
Essai
d'interprétation alchimique
des miniatures du mss de Zurich [et de Leiden]
Terre -
Feu -
Eau -
Air -
Vénus, Lucifer -
Sulphur
[Soufre sublimé ou dissous] -
animus
[Mercurius : Mercure philosophique ou double Mercure, dissolvant des
Sages] -
hexagramme de
Salomon [Eau ignée ou Feu
aqueux] -
Terre fixe -
anima -
anima consurgens
[sublimation de l'animus ou du
Mercurius] -
nitrum -
sal -
ioV
[chaux métallique] -
stella -
flos -
stibine -
Sol -
Luna -
Taurus [Rebis] -
arc -
Arès, Mars, vitriol -
safran d'alun [chaux de la terre fixe de l'alun] -
alkali fixe sublimé [Neptune] -
Lune mercurielle -
Zeus -
Cronos -
nigredo
[Soleil noir] -
adversus-
luna
descrecens [in aurorae tempore] -
Sol Ares
-
luna veneris -
Sal Amon
-
stella cum cruce -
ioV
cristou [chaux
mercurielle] -
aurea stibi -
antimonium [antimimon]
-
vitri oleum -
AZOTH [qeioV] -
animus -
salniter -
translatio [transfert] -
cogitare
[projection] -
albatio -
aes ustum -
sulphur «
azoqué » -
ou
dissolution -
albedo : purification ou albification que l'on peut associer à
l'idéogramme
;
enfin rubedo :
coagulation et accrétion du
.
La projection opératoire passe par deux voies, la voie
sèche et la voie humide. Pour des raisons qui tiennent à
l'histoire de la chimie [cf.
Djabir in E. Darmstaedter, l'Alchimie de Geber,
Berlin, 1922 ; Archeion. Archivo di
storia della scienza
6 (1925), p. 320 sq., 7 (1926), p. 257 sq., 8 (1927), p. 95 sq., 214
sq., 9 (1928), p. 63 sq., 191 sq., 462 sq. J. Ruska a
réédité ses nombreux travaux dans Das Buch der grossen
Chemiker I
(Berlin, 1929), p. 18-31 (« Dschabir »), p. 60-69 («
Geber, Pseudo-Geber »). Le texte traduit l'est d'après W.
Ganzenmüller, Alchimie
im Mittelalter, p. 208 sq. - cf. aussi notre prima materia et Chevreul, critique de F. Hoefer, I],
c'est la voie sèche qui a
prévalu [et
il semble exclu pour des raisons tenant à des conditions de
température et de pression que les alchimistes aient pu employer
la voie humide, autrement que pour utiliser des sels mercuriels, comme
G. Ranque l'a montré dans sa Pierre philosophale
(R. Laffont, 1970)].
L'importance de Geber est à ce point extrême qu'il nous
faut revenir un peu sur ce personnage quasi mythique. Les textes arabes
étaient, avant l'apport de Julius Ruska (1847 - 1949) [Arabische Alchemisten
und Tabula Smaragdina, Heidelberg, C. F. Winter, 1924]
encore peu connus [notons au
passage que J. Ruska est le père du prix Nobel Ernst Ruska (1906
- 1988) pour sa
contribution à l'élaboration du microscope
électronique].
Les premiers renseignements un peu détaillés sont
contenus dans le chapitre consacré à l'alchimie par Ibn
Haldun [Prolégomènes,
t. III = t. XXI de Notices et Extraits, 1868, p. 207-227 de la
traduction].
Le grand historien berbère mentionne dans ce chapitre le grand
maître de l'art Jabir ibn Hayyan - le Geber des alchimistes
occidentaux du moyen âge - qui vivait au VIIIe
siècle de notre ère. Vingt-cinq ans plus tard, Berthelot
publie dans le tome III de sa Chimie du Moyen
Âge
(1893) treize petits traités de Jabir ibn Hayyan et d'autres,
traduits par Hondas. Vers la même époque, en 1892, M.
Robert Steele fait paraître le texte d'un opuscule de Jabir
intitulé La découverte
des secrets. En 1905, M. Stapleton publie dans le Journal of the R. A. Society of Bengal
un extrait de l'oeuvre sur l'élixir. Enfin, le professeur J.
Ruska de Heidelberg prépare une édition du Livre des Secrets
de Al-Razi d'après un manuscrit de Leipzig. Entre temps on a
publié dans l'Inde, en 1891, une édition
lithographiée de onze petits traités de Jabir, à
peu près introuvables d'ailleurs. De ces écrits arabes de
Geber ou de ses élèves se dégage un titre : le Kitab Nihayat al-talab
fi sharh Kitab al-‘Ilm al-muktasab fi
zira'at
al-dhahab (MS P 27, item 1)
(The Book of the End of the
Search regarding the commentary on 'The
Book of Acquired Knowledge concerning the Cultivation of Gold')
dû à ‘Izz al-Din Aydamir al-Jaldaki (1342). La
principale théorie du Muktasab
est que tous les métaux sont en réalité identiques
et ne diffèrent l'un de l'autre que par certaines
propriétés accesoires qu'on peut faire disparaître
par un traitement approprié. La substance métallique
débarrassée de ces propriétés accessoires
et accidentelles représente l'or alchimique. Notons que cette
théorie n'était pas partagée par les chimistes
arabes et qu'Avicenne avait eu la clairvoyance de la combattre et de
soutenir que les métaux différaient les uns des autres et
qu'ils étaient faits de différentes espèces : il
niait la possibilité des transmutations. Voilà qui
annonçait très nettement le concept de corps simple. Nous
rejoignons notre sujet - le mystère de la conjonction - quand on
aura ajouté que ces chimistes arabes divisaient les substances
minérales en trois classes appelées corps, âmes et
esprits. L'or et tous les autres métaux à l'exception du
mercure [il s'agit là du
vif argent vulgaire] sont des CORPS ; le soufre, le sulfure rouge
d'arsenic [kinnabariV,
appelé dans les textes d'Artephius
et dans la Turba Cambar
dûment identifié par J. Ruska comme « Zinnober
»], le sulfure jaune d'arsenic [auripigmentum ou orpiment que les
Anciens appelaient tout simplement arsenic : arrenikon qui se
rapproche de arrenikoV,
mâle ; arrenoqhluV
a le sens d'hermaphrodite. L'orpiment était nommé zerendj
asjar, cf. Kurt Sprengel, Histoire de la
Médecine, tome II, p. 301, Médecine des Arabes ],
la marcassite sont des ÂMES.
Nous voici ramenés au coeur
du problème de la conjonction des principes - i.e. Mysterium conjunctionis
- par ce rapport entre les sulfures d'arsenic où l'on est en
droit de trouver une analogie avec les principes simples :
et
.
Le sulfure rouge ou réalgar [zerendj ahmar ou chokh, cf. Kurt
Sprengel, op. cit.] était encore
désigné sous le terme de sandaraque, d'où les
cabalistes ont tiré Zandarith ou Andarith [cf. Artephius].
Dans sa Chimie des Anciens,
Berthelot écrit que l'arsenic sulfuré était
préparé en prenant de l'auripigmentum que l'on coupait en
morceaux, que l'on porphyrisait [relation
avec les planches du Splendor solis
et de l'AC, I Fig. IV où le dragon
est garrotté] : on le faisait alors tremper dans une
solution d'acide
[le
terme
générique
était vinaigre] puis la matière, que l'on mettait
à sécher, était mixée avec du sel de
Cappadoce [variété
de sel gemme].
Dès lors, le produit était mis en cibation et
l'opération était réitérée
jusqu'à ce que l'on obtienne un produit blanc : cette
matière était confondue avec de l'alun ou de la
céruse. Enfin, le mercure et le sel ammoniac [qui n'était pas notre
chlorhydrate mais sans doute du sable] sont les
représentants caractéristiques des ESPRITS.
Cette conception tripartite des principes de l'alchimie est la plus
classique ; elle va dans le droit fil de la gnose chrétienne et
son symbolisme a été à la fois exploré et
exploité à fond par Jung. Par contre, avec Razis,
nous avons affaire à un autre type de démarche : Muhammad
ibn Zakariya al-Razi, le grand médecin arabe, mort vers 932 [Rhazès
ou Razès : Abu bekr Muhammed ben Zakeriya er Rasi (850/860 -
925), originaire d'Irak ; l'Occident en connaît les Excerpta ex Libro
Luminis Luminum publiés dans Janus Lacinius in Pret. Margarita Novella,
1546, pp. 167 et sq., cf. prima materia],
divise les substances alchimiques en trois groupes : minéral,
animal et végétal. Le groupe minéral est ainsi
subdivisé en ESPRITS
[mercure, sel ammoniac,
sulfure rouge et
sulfure jaune d'arsenic, soufre], CORPS [or, argent, cuivre, fer, plomb, fer
chinois] et en PIERRES
[marcassite,
magnésie, tutiya, lapis-lazuli, malachite, hématite,
alun, kohl (sulfure de plomb et sulfure d'antimoine), talc, gypse et
verre]. Viennent ensuite les VITRIOLS
[noir, blanc, jaune,
rouge et vert],
BORAX [natron,
borax d'orfèvre, zarawand-borax (borax extrait de la plante
aristoloche, cf. Ibn Al-Battar, Traité des simples, trad. L.
Leclerc, Paris, t. II, 1881, in-4°, p. 203), borax d'Arabie].
Nous trouvons enfin les SELS
[sel
doux, sel amer, sel calciné, sel bitumineux, sel indien, sel
d'oeufs, qaly (sic, carbonate de soude brut provenant des cendres de
plantes maritimes), sel d'urine, sel de cendres (carbonate de potasse
brut provenant des cendres de plantes terrestres, chaux, sucre candi].
On pourrait s'étonner de telles dispositions dans la ventilation
des substances énumérées, mais les acides et les
huiles étaient alors considérées comme faisant
partie des substances d'origine animale et végétale ;
notons encore que le salpêtre était désigné
comme le rourec,
que les sulfates de cuivre et de fer se nommaient mazadzab et zakh ou chahirh. Le borax
s'appelait tenker
[c'est le tinkar ou atinkar dont
parlent Fulcanelli et E. Canseliet] ; le corail rouge,
conseillé dans les cures internes, portait le nom d'ardjewan.
[Noûs] tandis que la
régénération de la matière saline [au sens de réincrudation
ou individuation] passe par la projection de
[pneuma].
Le transfert spirituel apparaît ainsi dépendant de l'arch tupoV et relève
d'inter actions incessantes entre le Moi [idéalisé comme lapis qui
contient les quatre éléments
]
et le Soi [idéalisé
comme mercurius
].
On peut voir une image de ce transfert opérant dans le Codex
Vossianus f. 99 [partie droite]. Pour beaucoup
d'alchimistes, sans doute, le lapis n'a constitué qu'une pure
image mentale, une sorte de projection vers un ailleurs - qui
revêt les atours du Soi - dont le Ça [en terme de psychanalyse] forme
comme une sorte de barrière infranchissable, à l'instar
d'un horizon spatio-temporel où l'on assiste à un
délitement progressif de la matière [en l'occurrence de la yukh] comme
Moi [conscience].
L'Art
sacré, l'art d'Hermès, l'art envisagé
généralement, procède d'un tel délitement
du Moi, englobé
ou mieux engobé dans le Soi [l'engobement formant la
résultante des images éidétiques et/ou figuratives
dont les archétypes ont impressionné - au sens d'une émulsion photographique - la
psyché de
l'individu pris comme Moi]. C'est ainsi que nous pouvons
trouver une relation entre la triade {Moi - Soi - Ça} et la
triade {
-
-
}
sans pour le moment que nous soyons assurés de la correspondance
entre les idéogrammes et les concepts sous-tendus par la triade
mentale. Rappelons que le Ça est un concept freudien - Freud
dont Jung devait se départir à l'orée des
années trente - et Freud en parle comme de la psyché
instinctive. Il semble que l'on puisse aller au-delà et parler
d'une psyché primordiale pour ne pas dire
élémentaire. Il n'est pas impossible que l'on puisse
trouver dans les plus anciennes divinités grecques des
équivalents du Ça, avec Ouranos et Gaïa :
et
originelles ne forment-ils pas l'déogramme du lapis ? Mais
allons plus loin : le Ça n'aurait-il point de rapport avec le
« non-être » en tant qu'il serait la limite du Moi
lorsque le Soi tend vers l'horizon de la perception, autrement dit
quand la notion même de temps se délite ? Le temps, nous
disent les physiciens, n'est qu'une illusion au sens où Chevreul l'entendait -
c'est-à-dire une impression organoleptique - et le temps
physique [nous ne parlons pas du
temps de nos montres] n'a d'existence que lorsque l'espace se
trouve incurvé au voisinage d'une masse : ainsi, le temps
n'existe littéralement pas pour un photon circulant dans le vide
et sans masse susceptible de le dévier [on connaît le paradoxe, qui n'est
qu'apparent, de deux photons se croisant parallèlement : la
vitesse de croisement sera tout simplement celle de la vitesse de la
lumière]. Le temps psychique n'est qu'une contingence de
la conscience ou si l'on préfère du Moi : un
nouveau-né, dont le Moi n'est qu'embryonnaire, n'a connaissance
que du Ça : le lait de sa mère. Et encore le mot
connaissance est-il forcé puisqu'il ne s'agit que d'un instinct
; on voit par là que l'instinct fait montre d'un cousinage
curieux avec le non-être par l'absence de polarisation du Soi,
c'est-à-dire par projection, d'où le Moi prend forme.
Nous pouvons renverser la proposition si nous admettons que le Moi est
la limite du Ça lorsque le Soi tend vers une singularité
: l'individuation. Ainsi, le Soi apparait-il comme médiateur
entre le Ça et le Moi ; toutefois, il ne s'agit pas là
d'un effet passif mais bien d'une action : c'est au niveau du Soi ou si
l'on préfère, en terme de réalité psychique
[la psyché correspond
à une réalité au même titre que la
matière au sens où il s'agit d'une forme, cf.
là-dessus Henry Corbin dans l'ouvrage collectif sur Jung, in Cahiers de l'Herne, 1980],
entre le Ça éternel et le Moi
éphémère que se nouent et se dénouent des
inter-relations, en un entrelacement à valeur
prométhéenne ; c'est là que (où)
s'expriment ces fameux archétypes que le magicien de
Küsnacht a révélés. Aussi bien faut-il, de
beaucoup, relativiser la valeur de ce que l'on a appelé «
l'inconscient collectif » [Freud]
et que Jung a rebaptisé archétype. Il ne s'agit nullement
de strates d'affects qui imprégneraient la psyché
séculaire héritée de nos aïeux ! Non. Il
s'agit simplement de la réaction primordiale à un
stimulus interne ou externe. Et c'est la manière dont la
psyché naissante - notre Aurora consurgens
- réagit au stimulus que l'on appelle l'archétype, dans
le sens où nous ne pouvons saisir, de cette interaction, que la
résultante : elle ne s'exprimera d'ailleurs bien souvent que des
lustres plus tard et, bien loin d'une synchronicité - au sens
jungien du terme [Synchronicité et
Paracelsica, trad. Albin Michel] - faut-il plutôt
parler d'une « décoaptation » temporelle dans la
mesure où le « lag-time » - du moins chez l'Humain -
entre l'intégration d'un stimulus archétypal et son
expression psychique ne sont que de
manière rarissime des événements contemporains.
-
MERCURIUS
- SULPHUR
[principes
principiés]
dans ce continuum de la psyché qui évolue entre le
non-être [nigredo
] et l'individuation [réincrudation du sulphur dans le
sel : surrection du lapis
].
En revanche, il paraît quelque connivence entre la psyché
tripartite de Freud [conscient,
préconscient, inconscient] et la figure de l'arbre
philosophique telle qu'on la voit exposée dans le Mercurius Redivivus
[cf. AC, I] ; de même
qu'entre les formes élémentaires du cercle [inconscient =
],
du triangle [préconscient
dans lequel on peut distinguer les états correspondant aux
éléments d'Empédocle] et de l'hexagramme
de Salomon [conscient =
qui ressortit du quadratum
et du trivium
].
Le limbe de la nigredo constitue la limite du Soi et correspond donc au
Ça : on peut y voir l'horizon firmamental du Philalèthe [cf. Introïtus].
La logique voudrait que l'on voit dans l'idéogramme du soleil
une image complète de la psyché, i.e. une monade
spirituelle : le point fixe y serait le Moi [sel central incombustible qui a pour
emblème la salamandre ou la couronne
dont le
rapport avec l'étoile de Salomon est évident] ;
l'espace compris entre le centre et le limbe serait le Soi et
correspondrait à cette zone d'interactions et de turbulences
dont les archétypes jungiens ne seraient que les « macro
structures » ; enfin le Ça correspondrait à ce que
Paul Klee nomme dans l'un de ses tableaux la «
limite du pays fertile » en ce que le temps y
subirait une sublimation progressive.
et
, interaction dont la croisée †
n'est autre que le Soi ? Transfert et projection sont les constantes de
cette singulière attraction gravitationnelle, pour remployer des
termes d'astronomie physique. Si nous reprenons l'image du
[cf. supra],
il est facile de comprendre que, d'un point de vue dynamique, la
psyché donne d'elle-même une figure instable et
contournée, avec des
échanges permanents entre le Moi et le Soi. Au Moi est
lié le transfert, caractérisé par
; au Soi est liée la projection, mise en
dépendance de
.
On conçoit que la note de Freud, concernant le clair-obscur de
la conscience, se rapporte à la lutte incessante que se livrent
ces deux médiateurs de l'oeuvre [nous ne parlons pas, pour le moment des
acteurs, c'est-à-dire du patient et de l'agent] qui,
à l'instar de
et du
sont deux grands ennemis. L'un aspire à la dormance dont le
Ça est l'asymptote tout autant que la sublimation ; l'autre
aspire au frappement dont le Moi représente l'accrétion
et, pour l'alchimiste, la réincrudation.
De cette lutte, Héphaistos est l'arbitre : personnification du
feu AZOTH ou
, il
génère la
lumière
« née par soi-même de l'obscurité » :
le mythe de la naissance de Pallas Athéna représente
l'irruption du conscient ou Moi [singularité]
à partir du spiritus ou espace du Soi
[sujet de la
projection].
N'oublions pas que le spiritus n'est que la représentation du
ou unus
mundus. Il contient les deux principes de l'oeuvre
[agent et patient] ainsi
que le moyen de les conjoindre : c'est cette
conjonction, par plongement du
dans la
, qui symbolise l'émergence du Moi. Le
problème qui reste en suspend ou, si l'on préfère,
le point où alchimie et psychologie divergent, est le suivant.
Nous savons que le but de l'oeuvre est la préparation du lapis,
objet constitué et qui ne semble plus susceptible de
modifications ; à un certain moment de son élaboration,
dans la Grande coction, le fixe va l'emporter sur le volatil [ou le visqueux ce qui est superposable]
et la coagulation de l'eau mercurielle par laquelle se signale la
naissance du phénix [cf.
le poème du
phénix de Lactance] semble mettre un terme
à la carrière de l'entropie, envisagée dans
l'évolution de l'oeuf philosophal. Fulcanelli et De Cyrano
Bergerac disent ici que la rémore prend le pas sur la salamandre
[cf. Myst. Cath.]
Mais tel n'est pas le cas du Moi, imbibé, enrichi,
altéré, modifié en tout ou partie, par les
interactions issues du Soi et dont le Ça, de surcroît,
forme le tenseur. La divergence que nous avons évoquée ne
vaut, pour autant, que dans le système que nous avons toujours
défendu jusqu'à présent : celui où le lapis se présente
comme une gemme orientale sans autre pouvoir que celui d'exercer des
propriétés organoleptiques sensorielles - d'ordre
spirituel - sur la psyché. Il s'agit là de
propriétés où les fonctions de transfert
sont mises en jeu et il se trouve que la
lumière y joue un rôle fondamental. Si à
présent, nous envisageons le lapis d'une façon
« orthodoxe », il s'agit de la pierre de projection
, douée de la capacité de
transmutation de métaux « vils » en métaux
réputés « nobles ». Dans le cas n°1, le
transfert n'est pas matériel mais uniquement spirituel : il est
dû à la fascination exercée sur la psyché
par les qualités de métamorphose prismatique
exercées sur la lumière blanche et c'est la pierre gemme,
dûment taillée, qui les provoque. Dans le cas n°2, la
projection de la poudre transmutatoire provoque une métamorphose
de la matière et une transformation radicale du métal ;
pour impossible que cela soit dans notre monde physique, cela est
possible dans le monde spirituel où les niveaux de
réalité sont différents. Nous avons donc ici un
exemple manifeste de complémentarité où
transfert
et projection
s'ordonnent différemment selon que le lapis se
situe dans - ou en dehors de - la sphère de projection
numineuse du sujet, ce que l'on peut résumer en
cette question : le sujet peut-il être son objet ? Ce cas de
figure semble exister et va nous permettre d'établir un
parallèle entre la nigredo
, le
phénomène de « dormance » et le rêve.
C'est un truisme de dire que, durant le sommeil, la conscience - du
moins l'état d'éveil - disparaît : nous assistons
alors à deux phases, l'une de sommeil profond et l'autre de
sommeil paradoxal où l'activité corticale est très
importante : c'est dans cette phase qu'a lieu le rêve. Si nous
reprenons la triade {Moi - Soi - Ça}, nous voyons que la
cessation de l'état d'éveil correspond à une
occultation du Moi et à une excitation de l'état de
dormance du Ça, par activation des rapports entre le Ça
et le Soi. Quelle sorte de rapport s'établit-il alors entre ces
deux composantes de la triade ? Le manque total de sommeil se soldant
par la mort de l'individu, on est en droit de supputer que le Ça
agit en régénérant le Soi. Reprenons : la nigredo
est la phase de l'oeuvre alchimique, dans la Grande coction, où
le sel fixe, bien qu'incombustible, ne se manifeste qu'en essence : la † en constitue le
support et le fer - au sens de chaux métallique ou ioV
- en est la
substance. La conscience, en cet état, est donc assimilable
à la matière qui est au stade de la dissolution. Le corps
du lapis est alors souvent comparé à la Lunaire
: c'est l'époque de l'eau permanente ou aqua permanens des textes.
, Zeus
et
Athéna
[nous
lui donnons pour le moment les
traits de l'animus] ; dans cette pièce, les acteurs sont
Hélios
et
Séléné
qui
conservent leurs caractères à peu près
conservés, tant dans le langage de la psychanalyse que dans
celui de l'alchimie. Il reste à dire quelques mots sur
Arès
et Aphrodite
: c'est
implicitement parler des micro structures impliquées dans les
archétypes jungiens tout en sachant qu'ils n'en forment que des
cas particuliers car l'on ne saurait tout résoudre à la
sexualité, ce qui fut d'ailleurs l'occasion du divorce
intellectuel entre Freud et Jung. Il aurait été
intéressant de voir quelle aurait été la
démarche de Herbert Silberer [Probleme der Mystik und
ihrer Symbolik, Heller, Wien 1914] auquel Jung semble
avoir emprunté quelques idées sur l'alchimie, mais
hélas, Silberer mit fin à ses jours alors qu'il
promettait beaucoup... En nommant Athéna, nous l'avons
qualifié de l'épithète d'animus ; on peut montrer
qu'en fait elle peut être aussi bien considérée
comme anima
compte tenu de
l'aspect essentiellement
dynamogène du Moi, caractérisé par des
périodes d'inflation et de déflation : l'alternance
veille - sommeil en est l'exemple le plus sommaire. Voilà qui
permet de donner un sens plus précis - mais envisagé dans
une perspective jungienne - à quatre gravures du Ros. Phil.
où l'on voit la montée de l'anima [sublimation], puis son
incarnation [réincrudation, individuation] :
il s'agit de la figure 8 : « Animae
Extractio Vel impraegnatio » ; de la figure 10 : « Animae
Iubilatio seu Ortus seu Sublimatio » ; puis de la
figure 15 : «
Fixatio » où une main française a
écrit : « Icy, la nuit de la Lune vient à sa
fin, l'esprit remonte en haut hativement. » ;
enfin de la figure 17 : « Revificatio
» où la même main a écrit : « Icy
revient l'âme du ciel belle et claire et fait ressusciter la
fille des philosophes. ». Dans sa Psychologie du Transfert,
Jung n'a abordé que deux de ces figures : celle de l'ascension
de l'âme [figure 8]
et celle du retour de l'âme [figure
10].
Mais il ne semble pas qu'il se soit rendu compte que ces figures
symbolisaient les quatre éléments. Voyons cela.
- D'abord,
la figure 8 : nous en avons parlé infra dans le 1er extrait du Transfert
. Il y est question de l'extraction de l'âme ou de sa
fécondation in vitro [au
sens d'imprégnation] ce qui est pour le moins ambigu.
Cette naissance de l'âme contracte des rapports évidents
avec l'AC.
Par baptw, est-il
besoin d'insister sur l'autre relation, non moins importante, avec
l'oint du seigneur octroyé par saint
Jean Baptiste ? Cette figure 8 a tout à voir avec le symbole
: rappelons que dans l'une des phases de la nigredo,
qui correspond
à son début, le métal est ouvert
c'est-à-dire tué et dépecé : en cet
état, le
est mis à nu
; il est
dépouillé de ses vêtements et réduit en
cendre [cf. Artephius, ETHELIA, i.e. aeiqalhV] ou
si l'on préfère, en chaux qui correspond au venin [ioV]
exprimant cette « bave du dragon »
dont E. Canseliet affirme dans sa préface aux DM, I
qu'il s'agit d'une substance à la fois vile et précieuse [cf. sel de
pierre].
On remarque l'existence
de rapports entre le symbolisme exprimé par la figure 8 du Ros. Phil.
[Animae
Extractio Vel impraegnatio] et la Première Parabole de
l'AC
:
- La figure 10 du Ros. Phil.
ou Iubilatio renvoie en fait
- pour qui est au fait de la cabale - à la Force par sjodra, d'où
participe la Colère [cf.
AC, I, fig. IX, Dorneus
: Speculativa Philosophia, Gobineau
de Montluisant]
dont on a aussi parlé. Nous trouvons là toute une
constellation - pour remployer un mot fort usité par M.-L. von
Franz dans son Aurora Consurgens
mais qui exprime avec pertinence l'analogisme - entrelacée sur
des termes comme sjiggw
[serrer ou étreindre,
vision d'une Iubilatio qui
confine à l'orgasme, qui nous est offerte par plusieurs gravures
et en particulier la figure 6 du Ros. Phil. ou
encore la figure IV rattachée à
l'Azoth
du pseudo Basile Valentin : elles sont équivalentes et montrent
que la conjonction radicale ne peut s'obtenir que par la dissolution
des corps du
et de la
]
ou comme sjagh [égorgement ou immolation de la
brebis, renvoyant au Bélier, à
,
à l'ouverture du métal dont le sang - ioV
- fait littéralement irruption : il y a là un
parallèle à faire avec la naissance de Pallas -
Athéna, moment de la décoaptation
entre le
et le
] ou encore sjageion,
qui désigne le vase pour recueillir le sang de la victime, i.e.
notre vase de nature. Il s'agit là de la sublimation
philosophique ou résolution des principes qui,
imprégnés de la substance même du Mercure, perdent
leurs caractères propres. La figure 10
illustre ce phénomène en nous montrant la descente de
l'animus dans la matière dissoute et mixte [stade de l'Airain]. Il semble
que l'on puisse ici rapprocher certains éléments de la Quatrième Parabole
de l'AC
et des passages du texte morcellé du Ros. Phil.
qui n'est, à vrai dire, qu'un tissu de citations :
ou accrétion du
dans le
.
- La figure 15 exprime
la 2ème
sublimation, celle de l'esprit, où se produit la coagulation de
l'eau mercurielle. Jung n'a pas traité cette image et il semble
qu'il ait confondu dans son Transfert l'animus
et l'anima - du moins dans la phénoménologie alchimique [rappelons que déjà, dans
le Commentaire au
mystère de la Fleur d'or,
il lui arrive parfois au début de ses études
hermétiques, vers 1928, d'être un peu obscur sur ce point
de science, cf. AC, I].
Dans cette figure du Ros. Phil.,
remarquez la forme en x
des membres supérieurs de l'androgyne [cf. Gardes
du corps et blasons alchimiques]. La Fixatio est l'Auro hora
: c'est, véritablement, l'aurore de l'oeuvre qui marque la fin
du voyage nautonier, où, Argonaute intrépide, notre
Artiste, ayant échappé aux écueils et aux
tempêtes, arrive à Délos. Dans la mythologie,
Athéna - cf. supra - offre aux
habitants de l'Attique un olivier tandis que Poséidon leur offre
un lac salé ou, selon d'autres versions, un coursier [variation sur le thème de
Pégase].
Les habitants choisissent l'olivier : le temps n'est plus à la
mondification de l'androgyne mais à la maturation des fruits du
Jardin des Hespérides [cf.
Matière]. Cet olivier forme la
partie supérieure de l'arbre philosophique dont parle Jung dans
ses Racines
de la conscience : c'est, en effet, un symbole de l'or
et de l'amour dans le langage médiéval :
et sa
transformation est assurée par la grâce de
. Cette huile d'olive n'est autre que le sang du
métal [sang dragon ou
zandarith d'Artephius]
après qu'il a été oint par le feu secret des Sages
: elaion ou
graisse [de terre], tel
se présente le
au faîte de
l'oeuvre, prêt à ceindre la 3ème
couronne de perfection. Ainsi, la branche d'olivier ou qalloV
est-elle considérée comme l'instrument qui permet de
brûler le mort pour ressusciter le vif et assurer la renaissance
du phénix [Lactance].
Ce n'est pas tout : il y a lieu de faire ici une digression sur le
prophète Élie dont Jung, en prenant sa mesure,
élève au concept d'archétype [Lettre au père
Bruno sur le prophète Élie, in Cahiers de L'Herne, C.-G. Jung,
1984, pp. 303-308].
. Jung écrit
au père Bruno :
dans sa course pendant le sacrifice sur le mont Carmel où le
prophète oppose deux autels, l'un pour Ba'al, l'autre pour YHWH
avec une scène qui rappelle un peu celle de la danse des Juifs
autour du veau d'or [Vitulus aureus].
Il y là d'ailleurs une intrication de symboles : dans les Racines de la conscience,
Jung écrit :
.
Lorsque Jung affirme qu'Élie est fait de la même substance
que l'ange, il affirme par là qu'il est constitué de
rosée de mai ou substance de vertu céleste qui assure la
transition entre
et
: quelle est donc cette substance éthérée ? Il ne
peut s'agir que de l'Azoth des philosophes, vocable qu'ils emploient
pour qualifier leur Mercure double. Mais Jung en dit bien plus encore
quand il assure
qu'Élie porte la peau du bélier : il s'agit de la Toyson
d'or [cf. Splendor Solis
d'où Salomon Trismosin - pseudo a tiré son ouvrage]
ou Ariès qu'il faut se garder de confondre avec
.
Ariès constitue la résine de l'or alchimique et forme la
terre adamique
dans laquelle l'Artiste sème les dents du dragon. La fonction
hermétique d'Élie consiste à exposer le
au feu secret en sorte que naisse le second Adam qui correspond au
processus d'individuation. Cette naissance prend lieu, à ce
qu'en disent les alchimistes, lorsque
franchit g,
le point vernal, c'est-à-dire lorsque l'écliptique,
véritable horizon du
céleste au
sens qu'il
forme la limite ou la trace virtuelle des astres errants - la stibine
en quelque sorte par stibeuV
[qui suit à la trace],
en relation de cabale phonétique avec stibi : antimoine ou stimmi, cf. prima materia. L'ingrès du
dans le Bélier [cf. zodiaque alchimique]
manifeste, à ce qu'en assurent les Chaldéens, son
exaltation et - selon Newton, cf. symboles
- la dépuration du
. Jung ajoute :
= Elie en se
basant sur l'assonance
entre HliaV
et hlioV,
via hliaV
: solaire].
- figure 17 : «
revificatio ». C'est le rayon igné issu du
qui féconde la
des
philosophes. L'auro hora
où la matière acquiert la 2ème couronne
de perfection. Jung a consacré le chapitre du Retour de l'Âme, dans
son Transfert,
à cette phase de la Grande coction mais s'est trompé de
gravure puisqu'il donne la figure 10 en
lieu et place de la figure 17 :
et la
sublimés.
Cet esprit est marqué de la †
qui, jamais, ne quitte la matière dans la Grande coction,
permettant ainsi la transition de l'amorphe vers le cristal [transfert =
]
par projection
de l'anima du
dans le corps du lapis. L'entité qui
dort au fond du caveau n'est pas un cadavre, mais une forme
évoluée de l'androgyne, le Rebis, qu'il s'agit d'animer,
d'où d'ailleurs la légende «
revificatio » qu'il faut lire au sens de
réincrudation : ramener à un état antérieur
mais sous l'aspect d'une forme rénovée [voyez ici notre Mercure
de nature et la réincrudation].
alors que dans
l'autre, c'est de sa projection dans la terre adamique
qu'il est question. La réflexion de Jung prend sa valeur pour la
figure 10 - c'est là toute
l'ambiguité - et non pas pour l'anima
mais pour l'animus
. C'est de l'animus
que procède la rosée de mai ou eau divine de Zosime ;
c'est cette rosée qui permet de transformer la cendre
en l'élevant à la 2ème couronne de
perfection où nous approchons du diadème royal. Il n'est
nullement contradictoire, si l'on reprend nos sections, que de la
cendre naisse le diadème puisque la cendre constitue - dans sa
forme sèche ou « eau sèche qui ne mouille point les
mains » - la substance même du
qui va subir, par les « laveures » de Flamel,
qui sera précédée de la putréfaction
initiale, l'opération des Aigles [cf. figure XXXI
de l'AC]. Du reste, Jung cite en note ce propos de Dorneus :
de vertu céleste doit imprégner l'androgyne
éthéré afin de le féconder de la substance
centrique
tout en disposant de sa forme corporelle par l'orientation
métallique. Cette nature céleste est l'eau
étoilée et métallique signalée par tant
d'auteurs et dont nous voyons l'une des représentations dans l'aqua mineralia.
Si la nature impose son poids dans la façon qu'ont les
matières de se mixer, en revanche, l'artiste peut disposer de
son Soufre, de sa teinture. Peut-être est-ce la raison qui fait
que les sept métaux sont ainsi réunis, si souvent, dans
l'iconographie et dans les allégories : c'est l'un des points
les plus obscurs du symbolisme alchimique ; c'est aussi, certainement,
pour signifier que chaque métal, sous la dépendance d'une
planète, joue un rôle déterminé dans
l'oeuvre, véritable théâtre de l'astronomie
terrestre, comme l'appelle Edward Kelley. Nous voyons défiler
d'abord Ouranos et Gaïa, comme couple primordial. Ouranos est
caractérisé par un aspect ondulatoire marqué comme
en témoigne son caractère lunatique, fait de
périodes d'inflation et de dépression ; véritable
incarnation chaotique où l'on décèle des
éléments protéiformes, on y voit une sorte
d'énergie indifférenciée [il
est assez curieux d'ailleurs que dans les premiers moments du «
Big Bang », Ouranos corresponde à cette période
d'inflation extraordinaire qui précède la
schizogénie où le temps, à proprement parler, par
la création des particules, sort pour ainsi dire tout
armé du chaos informe de l'énergie pure]. Jung
parle d'Ouranos dans ses Métamorphoses de
l'Âme et ses symboles [Georg, 1953, la pochothèque, 2004, p. 245]
en le caractérisant par l'UN, qui a une structure
transcendantale :
);
l'âme universelle à la
lune (
).
Autre comparaison : pour Plotin l'UN
est le père, l'intellect, le fils. »
et Vénus -
domicile du Taureau - correspond au lieu d'exaltation de
.
Nous voyons s'ébaucher le Ça, dans le sens où l'UN
correspond pour Plotin, à ce qu'en rapporte Jung, une hypostase.
Par upostasiV, il
faut entendre l'action de supporter [dans le sens de base ou fondement, ce
qui nous ramène au texte de Zosime, cf. prima materia] ce qui rapproche
le Ça de la figure d'Atlas supportant le Monde [dualité Soi - Moi]. Mais
upostasiV est un
terme constellé : on y trouve l'eau stagnante [où la tourbe peut se
développer] tout autant que les vapeurs
condensées formant la masse nuageuse omniprésente dans
les gravures du Ros. Phil.
C'est enfin un terme générique pour caractériser
la Force sur laquelle nous n'avons plus besoin d'insister. Mais
revenons un instant sur cette analogie que nous avons
évoquée entre Ouranos, Cronos et la schizogénie.
Dans la théorie du Big Bang, on décrit un moment tout
à fait spécial, à 10-32 s où
l'univers naissant perd sa symétrie en libérant une
énergie colossale : cette énergie, en rapport avec
l'inflation de l'espace, est à l'origine de particules
nommées bosons de Higgs [particules
dont on se demand encore si elles ne sont pas virtuelles ; à
l'instar des quarks, elles ne sont pas observées. Mais alors que
le quark ne peut être « visualisé » en droit,
il n'est pas impossible qu'un jour on puisse observer un boson de Higgs.]
Ces bosons sont à l'origine de la création de toutes
sortes de particules et d'antiparticules [fermions tels que protons et neutrons,
bosons tels que photons et bosons intermédiaires].
Eh bien ! Il semble possible de voir dans la mutilation d'Ouranos par
Cronos cette transition de phase qui va, littéralement,
créer l'univers tel que nous le connaissons après 15
milliards d'années. Ainsi, la mutilation d'Ouranos met-elle fin
à une « stérile fécondité » [Micea Eliade, Traité
d'Histoire des religions, Paris, 1949, p. 75]
en introduisant dans l'univers par l'apparition d'Aphrodite cette
écume particulaire d'où est issue la matière. Nous
avons affaire à ce qu'André Virel a appelé une
autogénie : en effet, au plan analogique, il est impossible de
différencier de façon détachée l'action de
Cronos et de Jupiter. Si à Cronos est lié le Temps,
à Jupiter est lié l'Espace et la mutilation d'Ouranos
correspond à cette transition de phase où l'univers est
réchauffé à 1027 K. L'action de
Cronos
est semblable au
retard de transition qui est à l'origine de l'inflation de
l'espace
: un état analogue à celui de la surfusion de l'eau se
crée et l'eau se prend en glace, immédiatement, au
gré de la plus petite perturbation. L'espace semble donc
naître d'une véritable cristallisation du temps et c'est
ce phénomène de cristallisation qui est semblable
à la mutilation d'Ouranos par Cronos. Si nous reprenons le
Ça vu comme « eau stagnante » [upostasiV],
le parallèle est facile à trouver avec cette écume
que constitue la naissance d'Aphrodite et il faut y voir bien plus que
la simple Vénus avec laquelle on la compare d'habitude : il
s'agit en fait
de l'incarnation spirituelle de l'animus
qui
constitue la forme primordiale du Soi universel.
et
qui
sont mis à l'épreuve en un travail où notre
alchimiste transforme ces matières en eau étoilée
métallique, par l'entremise de son
.
Ce travail est conduit au matras scellé [mais nous avons déjà
prévenu contre l'impasse que réalise à notre sens
la voie humide] ou au creuset
brasqué. C'est là que, d'entrée de jeu, se
dégage comme une polysémie : il est bien rare qu'un texte
donnant des formules de cocotion, des techniques voilées de
cuisine, ne soit pas infiltré d'éléments
resortissant au spirituel, païen d'ailleurs, gnostique non
chrétien, ou relevant chez les médiévistes, de la
scolastique et y imprimant alors les éléments du
paradigme ambiant. En revanche, il est beaucoup plus fréquent
qu'un texte à dominante spirituelle soit absolument
dépourvu de notes pratiques : nous y trouverons des symboles
d'expression mystique qui consttiuent le fonds même de ce qu'il
est convenu d'appeler la cabale hermétique. Disons-le tout net
: la cabale est un langage codé dont le sens n'est d'aucune
façon [et notre
interprétation est fondée là-dessus]
ésotérique ; il doit être interprété
dans une optique de représentation sprituelle dont l'aspect
protéiforme n'exclut pas une solution de type opératoire,
où l'on peut trouver des représentations
matérielles et « vulgaires » de substances
chimiques. Ce décodage fait évidemment toute la
difficulté de l'interprétation et rend compte de la
nécessité critique où l'on est de confronter de
nombreux textes parfois très disparates alors qu'une analyse
approfondie conduit, au fond, à l'identité de leur
contenu germinal. En dehors donc d'un problème de
représentation où l'on doit s'imaginer des visions quasi
hypnagogiques - ce que Jung nome l'imagination active - c'est à
un problème d'interprétation rationnelle que nous sommes
confrontés : représentation symbolique et
interprétation sprituelle ne coïncident pas ; elles
laissent part belle à l'interpolation, l'extrapolation et
exigent que l'on se munisse de solides garde-fous, en d'autres termes
d'un fil d'Ariane sûr. Certains ont cru le trouver dans la
tradition du transfert de savoir qui s'établissait naturellement
entre maître et disciple [on
en trouve un exemple caricatural dans la Turba, dont
l'importance est primordiale et où Julius Ruska a mené un
gros travail] ; d'autres -
qui sont plus nombreux - tiennent
que l'oeuvre est un Donum dei
là où nous lisons plutôt qu'il s'agit d'un Donum
sulphuri [assonance qeion - qeioV]. Il y
là à la fois source de méprise et occasion de
compléter le schéma trinitaire habituel, symbolisé
par le
Pater - Spiritus - Filius, par un
symbole de
quaternité
où le
diabolus vient mêler sa part luciférienne
à la marque chthonienne
développée par l'intrusion du 4ème
élément, auquel Jung s'est attaché dans sa Symbolique de l'Esprit
[trad. Albin Michel, op. cit.].
Voyez à cet égard la figure
XXVIII de l'AC.
C'est dans le Problème
du Quatrième
que Jung évoque l'idé d'une quaternité et
l'extrait que nous donnons se
situe après une citation de Goethe dans la scène des
Cabires :
ou d'une Vesper
[Vénus au
sens de stibine
vespérale].
À la croisée du chemin, lorsque la
Lune est en son plein, l'équilibre est atteint et donne l'aspect
suivant :
. Voici un autre
extrait :
et
,
c'est-à-dire entre Temps et Espace : elle prend donc le sens de
durée. Corrélativement à ce que nous avons dit -
cf. supra
sur la schizogénie et le couple Ouranos / Cronos - il est
évident que
c'est l'intrusion de la matière dans l'esprit qui est la source
du mal,
le problème étant que la matière est d'essence
spirituelle ; nous voici
en pleine tautologie. Au plan de la physique, toutefois, nous aurons la
resssource d'opposer la matière et l'antimatière :
dès lors, quand
Ouranos l'UN, indéterminé, se déploie comme il a
été dit supra, la
flèche du temps
apparaît en
précédant d'extrêmement peu la manifestation de
l'espace
, dualité
où s'exprime la
matière et les
opposés Lucifer et
Vesper. Nous n'insisterons pas ici sur ce que dit Jung au sujet de la
synchronicité entre l'ère des Poissons et la figure de
l'antéchrist car
cette conception n'a pas de rapport direct avec l'hermétisme
alchimique
[on pourra consulter
là-dessus Aïon,
chapitre VI]. En revanche,
il nous faut examiner la figure de
la quaternité, p. 214 de la Symbolique de l'Esprit,
où il
crée la double opposition Pater - Spiritus et Filius - Diabolus.
Cette intrusion de la quaternité
dans
la trinité est
présente dans la figure XXVIII de
l'AC.
Elle ne laisse aucun doute quant à la nature du Diabolus,
étant en relation évidente avec le Mysterium
conjunctionis.
Notons au passage que cette figure nous paraît beaucoup mieux
conçue que celle de Jung dans la mesure où le symbole de
la †
n'apparaît pas a priori. Il n'est sensible qu'à
l'entendement. Le diable ou Satan se confond, dans l'alchimie, avec le
serpent Mercure dont il emprunte le caractère visqueux et
brûlant ; il a en outre un trait chthonien car
se rapproche de la lave [cf.
Mercure de nature]. La matière
plongée dans ce milieu est promise à la dissolution ou,
si l'on préfère, à la sublimation, en forme de spiritus
corruptus
auquel renvoie la figure
8 du Ros.
Phil. Nous voyons
donc se dessiner une autre image de la
quaternité qui participe du cercle
croisé des quatre
éléments d'Empédocle
.
[chaos confusum],
pour aboutir à la terre hermétique solaire
[perfectio
consummata, seu quinta essentia universalis]. L'auteur utilise
les symboles alchimiques usuels pour passer de la nigredo
à
, en passant
successivement par le nitrum
, le sal
,
pour en former l'ioV,
c'est-à-dire le verdet
[materia prima
omnium corporum
sublunarium]
qui est, stricto sensu, la pierre des philosophes. C'est là le
midi des alchimistes qui correspond au medium coeli des
Chaldéens. En un mot, la pleine Lune puisque toute cette
époque de l'oeuvre baigne en fait dans la nuit. Le
salpêtre - sel de Pierre qui serait mieux nommé eau de
roche ou « lagrime di san Pietro
» [par
référence au titre éponyme de l'oeuvre d'Orlando
di Lasso, composée sur un texte de Luigi Tansillo] cf.
infra, figure
XXXI - tire sa force de
l'antimoine saturnin
[animalia à laquelle on ajoute la
croix du verdet ou materia prima] , cf. Artephius. À l'antimoine saturnin
s'ajoute le feu du vitriol
[mineralia] qui doit
équilibrer la pierre animale, en sorte de constituer la pierre
végétale ou Azoth
[il s'agit du feu secret des
philosophes, d'où l'association du cercle et de la croix].
Cet Azoth est l'artifice qui permet la génération du
composé ou lapis :
,
l'ambiguité étant qu'Azoth exprime la forme à la
fois mercurielle et sulfureuse du Compost philosophal en ce temps de la
Grande coction ; le viriditas ou vert - dont il parle en citant Senior [in Artis
Auriferae, ii, Rosarium Philosophorum,
pp. 204-384] est donc l'un
des noms du Lion vert. Nous avons
déjà dit que le terme Azoth,
terme arabisant traduit du grec, devait avoir été mis
pour « thaoz »
dans lequel il faut lire qeion
ou plutôt qeioV
[c'est-à-dire Dieu
ou le
Soufre, ce qui revient pour le disciple d'Hermès strictement au
même]. L'avant
dernier hiéroglyphe exprime la
volatilisation de l'aqua permanens [extractum chaoticum purum] : il
est important car c'est la sublimation du
- il
s'agit, rappelons-le, de la 2ème sublimation - qui
est la clef de la coagulation progressive de l'eau mercurielle.
D'ailleurs, cet avant dernier hiéroglyphe s'oppose exactement,
en le complétant, au second, qui nous montre la 1ère
sublimation [spiritus
mundi
volatilis incorporeus],
celle du couple {
,
},
sous forme des éléments combinés ou
principiés {
,
} par la
médiation du sel
nitre
, aidé en
cela du vitriol
. Ces
éléments combinés se
trouvent renvoyés, dans le monde des correspondances
psychanalytiques, à l'animus
et
à l'anima
que l'on peut
également
représenter par le sulphur
. Il
s'agit, en effet, de représentations féminines où
participe la dissolution qui s'exprime par la †. Le
symbole circulaire de l'Ouroboros est omniprésent et l'on peut y
voir la formulation originale et élémentaire du mandala
.
.
Ce cercle croisé contient, pour qui veut bien les voir, les sept
planètes et, partant, les sept métaux. Nous venons de
voir, au §1, que
constitue la materia
prima
des Sages ; il ne faut point y lire prima
materia qui serait
impropre et conduirait à des absurdités. Dans les vieux
textes [les tous premiers
d'ailleurs, cf. Zosime, Alphidius, Stephanus, etc., cf. Introduction à
la chimie des Anciens, Berthelot], on lit que la
prima materia est la matière première à partir de
laquelle l'Artiste débute ses travaux d'agriculture
céleste. On a tout dit de la prima materia, qu'elle se trouvait
dans le fumier, que l'impétrant devrait aller la chercher
jusqu'aux latrines, etc. On a aussi écrit qu'elle était
végétale, animale et minérale ; que
néanmoins, on ne devait point la rencontrer dans les atrament,
colcothar, vitriol, eau-forte, vinaigre, etc. Bref, on a
essentiellement professé que la prima materia était tout
sauf unique et qu'on la trouvait jusque dans la boue de nos chemins,
que chacun la possédait chez soi ! Quelle est donc cette
matière qui, à ce point, peut posséder ce don
d'ubiquité ou cet aspect protéiforme mais qui, dans le
même temps, est unique ? Nous avons esquissé la
réponse à cette question dans les deux sections prima materia et chimie et
alchimie : elles ont
été traitées dans une optique résolument
opératoire [la
matière] et nous
comptons à présent en
esquisser la partie oratoire [la
forme].
La materia prima apparaît rapidement dans les textes comme
l'unité représentée par le cercle et le
carré. Dans les Symboles
oniriques, Jung
écrit :
revêt ses
deux aspects de quintessence [leptotath]
ou de venin [ioV]
qui sont connus ailleurs sous les espèces du Bien et du Mal.
Jung reviendra sur ce grand problème au soir de sa vie, dans Réponse à
Job [trad.
Buchet-Chastel, 1964].
Cette quintessence - qu'on pourrait prendre pour une chose puissante et
extraordinaire - gagne, dans le grec, en finesse puisque leptoV
signifie : dépouillé
de sa peau, de sa pellicule. Nous
voici immédiatement renvoyés au vieux thème du
dépouillement des habits royaux du couple alchimique : le Roi et
la Reine du Rosarium
Philosophorum se
dévêtent avant de prendre
le bain dans l'aqua permanens ; on pourra aussi revoir là-dessus
l'Allégorie
de Merlin, cf. prima materia.
On trouve dans l'AC
- figure
IV
- cette image du dragon qui doit être mis en menus morceaux afin
d'en tirer toute la subtilité ; afin que son feu dévorant
se transforme en esprit subtil
. 
dissous [i.e. subtil : leptoV] :
l'ascension et la descension [terme
remployé de Djabir, cf. prima
materia] se retrouvent
dans l'envoi de l'animus et la réception de l'anima ou
sulphur
tel qu'on l'observe
dans deux des gravures du Ros. Phil.
Il y a lieu d'être ici d'une grande circonspection ; car dans le premier cas, c'est le terme
d'esprit qui est
évoqué au lieu que dans le second cas, c'est celui d'âme.
À ce que nous sachions, nul jusqu'à présent n'a
parlé de ce mystère de la transsubstantation des formes
éthérées de la matière, envisagées
dans l'unus mundus
des alchimistes. En effet, la plupart des commentateurs ne parlent que
des trois principes de l'oeuvre sans se poser de question sur leur
origine, leur devenir et, surtout, leur but. Le principe dynamique
semble rester lettre morte ou « verbe perdu » [Verbum dimissum
de Bernard Le Trévisan]
et l'on dirait bien qu'il manque à ces glosateurs modernes la
plus petite idée des processus d'oxydo-réduction
qui
forment,
pourtant, le trait d'union entre le laboratoire et l'oratoire. Voyons
cela. Dans le chapitre sur l'Ascension
de l'Âme,
Jung ne semble avoir aucun doute quant
à la nature de la forme qui se dégage du couple
alchimique qui gît au tombeau :
constitue
en principe l'instrument de liaison
entre les extrémités du vaisseau de nature, où il
faudrait voir le spiritus sanctus. Comment l'âme - i.e. l'anima
ou
- pourrait-elle
constituer un lien au moment
même où elle disparait dans le processus de nigredo
? Cette fonction
de relation qu'évoque Jung
existe bel et bien mais elle ressortit de la fonction de messager du
mercure, dans ce mouvement incessant de circulation de la
matière, par quoi débute la Grande coction. Voici un
second extrait :
. Dans le Pseautier d'Hermophile
[Bibliothèque
des Philosophes
chymiques, vol. IV, ii, pp. 394-461], Joubert de la
Salette écrit :
. Il semble que
Jung n'est point examiné,
dans la Psychologie
du Transfert, une
gravure qui aurait pu le mettre sur la
voie : il s'agit de la parabole du Déluge. Celui-ci est synonyme
de corruption et de dissolution et c'est une indication incontestable
sur l'allégorie de la fable où Deucalion et Pyrrha
rendent pour ainsi corps à la Terre mère [la grand mère dont parle Jung
dans les Racines
de la Conscience].
[principe
principié]
caché dans le soufre rouge
[principe simple, agent].
L'extraction de la force du
,
son principe volatil, crée l'animation du mercure : on le nomme
anthropos ou premier Adam. C'est là un point fondamental en
matière de symbolique : c'est cet anthropos que l'on voit surgir
de la boue dans l'une des gravures du Splendor solis
[version : Nuremberg
- Londres]. Paracelse le
nomme Adech par
référence à « Azeth » pour Azoth,
cf. supra [cité in
Jung, Synchronicité
et
Paracelsica, trad. Albin Michel] :
d'où ce spiritus
corruptus
est d'abord séparé par le feu secret, au stade de la
nigredo. Remarquons que parfois, le magicien de Küsnacht [pour remployer l'expression de Gilles
Quispel, in C.G. Jung, Jung et la
gnose, Cahiers de l'Herne, p. 136]
se trouve en désaccord avec les préceptes
hermétiques ; ainsi :
résulte en
fait de la superposition de deux ensembles où l'on reconnait le
SAL
[qui n'est
évidemment pas notre chlorure de sodium mais de l'alcalicus
corporeus] et le NITRUM
[acidus corporeus] dont
l'association forme notre sel nitre,
c'est-à-dire le salpêtre des
Sages. Ce n'est pas tout : ce symbole contient encore le principe de
transfert
et de projection
si l'on tient compte des
superpositions suivantes :![]() Jupiter |
![]() saturne |
; à droite,
une rotation de p/4
autour du centre de la croix et une autre rotation de p/2 autour du centre
du symbole salin forme la structure de
. Le passage de
Saturne à Jupiter est ainsi assuré par une
véritable schizogénie,
ainsi qu'il en a été, auparavant, lors de la transition
de phase entre Ouranos et Cronos. De là, dérivent tous
les symboles planétaires et les idéogrammes salins
représentés dans la monade de l'Aurea Catena Homeri.
Cette extension du père au fils, Jung en dit :
,
est enfanté par Gaïa, la Terre
.
On voit que, déjà, les deux composantes
générant l'hexagramme de Salomon sont unies, car non
seulement, Gaïa est mère d'Ouranos mais elle en est
également l'épouse. On se trouve devant un couple avec
des contraires par rapport à l'alchimie : le mâle est
volatil
tandis que la
femelle est fixe
.
La conjonction entre ces deux principes est liée à la
présence primordiale d'Éros dans
lequel on devine
l'archétype d'Héphaistos ou
. Et du
à la †,
la transition est aisée. Éros est aussi une forme
archétypale du serpent et donc de Satan : son pouvoir
s'étend aux fluides et aux minéraux : il assemble,
mélange et unit ; en tant qu'il représente
l'entité primordiale du désir qui
rapproche, nous sommes
obligés de voir en lui l'équivalent de la force
gravitationnelle puisqu'il engendre les mondes. Il est notable
qu'Éros possède déjà les traits du
mercurius senex de Jung : on le décrit comme le « vieil
Amour » et il est représenté avec
des cheveux
blancs ; il est primordial au sens qu'il apparaît avant la
polarisation sexuelle [domaine
de
la psyché] ; ainsi
qu'au sens où il imprime
(exprime) une poussée dans l'univers [domaine de la physique].
Mais à notre avis, le point le plus notable est que,
contrairement à ce que nous enseigne la science, c'est de la
Terre que naît le Ciel et c'est là un point de divorce
complet et, semble-t-il, radical, entre l'univers de la psyché
primitive et l'univers tel que l'a conçu la « Raison
raisonnée » dans sa forme la plus actuelle et la plus
aboutie...
et de
.
L'ensemble paraît, au plan hermétique, plus logique bien
que le dessin soit assez négligé. Quoi qu'il en soit, il
semble que cette aquarelle soit antérieure, par son style,
à celle du Codex Vossianus. Voilà qui réclame des
recherches...
[Cronos] dévorant ses
enfants ou antimoine saturnin d'Artephius.
On ne saurait mieux visualiser ce spiritus corruptus
directement lié au pneuma.
La sublimation du
est
intimement liée au vents du sud [cf. AC,
I] et, en l'occurrence, dans ce spiritus qui gagne le
Noûs, nous verrions volontiers l'action de l'EuroV, qui vient du Levant [le rapport est immédiat avec
l'Auro hora] : c'est le vent qui brûle, chaud et sec,
celui qui accompagne le lever de Lucifer
, en
particulier au temps de la canicule, lorsque Sirius lui est conjoint [rappelons que par cabale, l'EuroV doit être
rapproché de eurooV
: coulant bine, fluent, état du Mercure déterminant la
sublimation : on comprend que ce vent, chaud et sec, détermine
la « transpiration du corps », cf. supra Lambsprinck]. À
droite, en haut, nous apercevons trois des ingrédients de
l'oeuvre : la flèche, la colombe et la fleur. La flèche,
on la retrouve à la figure V dans
ces aigles sagittaire qui entourent le prophète Zadith [cf. AC,
I]. Cette flèche vaut pour le
dont elle
annonce la réincrudation que l'on voit représentée
dans le Ros.
Phil. par le retour de l'âme dans le corps de
l'androgyne ou hermaphrodite. La colombe est le symbole du spiritus sanctus - le
Noûs pris dans ce contexte - et nous devons lui accorder
l'idéogramme de l'animus.
Pour cela, on adapterera l'un des hiéroglyphes de John Dee :
[cf. Monas Hieroglyphica].
Dans la Nature de
l'inconscient, Jung écrit que :
mais de
l'animus
et ce point de
science est fort important. Il
s'inscrit directement dans le cadre de notre monade
et permet de
comprendre pourquoi elle doit, en fait, être
représentée sous la forme d'un double cercle. Notre
colombe est à Astarté [c'est-à-dire Aphrodite]
ce que le vautour est à Apollon et l'on comprend pourquoi
Philalèthe assure :
] et
l'autre
d'origine minérale ou plus exactement chthonienne [
] ; la forêt de Diane correspond au
mercurius
mais pris dans son
premier état : la rage
insensée évoque la folie de Cronos
dévorant sa progéniture ; le
mercurius
senex avait conclu un marché avec ses acolytes, les Titans [titanoV, chaux]
en sorte de ne pas perdre le pouvoir, c'est-à-dire la Force.
Seul Zeus
, on le sait, devait
échapper au « massacre des Innocents
» parce que sa mère substitua in extremis une pierre
à l'enfant. Il n'est pas difficile d'assimiler Cronos au
transfert de Jung et Jupiter au phénomène dit de
projection. Un schéma nous permettra
d'ailleurs de voir en quoi,
au plan hermétique, le temps est lié à l'espace.
et le fixe _.
Envisagé
sous l'aspect temporel, Cronos est celui qui fait évoluer la
matière : elle passe de Lucifer au lapis d'abord par transfert
puis par projection :
le transfert est inconcevable sans la notion de durée [cronoV].
La partie basse de l'aqurelle montre :
-
} qui est mis au
bain dans l'espérance de la conjonction radicale. Les bambins
joufflus qui s'élèvent rappellent les esprits fugitifs de
la figure XXI de l'AC. a noter qu'un
renard se tient debout près du feu [le renard est associé au
bâton ou au sceptre que tient le roi dans les gravures des Douze Clefs de
philosophie ; nous en ferions volontiers un animal
dédié à
dans le processus
de projection ; le renard a un côté mercuriel
accusé et l'endurance au feu de ce
est telle que, précisément, c'est le renard qu'on lui a
consacré comme symbole, à l'instar de la salamandre pour
le Sel des Sages. Mais dans la fable du coq et du renard, on n'aura
garde d'oublier que le coq est un volatil et que le renard, par ruse,
va progressiveemnt fixer ce volatil... en disparaissant lui-même].
prise
en son
dernier quartier, annonçant donc l'AC. Ce n'est donc point la
mercurielle qu'il faut voir dans l'hiéroglyphe que, bien
plutôt, le sel de de Lunaire sur lequel tant d'impétrants
sont venus buter. Et ce qu'il faut voir dans cette horloge,
alliée à la croix et à la lune en cette
disposition, n'est-ce pas la Terre naissante ou l'horo aura ? On serait
tenté de le croire. L'attention est également
attirée par un symbole curieux, une sorte de F ou de E,
disposé à la base de la double croix : s'agit-il de chaux
vive, de cendre ? Quoi qu'il en soit, l'horloge surmontée de la
croix reproduit le motif bien connu de la
,
outre que ses aiguilles sont disposées à l'opposé
l'une de l'autre : une lune en terre et un coeur, l'anima, en chef. Ce
signe dual rappelle le frontispice du Tractatus Aureus
attribué à Mynsicht, mais revendiqué aussi par
Grasseus [la Cassette du Petit
Paysan] qui, au dire de Jung, avait lu l'AC :
, pris comme élément « simple
» cette fois-ci, soit
qui
entoure le
ou nigredo, quadratum
et orbis
étant eux-mêmes entourés du
que forment l'aigle, le taureau et le lion. Si nous revenons à
l'idée de notre monade, nous voyons que le cadran de l'horloge -
surmonté de la croix - représente la marche de
; Quant à
, il est
bien
sûr associé à l'aigle dont le regard seul supporte
le
; remarquons qu'il est non moins lié au lion, le combat des deux
déclinant celui du fixe et du volatil, variation
éidétique de la formule Solve et Coagula. Et c'est
là que nous rejoignons le transfert, par le biais de
.
Si l'on reprend le cours de l'oeuvre - au sens propre du terme - on se
rend compte qu'il y a changement de forme de la matière au sens
de projection, dans la mesure où le spiritus corruptus [corpus informis] est
métamorphosé en anima par le biais de l'animus
qui, précisons-le, n'est point le
mercurius
au sens où celui-ci détruit avant qu'un second principe,
qui lui est pourtant lié, ne prenne la relève, ne le
remplace, en sorte que ce principe de destruction se transforme de [par] lui-même en principe
de génération
.
Voilà qui implique un changement du composé [but de l'oeuvre : le lapis]
tout autant qu'un changement du composant [spiritum resolvere, cf. Fulcanelli, Myst. Cath.,
l'énigme de la crédence sur RERER et RER dans les
sections symboles et Bourges Lallemant].
C'est cette modification du composant ou vase de nature - le vitri
oleum - qui détermine la projection et qui est relié
à l'idéogramme de
. La
figure de Thémis qui est derrière Cronos - Voss. f. 73
- montre que la pesée des corruptions spirituelles est le noeud
du problème dans cette interaction où la matière,
à en croire Fulcanelli, se présente à l'Artiste
alternativement sous l'espèce de la fleur ou de l'étoile.
Djabir écrit à cette occasion :
susceptible par suite, de quelconque modification alors que le but
même de l'oeuvre est d'incorporer au sens propre du terme cette
âme même ? C'est là, nous semble-t-il où,
malgré toute sa connaissance et son érudition
exceptionnelles, Jung n'a pas vu qu'il était impossible de
discerner les traits d'un cadavre dans les formes corporelles dissoutes
de nos Soufres élémentaires [
,
ou même
mieux :
]. Remarquez
l'ambiguité
de la Lunaire [dans
l'une des matières premières de l'oeuvre, l'un de
composés principaux du Mercurius et le Corps du lapis sont
joints : les alchimistes l'appellent leur dragon babylonien, cf. Fontenay]. Ceci dit, voyons ce
qu'écrit Jung :
ce qui annonce en principe la nature mercurielle de la forme qui y est
inscrite. Suivent au centre quatre colonnes où l'on
reconnaît les éléments : ces colonnes se
remplissent d'un liquide qui est issu du tombeau situé
au-dessus. On observe trois animaux qui symbolisent le triangle de feu
du zodiaque alchimique [Bélier =
,
exaltation
du
dont parle Newton au sujet de l'antimoine, cf. symboles ; Lion =
et enfin
Sagittaire =
] ; ce
triangle de
annonce le
traitement du
ou soufre
rouge sublimé. Le tombeau est la représentation du vase
de nature où les natures minérale et métallique
subissent les assauts du
et
cette scène rappelle évidemment celles du Ros. Phil.
dont c'est le thème principal. Mais le principal ne
réside pas là : il faut aller le chercher dans la partie
supérieure de l'aquarelle, divisée en deux tableaux. Le
tableau de gauche offre un arbre philosophique, tout à fait
semblable à celui que nous avons vu dans l'AC, I [cf. Samuel Norton, Alchymiae complementum
et perfectio, p.
354 in Mercurius Redivivus,
Francoforti, 1630]. Il s'agit de l'Arbori vitae,
émanation éthérée des matières de
l'oeuvre qui se résolvent en forme d'airain, avant de devenir le
Rebis ou chose double. Aussi les alchimistes ont-ils
réservé un arbre pour Adam qui sort de l'ombilic [omphalos] ou du phallus [
pour anima]
; et un arbre pour Ève qui sort du crâne [
pour
animus], [cf.
Jaroš
Griemiller z Tøebska, Rosarium Philosophorum,
f. 184r, Prague, 1578, in AC, I].
![]() Adam percé
par la flèche de Mercurius
|
![]() le crâne,
symbole de la mortification d'Ève
|
qui contient le nombre 4].
Quant à l'arbre de vie, nous y voyons la bulle germinative - cf.
AC, I - où trône le basileuV muni de son sceptre
[une autre aquarelle du De
Alchimia montre ce roi sortant de son tombeau, comme dans le Ros.
Phil., in Van Lennep, Alchimie, p. 105]. C'est lui qui assure
la
projection du
dans le corps du
lapis à l'horo aura
quand les pluies d'or tombent à Rhodes [on pourrait multiplier les citations
d'allégories de projection qui renvoient de façon
singulière et toujours aussi présente dans la
psyché : la mythologie a résisté à
l'emprise des psychographes si l'on nous permet ce néologisme;
c'est peut-être et en partie parce que Jung a cultivé un
humanisme hors pair sa vie durant où le religieux prenait place
au travers d'une gnose païenne : voilà l'un des grands
paradoxes de l'alchimie et sans doute la principale cause de sa ruine
à la fin du XVIIIe siècle.] La source
de cette projection - in essencia - provient des profondeurs du
sépulcre où pourrissent les matières simples de
l'oeuvre : nous y voyons les racines chthoniennes où Ploutos
exerce sa charge. Le
en
constitue le substratum : le sagittaire, le plus rapproché de la
frondaison de l'Arbore vitae,
prêt à décocher sa
flèche, en fait foi. On trouve un passage, dans les processus
symboliques, où Jung donne, là encore, une image
éidétique qui se rapproche fort de ce que nous voulons
dire de ce sagittaire :
tient sa
résidence. La flèche renvoie bien sûr à la
projection de l'or alchimique [nous
avons dit ailleurs que les récits des pseudo transmutations
cachaient en fait des points de technique touchant à l'Art, cf. chimie et alchimie]
résultant de la transfiguration [condensation] du
ou, pour mieux dire, de la transsubstantation de sa
forme matérielle sous l'influence de l'archée
céleste [Hylé]
: en somme, le passage de l'amorphe au cristal, cf. Mercure
philosophique. Ce processus de transformation a
donné lieu à de multiples interprétations et Jung,
dans les Racines
de la conscience, a consacré le Livre VI ou Arbre philosophique
à cette question :
et
occupent une place éminente
en «
pilotant » pour ainsi dire le
: l'un
assure la sublimation du Soufre
et sa
transformation en anima
tandis que
l'autre est responsable de la sublimation de l'animus
qui permet l'incarnation de l'âme ou
réincrudation [Jung parle
d'individuation]. Cet ouvrage de maçonnerie
hermétique est dominé par l'entrelacement de Jupiter et
Saturne [partie basse de
l'idéogramme de l'animus] formant arc doubleau dont la
clef de voûte est déterminé par la † selon :
dont
l'importance peut être saisie dans l'Aureum seculum redivivum
de Mynsicht. Nous avons fait voir dans cette section que seul ce
symbole pouvait faire comprendre l'aspect dynamique et itératif
de cette phase de l'oeuvre où nigredo
et
albedo
se disputent :
c'est là que se situe
la lutte du fixe et du volatil signalée dans tous les textes ;
aussi Pernety est-il passé bien près de la solution quand
il a supputé que le régime de Jupiter devait être gris. C'est
évidemment là que doit être cherchée cette
transformation où transfert et projection sont
littéralement interpolés dans cette genèse du Moi [incarnation de l'anima, i.e.
sublimation de l'animus
]
à partir du Soi [unus
mundus, mercurius senex
].
Remarquons que dans cette opération, l'arc
laisse place
progressivement à la droite __.
C'est dans la partie droite et supérieure de l'aquarelle Voss fol. 99 que nous allons trouver le processus
du transfert. ParacwrhsiV
: « l'action de se retirer »
: il n'y pas de meilleure définition quant au devenir ultime du
mercurius senex
. Quant à la
projection, nous l'avons déjà vu, c'est en beloV : « toute
arme de trait » qu'elle trouve sa meilleure
définition, bien sûr liée à
. La cible est sans nul doute le
: skopoV ou
espion, cf. humide radical
sur le
rôle qu'il joue dans la dénonciation de l'hymen entre
et
.
On voit la relation évidente, via la flèche, entre
Arès et le Soleil, Zeus jouant le rôle de dieu protecteur
et souverain de l'Olympe. Par ailleurs, le lieu d'où l'on mesure
l'étendue du Soi - l'inconscient - ne peut être que le
sommet d'une montagne, là précisément où
survient dans le ciel couleur d'azur - ion - la conjonction des
principes [cf. Lambsprinck, duodecima figura, De Lapide Philosophorum],
conjonction que détermine la médiation du spiritus
sanctus,
sur le corps du filius. C'est dans ces conditions que se crée
l'hermaphrodite - cf. figure I -
par mixtion et sublimation. L'hermaphrodite ou chose double [Airain
dans un premier temps, Rebis par la suite] naît de la
jonction de deux principes dont l'un est essentiellement infusible, non
dissoluble ou « pur » si l'on préfère et dont
l'autre est le spiritus
corruptus que nous évoquions tout à
l'heure. C'est cette liaison qui débute par un simple
attachement que nous observons dans la partie droite du Voss fol. 99. Cette scène rejoint donc,
pour partie, celle du Ros. Phil.
que Jung, dans sa Psychologie du Transfert,
intitule la montée de l'âme [cf. là-dessus l'examen des
figures 8, 10, 15 et 17 du Ros. Phil.
supra.]. Elle en forme
comme une synthèse dans la mesure où l'on y voit la
montée du spiritus
corruptus ou corpus
informis aidé en cela par l'animus. Mais nous ne
saurions y voir trace, pour l'heure, de l'anima [qui correspond à la projection,
en dépendance de
]. Cette
image très importante - le f. 99 du Codex Vossianus
- nous présente donc d'un côté l'anima [nouV],
dans la
bulle germinative où trône Zeus, et à droite
l'animus [pneuma] où s'agite
Cronos. Une telle vision gnostique permet de
donner un sens presque palpable au fait que les alchimistes
considéraient leur lapis comme une sorte d'être vivant - Paracelse [qui d'ailleurs n'a jamais
été alchimiste...] est allé jusqu'à
employer le terme d'homunculus - pour désigner l'androgyne. Jung
a pu noter, dans les Visions
de Zosime,
qu'on trouvait un vocabulaire commun au syncrétisme
hellénistique et au langage métaphorique de l'Eglise, en
donnant cet exemple qui nous permettra de passer à une autre
aquarelle du Codex Vossianus
:
et
avant que les pluies d'or ne s'abattent sur Rhodes, c'est-à-dire
que Zeus ne s'introduise, dans la tour de Danaé, sous la forme
aurifique [cette pluie d'or peut
prendre les atours d'une rosée céleste : l'une des
illustrations du De Alchimia, non retenue par Jung, montre une vierge,
dans une tour, où la rosée tombe à ses pieds. Van
Lennep signale que de telles rosées miraculeuses sont parfois
associées au pain du ciel, la manne céleste].
Pureté et sublimation, telles sont les idées
phares qui se dégagent de la contemplation de la dame à
la licorne [cf. Bertrand
d'Astorg, Paris, 1963].
La licorne, pour l'alchimiste, est le symbole du Soufre dissous dans la
matière visqueuse du Mercure, ce qui fait comprendre la raison
pour laquelle on lui a attribué alternativement l'un des deux
épithètes. Aussi bien peut-on, en reprenant le
, comprendre pourquoi le monoceros représente la
Colère de Dieu, puisqu'il s'agit du
en son
premier état ou Fou [Mat du tarot] de l'oeuvre.
Amour et Chaos [désordre],
telles sont deux des trois divinités primordiales et l'on doit
rechercher la 3ème dans la dame qui symbolise le Sel
philosophal exprimé chez les alchimistes par la lettre G [G],
initiale de Gaïa ou terra hermetica
. L'ensemble
Licorne - Vierge représente le Mercure
philosophique ou aqua
permanens
: la licorne ne s'apaise que dans le giron de la Vierge. Nous sommes
donc très près du concept d'androgyne hermétique :
en Chine, le nom de la licorne, Ki lin, signifie YIN - YANG ; faut-il en dire
plus ? [cf. AC, I sur le Commentaire du
mystère de la Fleur d'or]
On comprend pourquoi la Vierge est considérée comme le
Paraclet de la licorne, puisqu'elle annonce, à la manière
d'un oracle, le Mysterium
conjunctionis.
Rappelons que le thème de la licorne est récurrent dans
l'iconographie alchimique : on en voit un superbe exemple dans la Tertia figura du De Lapide Philosophico
de Lambsprinck [in Barnaud, Triga chemica]
avec cette légende : In Corpore est Anima & Spiritus.
Dans cette figure, le cerf apparaît comme le mercure fuyant, la
licorne étant son complémentaire en tant qu'il s'agit du
mercure « polarisé », orienté après
que le Lait de Vierge d'Artephius -
cf. figure VIII de l'AC - ait
imprégné le spiritus
corruptus - cf. figure 8
du Ros.
Phil. et supra.
Jung ajoute en note :
au corps sublimé
du lapis sur
le point de naître. Par ailleurs, voilà qui poursuit le parallèle lapis - Christus [formant le chap. V de Psychologie et Alchimie,
pp. 441-543].
L'apaisement de la Colère de Dieu peut être
rattachée, par l'idée alchimique du domptage du lion et
du dragon, à la figure IV de l'AC [AC, I
où l'on voit bien que le dragon n'est pas mis à mort mais
garrotté]. La colombe et la licorne jouent en fait le
même rôle, comme Philalèthe donne à
l'entendre dans l'Introïtus, VII,
cf. supra.
Ce sont des agents de fécondation, mais alors qu'à la
colombe des traits spirutuels sont apportés par allusion
à
, à la licorne, ce sont des traits
chthoniens
que nous relevons.
Quoi qu'il en soit, le but est le même :
.
,
par lesquelles se signalent les couleurs de la queue de paon. Les
mythographes indiquent que l'ours est classiquement opposé au
sanglier ; ce point mérite d'être
repris car on voit dans
l'un des emblèmes les plus importants de l'Atalanta fugiens
- emblème XLI - un sanglier
culbutant Adonis [l'allégorie
ayant comme but de montrer la transformation de l'albedo en robigo par
le moyen de la dissolution].
Atalanta vient au secours d'Adonis et , en se blessant sur des rosiers,
transforme en sang rouge le sang blanc qui coule à flots, de
l'aine de son amant. Notons, à ce sujet, que l'ours peut
revêtir un aspect féminin comme c'est le cas dans
l'histoire d'Atalanta, nourrie par une ourse et chassant le sanglier de
Calydon [mais le sanglier de
l'emblème représente sans doute
car on aperçoit en arrière plan un soldat...] Le
sanglier paraît associé au couple {
-
} tandis que l'ours l'est au couple {
-
}
: il est donc « antérieur » au sanglier par cabale
et se situe dans une autre sphère de l'oeuvre. C'est, en effet,
le lien d'Amour orienté qui unit Arès à Aphrodite
au lieu que c'est l'Éros brutal - en tant que désir
« pulsionnel et compulsif » qui dicte la conduite du Fou de
l'oeuvre ou mercurius senex. L'ours est encore associé à
la lune - lune cornée
qui le fait cousin de la licorne ou (l)unicornus - et l'on en fait un
génie des cavernes comme l'atteste son caractère
chthonien marqué. Il correspond donc bien à la nigredo
de l'état primitif de la materia prima. Il est, en ce sens
l'agent qui fait tourner d'abord la roue avant que l'entretien du
secret ne devienne plus, à en croire les
Artistes, qu'un jeu d'enfant ou un travail de fileuse [allégorie de l'aqua permanens].
La psychanalyse voit dans l'ours le symbole thériomorphe du
sacrificateur
ou du
sacrifié
; on le nomme encore en Sibérie le vieillard noir ou tout
simplement, le vieux. On parle encore de lui comme la Grand-Mère
où l'on reconnaît la Terre
qui accompagne la fable de Deucalion et Pyrrha [l'animal
représente, idéalement, l'inconscient ; de ce fait, il
est chargé d'une représentation maternelle, voire
archétypale où la mère ancestrale, i.e. la
Grand-Mère, est vue en projection]. En alchimie,
certains
sont allés jusqu'à le comparer à Typhon [Python]
: il est cruel, sauvage et brutal. Nous avons dit que le sanglier
était « postérieur » sous l'angle
chronologique à l'ours, dans le cadre de l'oeuvre
hermétique ; il semble que cela soit corroboré par le
fait que la Grande Ourse était jadis représentée
par le sanglier ; le transfert à l'ourse impliquerait la
sublimation, la disparition du sanglier. Cette conjecture se
vérifie-t-elle par la cabale ? Si nous admettons que le couple {
-
}
voile le sel nitre qui sert à l'Artiste à préparer
son Mercure, son dissolvant universel, c'est possible, plausible
même puisque le Mercure doit disparaître, in fine afin que
la réincrudation opère, que l'individuation se produise.
Dans cette opération, Arès et Vénus ne sont que
les moyens ; ils sont mus par d'autres déités qui leur
sont supérieures quant à leur puissances temporelle
et spirituelle
.
Toutefois, de la conjonction entre Arès et Vénus,
médiée par Héphaistos, dépend la formation
d'un sel centrique que l'on ne trouve qu'au milieu du Septentrion : ce
sel est incombustible ; il a été appelé salamandre
par les alchimistes [cf. Fontenay] mais les vrais disciples
d'Hermès le nomment Armonia.
Ils
l'ont encore appelé leur Acier, par opposition à leur
Aimant, épithètes bien spécieuses quand on
réfléchit au fait que l'Acier ne naît qu'au centre
de l'Aimant, à l'instar des méridiens qui se croisent au
pôle. Ce point avait particulièrement
intéressé Newton et, comme nous l'avons dit dans la
section des symboles, il avait cru trouver dans l'antimoine
le secret de l'attraction particulaire. Ce sel
centrique est la véritable Arch de l'oeuvre, ou si l'on
préfère l'origine de la coagulation ou emboîtement [phxiV]
des Éléments. Mais entre ce centre du labyrinthe de la
toile d'Aracnh et
la sortie, l'Artiste devra se souvenir de la planche XIV du Mutus Liber
où le travail de la fileuse [phnitiV ou
Athéna], c'est-à-dire par cabale tout le travail
de l'aqua permanens,
est décrit. C'est ce travail qui permet l'expulsion du
de l'animus
; cette sortie
correspond
à la figure 17 du Ros. Phil.
Nous rejoignons ici l'enseignement du Traité de la
Fleur d'Or.
Une vaste allégorie y est décrite où la
constellation de la Grande Ourse joue un rôle - au sens propre du
terme - central. L'étoile polaire y est décrite comme
l'UN, identifiable à Ouranos et les sept étoiles sont
assimilables aux planètes, l'ensemble constituant
l'archétype céleste de l'Ars magna.
Jung n'a pas manqué d'évoquer l'ours dans son
étude de la composante thériomorphe des contes de
fée : il décrit notamment, dans ses Essais sur la
symbolique de l'esprit, une quête où l'on
retrouve des hiéroglyphes spirituels chers à l'homme de
l'Art :
où l'on retrouve le cerf [servus fugitivus] et le lycornu [filius - diabolus]
; ils donnent au garçon des poils de leur fourrure qui lui
permettront de les appeler en cas de besoin dans sa quête de la
princesse. Quant au chasseur, il représente Héphaistos
qui a pris dans ses rets [arkuV] Armonia, fruit des amours du
couple {
-
}
et qui n'est autre que la princesse. On retrouve ce chasseur qui
emprisonne les chaux métalliques dans une autre aquarelle du
Codex de Leiden : c'est le serpent Ouroboros et nous allons
bientôt y revenir. Nous souhaiterions insister à
présent sur un point qui va permettre d'effectuer une liaison -
a priori inattendue - entre la symbolique du conte de fée, les
animaux et la Bible. Jung a noté ceci dans son Arbre philosophique :
.
Il est à rapprocher de Matthieu. Le lion est d'habitude
associé à Marc mais ici, compte tenu de la nature des
anaimaux, il nous faut le rattacher à Jean [le lion et l'aigle sont liés
dans la symbolique hermétique à Zeus]
; nous verrons dans l'ours l'équivalent du taureau à la
force élémentaire et brutale : c'est Luc. Reste le loup,
synonyme habituel de la sauvagerie [aspect mercuriel du servus fugitivus]
et que l'on peut relier à Marc. Sur la panthère, revoyez
nos blasons alchimiques. Nous noterons
pour terminer que donner un coeur d'homme [chair, i.e. corps] au lion,
c'est en faire le Lion rouge des alchimistes, ce qui signifie garrotter
le dragon comme on le voit sur la figure IV
de l'AC, I. Nous
assistons ici à l'introduction du spiritus corruptus dans
l'animus
, chose vue dans la figure 8 du Ros. Phil.
Un mot encore, sur les taureaux qui, dans la liturgie de Mithra [cf. Jung, Métamorphoses de
l'âme, op. cit., p. 193] étaient
nommés gardiens de l'axe du monde, en relation avec la
constellation de la Grande Ourse [renvoyant
aux sept boeufs de labour, ceux qui font tourner l'axe du monde, kuwdako julakeV].

se trouve reconstituée selon qu'on considère la
manière dont sont agencés les six rayons qui unissent les
symboles planétaires à Mercurius Noster : si l'on
reprend l'hexagramme du frontispice de l'Aurea Catena Homeri,
les idéogrammes sont pris à l'identique mais
inversés, cf. Aureum Seculum Redivivum
de Mynsicht. Ce
forme la pierre des
philosophes ou materia prima de l'aqua permanens. C'est la 1ère
couronne de perfection dont parle Jung, toujours à propos de
l'ours, par l'évocation de Hiawatha :
, le blanc scelle la
conjonction des principes et l'anima
consurgens
; enfin, le pourpre
est la couleur atteinte dans le 3ème
degré de perfection qui donne accès au lapis. Pour en
revenir à l'ours, il est adjoint à Artémis et donc
d'essence mercurielle, ce que nous savions déjà. Le
« trésor diificilement accessible » qu'évoque
Jung se situe :
. Ce texte, De Chemia,
est immédiatement précédé d'un
traité qu'on a faussement attribué à Basile
Valentin : Aureliam
Occultam Philosophorum [BCC, vol. II, pp. 198-235],
connu sous le titre d'Azoth
[ce qui a fait accroire que ce
traité pouvait être de Senior Zadith, à ce qu'en
dit Fulcanelli dans le Myst. Cath.]
Si nous citons l'Azoth,
c'est qu'Adolphus y parle de l'ours dans l'avant dernier chapitre du
traité :
et d'argent
, a donné
lieu à nombre de récurrences iconographiques [Alchimistiches
Manuscript, Ms. L IV 1, Basel]. On dispose là d'une variation
sur le thème de la ligature du dragon, rappelant la figure IV [cf. AC,
I]. Quant aux deux principes de base, qui servent à
la préparation du sulphur
et du corpus
du lapis, on les voit à l'état sublimé, comme
l'indiquent les ailes largement déployées de l'oiseau phénix. Il ne s'agit donc
nullement de la Virgo paritura
envisagée comme mercurius et il est possible que Jung ait commis
une méprise dans son analyse : nous en sommes à
l'époque du Lait de Vierge,
là où précisément, il faut assurer au lapis
naissant une carnation nécessaire. La Vierge, bien au contraire,
dispose du Mercure et elle tient en sa main droite la pierre noire de
Pessinonte : elle se rapproche ainsi de Cybèle et l'on pourrait
presque voir dans la fons
et la fons
les deux lions de son char. De là à ce qu'on parle de
Mithra [tauroktonoV],
il n'y a qu'un pas à faire, puisqu'on vouait le
taurobole au culte de Cybèle. Elle tient donc la nigredo
ainsi que son agens,
le mercurius senex : tous les ingrédients
sont réunis pour que s'établisse l'harmonie, que la
concorde règne, bref pour que s'établisse le courant
circulaire de l'aqua permanens.
Dans l'Azoth
[Aureliam
Occultam Philosophorum], la même image est
donnée par une vierge dont le lait jaillit des deux seins ; dans
le Splendor Solis,
c'est un homme armé [1, 2] dont les pieds sont disposés
sur deux fontaines ; sa tête est auréolée de sept
étoiles. On trouve encore un autre type de représentation
qui tient de l'arbre philosophique et du tombeau dans une aquarelle du
Donum Dei. Cybèle [cf. symboles] est en puissance le
rayon igné dont l'Artiste a besoin pour son
; elle en est le moyen ou l'artifice secret car elle
est connectée aux divinités primordiales, tel le Mercurius noster qui est
disposé au centre de l'Ouroboros du f. 94a.
Cybèle est, en effet, fille du
[Ouranos], déesse
de la
[Gaïa]
ce qui lui donne déjà les traits de l'unus mundus des
alchimistes. Dans le même temps, elle est épouse de
[temps - mercure
- transfert], mère de
[espace - soufre
- projection],
de Héra - Junon, et enfin de Neptune
et de Ploutos
[Pluton
ne
correspond pas exactement à Ploutos mais il contracte de toute
façon des rapports avec Héphaistos].
Cybèle constitue en quelque sorte l'énergie primordiale :
elle initie et entretient le mouvement dans la matière
puisqu'elle symbolise l'énergie enclose dans la pierre et
même, dans la terre. On l'a d'ailleurs surnommée la
Grand-mère et il faut la rapprocher de l'ursus
chthonien dont la force brutale est toutefois ici canalisée par
la médiation des fidèles serviteurs de la déesse :
Atalante et
Hippoménès. Cette Vierge présente ainsi tous les
traits de la déesse phrygienne, à commencer par cett
étoile dont elle est surmontée ; quant à la pierre
noire de Pessinonte, elle contient la terre noire, issue du limon
céleste, qui permettra de rendre possible, dans les temps
futurs, la croissance des fruits du jardin des Hespérides. Les
mythographes nous disent qu'à l'époque de la
décadence romaine, son mythe sera associé à celui
du berger Attis. Cette légende vaut qu'on s'y attarde longuement
en raison
des points surprenants d'analogie qu'on y décèle avec
l'Art sacré. On assiste en effet à un entrelacement des
mythes de Cybèle, d'Attis, d'Adonis, du sanglier [figure complémentaire de l'ours],
et d'Agdistis [autre
épithète pour Cybèle] ; le tout est
immergé dans des cérémonies de castration qui sont
autant de points à mettre en rapport avec ce qu'en disent Jung
et Freud [mais nous ne parlerons
de leurs propos que sous le rapport de l'Art sacré]
; en échange
la déesse lui procure la belle Hélène, femme de
Ménélas, que Pâris enlève : ce qui fut cause
de la guerre de Troie [cf. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10].
Dans cette aquarelle, nous voyons trois niveaux possibles de symbolisme
:
: c'est elle qui
envoie contre Latone le serpent Python [alias Typhon, né selon les
mythographes de la TERRE et du TARTARE ; Typhon naît en fait de
la poussière, c'est-à-dire de la cendre de terre que
Junon frappe. C'est le prototype du Mercurius
ancestral et le premier Adam. On dit aussi qu'il naît de la boue
et de la fange laissée par le Déluge, du temps de
Deucalion et Pyrrha.] des suites du dépit où elle
s'était trouvée, de ce que Zeus avait conçu {Minerve - Pallas - Athéna}
sans connaître de femme. Pallas - Athéna symbolise le
sulphur prêt à la réincrudation, autrement dit
ignis
: une pluie d'or tombe à Rhodes le jour de sa
naissance ; la chouette, le dragon et le coq lui sont consacrés [cf. figure I
et figure XVIII de l'AC]. Nous
passerons sur Vénus à laquelle il faut attribuer
; reste
. Nous y voyons le rêve même de Pâris
qui, stricto sensu, n'est que le songe de Zeus puisque c'est
lui-même qui dépêche le fils de Priam pour
l'arbitrage de la pomme dorée. Il ne paraît pas discutable
que Pâris possède un caractère où l'on
devine un étrange mélange : des traits chthoniens [où se devine le serpent]
et d'autres, élevés, faits de tempérance et de
justice. Tel il se révèle et voici pourquoi,
contrairement à ce que tout semblait indiquer, il va choisir non
pas la Sagesse avec Athéna mais la belle Hélène,
que lui propose Vénus. Nous pouvons y voir l'escarboucle ou carbunculus et nous savons
aussi qu'il faut y voir le simple et commun carbo [charbon]...
, qui sera dans un
temps ultérieur, engagé dans le salniter
de Boehme. Athéna a comme épithète la Sagesse et
les premiers chapitres de l'Aurora consurgens
[cf. M.-L. von Franz]
montrent que cette Vertu se rapporte à la prima materia. Or, la
Sagesse n'est pas séparable de la Prudence et l'un des
médaillons des Vices et Vertus du
portail de Notre-Dame de Paris, examiné par Fulcanelli dans son Myst. Cath.,
montre cette Prudence : elle tient l'hiéroglyphe du Mercure
philosophique. Ce Mercure résulte de l'association du «
vinaigre très aigre » de la Turba
et du corps du
; il est
assimilé au venin ou ioV
et les hermétistes l'évoquent encore en
parlant d'Ericthonios [né
de la semence d'Héphaistos qui avait souillé la cuisse
d'Athéna puis était tombé à terre].
Quant à Junon, on sait que le paon lui
était dédié [cf.
figure XV], que
est
son fils [Mars est enfanté
sans Jupiter de la même manière que Minerve est
enfanté sans Junon ; l'un et l'autre ressortissent du principe
Soufre] et qu'enfin, elle fit toujours fort mauvais
ménage avec Jupiter, qui, à la vérité, lui
fournissait sans cesse des sujets de jalousie, par la quantité
de Nymphes avec lesquelles il s’amusait. Jupiter perdit un jour
patience, et irrité des mauvaises façons de Junon, il la
suspendit avec une chaîne d’or, et lui attacha un enclume
de fer
à chaque pied. C'est Junon qui envoya le serpent Python contre
Latone, épisode semblable à celui de la fable d'Hercule
où elle envoie deux serpents qu'il étrangle. Si l'on
tient compte que Jupiter et Junon sont frère et soeur, il semble
que Junon ait hérité de traits chthoniens propres
à
[Junon,
à la différence de
, est dévorée par son père]
: elle préside à la durée des parturitions et aux
unions [voyez encore l'AC, III sur les rapports entre
Junon et Atargatis]. Comme tel, nous voyons que la fonction
hermétique de Junon est complexe ; plus qu'un composé
à proprement parler, c'est une fonction qui semble lui
échoir et cette fonction de conjonction joue deux fois dans
l'oeuvre, d'abord dans la phase de dissolution où les couleurs
de la queue de paon [oiseau de
Junon] annoncent la conjonction des principes ; puis lorsque la
coagulation survient à la phase d'assation, marquée
allégoriquement par la surrection de Délos. On peut y
voir l'équivalent du manteau de Junon [embelli par Minerve] ou peau de
bouc dont les Luperques confectionnaient des lanières [l’un des cultes les plus
archaïques de Rome, les cérémonies étaient
appelées Lupercales. Ce nom vient de Lupercales signifiant «
repaire de louve » et de Luperque : prêtres de la
«véritable communauté sauvage » ( homme-loup
vêtu de pagnes, ancêtre de notre « loup-garou »)].
Ce bouc permet d'établir une transition vers Aphrodite auquel il
était également consacré, à l'instar du
bélier et du lièvre que nous avons évoqués
tout à l'heure. On prête au bouc des qualités
très contrastées dont l'une - au plan alchimique - peut
être relevée : Plina signale que le sang de bouc [assimilable au sulphur]
possède une extraordinaire influence, notamment celle de tremper
merveilleusement le fer [n'oublions
pas que
est fils de Junon]. Le sang de bouc remplit
exactement le même rôle que le lait de la chèvre
Amalthée pour Jupiter [cf.
marqueteries de Lotto] : il
permet de capter et d'éliminer le spiritus corruptus
que l'on recueille lors de la dissolution des matières. En
définitive, c'est dans l'Inde védique que l'on trouve
l'aspect qui concrétise au mieux la fonction du sang de bouc :
il est assimilé à Agni, dieu du feu [l'équivalent d'Héphaistos].
On retrouve dans le symbolisme hermétique de Junon ce double
aspect, d'abord sacrificiel [dissolution
nécessaire à la conjonction où prédomine le
côté
] puis
génésique [coagulation
du
par consomption progressive du feu par lui-même
où prédomine
]
, qui est de l'ordre
de la projection, est un phénomène que l'Artiste ne peut
prévoir en terme pondérable bien défini, qu'il
s'agisse de temps, de quantité ou de qualité du lapis,
attendu que le poids de nature n'est pas du ressort de l'Homme mais de
Dieu. Il y a là, d'évidence, un noeud gordien :
dénouer un complexe revient à résoudre la question
de l'individuation, qu'on retrouve en alchimie sous la forme de la
réincrudation. Dans les deux cas, l'opération
nécessite un transfert suivi d'une projection. aussi
n'était-ce pas sans de bonnes raisons que les alchimistes
assuraient que le vrai disciple d'Hermès était celui qui,
à la patience, alliait l'humilité.
. Boehme cite encore
comme le spiritus sanctus qui constitue la fontaine
d'eau vive de Bernard le Trévisan,
où l'aqua permanens fait l'oeuvre. Il dit aussi, chose exacte
mais incomplète, que
est l'esprit animal
qui est issu du corps de
[il
s'agit en fait du spiritus corruptus du Ros. Phil. où l'on voit,
de manière impropre, la montée de l'âme, cf. supra]. Voyons encore, à l'instar
d'un serpent de feu, le sel Salniter
, qui doit
attirer notre attention [le
salniter est décrit dans Jakob Boehme - De Signatura Rerum
- et correspond selon Jung au dessèchement ou à la
solidification des sept esprits-sources de Dieu contenus dans le
; il est dit mère et cause de tous les métaux et
minéraux ; on le considère comme un corpus subtile et
l'état immaculé d'avant la chute. Cf. Jung, l'Horizon de l'Inconscient, in l'Âme et le Soi,
trad. albin Michel. p. 887 dans Pochothèque] : le SAL
NITRI
forme l'a
et l'W
de notre monade [Jung en parle comme de la materia prima].
Ce n'est pas faux et c'est même l'une des rares occasions
où l'on voit le magicien de Küsnacht affirmer
, l'ombre de
Lucifer. Notre
tire sa FORCE du
corps de Vénus et son ESPRIT de celui de
.
Héphaistos tient là-dedans le rôle de
parèdre et il est remarquable de voir cette symétrie qui
permet de comprendre pourquoi, dans les textes, la confusion est facile
à établir entre les principes de l'oeuvre - du lapis - et
des principes de la prima materia ou
[nous ne parlons
pas de la materia prima].
exprime le principe dual du mercurius et
apparaît explicitement sous cette forme dans la figure VII
de l'AC. Du reste, la partie droite de cette figure, en relevant
l'allégorie du fixe et du volatil, met parfaitement en relief
l'aspect dynamique du processus, relié à notre symbole
par la nigredo
où,
remarquons-le bien, le •
central, fixe, du soufre solaire [assimilable
au MOI] n'est pas encore apparu. Plus d'ailleurs que d'une
allégorie sur le
, il s'agit d'une
allégorie sur le compost - le véritable mercure
philosophique - où la fleur | le
dispute à l'étoile ¯,
expression de Fulcanelli qui résume tout. C'est la raison pour
laquelle Jung évoque le serpent de feu au travers de ce salniter : l'éclair,
manifestation de qeioV,
n'en est pas moins, dans le même temps, celle de Lucifer, i.e. du
diabolus ou Quatrième [cf.
Essais sur la
symbolique de l'Esprit]. Nous pouvons évoquer
ici, entre autre, la figure XXXI de l'AC
où les Aigles [sublimatio]
asssurent l'assation progressive du
:
d'affirmer sa forme matérielle, au sortir de la phase de nigredo
? Mais la réflexion de Boehme va plus loin
puisqu'il compare
l'éclair à l'arbre et au coeur ; il nous permet ainsi de
renvoyer à la figure de l'arbre du Mercurius redivivus
[AC, I] et, bien sûr, au
chapitre de l'Arbre
philosophique développé par Jung
dans les Racines
de la Conscience [op. cit.]. Une 3ème
figure doit être évoquée : celle du Codex Vossianus
du f. 99 où le tronc de l'arbre équivaut au spiritus rector [sorte de psychopompe], la bulle
germinative du Mercurius Redivivus étant remplacée [homo quadratus] par le roi
tenant son sceptre. Nous avons vu qu'il fallait envisager par là
le symbole de la projection [
]. Du reste, on note
[in l'Horizon
de l'Inconscient, op. cit.]
que Jung énumère les parties de l'arbre dont le sens est
adapté : la souche ou rhizome, d'essence chthonienne,
véritable origine du monde, ne saurait recevoir comme analogue,
que celui de cette femme, à la vulve largement
découverte, de la figure XIV
où nous avons cru déceler les traits de la Bubastis de
l'Egypte ptolémaïque. Les racines reposent sur les Quatre
éléments - -représentés par quatre des
douze signes du zodiaque, où les couleurs primitives sont
peintes. Nous pouvons y voir, non moins, l'expression des «
quatre qualités » de Boehme [cf. note 5 de Jung in l'Horizon de l'Inconscient]
où ces couleurs sont conjointes aux qualités
organoleptiques de Chevreul [âpre,
amer, doux, acide] et les qualités « de nature
» [sec, humide, chaud, froid].
Il n'est pas impossible que le bâton de pèlerin, le
bourdon, le sceptre, ne puissent renvoyer à stauroV [pieu] qui prendrait alors la
valeur de †
[crux, creuset]
permettant ainsi d'établir la liaison entre les
éléments du salniter {
-
} d'une part et le couple des antagonistes d'autre part
{
-
} : il s'agit
là des pilotes du
. Ainsi, le
bâton se transforme en baguette magique - celle de Merlin dont
parle Emma Jung [le Mercure
alchimique, in la
Légende du Graal, p. 298, trad. albin Michel, 1988],
assurant l'entente [le transfert
qui nécessite une médiation]
et la projection entre Pater et Filius. Jung cite Hippolyte et il nous
semble que cet extrait résume assez la situation en ce moment de
l'oeuvre :
[pneuma] dans la bulle
germinative et la projection est assurée par
[nouV]. Cette
synthèse, Boehme tâche de nous l'expliquer en nous
dévoilant le sens de l'arcane
, par bipartition du
symbole : la partie inférieure,
, est
associée au :
pourrait signifier
les « ténèbres encloses en
elles-mêmes »
sauf à considérer que ces ténèbres sont
lourdes d'une lumière obscure - celle de l'éclair - qui
ne demande qu'à se précipiter, réalisant ainsi la
cristallisation [coagulatio
luminis] du rayon igné solaire dans le corps
du lapis. Nous avons analysé supra
en conjecturant son
probable rattachement à la projection. Quant à la partie
supérieure
,
Boehme y voit le salniter, ce qui est pour le moins curieux. Il aurait
sans doute été plus avisé de revoir
l'écriture de ce hiéroglyphe et d'en faire
. Ce symbole nous est connu : il forme la partie
inférieure - et comme le rhizome - de l'animus
; on y reconnaît l'entrelacement des formes du
couple {
-
}, la liaison
étant assurée par Héphaistos, cf. supra. Du coup, on devinerait presque dans
l'animus une grande partie du signe de l'airain brûlé
[aes ustum, cf. Chimie des Anciens, VII]
qui désigne l'androgyne hermétique dissous dans la masse
. Ainsi que le note justement Jung, le symbole du Salniter
correspond en fait à celui du cinabre, cf. supra, c'est-à-dire du kinnabariV ou Cambar. Il
faut donc voir dans la salniter
de Boehme un Mercure qui contient déjà le Soufre rouge
puisque le cambar de la Turba
est le Mercure. Voici
un autre extrait de Bohme, antérieur au précédent :
... est l'éternité et le temps ... la partie
inférieure
...est la nature éternelle » [ibid.]
= temps [transfert]
qui, ipso facto, vaut à
son identité
à
l'espace [projection].
Par opposition aux notions de métamorphose - expression du
transfert - et de transfiguration de la forme - expression de la
projection. Il est assez remarquable que l'on voit apparaître,
dans ce débat, le visage de Kunrath puisqu'il voit dans le sel
saturnin le Sal Tartari miundi maioris
[Von hylealischen Chaos,
p. 263]. C'est là que nous rejoignons kupriV
,
personnification du Tartre ainsi que nous l'avons
indiqué dans plusieurs de ces sections [cf. tartre
vitriolé par exemple], tout dans les textes montrant
que
est un sel vitriolique qui doit être «
azoqué » par
, terre
végétale.
Selon Abraham Eleazar [Uraltes Chymisches Werk, II],
il faudrait même y voir l'arcane qui, pour Jung,
symbolise la matière permettant les transformations [naissance et maturation du krustalloV marqué
par l'emploi de la rémore ou « animal glaçon de De
Cyrano Bergerac, à en croire Fulcanelli et E. Canseliet, action
se situant au pays hyperboréen, là où
l'étoile du Nord représente le sel fixe central].
D'ailleurs Kunrath assure que le vrai SEL
des philosophes est « centrum terrae physicae
» où il n'est pas difficile d'imaginer aussi le sel fixe
central. C'est là l'artifex
par lequel la nigredo
évolue vers
l'albedo - que
soit l'artisan des
ténèbres, nul doute
là-dessus [voyez le f. 99 du Codex Vossianus de Leiden, partie droite
consacrée au processus de transfert] et qu'il soit l'un
des composés du
ne pose là
encore point de
problème [voyez la 2ème
partie de la monade]. Si l'on
considère les deux éléments de notre monade [rappelons que le 1er élément découle du cercle
croisé
que l'on
sépare en sal et nitrum
; que le 2ème élément
utilise des parties de ces deux sels afin de préparer le
trinitaire Pater - † - Filius ],
il nous reste les éléments suivants qui ne sont pas sans
rappeler le salniter évoqué par Boehme :
. La partie supérieure représenterait le
premier Principe [issu du SAL]
tandis que la partie latérale, à droite, évoque le
résidu d'un sel vitriolique. On peut y voir encore une analogie
avec le mandala de Boehme où deux demi-cercles s'opposent au
lieu de se fermer mais la disposition diffère notablement.
Profitons-en pour noter à quel point Jung semble avoir
été sourd à la notion de VITRIOLEUM. Autant la
notion du SAL lui était parfaitement acquise, autant celle du
« guhr » de Tripied paraissait énigmatique... Dans
son Psychologie
et alchimie, il cite néanmoins le Ros. Phil.
:
comme le lapis... [cf. Atalanta XV
et Sainte Claire Deville]
. Par l'agent de dissolution qui est le dragon couvert
d'écailles - que l'on devra préalablement apprivoiser,
cf. figure IV - il faudra résoudre
les principes de l'oeuvre {
-
}
en leur
première matière qui est un humide
radical métallique [stade
de l'ioV
qui constitue la clef de notre monade]
; c'est la deuxième couronne de perfection. Nous voici au midi
de l'oeuvre mais, contrairement aux apaprences, à ce midi
correspond un soleil noir, époque où le salniter
imprime son action et où la
,
opposée au
, illumine en plein
la terre dissoute [corrompue].
De là vient que Boehme écrit :
est littéralement dans la gueule du lion [nous sommes au stade du Lion vert qu'une gravure du Ros. Phil.
caractérise nettement].
De cette lutte des contraires, on sait à vrai dire peu de choses
sous l'angle opératoire. L'oratoire est plus fourni sur ce point
de science. Un autre passage des Visions de Zosime permet
à Jung de citer l'AC, par
l'intermédiaire de Marie la Prophétesse et le Ros. Phil.
:
y est
contenu ; sans cette relation rien, au fond, de ce toute cette histoire
de l'AC, ne peut être saisi.
qui se détruit lui-même en assurant la croissance de
l'androgyne hermétique ; il y a donc méprise puisque la
multiplication [en fait
l'accroissement]
est lié non point à cette idée chimérique
de l'augmentation exponentielle du « pouvoir »
transmutatoire du lapis mais tout simplement à la croissance du
cristal. Notons encore que nous avions vu un aigle, à l'origine,
dans cet oiseau mais il s'agit d'une erreur et c'est donc bien un
pélican [toutefois, ce que
nous disons de l'aigle, sous le point de vue du symbolisme reste
valable ; cf. supra sur le pélican].
La figure XXXVII date du XVIe
siècle et Van Lennep en donne la version du XVe dans
son livre, p. 58 :
, cf. supra à
spiritus
corruptus. Le lézard vert [lacerta viridis] apparaît
dans le tableau des symboles de Penotus [Bernardus
G. Penotus
a portu Aquitano, in Theat.
Chem., vol. II, p. 123 et cf. introduction à Ripley, Livre
des Douze Portes] comme un équivalent du
mercurius. La figure XXIII est
passée rapidement :
. La
référence au Splendor Solis
vaut pour l'image 6 qui nous montre
un arbre couronné d'où s'enfuient des oiseaux. On en
connaît plusieurs versions [1, 2]. Van Lennep continue ainsi :
et
.
Ils ne sont pas encore sublimés [sinon ils ne seraient porteurs des
clefs de saint Pierre]. La partie supérieure est
strictement superposable, en substance, de celle du f.
99 de Leiden. Mais au lieu que la projection et le transfert se
dégagent nettement, l'accent est mis dans le MS. Bodleian nettement du
côté de la projection
.
et l'unus
mundus] sur un tour de potier [toutefois,
on peut se poser des questions sur l'unicité réelle de
Chnuphis et Khnum... Mais rien n'interdit de penser que, le verbe num
signifiant « se joindre, s'unir », on ne soit pas
autorisé à voir, effectivement, dans Chnuphis l'uino
entre un lion et un serpent... qui produirait le taureau Khnum de Ptah
! ]. Le rapprochement entre la figure de l'AC
et cette divinité égyptienne est d'autant plus
intéressante que nous avons été amenés, cf.
AC, I, à rapprocher la
Bubastis de l'Egypte ptolémaïque de la femme
dénudée, à la figure
XIV [Baubô].
.
Revenons à Agathodaimon. On l'assimile à un serpent divin
ce qui est déjà concilier les contraires, au point qu'on
pourrait presque croire que Jung y a pensé en écrivant sa
Réponse
à Job [trad.
Buchet Chastel]
; plus sérieusement, on a donné ce nom à l'un des
Philosophes de la Science et de l'Art divin dont le nom s'est ainsi
évhémérisé dans la Turba
où il intervient à plusieurs reprises [(
ce nom se trouve répété un grand nombre de
fois, avec des variantes multiples, telles que Agadmion, Agadmon,
Agmon, Admion, Admion, Cadmon. Il répond encore - sent XLV de la
2ème version - à Zimon - sermo XLI - de la 1ère
version - ; lequel est ailleurs - sermo XXXIII = sent XXXVII -
identique avec Zeunon
.
Il s'agit du principe qui asure non pas tant la germination que la
croissance de l'or enté dans la terre foliée des Sages.
C'est donc à l'image d'une véritable graine que nous
sommes amenés ainsi qu'à l'aspect trinitaire de l'unus
mundus :
et
: il avait donc, d'évidence, des traits de
.
.
C'est alors qu'il est transfiguré en anima, contenue dans l'oeuf
philosophal. Et ce spiritus corruptus est préparé
à l'occasion de la schizogénie des quatre
éléments, préalablement à la miseau tombeau
des corps des deux matières. En revanche, l'âme est
libérée de l'oeuf par le « glaive miellé
» évoqué sur l'un des caissons du château de
Dampierre-sur Boutonne. La separatio
dont parle Jung s'effectue donc tout au début de la cuisson [Grande coction].
Agathodaimon représente donc en substance la nature divine
secrète de la matière mystérieuse encore
appelée arcane et idéalisée sous les traits du
serpent divin Chnuphis dont la substance se renouvelle constamment.
Mais, comme l'a noté Jung, il est paradoxal au sens où il
possède à la fois le pouvoir de vie et de mort :
de l'animus
. Dans Aïon,
Jung rapproche le serpent du poisson :
ressortit du temporel et il représente les extrêmes, aussi
bien le diabolus que le fils de Dieu ; on peut le représenter
par le symbole de l'aes ustum
, en liaison avec le
salniter
défini par
Boehme.
mais aussi la terre du corps
]. Ces serpents [ils sont deux, comme ceux que l'on voit
représentés dans la Prima Figura
de Lambsprinck]
sont entrelacés autour du caducée d'Hermès qui est
le principe fixe. Ces serpents ont donc un rôle qui est
fondamental : ce sont les images mercurielles du Soufre : dès
lors, on comprend qu'il s'agisse d'un symbole de sagesse et de la
lumière ou Soufre
, annonciateur de l'Anima consurgens. Mais ce
serpent est énigmatique, secret et imprévisible, signant
par là sa nature éminemment
qu'il faudra
domestiquer [figure IV]
en le garrottant ou en le tronçonnant, chose que l'on
réalise par la pétrification de son oiseau
dédié, le basilic [figure
XX et XXbis]
: autrement dit, il faut dans cette opératon réaliser ce
que les métallurgistes appellent un « étonnement
» qui fait exploser les pierres les plus dures, que l'on soumet
à un régime écossais [cf. compendium].
Eh bien ! Il en va ainsi du Mercure et la coagulation de l'eau
mercurielle - aqua permanens - nécessite que, de toute urgence,
dans une atmosphère surchauffée, l'Artiste fasse preuve
au sens propre du terme, de sang froid [toutefois, cela doit se comprendre avec
un grain de sel, car l'étude de notre Mercure
philosophique montre que le calorique ne doit être
abaissé que d'une manière lente, très progressive].
En somme, nous trouvons en Agathodaimon une triade où
participent au début le spiritus corruptus [résultat de l'ouverture du
métal, vêtements souillés du
et de
], à la fin, l'anima
dépurée
,
et de manière intermédiaire en une forme dynamique, le
désir ou mercurius senex comme vieillard chenu et blanc, d'une
blancheur incroyable, à la fois solaire et lunaire : c'est une
blancheur qui fait baisser le regard tant elle illumine et qui montre
une privation totale
d'un des éléments de l'oeuvre nécessaire à
la coagulation : l'aer
comme symbole de
Zeus
. Car le transfert
ne sert à
rien si la projection
n'opère pas. Aussi peut-on se poer des questions ur le
caractère réputé « néfaste » de
cet aspect chthonien
du serpent, alors
qu'il est au
contraire indispensable à la future réincrudation - i.e.
individuation - du
.
Dans son Mysterium Conjunctionis,
Jung reviendra en une synthèse
suprême sur Agathodaimon, en citant Ostanès :
, au travers pourrait-on dire de l'animus
, celle-ci jouant le rôle d'un filtre, d'un
crible, philtre d'amour s'il en ait [sur le muktasab, cf. supra]...
C'est à partir de là que s'élabore, peu à
peu, le Soufre vif des philosophes ou sulphur
« azoqué » oint par l'animus
et dont l'idéogramme est dès lors
conjoint à celui de Jupiter
:
. Le reste de l'extrait est plus
aisé à comprendre : il fait intervenir
- où il faut lire
. Le lit de l'or qui
sort du
verre est le christophore ou Offerus [cf. tarot
alchimique, lame de l'(h)ermite], c'est-à-dire celui
qui porte l'or : cristou joroV.
Enfin, le départ de l'humidité laisse la terre
embrasée de son rayon igné
et ce départ
correspond à la dissipation de l'animus. Ce départ du
coïncide avec l'apparition de la 3ème
couronne de perfection :
qui symbolise l'inconscient [complexe
Ça - Soi]. Ce vase est l'unus mundus des alchimistes
qu'ils symbolisent par l'hiéroglyphe de la
mais que l'on peut tout autant représenter par celui du salniter
de Boehme
: cette image a
l'avantage de différencier en tant qu'essence, la nature du vase
qui est le V.I.T.R.I.O.L.E.U.M. de la nature du composé qui est
le
. Elle présente cependant l'ambiguité de
faire voir un récipient en verre [cornue, matras scellé]
là où il faut voir un creuset empli de sa brasque :
autrement dit, il est pratiquement impossible, avec ces informations,
de savoir si l'Artiste envisage la voie humide ou la voie sèche [cf. supra].
Le symbole de la †
où l'on devine le tombeau, le tumulus, le creuset [de même que la dissolution qui
lui est, pour ainsi dire consubstantielle] est beaucoup plus
intuitif que celui d'un vase en verre scellé où la
matière évolue. Ce point, pourtant important, ne semble
pas avoir été traité par Jung dans ses
études alchimiques. On peut néanmoins en avoir un
aperçu grâce à deux aquarelles, celle du Codex Vossianus f. 99 et celle à laquelle se
réfère Van Lennep - MS. Rawl. 893
- un peu antérieure puisque datant probablement du XVe
siècle. Il semble que la partie gauche du f. 99 où nous
considérons le processus de projection
soit identifiable à la voie sèche, tandis que la partie
droite - celle ou nous voyons des « esprits » se tendant la
main et assimilable au processus de transfert
-
soit identifiable à la voie humide. Mais dire cela serait sans
comptert sur un point capital : dans son Myst. Cath.,
Fulcanelli a insisté sur le fait que la voie sèche
était divisée en deux phases principales où il a
distingué une phase
humide suivie d'une phase
sèche ou phase d'assation [cf.
symboles]. Dès lors, il
paraît licite de voir dans la voie dite humide la phase humide de
la voie sèche - celle où agit l'aqua vitae permanens - et
dans la voie dite sèche, la période d'assation de la voie
sèche - celle qui est marquée par la disparition
progressive de l'esprit Mercure. [voir aussi 1, 2,
3,
4,
5,
6]
; la germination ne pourra avoir lieu que pour autant que l'or soit
« enté » dans une terre qui lui soit
appropriée [ce qu'exprime
bien mieux la figure X]. Voyons
à présent la figure XXVI. Van
Lennep est amené à la rapprocher de la figure XXII :
de Salomon, symbolisant l'anima consurgens
émergeant du chaos, c'est-à-dire du
spiritus corruptus, dont la dépuration
s'opère au sein de l'animus
. Ainsi cette vierge
noire est-elle une variation sur
le thème de l'androgyne tel qu'on le voit à la figure I :
-
},
après que ceux-ci auront été dissous en forme de
corps glorieux {
-
}. Entre-temps, que se passe-t-il dans le vase ? E.
Canseliet, dans la
Sirène noire et enceinte, se risque à
cette explication :
] est noir tandis que le vêtement [= l'air
puisque que l'habit ressortit d'une épiphanie spirituelle]
est blanc. Les ailes, vertes, sont là pour montrer de quelle
manière doit s'opérer la métamorphose de la terre
noire, disposée aux pieds de l'apparition céleste.
en brisant la
coquille et on est alors ramené au mythe de Zeus dont le
crâne est fendu par la hache d'Héphaistos.
| Invention
de la materia prima, prise au coeur du gîte minier. Cette
scène fait l'objet de maintes reproductions, par exemple celle
du Splendor Solis,
planche V.
C'est là que
l'Artiste vient chercher la matière métallique. Adolphus
en parle dans l'Azoth
: il décrit une caverne, située
à Rome, dans laquelle il reçoit l'illumination... Ces
récits ne sont pas rares, à commencer par la
découverte de la Table d'Emeraude
du pseudo Hermès. Mais poursuivons : Adolphe écrit : « Mais implorant l’aide de Dieu, j’avisai une petite lumière loin de moi au plus profond de ma caverne, laquelle s’augmentant petit à petit s’approchait après de moi, & destitué de force j’hésitais & lors je vis un certain homme très lucide, comme aérien récompensé d’une Couronne Royale ornée partout d’étoiles [...] » [Azoth] Ce texte peut être mis en relation avec ce qu'écrit Pernety de la matière première des Sages, chap. De la première matière, Fables Égyptiennes et Grecques, t. I : « C’était moins un corps qu’une ombre immense, moins une chose, qu’une image très obscure de la chose, que l’on devrait plutôt nommer un fantôme ténébreux de l’Être, une nuit très noire, et la retraite ou le centre des ténèbres, enfin une chose qui n’existe qu’en puissance, et telle seulement qu’il serait possible à l’esprit humain de se l’imaginer dans un songe. Mais l’imagination même ne saurait nous le représenter autrement que comme un aveugle-né se représente la lumière du Soleil. » C'est donc le passage de l'obscurité à la lumière qui nous est indiqué sur cette peinture, d'avantage que l'appropriation de quelque matière, certes précieuse, mais dont l'acquisition n'est nullement suffisante pour faire l'oeuvre. On lira utilement la Génération des métaux ou Bergbüchlein - avec des notes de Gabriel-Auguste Daubrée sur ce sujet. A droite, l'allégorie de la scène : le pélican nourrit sa portée de sa propre matière. Jung [Racines de la conscience, Visions de Zosime, p. 198] indique que « Le Christ lui-même est le pélican qui déchire sa poitrine pour nourrir ses petits » avec en note une réf. à l'amandier, amugdaloV, surnommé le père du Tout, « ... portant en lui le fruit parfait qui pousse et se meut dans la profondeur. » Est-ce une relation aux cendres de l'Aigle, qu'il faut lier au sang du Lion ? En ce cas, c'est de la minière des Sages qu'il s'agit : c'est la mine - au sens propre du terme - de l'eau dont l'Artiste a besoin pour ses sublimations. Ce que les alchimistes appellent « donner des plumes à l'aigle ». Pour confectionner cet amalgame et aider l'aigle à prendre son envol, il convient que l'Artiste lui ajoute la matière du dragon dont parle Michel Maier dans l'emblème L de l'Atalanta fugiens. La matière que le moine vêtu de rouge semble manier avec précaution et respect doit donc représenter ce sel mercuriel dont Salienus parle dans la Toyson d'or - Salienus pour prêtres Saliens, chargés du culte de Mars, au nombre de douze. Enfin, on rapprochera cette figure XXII de la septième figure du De Lapide Philosophorumde Lambsprinck. On trouve une gravure beaucoup plus moderne d'inspiration, dans la même série que celle de la figure extraite de Der Hermetische philosophus [in-8° Franckfurt en Leipzig: Verlegts Johann Gabriel Grahl, Buchhandler in Weinn 1709], dont on a un autre exemple, figure XXIV. ![]() Pour
finir, ajoutons qu'Emma Jung [la Légende du Graal, complétée par M.-L.
von Franz, trad. Albin Michel 1988] rapporte que la légende du phénix
[cf. le poème de Lactance] fait
mention d'un oiseau qui amasse dans son nid une résine inflammable dont
il nourrit ses petits, oiseau qui ajouterait aux traits du phénix celui
du pélican : Iselin en fait une sorte de serpent ailé.
|
![]() FIGURE XXII |
![]() figure XXXVII |
Cette
figure ne date point du XVe siècle : J. Van Lennep
donne la version « originale » dans son Alchimie,
p. 58. Nous
venons d'évoquer le culte de Mars. Il semble que nous le
retrouvions sur cette autre aquarelle. Admirons d'abord le
décors : le fond bleu doit être remarqué car c'est
un ciel d'airain. L'arbre dont une branche est sciemment cassée
accentue la nuance azurée par le contraste coloré et
imprime une tonalité nettement orientale à l'ensemble.
Mais que dire de la scène qui nous est offerte ! C'est une
résurrection : nous en avons vu d'autres dans les
emblèmes des Douze Clefs de
philosophie du pseudo Basile Valentin, dans la Philosophia Reformata
de Mylius et, bien sûr, dans le Rosarium Philosophorum.
Dans cette représentation médiévale, le Mercurius
senex est tué par un chevalier qui donne l'âme au corps.
En bas, on trouve une scène où gît un reptile
tandis qu'un combat se déroule entre deux autres lézards.
À droite, le Mercurius senex défaillant dont l'esprit se
volatilise ; à gauche, l'Âme peut désormais
réintégrer le Corps. Le médiateur est
représenté par un soldat vêtu de côtes de
mailles dont le glaive a terrassé le Mercurius : il
s'apprête à infuser la vie au corps mort du Lazare [on
reverra ici utilement le Sermon sur la Mort
de Bossuet]. Contrairement à d'autres cas, le thème de
l'épée n'est pas relié, ici, à la
putréfaction ou à la dissolution, mais bien à la
résurrection : il est vrai qu'elle passe par la destruction mais
le Mercure est, comme l'indique Jung dans ses Racines de la Conscience,
aussi bien un donneur de vie qu'un destructeur de la forme antique. En
bas, ces trois lézards sont à l'image de la
Trinité : le Corps mort, et au-dessus, l'Âme aspirant
l'Esprit par son caput. Le lézard, dans ce contexte,
apparaît comme ambigu contrairement à la coutume qui en
fait l'ami de la maison : son symbolisme est bien sûr lié
directement à celui du serpent et il faut aussi y rattacher le kamaileon ou lion de terre
qui permet d'établir la liaison entre et . C'est en
somme l'image de l'a
et de l'w
de l'oeuvre qui débute par une dissolution et s'achève
par une coagulation : SOLVE ET COAGULA. |
L'oratoire
et le laboratoire se complètent dans cette scène. Les
couleurs frappent d'abord : à gauche, le rouge
et le vert ;
à droite le gris violet. Au fond, notre ciel azuré,
retrouvé dans bien d'autres scènes de l'AC et qui est
l'annonce de l'Aurore dans la mesure où l'on peut poser
l'équivalence entre le bleu et la et ce
fond bleu en est comme la projection sublimée.
Jung rattache le rouge au carbunculus [escarboucle des Sages] et
rappelle que Goethe lui donnait une connotation spirituelle : nous
pouvons y voir le . Quant au
vert, il
est attaché au concept de naissance ou du moins à l'arch qui
détermine « l'action
d'incubation du spiritus sanctus » expression
remployée de Jung qui la cite dans ses Visions de Zosime [les Racines de la
Conscience, op. cit., p. 160]. On y retrouve
l'image du Lion vert ou Mercurius
vitae,
celui qui va provoquer dans un premier temps la dissolution
métallique avant sa résurgence, comme les montrent les
images du Ros.
Phil., cf. AC, I.
Les deux ouvriers s'affairent sur la prima materia d'où ils
espèrent tirer le levain qui pourra lever la pâte de
Mercure, c'est-à-dire précipiter la fermentation
aurifique : le mélange de vert et de rouge procure le jaune
: .
Manifestement, ces ouvriers ne sont point des maîtres, et c'est
à droite qu'il faut chercher Senior qui s'affaire à son
marteau dans lequel d'ailleurs on devine un maillet, équivalent
de la massue d'Hercule. On en a fait le symbole de la puissance du
temps : c'est nommer Cronos . Dans le
même
temps, ce maillet a des caractères qui le rapprochent de la
foudre et donc de Zeus . Si nous
reprenons
la Monade
Hiéroglyphique de John Dee, un symbole permet
de disposer une liaison de cabale entre Cronos et Zeus : ![]() Si
nous examinons la partie inférieure du Mercurius, à
droite, voici l'image de Saturne. À gauche, une rotation de -p/2 procure l'image de
Jupiter, cf. pour le reste notre monade hiéroglyphique.
Notez que la présence du Soufre dans le cercle mercuriel
dénote qu'il s'agit là non pas du Mercurius mais de
l'anima, cf. partie I. Voyons
enfin la couleur gris du vêtement de Senior qui dénote la
mixtion entre
et
: cette
couleur annonce selon Pernety . |
![]() figure XXIII |
![]() FIGURE XXIV A propos de l'Hermetische philosophus [Ferguson, I, p. 395] HERMETISCHE (Der) Philosophus, oder Haupt-Schlüssel,
derer zu der Chymie gehörigen Materien, Ursprung, und Herkommen aller
Metallen und Mineralien. Das ist: Ein Weegweiser und Summarischer
Bericht, wie nemblich das Universale Generalissimum, gleichwie die
Metallen und Mineralien durch die Astra gewürcket, aufs Wasser und
Erden ihren Leib endlichen durch viele Jahre nehmen, und in mancherley
Gestalt formiret werden, per Artem inner kurtzen Zeit zu erlangen sey;
und wie man folglich aller Metallen und Mineralien Eigenschaft auff das
leichteste erkundigen und erforschen solle. Allen Seissigen
Nachforschern der Natur zu gefallen an vielen Orthen dieses Büchleins
klar beschrieben, und in sieben Tractätlein bestehend zum Druck
befördert. Franckfurt und Leipzig, Verlegts Johann Gabriel Grahl,
Buchhandler in Wienn, 1709.
8°. Pp. [22, including frontispiece] 319. [1 blank; 4 Register]. Title red and black. Frontispiece in two compartments. The volume contains seven distinct tracts. - Aureus liber de Principiis Naturae et Artis, p. i. - Definitio Alchymiae, p. 54. - Phoenix Alchymiae, p. 75. - Artephii, von der geheimen Kunst und Stein der Weisen Geheimes Buch, p. 122. - Joannis Garlandii, seu Hortulani Compendium Alchimiae, oder: Erklärung der Smaragdischen Tafel Hermetis, Trismegisti von der Chimia, p. 167. - Die Smaragden-Tafel, p. 168. - Bernhard von der Marck und Tervis. III. Bücher von der Hermetischen Philosophie der Weisen, p. 193. - Tabula Smaragdina, p. 213. - Alanus, Dicta, darinnen das Geheimnufs Philosophischer Art an Tag gegeben wird, p. 304. An edition of Frankfurt, 1690, 8°, is quoted in Jacob Lcupolds Prodromus Bibliothecae metallicae, 1732, p. 70. Certain of the tracts seem to have been reprinted from the Hermetischer Rosenkrantz |
Deux
parties se dégagent : à gauche, un arbre, ceint d'une
couronne vers sa base, enclos dans une espèce de treillis.
À droite, une citadelle ou un palais. Un personnage, vêtu
de bleu, tient une lourde clef et semble perplexe. Observons d'abord la
partie gauche : nous avons déjà vu ce treillis, dans la figure XI.
Il correspond à l'enceinte virtuelle du vase de nature dans
lequel la Grande Coction débute ; rappelons qu'à la
figure XI, nous en sommes au stade de la dissolution. Ici, rien de tel
: le couple -
s'est transformé en un bel arbre qui, toutefois, ne porte point
encore de fruit. Observons encore que le fond du ciel a changé
et qu'il est devenu couleur de qui annonce
le FEU
mais aussi le crépuscule ; manifestement, on se situe à
l'aurore comme en témoigne la 1ère couronne de
perfection. Abordons l'analyse : l'arbre est celui du Mercurius Redivivus,
cf. AC I que
Samuel Norton donne à voir dans son Alchymiae complementum et perfectio.
La 1ère
couronne témoigne de ce que la noirceur [nigredo] a
été obtenue, c'est-à-dire la conjonction
provisoire des contraires qui reste végétale et n'est pas
encore minérale. C'est donc d'un arbore vitae qu'il est question
: c'est l'axe du monde en tant qu'il met en communication qu'il faut voir là comme principe de la primitive, et qu'il
faut voir
comme ciel firmamental ou . L'enclos
symbolise
le soleil noir des alchimistes ou qui
exprime,
précisément, cette nigredo. Nous retrouvons ainsi les
trois principes de la bulle germinative du Mercurius Redivivus,
cf. AC I.
S'y ajoute le principe pontique avec le feu du ciel - rouge - qui
évoque Héphaistos : c'est la † de la Passion
que nous
évoquons au § VI. Monade et qui
représente la liaison entre TERRE et CIEL. À droite, le Palais fermé du Roy tant de fois
évoqué dans nos pages, par relation au traité du
Philalèthe. Cette porte close est semblable à celle de
l'emblème XXVII de l'Atalanta fugiens
et présente aussi des caractères congénères
d'un bas-reliefs de Notre-Dame de Paris [cf. Gobineau de Montluisant, l'Inconstance ou entrée du sanctuaire]
avec ce commentaire de Fulcanelli qui prend tout son sens : « [Le vieillard]...vient d'arracher le vélum qui en dérobait l'entrée aux regards profanes. C'est le premier pas accompli dans la pratique, la découverte de l'agent capable d'opérer la réduction du corps fixe, de le réincruder, selon l'expression reçue, en une forme analogue à celle de sa prime substance. » L'inconstance est symbolisée par cet arbre qui ne porte pas encore de fruits et qui résulte de la mixtion des principes de l'oeuvre par la médiation du feu secret. Cet arbre est mutable comme cela est montré sur l'un des caissons de la galerie du château de Dampierre - sur-Boutonne. C'est l'acquisition de la 1ère couronne de perfection dont parle aussi Lambsprinck dans son De Lapide Philosophorum au commentaire de la Nona figura : « comprends que le premier degré de la teinture est réellement apparu. », cf. AC, I. Quant au sanctuaire, il rappelle le temple dans lequel Zadith médite à la figure V. Il s'agit de l'athanor où la matière s'accroît à l'image du spiritus du moine. Voyez ici la figure VIII sur la nourriture à donner au Rebis. La clef est le SCEL de l'oeuvre et recouvre le secret du dissolvant permettant à l'Artiste de cuire ses matières dans l'oeuf : ![]() La
Clavis se compose de 1 part de nitrum
et de
½ part de . On remarque le
cercle double, cf. notre monade
là-dessus.
Au centre, la longue barre horizontale manifeste le caractère
permanent de l'Eau des Sages fondé sur l'équilibre du
calorique. À droite le quadratum .
L'ensemble forme le symbolum du vitriol vert ou LEO
VIRIDIS. Il ne s'agit pas, on l'aura deviné, du sulfate ferreux
vulgaire bien que ce soit une substance d'essence .
Elle
est tout autant d'essence . E.
Canseliet, dans
ses Deux Logis alchimiques, a écrit :« ... la matière s'ouvre à l'issue d'un violent combat qui, du sentiment des auteurs, est la clef des " prisons métalliques ". Voilà pourquoi, sans doute, l'idée de clef, qu'éveille la racine grecque KLEI, KLE ou CLE ... reparaît phonétiquement dans les diverses traductions du nom massue. C'est, en latin, clava ; en espagnol, clava ; en italien, clava ; en anglais : club ; en allemand, kolbe, de klobe, par métathèse. » [le château du Plessis-Bourré, chap. l'Homme-Lion] La clef - kleiV - est détenue par le gardien du temple, c'est-à-dire le prêtre, épithète du
dans nombre de textes. C'est lui qui répandra l bonne nouvelle -
kleoV
- lors de la résurgence des Soufres, quand le sulphur et
la terre préparée ou rhtinh [résine de l'or] auront
donné naissance au lapis. On trouve une image à peu
près semblable à la figure XXIV
dans le volume Der
Hermetische philosophus [in-8°
Franckfurt en Leipzig: Verlegts Johann Gabriel Grahl, Buchhandler in
Weinn 1709]![]() remarquez en particulier la
couronne disposée dans l'arbre. Notez encore l'étoile de
Salomon qui témoigne d'une influence R+C probable ; voyez enfin
l'aspect général de l'église qui évoque
plutôt l'athanor, avec sa tour en forme de petit campanile et, au
fond, une clôture qui rappelle le cerclage de l'arbre de la figure XXIV.
|
Dissolution
des soufres et ouverture des métaux, voilà ce qu'exprime
la décapitation du et de la
par le principe pontique . À
ce
stade, notons qu'il ne s'agit pas du Mercurius en ce
sens que la figure XXV exprime le début de la Grande coction ;
c'est donc le premier Mercure ou Cronos, qu'Artephius nomme l'antimoine
saturnin, qui est représenté par ce personnage
thériomorphe dont la queue est serpentine, la tête
constellée et le corps couleur de
[assonance ion - ioV].
À
droite, dans le matras ouvert, des susbtances noirâtres
évoquent le poussier de charbon dont parle Fulcanelli au tome I
de sa trilogie, poussier qui signale la dissolution totale de la
matière, c'est-à-dire la sublimation du Soufre,
transformé en
[sulphur]. Tout
dans ce
désigne en vérité le daemon ou genius sans qu'il
soit, compte tenu du contexte, possible de la déterminer en
bonne ou mauvaise part. En effet, le Mercure est d'abord l'instrument
de la dissolution [i.e. nigredo ] avant
d'être celui de la régénération [i.e.
réincrudation ]. Il
est clair, toutefois, que nous sommes placés à la phase
de nigredo. C'est l'époque de la « grande circulation
» de la matière à en croire Urbigerius : c'est ce
feu circulaire que l'on distingue en bas du matras. Sur la figure du
diable, nous invitons le lecteur à revoir le quinzième arcane majeur de notre tarot alchimique. On relève
quelques similitudes : ses ailes bleues sont la couleur de notre daemon
; son hermaphrodisme se retrouve dans la queue serpentine. Mais
l'épée est remplacée par la hache de Cronos. Sa
coiffure est d'essence lunaire au lieu qu'ici elle se pare de
l'étoile à six branches, rappelant la digamma de
Salomon , cf. AC, I.
Enfin, les diablotins sont remplacés par le sulphur et le sel,
mis au creuset. Quoi qu'il en soit, tout ici évoque le domaine
de l'enfer et le fond de gueule
appelle le
mot : V.I.T.R.I.O.L.U.M. Voilà nos Soufres dans un état
bien lamentable, obligés qu'ils sont de « tirer le diable par la queue
» [penia piezomai]
: en effet, ils sont littéralement pressés de
pauvreté. La Pauvreté représente cet état
où nos matières perdent leurs vêtements royaux pour
paraître nus devant leur créateur. Ils sont alors « revêtus
de l'éternité de Dieu » [Matt. 19,
29] ou aqua permanens. Opération que Fulcanelli nomme
l'Hypérion de l'oeuvre [uper ion en décomposant, i.e. entourant
la violette, cf. duodecima figura de
Lambsprinck in De
Lapide Philosophorum, pour signifier l'ionosphère ou
sphère de la violette qui désigne l'Air des Sages
par cabale]. C'est là que le spiritus sanctus accompagne le filius
dans cette progression de la spiritualité qu'il nous faut voir
sous le trait paradoxal de la dissolution. Mais derrière la
nigredo se cache la dépuration ou albedo. De là les
traits de cabale des traités qui nous parlent de
pauvreté, d'indigence, etc. [cf.
en particulier les traités de Zachaire et de Bernard le
Trévisan]. La
grande éclipse de et de
de Lulle correspond à ce jeûne du coeur
évoqué par des textes taoïstes. Le diable [diaboloV]
n'est en fait apparu que tardivement comme tel, dans les Livres saints
et chez les Pères de l'Eglise [Job, 1, 6 ; Ps 108, 6]. Il
désignait auparavant « ce qui
désunit », c'est-à-dire le moyen de la
dissolution. Par extension, diaboulion
qui prend le sens de « délibération ou conseil
» se rapproche du Mercurius : on sait qu'à chaque fois
qu'il est question de réunion dans les textes, de conseils, de
discussions entre philosophes - cf. Splendor Solis
- c'est le moyen de dissoudre les matières qui fait l'objet du
discours. La Turba en est
l'exemple type. Ce n'est pas tout : DiaboloV peut être
compris comme dia qui exprime l'idée de « passer à
travers », de fendre [décapitation,
dissolution, etc.] en séparant et comme boloV [tomber dans un filet, jet de filet :
Héphaïstos n'est pas loin]
où l'on voit une seconde idée, celle, contraire à
la précédente, de rassemblement : c'est
précisément la raison pour laquelle notre diable, dans la
figure XXV, se trouve couronné.
Situation où l'on peut, par le terme diadew,
retrouver l'acception de « tête ceinte d'un diadème
» ou celle « d'âme emprisonnée dans le corps
». La figure du diable exprime donc deux concepts a priori
antinomiques qui correspondent à un principe
élémentaire de complémentarité : les
alchimistes disent qu'ils dissolvent leur matière du Mercure,
par le Mercure et qu'ils font l'oeuvre par la médiation d'UN [cf. Tabula smaragdina].
On trouve semblable concept dès la Chrysopée de
Cléopâtre et il se retrouve chez Jung, dans l'UNUS MUNDUS [cf. Mysterium conjunctionis,
t. II, trad. Albin Michel 1982]. Tout cela devrait être
développé dans le §VII
de notre commentaire à l'AC. Dans notre Monade, on voit comme le
diable se trouve, pour ainsi dire, à la croisée † entre et .
Il s'agit là d'un haut point de cabale hermétique tout
autant que de psychanalyse dans la mesure où, on l'aura compris,
représente le symbole du transfert tandis
qu'il convient de considérer en celui de
la projection. Le couple { - } représente le levier, le moyen ou timon entre
ces deux grands ennemis et l'eau ignée [hexagramme de
Salomon] en
constitue la forme substantielle même. L'opération du
Caput, où le couple { - }
est pris comme sujet trouve son objet dans l'étoile et sa sublimation, i.e. la réincrudation ou
individuation au sens où l'entend Jung, dans le lapis.
|
![]() FIGURE XXV |
![]() FIGURE XXVI |
On
dit que l'ange en tant que messager est toujours porteur d'une bonne
nouvelle pour l'âme. On dit encore qu'il préside à
la conversion, à l'union ; qu'il participe au mouvement du
spiritus sanctus ; qu'en somme il joue le rôle de
médiateur. Aussi peut-on s'étonner de l'allure
présentée par cette figure XXVI
où l'ange a
quelque chose de terrible. Ce n'est pourtant pas l'ange de l'Apocalypse
que nous connaissons bien pour l'avoir déjà vu plusieurs
fois en ces pages... Non. Nous sommes obligés de rapprocher
cette image du diable : car la scène semble se situer, au plan
chronologique, en droite ligne de la précédente. Notre
messager est juché sur une terre noire. Jung nous rappelle
à propos que chez Olympiodore [in Psychologie et Alchimie,
p. 408, les Conceptions du salut
dans l'alchimie] la terre noire renferme le «
maudit par Dieu » [qeo -kataratoV].
Cette terre noire, d'ailleurs, est au fondement même de
l'alchimie puisque certains y ont vu l'Egypte ou pays du limon noir :
voilà qui nous ammène à évoquer
l'étyologie du mot alchimie, très controversée au
demeurant. Il s'agit des deux mots arabes al kimiya, al étant un
article défini, le sens généralement admis pour
kimiya est terre noire, nom qui peut être rapporté
à l'Egypte elle-même (si l'on en croit Plutarque : Cemia, in Isis et Osiris,
33) ou à la noirceur, qui est un des stades de l'oeuvre
alchimique. Certains érudits comme Kircher ont fait
dériver le mot alchimie de « pays de Cham »,
expression qui qualifiait autrefois l'Egypte ; revoyez ici l'une des
images clef du Mystère
des Cathédrales
de Fulcanelli qui montre le sphinx en arrière plan d'un fouillis
de cornues et de corbeau. Plus conforme à la cabale
hermétique, nous trouvons Alexandre d'Aphrodisie, commentateur
des Météorologiques d'Aristote [dont on rappelle que la suite du 4ème
Livre est pseudépigraphe] : le mot de chimie viendrait de chem
[couler, fondre] qui prendrait tout son sens, rapporté au feu
secret des Sages. Cette terre noire représente la cadmie ou
l'antimoine que d'autres nomment la tête de corbeau. On
comprendra sans doute mieux en dressant l'équation
suivante : + = . Voyons à
présent l'ange : il porte un objet qu'on pense être une
amande [cf. notre tarot alchimique, arcane XXI].
Cette amande représente le lapis : Jung, dans le commentaire aux
Visions de Zosime [in les Racines de la
Conscience, trad. Buchet-Chastel, p. 174], écrit :« La poitrine déchirée, le côté ouvert et le martyre ... appartiennent ... à la percée et à la manifestation de l'homme intérieur. Voir à ce sujet le compte rendu donné par Hippolyte [Eleukos, ca. 320] du système des Phrygiens : ceux-ci enseignaient en effet que le père du Tout s'appelle " Amygdalos " (amandier), qu'il est préexistant (proonta) et qu'il " porte en lui le fruit parfait, pousse et se meut dans la profondeur ". » Cette amande [amugdaloV] que tient l'ange est l'âme du monde - anima mundi. C'est le bouton de retour d'E. Canseliet ou opération de la réincrudation que l'on peut traduire par l'équation suivante : + = . On ne peut ici
s'empécher d'évoquer les talismans que signale Ficin dans
son Picatrix [cf. F. Yates, Giordano Bruno,
trad. Dervy 1988, pp. 93-95, la
Magie naturelle de Ficin]
dans la mesure où le pharmacon qui procure le retour du roi
à la vie dépend de cet ange dont le vêtement est
blanc [aqua ], le corps noir
[corpus ] et les ailes
vertes [aer ]. On remarquera
aussi son aspect numineux [sa flamboyance] où s'exprime la force
du .
C'est donc d'une certaine manière à un tétramorphe
que nous avons affaire. Le tableau est complété par le
fond, de gueule, où est
régisseur et cette espèce d'écume mauve où
l'on devine . Deux grands
absents : le couple { - }
dissous et présents uniquement en essence, sous forme de
principes principiés [cf. Chevreul et Artephius] dans
cette amande mystique. Notons que l'on trouve un équivalent de
cette image dans l'une des figures du Livre
d'Abraham Juif [cf. Atalanta XLVII sur la Virgo paritura].
Nous terminerons l'examen de la figure XXVI par des
considérations sur Attis et
Cybèle : on sait quue
l'amandier est le symbole d'Attis, né d'une vierge qui le
conçut à partir d'une amande ; ce qui nous
intéresse ici n'est pas le mythe d'Attis et Cybèle mais
la correspondance qu'en a établie Jung :« Dans certaines religions préchrétiennes déjà, on voit apparaître une différenciation du principe masculin sous la forme d'une spécification père-fils, transformation qui atteint à sa plus haute signification dans le christianisme. Si l'inconscient était simplement complémentaire, il aurait accompagné cette métamorphose de la conscience en. mettant en relief la mère et la fille, et il aurait pu trouver toute la matière nécessaire dans le mythe de Déméter et Perséphone. Mais, comme le montre l'alchimie, il a préféré le type Cybèle - Attis sous la forme prima materia — filius macrocosmi (fils du macrocosme), témoignant par là qu'il n'était pas complémentaire mais compensateur ". ... Selon toutes apparences, ce fait remarquable semble bien être lié à l'incarnation du dieu purement spirituel dans la nature humaine terrestre, incarnation rendue possible par la génération du Saint-Esprit dans l'utérus de la Beata Virgo (Vierge Bienheureuse). » [Psychologie et Alchimie, p. 34, introduction à la problématique religieuse et psychologique de l'alchimie, op. cit.] Il nous semble que l'on peut, précisément en cette figure XXVI, retrouver ces deux éléments complémentaires et/ou compensateurs évoqués par Jung, en prenant dans notre équation 1 et dans
notre équation 2 .
Il est clair que Cybèle représente le Mercurius et Attis,
le sulphur. Nous pouvons voir ainsi en Cybèle l'opposition de la
Terre à l'étoile et en Attis, celle de l'anima au lapis.
De là vient l'équation 3 : + = ,
autre
formulation
de l'action du sel et du nitrum où l'ioV constitue l'anima mundi in spiritu. Nous
retrouvons l'hiéroglyphe de notre Monade. |
Sur
ce mandala, nous retrouvons les sept corps célestes de la
tradition hermétique. Au centre, un matras du même genre
de ceux que l'on voit dans le Donum Dei,
ce qui laisse à penser que ces ouvrages sont congénaires [Donum Dei, Aurora Consurgens, Rosarium Philosophorum].
Ce mandala réalise une fleur céleste qui rappelle, en un
sens, la rose que nous avons vu dans l'emblème du Summum bonum, in
AC, I. Mixte de blanc et de
rouge, le lapis résulte de la coagulation du
et de la ,
autrement dit son idéogramme est . Dans
son Alchimie,
J. Van
Lennep ne cite pas cette figure et il est vrai qu'elle tranche parmi
les autres. Plus
que d'autres, peut-être, elle
apparaît comme une image éidétique. Le vase de
nature, au centre, peut être comparé au spiritus du
philosophe chymique où s'exprime la quintessence de la
lumière qui émane des sept sphères ; en
première approximation, les associations aux couleurs permettent
de repérer à droite du
: .
N'oublions pas que les Chaldéens considèrent que le signe
du Bélier, gouverné par Mars, est le lieu d'exaltation du
Soleil. Newton en parle quand il évoque le régule étoilé d'antimoine,
cf. symboles. À gauche de la
que l'artiste a curieusement parée de bleu roi, nous voyons sans
doute
: là encore, point de hasard. Les astrologues ont vu dans le
Taureau un hiéroglyphe gouverné par Vénus ainsi
que le lieu d'exaltation de la Lune. En haut, dans le médaillon
noir, Cronos préside aux
transferts ; à droite, il s'agit sans doute de Zeus
qui est le maître des projections. Le dernier médaillon
doit être lié à la Terre hermétique,
c'est-à-dire le stilbium de Tollius. On voit qu'une
seule figure manque
à l'appel pour former l'image d'une monade : Mercure.
Toutefois, il n'est pas difficile de trouver dans le vase de nature
central le Mercurius, représenté sous les traits de ce
matras qui ressemble tant à ceux du Donum Dei.
Une étude plus réfléchie des sept sphères
permet d'étendre le sens des symboles reflétés par
leurs lumières et de procéder à quelques
rectifications : l'image de la
représente
en fait la Lune prise en son dernier quartier, celle qui paraît
à l'Aurore : .
Elle est
suivie par , d'où il
suit qu'elle représente l'image du premier Mercure : . De même, le Soleil situé sous Mars
permet de déterminer un principe principié : ou vitriol
vert.
Du coup, on comprend que le médaillon peint en violet ne puisse,
en aucune manière, être la Lune : il s'agit de l'amalgame philosophique : dans sa première forme. Il s'agit du
laiton ou
Rebis. |
![]() FIGURE XXVII |
![]() FIGURE XXVIII |
À
gauche, les principes principiés sous forme de trinité et
de quaternité. Un cercle, figurant l'unus mundus, et trois
sphères formant le . En haut,
le Dieu pacificateur[Deux Pace] tenant en sa main gauche la terre des
Sages
et en sa main droite ce qui semble être un sceptre mais qu'en
vérité on ne voit que très mal. Toutefois, il est
d'usage que cela soit ainsi [cf.
Nona
figura, De Lapide Philosophorum,
Lambsprinck ou Al-Razi, Opera medicinalia,
XVe siècle]. Le sceptre est parfois
surmonté de l'aigle [aquila = ]
; il
combine alors
les deux attributs fondamentaux du feu secret, symbolisés par
l'hexagramme de Salomon [où certains voient de
manière peut-être abusive, l'hiéroglyphe du lapis].
Il faut plutôt voir dans le sceptre une variation sur le
thème de la projection du bâton de commandement,
l'âme transfigurée par le spiritus sanctus, i.e. le
sulphur .
N'oublions pas le bâton d'Esculape en lacé par le serpent,
qui représente l'emblème de notre corps de métier
et enfin, last but not least, le bâton de Moïse qui se
transformera en serpent d'airain, annonçant par là
l'androgyne hermétique et préfiguration de la croix
chrétienne. Ce même bâton d'ailleurs fait sourdre de
d'une pierre, résultat attendu de l'action du Mercurius qui doit
procurer à l'Artiste de l'eau de roche. À gauche, le
spiritus sanctus sous les traits de la colombe, juchée sur une privée de sa croix. Dans les Racines de la Conscience
[Jung, op. cit.], on trouve en note : « Après l'homme rouge, il trouve le corbeau noir duquel sort la colombe blanche. » [Visions de Zosime, p. 182] L'homme rouge peut représenter a priori l'homme double igné de Basile Valentin, qui, dans son Azoth, est l'emblème du laiton ; quant à la colombe, on l'assilmile au spiritus sanctus, cf. saint Jean le Baptiste. Toutefois, Jung présente une scène qui s'écoule de manière chronologique ; l'interprétation correcte semble être la suivante : l'homme rouge est le symbole du démon ou Mercurius senex [le daemon - Seth Python - que l'on voit figure XXV] ; le corbeau noir lui succède - dissolution où le caput précède les couleurs de la queue de paon - suivi par la colombe qui annonce la sortie du Pont-Euxin ; franchissement des roches cyanées et établissement de l'aqua permanens ; baptême de l'androgyne dans les eaux du Jourdain qui scelle la conjonction des principes. À droite, un enfant portant un bâton et une terre contenant une croix. Indubitablement, ce médaillon de droite ne peut signifier que la
naissante en tant que CORPS. Il s'agit donc du filius, par opposition
au pater et au spiritus sanctus. Voilà qui devrait nous amener
nécessairement à introduire quelques mots sur la
trinité si nous n'avions traité déjà mille
fois ce sujet dans nos sections. Jung a consacré
là-dessus des pages importantes dans son Essai sur la symbolique
de l'Esprit [trad. Albin Michel, op. cit.], cf. AC, I.
Les alchimistes ont parlé de leur Mercure, de leur Soufre et de
leur Sel mais cela ne saurait constituer la Trinité, en tant que
clef pouvant ouvrir le scel de nature, donnant accès à la
quaternité, c'est-à-dire au Mysterium conjunctionis.
C'est la raison pour laquelle nous avons évoqué supra
cette notion de principes « principiés » ou «
principiants » : cf. Chevreul,
critique d'Artephius.
C'est par la croix - i.e. le FEU - que l'on parvient à
transformer les principes simples en éléments dynamiques
qui se trouvent exprimés, dans la figure
XXVIII,
par les liaisons entre les quatre sphères. La quintessence n'est
pas absente du schéma : chaque sphère est reliée
aux autres éléments par 5 liens. Seule la sphère
centrale n'est reliée aux autres que par 3 liens : elle exprime
l'intrusion de la quaternité dans la trinité et la
conjonction des principes. On remarquera cependant qu'il ne s'agit pas
là de la conjonction des principes mâle et femelle, mais
du père et du fils : c'est Senior et Adolphus de l'Azoth ; c'est
encore les principes de Lambsprinck du De Lapide Philosophorum,
ouvrage très important. Ce motif se retrouve dans l'un des
caissons du château de Dampierre - sur-Boutonne [caisson n°5 de la série 3]. Enfin,
la sphère centrale ou
symbolise la
conjonction. On trouve une image analogue dans la decimaquinta figura du De Lapide Philosophorum.
Cette decimaquinta figura est décrite par Jung dans son
Psychologie et Alchimie, p. 438 : « la trinité alchimique : le roi et son fils avec Hermès entre eux (Hermès = Spiritus Mercurii, Esprit du Mercurius). » [Figurae et emblemata, in Musaeum Hermeticum]. Sur le spiritus mercurii de Jung, il peut s'agir de la « substance » qui y est infusée : ce ne peut être que le sulphur ou anima mundi. |
La
forme essentielle et accidentelle se conjuguent en une
singulière image : l'animus et l'anima. Les figures XXIX et XXVI
doivent être rapprochées car elles sont
complémentaires. Il est probable qu'il s'agisse d'une autre
version, sans doute postérieure. J. Van Lennep ne
l'évoque pas [cf. Alchimie,
p. 67]. L'amande tenue par la vierge
ailée contient deux objets qui nous sont familiers : le glaive
et la c.
Les ailes arborent les trois couleurs de l'oeuvre : noir, blanc et
rouge ; la robe est rouge. L'ensemble paraît plus apaisé
que la version XXVI. Ces ailes,
déployées, donnent toujours l'aspect de la
à cet ensemble. Van Lennep voit dans ce glaive croisé le
caducée d'Hermès : aussi bien pouvons-nous
considérer qu'il s'agit là d'une variation sur le
thème des Gémeaux de l'oeuvre, dont on trouve une superbe
représentation dans l'une des images
du Livre d'Abraham Juif. On voit bien, en même temps qu'un autre
signe se dégage : qu'il faut
lire d'ailleurs ,
manière de combiner ce que Jung dit dans les types
psychologiques, sur la réalité de l'âme, au sujet
de la différence - et de la proximité - entre homoousie [omoousioV = semblable au Père, i.e. de la
nature de la susbtance, cf. figure XXVIII]
et homoiousie [consubstantialité
et analogie de la substance du christ avec Dieu, i.e. de la anture de l'essence, cf. supra].
Ces deux hiéroglyphes rendent compte, par omoiow,
de l'importance fondamentale à accorder dans l'alchimie au
concept d'assimilation et d'adaptation, qui rend possible le lapis -
dans le monde physique - et dans le monde de la psyché le
transfert et la projection. Précisons encore que dans cette
croix que nous présente la vierge dans un mandala, on peut
encore voir, outre le glaive de feu, les initiales de I C. Cette croix du
Christ, on peut aussi l'observer dans l'arbre de vie de la figure XXIV, arbre dont on rappelle
qu'il est couronné. |
![]() FIGURE XXIX |
![]() FIGURE XXX |
Version
là encore postérieure à celle de la figure XIII. C'est
toujours le thème de l'hydropisie : l'Atalanta fugiens
et le De Lapide
Philosophorum de Lambsprinck nous présentent des
allégories analogues [Atalanta XLVIII
et decimaquarta figura]. Le roi, malade de
son hydrops, doit être soigné par des simples. Dans l'emblème XIII, Michel Maier
écrit : « Il y a de même une espèce de miracle à ce que l’airain des philosophes souffrant d’hydropisie en soit délivré par des lotions d’eau. » [Atalanta fugiens] Il s'agit des laveures de Flamel et l'alexipharmacon n'est autre que la digamma de Salomon . Voyez
encore là-dessus des notes à l'Atalanta XV et XL.
Considérez encore que l'hydropisie était jadis une
maladie qu'on croyait influencée par la .
Il semblait
logique que l'on cherchât à la soigner par . Les deux écueils principaux de
l'oeuvre sont la sécheresse précoce [pauvreté
d'Âme] et l'hydropisie [excès d'esprit ou esprit fort]. Le
facteur principal de survenue de ces deux effets indésirables
serait l'impatience. On trouve encore une allégorie dans la Turba
: « Une grande Trésorière tomba malade de diverses maladies; pâles- couleurs, hydropisie, paralysie. Elle était extrêmement jaune depuis le haut de la tête jusqu’à la poitrine; depuis la poitrine jusqu’aux cuisses elle était blanche et enflée, et paralytique jusqu’en bas. Elle dit à son Médecin de lui chercher sur une montagne la plus haute de toutes, deux plantes d’une propriété et d’une vertu supérieure à toutes les autres plantes. Il lui en apporta, elle s’en ceignit, et se trouva dès le moment guérie de toutes ses infirmités. » Il n'est pas difficile de voir le symbole de la conjonction dans la recherche de la montagne la plus haute ; et celle des luminaires correspondant aux deux plantes. L'Adepte à qui l'on doit ce remarquable traité qu'est l'Oeuvre secret d'Hermès [qui n'est probablement pas de la main de Jeand 'Espagnet] dit encore : « Le vif-argent est tellement infecté par le défaut et le vice de son origine, qu'il en garde deux traces remarquables : la première, il l'a contractée par l'impureté de la terre qui s'est mêlée à sa génération, et qui continue à y adhérer par la congélation. L'autre, pareille à une hydropisie, est une maladie d'eau entre chair et cuir, qui provient d'une eau grasse et impure mélangée à la limpide, et que la nature n'a pas pu épuiser et séparer par contraction. » [cap. 50] L'expression clef est « maladie d'eau entre chair et cuir ». Posons que la chair représente le corps du lapis et que le cuir est le symbole du sulphur . L'opération doit consister à retirer
le surplus d'eau du Mercurius ,
c'est-à-dire d'en ôter Shlenh, afin de
déposer la †
au centre de la nigredo en sorte
d'achever la préparation de
ioV,
dont on voit les
segments dans l'amande mystique de la figure
XXIX. On poura encore consulter les Fables Egyptiennes et
Grecques de Dom Pernety, à l'article : Des maladies des métaux :« L'hydropisie du mercure ne lui arrive que de trop d'aquosité et de crudité qui trouvent leur cause dans la froideur de la matrice où il est engendré, et de défaut de temps pour se cuire. Ce vice est un péché originel dont tous les autres métaux participent. Cette froideur, cette crudité, cette aquosité ne peuvent être guéries que par la chaleur et l'ignéité d'un soufre bien puissant... » On comprend fort bien la raison pour laquelle Fulcanelli assure que la matière des Sages se présente comme Mercurius ou Sulphur selon la forme qu'elle adopte. C'est le lieu de citer les larmes de saint Pierre si l'on tient compte du fait que le Mercure n'est, somme toute, que de l'eau de roche [cf. notre saint Jean Baptiste]. Dès lors, on comprend le sens à donner aux nombreuses plumes violettes éparpillées au pied de l'androgyne de la figure I : relisons ce que dit Philalèthe dans sa préparation du régule étoilé d'antimoine : « J'ai marié l'aigle en faisant retomber la sublimation sur la confection, et y ajoutant de plus en plus et par degrés de son humeur ou humidité radicale ; et par là la consistance a été faite en fort bon régime; l'hydropisie qui avait régné dans chacune des trois premières aigles ou sublimations a cessé entièrement. » [VII. Autre purgation très bonne] Ces Aigles du Philalèthe ou sublimations répétées - il y en a sept - sont une allégorie portant sur la durée de la coction et il convient ici de considérer la symbolique du nombre sept. Nous terminerons l'examen de cette figure par une citation des Douze Portes [Compound of Alchemy, in Theatrum Chemicum Britannicum d'Ashmole] de Ripley : « CIBATION est la nutrition ou nourriture de notre Matière seiche, de lait puis de viande, lui donnant modérément de chacun, jusqu'à ce qu'elle soit réduite au troisième ordre. Mais ne lui donne jamais tant que tu puisses la suffoquer. Garde-là d'hydropisie et du déluge de Noé... » [Septième porte] |
Cette figure ne correspond pas à
la 1ère version du XVe siècle et elle date
probablement du XVIe comme la figure
XXX. Des
aigles, cinq, viennent s'abreuver à une source d'eau vive dont
la nature ne laisse aucun doute : il s'agit de l'aqua permanens et le
travail se fait au creuset sous un feu soutenu dont Fulcanelli assure
qu'il est du 4ème degré [1200 °C]. Nous
savons que l'aigle réalise la transition entre
et . Il permet d'assurer la production d'un qui participe à la fois du et du . Le but
est la
surrection d'une ,
la Délos hermétique : c'est cette terre qui assurera
à Latone d'échapper au pouvoir de Typhon. Ce liquide en
fusion n'est autre que l'ugroliqoV
ou pierre liquide : il s'agit des « larmes de saint Pierre
» que nous évoquions tout à l'heure. Zosime, dans
ses Visions, évoque cette pierre [Traité
du divin Zosime sur l'Art, collection des Anciens
alchimistes grecs, Berthelot, Paris, 1887].
D'ailleurs, on pourrait penser que - par cabale - cette figure
évoque la rencontre de saint Jean [l'Aigle] et de saint Pierre.
En effet, nous avons donné dans l'examen du retable baroque d'Issenheim un texte
tout à fait singulier sur saint Pierre qui permet d'envisager ce
rapprochement étonnant : cette pierre liquide peut
représenter cette tête chauve et vénérable,
image de ce vieillard qui
pleure
amèrement et qui prie les mains jointes. Ne peut-on y voir le
vieillard de la tradition alchimique, c'est-à-dire le Mercurius
senex ? Selon ce qu'en disent les Phrygiens, saint Pierre ne serait
autre qu'Annac qui vivait au temps de Deucalion. Le rapport
s'établit instantanément avec la figure XXXI : l'aigle
constitue le symbole des sublimations philosophiques et permet de
guérir le vieux roi de son hydropisie - revoyez la figure I:
l'entassement des oiseaux correspond aux assauts du Mercure face au
FEU dont le but - pour l'Artiste - est d'obtenir l'assation, c'est -
à-dire de faire en sorte que la coagulation de l'eau mercurielle
survienne. Ces aigles symbolisent ici la fixation du volatil en ceci,
que cet oiseau est l'instrument qui permet de volatiliser la
dissolution, c'est-à-dire de faire disparaître la noirceur
: il assure la transition entre la nigredo et l'albedo. Aussi est-il
lié à Zeus, cf. emblème
LXVI de l'Atalanta fugiens.
Dans les régimes de couleur, celui de se situe
entre et
: Pernety lui attribue la couleur grise. La clef du problème se
situe dans la conduite du feu - nous entendons parler du feu secret :
Héphaistos. Nous en parlerons dans la figure suivante.
|
![]() FIGURE XXXI |
![]() FIGURE XXXII |
La figure XXXII
est divisée en deux tableaux ; celui de droite ne pose
guère de problème. On mène un personnage
garrotté au feu. Semblable allégorie se retrouve dans l'emblème XX de l'Atalanta fugiens,
à la différence que c'est un chevalier qui est
convié par Diane au combat contre .
L'allégorie est claire : la matière de l'oeuvre doit
passer au creuset [crux] afin de subir une dissolution, condition sine
qua non de sa dépuration, qui la conduira à la
réincrudation [l'analogue
de ce que Jung nomme, en psychanalyse le processus d'individuation, cf.
supra et AC, I]. Le
tableau de gauche, en revanche, est plus complexe : il s'agit d'une
trépanation [on consultera
le site suivant : http://loic.hibon.free.fr/].
Que recouvre cette nouvelle énigme ? La mythologie
répondra pour partie à cette question : on sait
qu'Héphaistos fend le crâne de Zeus pour en faire sortir
Pallas Athéna, « toute armée » et qu'il faut
y voir notre , cf
là-dessus Atalanta fugiens,
emblème XXIII. Dans le Platonis Libri Quartorum
[Theatrum Chemicum, vol. V,
1622, pp. 101-185], on trouve des passages que Jung a
soulignés dans le Symbole de
la Transsubstantation :« La " chose ronde " est la " chose simple " dont on a besoin dans l'oeuvre. Elle est projetée du crâne " videlicet capitis elementi hominis " ... » [in Racines de la conscience, op. cit., p. 265] Ce vase rond est appelé par Zosime W et il y a un rapport évident entre la pierre des philosophes et « la pierre toute blanche qui est dans la tête » [cité par Jung, d'après Berthelot, Alchimistes Grecs, III, xxix, 4]. Il est possible que l'on trouve dans le chapitre VIII de l'Aurora Consurgens : la Troisième Parabole : De la porte d'airain et du verrou de fer de la captivité de Babylone une analogie avec cette allégorie de la trépanation, opération par laquelle on extrait de l'esprit ,
l'âme vive : en
témoigne ce passage que cite M.-L. von Franz du Platonis Libri Quartorum
[p. 144, op. cit.] :« Ceux qui demeurent au bord du fleuve Euphrate sont les Chaldéens ... les premiers qui parvinrent à extraire la pensée. » [Aurora Consurgens, trad. la Fontaine de Pierre, p. 89] Et il y a dans ce chapitre VIII ceci : « Car cette génération arrive et passe jusqu'à ce que vienne celui qui doit être envoyé, qui ôte le joug de notre captivité ... » [op. cit., p. 89] Et l'on sait, en alchimie, que c'est toujours l'âme qui est captive ; obtenir l'humide radical, i.e. passer la matière au feu, c'est avant tout faire du métal une chaux et l'ouvrir. Il y a lieu ici évidemment de rapprocher la figure XXXII de la figure XXIV. Strabon rapporte qu'il plut de l'or à Rhodes lorsque Minerve naquit du cerveau de Jupiter : n'est-ce pas là l'opération de l'anima consurgens , cf. AC, I ? Nous pourrions signaler de même
que korrh
signifie frapper à la tempe : Héphaistos ne fait-il pas
sortir Pallas Athéna du cerveau - de l'esprit - de Zeus en lefrappant à la tempe ? Et ne produit-il pas, ainsi, le BasileuV de l'oeuvre : koroV
? Il y a là, à n'en pas douter, un entrelacs spirituel
où seul le cabaliste peut arriver à tirer
littéralement l'eau du puits... [cf. Aureum Seculum Redivivum et Jung, Mysterium
conjunctionis, II, pp. 314-315, le monocolus, trad. Albin Michel,
1982] |

