'artistes qui, possédant les matières, mais soit ne connaissant pas le feu, soit ne sachant pas la manière de s'en servir, errèrent comme des aveugles pendant parfois vingt ans, comme Fulcanelli ou Limojon de saint Didier. Il convient en somme de brûler de manière radicale les parties adustibles tout en préservant le Soufre central, qui est précisément le vrai centre du triangle évoqué tout au début de l'Aureum... ]

Une année s'écoula encore, pendant laquelle, malgré mes réflexions et mes recherches actives, je fus incapable d'ôter cette guenille plaquée sur la corbeille, jusqu'au jour où, afin de chasser des pensées mélancoliques, je m'aventurai dans un jardin. Après une longue promenade, je m'abandonnai sur un rocher de silex et là, un profond sommeil me saisit. Mes yeux dormaient sans doute, mais mon cœur veillait. [la roche de silex porte en elle la solution du problème, puisqu'il convient de couper - à proprement parler - le caput de sa partie fixe et de l'isoler de sa partie volatile. Or, le silex - tomoV - est cet instrument que l'Artiste doit employer pour couper, i.e. résoudre, sa pierre en sorte qu'elle puisse être attaquée par le loup gris de Basile Valentin : c'est nommer l'antimoine saturnin d'Artephius et de Tollius. Est-ce là ce dormeur que nous apercevons sur la première planche du Mutus Liber ? Nous n'oserions l'affirmer... ]

Alors, une nouvelle fois, la Maîtresse de la Cour âgée de cent ans m'apparut et me dit :

« As-tu obtenu l'héritage que t'a laissé ma fille ? ».

D'une voix triste, je répondis par la négative :

« J'ai bien trouvé la corbeille, mais je ne puis ôter la guenille et la lessive que tu m'as donnée ne parvient pas à l'attaquer ».

Devant la simplicité de mes paroles, la vieille se mit à rire et dit :

« Manges-tu les escargots ou les crabes avec leur coquille ? Ne convient-il pas auparavant de les amener à maturité et de les faire préparer par ce cuisinier qui est l'aïeul des planètes ? Je t'ai dit de purifier avec le plus grand soin cette corbeille blanche avec la lessive que je t'ai donnée et qui est tirée d'elle et non pas cette guenille qui l'enveloppe et qui est crue ; commence par la brûler avec le feu des Sages et alors tu réussiras ». [la mère folle - puisqu'il s'agit d'elle - cf. une maison sise à Tours - cite Saturne - Cronos et tâche de faire comprendre à l'impétrant que les parties adustibles doivent être détruites.]

À cette fin, elle me remit quelques braises recouvertes de soie blanche et elle me fournit d'autres explications : c'était avec ces braises que je devais exciter le feu philosophique, entièrement préparé selon l'art, et brûler la guenille ; alors, sur le champ, la corbeille blanche m'apparaîtrait.

Quand elle eut fini son discours, l'Aquilon et l'Eurus [sur les vents de l'oeuvre,
cf. Atalanta XXV, XLVII et I] se levèrent et, toutes les heures, soufflèrent de concert dans le jardin. Puis je m'éveillai, chassai le sommeil de mes yeux et remarquai que ces braises enveloppées se trouvaient à mes pieds. Aussitôt je m'en saisis et d'un cœur joyeux, j'invoquai Dieu et m'appliquai à l'étude jour et nuit, tout en me souvenant de l'excellente parole du Philosophe : « Le Feu et l'Azoth te suffisent » [rappelons que cela signifie le feu vulgaire qui excite le Mercure, dissolvant des métaux et des minéraux], et d'Esdras qui écrit au livre IV :

« Il me tendit une coupe pleine de feu que je bus et la sagesse grandit en moi. Dieu me donna la cinquième intelligence, mon esprit prit résidence dans ma mémoire, ma bouche s'ouvrit et rien d'autre ne fut ajouté ». [le Livre IV d'Esdras est un Apocryphe ;
on peut citer : la Prière de Manassé, les Psaumes de Salomon, la Lettre d'Aristée, les IIIe et IVe Livres d'Esdras, les IIIe et IVe Livres des Machabées, le Livre d'Hénoch, les Secrets d'Hénoch, le Livre des Jubilés ou Petite Genèse, le Martyre d'Isaïe, les Livres sybillins, l'Assomption de Moise, les Apocalypses de Baruch (une en syriaque et une en grec), le Testament des douze Patriarches (grec), le Testament de Nephtali (hébreu), la Vie d'Adam et d'Ève, l'Histoire d'Ahikar. Les Apocryphes de l'Ancien Testament sont donc l'expression fidèle de la pensée juive dans les temps qui ont immédiatement précédé ou qui ont accompagné la venue du Sauveur. Ils traduisent les croyances des contemporains sur la parousie et le royaume messianique, le séjour des âmes des morts avant la résurrection, la fin des temps... En l'occurrence, la coupe pleine de feu représente le Mercure animé contenant le Soufre rougre, c'est-à-dire la teinture et la cinquième intelligence doit correspondre à la quintessence des alchimistes. ]

En quarante nuits, deux cent quatre livres furent achevés ; soixante-dix d'entre eux, destinés aux Sages, méritaient grandement d'être lus : ils étaient gravés sur du buis. [le buis - puzoV - était consacré dans l'Antiquité à Cybèle, cf. nos symboles. Il s'agit donc d'un symbole double, à la fois funéraire - mise au feu des matières, passées au creuset - et d'immortalité - caractère permanent de l'eau étoilée et métallique des Sages : le buis reste toujours vert, à l'instar du Lion des alchimistes. C'est encore un symbole de la persévérance, cf. Gobineau de Montluisant. Certains auteurs pensent aussi que le buis était consacré à Aphrodite, gage de la persistance de la vie dans les mois d'hiver.]


Vices et Vertus du portail central de Notre-Dame de Paris : la Persévérance


Ainsi, conformément aux instructions de la vieille, je m'avançais dans le silence et l'espoir ; enfin, comme Salomon l'avait promis, mon intellect se transforma en argent et ma mémoire en or. Puis, suivant l'enseignement de cette vieille Maîtresse de la cour, je déposai et j'enfermai selon les règles et avec beaucoup d'art le trésor de sa fille : les splendides diamants lunaires et les jaspes solaires [le jaspe - iaspiV - était associé à la pierre des aigles ou aélithe. On peut y voir une idée se rapprochant du mûrissement des minéraux selon la doctrine alchimique que nous soutenons - à l'exception de l'idée de la transmutation des métaux ; là encore, la couleur verte domine l'idée du symbole, à l'instar de ce que nous venons de voir pour le buis. Ici, le jaspe est associé au Soufre et le diamant - comprenez le cristal - à la lune, cf. Mercure.] qui provenaient d'une même corbeille et d'une même région. Alors j'entendis la voix de Salomon :

« Mon ami est blanc et rouge, il est élu entre tous. Ses cheveux sont frisés, noirs comme les corbeaux, ses yeux sont semblables aux yeux des colombes qui se tiennent auprès des ruisseaux, ils sont baignés de lait et rayonnent de plénitude. Sa bouche est parfumée comme un jardin embaumé ; ses lèvres ressemblent à des roses distillant de la myrrhe, ses mains à des anneaux d'or ornés de jaspes boréaux, son corps brille de l'éclat du Saphir éburnéen, ses jambes sont telles des colonnes de marbre au socle doré, son visage a la beauté des cèdres du Liban. Sa gorge est douce et charmante. Tel est mon ami, oui, tel est mon ami, ô filles de Jérusalem ; c'est pourquoi tu le conserveras et tu ne le renverras pas avant de l'avoir porté dans la demeure et dans la chambre de sa mère ». [première évocation directe du laiton hermétique]

Lorsque Salomon eut parlé, je restai silencieux, incapable de lui répondre. Je décidai de rapporter ce trésor fermé afin de retrouver la paix et de ne plus avoir d'ennui à cause de lui ; mais j'entendis alors, venue d'un autre lieu, une voix qui disait :

« Je vous en conjure, filles de Jérusalem qui courez la campagne parmi les chèvres et les biches, n'éveillez pas mon amie, ne la dérangez pas avant qu'elle ne le souhaite. Elle est un jardin clos, une source fermée, une fontaine scellée. En elle sont les vignes de Baalhamon, les vignes d'Engeddus, un verger de noyers embaumants, une montagne de myrrhe, une colline d'encens, un lit, une couche, une couronne, les fruits du palmier, les fleurs de Saron, un saphir, un Jaspe boréal, un mur, une tour et une cuirasse, un verger, une fontaine de jardin, une source d'eau vive, la fille des princes et les délices de Salomon. Elle est l'objet de tout l'amour de sa mère, sa tête est pleine de rosée et sa chevelure, pendant la nuit, s'est imprégnée d'humidité ». [évocation de la fontaine de jouvence de Bernard Le Trévisan. Sur le palmier dont le rôle hermétique est important, cf. blasons alchimiques]

Ce discours et cette révélation m'instruisirent au point de me faire connaître enfin le but que poursuivaient les Sages. C'est pourquoi je laissais le trésor enfermé sans le toucher jusqu'à ce que, par la grâce de Dieu, l'œuvre de la très noble Nature et le travail de mes mains, tout se résolve heureusement.

Peu de temps après, le jour de la nouvelle Lune, il y eut une terrifiante Éclipse de Soleil [grande éclipse de soleil et de Lune décrite par Lulle]. Au commencement apparurent des couleurs vert sombre, quelque peu mêlées avec d'autres couleurs, puis tout devint noir et l'Éclipse obscurcit le ciel et la terre. Les hommes étaient dans l'anxiété, mais moi, je me réjouissais en me rappelant la grande compassion de Dieu à mon égard, lui qui nous fit savoir par le Christ lui-même, qu'il en va de la nouvelle naissance comme du grain de blé qui ne porte aucun fruit s'il n'est mis en terre et n'y pourrit. Puis des nuages dissimulèrent l'Éclipse et le Soleil reparut dans tout son éclat. Mais durant tout ce temps, trois parties étaient demeurées très sombres.

Et voici

« qu'un bras transperça les nuages et mon corps à ce spectacle tremblait. La main tenait une lettre, qui portait quatre sceaux où il était écrit : Je suis noire, mais je suis douée, ô filles de Jérusalem, comme la tente de Cédar et les tapisseries de Salomon. Ne vous étonnez pas de me voir si noire, c'est le Soleil qui m'a brûlée ».  [passage renvoyant à ce qu'écrit E. Canseliet dans son chapitre de la Femme sans Tête, op. cit., p. 90-97]


Science Hermetique ou La Pierre Philozophale.
Texte de Solidonius Philosophe enrichi de ses figures hieroglifiques Tirées des Egiptiens avec leur explication.


Et aussitôt le fixe pénétra l'humide, un arc-en-ciel se déploya tandis que me revenaient en mémoire le pacte du Très-haut et la fidélité de mon Maître et tuteur envers moi [le thème de l'arc-en-ciel et récurent : il exprima la conjonction des principes par la médiation du Mercure, cf. Clef VI de Basile Valentin]. Et voici que, avec l'aide des Planètes et des Étoiles fixes, le Soleil vainquit enfin l'Éclipse et un jour parfaitement serein illumina plaines et monts. Alors toute crainte et toute frayeur s'évanouirent et tous ceux à qui il fut donné de voir ce jour se réjouirent dans le Seigneur en disant :

« L'hiver est passé, la pluie a cessé, les fleurs sont apparues sur la terre, le printemps arrive et l'on entend sur terre la tourterelle. Le figuier et les vignes sortent de jeunes pousses et répandent un doux parfum. Attrapons sans tarder renards et renardeaux qui nous gâtent les vignes, si nous voulons recueillir les raisins mûrs, nous abreuver du vin que nous en tirerons et nous rassasier, en temps voulu, du lait et manger des gâteaux de miel jusqu'à en être ivres et repus ».

Mais après le déclin du jour et la tombée de la nuit, le ciel tout entier changea de couleur, sept étoiles aux rayons d'or se levèrent et la nuit suivit son cours naturel jusqu'au matin [il s'agit des sept planètes ; le soleil y est ici remplacé par la Terre ou sitibine]. Alors, la rougeur du Soleil la chassa. Et voici que les Sages de la terre, sortant de leur sommeil, regardèrent le ciel et dirent :

« Qui est-elle celle-là qui, pareille à l'aurore, surgit ainsi, aussi élégante que la Lune, aussi remarquable que le Soleil ? En elle, on ne peut trouver nulle tache. L'ardeur et la flamme du Seigneur sont si brûlantes que la masse des eaux ne saurait éteindre un pareil amour ni les fleuves l'étouffer. C'est pourquoi nous n'avons nul mépris pour elle, elle est notre sœur, si humble qu'elle soit ; elle qui n'a pas encore de seins, nous la reconduirons dans la demeure de sa mère, dans ce palais transparent où elle demeurait auparavant, afin que, suçant le sein maternel, elle devienne grande comme la Tour de David, rempart dressé où pendent mille boucliers et toutes les armes des héros. Quand elle reviendra, les filles célébreront son bonheur, les Reines et les concubines la couvriront de louanges ». [les Sages parlent de la Vénus hermétique dont nous avons sgnalé ailleurs les étroits rapports qu'elel contracte avec Saturne]


Science Hermetique ou La Pierre Philozophale.
Texte de Solidonius Philosophe enrichi de ses figures hieroglifiques Tirées des Egiptiens avec leur explication.


Et moi, à genoux sur le sol, je rendis à Dieu les grâces qui lui étaient dues et je célébrai son très saint nom.



ÉPILOGUE

    Et maintenant, Fils de la Sagesse et de la Doctrine, vous trouverez ici le grand Mystère des Sages accompagné de toute sa puissance et de toute sa gloire, ainsi que la révélation de l’Esprit pour lequel, le prince et monarque Théophraste [cf. supra] a eu ces paroles dans l’Apocalypse d’Hermès :

« C’est l’unique Dieu et c’est Lui qui tient rassemblé le monde entier ; par Lui seul nous sommes dans la vérité et pouvons réellement vaincre les éléments et obtenir la quintessence. Aucun œil n’a jamais vu, aucune oreille n’a jamais entendu, et ni l’un ni l’autre n’ont jamais pu introduire dans le cœur d’un homme, ce qui est dans l’intelligence de l’Esprit de Vérité. En Lui seul est la vérité, et par Lui seul, Adam et les autres patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, furent capables de garder la santé, de vivre longtemps et d’obtenir de vastes richesses pour eux-même.  Grâce à cet Esprit les sept Sages inventèrent les Arts [cf. Trivium et Quadrivium in Gobineau de Montluisant] et s’enrichirent. Avec Son aide, Noé construisit l’Arche, Salomon le Temple et Moïse le Tabernacle ; par Lui, des vases d’or pur furent amener dans le Temple ; grâce à Lui Salomon acquis de grandes connaissances et réalisa d’énormes prouesses. Il permit à Ezra de rétablir la Loi, à Myriam, la sœur de Moïse, d’exercer sa libéralité, et aux prophètes de l’ancienne alliance, de prédire l’avenir. Il est la sanctification et le remède de toutes choses, la plus haute connaissance et l’ultime mystère de la Nature ; Il est pour ainsi dire l’Esprit du Seigneur qui emplit l’univers entier et qui couvrait les eaux au commencement ― et sans lequel, l’enseignement secret du monde ne pourrait être entendu ; Il est celui que le monde entier désire pour Son pouvoir, pendant que les Saints Le cherchent et désirent ardemment Le voir depuis que le monde est monde. Car Il réside dans les sept planètes, lève les nuages, dissipe la brume, éclaire toute chose, change tout en or et en argent, accorde la santé, l’abondance et les trésors, guérit la lèpre, l’hydropisie et la goutte, prolonge la vie, réconforte l’affligé, ramène la santé au malade, élimine toutes les imperfections, bref, Il est le Mystère de tous les mystères, l’Arcane de tous les arcanes, le véritable remède et la médecine de toute chose. Il donne la connaissance désirée et Il est la meilleure part de toutes choses sublunaires, avec laquelle la Nature est fortifiée, le cœur et tous les membres rénovés, la fleur de la jeunesse conservée fraîche, la vieillesse éloignée, le mal détruit et la terre entière rénovée. Sa nature est insondable, son pouvoir infini, son excellence et sa gloire inaccessibles.

    « D’ailleurs, cet Esprit préside à l’ensemble des choses célestes, donne la santé, la fortune, la joie, la paix, l’amour, détruit les diables de toutes sortes, met fin à la pauvreté et à la misère, rend les hommes incapables de faire, dire ou penser le mal, et donne le bonheur temporel au dévot et une punition éternelle au malin qui en abuse
». [l'Apocalypse d'Hermès est un texte apocryphe : il fait partie des textes dits paracelsiens où le discours s'entrelace dans un processus complexe où alchimie, nature, religion, philosophie sont mixés en une sorte de pansophie. Il paraît naturel d'y trouver le terreau qui allait alimenter les R+C... Cf. le Tractato Aureo...
Il fait partie de cette fabrique de textes, décrite par Will-Erich Peuckert, dans sa Pansophie, fabrique qui commence à fleurir dans les années 80 du XVIe siècle. Véritable bouillon de culture hétérodoxe en ces années où luthérianisme et catholicisme s'enferment dans de grandes querelles. L'œuvre de Jacob Böhme plonge ses racines dans ce terreau fertile. Cf. sur le sujet Alaxandre Koyré, Mystiques, spirituels, alchimistes du XVIe siècle allemand, Gallimard, 1971 ; à noter que le cas de Böhme n'y est pas exposé ; sont examinés : Caspar Schwenckfeld,  Sébastien Franck,  Paracelse et Valentin Weigel. Sur Peuckert, ces quelques notes :

Ein Versuch zur Geschichte der weissen, und schwarzen Magie (originally 1936; 2d ed. Berlin: Erich Schmidt, 1956) represented a thoughtful, comprehensive, and, for the first time, factually rigorous history of Renaissance magic in Germany.  Beyond his many biographical and editorial contributions to the field (a 1924 Boehme biography, an almost 700 page Sebastian Franck monograph, Boehme, Paracelsus, and Weigel editions), Peuckert produced two further volumes in his pansophic history: Gabalia: Ein Versuch zur Geschichte der magia naturalis im 16. bis 18. Jahrhundert (Berlin: Erich Schmidt, 1967) and the posthumous revision of his 1928 work on the Rosicrucians, Das Rosenkreuz (Berlin: Erich Schmidt, 1973), in which see the editorial introduction by Rolf Christian Zimmermann, who recognizes and tries to explain the inexplicable neglect into which Peuckert’s work has fallen (esp. ix-xii).
- peuckertbodyliteratur.html]

Et par cela, au nom de la Sainte Trinité, nous conclurons en ces quelques mots notre exposé du Grand Mystère de la très précieuse Pierre Philosophale et de l’Arcane des Sages. Au Très-Haut et Tout-puissant Dieu, Créateur de cet Art, à qui il a plu de révéler à l’homme misérable et coupable que je suis, (en réponse à mes prières), la plus précieuse des sciences, qu’Il soit dans la louange éternelle, la gloire, l’honneur et la sanctification ; et qu’à Lui soit adressée la plus humble et fervente prière pour qu’Il puisse ainsi diriger mon cœur et mon esprit afin que je taise ce Mystère et ne le divulgue aux méchants, de crainte d’être reconnu infidèle à mes vœux, briseur du sceau céleste, frère parjure de la Croix d’Or [cf. introduction au Tractato Aureo...] et coupable du péché contre l’Esprit Saint. De cela, que Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint Esprit, indivisible et bénite Trinité, puissent de grâce me préserver. Amen, amen, amen.