
Terre -
Feu -
Eau -
Air -
Vénus, Lucifer -
Sulphur
[Soufre sublimé ou dissous] -
animus
[Mercurius : Mercure philosophique ou double Mercure, dissolvant des
Sages] -
hexagramme de
Salomon [Eau ignée ou Feu
aqueux] -
Terre fixe -
anima -
anima consurgens
[sublimation de l'animus ou du
Mercurius] -
nitrum -
sal -
ioV
[chaux métallique] -
stella -
flos -
stibine -
Sol -
Luna -
Taurus [Rebis] -
arc -
Arès, Mars, vitriol -
safran d'alun [chaux de la terre fixe de l'alun] -
alkali fixe sublimé [Neptune] -
Lune mercurielle -
Zeus -
Cronos -
nigredo
[Soleil noir] -
adversus-
luna
descrecens [in aurorae tempore] -
Sol Ares
-
luna veneris -
Sal Amon
-
stella cum cruce -
ioV cristou [chaux
mercurielle] -
aurea stibi -
antimonium [antimimon]
-
vitri oleum -
AZOTH [qeioV] -
animus -
] qui, au vrai, mériterait le
qualificatif d'aratoire [gh :
].
Quand le jour paraît, quand la clarté survient, les
étoiles palissent, s'éteignent progressivement, leurs
couleurs disparaissent et dans certaines conditions, on peut voir
réunies dans le ciel du matin
et
.
Et lorsque les deux
planètes sont en conjonction, elles peuvent affecter la forme du
hiéroglyphe
.
La clarté environnante est alors violette ou mauve et les astres
ne sont pas très éloignés de l'horizon. Dans
certaines circonstances, plus rares puisqu'il faut que trois conjonctions soient
réunies, il arrive qu'à
se
mêle
. C'est encore plus
rarement que
vient se
joindre à ce trio pour former un quatuor. Le spectacle est
alors magnifique mais il est fugitif car, animée par le primum mobile, le
étend progressivement son empire lumineux, imposant son
régime et faisant rentrer dans l'ombre ce silencieux concert des
orbes célestes. Il ne serait même pas la peine
d'évoquer
tant il est pour
ainsi dire imperceptible à ce moment de l'Aurea hora.
Et pourtant ! Les alchimistes savent bien que sans le plomb des Sages,
leur tâche est vaine et leurs efforts inutiles. C'est la nuit,
par un temps serein, quand la
est en son
plein,
qu'opère le mystère de la nature [cf.
Aurea Catena Homeri]
et que c'est un monde de feu
qui domine
le
noir
de leur oeuvre. C'est un feu qui brûle sans
détruire - il s'agit d'un feu aqueux
- et que
le
regard de l'aigle
peut croiser sans crainte : c'est le soleil
noir des alchimistes que
Lulle nomme grande éclipse et que l'on peut caractériser
par le signe
qui s'oppose
à Sol en tant que le point
fixe vient à manquer, témoin de la sublimation du
soufre [sulphur
]. Et ce cercle aveugle suffit à
représenter le serpent Ouroboros qui, depuis Zosime le Panopolitain [cf. Alchimistes Grecs,
t. IV, Mémoires authentiques,
Michèle Winand-Mertens, les Belles Lettres, 2003],
représente le serviteur, à la fois furtif et
fidèle, de l'Artiste. Mais qui dit aveugle dit guide : aussi
bien Artémis a-t-elle à charge [hgemoveia]
d'orienter le sens de la coction : c'est ce que dit en substance
Lambsprinck [De
Lapide Philosophorum] quand il écrit au
commentaire de la neuvième figure :
qui dissout au
début de l'oeuvre et l'anima
consurgens
où la
sublimation progressive du mercurius opère.
qui marque la
naissance du lapis dans sa première forme [sublimation du Soufre ou sulphur
] exprimée aussi par la
présence
du dauphin [hiéroglyphe
annonçant la réincrudation du sulphur]. Ce n'est
pas tout : le symbolisme s'enrichit si
l'on se souvient du rapport entre l'aurore et la biche, via
Artémis. La biche [elajoV] partage avec le paon
d'être l'animal
consacré à Héra ; on trouve dans le Cantique des Cantiques
ceci :
,
} qui
détermine le lever du Soleil ou
surrection du lapis ? Nous avons dans d'autres sections vu que l'un des
principes, le Soufre rouge, ne pose pas problème,
envisagé du moins sous l'angle de la
phénoménologie touchant l'Art sacré ; il s'agit du
sulphur
. Tel n'est pas le
cas du second principe
appelé Soufre blanc ou résine de l'or, dans lequel le
sulphur dont la maturation est arrivée à
échéance, se projette [le soufre
blanc est appelé par Djabir Arsenic, par
Paracelse SEL, par d'autres alchimistes, Corps ; on notera aussi une
confusion dans les esprits avec la chronologie de l'oeuvre car certains
ont vu la succession des couleurs dans ce sulphur ; ils n'y ont
point vu que deux matières différentes, l'une de vertu
terrestre et l'autre de vertu céleste, y étaient
disposées]. Dans le Moyen Orient, la biche est
l'expression de la terre femelle dans la hiérogamie
-
et selon
certaines légendes d'Anatolie, on dit qu'au moment où la
biche met bas, une lumière sacrée illumine la terre. Nous
sommes tentés de voir en cet animal le symbole du Soufre blanc
et nous proposons l'idéogramme suivant, dérivé de
celui du tartre, pour le caractériser :
. La
filiation est d'ailleurs facile à percevoir entre les symboles
exprimant l'unité
,
l'opposition
, le ternaire
puis le
quaternaire
. Selon la tradition
hermétique, le Soufre blanc se rattache au quaternaire et le
Soufre rouge projeté [sulphur
réincrudé] en constitue l'expression
quintessencée. Remarquons que elajoV
vaut autant pour la
biche que pour le cerf dont on connaît une belle
représentation dans le Petit
traité
de Lambsprinck. Ce couple symbolise les deux principes
déjà arrivés à un stade avancé de la
Grande coction, qui sont encore croisés
à cette époque : voilà qui leur confère une
extrême mobilité, une légèreté
où l'on reconnaît les traits du Mercurius qui est leur
guide - en la personne d'Artémis, cf. supra
- tout de même que leur
chasseur [elajoktonoV = hgemoveia].
Les alchimistes ont coutume de célébrer la chasse au cerf
[
] entre mars et avril [ElajhboloV]
comme le veut le tradition ainsi que l'atteste la planche IV du Mutus Liber
et le bel emblème
de Limojon de saint Didier [Triomphe
Hermétique]. C'est là qu'ils tendent
leur filet [boloV] pour capturer les
poissons gras dont parle Jung dans Aion [trad. Albin Michel, 1976, p. 160]
sur l'évocation des poissons
zodiacaux figurant dans la première figure du traité [Jung parle de la version du Museum
Hermeticum, p. 343] que nous reproduisons :
que
l'Artiste veut
décroiser pour le mettre en Terre
.
Cette opération est, au dire des Adeptes un véritable
tour de force, évoqué plusieurs fois par Fulcanelli [cf. Gardes
du Corps, Gobineau de Montluisant]
pour lequel nous conseillons au lecteur de se reporter à la planche XIV du Mutus Liber.
Mais nous n'avons pas épuisé le symbolisme de la biche
puisqu'on la retrouve comme 4ème des douze travaux
qu'Eurystée imposa au héros, cf. Fontenay.
Eurysthée [cf. Diodore de Sicile, Hist. Univ.]
ordonna à Hercule de lui amener une biche
aux cornes d'or qui courrait d'une grande vitesse. Il se servit plus de
son adresse que de la force pour venir à bout de cette
entreprise.
Car les uns disent qu'il la prit dans des filets, d'autres qu'il la fit
tomber dans un piège, et quelques autres enfin veulent qu'il
s'en
soit rendu le maître en la forçant à la course [comparez avec la fable d'Atalante et
d'Hippomémnès, cf. Atalanta fugiens].
Ce
qu'il y a de certain c'est qu'il acheva cet exploit sans aucun
danger.
Ce ne fut donc qu'un jeu
d'enfants.
Cette biche avait des pieds
d'airain et des cornes
d'or. Ces pieds d'airain, lourds, la
rivaient à la terre et, au vrai, c'est bien le rôle du
Mercure
que de faire de l'Airain des Sages une Terre salvatrice où
Latone
puisse accoucher dans la tranquillité. Cette opération
exige la sublimation du
et
explique la présence de l'aigle à la figure
I de l'AC.
Ici, il s'agit de prendre au filet les poissons qui nagent
dans la mer hermétique, comme l'enseignent Lambsprinck et
D'Espagnet.
Pernety [Fables
Égyptiennes et Grecques, livre II,
chap. 4] nous dit de cette biche qu'elle habitait le
mont Ménale.
Il n'était pas permis de la chasser aux chiens, ni à
l'arc.
Il fallait la prendre à la course, en vie, et surtout sans
qu'elle
perde une goutte de son sang, ce qui atteste qu'à
côté
de ces traits mercuriels - indiquée par son excessive
vélocité -, la part du Soufre est primordiale. Sans
doute,
cette biche, pourtant rapide, ne filait pas assez vite, si l'on nous
comprend
bien, pour qu'elle puisse échapper à Hercule. Pernety
nous
dit, à propos des cornes et des pieds, que c'est ce qu'il faut
dans
l'Art chymique, où la partie volatile, figurée par la
courbe
légère de la biche, est volatile au point qu'il ne faut
rien
moins qu'une matière fixe comme l'or pour la fixer. Voire ! Ce
n'est
pas dans cette vue que nous comprenons cette part mercurielle.
L'Airain
même, dont ses pieds sont faits, attestent déjà de
la note saline et montre que la première dissolution a
passé. L'Auteur
du Ros. Phil., dit encore Pernety, a
employé figurativement
des expressions qui signifient la même chose, lorsqu'il a
écrit que :
dont nous
parlions tout à l'heure. Basile Valentin, dans une
allégorie
sur le Magistère des Sages, s'exprime ainsi : 
et c'est lui qui est le double Mercurius de Jung [cf. Psychologie et Alchimie,
pp. 548-593 sur le thème de la licorne]. Et nous sommes
d'accord avec lui quand il dit que le cerf est est un symbole du
Mercurius. L'association à l'or de la licorne, du lion, de
l'aigle et du dragon ne tient pas compte des époques de l'oeuvre. Il
faut voir dans la licorne une partie de l'anima
consurgens
où le
est prêt
à être
projeté en
masse dans la terre préparée
: la
licorne est ici non seulement l'instrument de
fixation mais surtout de pénétration [projectio
] :
de la
caverne
[dans l'emblème
évoqué, il s'agit d'un puits] où elle se
cachait [nous dirions où
elle se terrait si l'on nous entend bien], ce qui correspond
à la manifestation de la lumière. Néanmoins, il ne
faut pas oublier la trace luciférienne de
[josjoroV]
qui persiste dans la renaissance de l'Âme [cf. là-dessus Jung, Essais sur la
symbolique de l'Esprit, trad. Albin Michel et
Festugière, la
Révélation d'Hermès Trismégiste, Les
Belles Lettres, 1990, 3 vol.] comme en témoigne, selon
le Bouddhisme tibétain, la présence dans cette rota
mundi, du porc et du serpent qui constituent, avec le
coq, l'un des
trois poisons [ioV] de l'oeuvre, avant que
ne survienne la
sublimation terminale de l'Esprit qui libère le
.
[qui
s'était
métamorphosé en sanglier], coloré par le
sang rouge d'Aphrodite
,
égratignée par les roses de buissons sauvages. Au plan
hermétique, Arès symbolise la ?
qui permet de lier le
SEL
au NITRE
en sorte
d'en faire
l'ioV
:
c'est l'anémone [anemwnh] qui annonce le
printemps ou aurore de l'oeuvre. On verra infra
ce que nous disons d'un texte de Gerhard Dorneus [cf. bibliographie]
au sujet de la colère afin
d'établir facilement le
rapport entre l'anémone et l'agitation de l'âme [anima] qui n'a d'égale,
en cette époque de l'oeuvre, que la turbulence du vent [animus] dans le corps [anhmoV].
Nous terminerons cette introduction en établissant une monade
hiéroglyphique qui fait voir la richesse conceptuelle du signe
.
Cette monade permet de représenter les sept planètes
connues des Anciens [partant les
sept métaux] ainsi que les
Éléments d'Empédocle.
[sulphur]
transfiguré par le
[Sal] grâce à
[mercurius].
Les
alchimistes entendent bien parler ici de la réincrudation de
leur
Soufre. Plus donc qu'un crépuscule dont on ne sait
s'il est du matin ou du soir [dans
un cas, Lucifer, dans l'autre cas Hesperus, cf. humide radical métallique],
c'est d'une naissance qu'il est question. Tous les Adeptes ont
parlé de cette conception de leur Âme et de son
incarnation mais peu ont été assez charitables pour faire
voir, précisément, de quoi il pouvait bien s'agir. Nous
n'insisterons pas sur le thème, très
général, de l'Aurore, pris au sens astronomique ou
même au sens mythologique du terme, quoique, à la
vérité, Eos aux doigts rosés ne soit point
éloigné du symbolisme propre à l'Art sacré,
tant s'en faut. Notre regard va plutôt s'attarder sur la
façon dont les commentateurs se sont attardés sur
l'arcane et sur la manière dont ils ont été
conduits à en proposer leur impression. L'AC est
assurément un manuscrit du XVe
siècle. Selon Jung :

![]() Carl-Gustav Jung (1875-1961) Mysterium Conjunctionis vol. I et II | ![]() Marie-Louise von Franz (1915-1998) Mysterium Conjunctionis vol. III : AC |
, non sous
sa forme de stibine
, qui
n'apparaît
qu'au crépuscule vespéral. Nous pourrions citer
également Sirius, annonçant la canicule, ce qui nous
renverrait alors à l'emblème
XLVII de l'Atalanta fugiens,
le chien et le loup représentant les contraires : et c'est le
loup qui vient de l'Orient. Il est vrai que le principe de
ponticité se situe au début de l'oeuvre et qu'il en
constitue, pour ainsi dire, le portique. Rappelons à cet
égard que le loup - lukoV
- est en assonance phonétique avec la lumière - lukh - qui est aussi le
crépuscule, c'est-à-dire l'aube naissante, AC.
Jung cite ensuite un passage du Rosarium Philosophorum
[Ros. Phil.]
qui vaut d'être rapporté en entier, pour ce que nous en
dirons
immédiatement après :"
C'est elle qui est la fille des Sages, et qui a en son pouvoir
l'autorité,
l'honneur, la vertu et l'empire, qui a sur sa tête la couronne
fleurissante
du Royaume, environnée des rayons des sept brillantes Etoiles,
et comme l'épouse ornée par son mari, elle porte
écrit
sur ses habits en lettres dorées grecques, barbares et latines :
Je suis l'unique fille des Sages, tout à fait inconnue aux fols.
Ô heureuse Science, ô heureux savant ! car quiconque la
connaît,
il possède un trésor incomparable, parce qu'il est riche
devant Dieu et honoré de tous les hommes, non pas par usure, par
fraude, ni par de mauvais commerces, ni par l'oppression des pauvres,
comme
les riches de ce monde font gloire de s'enrichir, mais par le moyen de
son industrie et par le travail de ses propres mains. " »
[Chapitre VIII - De la vertu admirable de notre Pierre
salée et aqueuse]
À propos de ces sept étoiles, qui forment l'un des
fonds
symboliques de l'alchimie, Jung s'attarde sur les douze signes du
zodiaque en ayant à l'esprit la roue cosmique - qui s'apparente
à la roue de la Fortune dont
l'un des arcanes majeurs du tarot porte d'ailleurs le nom - comprenant
douze godets mais d'autres disent une échelle - servant à
l'élévation des âmes. On peut rapprocher ces
réflexions de Jung d'une citation du Poème du
Phénix attribué à Lactance,
repris par Michel
Maier dans ses Chansons Intellectuelles
:
« Au premier rougeoiement de l'aurore
naissante
Dont les rayons rosés font
pâlir les étoiles,
Douze fois il se plonge en une onde
sacrée,
Douze fois il répand l'eau
vive autour de lui,
Il s'enlève et s'installe au
sommet du grand arbre
[...]
»
L'onde sacrée et l'eau vive forment la fontaine
de jouvence de Bernard Le Trévisan : c'est l'eau
étoilée et métallique ou dissolvant des Sages.
L'arbre est un symbole majeur de l'oeuvre : arbre solaire ou
christophore [porte
lumière ou porte soufre qui se retrouve dans la figure christique]
et arbre lunaire tourné vers le Mercure. On trouve dans
l'iconographie un emblème qui regroupe, comme par magie, le
septénaire et le duodénaire

Figulus
Benedictum [Töpfer],
Thesaurinella olympica aurea
tripartita, Frankfurt, 1608
où l'on aperçoit l'Arbori
solare et les
opposés : HlioV
[figure solaire = FEU
] et
Gh [racines = TERRE =
].
Ce
dualisme se retrouve à la figure XIV
où nous avons voulu voir, dans une certaine mesure, une
association avec le célèbre tableau de Gustave Courbet.
Ne peut-on voir, dans le cas présent, cette Déesse du
destin représentée sous la forme d'un serpent à
sept têtes [ibid., p. 483]
et, en conséquence, ne peut-on pas y deviner l'Hydre dont nous
avons tant parlé ailleurs ? En ce cas, l'arbre - dont on
connaît le sens masculin - prendrait une singulière
connotation féminine et permettrait de relever sa valeur
hermétique en tant qu'hermaphrodite [chaque tête de l'hydre est
à l'image de l'ioV
: à l'Artiste de choisir son âme immortelle,
c'est-à-dire la rédemption...] C'est le lieu de
convergence de ces dieux qu'évoque Jung :
«
Le sous entendu historique de ce nombre sept est l'antique
assemblée des sept
dieux qui sont passés plus tard dans
les sept métaux
de l'alchimie [...] » [Ibid.
p. 483]
Cette roue que Jung évoque p. 484 de son ouvrage, on la
retrouve dans notre figure précédente. Il y voit l'oeuvre
circulaire, c'est-à-dire la sublimation. Il nous semble que l'on
peut aller plus loin et y voir plus que la sublimation : la conjonction
des principes. Il n'a pas échappé aux Adeptes que
cette
roue du destin [envisagée
sous le point de vue du microcosme
alchimique] exprime avant tout la dissolution [l'oeuvre au noir dont
Marguerite Yourcenar a fait le titre de l'un de ses plus beaux livres],
c'est-à-dire la viscosité. Cette viscosité,
c'est
bien sûr le serpent qui l'exprime de la manière la plus
frappante qui soit ; d'autant plus frappante d'ailleurs que le serpent
- à l'instar du phénix - semble renaître de ses
cendres dans la mesure où il change de peau. Nous tenons donc
ici le véritable Mysterium Conjunctionis
envisagé sous l'angle strictement alchimique. Cette
conjonction ou sublimation passe par la dissolution des parties, leur
résolution en une première matière qui est
cette prima materia : les souffleurs l'ont cherchée partout dans
la nature alors qu'elle ne peut être créée que par
l'Art qui réduit les métaux en leur humide
radical. C'est
ce qu'écrit en substance Ripley quand
il dit que :
« la
roue doit être tournée
par les quatre saisons et par les quatre points cardinaux.
»

dont on
connaît les
rapports avec Saturne. On voit, en outre, que les pétales ont
été organisés en quatre cercles concentriques qui
lui donnent l'expression spirituelle du mandala. À gauche, une
toile d'araignée [Arachne]
et à droite une série
de ruches [Melissa] qui
nous rappelle une belle série que nous
avons visitée naguère [cf. Atalanta fugiens
; plafond de la chapelle de
l'Hôtel Lallemant à Bourges ; poële alchimique du
Winterthur, etc.]. Deux abeilles viennent butiner : l'une est
posée sur la fleur tandis que l'autre s'en approche.
L'inscription DAT ROSA MEL
APIBUS vient couronner l'ensemble et finir de donner son
caractère hermétique à ce véritable
Tetraktys. N'en
doutons point : c'est bien le miel qui constitue la
quintessence ou 5ème élément, chose
qu'il aurait été bien difficile à l'artiste de
figurer si l'emblème n'avait pas porté, comme ici, les
parures du végétal, de l'animal et même du
minéral. Ces abeilles possèdent le rôle de
transmetteur et jouent le rôle de Mercure ; il s'agit pour ainsi
dire des anges de la Terre et le miel peut être
considéré comme la rosée de mai. Ce
caractère attracteur du pollen - dans le cas de la rose,
bâtisseur et nutritif - se double d'un pouvoir funeste,
destructeur, que l'on voit réalisé dans le fil de
labyrinthe qu'a tissé Arachne à gauche. C'est le lieu de
revenir sur le mythe d'Athéna en liaison avec celui
d'Arachné : Pallas-Athéna, qui symbolise le Soufre
solaire, est aussi la maîtresse du tissage - ou du filage si l'on
nous entend bien, revoyez la planche XIV du Mutus Liber.
Les mythographes nous disent qu'Arachné, jeune Lydienne,
était encore plus douée qu'Athéna dans cet art :
un duel va opposer les deux artistes. Athena brodera les douze dieux de
l'Olympe [cf. zodiaque alchimique] et
aux quatre coins de l'oeuvre,
va évoquer les châtiments encourus par les mortels qui
osent
la défier ; pendant ce temps, Arachne dépeindra les
amours
des dieux pour de vulgaires mortelles. Athéna, outragée,
frappera Arachne de sa navette et Arachne ira se pendre ; Athéna
va sauver Arachne alors que sa vie s'échappe - cf. figure XXXVII de
l'AC - et la métamorphose en araignée. Par
delà cette légende, c'est l'adresse dans le filage qui
nous intéresse, c'est-à-dire l'art de « couler
» le métal et le minéral. Combien de fois
n'avons-nous pas
rencontré dans les textes des allusions à la fluence
[cado, cassito, etc.]
voilée par cabale sous les atours du
dégoût [dégoûter
mis pour dégoutter] ? Mais, nous dira-t-on, le rapport
avec l'alchimie ? il est simple : l'art de la fileuse consiste à
obtenir de l'eau de roche. Voilà qui n'est pas sans rappeller ce
que dit Fulcanelli, au sujet de la toile
d'araignée qui est exactement du même ressort que ce que
l'on pourrait dire de la
cellule d'abeille [partie
élémentaire d'une ruche]
puisque l'une comme l'autre forment un labyrinthe. De fait, la toile
d'araignée s'impose comme l'hiéroglyphe spirituel du
sceau de Salomon [cf. Mynsicht, Aureum Seculum Redivivum].

est
indiquée par l'araignée ; elle entre dans
le cadre de ces épiphanies dédiées au filage et au
tissage. C'est dire que, tout de même qu'une action de «
fluence » exercée par le Mercure, c'est une action
opposée qui s'exerce, si l'on relie en latin l'une des
acceptions du
loup - lupus - : araignée, grappin avec
. Nous
avons
déjà dit à maintes reprises - cf. par exemple la
section des blasons alchimiques - que le
véritable loup n'est pas l'antimoine
mais cet
artifice que
Fulcanelli a mis vingt ans à découvrir - c'est du moins
ce qu'il affirme - dans sa recherche de l'agent qui produit la
coagulation de l'eau mercurielle. Et au vrai, il s'agit de rien moins -
par cabale - que d'une toile d'araignée enduite de rosée.
Nous retrouvons ici le filet, maillage tout spirituel qui fut l'un
des sujets de recherche alchimique de Newton,
cf. nos symboles. La
,
rappelons-le, est un symbole double : prise dans son premier quartier,
elle prend le sens de premier Mercure ou Mercurius senex de Jung [le
premier Adam] ; est-elle dans son dernier quartier ? il s'agit
alors du
Sel des sages
. Dans ce que nous
avons dit jusque là,
l'araignée et sa toile ont été
considérées sous leur
premier aspect, qui est d'essence mercurielle. L'araignée se
comporte alors comme un
psychopompe et est parfois assimilée à l'âme
même, ce qui peut être excessif dans notre Art. En
revanche, y voir « l'absorption
de l'être par son propre
centre » [Beaudoin] est fort bien
vu : Jung rappelle en note, dans son Psychologie et Religion
[op. cit.] ceci :
est
indiqué par le miel : rappelons que Virgile
nommait le miel, de façon sublime, comme le don céleste
de la rosée. On peut induire des enseignements des mythographes
ceci, que le miel correspond à la quintessence de l'esprit : en
alchimie, il s'agit du Soufre prêt à être
réincrudé, autrement dit de l'âme. L'abeille que
l'on ne saurait dissocier, dans cette étude, du miel,
possède comme attribut la Prudence, déjà
évoquée dans les sections Gobineau
de Montluisant et Gardes du Corps.
Là encore, dans des cultures très différentes,
nous retrouvons ce symbolisme royal et solaire qui accompagne
l'abeille. Il est tout à fait remarquable d'observer que
l'abeille est parfois identifiée à Perséphone [on
dit à tort Déméter] et qu'elle figure
l'âme
descendue aux Enfers. Il faut y voir là encore, par cabale, le
Soufre dissous dans le Mercure et sorti du Corps, tel que le
représente l'une des gravures du Ros. Phil.
Voilà pourquoi l'abeille est souvent figurée sur des
tombeaux où elle est gage de survie post mortem : on sait que le
Soufre dissous dans le Mercure est promis à résurgence
par
la réincrudation qui constitue la
clef de voûte de la Grande Coction.
. De
là, nous pouvons sauter à
Fulcanelli qui écrit qu'à sept
reprises, l'étoile
ou la fleur se manifestent à l'Artiste avant que la conjonction
radicale prenne lieu [cf. E.
Canseliet, l'Alchimie
expliquée sur ses Textes classiques].
Quel est donc ce processus mystérieux qui permet ainsi de faire
apparaître tour à tour ces deux arcanes ? La roue, tout
simplement. Jung, dans son Psychologie et Alchimie,
donne la parole au
pseudo-Aristote :

].
C'est l'équivalent de Gabricius [en
arabe Kibrit : soufre. Les
alchimistes ont employés des termes comme kibrich ou kibrith,
cf. Jung : Histoire et psychologie
d'un symbole, in Psychologie et Religion,
p. 194]. Marie la Prophétessse enseigne qu'il faut :
ou
[il y a là une
ambiguité
difficile à lever entre le premier Mercure et le Mercure dit
« de la voie commune », de la même espèce que
celle qui existe entre le sel dit « de liaison » et le
principe SEL qui désigne le Soufre blanc ou résine de l'or].
Tel
est l'enseignement primordial et élémentaire du Yi King,
dont Jung posait ce commentaire en portique de son oeuvre alchimique
à venir, en 1928 : il est vraisemblable que le sinologue Richard
Wilhelm, qui avait fait connaître à Jung ce texte capital,
ait
été à la base de l'intérêt, qui
devait être de plus en plus prégnant, du maître de
Zurich, pour l'Art sacré. Quoi qu'il en soit, ainsi
posés, le patient [Anima]
et l'agent [Animus] des
alchimistes
sont parfaitement définis et, relativement à
l'hypothèse des archétypes que développe Jung,
s'intègrent magnifiquement dans cette imago mundi
du psychanalyste. Toutefois, dans son développement, Jung
s'éloigne de ce schéma et entend les affects qui
s'intègrent dans une personnalité c'est-à-dire
dans un Corps, remarquons-le bien. Il donne encore le qualificatif
« d'empreinte » à l'Anima en tant qu'il concerne les
expériences de l'homme dans ses rapports avec la femme. Pour
autant, Jung ne parvient pas à établir la relation entre
« Animus » et « homme » et il
préfère, compte tenu des problèmes de type
nosologique, se rabattre sur la relation de l'Anima à la
féminité. Il entre alors dans des considérations
étranges qui, de notre avis, conduisent à un contre sens
de l'interprétation hermétique [évidemment,
leur sens dans la pschynalalyse ne saurait être mis en doute ; il
n'entre pas dans nos vues d'engager ici une exégèse de la
vision médicale de Jung et nous ne sommes pas qualifiés
en ce domaine combien même il nous arrive très souvent
d'avoir à traiter des cas qui relèvent de la
problématique posée par le psychanalyste].
En bref, ce contre sens semble tenir au concept « d'individuation
» sur lequel nous aurons à revenir : Jung définit
en effet l'Anima comme
la fonction de relation avec l'inconscient. Or, chose étrange !
Envisagé sous le point de vue alchimique, l'inconscient renvoie
par essence à l'Esprit ; et que l'Âme s'y trouve
infusée n'étonnera nul Adepte
; même l'impétrant n'ayant que quelque teinture de science
peut arriver à comprendre cette épiphanie. Dès
lors, envisager le conscient comme un effet de l'Âme n'est plus
« qu'une vue de l'esprit » et dépend
entièrement du système de
référence d'où l'on a décidé de
prendre ses mesures ; ainsi avons-nous le droit d'inférer que
l'Orient qui « regarde à l'inverse le conscient
comme un effet de l'anima » [Fleur d'Or, p.
60]
a vu juste, puisque la révélation ne peut venir que de la
réincrudation, chose là encore parfaitement
exprimée par l'une des gravures du Ros. Phil.
et
se rapporte à la confection du salpêtre
des Sages :
est un vitriol [bleu, blanc ou vert] qui
contient le principe de ponticité du
tandis
que
est ce sel de vertu céleste contenant le Nitre
aérien dont s'entretenait avec Helvetius le mystérieux
Adepte qui vint un soir lui apporter la preuve de la
réalité de l'Ars
chemica [cf. Vitulus Aureus
; l'histoire a été rapportée par Leibniz, voir en
bibliographie]. Du mélange d'Arès et d'Aphrodite
se forme le tartre vitriolé [arcanum duplicatum ou alkali fixe
] et le safran d'alun [il n'a pas de symbole chez les anciens
chimistes ; nous proposons l'idéogramme du tartre qui a
l'avantage d'être la contre partie du sulphur :
] dont le nom vulgaire fut
ignoré jusqu'au XIXe siècle mais qui
était connu des Anciens comme de la terre de Chio. Quant
à Gabricius et Beja, il s'agit du couple alchimique des
luminaires {
,
}.
et de la
qu'il est question, ou si l'on préfère,
des principes simples. Les deux expressions « femme blanche
» et « esclave rouge » ressortissent des principes
principiés de Chevreul, c'est-à-dire du résultat
de leur mixtion avec le Mercurius, les transformant respectivement en
sulphur
et en sel
. [rappelons que
ce principe sel pose un
problème d'interprétation ; en tout cas, ce n'est point
comme on le prétend parfois une invention de Paracelse].
ou
élément igné est
considéré par les philosophes de la Grèce - les
Présocratiques - comme le principe de toutes choses ; le feu
constitue la force primordiale de l'Artiste [notre Hercule ou Cadmos, notre Jason]
et il tient sous sa dépendance toutes les métamorphoses
qui s'opèrent dans l'oeuf des philosophes [on notera que la figure
précédente est remployée de la Monade
Hiéroglyphique
de John Dee datant de 1564, cf. figure XIII de ce traité ; cette
figure est bien plus complète et explicite que celle du Ros.
Phil. de Griemiller]
: il détruit
certes mais pas à la manière d'un acide et surtout, c'est
à la condition sine
qua non de reconstituer [Arist. Metaphys. ;
Plutarch. Decret.
phil. ; Diog. Laert.].
Les alchimistes [cf. aurea Catena Homeri
ou la Nature
Dévoilée] nous assurent que l'état
primitif du
monde était un état igné et qu'il viendra un temps
où le monde se résoudra à nouveau en feu [Arist. Physic. ;
Clement. alexand.
Stromat.] ; ils avaient parfaitement bien anticipé les
découvertes de la physique [notre
monde est promis à la destruction ignée quand le soleil
se transformera en nova, dans cinq milliards d'années...].
Le feu, s'il est primordial, est intangible, du moins dans sa forme
vulgaire car le feu des alchimistes n'a pas, pour rien,
été qualifié de feu secret. Il possède des
vertus assez extraordinaires, si ce n'est paradoxales. Qu'on en juge :
il dissout sans détruire ; il fait fructifier ; il a la
capacité de se régénérer et de se
détruire [d'où
l'allusion incessante au serpent Ouroboros]
et enfin, il possède la propriété unique de
céder la place à plus jeune que lui ; Senior
disparaît pour Adolphus [cf.
Azoth de
Basile Valentin]
mais le jeune homme conserve cette disposition ignée tant que
les hardes du vieillard ne se sont pas dissipées en
totalité : c'est l'allégorie de la coagulation de l'eau
mercurielle. En revanche, ce feu assure la conversion des
éléments : la terre se réduit en eau, l'eau en air
et l'air en feu [c'est là
l'image de l'évaporation de l'eau qui, dans le schéma
hermétique, conduit à celle de la sublimation : la vapeur
s'élève en fumée blanche ou rouge tandis que la
terre, en forme de sels terreux, en faex ou trux, se dépose au fond du vase].
De là, ce rappel :
qui domine. Ainsi que la lumière où nous suputtons la
quintessence future des scolastiques médiévaux : l'anima
mundi
apparaît comme un corps aériforme ; on
l'appelle
tantôt pneuma kosmou,
tantôt qeioV logoV
[verbe divin].
Des critiques y ont vu l'Esprit universel des alchimistes et ont
même donné un nom à cet esprit : gaz sylvestre et
oxygène. L'attraction et la répulsion, qui sont au coeur
même du Mysterium
conjunctionis,
tenaient lieu de dogme pour Héraclite, Aristote et
Diogène
Laërce. Mais c'est avec Empédocle que le dogme s'est pour
ainsi dire incarné ; l'amour et la haine tiennent une haute
place dans sa philosophie comme ils en tiennent une, non moins
élevée, dans l'oeuvre alchimique. C'est au Mercure
,
l'intercesseur, le procurateur, l'ordonnateur, l'appariteur, qu'on a
dévolu cette tâche ingrate de conjoindre ces deux grands
ennemis que sont l'Eau et le Feu afin d'en établir une Terre
où l'on tient captif un rayon igné divin
. C'est à
Empédocle que les Adeptes doivent l'initiation du concept de
« patient » et « d'agent » dont Fulcanelli
parle encore au début du XXe siècle. Le feu,
suivant le philosophe d'Agrigente, est le principe actif par excellence
tandis que les autres éléments ne constituent qu'une
masse inerte. Toutefois, les alchimistes ont corrigé ce premier
schéma et ont établi que le feu secret - leur dissolvant
- était un Mixte d'Eau et de Feu et que l'Air était son
milieu naturel, tel que nous l'avons compris supra.
Donc, la Terre seule se révèle l'élément
passif ; du moins cette passivité n'est-elle que transitoire
puisque, à la manière d'un grappin, d'un loup, elle
représente l'artifice secret qui est la clef de la coagulation
du Mercure, c'est-à-dire de sa propre sublimation. Au sein de la
masse mercurielle - nous parlons du Compost, i.e. mixte
Mercure-Rebis - les forces d'attraction et de répulsion
président aux métamorphoses de la matière
visqueuse, sont responsables des mouvements de cohobation et
parviennent à combiner les contraires : c'est le temps de la
conjonction radicale des principes. Cet état du petit monde
avant la prime conjonction, c'est-à-dire avant l'Aurora Consurgens
- UNUS MUNDUS
- est l'équivalent du chaos dans lequel les
éléments sont littéralement à l'état
de non-combinaison ou encore, à l'état naissant [correspondant à l'or enté
ou or mussif de Fulcanelli]. La conjonction opère
l'harmonie [en, kosmo, qui rejoint les
inscriptions qu'on trouve dans les écrits de
Cléopâtre].
Leucippe est encore allé plus loin dans l'analyse puisqu'il
donne même un Corps à l'Âme en y voyant des «
insécables » ou « atomes » ; la conclusion est
d'importance : l'âme est un être igné,
peut-être identique au feu - d'où l'idéogramme
et il est amené à
anticiper sur le phénomène de combustion [Arisot. de anima].
Démocrite est plus tardif et son nom a été repris
comme éponyme dans plusieurs traités dont on trouvera des
traces dans nos pages. Vitruve assure que Démocrite avait
coutume de sceller de son anneau les expériences qu'il avait
vérifiées lui-même [Vitruve, IX, 3].
Cette coutume s'est-elle reproduite chez les alchimistes ? Nous ne
saurions dire, mais ils ne manquaient, parait-il, jamais d'apposer sur
leurs fioles le sceau vitreux d'Hermès [1, 2, 3, 4,
5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14,
15,
et elle a besoin d'une
terre appropriée pour végéter. C'est là
qu'intervient la Virgo
paritura des alchimistes ; elle possède
des caractères qui la rendent congénère de la
vierge Marie : pure, sans tache, rendue enceinte par un feu
soufré. Mais là s'arrête l'analogie. Car ce feu est
infernal : c'est l'infusion de ce Soufre qui précipite la
conjonction et qui se manifeste, dans l'allégorie, par l'AC,
c'est-à-dire par le lever de Lucifer. Il y a plus :
les textes disent qu'il faut, après l'enfantement, mettre la
mère au ventre de l'enfant [cf.
Figures
Hiéroglyphiques, Aureum Seculum Redivivum,
Livre Secret
d'Artephius, Psautier d'Hermophile].
L'allégorie est assez subtile ; toutefois, si l'on
sait ce que recouvre le Lait de Vierge, la difficulté sera
facilement contournée, cf. figure VIII.
Aussi est-ce avec justesse que Jung fait de la Vierge un Mercurius
hermaphrodite, par suite de la présence de
l'élément Soufre et ce Soufre, principe vital, nous
ramène au moteur initial qui fait tourner la roue et qui fait
tourner en rond son axe [primum
movens, quod rotam vertit axemque vertit in gyrum]. Nous avons
ailleurs établi la relation entre le cercle [gyrus ou guroV] et la
fosse plantée pour planter un arbre.
est ce
feu quasi vivant qu'on nomme le Mercure animé et qui
résulte de l'infusion de l'Âme dans l'Esprit
,
c'est-à-dire de l'incorporation de chaux métalliques au
dissolvant : c'est ici qu'opère l'astronomie céleste, cf.
notre humide radical
métallique. L'agent est bien le feu -
c'est-à-dire l'ioV
passé de l'amorphe au cristallin par le processus
d'accrétion - mais nous doutons que le patient soit le Mercure
et il manque manifestement un protagoniste aux Noces Chymiques
de Jung. Il est probable que Jung s'est trouvé ici en butte
à l'une des grandes inconnues du processus alchimique :
l'entrelacement de différentes formulations « mentales
» du Mercure qui empêchent de se faire une vision claire de
ce
qu'est le « premier Mercure » par rapport au Mercure dit
« de la voie commune », outre que l'amalgame [au sens figuré du terme...]
est vite trouvé avec le vif-argent vulgaire que l'on confond
trop souvent avec l'argent-vif des philosophes. Le commentaire de la Clavicule
du pseudo Lulle devrait convenir à des précisions que
nous ne pouvons donner ici. Cette décoction dont parle Jung
n'est autre que la Grande Coction où la prima materia [mais non point la materia prima, ce qui
serait absurde]
est mise à « circuler » dans le vase de nature
élaboré en petit par l'artiste potier. Le pseudo Flamel
sera ici d'un grand secours :
]
dévore le corps du vieux roi tandis qu'au second plan, on voit
par projection, le roi ressusciter et surgir du feu.
Cette première phase de la conjonction correspond aux racines de
l'arbre de la gravure de Figulus
Benedictum.
Cette gravure semble avoir été inspirée par une
belle série que présente Samuel Norton dans plusieurs
ouvrages publiés en 1630 par Vigilantius de Monte Cubiti dans Dreyfaches Hermetisches
Kleeblat - cf. bibliographie
- où l'on trouve le Mercurius Redivivus
et le Venus
vitriolata.
Il y a huit recueils dans cet ouvrage dont six sont illustrés.
Une illustration, en particulier, va retenir notre attention parce
qu'elle va dans la droite ligne de nos réflexions sur l'arbre,
considéré en trois parties. Il se trouve que cette
illustration figure dans le recueil intitulé Psychologie et Alchimie
[op. cit.] p. 497 en tant que : fig.
214. Symbole de la
transformation hermétique : l'homo philosophicus (homme
philosophique) représenté comme le Mercurius.

l'étoile ou la fleur [le
Soufre ou le Mercure]. Cette
phase se signale par l'image du mandala qu'on aperçoit supra.
Le cercle de ce mandala peut être d'épaisseur variable :
certains sont presque virtuels, d'autres « parlent »
beaucoup. Jung a insisté sur l'importance du cercle dans son Psychologie et Alchimie.
Imago mundi,
c'est l'image propre à conduire celui qui la
contemple à l'illumination. Dans son Commentaire sur le
Mystère de la Fleur d'Or, le maître de
Zurich revient sur cette Kunstform.
Le mariage des contraires s'idéalise en un niveau
supérieur [expression de
Jung]
; nous ajouterons qu'il est assez remarquable de voir le
parallèle mené entre la signifiance de ce cercle magique [du moins considéré comme
tel en Orient et dans maintes oeuvres médiévales]
et cette 2ème
phase de la conjonction où Soufre et Sel s'imprègnent par
l'artifice du Mercure. En Occident, la plupart de ces mandalas
renvoient au tétramorphe : en Égypte, Horus et ses quatre
fils sont figurés de la même manière. Dans le
Commentaire,
etc., p. 40-41, Jung se rapproche de manière
singulière de la figure du Mercurius Redivivus
:
nous aide
à y voir plus
clair car il associe le O
et la ?.
Par le cercle, il désigne expressément l'Ouroboros et le
principe menstruel ; par la croix, le feu : mais rubeus correspond au
roux, couleur se situant entre le rouge et l'ocre : c'est d'un rouge
terreux qu'il est question ici. Voilà qui s'accorde à la
cabale hermétique de belle manière et annonce la stibine
vespérale
,
c'est-à-dire Hesperus : il s'agit
donc de l'AC,
signifiée par la 3ème phase de la conjonction
des principes ou par la 2ème sublimation. Cette croix
est teintée d'impureté [que le
lecteur n'y voit surtout pas de
connotation péjorative]
et annonce la rédemption par le feu des hardes laissées
par les minéraux souillés. C'est le feu de
l'Hadès, dépendant d'Héphaistos, couleur
chthonienne. C'est une variation sur le Typhon grec ou le Seth
égyptien, tueur de la lumière, assassin d'Osiris : c'est
le désert où Jésus est resté quarante
jours, pré-écho de la Passion. Fils du ciel et de la
terre [Ouranos et Gaïa],
Seth est évidemment
assimilé à Saturne : il n'est pas indifférent
à notre propos qu'on lui prête dans la main droite l'ankh
et dans la main gauche le sceptre Ouas [ce bâton est associé au
renard, cf. Douze Clefs de
Philosophie],
deux symboles annonçant l'Aurore. On dit que Moïse se
servit du bâton Ouas pour faire sourdre de l'eau d'un rocher :
voyez ici l'Escalier des Sages
de Van Helpen :
est
lié au feu et non à la terre. Si l'on tient compte,
toutefois, de l'iconographie alchimique et de l'avis des mythographes,
on peut dire ceci : que Mars, sans être dieu de la
végétation, protège les moissons et qu'il est
salué par l'épithète de « dieu du printemps
», ce que l'on retrouve du reste dans le bel emblème de
Limojon de saint Didier [Triomphe
hermétique] ou dans les planches du Mutus Liber.
C'est aussi le dieu du serment ; aussi dans notre bulle germinale,
faut-il voir l'alliance cosmique des principes, qui,
d'élémentaires qu'ils étaient {
,
}
deviennent principiés [ou principiants] {
,
}. Arès scelle
de son épée la conjonction, ce dont témoigne le Caput mortuum initial :
« la dissolution est la solution de la
conjonction. »
; on trouve dans cette étonnante synthèse tous les
pouvoirs du feu : ardeur, purification, illumination. Dans l'Atalanta fugiens,
l'emblème XLI exprime ce passage
où le blanc est coloré en rouge. Dans l'Aurora Consurgens,
une aquarelle où l'on voit le second Adam sortir du tombeau
exprime, là encore, ce retour corporel de la conscience
dissipée. Il s'agit de la figure XXXVII.
Pour finir sur Mars - à qui en l'occurrence il vaut mieux donner
son nom d'Arès pour être conforme avec la logique de la
cabale - cet extrait d'un Hymne
homérique :
dont les trois maîtres sont Jupiter Ammon,
Lune
mercurielle
et
Soleil. On peut encore y voir un ensemble comportant un trône [puissance, symbolisant le sel de
liaison = Ammon, Jupiter ], un livre [l'intelligence, c'est-à-dire
l'esprit = Lune mercurielle] et enfin, une colombe [le sulphur en forme de sanctus spiritus
qui n'a aucun rapport avec l'intelligence mais se rapproche de
l'âme sublimée =
].
Enfin, on
attirera
l'attention du lecteur sur les trois tours de la planche XIV du Mutus Liber
: elles expriment une vieille coutume qui consisitait, quand on
hésitait sur une route à choisir, à faire trois
tours sur soi-même et à adopter au 3ème
tour la direction vers laquelle le visage était orienté :
il s'agit là, on en conviendra, d'une pratique absolument
irrationnelle. La Kabbale hébraïque se montre pour une fois
d'accord avec la cabale hermétique : elle assigne le principe
agissant, cause ou sujet de l'action à l'esprit [qui est actif, ce qu'il faut relever
puisque Jung, par exemple, affirme que le
est un
élément passif ; c'est manifestement une erreur puisqu'il
sert de médiateur entre Sol et Luna] ; l'action de ce
sujet est son verbe [il
correspond à l'âme, c'est-à-dire au Sulphur : il
est passif par rapport au sujet en ce qu'il est guidé par le
psychopompe mais actif par rapport à l'objet]. Enfin,
l'objet de l'action [la Grande
coction], avec son effet attendu : l'escarboucle des Sages [l'objet correspond bien sûr au
corps qui est passif et sert de prison au rayon igné solaire que
constitue le verbe].
-
} ? De
la
viscosité dont la forme naturelle est la lave [cf. l'emblème
XXXVII de l'Atalanta
où l'on devine les champs phlégréens,
derrière le Lion Vert, avec en arrière plan, le
Vésuve] et qui débouche sur la fixation [i.e. la 2ème
sublimation qui est celle de l'Esprit]. Jung écrit :
, Lucifer,
étoile du matin, par le sulphur, se transforme le soir en
stibine [Gaïa
hermétique], en Hesperos
où
il
faut, sans doute,
voir l'aurore réelle de l'oeuvre, proprement
crépusculaire. La figure de Cupidon est développée
par Jung dans ses Essais sur la
Symbolique de l'esprit :
] -
VOULOIR [LEO VIRIDIS
] - OSER [AQUILA
] - SE TAIRE [TAURUS
].
. Rien
sans doute ne
peut
mieux illustrer la coagulation du Mercurius que l'action
imprimée par Borée [Aquilon].
C'est de là que
naît le lapis, dans une lueur crépusculaire, quand les
sept boeufs de labour ont terminé leur ouvrage. C'est ici que le
vent solaire imprime à l'Air la pollinisation des particules que
la magnésie imprime en cette partie de l'imago mundi. Aussi ne
faut-il pas mépriser l'opinion vulgaire qui attribue l'aurore
boréale aux vapeurs et exhalaisons terrestres [il est entendu que nos propos doivent
être entendus cum grano sali].
Quelque ténues, quelque subtiles que soient, en cette
prodigieuse hauteur, les parties grasses, sulfureuses et inflammables
du
, c'est bien dans la stibine qu'il faut aller
chercher,
au
crépuscule vespéral, la matière du lapis. C'est
dans la même optique que Monte Snyders voyait, dans les
comètes [cf. la Métamorphose
des planètes] des exhalaisons terrestres,
subtiles et lumineuses dont on s'est fait l'écho dans l'humide radical. Au reste, si
l'on reprend l'étymologie de Météore [Ouranion],
son origine hermétique ne fait aucun doute et l'astronomie
moderne semble même assurer que la vie viendrait, pour partie,
des produits cométaires. Suivant l'illustre Van Helmont,
l'archée céleste, par son seul pouvoir, tire tous les
corps de l'eau du Styx [cf.
Psyché et Amour]
: principal fleuve de l'Hadès - le Mercurius senex des
alchimistes - il ceint de ses méandres le royaume des Enfers,
à l'instar du serpent qu'on voit représenté sur la
figure du folio 42r. Styx,
initialement est une nymphe [Psyché
en forme de Virgo paritura] qui, unie à Pallas [sulphur] lui donne quatre
enfants [Tetractys] : ZhloV [l'ardeur = TAURUS
], Nikh [épithète
d'Athéna : il faut y voir l'AIR allié à la
lumière, c'est-à-dire l'ÂME
ou
SULPHUR
sublimé = AQUILA
, cf. aussi
section
sur Chevreul, critique de Niépce],
Bia [la Force = LEO
] et
enfin KratoV [puissance = SPIRITUS
au sens du
Mercurius, grand ordonnateur]. Quand Zeus entra en lutte contre
les Géants [précipités
dans le Tartare],
les enfants de Styx, qui s'étaient ralliés à son
côté, furent récompensés : ils
demeurèrent perpétuellement auprès de lui pour
l'assister. Quand un dieu s'apprêtait à jurer par Styx,
Iris [le signe de la conjonction,
par les couleurs du paon, cf. figure XV]
allait chercher une coupe pleine de l'eau pontique du fleuve de
l'Hadès. En cas de parjure, malheur au menteur ! Condamné
à ne plus s'abreuver au nectar et à goûter à
l'ambroisie d'une part ; d'autre part chassé du cercle divin
pour neuf ans. Il vient de là que Styx [stux : froid, glacial]
fut surnommée le « grand serment des Dieux » ou
encore le « fleuve terrible du serment ». Ne peut-on y voir
le tronc de notre chêne
qui se déroule depuis le centre de la Terre [Hadès] jusqu'au
delà du firmament [Zeus]
? L'archée, disions-nous, peut donc soutirer les corps
résolus en cendres de l'eau mercurielle pour autant que le
ferment existe [Chevreul a
parlé de ce ferment dans ces études alchimiques sur Artephius et Cambriel].
Ce ferment est le moyen ou artifice secret qui permet la
réincrudation du Soufre : il attire l'esprit
générateur de l'archée et constitue l'aura vitalis. Il
crée les corps organisés [i.e.
cristallisés]
à son image, par adaptation
: on retrouve l'idée de la Table d'Émeraude.
Ce ferment est une partie du sulphur, matière composite dont
Fulcanelli a bien vu, dans les DM,
qu'une partie en était blanche, l'autre noire, l'autopsie de
la pièce révélant que le Caput
en était
violet [ion -
ioV].
Il est aussi le véritable fondement de l'augmentation - que les
textes appellent la multiplication - du corps créé de novo, qui entre alors
pour la deuxième fois en fermentation, ce qui explique la
redondance apparente des gravures du Ros. Phil.
[le spiritus gagne deux fois le
ciel, cf. AC,
figure
XXXVII].
L'archée agit sur le ferment à la manière d'un
aura seminalis
; Van Helmont admettait dans ce ferment une susbtance
qu'à l'exemple de Paracelse, il nomme Pessas et il appelle Bur le ferment
métallique. Borée joue dans la Grande Coction une grande
importance au
moment où l'Artiste juge à propos de diminuer la
température de son fourneau, en sorte que son eau permanente se
coagule de proche en proche, et de façon insidieuse. C'est la
condition sine qua non pour que l'Aurore apparaisse ; aussi bien nous
faut-il une matière terrestre ou aérienne capable de
darder, en dépit de la ténuité de ses parties, une
lumière aussi vive ou plus vive même que les
Météores communs [tonnerre,
feux-folets, Iris, parhélies, etc. qui ne sont en somme que de
pâles reflets du Soleil des Sages et qui relèvent de la
spagyrie spirituelle]. C'est d'une source active dont nous
avons besoin, qui réclame la collaboration des
éléments que nous avons énumérés
quand nous avons examiné la bulle
germinale du Mercurius
Redivivus. Mais ici, nous recherchons le « royaume
de la joie suprême », qu'on trouve stylisé dans
cette figure, tirée d'un traité de Lacinius.
], du sulphur [
] et du mercure [
].
En haut, Soleil, étoiles et Lune encadrent la scène. Sur
le sol, à gauche, une plante ou un arbousier à sept
branches [Arbore solari]
; à droite, serait-ce une mandragore ? Remarquons, quoi qu'il en
soit, que nous retrouvons les lions de la gravure du Mercurius,
celui
de droite étant caractérisé ; le phénix
juché sur la
laisse
peu de doute
quant au rôle
symbolique que joue le stibium
de Jacques Tol. Le Pseudo-Aristote parle de ces hiéroglyphes :
et
,
dépouillées de leurs
scories, dépurées et sublimées. En cette
dernière opération qui parachève la conjonction
des principes,
prête le
flambeau à la nymphe
,
juchée sur
l'Eau. De ce contact naît une
fumée épaisse et blanche, expression du vase de nature
où Soleil et Lune passent par les étapes que nous avons
décrites.
ÂME
![]() | ESPRIT![]() | CORPS![]() |
MERCURE | SOUFRE![]() | SEL![]() |
EAU
![]() | AIR
![]() | TERRE![]() |
+
= 
.
Rappelons en l'occurrence que l'hiéroglyphe de l'AIR est
construit à partir du triangle de FEU et de la barre horizontale
du triangle d'EAU qui y est incluse. De là, une ligne
horizontale, résidu d'EAU : AER
= IGNIS + AES USTUM.
Lemery, dans sa table des principaux caractères chymiques, donne
«
? » pour
le
cuivre brûlé (ioV)
naturellement, il ne faut
point y voir du cuivre mais du laiton, si l'on nous entend bien. L'AIR
ne peut être que le signe de la conception de l'androgyne et
c'est en toute logique que nous le retrouvons dans cette aquarelle du
Ros. Phil.] : elle succède à la
dissolution et
prélude à la conjonction ; ajoutons que les trois
processus sont dépendants et qu'on ne saurait les isoler, aussi
bien pour des raisons liées à l'hermétisme
qu'à la thermodynamique classique. Nous voyons là
s'échafauder l'entrelacs habituel propre à la
phénoménologie alchimique.
] qui
rejoint l'Esprit dans un but de dépuration ; la deuxième
sublimation est celle de l'Esprit [animus
:
]. En l'absence de cette sublimation,
l'incarnation de l'Âme serait impossible, c'est-à-dire la réincrudation.
Ce paradoxe, qui n'est qu'apparent, de l'association de l'Âme
à l'AER et de l'Esprit à TERRA explique peut-être
les contradictions que nous avons relevées dans l'introduction
de Jung [Commentaire au mystère de la fleur
d'or]. Du reste, le commentaire du Ros. Phil.
semble bien ne pas laisser de doute :
et
.
Pour comprendre en quoi le glaive de feu intervient en cette
époque de l'oeuvre, il nous faut revenir au thème,
décidément récurrent, de l'étoile et de la
fleur. Considérons la digamma de
Salomon,
encore
appelée hexagramme : il s'agit de
l'entrelacs, bien connu, des
idéogrammes
et
[Eau et Feu].
On peut encore le voir sous cette forme
. Dans ce
dernier cas, le sceau est assimilable à l'étoile [asthr]
tandis que dans le premier, on le voit sous l'aspect de la fleur [anqoV]
: selon la superposition des deux images du Feu et de l'Eau, nous
verrons donc l'image complémentaire résultante, ce qui
explique l'allusion de Fulcanelli, signalée supra. Le cas intermédiaire
a été illustré par Hadrien
Mynsicht dans son Aureum Seculum Redivivum
où l'hiéroglyphe de l'Eau est placé devant celui
du Feu [dans le Splendor Lucis
de Sonnenfels datant de 1747, c'est l'inverse qui se produit] :
est-ce là pour nous indiquer que le lapis
résulte d'un Mixte d'où participent l'Eau et un
résidu du Feu ? Il s'agit d'un cas spécial d'illusion
spirituelle appliquée à l'Eau Divine [udwr
qeion] de
Zosime. De ce combat de l'Eau et du Feu, la Justice tranche : c'est le
glaive. Jung nous en parle dans le Symbole de la
Transsubstantation :
et du
.
et
.
L'hermétisme apprend à trancher en résolvant,
puisque la dissolution est la solution [comprenez la clef] de la
conjonction ; aussi le glaive est-il considéré à
bon droit comme l'instrument de la conjonction. De surcroît, sa
forme de ?
renversée
[lame + garde] n'est-elle pas là pour nous rappeler le sens
à donner à l'allégorie ? Fulcanelli nous rappelle
que Saint Pierre fut crucifié la
tête en bas
et qu'il se présente à l'Esprit tout à la fois
comme une aurore et comme une éclipse. Sanctus Petrus ou Pierre
sainte, tel se présente le lapis. Un mot sur le thème de
la colère : le glaive est un symbole classique de la puissance,
qu'il faut voir sous l'espèce de force solaire ou de rayon
igné que l'Artiste doit capturer en sorte de l'incruster dans la
Toyson d'or. La colère [orgh]
doit être rapprochée de la dépuration du Soufre en
rapport avec l'imprégnation mercurielle : littéralement,
il s'agit de l'agitation intérieure qui gonfle l'âme mais
c'est aussi - par orgiaV
- le possédé de l'esprit divin, i.e. le sulphur
. Quant Dieu intime à l'ange l'ordre de
ranger
son glaive, il casse la liaison entre
et
où le
se trouve sublimé ; dès lors débute le processus
de réincrudation qui correspond à l'incarnation de
l'Âme, i.e. l'accrétion ou apparition de la terra
hermetica
.
On mesure le contre sens que font beaucoup de chercheurs quand ils
pensent que la stibine est l'hiéroglyphe de la materia prima
[Aurora] alors qu'elle en forme le crépuscule vespéral
[Hesperus] ou surrection du lapis. Nous n'insisterons pas ici sur
quelques traits de cabale où l'on pourrait détecter des
accointances entre la colère et Bacchus [OrgioV,
le dieu des mystères] ou orgion [mystères des Cabires et de
Déméter, cf. figure XIV sur
l'origine du monde].
Dans cette force solaire s'expriment la puissance combinée de
Sol et de Luna : nous retrouvons l'hiéroglyphe du Taureau
qui est aussi celui de Diane aux cornes
lunaires.
et
aient été séparés. La
sublimation du Mercure détermine l'Aurora Consurgens,
c'est-à-dire la coagulation progressive de l'aqua permanens qui
détermine l'affinité chimique [amour
= jilia]
des principes de l'oeuvre.
].
et
. Sur la Justice, cf. note c ; cetta
alliance est consacrée par les branchettes d'olivier que les
époux royaux échangent dans plusieurs figures du Ros. Phil.,
emblème d'harmonie et de concorde comme en fait foi la colombe,
cf. f. 25v - f. 14r.
]. Dans le
Filet d'Ariadne, Batsdorff [pseudo]
écrit :
et
,
cf. Platon, Lois].
Cette ablution est réalisée par l'eau de roche, telle
qu'elle en a été tirée de la première
opération, qui est la dissolution : c'est le Lait de Vierge dont
parlent Artephius, Pontanus et Lavinius,
les seuls qui, au dire de Fulcanelli, aient été assez
charitables pour dire quelque vérité sur le deissolvant.
Dans le Psautier
d'Hermophile de Joubert de la Salette (1754), on lit encore ceci
qui achève de nous édifier :
[Mercurius] et l'autre
[Sulphur].
L'Aurore des alchimistes passe d'abord par une phase d'albedo,
succédant à la nigredo puis une phase de « robigo
».
exprimant l'ambivalence de Lucifer et d'Hesperos, l'instant
d'équilibre étant réalisé alors que l'astre
atteint le medium coeli, où il prend alors la valeur de
l'hiéroglyphe
[ioV = venin, rouille]
, autre formulation de la
; à
droite,
le triangle de
dont la direction
va vers le sulphur
comme en atteste l'orientation de la garde du glaive. La
transfiguration des métaux est indiquée par les
étoiles que laisse échapper la main droite du Christ,
moins visible ici toutefois que sur la miniature d'un mss de la
bibliothèque nationale de Berlin. On voit saint Jean,
couché près du Christ. Si l'on examine le polyptique d'Issenheim et notre
section sur saint Jean le Baptiste,
on se rendra compte que le lien se situe dans l'agneau qui ne figure
pas ici de facto : Jean-Baptiste s'écrie en voyant Jésus
: « Voici
l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde. »
(Jean, 1, 29). La symbolique générale de l'agneau tant en
alchimie que dans la tradition chrétienne est suffisamment
connue pour que nous n'insistions ici que sur quelques accents
particuliers ; et surtout un trait qui n'a pas échappé
à R. Guénon quand il a identifié l'agneau pascal
à l'agni védique, lequel, ce qui est à remarquer,
est supporté par un bélier. Remarquons que ce
rapprochement ne vaut que pour autant que l'on considère
seulement l'association agni - ignis
.
Occasion pour nous de réaffirmer l'importance de
considérer certains rapprochements de pure assonance
phonétique - ou d'assonance spirituelle - comme se réclamant uniquement de la
cabale hermétique
; que le lecteur n'y voit pas de rapprochements fortuits entre
vocabulaires, qui sont bien sûr sans signification. Mais
Fulcanelli a ici donné toute la mesure de ce point de science
dans sa trilogie pour qu'il nous soit permis de passer outre et de
poursuivre nos réflexions. On a souligné que l'agneau de
l'Apocalypse revêtait un caractère léonin et que
cet agneau - argon
- exerçait sa colère - cf. supra
- ; si l'on se souvient du signe zodiacal du Bélier, dont les
Chaldéens tenaient le Soleil pour maître, la relation est
facile à établir, de même que le caractère
dual du Bélier [Arès
et Ariès].
et
,
cf. supra. Il y a une relation entre le mont
-i.e. la
conjonction - et la Trinité car le Sion est connecté avec
la Jérusalem céleste ; elle est exprimée sur la
figure ___ de l'Aurora Consurgens. cette relation correspond à
la transfiguration de la matière qui, d'amorphe qu'elle
était avant le passage au creuset [?] , se
dépure et
devient cristalline. D'où cette sentence de l'apocalypse :
« Je
suis l'alpha et l'Oméga, le Principe et la fin »
(21, 1-6) qui rejoint en tout point les préceptes de la Tabula Smaragdina
et de la Chrysopée de Cléôpatre, avec le serpent
Ouroboros, cf. Berthelot, Introduction à
la chimie des Anciens.
du Ciel
en incluant un zeste de feu dans ce cristal pour en faire un
carbunculus : c'est le lapis. 
. C'est la période où le Compost est
dissout dans la mer des philosophes, cf.
prima figura de Lambsprinck ; l'amas figuré au pied
de l'androgyne signale la fin de cette phase. Les trois jambes de la
créature simiesque - fig. II -
représenteraient trois des Eléments d'Empédocle :
le poisson
; la gerbe
enflammée
et la jambe
de cheval
[lointain rappel
de Pégase qui correspond à l'un des deux sels issus de la
décapitation de Méduse, avec Chrysaor, cf. Fontenay]
; nous ne trouvons pas au
sabot de signification particulière et J. Van Lennep se
réfère à un passage du Myst. Cath.
de Fulcanelli. Sur la musique des sphères, cf. notre commentaire
au preambulum
de l'Atalanta fugiens.
À la fig. IV, il semble que nous ayons
un point de repère valide avec la Ve
Parabole du texte de l'AC :
et
; au-dessous,
l'anthropos, sur lequel nous
reviendrons en seconde partie.
Sur la fig. VI,
Van Lennep écrit :
! [1,
2, 3, 4, 5, sur
l'acétate de plomb].
Dans un vieux manuscrit attribué à de Bremens se trouve
une préparation de quintessence de plomb obtenue en traitant la
litharge par le vinaigre distillé [c'est
le Lait de vierge, dont la
préparation a été donnée par Geber].
L'acétate de plomb ainsi obtenu en masse pâteuse
après évaporation, est mis à fermenter deux ou
trois mois, et au bout de ce temps le tout est tombé en cristaux
qu'on redissout et qu'on fait recristalliser. On a ainsi un vitriol
d'aspect brillant et presque nacré, dont les
propriétés sont toutes autres que celles de
l'acétate de plomb vulgaire. Il ne peut s'agir que de carbonate
de plomb ou blanc de céruse. La fig. IX
est l'une des plus
curieuses du recueil. Aussi vaut-elle que l'on voit tout le commentaire
que Van Lennep lui consacre :
. Le cerveau représente Zeus ou le spiritus sancti. Mais ce
qui nous paraît singulier, c'est que Van Lennep voit un homme
là où il nous semble que l'on aperçoit une femme,
dans le personnage de droite... Du coup, la référence au
testicule paraît un contre sens. La fig. X
reprend le symbolisme de la graine et donne l'occasion à Van
Lennep de glisser cette citation :
est tellement gorgé d'or qu'il ne peut plus voler, signant le
début de la coagulation de l'eau mercurielle. L'idée est
à retenir et il est fort possible que cet oiseau, que nous avons
pris d'abord pour un corbeau, soit un aigle... Nous ferons remarquer
néanmoins que l'épée est associée au
thème de la putréfaction, i.e. au corbeau. La fig.
XIII ne laisse pas, elle aussi, de poser
des problèmes : qu'est-ce que représente ce personnage
à la fois hydropique et altéré ? Van Lennep pense
que la femme qui présente des simples à notre malade
symbolise l'alchimie [on
possède un exemplaire de la miniature, de Berlin, où une
femme remplace le malade] ; cet hydrops dont il souffre est
fréquemment cité dans les textes et associé au
thème de la sueur. Le texte de l'AC
signale qu'il est atteint d'un excès de phlegme dont la
théorie date du VIe siècle av. J.-C. Il s'agit
:
. Pourtant,
dans cette version, on concevra sans doute
que l'oiseau se rapproche davantage de l'aigle
que du
phénix. Tel n'est pas le cas de la version, datant du XVIe
siècle, présentée par Van Lennep p. 66 de son Alchimie.
est
changé en terra
];
et c'est son regard qui est son venin, autrement dit la lumière
de son oeil qui constitue un feu
[remarquons
que seul l'Eau n'est pas représentée au plan symbolique
dans cette fable, sauf à la considérer comme une
dissolution ce qui reste possible en tenant compte de l'aspect
reptilien du basilic]. Il faudrait évoquer ici toutes
les fables que nous conte Ovide dans ses Métamorphoses,
entreprise impossible à mener ici ; mais la légende
grecque primitive de Deucalion et de Pyrrha [voir Jung, les Racines de la Conscience,
Visions de Zosime, p. 192]
paraît résumer tout ce qu'il y aurait lieu d'en dire. Il y
a lieu de voir dans le basilic l'évocation du Mercurius senex,
dans la belette, celle de la panacée ou de l'antidote qui
transforme les cailloux sans valeur en pierres précieuses : le
miroir ou bouclier d'Athéna représente cet artifice que
nous ne cessons d'évoquer qui provoque la coagulation de l'eau
mercurielle, permettant ainsi à l'Artiste de saisir aux filets
les poissons dont parle D'Espagnet dans son Oeuvre Secret
d'Hermès : c'est la CLEF
de l'oeuvre. Pour illustrer ce point de science, il n'est pas inutile
d'ouvrir un vieux traité attribué à Nicolas
Flamel, l'Alchimie
de Nicolas Flamel,
rédigé en fait vers 1750. Ce traité est
illustré par des aquarelles qui figure dans une compilation de
Denis Molinier dont nous avons extrait ce qui suit :
,
l'autre,
. Alors que la tige
du caducée a un
rapport avec le
. Comment
analyser cela ? Rappelons-nous que les serpents ne sont
autre que les natures métalliques dissoutes [ioV].
Or, qu'introduit l'Artiste, sous forme porphyrisée, comme
matières dans son creuset ? L'une, véritablement
métallique, se signale comme le Soufre rouge, issu du vitriol
romain : c'est Mars. L'autre a une nature plus terreuse et
représente
Vénus au coucher : Vesper [Hesperus
:
], dont la nature est humide,
féminine et
froide. Nous la rapprocherons de l'Espérance, seule
déesse qui resta
dans la boîte de Pandore, créée par
Héphaïstos, le dieux boiteux. On
conçoit donc sans difficulté que le Mercure soit en
grande partie le
résultat d'une union entre des substances voilées par
Mars et Vénus ;
mais on note aussi un cousinage avec Vesper ou Terre hermétique,
signifiée par la stibine puisque Atlas est frère de
Vesper. Dès lors,
nous devons nous poser la question. Ce caducée
représente-t-il le
Mercure dans son premier état, auquel cas les
hiéroglyphes figurés en
note sont les mêmes que ceux qu'on aperçoit sur ce détail, ou bien
s'agit-il du Mercure animé - ce dont tendrait à faire
croire la hampe
du caducée - auquel cas, nous voilà ramenés
à cet autre détail ? Nous
savons que les alchimistes sont gens malicieux et il est possible que
ce caducée soit une figure à double sens, comme semble
l'indiquer,
d'ailleurs, E. Canseliet dans l'une de ses préfaces au Mystère des
Cathédrales. Aussi, ce caducée garde-t-il
son mystère et ressemble-t-il
un peu à une particule élémentaire, dont on ne
peut pas à la fois «
voir » ou plutôt même concevoir sa forme
corpusculaire ou sa
forme ondulatoire [cf. la
Mécanique Ondulatoire de Louis de Broglie].
En fait, tout comme De Broglie, peut-on proposer ici une théorie
de la
double solution qui permet de voir à la fois dans les symboles
martien
et terrestre l'aspect mercuriel et soufré des matières.
L'étoile du
couchant, Vesper
,
prend la forme chthonienne qui la désigne comme la
quintessence de l'Art et s'oppose, en la complétant, à la
forme luciférienne et primitive de l'étoile du matin
. Nous aiderons ici l'étudiant en lui rappelant
que Vesper habitait avec son frère une contrée
située à l'ouest du
monde et nommée Hesperitis [cf.
Matière]. L'Artiste fera bien
alors de
vérifier dans quelle phase est sa Lune, en sorte de s'orienter
dans le
labyrinthe de Salomon, pourvu du compas de Mathurin Eyquem, sieur du
Martineau [le Pilote de l'Onde Vive
ou le Secret du flux et Reflux de
la Mer, Jean d'Houry, Paris, 1678] :
[Jung admet,
dans ses Racines
de la Conscience,
chap. II, l'Archétype de la
Mère, que la grand-mère, la mère, puissent
revêtir comme aspects la mer
et l'eau tranquille ou
dormante, cf. p. 96].
Nous pouvons poser
aussi qu'il existe un rapport de couleur entre les deux états du
crépuscule et la planète
: le jaune
orangé, qui se signale comme
la 4ème
couleur fondamentale de l'oeuvre, se situant précisément
entre
le blanc et le rouge : c'est l'espérance du Soufre rouge dont
l'Artiste souhaite la résurrection du royaume des morts, par
l'opération
de la réincrudation. L'occident [patrie
de Vesper] est à
l'image du
jardin enchanté des Hespérides où les pommes d'or
sont gardées par un
cruel dragon [que seul Hercule et
Cadmos surent occire].
Autre chose : le régime de la Lune. Car dans un sens, le Mercure
philosophique, par ses attributs et hiéroglyphes
célestes, correspond à
la conjonction de Vénus [sous
la forme de Vesper
] et de la
Lune
montante : c'est Diane aux cornes lunaires [voyez ici un point de
cabale hermétique rarement décrit, in Atalanta
XXXII]. Notez que ce
phénomène peut aussi se dérouler alors que la lune
est descendante et
Vénus montante
. Il y a
là un dualisme dont il est facile de faire voir
la solution : dans l'hypothèse où la lune est montante et
Vénus
[Vesper] descendante,
nous savons que Vénus prend une forme
chthonienne. Munie alors du croissant de Lune, elle ne peut affecter
que la forme de Neptune [le
trident] qui lui confère de manière
radicale sa nature marine, humide et froide
. Or,
Neptune, selon les
astrologues, dirige le signe des Poissons [ce qui reste d'ailleurs
entièrement à prouver, raison pour laquelle nous avons
révoqué en
doute, dès le début, l'utilisation de signes du zodiaque
dans nos
études statistiques]. Or, si nous avons les plus grands
doutes quant au
rapport existant entre le signe des Poissons [cf. notre zodiaque alchimique] et
Neptune en astrologie,
en revanche, en alchimie, il ne fait pas le moindre doute que les
nautoniers puissent y étendre leurs filets pour attraper les poissons
gras de Jean d'Espagnet. En revoyant le caducée
d'Hermès et compte tenu de l'annotation, en somme, on peut y
trouver le
signe du Soufre rouge [Ariès]
et du Soufre blanc [la Terre,
Perséphone]. Mais la promesse du Soufre [Espérance]
ne sera tenue que
lorsque le soleil sera parvenu au Sagittaire. Encore faudra-t-il que
l'Artiste, entre-temps, ait élu les vraies matières, ait
su les mettre
dans un vase adéquat et les ait fait cuire dans l'eau idoine, et
au
degré de calorique requis. Passons à présent
à l'arcane de gauche. Nous voyons un feu. quant à l'image
de droite, elle montre un symbole
complexe où quatre hiéroglyphes célestes se
trouvent impliqués : Mars,
Vénus, la Terre et un soleil noir. Ce soleil noir désigne
cet astre aveugle
évoqué en début de section ; il s'agit de la
marque de la sublimation du Soufre ou sulphur
et la
masse de la terre donne ainsi à voir un
croissant lunaire, concave vers le haut, rendu visible par l'embryon
hermétique. En somme, ce symbole donne clairement à
entendre
que les parents de la Pierre sont le
et la
,
ainsi qu'Hermès
l'écrit dans sa Table d'Emeraude
et que les fruits du travail
hermétique consistent en une terre alliée à un
soufre [il s'agit des
deux natures métalliques dont l'une est en effet de type
terreux,
l'autre affirmant davantage son éclat métallique - c'est
le bouton de
retour d'E. Canseliet auquel on peut appliquer l'expression de «
retour
des cendres »]. Notez encore qu'au début du
travail, la Lune est pleine
et que, petit à petit, le croissant de Lune va augmenter [la Lune est
ici descendante, à l'Orient de l'oeuvre]. Enfin, un
triangle est
visible dans Mercure qui affirme la prééminence, en une
entité, du
corps, de l'âme et de l'esprit. Le corps est cette Terre,
l'âme est ce
soleil noir
et l'esprit est le Mercure, c'est-à-dire
le vaisseau de nature. A gauche, la CLAVIS ou artifice de la
coagulation du Mercure, juchée sur une flèche qui exprime
la sublimation du Mercurius. Voilà l'aurore de l'oeuvre ou
stibine couronnée, la même qui s'exprime au faîte de
l'arbre alchimique du Mercurius
Redivivus de Samuel Norton.
qu'il faut voir dans cette figure : voyons que les cinq âmes
correspondent aux cinq éléments de l'idéogramme du
sulphur [
+ ?
= 5] ; c'est
donc la quintessence qui est symbolisée par la combinaison du
feu et de la croix puisque 5
est le nombre nuptial des Pythagoriciens et qu'il exprime le symbolum du Mysterium conjunctionis.![]() FIGURE I | Nous
sommes entre deux moments de l'oeuvre : la
noirceur et la blancheur. C'est donc au régime de Jupiter ou
peut-être même de la Lune qu'il faut placer les
hiéroglyphes qui sont ici dépeints. Nous trouvons ainsi
le Rebis, androgyne hermétique, mixte conçu à
partir des extrémités du vaisseau de nature, qui se
dépouille progressivement de son obscurité : c'est
véritablement la Lumière sortant
par soy-même des Ténèbres, pour
remployer ce beau titre du traité de Crasselame. Au second plan,
voici l'aigle qui symbolise la sublimation : il s'agit de l'aigle
d'airain dont parle Berthelot dans les Alchimistes Grecs,
XXIX.
Notre attention est également attirée par les animaux que
le monstre androgyne tient : une chauve-souris d'un
côté et un lapin de l'autre. Que cachent ces symboles ?
Voyons d'abord la chauve-souris : rate-penade ou pipistrelle
désignent le même mammifère. En grec nukteriV,
c'est-à-dire « voyant dans la nuit », n'est-ce pas
là l'épithète de l'Artiste, sûr de lui,
quand il dispose au tombeau ses matières - i.e. au creuset
brasqué - afin que la lumière surgisse de l'ombre ? Et la rosée
de mai
n'apparaît-elle pas lors des nuits claires et calmes ? Quoi qu'il
en soit, cet animal est de l'ordre des divinités chthoniennes et
de l'ordre des génies qui procèdent à la
génération des métaux et des minéraux,
à en croire les Mayas. Ce n'est pas tout : elle est maître
du FEU et rejoint l'Hadès par-delà la TERRE. En ce sens,
elle se rapproche du Ploutos grec. Quand on saura par ailleurs qu'elle
annonce la PLUIE, n'aura-t-on point comme une sorte de compendium des
principaux arcanes de l'oeuvre ? Dédié à la
Renaissance à Artemis, la chauve-souris protège la
naissance et la croissance : aussi bien faut-il y voir comme un
talisman que l'alchimiste peut mettre à la porte de son
laboratoire afin qu'il se garantisse du malin... ou du loup.
Ce n'est pas tout : la pluie - l'EAU
en un mot -
est l'élément fondamental qui permet de comprendre
pourquoi l'aigle [dans lequel on
peut reconnaître les traits de saint Jean, cf. notre retable d'Issenheim et saint Jean Baptiste]
est associé à la chauve-souris. Voyons cela : les Adeptes
préviennent l'impétrant contre le danger de la
sècheresse mais plus encore, ils le préviennent contre
celui du déluge, de l'inondation ; l'iconographie montre cela en
forme d'hydropisie dans plusieurs emblèmes, sur lesquels nous
nous sommes attardés [cf.
en particulier le chapitre XLVII de l'Atalanta fugiens].
Philalèthe, exceptionnellement, s'est montré charitable
et à écrit ceci :« Quand la Lune brillera en son plein, donne des ailes à l'Aigle, qui s'envolera, laissant mortes derrière elle les colombes de Diane qui, si elles ne sont pas mortes à la première rencontre, ne peuvent servir à rien. Réitère sept fois cette opération, et enfin tu trouveras le repos, n'ayant simplement qu'à faire cuire ; c'est la plus parfaite tranquillité, un jeu d'enfant et un ouvrage de femmes. » [Introïtus, VII - Entrée ouverte au Palais fermé du Roi] Dire que Philalèthe est charitable est certes chose certaine, mais enfin, il est aisé de comprendre ceci : que les sublimations correspondent au processus d'assation dont parle Fulcanelli dans son Mystère des Cathédrales. L'aigle [aquila, i.e. aqua par cabale] est aussi bien lié à
qu'à
l'AIR , cette dualité permettant, d'ailleurs, de
donner
son sens plein à ce concept de sublimation philosophique.
Car cette lutte entre le transfert [sublimation procédant de la
dissolution] et la projection [réincrudation] témoigne de
la lutte qu'opposent et , par la médiation du FEU qui leur
est commun comme en atteste la ?
présente dans leurs hiéroglyphes. Cet amoncellement
d'oiseaux disposé aux pieds de l'androgyne témoigne donc
des « assauts » mercuriels ainsi que donne à le
penser Philalèthe dans cet autre extrait :« Lorsque les mages parlent de leurs Aigles, ils en parlent au pluriel, et ils en comptent entre trois et dix. Ils ne veulent néanmoins pas dire par là qu'il faille joindre à un poids donné de terre autant de mesures d'eau qu'ils mettent d'aigles, mais il faut comprendre qu'ils parlent du poids interne ou de la force du feu, c'est-à-dire sans doute qu'on doit prendre de l'eau autant de fois aiguisée qu'ils comptent d'aigles [...] » [ibid.] Nous renvoyons ici le lecteur à notre Monade [cf. AC, II] et au commentaire de la figure XXXI. Poursuivons : le loup, par cabale, nous le voyons ici sous les traits de lepus - pour lupus. Le lapin ou lièvre - lagwV, animal véloce s'il en ait, est habituellement associé au Mercure. Il fait partie du bestiaire lunaire et n'est donc pas pour rien associé à la rate-penade. La mythologie égyptienne donne à Osiris - le symbole du Soufre - les traits d'un lièvre. Aussi bien faut-il y voir un Soufre dissous dans le Mercure : nous emploierons pour le qualifier un terme que Jung affectionnait, le sulphur dont l'idéogramme est . D'un côté, nous tenons donc avec la
rate-penade le conducteur qui permet à l'Artiste de voir dans la
nuit - l'exact équivalent de la lanterne qui permet au vieillard
de l'emblème XLII de l'Atalanta fugiens
- les traces de Diane sur son chemin boueux ; et de l'autre
côté, nous tenons avec le lièvre le
préparateur de la panacée universelle ou drogue
d'immortalité pour l'élixir du 3ème
oeuvre. Ajoutons que la cabale nous autorise à poser que lagwV, par assonance,
se rapproche de lagwn
dont le sens est cavité, creux ou flanc de la montagne, toutes
indications sur le lieu où l'on peut trouver le guhr
vitriolique particulier qui permet la
préparation de notre Soufre. |
| Nous
voici conviés - figure II - à
un bien étrange concert où
la mort et la putréfaction semblent tenir lieu de mélodie
et d'harmonie. L'impétrant, qui ne serait pas informé des
secrets alchimiques, pourrait être tenté de voir là
une sorte de peinture surréaliste qui pourrait tenir d'un Dali
ou d'un De Chirico. Peut-être même pourrait-on y voir le
fameux musicien de la nouvelle de Lovecraft intitulée la Musique d'Eric Zann...
Mais foin de ces supputations. En fait, le personnage sépulcral
que nous voyons se trouve absolument décomposé : en
effet, chacun de ses membres est différent et ressortit
d'animaux monstrueux. Nous pouvons donc y voir une nouvelle version de
Typhon. Le saurien, le simiesque, la carapace, la chitine, l'os se sont
donnés rendez-vous dans ce carrousel de l'horreur. La seule note
de nostalgie que l'on perçoive dans ce musée
sépulcral
est cette petite chouette jouant du biniou sur laquelle nous
reviendrons. Et le tout sur fond de feu, c'est - à - dire de
sang,
i.e. par cabale de SOUFRE. Un vautour, dont on sait les relations
privilégiées avec Apollon - cf. Atalanta XLIII,
semble être le seul auditeur de ce concert funèbre. Du
reste, c'est une singulière musique que doit jouer ce personnage
mortifère : le violon n'est autre qu'un homard et l'archer du
violon est un morceau de serpent qui paraît
pétrifié. Le homard n'est guère présent au
panthéon des symboles alchimiques. Toutefois, l'examen de l'emblème XXXII de l'Atalanta fugiens
permet de rattacher la carapace chitineuse du homard au corail, et par
delà, aux concrétions par lesquelles se signale le SOUFRE
aux hermétistes. Ce n'est pas tout : on a attribué
à ce crustacé la possibilité de
régénérer sa carapace sans adjonction
d'élément étranger, sans apport de calcium : ne
peut-on pas voir là une autre version du phénix
relevant de ses cendres,
tel le Lazare que le Christ, après quatre jours passés au
tombeau, invite à se lever ? Veni Et Vide ! Tel est la
même interjection que nous lancent les alchimistes quand ils
affirment opérer leurs transmutations. Il y a plus : le homard - astakoV -
est proche par assonance de astaktoV
:
qui coule à flot, abondamment. Comment ne pas y voir la fontaine
de Mercure de Bernard Le Trévisan
? Admettons à présent qu'il s'agisse non point de homard
mais de langouste, élément féminin et non point
mâle du Soufre ; Dans ces conditions, et toujours par cabale, ce
n'est donc pas le Soufre ROUGE mais BLANC, qu'il faudrait voir dans ce
crustacé. KarabiV
est le nom grec de la sauterelle de mer, qui se rapproche
de karaboV [escargot,
scarabée] dont l'importance en matière de cabale
alchimique est fondamentale, cf. en recherche.
Et de l'étrange mélodie qui naît du
frottement du serpent - entendez du Mercure - contre la coque saline
imprégnée du Soufre solaire - entendez de la silice
gélatineuse mêlée de quelque chaux - se
détache une onde dans l'AIR des Sages
qui n'est autre que l'eau permanente, à la fois
métallique et étoilée des alchimistes. C'est cette
onde dont parle E. Canseliet quand il aborde le domaine
mystérieux de l'ionosphère ou sphère de la
violette qui cache un joli trait de cabale. Le fétu de paille -
par karjoV
- évoque la sécheresse et l'aridité, le
désert en un mot, là où l'on retrouve la
pureté et le silence. Mais karjoV,
c'est aussi tout corps sec obtenu à partir d'une écorce,
ce qui, tout naturellement, permet de rapprocher l'image de l'une des
sentences les plus célèbres du corpus alchimique : « rumpire
libros et dealbate latonam. » que l'on traduit
improprement par « brisez vos livres
et blanchissez Latone » là où il convient de
lire : « rompez
l'écorce... » Philalèthe
ne dit point autre chose lorsqu'il assure qu'il faut « casser la noix pour
s'emparer du noyau »,
image de l'ouverture du métal, mis à mort pour qu'il
puisse livrer son précieux Soufre qui, au vrai, est un don de
Dieu [assonance
qeion - qeioV, jouant sur
l'homonymie entre Dieu et le soufre ou un sel de soufre : sulfure ou
sulfate].
C'est donc pure logique que de trouver du sang - entendez le sang du
métal qui est son Soufre au sens où pouvait encore
l'entendre Geoffroy l'aîné - s'écoulant en flot du
fétu. Aussi est-ce encore de façon naturelle que nous
sommes conduit à associer karjoV
et karpoV,
étymologiquement rattaché : c'est le fruit mûr,
provenant de la terre ou des plantes. Le fruit des alchimistes est dit
par les textes à la fois végétal et minéral
: c'est dire qu'il procède à la fois de l'alkali
végétal - notre carbonate
de potasse
et le borith des Anciens - et de sable mêlé d'argile, sel
complexe que les Anciens tiraient peut-être de la terre de Samos
ou de la terre de Chio mixée au sel d'Ammon, cf. supra. Voyons à présent
la chouette : oiseau nocturne dont le sens se rapproche de celui de la
rate-penade de la figure I. Oiseau joueur qui
par le son du biniou attire l'attention de l'Artiste scrutateur. Glaux, tel est son nom,
congénère de celui d'Athéna - glaukwpiV
et d'Aphrodite. Et
par analogie en parlant du globe lunaire, cf. sélénite.
Il faut certainement en rapprocher glaukoV : brillant,
étincelant, éclatant, transition vers marmaroV ou stilbew, argoV.
Tous qualificatifs évoquant la pierre spéculaire - Miroir
du Monde. Tous ces termes évoquent une variété de calcoV
dans laquelle, assurément, il ne faut pas voir notre cuivre
vulgaire mais bien celui dont nous avons parlé en analysant la figure I ou en commentant la Légende de Sifrit l'Encorné.
Rappelons que la distance n'est pas éloignée - ce que
dément bien sûr notre astronomie - entre Vénus et
Saturne dans le microcosme alchimique [cf. les noms du cuivre et du bronze chez les
Anciens, Berthelot]. De calcoV à calciV, il n'y a qu'un pas,
vite franchi quand on saura qu'il s'agit de l'autre nom de la chouette,
cf. Atalanta XXXIV.
Dans l'ordre des travaux, la figure II se
pose
avant la figure I
et constitue, en somme, comme un mode d'emploi des ingrédients
qui permettent de manier le Soufre, sinon d'en obtenir la fixation.
Est-il besoin d'insister sur le magma putride que le personnage foule
au pied et dont, seul émerge le crâne ? Nous ne le pensons
pas. Bossuet a eu raison de dire, dans son Sermon sur la Mort,
qu'il s'agit d'une chose qui ne porte plus de nom dans aucune langue, y
compris dans celle de nos chers alchimistes - cette opération
étant d'ailleurs voilée à leurs yeux. Dès
lors, on ne saurait franchir un pas qui nous ferait tomber, fatalement,
dans l'abîme où s'affalèrent les Titans. // FIGURE
II | ![]() FIGURE II |
![]() FIGURE III La
3ème
peinture nous fait accéder aux deux protagonistes de
l'oeuvre, que les alchimistes nomment leur patient et leur agent. A
gauche, voici leur SOUFRE ou agent de teinture : c'est le rayon
igné solaire dont parle Fulcanelli. Remarquez qu'il chevauche le
Lion - constellation zodiacale que les Chaldéens ont
rattaché au Soleil depuis des temps forts reculés - et
qu'il porte un écu où l'on voit trois lunes. De
même, à droite, distinguons-nous une femme
dénudée - contrairement au cavalier « Soufre
». Cette femme porte le globe lunaire en guise de casque et un
écu où le signe solaire resplendit. Elle chevauche une
chimère : la partie antérieure est volatile, portant
à la fois la marque du corbeau et de l'aigle ; la partie
postérieure est d'un félin où il n'est point
difficile, sans doute, de voir un train arrière de lionne.
Cette chimère, d'ailleurs, porte un nom : le griffon [cf. Donum Dei].
Le griffon est, en cabale alchimique, la source minérale
où l'Artiste vient puiser l'eau vive qui forme la matière
même de son Mercure.
[nous avons noté à de nombreuses reprises que les textes étaient confus quant aux différents Mercures de l'oeuvre, puisqu'on en compte jusqu'à 3 et même 4 : en particulier, il y a souvent confusion entre le premier Mercure et le Soufre blanc qui, par son origine, tient aussi des matières qui participent du dissolvant des Sages. Mais est-ce la raison pour laquelle la cavale du Soufre blanc est un griffon ? Il y a lieu d'en douter... En revanche, on peut supputer qu'il s'agit de l'indication d'un SEL DOUBLE dont une partie est fixe et l'autre volatile. Et c'est là l'un des secrets de l'alchimie : d'un côté, le Soufre rouge ou teinture, sel unique ; de l'autre côté, le Soufre blanc ou Sel qui contient déjà en lui-même l'élément mercuriel, dans la voie de l'Arcanum duplicatum. ] Quoi qu'il en soit, c'est ici que notre Artiste aura besoin de Vigilance, cf. Gobineau de Montluisant. Quelle est en premier lieu le sens des trois lunes de l'écu du Soufre ? Faut-il y voir les réitérations sur lesquelles insistent tant de vieux traités, les fameuses sublimations philosophiques ? Oui. Quelle est l'opération vulgaire voilée sous cet arcane ? Sachez qu'aucun Artiste n'a révélé ce point de science. C'est d'ailleurs l'un des points qui ont pu faire écrire à certains - Jung - que l'alchimie « opératique » n'avait jamais existé que dans la tête des alchimistes... et nullement dans leurs creusets. Ces sublimations se rattachent aux choses élevées - uyhloV -. Or, l'élévation - qui vaut aussi pour la tour, cf. section des Gardes du Corps - va toujours de pair en alchimie avec la symbolique de la conjonction. Ceci posé semble a priori simple et l'on devine sans peine que c'est bien là ce que veut exprimer l'artiste à qui l'on doit cette magnifique peinture. Une question demeure : pourquoi trois ? S'agit-il de trois conjonctions ? Non. S'agit-il de trois opérations qui ont pour but la conjonction des principes de l'oeuvre ? Il semble que l'on se rapproche de la réalité, mais comme l'aurait dit Chevreul, il ne s'agit là après tout que d'une « synthèse mentale. » Ce qui, en revanche, paraît assuré, c'est que les Artistes ont voulu faire accroire que ces sublimations se pratiquaient dans un vase scellé, fait de verre, et par la voie humide. Le Donum Dei - oeuvre de toute beauté par ces nombreuses gravures et ses planches en couleurs de différentes versions - a beaucoup fait en ce sens. Mais si l'on devait donner un sens purement physique à l'allégorie de la sublimation, c'est-à-dire faire parler pour ainsi dire le Mercure de Nature tel que nous l'avons définis dans une section spéciale, nous pourrions dire - reprenant en cela Gabriel - Auguste Daubrée - que les minéraux et les métaux se sont sublimés dans les roches. Voyons à présent l'allégorie des « cavales » : pourquoi le Soleil est-il supporté par un lion et pourquoi la Lune est-elle supportée par une chimère ? Pour répondre à ces questions, il faut revenir sur la question du traitement des Soufres dans l'oeuvre : car il y a deux Soufres ; le SOUFRE rouge ou teinture et le SOUFRE blanc ou christophore. L'un représente l'ÂME de la Pierre tandis que le second en est le CORPS. L'énigme du Soufre rouge n'est guère difficile à comprendre dès lors que l'on considère le travail par la voie sèche et le Lion mâle en tant que Lion ROUGE, c'est-à-dire du Mercure dans lequel le Soufre est dissous : il s'agit alors du Mercure philosophique. Cette opération semble distincte de celle du Soufre blanc ou christophore - cristojoruV : porteur du Christ, i.e. du Soufre. Voyez le chapitre consacré à saint Christophe dans notre Tarot alchimique ainsi que le beau tableau de l'Hôtel Lallemant, à Bourges. Qu'est-ce donc que le Soufre blanc ? Vraisemblablement un composé fait de silice et d'alumine en proportion variable : on peut donc y voir soit de l'alumine pure ou kaolin, soit de la silice qui peut être obtenue - cf. supra - en tant que silice gélatineuse1, soit un Mixte préparé à partir de sable - sel d'Ammon - et d'argile blanche. Cette préparation nécessite des opérations dans lesquelles il n'est peut-être pas impossible de voir fixation, séparation, filtration et sublimation au sens d'assation. Néanmoins, il ne s'agit là que de conjectures... Pour finir, nous voyons là cette lutte des champions de l'Art dont tous les Artistes ont parlé, d'Artephius à Fulcanelli, sous des allégories très diverses où le fixe le dispute au volatil, faisant ainsi comprendre le sens très réel de la maxime des alchimistes : SOLVE ET COAGULA. Dernier point : pourquoi le chevalier est-il en habit alors que l'amazone est dénudée ? L'amazone voue un culte à Diane - Artémis [entendez au Mercure] à qui elle emprunte deux attributs dont l'importance hermétique est grande : l'arc et la lance. Par la lance, arme d'estoc, nous avons accès au 1er agent - celui de la dissolution [ajoutons tout de suite qu'il ne s'agit pas d'un agent corrosif, sauf à envisager que nous soyons au 2ème oeuvre qui, par tradition, est celui de la préparation des éléments mercuriels] : c'est l'entrée du labyrinthe de Salomon. Et par l'arc, nous avons le moyen de la sortie, c'est-à-dire celui de la réincrudation des Soufres. Et selon certaines croyances de l'occultisme ancien, on peut assimiler l'amazone à l'esprit stellaire et radié entourant le Soufre - ce qui peut expliquer que les emblèmes de nos deux natures soient inversés. En somme, le SOUFRE BLANC - CORPS de la Pierre ou Arsenic de Geber - n'est autre que la salamandre qui vit dans le feu. C'est pour ainsi dire son élément naturel, manière de dire qu'il s'agit d'un élément INFUSIBLE au 3ème degré de feu, cf. Fontenay. La nudité de l'amazone - Beja - est ainsi la marque de sa puissance et de sa souveraineté. En revanche, le SOUFRE ROUGE - Gabricius - est l'élément corruptible qui permet de donner accès à la teinture de la Pierre, c'est-à-dire à son ÂME. Nous entrons ici dans le domaine à la fois mystérieux et infiniment poétique où religion, mythe et techniques ignées forment un entrelacs. // FIGURE III 1. pour préparer la silice gélatineuse, on fond dans un creuset 1 partie de quartz pilé et 4 parties de carbonate de potasse - borith - ou de soude - neter. Il se forme alors un silicate de potasse. Si la matière alcaline est dissoute dans une petite quantité d'eau chaude à laquelle on ajoute de l'esprit de sel, l'acide silicique se dépose sous la forme de flocons gélatineux. Pour l'obtenir anhydre, il faut sursaturer la solution en esprit de sel et reprendre le résidu par l'eau bouillante. La silice se sépare alors à l'état d'une matière gélatineuse qui se filtre en totalité. |
![]() FIGURE IV Allégorie
du vieux dragon - Mercurius senex de Jung - mis à mort et
dompté par l'agent et le patient. A gauche, le Soufre rouge
portant un
habit violet qui rappelle la couleur de l'hiéroglyphe de la figure III
; notez la première couronne de perfection sur son chef. C'est
l'indication du changement imminent de couleur : passage du NOIR au
BLANC. En effet, la mort du dragon - à entendre comme
l'animation du Mercure - est la clef de la conjonction des principes de
l'oeuvre. A droite, le SEL ou soufre blanc, entièrement noir :
nigrum nigro nigrius [cf. Oeuvre du Lion Verd
de Jacques Tesson]. Il faut y voir une sorte d'alun qui venait
de Chypre au temps de Pline ; il le nomme nigrum.
La scène de la capture du dragon correspond à la Lux Obnubilata,
époque de l'oeuvre où la lumière succède
aux ténèbres. Symbole du FEU et de l'EAU, le dragon
constitue le gage du Mercure philosophique, eau étoilée
et métallique où cuit lentement le teinture solaire. On
peut en rapprocher la figure de l'Empereur
du Tarot alchimique
: pensons ici à la qualité mercurielle du Soufre et au
sceptre couronné de la stibine. Il s'agit là de la pierre
cubique de l'oeuvre, c'est-à-dire de son fondement. Car à
en croire les auteurs, nul ne pourra progresser dans le travail s'il ne
perçoit - nous ne disons pas s'il voit - le NOIR avant le BLANC.
La figure IV rappelle l'allégorie dite de « la fixation du Mercure »,
rapportée par le MS. Add.
A 287 f. 98 r. et f. 104 v., à Oxford, Bodleian Library.
On peut encore trouver la figure IV
d'après une traduction allemande mss, ancienne Preuss. Staatsbibliothek MS.
Germ. Quart. 848, XVe siècle [mais la substance du symbolisme
disparaît malheureusement dans cette version].
En résumé : on peut voir dans saint Georges ou saint
Michel terrassant le dragon, l'exacte réplique de la figure IV.
Et sur le plan de la cabale hermétique, nous retrouvons le
thème du mal - soufre : qeioV
- s'opposant au bien - sel : alV.
D'où il est aisé de tirer : alkh qui
est la force
agissante - Mercure animé, but de l'opération
proposée par la figure IV - et alkimoV : vaillant,
courageux qui nous reporte à l'étoile Cor Leonis [cf. Atalanta, XLIV].
Ce n'est pas tout : que le lecteur se rapporte à Alkes - par
cabale Alkh -
étoile la plus brillante de la constellation du Cratère,
que supporte l'Hydre.
Il conviendra de ce que l'on peut rapprocher l'image de cette superbe
planche de l'atlas d'Hevelius avec la figure du dragon garrotté
par nos deux natures. // Figure IV |
Un
vieux moine - où certains ont pu voir l'alchimiste arabe Senior
Zadith, cf. Florilège de
l'Art Secret, Stanislas Klossowski de Rola, Seuil, 1973
- dans une église consulte un manuscrit
enluminé, dans lequel il semble que l'on distingue des symboles
de l'art : un agrandissement du mss que tient Zadith montre la figure
de la Lune et du Soleil qui prennent la forme de l'hiéroglyphe
du Taureau, signe du cuivre, c'est-à-dire du laiton ou de
l'airain ; plus bas, nous avons le combat du volatil et du fixe :
oiseau aux ailes couleur de nuit opposé à quelque renard
sans doute... Puis un autre signe où les deux natures sont
entrelacées. Sur la page de droite, les deux Soufres, le
mâle et la femelle qui apparaissent « dégouttant
» au sens de « fluents » : ils sont couleur d'or. En
bas, l'amalgame philosophique.![]() FIGURE V : agrandissement du mss D'un
doigt, un autre moine, à gauche, désigne une colonne
surmontée d'une sorte de matras : d'abord de couleur verte
où flotte un coeur blanc, puis de couleur blanche qui emplit le
reste du matras. L'église est évidemment vue en coupe :
son toit est rouge et grouille d'oiseaux de proie armés d'arcs
prêts à décocher leurs flèches. Que faut-il
voir dans cette peinture absolument extraordinaire, digne des plus
belles enluminures médiévales ? Sans doute, le reflet de
la méditation intense de Zadith : tel Antoine, perdu dans les
méandres de sa Tentation - cf. retable
d'Issenheim-
nous voyons littéralement les linéaments de la
pensée du moine et l'interprétation spirituelle qu'il
donne au traité qu'il admire et dont, du reste, il est
peut-être l'auteur. Tout dans ce tableau prépare la
renaissance du Soufre dissous, de la teinture : tel est le sens de ces
aigles sagittaires ; tel est aussi le sens de la couleur du faîte
de l'église, i.e. de l'athanor mystique. Ces aigles sont
l'expression de la régénération spirituelle et,
sous ce rapport, expriment, par leurs arcs, le même sens que le phénix de Lactance. Par
l'allégorie, il est donc facile de considérer ce coeur
blanc, nourri par le Lait de Vierge
dans le matras, comme l'aliment de l'aigle solaire et le prélude
à la réincrudation ou
incarnation de l'ÂME. Toutefois, on se doit de tempérer
cette appréciation sur ces aigles : en effet, pour Jung, aigle
et phénix sont synonymes - cf. Psychologie et Alchimie,
cité in AC, II - mais
nous ne saurions accorder plein crédit à la conjecture du
magicien de Küsnacht. L'aigle s'accorde à la sublimation,
c'est-à-dire à l'élévation spirituelle - et
d'un esprit bien spécial qui, loin d'être spiritus sanctus
est bien plutôt spiritus corruptus. Au reste, on trouve deux
autres représentations de Senior en train de méditer sur
la Tabula smaragdina,
l'une dans le De Chemia Senioris
[Zadith ben Hamuel, 1566],
l'autre dans une aquarelle extraite de Alchimistiches Manuscript,
1550, MS. L IV 1, UB Basel. La
représentation est absolument superposable et il suffit de lire
la Table
d'Emeraude pour être certain de l'identité
de cette table présentée à la figure
V. Il serait sans doute
de considérer que nos aigles sagittaires [l'aigle se rapporte à Zeus qui
contracte quelque rapport avec le
des
Sages]
signifient tout autant la sublimation [Aer ] qu'ils sont annonciateurs de la
réincrudation [Terra ] car la liaison de l'aigle à la
flèche
n'est pas habituelle, sauf à considérer que le regard de
l'aigle - véritable rayon igné solaire - soit à
considérer comme le foudre de Zeus. Comparez avec le Codex
Vossianus où l'on voit une flèche, une colombe et des
fleurs, au-dessus de Cronos, cf. AC,
II.
Il y aurait encore lieu ici de citer certaines fables
ésopiennes, celles relatives à l'aigle et au renard,
à l'aigle et au corbeau, etc. mais nous sortirions outre mesure
de notre sujet... |
![]() FIGURE V |
![]() FIGURE VI | Plus
classique dans sa présentation, cette peinture nous
présente à droite le matras des philosophes,
emblème du vase de nature - maison du verre appelée aussi
maison du poulet d'Hermogène - dans lequel cuisent les
matières de l'oeuvre. Le dragon s'est transformé en
serpent Ouroboros qui se dévore la queue, c'est dire qu'il
s'agit d'un feu qui se consume lui-même ou plus
précisément, qui se volatilise. L'oiseau qui domine le
dragon - serpent n'est pas l'aigle mais le phénix.
Quant au petit oiseau qui surplombe le phénix, c'est le corbeau
des alchimistes. Quelle est la relation entre les deux ? Ce n'est pas
en Occident mais bien en Orient qu'il faut aller la trouver. Car
l'oiseau noir des Romantiques ne cadre absolument pas avec le
symbolisme hermétique de ce messager divin, assimilé en
Chine à un véritable oiseau solaire. Au reste, les
Scythes étaient aussi d'accord avec la tonalité du
symbole, puisque korakoV
désigne un bon génie ou un dieu bienfaisant. Eh bien ! La
cabale hermétique est d'accord avec cette acception. Le corbeau
- korax - est
proche par assonance phonétique, de korallion qui désigne
le corail, emblème du Soufre, cf. Atalanta XXXII.
Mais ce n'est là qu'une incidente. Non. L'essentiel du
symbolisme
est ailleurs et passe non pas par le corbeau mais bien par la corneille
: cornix ou korwnh.
Observons en effet notre petit corbeau, juché sur l'aigle. Ne
voit-on pas qu'il s'agit bien ici du couronnement de
l'oeuvre, qui consistera en la résurgence du ,
retour des cendres ? Nous tenons donc ici le secret de la fixation du
Soufre, c'est-à-dire de son incrustation dans le Sel : dans
l'une de ses acceptions, korwnh
a le sens d'extrémité recourbée, de crochet ou de
grappin : d'où, rapprochement inattendu avec le loup : lupus -
lepus, déjà vu à la figure I
où d'ailleurs se devine aussi le phénix - en dépit
du fait que les commentateurs y voient plutôt un aigle... Mais
que viendrait faire l'aigle en ce moment où surgit le Rebis ?
Cette corneille est une indication sur le faîte de l'oeuvre : la
conjonction des principes, sans laquelle RIEN n'est possible,
conjonction que l'on retrouve en haut du petit matras, établi
sur le piédestal de la figure V. Quant
au personnage situé à gauche, il manipule une
matière dans un baquet : c'est à quelque lessive qu'il
s'emploie et, sans doute, à une lessive de cendre - konia - puisqu'aussi bien
c'était de la cendre qui était utilisée auparavant
pour les lessives. Konia
prend d'ailleurs également le sens de chaux et de
poussière. Nul doute que nous tenions là, en même
temps, la substance des fameuses Laveures
de Flamel.
On peut d'ailleurs aller plus loin - sur la base des textes qui parlent
souvent du « dégoût », qu'il faut lire par
cabale du « dégoutt » si l'on nous permet ce
néologisme, ce qui nous permet de parler de stakth konia : eau de
cendres ou potasse - cf. Papyrus Homiensis
in Halleux, op. cit. et Geoponica 6, 7, 1. En somme,la figure VI donne
la matière du feu secret utilisé dans l'une des voies
possibles de la voie sèche et la corneille - oiseau nyctalope
congénère de la chouette - permet au nautonier de
s'orienter dans les méandres des récifs coralliens durant
la nuit sépulcrale où les matières cuisent au
tombeau du creuset. Aspect nocturne du corbeau, la corneille, dernier
point, est consacrée à Athéna tandis que le
corbeau, à l'instar du vautour, est consacré à
Apollon, cf. Atalanta XLIII.
Sur Athéna, sa naissance, voyez Atalanta XXIII
qui fera considérer les rapports entre l'emblème et la figure VI. |
| Allégorie
du fixe et du volatil. Image très connue du symbolisme. Dans le
matras, c'est la lutte entre le patient et l'agent : agent de teinture
d'une part et agent de fixation d'autre part. La scène se passe
à une phase postérieure à celle qui s'exprime sur
la figure VII où l'on voit encore la
marque du Mercurius senex - le dragon - qui s'efface. Le Mercure, dans
cette figure, est symbolisé par l'ange à qui l'artiste a
prêté des traits démoniaques. Trois couleurs
permettent l'identification des natures : les ailes rouges annoncent le
Soufre : elles sont associées au FEU et à l'ÂME. La
tête et l'habit sont violet : il s'agit là de la couleur
du Mercure. Quant à la queue serpentine, elle signe à
l'évidence la nature de l'ange qui n'a pu être ici
envoyé que par le démon [cf.
Berthelot, Chimie des Anciens].
Cet ange a dans les mains, à sa droite l'épée qui
tranche, agent de la dissolution et de la RÉDUCTION ; à
droite l'agent de régénération et d'OXYDATION,
i.e. de réincrudation. Que l'on
songe bien à cela qui est d'une importance capitale dans le
symbolisme d'ensemble de l'alchimie : l'incarnation de l'ÂME dans
le CORPS correspond à une CORRUPTION de l'ESPRIT. Ce corps, nous
n'en voyons que la partie inférieure, marquée par les
membres de l'ange. D'autres points peuvent être notés :
l'épée correspond à la croix de Vénus [l'airain ou le cuivre philosophique par
cabale] et la position de la flèche lève
toute équivoque : c'est Mars [le complexe Arès - Ariès]
qui est ici convoqué. Ce n'est pas tout : l'ange satanique
présente des traits simiesques [sans
doute pour nous rappeler utilement que l'homme est le singe de Dieu ou
peut-être pour évoquer un point de cabale plus
réservé] et ses pieds sont ceux d'un lion.
L'hermétisme nous amène ainsi exactement au point que le
Pseudo - Denys l'Aréopagite avait soulevé : que le
démon est un ange qui a trahi sa nature. Le point de liaison
entre la démonologie chrétienne et l'alchimie se situe
dans le moyen par lequel la race des démons ne se conforme pas
à sa nature et ce moyen, c'est le FEU. Ce feu est
évidemment d'une nature bien spéciale et, s'il est servi
par le feu vulgaire, en revanche celui-ci - seul - ne peut être
d'aucun secours. Et c'est bien uniquement par le moyen de ce feu secret
que les alchimistes arrivent à faire ainsi lutter - comme le
montre la figure VII - le fixe et le volatil
jusqu'à ce que de DEUX ne soit plus fait qu'UN. Voyez ce que
nous disons du Lait de Vierge
à l'Atalanta V.
Pour l'heure il nous suffira de savoir que l'ange [démoniaque
ou divin ce qui revient au même pour l'alchimiste, tout
dépendant de l'époque à laquelle il est
considéré] est l'animateur
des astres, cf. Idée alchimique V
et ce que
Chevreul dit du Timée
de Platon. Ainsi comprend-on le rôle joué par l'ange qui
préside dans le cas présent aux étapes de la
création matérielle de la Pierre, lors des sublimations
philosophiques, appositions de Soufre au Sel, où la fleur masque
l'étoile à sept reprises comme l'enseigne Fulcanelli, cf. Atalanta II.
Concluons : le SOUFRE brille au ciel tandis que le SEL brûle dans
un monde souterrain, l'inverse étant également possible
en vertu de la transmigration des natures. Et ce changement incessant
de ces natures s'appelle, en alchimie, Protée.
Et c'est aussi cette lutte du FIXE et du VOLATIL. |
![]() FIGURE VII |
![]() FIGURE VIII | Dans le Myst. Cath.,
Fulcanelli insiste sur le fait que l'eau vive des Sages coule de deux
grosses roches qui figurent les matières premières de
l'oeuvre. Cette imagerie
avait déjà été employée par l'auteur
de l'Azoth
que Fulcanelli - on l'a dit maintes fois - pense être non point
le pseudo Basile Valentin [cf. Char,
Douze Clefs,
Philosophie Naturelle
des Métaux] mais l'alchimiste arabe Senior
Zadith, cf. figure V.
Là-dessus, nous n'oserons nous prononcer, n'ayant pas
reçu licence de critique historique. En revanche, ce que l'on
peut tenir pour assuré, c'est le lien séculaire qui lie
l'Azoth, l'Aurora Consurgens et par-delà, notre alchimiste de la
IIIe République. L'image que l'on voit là -
comme du reste toutes ces peintures de l'Aurora Consurgens - est
incomplète puisqu'elle est agrémentée d'un texte -
que l'agrandissement donne à voir.
Les impétrants seront bien sûr étonnés de
voir que les roches sont ici les seins d'une femme : l'allégorie
est-elle si claire que cela ? Rien, à notre sens, n'est moins
sûr. D'abord, voyons comment a opéré la
simplification - ou l'oubli ? - entre la peinture de l'Aurora Consurgens
et la planche - au demeurant très belle
- de l'Azoth.
Les bras, largement écartés de la sainte - car elle l'est
- entourent, d'un geste protecteur, les deux barbons qui s'abreuvent -
absolument soumis - à cette source vive. Ainsi voit-on
s'exprimer d'abord l'un des sens primordiaux de mastoV :
la protection. C'est citer implicitement Déméter et
Coré - Perséphone. Dès lors, dans ce Lait de terre
est-on tenté de voir, par cabale, le beurre de terre des
alchimistes, c'est-à-dire leur graisse de rosée ou leur
Archée céleste, cf. Atalanta XXXVII.
Et ce geste protecteur est à l'égal de la ceinture
d'Opherus - saint Christophe - par
laquelle se signale aux Artistes le sceau d'Hermès.
Examinons à présent les couleurs, superbes : le moine de
droite porte une robe verte dans laquelle on peut voir l'attribut du
Mercure ; celui de gauche, une robe rose qui annonce l'aurore :
s'agirait-il du Soufre ? Quant à la reine de la nuit, sa robe
est bleue : c'est la couleur de Vénus - c'est-à-dire de
Saturne par cabale. Son visage, d'un rouge magnifique, dit assez de
quelle origine chthonienne, profonde, se tire le guhr
vitriolique,
comme l'enseigne la devise des alchimistes : V.I.T.R.I.O.L. Le deuxième sens de mastov est la mesure,
autrement dit la justice. Dans le Tarot
alchimique,
nous avons vu que la Justice, représentée par l'arcane
VIII, ouvre le septénaire consacré à l'ÂME :
elle se présente coiffée d'un mortier judiciaire jaune
sur
lequel s'inscrit le signe solaire. Observons qu'ici, c'est la
tête de la déesse qui porte la couleur de l'or alchimique
: le rouge purpurin, non point symbole de honte mais symbole de foi et
de connaissance. Cf. sections : Gardes du Corps - zodiaque alchimique.
Mais il y a plus : on peut aussi voir en nos deux barbons des
Gémeaux et en notre Vierge, le point fixe : on tiendrait donc,
avec cette peinture, le prototype du caducée
d'Hermès
où les serpents sont figurés par ces caricatures de moine
- aspect volatil de la matière - et la tige du caducée
est figurée par l'ancrage de ces moines aux mamelons. |
| Singulière
peinture ! Que n'aurait pu désavouer un Dali là encore.
Car nous voici en plein surréalisme. Nous voyons les deux
protagonistes du drame hermétique : l'agent et le patient, mais
sous des traits tels qu'on ne les dépeint pas d'habitude.
À
gauche manifestement, le principe mâle ou soufre ; à
droite le principe femelle ou Sel. Le 3ème principe
des alchimistes est à chercher ailleurs. Jamais le symbolisme
n'a été exprimé sous des dehors si crus - pour le
Soufre ou si contradictoires - pour le Sel. Qu'on en juge : 1)- le Soufre : le personnage de gauche est agité de déjections et d'expulsions : fèces, urines et vomissements. Ce n'est certes pas la première fois que nous rencontrons ces termes - et qui voilent des opérations qui nous sont familières [nous parlons là de l'alchimie, mais nous pourrions dire là-dessus bien des choses qui nous feraient toutefois dépasser outre mesure notre sujet]. Voyons d'abord le sujet des selles. E. Canseliet nous a entretenu du petit homme ducat dans ses Études de symbolisme alchimique, cf. Compendium à propos du moyen d'extraction du régule d'antimoine à partir de son oxysulfure naturel. Nous n'y reviendrons pas. Diacwrew évoque une idée de séparation, de tamisage [passer à travers] : il est aisé d'y voir les sublimations des alchimistes car le tamisage - pour factuel qu'il soit dans les opérations quotidiennes de l'alchimie - a un autre sens envisagé sous le point de vue de l'hermétisme. Ces sublimations constituent d'ailleurs l'un des points les plus ardus du symbolisme et tout ce que nous pouvons en dire, c'est que l'Aigle et le Nil n'y sont point étrangers. Aussi bien ne peut-il y être question que d'EAU, cf. Diodore de Sicile. Ajodeuw évoque les latrines, lieu où le salpêtre se trouve naturellement en abondance. L'urine est une indication sur le sel d'Amon, dont nous savons qu'il y a fort peu de chances qu'il s'agisse du chlorhydrate d'ammoniaque vulgaire - cf. Berthelot, Chimie des Anciens. Il faut plutôt y voir le sable ou la silice, cf. supra. Sur l'urine assimilée à de la rosée de mai, cf. Atalanta XXXVII. On trouvera dans l'Atalanta XXVIII une explication presque littérale de l'exonération des superfluités de notre personnage. Sur la relation entre urine et rosée, il n'est pas sans intérêt de noter qu'en grec, l'urine - ouron - peut aussi se dire ersh dont l'acception, plus générale, est précisément : goutte de rosée mais aussi lait. L'autre acception est : jeune agneau tendre et frais comme la rosée, cf. section sur saint Jean Baptiste et le retable d'Issenheim. Quant aux vomissements dont le Soufre se trouve affligé, les textes du pseudo Basile Valentin s'y réfèrent - cf. le Char Triomphal de l'antimoine lorsque nous abordons l'émétique ou tartre stibié. Voyez encore le récit du voyage initiatique du pseudo Flamel à Compostelle où son compagnon, maître Canches, finit par mourir dans de grands vomissements. L'évacuation de ces humeurs correspondent - dans le cas particulier de maître Canches - à l'évaporation progressive du dissolvant, c'est-à-dire du Mercure - cf. Gardes du Corps ; il s'agit là, sans doute, des sublimations philosophiques dont parle Philalèthe dans l'Introïtus. 2)- le Sel : la représentation, on en conviendra, est déconcertante et laisse perplexe. Le personnage apparaît comme écorché et une entaille - qui rappelle celle du Christ - déchire profondément les chairs en deux endroits : foie et coeur. Et la forme de l'entaille est celle d'une larme. Que signifie ce rébus spirituel ? Le foie est lié dans un symbolisme classique à la colère et à l'animosité. La Colère fait partie des médaillons des Vices et Vertus examinés par Fulcanelli dans le Myst. Cath. - mais que pour des raisons obscures, l'Adepte n'a pas cru bon ou n'a pas eu la possibilité d'incorporer à son grand ouvrage, cf. Gobineau de Montluisant. La Colère - par cabale - peut se rapporter par le biais du fiel, intimement lié au foie - à la mort de l'âme : or, n'est-ce pas cette image que l'on peut considérer, quand on voit cet état lamentable où est le Soufre ? Le fiel - colh - dont on a fait l'origine de nos drogues cholagogues ou cholérétiques, représente davantage pour l'alchimiste : le venin de serpent ou la liqueur noire de la sèche. Voit-on la relation à ioV - Soufre dissous, rouille, oxyde - et l'oeuvre au noir ? Les anciens chimistes - cf. les Lemery, les Glaser, Glauber, Lefevre, etc. - parlaient du foie de soufre - polysulfure de potassium - ou de foie de soufre terreux - sulfure de calcium et eau divine de Zosime, [cf. Chimie des Anciens, Berthelot et notre réincrudation]. Il s'agit là de substances qui jouent un rôle important - dans l'une des voies sèches - de la préparation du Mercure des Sages. Autrement dit, nous tenons là, en toute conjecture, une allégorie du fiel de dragon, épithète servant à caractériser l'état du premier Mercure - que la mythologie fait rapprocher d'Arès et surtout du fier héros de Troie Ajax, cf. commentaire de l'Atalanta fugiens. Aussi n'est-ce pas sans raison qu'Artephius l'a nommé « vinaigre très aigre » ou « vinaigre des montagnes » pour faire savoir de quelle minière on le peut tirer... Il y a plus : comme la bile, comme l'herbe, le Mercure a - les traités sont unanimes - la couleur verte : clwroV où il faut voir le vert des jeunes pousses - l'or enté de l'Artiste - au début pâle comme la clarté de l'aurore - jaune - mais qui peut être également grise - le loup gris du pseudo Basile Valentin, cf. Douze Clefs. Grise, ce qui veut dire encore blême, annonçant la pâleur du soufre commun, cf. chimie et alchimie. Le foie est considéré par les Chinois comme le générateur des forces : les alchimistes y voient le grand ordonnateur de leur oeuvre, l'intercesseur suprême, l'artifice de leur Soufre et le médiateur de leur Sel. Autrement dit, le moyen ou MILIEU en somme, qui permet la conjonction de leurs principes. Voilà à notre sens ce que l'on peut puiser de l'arcane exprimé dans cette singulière - et terrible - figure IX. Nous ne quittons pas encore l'Extrême-Orient, puisqu'il semble qu'à la Colère puisse être associé le courage, cf. Atalanta, VI. Et au courage, nous trouvons associés la Force d'âme. En quoi la Force peut-elle être liée au Soufre, voilà ce que le lecteur pourra trouver en notre section des Gardes du corps. Qu'il sache cependant le rapport formel à alkh, cf. supra : « force agissante. » Sur le mythe de Prométhée, cf. l'humide radical métallique. Quant au coeur tendu par le Sel, il s'agit d'une autre indication sur la place centrale occupée par le Soufre dans le christophore ou « porteur de l'or alchimique ». C'est donc la figurationdu Soleil hermétique. Reconnaissons qu'il s'agit là d'un haut point de cabale... | ![]() FIGURE IX |
![]() FIGURE X | Variation sur le thème de
l'agriculture céleste : la Clef VIII
des Douze Clefs de
Philosophie
de Basile Valentin doit être consultée. Elle permet
d'établir des relations complémentaires à celles
mises en valeur sur cette peinture. Et en particulier sur un point de
science remarquable : le feu dit innaturel - sur les quatre feux de
l'oeuvre, cf. Ripley, Douze Portes,
quoique Grosparmy et d'autres
auteurs, cf. Lux Obubilata,
Crasselame - parlent seulement de trois feux. Ce feu innaturel est le
feu féminin, et le dissolvant universel : il nourrit le corps et
couvre de ses ailes la nudité de la Nature. Eh bien ! C'est
là ce qu'exprime le petit cartouche de l'angle inférieur
droit de la figure X où nous voyons le BasileuV de l'oeuvre cuire
dans le vase de nature, autrement nommé oleum vitri. C'est
là le V.I.T.R.I.O.L.
des Sages. Thème surexploité dans
l'iconographie mais permettant de visualiser - si tant est que cela se
puisse - l'opération qui se déroule dans les entrailles
de la terre, cf. Mercure de nature. L'emblème VI de l'Atalanta fugiens
traite ce sujet complètement : « semez votre or dans
la terre blanche feuillée.
». En cela, les figures IX et X
paraissent liées, quoique,
a priori, on ne saurait y déceler le plus petit trait commun.
Tâchons donc d'établir les similitudes : la terre que
foule notre agriculteur est le SEL ; il sème l'or alchimique -
i.e. le SOUFRE - en sorte d'en faire l'or enté dont parle
Fulcanelli dans son Myst. Cath.
Le secret est ici dans la capacité d'un feu qui a le pouvoir de
générer au lieu que le feu vulgaire ne peut que
détruire. C'est en cela que le feu secret des alchimistes est
dit « contre nature ». Cf. là-dessus l'Atalanta XVII. |
| Ici, le couple
alchimique est pris dans une pose déjà vue, p.e. dans le Rosaire des Philosophes
ou encore dans la Philosophia Reformata
de Mylius, qui lui est postérieure. Au fond, deux bosquets
d'arbres portant des fruits bien en évidence attestent du
symbolisme assez évident de la planche : la conjonction des
Principes, la formation du Rebis. Cette conjonction ne peut
opérer que s'il y a eu avant dissolution [la putréfaction est la solution
de la conjonction avons-nous écris ailleurs...].
D'où ce treillis - kigkliV
- que l'on aperçoit au premier plan, qui figure l'arène
qui circonscrit et englobe cette sorte de four en forme de filet
cosmique. Héphaïstos n'est bien sûr pas loin et c'est
Arès et Aphrodite que - par cabale - nous pouvons deviner
là. Ce n'est pas tout : ce treillis peut nous aider à
approfondir une autre allégorie : celle du merle
de Jean. Le
merle - kigkloV -
est proche par assonance phonétique de kigkluV et lui est
apparenté : il désigne le fait de « remuer
sans cesse la queue
» comme le merle d'eau. Dans une autre acception, très
proche, on dit que ce merle « change sans cesse »
exactement comme le Mercure dans son premier état. Aussi est-ce
à bon droit que les anciens alchimistes ont-ils appelé
leur dissolvant : Poix noire, Sel brûlé, Plomb fondu,
Merle de Jean, etc., cf. Figures
Hiéroglyphiques.
Nous avons pu déterminer que le merle de Jean - oiseau blanc -
était l'équivalent de l'homme double igné de
Basile Valentin, cf. saint Jean
Baptiste. Le merle - kossujoV
- est en effet annonciateur de l'aurore par l'acception koyicoV
qui désigne aussi le coq chez les Béotiens. C'est donc
par un raccourci saisissant les trois couleurs qui défilent en
passant du « poussier de charbon » de Fulcanelli - Myst. Cath.
- au merle blanc de Jean puis au coq du chêne - alias
kermès et noix de galle. Tout un poème pour celui qui est
au fait des vieux textes... Laissons donc dormir tranquille nos Soufres
sous cette nuit claire, limpide et calme. Que la rosée de mai [1, 2]
- le spiritus sanctus des
alchimistes - descende sur leur tête : le
mystère de l'incarnation de l'âme en somme. On a dit que
cette « pierre de feu » naissait [entendez
: l'homme double igné,
i.e. le Rebis, l'Airain ou le Laiton] d'un Mixte formé de
fer [SOUFRE],
d'étain [SEL] et
de plomb [MERCURE] et
qu'elle seule portait l'empreinte du rayon
solaire. |
![]() FIGURE XI |
![]() FIGURE XII | Portrait
de la sagesse et de la justice. Sur la table figurent les sept
métaux des Anciens ; ils sont agencés selon une forme que
les Artistes connaissent bien : la digamma de Salomon. A droite, la
balance. Et le corbeau des alchimistes. S'agit-il d'une
allégorie sur la différence entre le poids de l'Art et le
poids de Nature ? D'un côté, l'attention est portée
vers le quantitatif ; de l'autre côté, vers le qualitatif.
Ou si l'on préfère : à gauche, l'exotérisme
et à droite « l'ésotérisme » quoique
ce mot soit carié par les approches désordonnées
des théosophes de tout poil... Si nous devions rapprocher la
partie gauche de cette peinture, ce serait de l'un des
médaillons des Vices et Vertus
du portail central de Notre Dame de Paris : la Concorde semble l'image
à retenir de cet ensemble qui fait l'essentiel du Myst. Cath.
de Fulcanelli. Il est assez curieux de voir d'ailleurs que l'Adepte
fait du Sel le symbole alchimique de la concorde, là où
l'on verrait plutôt le Mercure, sauf à considérer
que le Mercure est un sel, ce qui est exact. C'est donc sur un
problème de terminologie que l'on butte : le sel des chimistes
n'est pas celui des philosophes par le feu. Mais cela, Bachelard l'a
montré depuis fort longtemps dans ses études sur l'Art
sacré - cf. Bachelard,
André Parinaud, Flammarion, 1996, [notamment
: chap. VIII où
l'auteur cite De Loques, Chambon et Vigenère].
Il reste que l'agencement des métaux est organisée en
forme de structure régulière rappelant celle d'un sel,
c'est-à-dire cristalline. Et c'est cela le
point capital. Le moyen de résoudre le problème du puzzle
des sept métaux réside dans l'artifice du Mercure,
médiateur entre le poids de l'Art [début
du travail] et
poids de nature [fin du travail]
là précisément où l'usage de la balance
n'est plus requis, les éléments s'agençant par
l'intermédiaire de leurs archées respectives pour
reprendre un terme de chimie ancienne. Entre la concorde et l'image de
la justice - Thémis - l'Artiste, notre Hercule, devra faire
preuve de perspicacité : c'est là où intervient le
corbeau. Dans la Genèse, c'est lui que Noé envoie
vérifier si la terre commence après le déluge. Eh
bien ! En admettant que l'alchimiste ait correctement agencé les
matières de son oeuvre, à la phase humide - début
du travail de la voie sèche - doit succéder la phase dite
d'assation marquée par l'apparition de Délos. Le corbeau
noir laisse alors la place au merle blanc
de Jean. Ce passage qu'organise ce psychopompe - le corbeau perce le
secret des ténèbres à l'image de la rate-penade -
s'établit au travers des sublimations
répétées de la matière qu'il faut -
à en croire les Artistes - laver sept fois dans les eaux du
Jourdain, cf. saint Jean Baptiste.
Sur la Balance, nous renvoyons le lecteur aux sections Garde du corps, zodiaque alchimique et à l'Atalanta XLI.
Nous ajouterons que libra est proche de liber, livre. Et qu'il n'est
pas étranger à la cabale que l'archange saint Michel -
terrassant le dragon - porte précisément la balance : en
effet, le minéral que l'Artiste doit élire pour son
travail présente une configuration particulière; les
lames cristallines qui en forment la texture sont, comme dans le mica, superposées à la façon des feuillets d?un livre. Son apparence extérieure lui a valu l?épithète de LÉPREUX, et celle de DRAGON COUVERT D?ÉCAILLES, parce que sa gangue est squameuse, désagréable et rude au toucher. Notons encore les couleurs : le bleu contraste ici avec le vert. Bleu : promesse du ciel, sublimation à venir dont nous venons de parler. N'oublions pas que les Égyptiens en faisaient la couleur de la vérité ; et que les alchimistes, cf. Douze Traités d'Alexandre Sethon, ont repris à leur compte le mythe en proclamant que « la simplicité est le vrai sceau de la vérité ». Vert : couleur du Mercure ou Lion vert. Il est dans cette peinture placé entre le bleu céleste et le rouge infernal du soufre dissous dans le solvant des Sages. Nous rappelons que la Balance - signe d'AIR de nos modernes Chaldéens - gagnerait plutôt à être un signe d'EAU, plus conforme en cela au symbolisme traditionnel : le vert est couleur d'eau et ce n'est pas un hasard si la balance est portée par la jeune femme dont la robe est verte... et qui tient aussi le corbeau. Thémis atypique toutefois, en ce que l'épée traditionnelle est remplacée par le corbeau : sur le sens à donner à cette substitution, nous renvoyons à l'introduction. Dans le zodiaque tropical, la Balance annonce le déclin - jqinw - et la disparition prochaine de la matière, raison pour laquelle on en a fait le signe gouverné par Vénus dont l'hiéroglyphe associe le cercle O - serpent Ouroboros qui annonce la coction linéaire en ce qu'elle est circulaire - et la croix ? - crux ou creuset. |
| Là
encore, allégorie complexe : à gauche, un personnage
difforme : tête inachevée, tronc noir comme
dépourvu de chair, membres inférieurs dysmorphiques que
l'on croirait appartenir à une sauterelle. Le peintre aurait-il
voulu signifier ici l'un des individus de ces peuplades mythiques que
signale Diodore de Sicile [Histoire Universelle]
? Quoi qu'il en soit, c'est d'un être
en devenir qu'il s'agit. Le rapprochement est facile à faire
avec l'un des emblèmes du Splendor Solis.
Il s'agit de la figure VIII
où l'on voit le Soufre rouge sortir de la terre grasse. Dans
cette superbe peinture, la jeune femme tend un vêtement incarnat
à l'homme en train de sortir de la boue. Tandis qu'ici, elle
tend un simple qui doit servir d'alexipharmacon à cet
être à la fois incomplet et contrefait. L'onction - cristoV
- de cette plante - disposée en forme d'onguent - doit
contribuer à la croissance de la chair et à la maturation
des traits. Observez encore que ce Soufre naissant - il ne peut s'agir
que de lui - est couché sur une sorte de tapis vert : s'agit-il
d'un lit d'euphorbes ? C'est en tout cas ce que suggère la
lecture de l'Atalanta
fugiens, cf. emblème
XLII. L'hydropisie dont semble atteint le malade relève de
ce que les anciens médecins appelaient le phlegme. Les
médecins modernes pourraient appeler son mal phlegmatia alba dolens,
maladie qui résulte d'une coagulation du sang dans les veines ;
ce n'est qu'une conjecture. |
![]() FIGURE XIII |
![]() FIGURE XIV | Serait-ce là une sorte d'Imago Mundi
? On serait tenté de le croire. Encore une fois, c'est sous des
traits décidément bien étonnants et oh combien
indécents ! On pourrait presque y voir les prémices de l'Origine du Monde
[Gustave Courbet, 1866].
Ce mandala singulier se compose de deux parties : la partie centrale
est peut-être la plus originale puisqu'elle donne à voir
une femme au sexe largement dénudé d'où
paraît s'écouler quelque humeur qui n'est pas du sang...
La jeune femme présente au ciel un objet qui ressemble à
un débris de quelque mérelle. Si l'on raisonne en termes
de symbolisme pur, la vulve - qui s'apparente à la gueule - a la
valeur de source vive dont la terre se peut puiser. La partie
périphérique, qui cerne le mandala, représente le zodiaque alchimique.
Le point intéressant est représenté par les
couleurs. On peut regrouper les signes de la façon suivante : - VERT : Poissons - Taureau - Lion - Scorpion ; - ROUGE : Sagittaire ; - BLEU NUIT : Écrevisse ; - BLEU CIEL : Bélier - Balance - Capricorne ; - BLANC : Verseau - Gémeaux - Vierge. Nous trouvons donc un signe de FEU [Sagittaire], 4 signes d'EAU [Poissons - Taureau - Lion - Scorpion], 4 signes d'AIR [Écrevisse - Bélier - Balance - Capricorne] et 3 signes de TERRE [Verseau - Gémeaux - Vierge]. Voilà qui diffère absolument de tout ce que nous avons pu voir jusque là en matière d'hermétisme zodiacal [1, 2, 3]. - Que le vert soit le signe de l'EAU n'est pas pour étonner, cf. supra. Et qui dit EAU dit forcément dissolution : nous avons consacré plusieurs pages de commentaires aux signes du zodiaque dans l'Atalanta fugiens et n'y reviendrons pas ici. Toutefois, certains points méritent, certainement, d'être précisés : pourquoi faire du Taureau un signe d'eau ? Est-ce parce que Vénus - Aphrodite sort d'une écume de mer, comme le peint Boticelli ? Soit. D'autant plus qu'il nous la dépeint comme sortant d'une vasque en forme de mérelle, redoublant par là l'analogie avec le mandala central de la figure XIV. Le Scorpion apparaît comme un signe de corruption, donc de dissolution : ne distille-t-il point le venin - ioV ? - Il n' y a dans cette toile qu'un signe de FEU : le Sagittaire. N'est-ce pas le signe de projection, le seul signe qui exprime l'infusion du Soufre dans le Sel, c'est-à-dire l'incarnation de l'Âme ? Voyez ici Fontenay. - l'AIR apparaît sous l'espèce de l'Ecrevisse : c'est le bleu noir de la nuit, l'époque de la dissolution totale, le zénith de la Grande Coction. Puis, nous trouvons le Bélier, où le Soleil est exalté [cf. Newton sur l'antimoine]. La Balance, opposite, cf. supra. Sur le Capricorne, on sait que l'hiéroglyphe qui le supporte, la chèvre, est attiré par les cimes - est-ce là une raison suffisante pour en faire un signe d'Air ? Dans la mesure où Saturne exprime l'idée de la dissolution et partant, de la sublimation, pourquoi pas ? - en TERRE, que fait ici le Verseau ? et les Gémeaux ? Pour ne rien dire de la Vierge... Il apparaît donc que les relations sont brouillées sur cette peinture entre les attributions traditionnelles entre les éléments et les signes. Toutefois, nous pouvons établir une relation certaine : c'est celle des quatre Éléments à la terre que supporte la femme dénudée : le Terre, l'Eau, le Feu puis l'Eau sont ainsi représentées dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Et les signes choisis par le peintre ne sont sans doute pas distribués au hasard. Reprenons : - Verseau = TERRE - Capricorne = AIR - Sagittaire = FEU - Scorpion = EAU. La logique semble s'accorder ici avec l'intention hermétique : EAU + FEU = AIR ( - TERRE) ; TERRE = EAU + FEU privé d'AIR. Voilà les équations hermétiques que nous retrouvons dans le commentaire d'introduction donné à la Cristallogénie. Elles conduisent à écrire : Scorpion + Sagittaire = Capricorne ou Verseau selon qu'on en a - ou pas - retiré l'élément complémentaire. L'équation finale - pour trouver la Terre, c'est-à-dire la Pierre - s'écrit donc : Scorpion + Sagittaire - Capricorne = Verseau. C'est sur ce onzième signe du zodiaque qu'il faut polariser notre attention. En quoi ce signe d'EAU - ou d'AIR - peut-il déterminer l'émergence de la TERRE ? Nous trouverons peut-être la réponse à cette question d'une part dans l'Atalanta, III où Michel Maier signale que l'eau étoilée et métallique prend un caractère nettement magnétique à cette période précise de l'oeuvre ; d'autre part Esprit Gobineau de Montluisant met ce signe hors d'oeuvre alors qu'il s'agit, là encore, de cette période où le Soufre rouge se peut recueillir et être conservé dans la « vitreuse provision » que signale E. Canseliet dans son Alchimie expliquée sur ses Textes classiques. Dans l'Atalanta XL, si nous regardons l'idéogramme du 1er décan du signe, on voit une conque marine : de ce coquillage s'échappe un liquide où l'alchimiste reconnaît le Lait de Vierge, c'est-à-dire le nutriment de sa Pierre naissante. Ne peut-on établir un rapport avec ce que donne à voir la figure XIV où la terre fécondante recouvre les quatre éléments du cercle zodiacal ? Et ne peut-on, par l'imagination, voir dans ce morceau de mérelle que tient le personnage distinguer comme une parcelle de cette conque marine ? Si à présent nous prenons cet extrait de l'article Zodiaque du Dictionnaire Mytho-hermétique de Pernety, nous trouvons ceci : « Le Lion est l'exaltation de Mercure, et le Verseau sa déjection ». Remarquez que le Lion est peint en vert [EAU] alors que le Verseau l'est en blanc [TERRE]. Cette opération de l'exaltation et de la déjection du Mercure, les Adeptes l'ont aussi nommé de cette maxime qui parcourt pour ainsi dire tout l'oeuvre alchimique : Solve et coagula, dont le but est le retour des cendres, symbolisé par le Sagittaire. Cette représentation de la figure XIV dans laquelle J. van Lennep ne voit « qu'une femme qui perd ses eaux » [Alchimie, p. 61-62] est en fait une image médiévale de Baubô ou Bubastis, la déesse de la fécondité. Sa présence dans ce mandala ressortit bien sûr du thème de la source, lequel renvoie à celui de la fertilité. Cette nudité fait pendant à celle d'Aphrodite sortant des flots, établissant un rapport direct entre l'eau et la résurgence. C'est Baubô qui, en exhibant sa vulve à Déméter, la console de l'enlèvement de sa fille Proserpine, et lui redonne la joie, évitant ainsi à la terre de redevenir stérile. La vulve de Baubô était exhibée dans le temple d'Eleusis, célèbre pour ses « mystères », en compagnie d'un phallus. Ultérieurement, la vulve de Baubô fut remplacé par un coquillage dont les replis évoquent le sexe féminin et on remarque d'ailleurs que la mystérieuse jeune femme tient un coquillage des deux mains. Ce n'est donc pas fortuit si, en illustrant la naissance d'Aphrodite, les peintres la représentent sortant d'une conque marine, laquelle symbolise l'organe féminin, fécondé par le sperme d'Ouranos. Une autre partie de cette légende affirme que Baubô cherche par ses caresses à adoucir le chagrin dans lequel la déesse est plongée, et lui présente, pour la rafraîchir, cette liqueur fameuse dans les mystères, et que les Grecs appelaient cycéon [kukhwn] ; c'est un breuvage dont il est question dans l'Iliade, composé de farine d'orge, de fromage râpé et de vin de Pramnos [Circé y ajoute du miel et des drogues diverses]. Cérès, en proie à sa douleur, refuse avec dédain ce breuvage, et repousse la main de celle qui l?invite à se désaltérer. Voyant que ses instances, plusieurs fois renouvelées, étaient vaines, Baubô, pour vaincre l?obstination de la déesse, a recours à d?autres moyens. Elle pense qu?une plaisanterie, en l?égayant, pourra la disposer à prendre la nourriture dont elle a besoin. Dans ce dessein, elle sort, fait ses dispositions, puis reparaît devant la déesse, se découvre à ses yeux, et de la main secoue et caresse une petite figure qu?elle a formée en certain lieu. À ce spectacle aussi étrange qu?inattendu, Cérès éclate de rire, oublie son chagrin, et consent avec joie à boire le cycéon... Par cabale, on peut aller plus loin et faire la relation entre kukhwn et cet état de la matière des Sages qui est en confusion [autre acception de kukhwn], voyez là-dessus l'emblème du Mercurius Redivivus et l'examen de la bulle germinale. |
| Le
paon : figure totémique de la conjonction radicale des
principes, comme en témoigne cette blancheur qui occupe à
présent le matras ouvert, sur la droite. On sait que le paon est
un symbole solaire : on le prend donc pour celui de l'accrétion
des Soufres ; c'est peut-être parce que l'une des planches du Mutus Liber
le montre tel, avec d'autres emblèmes qui participent de la
coagulation du Mercure. Il s'agit de la planche
III
qui est plutôt un compendium de la Grande Coction. Mais il nous
paraît qu'on se trompe dans l'ordre des opérations, car si
le paon est un symbole solaire, c'est au sens où il annonce
« la bonne nouvelle », comme Paul annonce celle du Christ.
Le parallèle n'est pas innocent. En effet, ce n'est pas tant le
baptême de Jésus par Jean
Baptiste
qui importe que sa crucifixion et a fortiori sa résurrection,
précédée par celle du Lazare dont Bossuet a si
merveilleusement disserté dans son Sermon sur la Mort
[cf.
la diction qu'en donne Eugène Green dans un CD consacré
à De Lalande par le Poème Harmonique, Alpha]. Eh
bien ! Le paon est l'équivalent exact de Paul et c'est donc la
blancheur qu'il annonce par l'irisation de son appendice caudal, comme
nous l'avons montré dans d'autres sections. Nous venons de voir,
sous ce rapport, le rôle important que semble jouer le 11ème
signe du zodiaque
dans ce puzzle qui semble - a priori - difficile à
reconstituer... C'est aussi en ce sens que l'on peut
caractériser le paon comme l'engrais de l'Esprit, le ferment de
l'Âme - ou du moins son hiéroglyphe. On en a fait aussi le
destructeur de serpent et l'oiseau consacré à Héra
- Junon, la déesse qui préside aux couches - on est
renvoyé à la figure XIV en
cela et, on en conviendra, dans le cadre d'une singulière
parturition. La figure XVI du Splendor Solis
- alias Toyson
d'Or
- est l'un des éléments qui peut permettre de faire
progresser nos réflexions, image à mettre en perspective
avec ce que nous en disons à la section sur le palais de Charles de Lorraine. On
remarque en effet une belle image de la figuration de l'AIR,
sculpté dans l'escalier du palais. Le symbole central de ces
figures semble être Cupidon - Éros - prêt à
décocher sa flèche à l'instar du Sagittaire.
Retournons à présent au vieux texte de Ripley où
nous lisons : « Durant la grossesse, elle mangea la chair
du paon et but le sang du lion vert. » [Cantilena Riplaei]
Que doit-on voir dans cette « chair du paon » ? A notre
sens, le Soufre blanc ou le SEL si l'on préfère ; notons
tout de suite qu'il ne faut point y voir ce que certains alchimistes
modernes appellent le « sel de liaison », car il s'agit
alors du Mercure qui n'a rien à voir, évidemment, avec saint Christophe.
Le paon, sous cette occurrence, se rapproche de l'Arbore Solari, en ce
qu'il manifeste - du moins sous une forme potentielle sinon, comme nous
l'avons dit encore palpable - l'âme qui demeure
incorruptible en dépit de son apparente dissolution. Certains
l'ont encore appelé animal aux cent yeux, ce qu'on veut bien
croire lorsqu'on examine sa singulière queue ; ne peut-on
là encore faire un rapprochement - non fortuit - avec Argus,
que Mercure réussit à piéger par le
stratagème de la musique ? Le même parallèle
pourrait d'ailleurs être tenté avec Cerbère qui
subira le mêm sort qu'Argus [Hermès
est appelé « l'étrangleur de chien »].
Le paon - tawV -
possède une queue féminine - qhluV
- qui donne
l'impression de se couvrir littéralement de verdure - paonne : qhlew
- et l'idée d'une croissance - celle de la Pierre des
Philosophes - germe bientôt à l'esprit. Mais cet aspect
féminin du paon ne se découvre que « lorsqu'il fait la roue
» : aussi bien alors figure-t-il l'univers ou la pleine lune ou
encore le soleil... Caractère hermaphrodite de cet oiseau,
à nul autre pareil. Symbole de la totalité puisque sa
queue déploie les couleurs de l'arc-en-ciel : IriV,
ne l'oublions pas, est la messagère rapide des dieux à
l'image d'Hermès. Mais rapidité va de pair souvent, en
alchimie, avec instabilité : et si IriV
va quérir Ilithye pour Léto, ailleurs on la trouve
complice de la rancune d'Héra... dont l'animal fétiche
est le paon [voyez ici Atalanta XXXVIII
où l'allégorie a déjà été
commentée].
Ilithye est parèdre d'Artémis comme Artémis est
elle-même parèdre d'Apollon. On représente IriV
avec un flambeau parce qu'elle possède la capacité
d'aller aussi bien dans l'Hadès qu'aux Cieux et ni les
abîmes marins ni les Enfers ne lui sont inaccessibles : ce sont
les yeux de la queue du paon qui trouvent leur incarnation
particulière dans cette dernière parabole. Quant aux
trois comètes que l'on voit survoler la queue du paon, on doit
les assimiler aux Moires - Moira
- dont d'ailleurs Ilithye fait partie aux dires de certains
mythographes. Nous voyons donc ici les figures stylisées de
Clotho, Lachésis et Atropos. Clotho - Klwqw - et sa quenouille
représente le Mercure filant ou « dégouttant
». Lachésis - LacesiV
- par la racine lach
évoque une fosse, une tombe, bref l'endroit où le Mercure
remplit son office de dissolution et de
régénération - assonance
phonétique avec lacnh :
toison de brebis et par cabale Soufre naissant si l'on fait le
rapprochement avec melon
-, comme le donne à voir la Clef VIII
des Douze Clefs
de Basile Valentin. Enfin, Atropos - AtropoV
- évoque un champ non retourné : c'est la glèbe
qu'il faut préparer - i.e. la terre feuillée des Sages -
avant de pouvoir y enter l'or mussif dont nous parle Fulcanelli. C'est
là que Cadmos sème les dents du dragon d'où
naissent les spartos. | ![]() FIGURE XV |
![]() FIGURE XVI | Cette figure rappelle l'emblème XXIV de l'Atalanta fugiens
où l'on voit le loup gris dévorer le roi avant qu'il ne
se régénère par le feu. Le roi renaissant est
là, couvert d'un manteau violet ; l'une de ses jambes, encore
verte, atteste de son incomplète résurrection. Les deux
apôtres montrent les couleurs fondamentales de l'oeuvre et
l'objet du travail qui se déroule dans le matras où une
forme humanoïde semble en lutte avec le feu primordial. Le vert
est assimilé au pèlerinage vers le ciel : l'alchimiste y
trouve le secret de la dissolution dans son Lion vert. C'est le symbole
de l'espérance, lié à saint Matthieu [EAU].
Le blanc représente le triomphe de l'esprit sur la
matière et les alchimistes en ont fait l'image de la concorde de
leurs éléments, qui manifeste - par la colombe - la
conjonction radicale de leurs principes. Il faut y voir saint Luc [TERRE].
Mais cette image pourrait paraître incomplète en
première approximation : en toute logique, il eut fallu que
l'Artiste ajoutât à Matthieu la figure de Jean [AIR] et à Luc, celle de
Marc [FEU] pour
compléter ce Tétramorphe virtuel. Toutefois, il n'aura
pas échappé au lecteur que la robe du BasileuV
est de violet, couleur obtenue par la combinaison du rouge et du bleu.
Par cette opération de cabale hermétique, nous retrouvons
l'image du Monde, XXIe
lame du Tarot. |
| La peinture doit suivre en principe la figure XI dans l'ordre des opérations. Il
s'agit là du tombeau où nos deux Principes se sont
dissous. Le garde du corps
veille encore à la préservation de la mémoire de
l'oeuvre, en attendant la parousie. Cette tombe est en effet le lieu de
la métamorphose du corps en esprit et aussi cet abîme que
décrit Bossuet, où le corps s'engloutit dans les
ténèbres et se résout en ses parties
constituantes. C'est Olympiodore qui a comparé l'alchimie au
tombeau d'Osiris, comme le rappelle Berthelot dans ses Origines de l'Alchimie.
Et ce même tombeau a été aussi assimilé au
Mercure, au principe dissolvant de l'oeuvre. Ajoutons que la
matière est ici décrite comme le Plomb des Sages :
« la nature est
vaincue par la nature
» ainsi pourrait-on résumer l'état de ces tristes
restes qu'évoque Tertullien... mais sans préjuger de leur
devenir. Et Pernety écrit dans son Dictionnaire
Mytho-hermétique que : « Les Philosophes ont souvent employé les tombeaux pour former des allégories sur la putréfaction de la matière de l'oeuvre. Ils ont dit en conséquence, qu'il fallait prendre la terre des tombeaux, qu'il faut mettre le Roi au tombeau, pour le réduire en cendres, et le faire ressusciter. Flamel et Basile Valentin y ont fait allusion plus d'une fois Ils ont aussi pris le tombeau pour le vase. » Il a aussi évoqué ce sépulcre : « Quelques Adeptes ont ainsi appelé le vase de verre qui contient le compost ou la matière de l'oeuvre. Mais d'autres ont donné le nom de sépulcre à une des matières qui renferme l'autre, comme ensevelie dans son sein; et plus souvent à la couleur noire qui survient pendant la putréfaction, parce que la corruption est un signe de mort, et la couleur noire une marque de deuil. Quelquefois le terme de sépulcre a été usité pour signifier le dissolvant des Sages. » C'est là le laiton qu'il faut blanchir et qu'Hermès a appelé la « terre des feuilles ». Cf. Clef IV et VIII des Douze Clefs de Basile Valentin ainsi que la première opération de l'Azoth. Et ce blanchiment du laiton, ce retour des cendres, est toute l'opération de la réincrudation : le retour à la lumière. La cabale hermétique lui a donné un nom : Clytemnestre : Klutaimhstra que l'on peut décomposer en klutoV [glorieux, célèbre] et mnhsthr [qui désire]. Clytemnestre, la mère d'Oreste - cf. Atalanta XXVII concernant un point de science fondamental dans la connaissance du Soufre rouge - cherche donc la gloire ; on pourrait presque la rapprocher du prénom de l'inventeur de la photographie : Nicéphore : qui cherche la victoire. Et tout cabaliste sait que la victoire, c'est d'abord la lumière : le rayon igné solaire. Telle est la signification première du christ en majesté que l'on voit sur le retable baroque d'Issenheim. Voilà ce que semble exprimer en substance Bonnellus [qu'il faut lire Benelous] : « Le corps duquel on a ôté l?humidité, ..., ressemble à celui d?un mort ; il a besoin alors du secours du feu, jusqu?à ce qu?avec son esprit il soit changé en terre, & dans cet état il est semblable à la cendre d?un cadavre dans son tombeau. Brûlez donc cette chose sans crainte, jusqu?à ce qu?elle devienne cendre, & une cendre propre à recevoir son esprit, son âme et sa teinture. Notre laton a de même que l?homme, un esprit et un corps. Lorsque Dieu les aura purifiés et purgés de leurs infirmités, il les glorifiera. Et je vous dis, fils de la sagesse, que si vous gouvernez bien cette cendre, elle deviendra glorifiée, et vous obtiendrez ce que vous désirez. » [Turba] Eh bien ! La résurrection du christ, chez l'alchimiste, correspond à ce retour des cendres. Sur l'interprétation de ces paroles de Benelous, cf. AC, II au sujet de la relation à l'arbre dans le Codex Vossianus F 29. |
![]() FIGURE XVII |
![]() FIGURE XVIII | Changement
de décor : les fonds rouge et noir ont fait place au bleu et
voici des volatiles que l'impétrant connaît
déjà. Dans le tome II des Demeures Philosophales,
Fulcanelli fait allusion à l'oeuf de poule qui devient
l'allégorie du vase de nature dans lequel mûrit le soufre : « Le temps expiré, en découvrant latéralement une partie de sa paroi, on remarque, quand l?expérience est réussie une ou plusieurs lignes d?une clarté éblouissante, nettement visibles sur le fond moins éclatant de l?enveloppe. Ce sont les fêlures révélatrices de l?heureuse naissance du jeune roi. De même qu?au terme de l?incubation l?oeuf de poule se brise sous l?effort du poussin, de même la coque de notre oeuf se rompt dès que le soufre est achevé... » [DM II, p. 162 et sq.] Précisément, nous trouvons ici deux phases de la carrière de l'Artiste : la conjonction à droite et la coction linéaire à gauche. Le coq n'a pas ici le sens que les Adeptes lui prescrivent d'habitude : il célèbre l'aurore au lieu qu'ici il féconde le Sel ; ce n'est d'ailleurs point un hasard s'il est noir : celui qui sait blanchir la terre noire possède le secret du magistère et il peut ressusciter le mort après avoir tué le vivant, cf. figures XVII et XI. Il est intéressant de noter que la poule apparaît associée au chien dans de nombreux rites orphiques - cf. Atalanta XLVII où nous avons tout dit à ce sujet. A gauche, nous retrouvons la symbolique du poulet d'Hermogène [pullus Hermogenis, Clef X de Basile]. Le ciel bleu, serein, est associé à cette phase : la rosée de mai - AZOTH - purifie l'oeuf des philosophes et fortifie le Soufre interne. La grosse roche que l'on aperçoit à l'arrière plan possède aussi un sens : c'est le rocher du désert dont Moïse fait jaillir la source : c'est la fontaine de jouvence du Bon Trévisan où le Roi et la Reine du Rosaire des Philosophes se viennent dévêtir et se baigner. La cabale phonétique autorise en effet à voir dans ces gallinacés le Soleil et la Lune des philosophes : alektruwn, le coq - ou la poule - est proche d'Électryon - hlektruwn, fils de Persée et d'Andromède dont on a vu - cf. Atalanta L - qu'il pouvait être assimilé au Rebis. De plus, par élision du a ou du h, [...]lektruwn permet une transition vers lektron : lit ou couche, et aussi fruit d'un mariage : ici le Rebis évidemment, figuré par l'oeuf de la poule. Cet oeuf où se reflète le ciel et les planètes, on le retrouve dans la Monas Hieroglyphica de John Dee et également dans l'une des aquarelles d'un exemplaire du Ros. Phil., cf. supra. |
| Le
laboratoire et l'oratoire : tel est le sujet caché de cette
curieuse figure. À gauche l'Artiste, notre Hercule, notre Cadmos
comme
on voudra, filtre à l'évidence quelque sel. Voilà
déjà tout un programme pour l'hermétiste au fait
de la cabale hermétique. Car cette filtration est aussi la phase
d'assation dans la voie sèche ; pour autant, les mots fixation,
séparation et sublimation s'avèrent synonymes spirituels.
Remarquons d'ailleurs l'opposition entre les volets : à gauche,
comme d'un sablier, le temps s'écoule tandis qu'il semble
suspendu à droite sous la chaleur régulière,
linéaire, qui semble s'échapper du singulier creuset
façonné « de nature ». Notons que les anciens
chimistes incluaient la distillation dans le processus même de
filtration - cf. le traité de Philippe Ulstade à cet
égard. Ce n'est pas tout : percolo [filtrer]
prend aussi comme
sens d'honorer la divinité, de glorifier Dieu [le Soufre, qeion
par assonance phonétique avec les sels de soufre, qeioV]. On
voit le parti à tirer des synthèses mentales - comme
l'entendait Eugène Chevreul - dans
le sujet qui nous occupe ici.
En grec : dihqhsiV
ou hqmoV.
À gauche donc, préparation du feu secret. À
droite, son
utilisation. Au centre, l'urne où se dépose le
précieux Soufre, véritable don de Dieu - Donum Dei
- et qui s'écoule des plumes de l'aigle royal. On voit que cette
urne funéraire, ce tertre tumulaire, est bâti à
chaux et à sable et qu'il semble comme indestructible ; il
s'agit vraisemblablement du vase de nature qui contient la vitreuse
provision dont parle E. Canseliet dans son Alchimie
expliquée sur ses Textes classiques.
Aussi bien ce vase funéraire contient-il les cendres - eaux -
qui s'écoulent de ce ciel où trône l'aigle royal
dont les Psaumes font un symbole de régénération
spirituelle à l'instar du phénix. Voyez là-dessus
le symbolisme lié au Tétramorphe dans notre Tarot alchimique ou encore dans l'humide radical métallique.
L'aigle est l'âme métallique en puissance : l'aigle seul
peut regarder en face le Soleil : « Et toi
l'éclat éternel, si ton coeur est pur. »
Peut-on mieux formuler l'origine divine du rayon igné solaire
que l'Artiste doit apprivoiser par son Mercure, en le liant, pour en
faire la lumière de son Sel ? On trouve dans l'Azoth -
Senior Adolphus - une remarquable gravure
où l'on peut distinguer, à la partie inférieure,
un aigle double et à la partie supérieure un vase qui
rappelle étrangement le symbolisme développé dans
cette figure XIX. L'aigle, oiseau rapace,
n'est plus ce ravisseur qui l'apparente à Saturne mais
plutôt ce psychopompe qui l'apparente à Jupiter qui fait
tomber la pluie : aqua - aquila. Mais aussi aetoV - aerow. EAU - AIR. Latin et
grec se conjuguent en cette étrange alchimie... |
![]() FIGURE XIX |
![]() FIGURE XX ![]() FIGURE XX bis - variante du XVIe siècle | Philalèthe écrit ces
belles phrases dans le chapitre VII de l'Entrée ouverte
au Palais fermé du Roi : « Pour bien
dénouer la difficulté, lis attentivement, ce qui suit:
prends quatre parties de notre Dragon igné, qui cache dans son
ventre l'Acier magique, et neuf parties de notre Aimant; mêle-les
ensemble avec l'aide du torride Vulcain, de façon qu'ils forment
une eau minérale où surnagera une écume qu'il faut
rejeter. Laisse la coquille et prends le noyau, purge-le à trois
reprises par le feu et le sel, ce qui se fera aisément si
Saturne a regardé sa propre beauté dans le Miroir de
Mars. » Nous voyons ici un petit animal, sorte de
belette, présenter un miroir à un animal monstrueux,
sorte de chimère qui tient de l'oie, du canard, de l'aigle, du
coq par la crête ou aigrette et du
serpent par sa queue. En arrière plan, une sorte de chaos
où une forme
reptilienne émerge d'un fond vert. À gauche, le fond est
rouge
et semble constituer comme un rideau qui se soulève vers le
centre, à moins au contraire, qu'il ne cache progressivement
cette verdeur... Du point de vue du symbole hermétique, nous
avons là une vierge guerrière [la
belette] qui s'oppose
à la figure d'un dragon mercuriel par l'entremise d'un bouclier.
La belette - galeh
- se rapproche peut-être de l'hermine. Quoi qu'il en soit, le
trait de cabale est facile à établir avec la Vierge, par
l'entremise de gala
et du suc laiteux qui constitue la matière minéralisante
du Mercure. Van Lennep voit cette belette dans l'une des figures du
Livre fabuleux d'abraham Juif, cf. Fig. Hiér.
Sur l'oiseau chimérique, nous renverrons le lecteur au Tribunal Impartial
de Michel Maier. Il tient tout à la fois du cygne - son col - ;
de l'aigle - ses serres - ; du canard et de l'oie : son bec. L'aigrette
le rapproche de l'oiseau royal : le phénix.
Quel est le sens de cette scène surréaliste ? Le mariage
des contraires, de Protée figuré par cet oiseau à
l'air rapace et palmipède, et de cette Vierge dont la constance
et le calme sont les qualités requises pour la coction de
l'androgyne. Le bouclier qui est en même temps un miroir
représente l'arme idéale pour contraindre l'oiseau
frondeur à assagir sa démesure. Ce speculum
est noir : les yeux de
l'oiseau ne reflétant rien d'autre que ce qu'il y a dans son
coeur, celui-ci est, d'évidence, vide d'âme.
Révélation du souffle divin, en l'occurrence de la pluie
d'or que Zeus fait tomber à Rhodes, ce miroir magique sera
en conséquence l'instrument de l'illumination par où la
belette fera sourdre le rayon igné solaire jusque dans l'esprit
de ce Protée à plumes. Mais
ce n'est pas tout :
une autre interprétation est possible, qui assimilerait cet
oiseau à la figure du basilic. On tient
généralement le basilic comme étant une bête
hybride: son corps et sa queue sont ceux d'un serpent tandis que sa
tête, ses deux pattes et ses ailes sont ceux d'un coq. On diverge
cependant sur la couleur exacte de sa peau et de son plumage.
Certains le disent noir, d'autres jaune ou kaki. On raconte que la
forme de sa crête évoque une couronne, d'où son nom
d'origine grec BasileuV
(petit roi, cf. Douze Clefs
de Basile Valentin) et de la déférence que manifeste les
autres animaux à son égard (le cobra, l'un de ses
lointains cousins, peut également prétendre au titre -
est-ce là manière d'allégorie que ce serpent
disposé en arrière plan à droite ? C'est
possible). On a longtemps discuté des moyens de se garantir
contre le terrible pouvoir pétrifiant du basilic : on a fini par
trouver dans la belette l'alexipharmacon : ce petit animal est le seul
à pouvoir attaquer de front le monstre et à ne pas
souffrir de son venin : « Et si
féroce que soit le basilic, il est tué par les belettes,
bêtes un peu plus grandes qu'une souris et au ventre blanc.
» [in Bestiaire
du Moyen Âge, Stock, 1980] Par cabale, il est
facile de voir dès lors Persée dans notre belette et
Méduse dans ce reptile fabuleux, cf. Gardes
du Corps. On a rapproché, en alchimie, le basilic du feu
dévastateur qui prélude à la transmutation des
métaux. Mais jusqu'à présent, on n'avait
donné aucune explication sur le but que poursuivait
l'allégorie dont le sens, il nous semble, parvient à
s'éclaircir au vu de ce que nous avons dit au début de ce
court commentaire : tout tient dans l'adage des Adeptes SOLVE ET
COAGULA. Terminons par le miroir en forme de bouclier car il
possède un caractère remarquable : celui d'être
frangé de lames serpentines où se devine l'un des grands
emblèmes de la mythologie : le bouclier d'Athéna ou
égide. On rapprochera la figure XX de
l'emblème XXXII de l'Atalanta fugiens.
Enfin, on consultera avec profit sur le thème du basilic le site
suivant dû à M. Jean Claude Raymond. La figure XX bis
permet de montrer que le serpent dont nous parlions tout à
l'heure et en fait tronçonné : l'allégorie
paraît claire : en se regardant, le basilic se pétrifie
lui-même et, à l'instar du cygne qui meurt par ses propres
plumes - cf. Demeures Philosophales, t. II
- ou du pélican qui se dépouille de sa substance pour
nourrir sa portée, il est donc fixé : d'où ces
morceaux de serpent qui marquent la fin de l'époque mercurielle. |
| Le feu dévastateur et purificateur. C'est un thème archaïque dont le rapport à l'alchimie n'est que pure connivence. On trouve une gravure dans l'ouvrage de Jung, Psychologie et Alchimie, p. 326, qui se rapproche beaucoup de la figure XXI. Elle apparaît fig. 129 avec la légende : « Spiritus personnifiés s'échappant de la prima materia chauffée - Aquin, De alchimia (mss du XVIe siècle) fol 60 a, détail. ». Jung évoque cette image en commentant des paroles de Raymond Lulle [Compendium artis alchemiae et naturalis philosophiae secundum naturalem cursus, in Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. I] : «... tu peux voir des esprits fugitifs ou ceux qui se sont enfuis condensés dans l'air sous la forme de diverses bêtes monstrueuses ou d'hommes qui se meuvent ça et là comme des nuages. » Comme d'habitude, Jung transcrit ces paroles selon son système et ajoute : « Le psychologue ne trouve pas étrange qu'une métaphore se transforme parfois en hallucination. » et il renchérit en parlant des couleurs de l'oeuvre un peu plus loin. Loin de nous l'idée de diminuer en quoi que ce soit la hauteur de vue des réflexions de Jung. Mais elles nous paraissent presque au sens propre du terme déplacées en ce qu'elles ne s'appliquent pas, manifestement, au sujet. C'est faire peu de cas de l'imagination des Anciens que de leur prêter comme impossibilité la synthèse mentale ou spirituelle... Focalisons notre pensée vers cette notion, essentielle, d'esprit fugitif. Selon Pernety, il s'agit, rien moins, que du nom que les Adeptes ont donné à leur Mercure [Dictionnaire mytho-hermétique in Douze Portes de Ripley] ; dans l'Oeuvre du Lion Verd de Jacques Tesson, l'esprit fugitif correspond au principe féminin - Beja, cf. commentaire de l'Atalanta XXVIII. Dans l'emblème VIII de l'Atalanta fugiens, cet esprit fugitif est associé à l'AIR, en tant qu'Elément : « II faut, hommes sages, que l?humidité soit d?abord brûlée à feu lent, comme un exemple nous en est proposé dans la génération du poussin ; dès que l?on augmente la force du feu, il convient que le vase soit obturé de tous côtés pour éviter d?en faire sortir le corps d?air et son esprit fugitif. » [Turba, Morfoleus] S'agit-il là du phlegme, qui n'est qu'une partie de l'AIR des plus vulgaires, ou de l'AIR même ? Et s'il s'agit de l'AIR, n'est-ce pas là ce que l'on pourrait nommer une vision éidétique, comme lorsque nous imaginons des formes dans des nuages ou des fumées ? Mais il ne s'agit pas là d'hallucination, mais de phénomène dit d'hallucinose, lequel n'est en rien pathologique. Qu'il puisse s'agir de projections de contenus inconscients, soit. Mais orientés : tout est là. Aussi est-ce à notre avis par excès ou par erreur que Jung parle de métaphore quand il s'essaye à déterminer de quelle manière, au juste, les vieux auteurs parlaient de leurs « visions ». Le terme de synesthésie serait peut-être mieux adapté, s'agissant des « yeux de l'esprit » ou même, encore plus précis, « des yeux de l'âme ». Voilà qui explique, en tout cas, l'indignation de Jacques Tol quand il s'esclaffe à propos des couleurs de l'oeuvre, cf. Myst. Cath. et le Ciel Chymique. Cet esprit fugitif, c'est aussi le servus fugitivus : celui que l'Artiste doit savoir tenir au feu un temps suffisant en sorte que ses matières puissent non seulement entrer en conjonction radicale, mais encore croître et se développer. | ![]() FIGURE XXI |