INTRODUCTION À L'ÉTUDE DE LA CHIMIE DES ANCIENS ET DU MOYEN AGE Marcelin Berthelot
SÉNATEUR, MEMBRE DE L'INSTITUT, PROFESSEUR AU COLLEGE DE FRANCE AVEC PLANCHES, FIGURES EN PHOTOGRAVURE D'APRÈS LES MANUSCRITS, TABLES ET INDEX PARIS GEORGES STEINHEIL, ÉDITEUR 2, RUE CASIMIR-DELAVIGNE, S l889
plan : VII. SUR QUELQUES MÉTAUX ET MINÉRAUX PROVENANT DE L'ANTIQUE CHALDÉE - VIII. — NOTICES DE MINÉRALOGIE, DE MÉTALLURGIE ET DIVERSES - LISTE ALPHABÉTIQUE DES NOTICES - partie I - II - III - IV - V - VI - VII -
revu le 29 juillet 2004
VII. — SUR QUELQUES MÉTAUX ET MINÉRAUX PROVENANT DE L'ANTIQUE CHALDÉEEn poursuivant mes études sur les origines de l'Alchimie et sur les métaux antiques, j'ai eu occasion d'examiner diverses matières, provenant, les unes du palais de Sargon, à Khorsabad, les autres des fouilles de Tello par M. de Sarzec. C'est grâce à l'extrême obligeance de notre confrère, M. Heuzey, conservateur au musée du Louvre, que j'ai pu étudier ces échantillons, tirés des précieuses collections de notre grand Musée national. Je vais présenter les résultats de mes analyses, et j'exposerai ensuite divers documents nouveaux ou peu connus, relatifs à l'origine de l'étain employé par les anciens dans la fabrication du bronze. Commençons par les objets provenant de Khorsabad. Dans le cours de ses fouilles, en 1854, M. Place découvrit, sous l'une des pierres angulaires du palais de Sargon, un coffre 4e pierre contenant des tablettes votives, couvertes d'inscriptions cunéiformes très nettes, destinées à rappeler la fondation de L'édifice (706 av. J.-C.). D'après M. Place, ces tablettes auraient été au nombre de cinq ; mais les inscriptions indiquent formellement qu'il y en avait sept, désignées nominativement. Quatre seulement de ces tablettes se trouvent aujourd'hui au musée du Louvre. Les trois autres sont perdues. Les quatre tablettes qui restent portent des inscriptions longues et détaillées. M. Oppert a publié la traduction de trois d'entre elles, dans l'ouvrage intitulé : Ninive et l'Assyrie, par V. Place (t. II, p. 303 ; 1870). Le sens en est à peu près le même pour les trois et il se rapporte à la construction du palais. D'après cette traduction, les tablettes étaient en or, argent, cuivre, en deux autres corps dont les noms ont été identifiés avec le plomb et l'étain, ce dernier plus douteux, d'après M. Oppert: enfin en deux derniers corps portant le déterminatif des pierres employées comme matériaux de construction, et qui sont regardés comme du marbre et de l'albâtre. Malheureusement; chaque tablette ne contient pas à part le nom de la matière dont elle est faite. J'ai examiné les quatre tablettes actuellement existantes au Louvre. Elles sont rectangulaires et épaisses de plusieurs millimètres. La lame d'or est la plus petite ; elle se reconnaît aisément, quoiqu'elle ait perdu son éclat. Elle pèse environ 167 g. Elle a été façonnée au marteau. Le métal n'est pas allié avec un autre en proportion notable. La lame d'argent est également pure, ou à peu près. Elle est légèrement noircie à la surface, en raison de la formation d'un sulfure, comme il arrive à l'argent exposé pendant longtemps aux agents atmosphériques. Elle pèse environ 435 g. Je donne ces poids à titre de renseignements, sans préjuger la question de savoir s'ils répondaient aux valeurs relatives des métaux à l'époque de la fondation du palais. On sait que le rapport de valeur de l'or à l'argent a varié beaucoup suivant les temps et les lieux. La lame réputée de cuivre est profondément altérée et en partie exfoliée par l'oxydation. Elle pèse, dans son état présent, environ 952 g. Ceci joint à la densité du métal, moindre que celle de l'or et de l'argent, suffit pour montrer que les dimensions en sont beaucoup plus considérables que celles des deux autres. La couleur en est rouge foncé, déterminée surtout par la présence du protoxyde de cuivre. Cependant ce n'est pas du cuivre pur, mais du bronze. En effet, un échantillon prélevé à la lime sur les bords renfermait, d'après l'analyse :
Etain....................... 10,04;
Cuivre...................... 85,25 ;
Oxygène, etc............... 4,71;Il n'y a ni plomb, ni zinc, ou autre métal en quantité notable. La proportion de l'étain répond à celle d'un bronze jaune d'or ; mais la présence du protoxyde de cuivre a altéré la couleur. Cette composition se retrouve d'ailleurs dans un grand nombre de bronzes antiques. Je citerai seulement un miroir égyptien, datant du XVIIe ou du XVIIIe siècle avant notre ère, et que j'ai analysé autrefois pour M. Mariette. Il renfermait 9 parties d'étain et 91 de cuivre. La quatrième tablette est la plus intéressante de toutes, à cause de sa composition. Elle pèse environ 185 g. Elle est constituée par une matière d'un blanc éclatant, opaque, compacte, dure, taillée et polie avec soin. Elle a été réputée jusqu'ici formée par un oxyde métallique et désignée même à l'origine sous le nom de tablette d'antimoine, d'autres disent d'étain ; d'après l'opinion qu'elle aurait été fabriquée autrefois avec un métal que le temps aurait peu à peu oxydé. Cependant, ni l'antimoine ni l'étain ne possèdent la propriété de s'altérer de cette façon, surtout lorsqu'ils sont contenus dans un coffre de pierre. Tout au plus le plomb ou le zinc sont-ils susceptibles de se changer en oxyde, ou en carbonate, dans un milieu humide ; mais alors ils se désagrègent et tombent en poussière, tandis que la tablette est parfaitement compacte et couverte d'une inscription très fine et d'une extrême netteté. Sa nature réelle constituait donc une véritable énigme. Pour l'examiner de plus près, nous avons d'abord pratiqué avec précaution un sondage, et constaté qu'il n'existait pas de feuille de métal centrale dans l'épaisseur de la tablette. L'analyse chimique a indiqué ensuite que la matière de la tablette est du carbonate de magnésie pur et cristallisé, substance bien plus résistante aux acides étendus et aux agents atmosphériques que le carbonate de chaux. Le poli de cette tablette paraît avoir été complété à l'aide d'une trace presque insensible de matière grasse, laquelle se manifeste par calcination. Observons ici que notre magnésie et ses sels étaient inconnus dans l'antiquité et au moyen âge, le nom de magnésie ayant eu autrefois des sens très différents, multiples d'ailleurs (Voir ce volume, p. 28, 66, 153 et plus loin.). Dans Pline, ce mot désigne divers minéraux noirs, blancs, ou roux, provenant des villes et provinces du même nom : en particulier la pierre d'aimant ou pierre magnétique (qui en a conservé la dénomination) ; un minéral qui parait être notre oxyde de manganèse (autre transformation du même nom) ; enfin les pyrites de fer, de cuivre, peut-être d'étain et de plomb. Par extension, le nom de magnésie fut ensuite appliqué aux produits successifs : oxydes et même alliages, provenant du grillage et du traitement de ces diverses pyrites. Le sens du mot a changé encore chez les Alchimistes, qui l'ont étendu à certains alliages et amalgames, parfois argentifères. C'est seulement vers le XVIIIe siècle qu'il a été donné aux mélanges de sulfate et de carbonate de chaux, renfermant souvent des sels de magnésie; et finalement au carbonate précipité du sel d'Epson : dernière attribution qui a conduit le mot magnésie à sa signification actuelle. Quoi qu'il en soit, le carbonate de magnésie pur et cristallisé est un minéral fort rare, que Haüy ne connaissait pas encore au commencement de ce siècle. Son association intime avec le carbonate de chaux engendre la dolomie, roche au contraire fort répandue. On rencontre surtout le carbonate de magnésie proprement dit, en veines intercalées dans les schistes talqueux, serpentines et autres silicates magnésiens ; il résulte de la décomposition lente de ces schistes par les agents naturels. La matière de la tablette du palais de Sargon renferme en effet quelques traces de silice, qui trahissent la même origine. Le choix d'un minéral aussi exceptionnel, pour fabriquer une tablette sacrée, n'a pas dû être fait au hasard : il répondait sans doute à quelque idée religieuse particulière. En tous cas, il prouve que les Assyriens connaissaient le carbonate de magnésie comme une substance propre. A quel mot répondait réellement cette tablette dans l'inscription, où elle paraît figurer sous l'un des noms réputés jusqu'ici métalliques ? Malgré l'absence d'une dénominatîon spéciale sur cette tablette, M. Oppert a bien voulu me dire qu'elle était désignée par le mot a-bar, pris auparavant pour celui de l'étain. Il m'a semblé utile, pour tâcher d'obtenir quelque lumière nouvelle à cet égard, d'analyser la matière même avec laquelle sont construits les grands taureaux du musée du Louvre et de rechercher surtout si elle contiendrait de la dolomie. Mais j'ai vérifié que c'est du carbonate de chaux cristallisé, présentant la constitution physique soit du marbre, soit plutôt de cette variété de calcaire, confondue autrefois sous le nom d'albâtre avec le sulfate de chaux anhydre. Il ne m'appartient pas de discuter davantage la question philologique de la vraie dénomination de ces matières (v. ce volume, p. 80). Pendant que j'étudiais les tablettes de Khorsabad, M. Heuzey appela mon attention sur certains objets métalliques, provenant des fouilles faites à Tello par M. de Sarzec : c'étaient un fragment d'un vase et une figurine votive. Le fragment représente une portion d'un cordon circulaire cylindrique, de 7 mm à 8 mm de diamètre, qui formait l'orifice d'un vase moulé, préparé par fusion et coulage. On voit encore une partie de la gorge qui séparait ce cordon du corps du vase proprement dit. La forme en est très simple et sans aucuns linéaments délicats, ni inscription. La surface est couverte d'une très légère patine, d'un noir jaunâtre. La masse est formée par un métal brillant, noir, dont la cassure présente des cristaux volumineux et miroitants. La matière même est très dure, mais fragile. D'après l'analyse, elle est constituée par de l'antimoine métallique, sensiblement pur et ne renfermant à dose notable ni cuivre, ni plomb, ni bismuth, ni zinc, mais seulement quelques traces de fer. La patine paraît être un oxysulfure, formé par l'action des traces d'hydrogène sulfuré qui existent dans l'atmosphère. L'existence d'un fragment brisé de vase moulé en antimoine pur a quelque chose de singulier ; car l'industrie actuelle n'emploie pas ce métal pur à un semblable usage, quoiqu'elle se serve fréquemment de ses alliages, et je n'ai vu aucun autre exemple analogue dans les ustensiles, soit du temps présent, soit des temps passés. Cependant on m'avait affirmé que les Japonais l'appliquent dans leurs fabrications et l'on m'a même remis un petit dauphin ailé, réputé constitué par de l'antimoine. Mais l'analyse exacte de ce dauphin a montré qu'il contenait du zinc et divers métaux associés (étain, bismuth, fer), mais qu'il était loin d'être formé par l'antimoine pur. Si l'antimoine pur a été réellement employé par les Japonais, ce dont je doute, il y aurait là un rapprochement singulier avec les antiques industries chaldéennes. C'est d'ailleurs une circonstance extrêmement curieuse que la trouvaille authentique d'un tel fragment travaillé d'antimoine, faite à Tello, lieu demeuré inhabité depuis le temps des Parthes, et qui renferme les débris de la plus vieille civilisation chaldéenne. L'antimoine, en effet, est réputé ne pas avoir été connu des anciens et avoir été découvert seulement vers le XVe siècle. Cependant on doit observer que les anciens connaissaient parfaitement notre sulfure d'antimoine, minéral naturel auquel ils donnaient le nom de stibium ou stimmi et qu'ils employaient à de nombreux usages, particulièrement en Médecine. Il existe même dans Dioscoride un passage reproduit par Pline et dont je crois pouvoir conclure que l'antimoine métallique avait déjà été obtenu à cette époque. On lit en effet dans Dioscoride [Matière médicale, liv. V, ch. xcix) :
« On brûle ce minéral en le posant sur des charbons et en soufflant jusqu'à incandescence; si l'on prolonge le grillage, il se change en plomb (molubdoutai) ».
Pline dit de même (Histoire naturelle, liv. XXXIII,chap. xxxiv) :
« Il faut surtout le griller avec précaution, pour ne pas le changer en plomb (ne plumbum fiat) ».
Ces observations répondent à des phénomènes bien connus des chimistes. En effet, le grillage ménagé du sulfure d'antimoine, surtout en présence du charbon, peut aisément le ramener à l'état d'antimoine fusible et métallique, substance que Pline et ses contemporains confondaient, au même titre que tous les métaux noirs et facilement fusibles, avec le plomb. L'existence du vase de Tello prouve que l'on avait également en Mésopotamie, et dès une époque probablement beaucoup plus ancienne, essayé de préparer des vases moulés avec cette prétendue variété de plomb, moins altérable que le plomb ordinaire. Depuis la première publication de ces analyses, j'ai reçu une lettre de M. R. Virchow, qui m'annonce avoir imprimé, dans le Bulletin de la Société anthropologique de Berlin (Verhandlungen der Berliner Anthropologischen Gesellschafft, Sitzung vom 19 Januar 1884. Les dessins sont aux pages 129 et 130), une Note sur de petits ornements en antimoine, trouvés dans une ancienne nécropole transcaucasienne (RedkinLager), datant probablement du temps de la première introduction du fer. C'est là un autre exemple de l'antique connaissance de l'antimoine. La figurine métallique votive de Tello donne lieu à des observations non moins intéressantes. Elle représente un personnage divin, agenouillé, tenant une sorte de pointe ou cône métallique. Elle porte le nom gravé de Goudéah, c'est-à-dire qu'elle répond à l'époque la plus ancienne à laquelle appartiennent les objets trouvés jusqu'ici en Mésopotamie. M. Oppert lui attribuerait une antiquité de quatre mille ans avant notre ère. Nous nous trouvons ainsi reportés aux temps les plus reculés de la métallurgie histo-rique (La figurine est dessinée dans l'ouvrage intitulé : Découvertes en Chaldée, par E. de Sarzec (PI. 28, figures 3 et 4). Cette figurine est recouverte d'une épaisse patine verte. Au-dessous de la patine se trouve une couche rouge, constituée par le métal, profondément altéré et oxydé dans la majeure partie de son épaisseur. Puis vient un noyau métallique rouge, qui offre l'apparence et la ténacité du cuivre proprement dit : c'est le dernier reste du métal primitif, progressivement détruit par les actions naturelles. J'ai analysé ces différentes parties. La patine verte superficielle est un mélange de carbonate de cuivre et d'oxychlorure de cuivre hydraté. Ce dernier composé est bien connu des minéralogistes sous le nom d'atakamite. Il résulte de l'altération du métal par les eaux saumâtres, avec lesquelles la figurine s'est trouvée en contact pendant la suite des temps. La couche moyenne est du protoxyde de cuivre à peu prés pur, ne renfermant ni étain, ni antimoine, ni plomb ou métal analogue, ni zinc, à dose notable ; elle résulte d'une altération lente du cuivre métallique. Enfin le noyau est constitué par du cuivre métallique; très sensiblement pur. L'absence de tout métal autre que le cuivre dans cette figurine mérite d'être notée ; car les objets de ce genre sont d'ordinaire fabriqués avec du bronze, alliage d'étain et de cuivre, plus dur et plus facile à travailler
que ses composants. L'absence même de l'étain dans le cuivre de Tello pourrait offrir une signification historique toute particulière. En effet, l'étain est bien moins répandu que le cuivre à la surface de la terre et son transport a toujours été, dans l'antiquité comme de nos jours, l'objet d'un commerce spécial. En Asie notamment, on n'avait, jusqu'à ces derniers temps, signalé d'autres gîtes d'étain un peu abondants que ceux des îles de la Sonde et des provinces méridionales de la Chine. Le transport de cet étain vers l'Asie occidentale se faisait autrefois par mer, jusqu'au golfe Persique et à la mer Rouge, au moyen d'une navigation longue et pénible; et il était transmis de là sur les côtes de la Méditerranée, où il venait faire concurrence à l'étain des îles anglaises (îles Cassitérides), transporté soit à travers la Gaule, soit par le détroit de Gadès ; ainsi qu'à celui des gîtes moins abondants delà Gaule centrale (Strabon le signale aussi en Lusitanie (Liv. III, ch. II, 8),où l'étamage du cuivre fut d'abord pratiqué (PLINE, H.N.,1. XXXIV, 48) ; enfin à l'étain des gîtes de la Thrace, peut-être aussi à celui de la Saxe et de la Bohême, et autres provenances locales, répondant à des gîtes peu abondants (3), mais dont la connaissance par les anciens est incertaine. L'importance de ces gîtes locaux a été spécialement discutée dans l'ouvrage de M. A. B. Meyer sur des fouilles en Carinthie, intitulé : Gurina in Obergailthales (Kärnthen) 1885 (p. 65 et suivantes); ouvrage que l'auteur a bien voulu m'adresser. Elle mérite d'autant plus notre attention que des voyages aussi longs et aussi pénibles, des navigations si difficiles n'ont dû s'établir qu'après bien des siècles de civilisation. Les Phéniciens, venus autrefois des bords du golfe de Persique à ceux de la Méditerranée, paraissent avoir été les premiers promoteurs de cette navigation, du moins en Occident (STRABON, liv. III, chap. V, 11). En fait, j'ai eu connaissance récemment de deux documents, qui sont de nature à fixer une origine moins lointaine à l'étain des bronzes de l'Assyrie et de l'Egypte (Quelques auteurs Ont supposé qu'il avait dû exister autrefois des minerais d'étain dans l'Ibérie du Caucase Mais les géologues n'en ont jamais trouvé jusqu'ici dans cette région. Voir sur cette question : Recherches anthropologiques dans le Caucase, par E. Chantre, t. I, p. 81 (1885), et Age du bronze, t. II, p. 305.). En effet, d'après une Note publiée par M. G. Bapst, dans les Comptes rendus de l'Académie des inscriptions (1886), un voyageur russe, M. Ogorodnikoff, aurait appris des habitants de Meched qu'il existait, à 120 kilomètres de cette ville et dans divers points du Khorassan1 (L'existence de mines d'étain au Khorassan a été signalée par Von Baer, Archiv fur Anthropologie, t. IX, 1876), des mines d'étain, actuellement en exploitation. Ces renseignements sont regardés par l'auteur comme sujets à caution, en raison de l'incertitude de témoignages de cet ordre, purement oraux et fournis par des Tatars. Cependant, circonstance remarquable, ils se trouvent en certain accord avec un passage de Strabon, que m'a indiqué M. P. Tannery. Strabon signale en effet (liv. XV, chap. II, 10) des mines d'étain dans la Drangiane, région qui répond au sud du Khorassan, au-dessous d'Hérat, vers les limites occidentales de notre Afghanistan. Mais le transport de l'étain de ce point jusqu'à la Chaldée aurait encore exigé un voyage par terre, de longue durée, à travers des régions où. les modernes eux-mêmes ne parviennent que bien difficilement. A la vérité, les métaux usuels et leurs alliages semblent avoir été transportés autrefois à travers le monde par des fondeurs nomades, analogues aux Tziganes et qui passaient partout. La principale difficulté que l'on puisse objecter à ces petits gîtes et à ces transports individuels d'étain, c'est l'abondance et la diffusion universelle des armes de bronze,pendant de longs siècles. Les hypothèses précédentes ne semblent pas répondre aux besoin d'une fabrication aussi prolongée, aussi générale et aussi considérable. Pour y satisfaire, il a dû exister des transports réguliers de masses d'étain, venant de mines abondantes et inépuisables. Si l'étain est rare dans le monde, il n'en est pas de même du cuivre. Les minerais de cuivre se trouvent sur un grand nombre de points. Les mines du Sinal, pour ne pas en citer de plus lointaines, sont célèbres dans la vieille Egypte. L'extraction du cuivre métallique à l'aide de ses minerais est d'ailleurs facile. En raison de ces circonstances, plusieurs archéologues ont supposé qu'un âge du cuivre pur, c'est-à-dire un âge ou l'on fabriquait avec ce métal les armes elles ustensiles, avait dû précéder Page du bronze. Le bronze, plus dur et plus résistant, aurait ensuite remplacé le cuivre, dès qu'il fut découvert. Pour juger de cette hypothèse et pour établir la date à laquelle ont commencé ces transports lointains et cette vieille navigation, il serait nécessaire de posséder l'analyse des objets les plus anciens qui aient une date certaine, parmi les débris de l'antiquité venus Jusqu'à nous. Or le bronze à base d'étain existait déjà en Egypte, près de deux mille ans avant notre ère, d'après les analyses de ce genre (v. p. 220). L'analyse de la figurine de Tello semble indiquer, au contraire, que l'étain n'était pas encore connu, à l'époque reculée de la fabrication de cet objet, l'étain n'arrivant pas alors jusqu'au golfe Persique. Ce n'est là d'ailleurs qu'une induction, quelque circonstance religieuse ou autre ayant pu déterminer l'emploi exclusif du cuivre dans cette figurine : il faudrait examiner des objets plus nombreux et plus variés pour arrivera cet égard à une certitude. Mais il m'a paru intéressant de signaler les problèmes d'ordre général soulevés par l'analyse des métaux de Tello.
VIII. — NOTICES DE MINÉRALOGIE, DE MÉTALLURGIE ET DIVERSES
Durant le cours de mes recherches sur les Alchimistes, j'ai recueilli dans les auteurs anciens et dans ceux du moyen âge, un grand nombre de renseignements intéressants sur la minéralogie et sur la métallurgie des anciens; renseignements qui n'ont pu trouver une place suffisante dans les articles de l'Introduction, ou dans les notes de la Traduction. C'est pourquoi il m'a semblé utile de les reproduire ici dans un article spécial, lequel ne sera pas, je l'espère, sans quelque fruit pour les personnes qui étudieront le présent ouvrage. J'en donne d'abord, pour plus de clarté, la liste alphabétique ; puis viendront les notices elles-mêmes.
LISTE ALPHABÉTIQUE DES NOTICES2
Aes, AIRAIN, BRONZE, CUIVRE, calkoV et dérivés. — Aerugo, viride aeris, aeruca — rubîgo — IoV calkou. loV xuston — scolex — Flos, anqoV calkou — aes ustum, calkoV kakaumenoV — scoria, lepis — squama — stomoma — smegma, — diphryges — faex aeris — craie verte, théodotion.
AÉTITE, pierre d'aigle.
ALCHIMISTES GRECS (tradition au moyen âge.)
ALPHABETS et écritures hermétiques.
ALUN, stupthria.
AMMONIAC (sel).
ANTIMOINE (sulfuré), stimmi, larbason, alabastrum — soufre noir — antimoine brûlé, — métallique, — blanc, — rouge.
ARSENIC (sulfuré) — jaune, orpiment — rouge, sandaraque, réalgar ; Kermès minéral— métallique — second mercure — l'hermaphrodite.
CADMIE — naturelle (minerais de cuivre et de laiton) — artificielle, ou des fourneaux — ses espèces : capnitis, pompholyx, botruitis, placitis, zonitis, onychitis, ostracitis — cathmia — nihil album — spodos, lauriotis — antispode — tutie — magnésie.
CHALCANTHON — couperose — vitriol — sens multiples — Misy, sory — colcothar — melanteria.
CHALCITIS.
CHAUX, asbestoV — titanos — gypse.
CHRYSOCOLLE — aerugo — santerna — soudure des orfèvres — sens multiples. — Malachite — Azurite — armenium — sens actuel.
CHRYSOLITHE — moderne, ancienne.
CINABRE.
CLAUDIANOS.
CLEFS (les) de l'art.
COBALT, cobathia, kobold.
COUPHOLITHE, talc et analogues.
ÉLÉMENTS ACTIFS.
ESPRITS, pusomata —corps et âmes; sens de ces mots. — Les esprits : mercure, sel ammoniac, soufre, arsenic, marcassite, magnésie, tutie, wismath — explication de ces mots.
ETAIN — kassiteroV — stannum — plomb blanc.
ÉTYMOLOGIES CHIMIQUES DOUBLES : asem, chimie, sel ammoniac.
FER et dérivés — basalte — rubigo ou ferrugo, ioV, rouille — squama — scoria — sideritis — aimant, magnes ou pierre magnétique, — ferrum vivum — hématite — pierre schisteuse — ocres — pyrites — chalcopyrite.
FEU (vertus).
FIGURES GÉOMÉTRIQUES des saveurs et des odeurs.
FIXATION du mercure et des métaux.
GAGATES (jais), — pierre de Memphis — asphalte.
IoV, virus. — IwsiV, plusieurs sens.
MAGNÉSIE — sens multiples — pierre d'aimant — minerai du molybdochalque — sulfures, oxydes, alliages et amalgames divers — magnésie noire — magnésie calcaire, — sens moderne.
MARCASSITES.
MASSA.
MERCURE, argentum vivum et hydrargyrum — sa sublimation dans l'ambix — aiqalh. — Anecdote d'Aristote — idées et synonymes alchimiques— dialogue de l'or avec le mercure.
MÉTAUX — Génération d'après Aristote — d'après les Arabes et les alchimistes — odeur des métaux.
MINIUM, RUBRIQUE ou matière rouge — miltoV — oxydes de fer (sanguine, ocre
brûlée, hématite), de plomb, de mercure, de cuivre — sulfures métalliques — sinopis, — terre de Lemnos— minium, sens multiples —fausse sandaraque —cinabre— Sandyx, sericum — découverte de Callias — couleurs bleues : caeruleum ; armenium — couleurs vertes : chrysocolle, verdet —couleurs jaunes — ocre — sil, etc.
NITRUM — natron — spuma nitri, ajroV nitrou.
OPÉRATIONS ALCHIMIQUES.
OR — coupellation par le soufre d'antimoine (loup des métaux, bain du roi, etc.).
PAROS ET PORUS.
PLOMB et dérivés — plomb noir et plomb blanc — stannum — galène — plomb
lavé — plomb brûlé — scorie — spode — pierre plombeuse — molybdène — scorie d'argent — helcysma — encauma — litharge — chrysitis — argyritis — écume d'argent — céruse — minium.
PSEUDARGYRE.
SAMOS (pierre de).
SÉLÉNITE, aphroselinon,
SEL — fossile — de Cappadoce — factice. — lanugo — muria, saumure — flos — favilla.
SOUFRE — apyre.
TERRES DIVERSES.
TREMPE et TEINTURE — Bajh.
TUTIE.------------------
AEs. Airain, Bronze, Cuivre, calkoV.
Ce mot était employé pour représenter à la fois le cuivre pur et les alliages très divers qu'il forme par son association avec l'étain, le zinc, le plomb, le nickel, l'arsenic et divers autres métaux; c'est-à-dire les bronzes el les laitons des modernes. Le mot cuivre, même de nos jours, est parfois usité dans un sens aussi compréhensif: cuivre rouge, cuivre jaune, cuivre blanc,etc.; tandis que le mot airain, dans la langue de nos orfèvres, a fini par désigner un alliage particulier, formé de 9 parties de cuivre et 3 de zinc. Mais le sens ancien du mot airain était synonyme de celui du cuivre. Le nom même du cuivre vient d'une épithète appliquée à l'airain de Chypre (KuprioV) ; notre cuivre pur n'était pas désigné par un mot unique chez les anciens peuples, pas plus chez les Orientaux, que chez les Grecs, ou chez les Romains; du moins jusqu'au IIIe siècle de notre ère, époque où apparaît le mot cuprum. Insistons sur ce point que ni les Grecs, ni les anciens Romains n'ont employé deux mots distincts et spécifiques pour le cuivre et le bronze, et que l'on ne doit pas chercher deux noms de ce genre chez les vieux Orientaux. Le mot aes, airain, s'appliquait indifféremment au cuivre et à ses alliages avec l'étain, le plomb, le zinc. Pour bien comprendre les textes anciens, il convient d'écarter de notre esprit les définitions précises, acquises par la chimie de notre temps; car les corps simples n'ont, à première vue, aucun caractère spécifique qui les distingue de leurs composés. Personne dans l'antiquité n'a regardé le cuivre rouge comme un élément qu'il fallût isoler, avant de l'associer aux autres. Les anciens, je le répète, n'ont pas conçu ces alliages comme nous, en les ramenant à l'association de deux ou trois métaux élémentaires, tels que notre cuivre, notre étain, notre plomb, métaux élémentaires que nous fondons ensemble pour obtenir les bronzes et les laitons. Mais ils opéraient surtout sur les minerais de ces métaux, plus ou moins purs, minerais appelés cadmies, ou chalcites; ils les mélangeaient, avant d'opérer la fabrication et la fonte du métal proprement dit ; parfois, quoique plus rarement, ils unissaient entre eux les alliages et métaux obtenus du premier jet. Tout métal et alliage rouge ou jaune, altérable au feu, s'appelait calkoV ou aes; tout métal et alliage blanc, fusible et altérable au feu, s'appelait à l'origine plomb. Plus tard on distingua deux variétés : le plomb noir, qui comprenait notre plomb et, plus rarement, notre antimoine, etc.; et le plomb blanc, qui comprenait notre étain et certains alliages.de plomb et d'argent. Quant au calkoV ou aes, on en distinguait les variétés d'après le lieu de provenance (PLINE, H. N.. 1. XXXIV.): cuivre de Délos, d'Egine, de Chypre, de Syracuse, de Cordoue; ou d'après le nom du propriétaire de la mine : cuivre Sallustien, Marien, Livîen (Le Claudianos était probablement un métal analogue (v. ce mot).) ; sans que l'on attachât à l'une de ces variétés, le caractère d'un métal plus simple, plus élémentaire que les autres. Les seules distinctions précises que nous lisions dans les auteurs anciens sont celles de l'orichalque, et de l'airain de Corinthe. L'orichalque, mot dont l'étymologie est inconnue, est regardée par Hésiode et par Platon comme un métal précieux (Origines de l'Alchimie, p. 226.). D'après Pline, sa découverte fit tomber le cuivre de Chypre en discrédit; mais le minerai qui le fournissait s'épuisa. Le cuivre Marien en approchait, et était employé de préférence pour les monnaies les plus chères, telles que les sesterces et les doubles as; le cuivre de Chypre étant réservé pour les monnaies plus viles, telles que les as. On sait ailleurs que la valeur de l'orichalque a été double à une certaine époque de celle du cuivre ordinaire : c'était sans doute quelque bronze plus beau et plus résistant. Quant à l'airain de Corinthe, c'était un alliage du calkoV avec l'argent et l'or. On distinguait trois variétés : la blanche, où l'argent dominait; la jaune, où l'or dominait ; et une troisième, formée à parties égales avec les trois métaux ; il y avait encore une variété de couleur hépatique. L'airain avait des dérivés assez nombreux, que nous allons énumérer et définir d'après les textes. Ajoutons que la distinction absolue de ces dérivés entre eux ne paraît pas possible en toute rigueur, parce que leur identification avec les composés définis de la chimie actuelle ne peut être qu'imparfaite, nos composés n'ayant été ni isolés, ni spécifiés par les anciens.
AErugo ; parfois rubigo, viride aeris. AEruca. IoV calkou. Ion xuston. —
vert de gris — raclure de cuivre (Diosc., Mat. méd., 1. V, 91. — PLINE, H. N., 1. XXXIV, 26; l. XXXIII, 29. — VITRUVE, I. VII, chap. 7- — VINCENT DE BEAUVAIS, Spec. majus. VIII, 30. — Lexicon Alch. Rulandi, page 14 et suivantes.).
Le mot aerugo désignait :
- 1° Des produits naturels formés dans les mines de cuivre, les uns par efflorescence; les autres par déliquescence, ou imbibition. Les produits étaient lavés, sèches, grillés dans un plat neuf. AErugo fossilis était une matière congénère de la chalcitis (pyrite cuivreuse), du vitriol bleu et de la chrysocolle (malachite et autres sels basiques de cuivre, de couleur verte). Pour la soudure de l'or, les orfèvres opéraient avec de l'urine d'enfant impubère, broyée dans un mortier de cuivre (v. ce volume, p. 46) ; opération qui produisait un sel de cuivre basique, aux dépens du mortier.
- 2° Des produits factices et spécialement le verdet (acétate de cuivre basique), substance dont Dioscoride et Pline décrivent la préparation au moyen des lames de cuivre et de la vapeur du vinaigre, ou bien du marc de raisin.Scolex : Iou skwlhx, rouille vermiculaîre (Diosc., Mat. méd., 1. V, 92. PLINE, H. N. 1. XXXIV, 28.). — Matière native et factice, congénère de la précédente. On la préparait avec du cuivre, ou l'un de ses minerais, associé avec du vinaigre, de l'alun, du sel, ou du natron ; le mélange était exposé au soleil. Ces préparations pouvaient fournir, suivant la nature et la proportion des ingrédients, des acétates, sulfates, oxychlorures, carbonates basiques de cuivre.
AEris flos (Diosc. Mat. méd., V, 88. PLINE, H. N., 1. XXXIV, 24. Lexicon Alchem Rulandi, page 12.), anqoV calkou. Fleur de cuivre (Le mot flos dans Pline signifie couleur — floridus, d'une couleur vive.). — Matière rejetée par le cuivre fondu, sous la forme d'écaillés légères projetées par le vent du soufflet pendant la coulée. On l'obtenait aussi sous l'influence de l'eau, projetée à sa surface. On la définit encore : Paillette des vieux clous de cuivre; elle devient rouge sous le pilon. Ceci paraît être du protoxyde de cuivre, souillé sans doute par des oxydes de métaux étrangers. Le nom de flos aeris a été appliqué plus tard au vert de gris. Ce corps, pas plus que les précédents, ne doit pas être identifié avec le calkanqon, couperose ou vitriol, qui est notre sulfate de cuivre. Mais les deux produits sont congénères et les deux noms ont été souvent confondus dans les manuscrits, confusion rendue plus facile par les abréviations des copistes.
AEs ustum (Diosc., Mat. méd., 1, V, 87. — PLINE, H. N., 1. XXXIV, 23, 24.), kekaumenoV calkoV. — Cuivre brûlé. Pour le préparer, on chauffait du vieux cuivre avec du soufre et du sel, placés au-dessous et au-dessus, dans un vase de terre crue, à couvercle luté; ou bien, avec de l'alun, du soufre et do vinaigre. On l'obtenait encore en chauffant le cuivre seul, pendant longtemps; ou bien parfois, en l'aspergeant de vinaigre de temps en temps. On lavait à l'eau de pluie, avec broyage et décantation, jusqu'à ce que le produit eût pris l'aspect du minium. On le fabriquait à Memphis et à Chypre. Ceci paraît répondre à notre protoxyde de cuivre. On sait aujourd'hui que ce corps peut être obtenu en chauffant, dans un vase fermé, 24 parties de sulfate de cuivre sec et 29 parties de fil de cuivre. L'action de la chaleur sur l'aerugo fournissait le même produit.
Scoria. —Obtenue par l'action de l'air sur le cuivre chauffé; corps congénère du précédent.
Lepis, lepiV. — Squama (Diosc., Mat. méd; 1. V, 89. — PLINE, H. N. 1. XXXIV, 24, a5. VINCENT DE BEAUVAIS, Sp. m. VIII, 29. — Lexicon Alch. Rulandi, p. 12, 18.). Matière détachée par le marteau des clous forgés avec les pains de cuivre de Chypre ; congénère de la fleur, qui se détachait d'elle-même, et du stomoma, duvet plus fin que la lepis. Le stomoma s'obtenait aussi par la macération du cuivre dans l'urine d'enfant. Le vinaigre changeait la lepis en vert-de-gris. Ce sont encore là des sous-oxydes de cuivre, ou des sels basiques, tels que acétates, phosphates, sous-chlorures, etc.
Smegma (PLINE, H.N., l. XXXIV, 36.). — Matière projetée par le vent du soufflet sur le cuivre fondu, entouré de charbons.
Diphryges —faex aeris (Diosc.,. Matière médicale, 1. V, 119. — PLINE, H. N., 1. XXXIV, 37.).— « Le cuivre coule ; la scorie sort du fourneau; la fleur surnage; le diphryge reste. » C'est donc le résidu, qui n'a pas fondu pendant le traitement. Ce nom est aussi attribué à la pyrite grillée, jusqu'à transformation en matière rouge (peroxyde de fer ou sulfate basique) ; ainsi qu'au limon d'une caverne de Chypre, séché et calciné (c'était probablement un oxyde, ou un sel basique de fer hydraté).
La craie verte paraît être soit un hydrocarbonate de cuivre, soit de la cendre verte. La meilleure variété, nommée qeodotion, venait de Smyrne (VITRUVE, 1. VIII, chap. 7.)
AÉTITE ou pierre d'aigle (PLINE, H. N., i. x, 4; i. xxxr, 39. — Diosc., Mat. méd., 1. V, 160. — Lexicon Alchemiae Rulandi, p. 21 (1612). — Salmasii Plinianae exercitationes, p. 177, 501, 502 (1689).). Variété géodîque de fer hydroxydé, ou d'argile ferrugineuse, jaune ou rougeâtre, contenant un noyau mobile, qui résonne quand on agite la pierre. Cette pierre, grosse en apparence d'une pierre plus petite, était réputée par analogie avoir une influence sur les grossesses des femmes ; préjugé qui
s'est perpétué jusqu'à notre époque chez les gens ignorants. On pensait qu'elle était employée par les aigles dans la construction de leurs aires; de là le nom de pierre d'aigle. Le nom d'aétite semble avoir été employé pour toute géode renfermant un noyau mobile. Pline en distingue quatre espèces. On a même étendu le sens de ce mot aux pierres renfermant un liquide. D'après Solin (ch. XXXVII), le son produit par cette pierre était attribué à un esprit ou âme intérieure et Zoroastre regardait l'aétite comme ayant une grande puissance magique. On trouve un passage analogue dans les Alchimistes. Un aigle tenant une pierre exprimait la sécurité chez les Egyptiens, suivant Horapollon.
ALCHIMISTES GRECS (tradition au moyen âge). Les noms et la tradition directe des Alchimistes grecs ne se retrouvent que peu ou point chez les Alchimistes latins, lesquels se rattachent eux-mêmes directement aux Arabes. Les noms de ces Grecs ne reparaissent pas d'une manière explicite et détaillée avant le XVe siècle, époque où les manuscrits grecs se répandirent en Occident. Il n'en est que plus intéressant de signaler les quelques réminiscences qui s'y rapportent chez les latins du moyen âge. Quant aux Arabes, j'en ai signalé ailleurs la filiation immédiate avec les Grecs d'après le Kitab-al-Fihrist (Origines de l'Alchimie, p.130) ; et je donnerai plus loin certains autres souvenirs analogues, en parlant des alphabets hermétiques. Dans la Bibliotheca Chemica de Manget, t. II3, il existe des planches indiquant la figure des divers philosophes alchimiques, d'après la tradition du moyen âge : chaque figure est accompagnée par une sentence, à peu près comme dans la Turba philosophorum. J'y relève les noms suivants : Hermès, Cléopâtre, reine d'Egypte, Anaxagore, Zamolxis, Michel Psellus, Marie l'Hébreuse, Démocrite le Grec, Pythagore, Platon, Hercule4 (c'est-à-dire Héraclius), roi sage et philosophe, Stephanus le philosophe chimique, Albert le Grand, une multitude d'Arabes, etc. La Turba philosophorum relate de même la plupart de ces noms, mais à ce qu'il semble, à travers une transmission arabe. Je n'insisterai pas sur Hermès, dont le nom est toujours resté étroitement lié aux spéculations de l'Alchimie et de l'astrologie. Mais les autres auteurs étaient moins connus. Dans le Traité De Mineralibus, attribué à Albert le Grand (1. III, traité I, ch. 4), on rencontre une mention de Démocrite l'alchimiste, d'après lequel la chaux et la lessive [lixivium ou aqua acuta} seraient la matière des métaux5. Dans un autre passage, on lui attribue cette opinion que les pierres ont une âme, un principe intérieur de vie. Callisthène y est cité comme alchimiste. Rappelons aussi quelques indications tirées du traité de Théoctonicos6, traduction grecque de l'ouvrage d'Alchimie attribué à Albert le Grand (ce volume, p. 209 et suiv.). Les Traités alchimiques du Pseudo-Aristote arabe, tels qu'on les connaît par des traductions latines, me paraissent toucher de très près, sur certains points du moins, à la tradition des alchimistes grecs. — Donnons encore cette citation, tirée de la Bibl. chem. de Manget, t. I, 9177 : « Le secret est dans le plomb, d'après Pythagore et Hermès, etc ».ALPHABETS ET ÉCRITURES HERMÉTIQUES. Dans Zosime et dans Olympiodore, les inscriptions hiéroglyphiques sont regardées comme ayant un sens alchimique. Ces inscriptions étaient
aussi réputées des talismans, destinés à protéger les trésors contenus dans les chambres des pyramides. Il semble même que la description de certaines opérations chimiques ait été réellement consignée sur des stèles (Origines de l'Alchimie, p. 23, 29, etc. —Voir Texte grec : Jean l'Archiprêtre.): mais c'était là une circonstance rare, car aucune de ces stèles n'a été retrouvée jusqu'à présent. Cette circonstance, généralisée par suite d'une hypothèse fort répandue, aurait donné lieu au préjugé précédent. Il a duré jusqu'à notre temps; en effet, d'après Sylvestre de Sacy, les Orientaux regardent les monuments Egyptiens comme destinés à des opérations alchimiques, magiques, etc.; ils appellent écritures hermétiques les hiéroglyphes, convaincus qu'ils renferment la révélation du secret de ces opérations. » (SYLVESTRE DE SACY, Magasin encyclopédique, p. 145 ; novembre 1819.) De là l'imagination des alphabets hermétiques, destinés à l'interprétation des écritures secrètes. On peut voir divers exemples de ces alphabets mystérieux dans un ouvrage intitulé : Anciens alphabets et caractères hiéroglyphiques, expliqués en arabe par Ahmed ben Abubekr ben Wahschijich, et en anglais, par J. Hammer, Londres, 1806. Ce livre, soi-disant trouvé au Caire, renferme 80 alphabets imaginaires, mais dont les noms mêmes indiquent la préoccupation de l'auteur et des lecteurs. Tels sont les alphabets des philosophes : Hermès, Platon, Pythagore, Asclépius, Socrate, Aristote, etc. ; — de Ptolémée le grec ; — de Hermès,
père de Tat (Toth), qui a écrit sur le grand œuvre; — de Dioscoride, qui a écrit sur les herbes, les plantes, leurs vertus, etc. ; — du sage Démocrite, lequel l'a reçu, dans un souterrain, du génie qui préside à la planète Mercure8; — du sage Zosime l'Hébreu, écriture mystique pour les traités sur le grand œuvre — Le nom de Théosébie, congénère de Zosime, se trouve un peu plus loin. — On y rencontre encore les alphabets des anciens rois, parmi lesquels Kimas l'hermétique (le Chymes des textes Grecs); — les alphabets des sept planètes, des douze constellations — une interprétation des hiéroglyphes, etc. Tous les signes de cet ouvrage ne représentent guère que des jeux d'esprit individuels; mais les noms propres auxquels ils sont attribués témoignent que le souvenir même des vieux alchimistes avait été conservé en Egypte par une certaine tradition. Nous avons signalé précédemment (p. 207) les alphabets magiques du manuscrit de Saint-Marc (p. 156) et ceux du manuscrit 2419 : ils ne portent aucun nom propre. La formule de l'Ecrevisse dans Zosime (p.152) se rattache de plus près à la tradition des symboles alchimiques.ALUN, stupthria. Alumen (Diosc., Mat. méd., LV, 122. — PLINE, H. N., 1. XXXIII, 25 ; 1. XXXV, 52 ; 1. XXXVI, 37. ~ Lexicon Alch. Rulandi, p. 32 et suiv.). L'alun était employé comme fondant et purificateur des métaux9. On distinguait, d'une part : l'alun, blanc et l'alun noir, corps en réalité de teinte voisine du blanc, mais probablement ainsi nommé parce qu'il noircissait au contact de certains sucs végétaux, en raison ,de la présence de fer dans l'alun, et du tannin dans les sucs. Ces corps étaient employés pour purifier l'or. D'autre part, les auteurs indiquent: l'alun lamelleux (schiste), blanchâtre; — l'alun rond; — l'alun capillaire, appelé aussi schisteux, lequel peut être rapproché de notre alun de plume, efflorescence mêlée de sels de fer et d'alumine. L'alun liquide, solution de sulfate d'alumine plus ou moins pur, et l'alun calciné étaient aussi employés. Les alchimistes désignaient encore sous le nom d'alun, l'acide arsénieux, comme on peut le voir dans Olympiodore (ce volume, p. 67 et 68).
AMMONIAC (SEL) . Dans la Cyrénaïque, ce sel se trouve sous le sable, en longues aiguilles
sans transparence, d'après Pline (H. N., 1. XXXI, 39). Cette indication rappelle un carbonate de soude fossile10, et non notre chlorhydrate d'ammoniaque. Dioscoride (1. V, 125) nomme le sel ammoniac, en disant qu'il se distingue par un clivage facile et suivant des directions droites : ce qui semble aussi le caractère d'un sel cubique, c'est-à-dire du sel gemme. Dans le Pseudo-Aristote (Manget, Bibliotheca Chemica, t l, p. 648)11 il est dit que le sel ammoniac, chauffé sur une lame de métal, doit fondre sans répandre de fumée; ce qui répond au carbonate ou au chlorure de sodium, mais
non au chlorhydrate d'ammoniaque. Cependant ailleurs le même auteur en indique la sublimation (Manget, I, 645) : ce qui répond bien à notre chlorhydrate. Le mot de sel ammoniac a donc désigné deux substances très différentes. Le sens actuel du sel ammoniac sublimable est indiqué expressément dans ce passage d'Avicenne (XIe siècle), cité par Vincent de Beauvais (Speculum majus, VIII, 6o) :
« II y a quatre esprits (c'est-à-dire quatre corps sublimables), le soufre, l'arsenic, le sel ammoniac et le mercure. »
On trouve déjà une indication analogue dans Geber (Summa perfectionis, 1. I, ch. x, etc. Bibl. chemica de Manget, t. I, p. 525, 1re colonne)12. La préparation même en est décrite dans l'ouvrage intitulé : Libri investigationis (p. 559 du t.1. de la Bibliotheca de Manget), ouvrage attribué au même auteur. Le sel ammoniac véritable aurait donc été connu au IXe siècle. (Voir aussi le présent volume, p. 45, Note.)
ANTIMOINE, stimmi, stibi, larbason, chalcédoine ; élément féminin (par opposition avec l'arsenic, élément masculin ?)13 . C'est notre sulfure d'antimoine, le soufre noir des alchimistes. D'après Dioscoride (Mat méd., I.V, 99.), c'est un corps brillant, rayonné, fragile et exempt de parties
terreuses. On le brûle en le recouvrant de farine ; ou bien, en l'exposant sur des charbons allumés, jusqu'à ce qu'il rougisse (oxysulfure ?). Si on prolonge, ajoute l'auteur, il prend les caractères du plomb (c'est-à-dire que l'antimoine métallique ou régule se produit). D'après Pline [H. N., 1. XXXIII, 33), on l'appelle stibi, alabastrum, larbason mâle et femelle; il est blanc et brillant. S'il devenait ainsi blanc, c'est sans doute après un grillage qui l'avait changé en oxyde d'antimoine, corps confondu souvent chez les anciens chimistes avec notre minium blanchi par certains traitements. L'antimoine oxydé se trouve d'ailleurs dans la nature, ainsi que l'oxysulfure rouge (Kermès minéral). Ce dernier a du être pareillement con- fondu avec la sandaraque, le minium, la sanguine et le cinabre, substances que l'on trouve souvent prises les unes pour les autres.ARSENIC. D'après Dioscoride (Mat. méd; 1. V, 120), ce corps est terreux et doré : c'est donc un sulfure d'arsenic (voir ce volume, p. 43) ; une autre variété est rougeâtre, d'après Pline (H. N., 1. XXXIV, 56). C'est l'orpiment (voir aussi Vincent de Beauvais, VIII, 69, 70). Le nom même de l'orpiment figure textuellement dans le texte grec de Théoctonicos, auteur du XIIIe ou XIVe siècle (ce volume, p. 210).
Sandaraque. — D'après Dioscoride (Mat. Med., V, 121), c'est une matière rouge, brillante, couleur de cinabre (voir aussi Pline, H. N., 1. XXXIV, 55; 1. XXXV, 22). C'est le réalgar; peut-être, aussi dans certains cas, le Kermès minéral ou oxysulfure d'antimoine. Rappelons que le nom de sandaraque14 est appliqué aujourd'hui à une résine d'une composition toute différente, dérivée de la colophane, et que les anciens ne connaissaient pas sous ce nom. Il a été employé aussi par les anciens pour le cinabre et pour le minium. Vitruve, notamment, indique la préparation de la sandaraque par la cuisson de la céruse au four. Notre arsenic métallique a été entrevu par les alchimistes, qui l'ont regardé comme un second mercure15 (Voir notamment notre PI. VI 1. 4, et ce volume, p. 99), de nature analogue au vif argent, sublimable comme lui et communiquant pareillement sa volatilité à ses dérivés, spécialement aux sulfures. La sandaraque (réalgar) a été ainsi assimilée au cinabre. Le rapprochement entre le mercure et l'arsenic se complète à ce point de vue, si l'on remarque que l'arsenic blanchit le cuivre par sublimation, comme le fait le mercure, et qu'il attaque de même à chaud la plupart des métaux. L'arsenic est parfois appelé l'hermaphrodite, en tant que réputé intermédiaire entre l'or et l'argent et composé, comme eux, de soufre et de mercure (MANGET. Bibl. Chem., t.1, p. 920.)16. Mais ce sens ne lui est pas propre.
CADMIE (Diosc., Mat. méd., 1. V, 84. — PLINE, H. N., 1. XXXIV, a, 22. — VINCENT DE BEAUVAIS, VIII, 28. —
Lexicon Alchemiae Rulandi, p. 110 et suiv. — Dict. de Chimie de Macquer, 1778.3). Chez les anciens ce mot avait deux sens; il désignait :
- 1° Un produit naturel, tel que la pierre dont on tire le cuivre, ou plutôt le laiton : par exemple notre aurichalcite, carbonate de zinc et de cuivre ; notre hydrosilicate de zinc, notre carbonate de zinc ou calamine, etc.
- 2° Un produit artificiel, sorte de fumée des métaux, soulevée dans les fourneaux de cuivre par l'action de la flamme et du soufflet. Ce produit adhérait aux parois, au sommet, et à l'orifice du fourneau.
Le grillage de la pyrite des monts de Soli (Chypre) en fournissait aussi. Les fourneaux d'argent en développaient un autre plus blanc, moins pesant. On distinguait la capnitis, c'est-à-dire la cadmie plus tenue, recueillie à la bouche de sortie des gaz, laquelle doit être rapprochée du pompholyx ; La botruitis, suspendue en forme de grappes, cendrées ou rouges ; La placitis ou placodes, agglomérée en croûtes, le long des parois; parfois elle était entourée de zones, et dite alors zonitis ; L'onychitis, bleuâtre à la surface, avec des veines intérieures plus blanches, rappelant l'onyx ; elle se trouvait aussi dans les vieilles mines ; L'ostracitis, mince, noirâtre, d'apparence testacée. Macquer (Dict. de Chimie, 1778) distingue de même la cadmie naturelle, ou fossile, qui est la calamine employée à la fabrication du laiton et la cadmie des fourneaux, sublimé produit dans la fusion des minerais de zinc, laquelle éprouve une demi-fusion et forme incrustation aux parois des fourneaux. Il ajoute que quelques-uns appellent aussi cadmie fossile un minerai de cobalt (répondant à notre arséniosulfure actuel). En réalité, ce nom était donné à toute suie et sublimé métallique, s'élevant dans la fonte en grand du cuivre et des autres métaux. Au point de vue de la Chimie moderne, la cadmie des fourneaux serait de l'oxyde de zinc, mêlé d'oxyde de cuivre, de plomb, parfois d'oxyde d'antimoine et d'acide arsénieux; ces oxydes étant en outre unis quelquefois au soufre, sous forme d'oxysulfures ou de sulfates basiques. Dans les livres du moyen âge, on trouve encore ce mot Cathmia ou Cathimia appliqué à certaines veines des mines d'or ou d'argent; aux sublimés des fourneaux d'or ou d'argent ; à l'écume échappée de l'argent, de l'or, du cuivre, etc. Les modernes, suivant un usage courant en chimie et en minéralogie, mais très fâcheux pour l'histoire de la science, ont détourné le mot cadmie de son sens primitif et l'ont appliqué à un métal nouveau, le cadmium, inconnu des anciens. Il convient de rapprocher de la cadmie certaines substances congénères, telles que le pompholyx (Diosc., Mat. méd; 1. V, 85. — PLINE, H. N., 1. xxxiv, 34. — Lexicon Alch. Rulandi, p. 442.), devenu depuis le nihil album, des auteurs du moyen âge, et confondu avec la spodos blanche, laquelle s'envole au loin et va s'attacher aux toits. D'après un texte de Pline, le pompholyx se produit pendant la purification de l'airain ; ou bien encore, en projetant le jet des soumets sur la cadmie. La spodos ou spodion (cendre) est au contraire, d'après Dioscoride, la partie plus lourde et plus noire, qui tombe sur la sole des fourneaux de cuivre, où on là balaie ensuite. Elle est mêlée de paille, de poils et de terre, dont on la débarrasse par des lavages. La spode des fourneaux d'argent s'appelle lauriotis (nom qui vient des mines du Laurium). L'or, le plomb en produisent aussi. Elle peut être de couleur cendrée, jaune, verte, rouge, noire. Le Lexicon Alchemiae assimile la spode au vert de gris (aerugo ceris, ios aeris). L'antispode (Diosc., Mat. méd., 1. V, 86. — PLINE, H. N. I .XXXIV, 35), est un produit que l'on substituait au spode pour les usages médicaux. C'était la cendre de divers végétaux, incinérés dans une marmite de terre crue, à couvercle percé de trous, puis lavés. Le nom de la cadmie a été remplacé pendant le cours du moyen âge par celui de tutie, donné de même à toute fumée métallique. Nous appliquons aujourd'hui ce nom de tutie à l'oxyde de zinc ; mais il avait autrefois un sens plus compréhensif. La magnésie de Démocrite, de Geber et de certains alchimistes est, dans certains cas, équivalente à la cadmie ou tutie, mais réputée plus volatile qu'elle; sa réduction fournissait le molybdochalque, alliage renfermant du plomb et du cuivre et analogue à certains bronzes17.
CHALCANTHON, calkanqon, couperose, vitriol, noir de cordonnier (Diosc., Mat. méd., 1. V, 113. — PLINE, H. N., 1. XXXII, 32. — VINCENT DB BEAUVAIS, SpeC. Majus, VIII, 32.). Cette matière se préparait avec une liqueur résultant de la macération spontanée ou provoquée des minerais dans l'eau, à l'intérieur des mines de cuivre. Le premier produit obtenu par évaporation spontanée était du sulfate de cuivre, bleu, demi-transparent, lancéolé. On l'obtenait aussi en concentrant la liqueur au feu, et l'abandonnant à la cristallisation dans des bacs de bois, sur des cordes ou des barres suspendues. Après le sel pur, venaient des sulfates plus ou moins basiques et ferrugineux. Le nom de vitriol apparaît au XIIIe siècle, dans Albert le Grand. Observons les sens divers de ce mot couperose, ou de son équivalent vitriol, tels que :
— Vitriol bleu : sulfate de cuivre.
— Vitriol vert : sulfate de fer, et sulfate de cuivre basique.
— jaune et rouge : sulfates de fer basiques.
— blanc : sulfate de zinc; sulfate d'alumine, voire même alun.
La décomposition spontanée des pyrites peut fournir tous ces composés, suivant leur degré d'impureté.
Le cuivre contenu dans les eaux mères résultant de cette décomposition en est précipité aujourd'hui sous forme métallique, au moyen des débris de fer de toute origine, lesquels fournissent des dépôts de cuivre, reproduisant souvent la forme et l'apparence des morceaux de fer. De là celte opinion, très répandue parmi les alchimistes, que le vitriol peut transmuter le fer en cuivre. Elle reposait sur un phénomène réel, mais mal compris.
Misy (Diosc., Mat. méd., l. V, 116. — PLINE, H. N., 1. XXXIV, 31. —). D'après les anciens, le misy de Chypre est doré, dur, et scintille quand on l'écrase. C'était de même une concrétion naturelle ou minerai, à cassure dorée, qui a été décrite sous le nom de misy dans les mines de Gozlar au XVIIe siècle. Le vitriol, ajoutait-on, se change aisément en misy. A la fin du XVIIIe siècle, on appelle misy une matière vitriolique jaune, luisante, en pierre, ou en poudre non cristallisée (MACQUER, Dict. de Chimie, t. IV, p. 85 ; 1778.) et assimilée à la couperose jaune. En somme, c'est toujours là un sulfate de fer basique, renfermant du sulfate de cuivre et parfois du sulfate d'alumine, résultant de la décomposition spontanée des pyrites.
Sory (Diosc., Mat. méd., 1. V, 118 — PLINE, H. N., 1. XXXIV, 30. — Lexicon Alch. Rulandi, p. 142. — Salmasii Plin. Exerc., p. 814, 6 E.). — On appelait de ce nom une matière congénère du misy, plus grasse, à odeur vireuse, de couleur rouge, tournant au noir. Les Arabes désignaient sous ce même nom de sory le vitriol rouge (voisin du colcothar). Enfin les Grecs modernes ont assimilé parfois le sory à la céruse brûlée (minium).
Melanteria (Diosc., Mat. méd., 1. V, 117. — Lexicon Alch. Rulandi. p. 329.).—On appelait ainsi une sorte d'efflorescence saline, développée dans l'orifice des mines de cuivre ; une autre partie apparaissait à
leur face supérieure. Elle se trouvait sous terre en Cilicie. Elle présentait, ajoute-t-on, une couleur de soufre légère et noircissait aussitôt au contact de l'eau (présence du manganèse ?). D'après Rulandus, c'est une sorte de vitriol, dont la couleur dépend des terres qui l'ont produite et varie du jaune au bleu.
CHALCITIS (Diosc., Mat. méd., 1. V, 115 v. — PLINE, H. N., 1. XXXIV, 29. — VINCENT DE BEAUVAIS, VIII. — Lexicon Alch. Rulandi, p. 141.) : minerai de cuivre, pyrite cuivreuse spécialement. On en tirait le cuivre métallique, le misy, le sory, etc. En fait, la pyrite de fer, sous l'influence de l'air et de l'eau, se délite et
s'oxyde, en formant des sulfates de cuivre, de fer, d'alumine et de l'alun. Le sel de fer ainsi produit devient bientôt basique, en se suroxydant.
CHAUX VIVE : asbestoV — titanos : chaux, ou plutôt pierre calcaire.Gypse, gujoV, plâtre.
CHRYSOCOLLE —aerugo — santerna.— soudure des orfèvres (PLINE, H. N., 1. XXXIII, 26, 27.
28, 29. — Diosc., Mat. méd., 1. V, 104. — Voir le présent volume, p. 57.).
Ce mot a plusieurs sens, il désigne :
- 1° L'opération même de la soudure de l'or.
- 2° Les matières employées pour cette opération, telles que certains alliages d'or, encore usités chez les orfèvres. Dans le Lexique alchimique, on interprète molybdochalque (alliage de cuivre et de plom) par chrysocolle.
- 3° Un sous-sel de cuivre mêlé de fer, provenant de la décomposition d'une veine métallique par l'eau; décomposition spontanée, ou provoquée en introduisant l'eau dans la mine en hiver jusqu'au mois de juin ; on laissait sécher en juin et juillet. Le produit natif était jaune.
- 4° La Malachite proprement dite, sous-carbonate de cuivre vert : L'azurite, carbonate de cuivre bleu congénère, était désigné sous le nom d'armenium; probablement parce qu'on la tirait d'Arménie (Diosc., Mat. méd., I.V, 105, 106. — PLINE, H. N., 1. XXXV. 28). Peut-être aussi le bleu de Chypre (kuanoV) a-t-il été parfois exprimé par le même nom.
- 5° Le produit obtenu en faisant agir sur le vert de gris l'urine d'un garçon impubère et le natron. L'urine apportait ici 'des phosphates, des chlorures et des sels ammoniacaux.
Ajoutons que nos traités de minéralogie moderne ont détourné le mot chrysocolle pour l'appliquer arbitrairement à un hydrosilicate de cuivre.
CHRYSOLITHE. La chrysolithe moderne est le péridot18 : mais ce corps n'a rien de commun avec le sens ancien du mot. La chrysolithe ancienne désignait la topaze et divers autres minéraux jaunes et brillants, qu'il est d'ailleurs difficile de préciser complètement.
CINABRE. — Ce mot s'applique aujourd'hui à une variété de sulfure de mercure, appelée aussi anthrax autrefois; mais chez les Grecs et chez les Alchimistes, il a eu des sens plus complexes. Il a exprimé également :
- Notre oxyde de mercure;
- Notre minium, mot employé par les anciens dans des sens multiples (voir les articles plomb et rubrique) ;
- Notre réalgar (sulfure d'arsenic) ;
- Tous les sulfures, oxydes, oxysulfures métalliques rouges ;
- Enfin le sang dragon, matière végétale qui est le suc du dracoena draco.19
Le signe (PI. II, 1.13) du cinabre est un cercle avec un point central. Mais le même signe a été plus tard et à la fin du moyen âge employé pour l'œuf philosophique, pour le soleil, ainsi que pour l'or : de là diverses confusions, contre lesquelles on doit se tenir en garde (v. ce volume, p. 122).
CLAUDIANOS ou claudianon. C'était un alliage de cuivre et de plomb, renfermant probablement du zinc. Il n'en est question que chez les alchimistes. Ce nom semble dériver du mot latin Clandius. S'agissait-il d'un corps fabriqué au temps de cet empereur et analogue aux cuivres Marien, Livien, etc. ? Pline n'en parle pas.
CLEFS (les).
Le mot clefs est employé comme titre d'ouvrages, dès l'époque alexandrine (après l'ère chrétienne, dans Hermès (Cité par Lactance et par Stobée (v. ce volume, p. 16, note)), Zosime, etc.). Les Arabes s'en servent fréquemment et il a été fort usité au moyen âge. Dans le sens alchimique, voici quelles sont les clefs de l'art, d'après Roger Bacon (Bibl. chem. de Manget, t. I, p. 623)20 : sunt igitur claves artis : congelatio, resolutio, inceratio, proportio ; sed alio modo, purificatio, distillatio, separatio, calcinatio et fixio, c'est-à-dire :
« les clefs de l'art sont la solidification, la résolution (à l'état liquide ou dissous), le ramollissement, l'emploi des proportions convenables (dans les matières, ou dans les agents, tels que le feu) ; ou d'une autre façon, la purification, la distillation (par évaporation ou filtration, d'après l'ancien sens de ce mot : couler goutte à goutte), la séparation, la calcination et la fixation (des métaux fusibles ou volatils, ramenés à l'état solide et résistant au feu) ».
De même dans Vincent de Beauvais (Speculum majus, VIII, 88) :
« les clefs ou les pratiques de cet art sont la mortification (amortissement des métaux), la sublimation, la distillation, la solution, la congélation, la fixation, la calcination ».
Basile Valentin parle aussi des douze clefs de l'art.
COBALT — cobathia — kobold. — Le cobalt est réputé avoir été découvert en 1742 par Brandes, qui l'isola sous forme métallique. Son nom même est tiré de celui de certains de ses minerais, appelés kobalt ou kobold, et constitués par des arséniosulfures complexes. Ce nom de kobold a été
expliqué jusqu'ici par celui de certains démons trompeurs, habitant les mines21 : c'est, dit-on, une allusion à la difficulté de traiter ces minerais et aux tentatives infructueuses que l'on avait faites pour en extraire du cuivre, métal indiqué par la production des verres bleus, qui dérivent de ce minerai.
En fait, le bleu de cobalt était connu des anciens. H. Davy a trouvé ce métal dans certains verres bleus, d'origine grecque et romaine, et M. Clemmer dans des perles égyptiennes. Le bleu mâle de Théophraste, opposé au bleu femelle, ne serait autre que du bleu de cobalt, opposé aux dérivés bleus
du cuivre. L'étymologie même du mot cobalt semble remonter au grec. En. effet, dans le Lexicon Alchemiae Rulandi, p. 158, on lit: Cobatiorum fumus est kobolt; c'est-à-dire « la fumée des cobatia, c'est le kobolt ». Cette expression « fumée des cobathia » figure dans un passage d'Hermès cité par
Olympiodore (texte grec, p. 85). Elle est traduite dans le Lexique alchimique (texte grec, p. 9, note) par « les vapeurs de l'arsenic (sulfuré) » : il s'agit donc bien d'un composé arsenical. Il y aurait eu dès lors pour l'étymologie du cobalt une confusion entre un mot grec ancien et un mot allemand, analogue à celle qui s'est produite entre l'égyptien et le grec, pour les mots chimie, sel ammoniac, etc. : ces mots n'auraient pas d'ailleurs eu le sens précis de notre cobalt au début, mais ils l'auraient acquis par une extension postérieure. Quant au cobalt métallique, sa connaissance remonte au-delà du XVIIIe siècle. En effet, on lit dans le Lexicon Alchemiae Rulandi, ouvrage publié à Francfort, en 1612, p. 271, un texte latin, suivi d'un texte allemand équivalent, dont voici la traduction :
« Kobolt ; kobalt ou collet : c'est une matière métallique, plus noire que le plomb et le fer, grisâtre, ne possédant
pas l'éclat métallique ; elle peut être fondue et laminée (au marteau) ».
Puis viennent des indications relatives au minerai, exprimé par le même nom.
« C'est un soufre donnant des fumées, et sa fumée entraîne le bon métal. — C'est aussi une cadmie fossile d'où l'on tire un airain utile en médecine, etc. »
La première phrase désigne évidemment le cobalt impur, l'un de ces demi-métaux dont Brandes reprit plus tard l'étude. Observons que les alchimistes du moyen âge traitaient les minerais métalliques par les mêmes procédés de grillage, réduction et fonte que les modernes, et dès lors ils ont dû obtenir les mêmes métaux ; mais ils n'avaient pas nos règles scientifiques pour les purifier, les définir et les distinguer avec exactitude. J'ai déjà mis en évidence la connaissance du régule d'antimoine dès l'antiquité, mais il était confondu avec le plomb22. Le cobalt et le nickel ont dû être confondus aussi, soit avec le fer, soit avec le cuivre et ses alliages (v. Pseudargyre}.
COUPHOLITHE. — Ce mot semble avoir été appliqué au talc et à des silicates tendres, analogues. Le nom de coupholithe est resté parmi les noms des pierres usitées par les orfèvres (Manuel Roret du Bijoutier, t. I, p. 130, 1832). Il est aussi appliqué en Minéralogie à une variété de prehnite (silicate d'alumine et de chaux ferrugineux et hydraté) qui se présente tantôt en lames minces blanches, analogues au sulfate de chaux; tantôt en masses fibreuses un peu verdâtres. Il semble d'ailleurs que ce soit là un vieux nom, conservé à l'une des substances auxquelles il s'appliquait autrefois; et non une dénomination ancienne transportée à une substance moderne, comme il est arrivé trop souvent, en Minéralogie. Autrement on ne comprendrait ni la persistance de ce nom chez les orfèvres, ni sa spécialisation à une simple variété.
ÉLÉMENTS ACTIFS. D'après Aristote (Météorol. 1. IV), il y a deux éléments actifs, le chaud et le froid; deux passifs, le sec et l'humide. Ailleurs il s'agit de simples qualités, mises en relation avec les quatre éléments ordinaires (de Generatione, L. II, ch. 3 et 4). Le feu est chaud et sec; l'air chaud et humide ; l'eau froide et humide; la terre froide et sèche; etc., etc. Ces éléments se transforment les uns dans les autres. Stephanus expose à peu près la même théorie. Ces idées ont joué un grand rôle en médecine. Aristote dit encore (Météorol. 1. III, ch. 7):
« il y a deux exhalaisons (anaqumiaseiV, l'une vaporeuse (atmidwdhV), l'autre enfumée (kapnwdhV).
« L'exhalaison sèche et brûlante produit les matières fossiles (orukta), telles que les pierres infusibles, la sandaraque, l'ocre, la rubrique, le soufre, etc. L'exhalaison humide produit les minéraux (metalleuta), c'est-à-dire les métaux fusibles et ductiles, comme le fer, le cuivre, l'or, etc. En général, ils sont détruits par le feu (puroutai) et contiennent de la terre, car ils renferment une exhalaison sèche. L'or seul n'est pas détruit par le feu... » —
On voit ici l'origine de certaines idées alchimiques23. C'est ainsi que Stephanus (6° leçon dans Ideler, t. II, p. 224, 1. 7), dit, presque dans les mêmes termes qu'Aristote :
« II y a deux choses qui sont les matières et les causes de tout, la vapeur qui s'élève et l'exhalaison fuligineuse des corps, en laquelle est la cause des modifications en question. La vapeur est la matière de l'air; la fumée, la matière du feu, etc. »,
ESPRITS (pneumata). Les mots esprits, corps, âmes, sont fréquemment employés par les alchimistes dans un sens spécial, qu'il importe de connaître pour l'intelligence de leurs écrits24. Les passages suivants, quoique d'une époque plus moderne, jettent beaucoup de lumière sur ce point. On lit dans le traité de Mineralibus, prétendu d'Albert le Grand (1.1, tr. i, ch. Ier) :
« ce qui s'évapore au feu est esprit, âme, accident; ce qui ne s'évapore pas, corps et substance ».
Cet auteur attribue encore à Démocrite l'opinion qu'il y a dans les pierres une âme élémentaire, laquelle est la cause de leur génération (1. I, tr. i, ch. 4). Le Pseudo-Aristote (De perfecto magisterio, Bibl. chem. de Manget, t. I, p. 638)25 définit de même les corps et les esprits, et îl ajoute :
« les corps volatils sont des accidents, parce qu'ils ne manifestent leurs qualités et vertus que s'ils sont associés aux substances ou corps fixes : pour opérer cette association, il faut purifier les uns et les autres. » 26
<>II y a là un mélange de pratiques matérielles et d'idées mystiques. Vincent de Beauvais, Speculum majus (VIII, 60), donne sous le nom d'Avicenne l'exposé suivant.
« II y a quatre esprits minéraux : le soufre, l'arsenic, le sel ammoniac, le mercure, distincts par leur aptitude à être sublimés ; et six corps métalliques : l'or, l'argent, le cuivre, l'étain, le fer, le plomb. Les premiers sont des esprits, parce que leur pénétration dans le corps (métallique) est nécessaire, pour accomplir sa réunion avec l'âme »27 — « Spiritus, inquam, sunt quia per eos imprimitur corpus ut possit cum anima conjungî. »
Et plus loin (VIII, 62) :
« Nulle chose ne peut être sublimée sans le concours d'un esprit. La pierre ne s'élève pas d'elle-même par l'action du feu ; tandis que les esprits s'élèvent d'eux-mêmes, c'est-à-dire se subliment, se dissolvent et déterminent la dissolution des autres substances; ils brûlent, refroidissent, dessèchent et humectent les quatre éléments. » 28
Cette dernière phrase attribue aux esprits le rôle des qualités aristotéliques citées plus haut.
« Ce qui ne fuit pas le feu », dit encore Avîcenne, est dit fixe: tels sont les corps des pierres et des métaux. »
Dans la langue même de notre temps, le nom d'esprits volatils est encore appliqué à certaines substances, tels que l'ammoniaque, l'alcool, les essences, etc. D'après Geber (Voir aussi Lexicon Alchemiae Rulandi, p. 442.) il y a sept esprits, dont voici les noms, rangés dans l'ordre de leur volatilité : le mercure, le sel ammoniac, le soufre, l'arsenic, (c'est-à-dire son sulfure, placé auprès du soufre par l'auteur), la marcassite, la magnésie et la tutie.
Geber dit encore :
« Les esprits (corps volatils) seuls et les matières qui les contiennent en puissance, sont capables de s'unir aux corps (métalliques) ; mais ils ont besoin d'être purifiés pour produire une teinture parfaite, et ne pas gâter, brûler, noircir les produits. Il y a des esprits corrosifs et brûlants, tels que le soufre, l'arsenic (sulfuré), la pyrite; d'autres sont plus doux, tels que les diverses espèces de tutie (oxydes métalliques volatils). C'est par la sublimation qu'on les purifie. »29 —
Cette sublimation se compliquait de l'action oxydante de l'air, spécialement dans le cas de la pyrite et du sulfure d'arsenic. L'Aludel30, appareil destiné à ces sublimations, devait être construit en verre, ou en une substance analogue, non poreuse, et capable de retenir les esprits (matières volatiles) et de les empêcher de s'échapper, d'être éliminés par le feu. Les métaux ne conviennent pas, parce que les esprits s'y unissent, les pénètrent, et même les traversent. Tout ceci est très clair pour nous. Le Pseudo-Aristote donne la même liste (De Perfecto Magisterio, Bibl. chem. de Manget, t. I, p. 638.) des esprits que Geber, en assimilant ces êtres aux planètes. Dans Rulandus, qui développe la même énumération, la magnésie est remplacée par le wîsmath, lequel semble être un sulfure métallique, se rattachant aux minerais d'étain et de plomb. Ce nom a été détourné de son vieux sens, pour être appliqué par les modernes à un métal nouveau, inconnu des anciens, le bismuth31 ; de même que le nom de cadmie a été détourné de son sens pour être appliqué au cadmium. Mais ce n'était pas là la signification ancienne du mot. Revenons aux esprits de Geber et d'Avicenne, afin de tâcher de comprendre les idées d'autrefois et les faits qui leur correspondaient. Les uns de ces esprits, tels que le mercure, le sel ammoniac, le soufre, le sulfure d'arsenic, sont en effet des substances susceptibles de sublimation pure et simple. Les autres sont réputés secondaires : la sublimation n'ayant lieu que par l'effet d'une opération complexe, et mal comprise, mais dont la complexité avait été entrevue par les alchimistes. En effet la marcassite, ou pyrite, chauffée dans un appareil distillatoire en terre, donne d'abord du soufre, en laissant un résidu ; ce résidu s'oxyde peu à peu sous l'influence de l'air, qui
pénètre dans l'appareil, et une partie du produit se sublime à son tour peu à peu, à une température plus haute, en fournissant des oxydes métalliques,. blancs ou colorés. Geber distingue nettement ces deux phases du phénomène (Bibl. Chemica de Manget, t. I, p. 534)32. La tutie était réputée le moins volatil des esprits ; la magnésie était intermédiaire entre la tutie et la marcassite : enfin la sublimation de la tutie et celle de la magnésie étaient assimilées à la seconde phase de celle de la
marcassite, phase dans laquelle l'action de l'air développait les oxydes métalliques. On voit par là que la magnésie de Geber, comme celle du Pseudo-Démocrite,et, plus tard, la tutie, désignaient à la fois certains minerais sulfurés de zinc, de plomb, d'étain, de cuivre, etc., ainsi que le mélange des oxydes formés par sublimation lente aux dépens de ces minerais de zinc, de plomb, de cuivre, etc.; c'est-à-dire que cette magnésie se rattache à la famille des cadmies, dans laquelle on rencontre également le double sens de minerai naturel et de ses dérivés obtenus par grillage. Les sens du mot magnésie sont
d'ailleurs plus compréhensifs encore, comme il sera dit plus loin.
ETAIN — kassiteroV — Stannum — plomb blanc33 (PLINE, H. N., 1. XXXIV, 47). Dans Homère, le mot kassiteroV désigne un alliage d'argent et de plomb (ou d'étain ?). Le sens actuel du métal étain n'a peut-être été acquis à ce mot d'une manière précise et exclusive que vers le temps d'Alexandre et des Ptolémées, bien que le métal même ait été employé comme composant du bronze depuis les époques préhistoriques. De même le mot stannum est donné par Pline au plomb argentifère (H. N., 1. XXXIV, 47), aussi bien qu'au plomb blanc, qui était l'étain véritable. Dans la lecture des anciens auteurs, il faut se méfier continuellement de ces sens multiples et variables avec les temps des dénominations métalliques qu'ils emploient. Pour pouvoir tirer d'un mot des conséquences certaines, au point de vue des connaissances chimiques d'une certaine époque, il est nécessaire, en général,
de posséder des objets, armes, statues, ou instruments, répondant exactement à cette époque et à ce mot. En dehors de cette règle, on est exposé aux erreurs et aux confusions les plus étranges. Pline ajoute qu'on contrefait l'étain avec un mélange renfermant 1/3 de cuivre blanc et 2/3 de plomb blanc; ou bien avec poids égaux de plomb blanc et de plomb noir : c'est ce qu'on appelait alors plomb argentaire. Ces fraudes sont encore usitées aujourd'hui, les fabricants d'objets d'étain mêlant le plus de plomb qu'ils peuvent à l'étain pur, à cause du bas prix du plomb.
ETYMOLOGIES CHIMIQUES DOUBLES. — C'est une circonstance digne d'intérêt qu'un certain nombre de mots chimiques ont deux étymologies : l'une égyptienne, qui paraît la véritable; l'autre grecque, qui semble fabriquée après coup et pour rendre compte de la transcription hellénique du mot ancien34. Je citerai, par exemple, les mots asèm, chimie, sel ammoniac. Le mot asèm désignait un alliage métallique particulier imitant l'or et l'argent et spécialement ce dernier métal <p. 62 et suiv.). Il a été traduit en grec par les mots : ashmoV, ashmon, ashmh, lesquels signifiaient d'abord l'argent sans titre, et ont pris, en grec moderne, le sens complet de l'argent. La confusion entre ces mots est l'une des origines des idées de transmutation. Le mot chimie paraît dérivé du mot égyptien cherni, qui est le nom de l'Egypte elle-même. Mais les Grecs l'ont rattaché soit à cumoV (suc), soit à cew (fondre), parce que c'était l'art du fondeur en métaux. Le nom du sel ammoniac (carbonate de soude d'abord, plus tard chlorhydrate d'ammoniaque (p. 45), est dérivé de celui du dieu égyptien Ammon. Mais il a été rattaché aussi par les Grecs au mot ammon, sable, etc. Ces fausses étymologies rappellent le système de Platon pour les cas analogues.
FER. Le basalte était désigné par le nom du fer chez les Egyptiens. On distinguait parmi les dérivés du fer, les corps suivants : Rubigo ou ferrugo, ioV, la rouille, c'est-à-dire l'oxyde de fer hydraté et les sels basiques de même teinte (PLINE, H. N., 1. XXXIV, 45. — Diosc. Mat. méd., 1. V, 93). A l'état anhydre ce corps est devenu le colcotar du moyen âge, qui est à proprement parler le résidu de la calcination des sulfates de fer.
Squama. — C'est l'écaille tirée des armes pendant leur fabrication, ex acte aut mucronîbus (PLINE, H. N., 1. XXXIV, 46). Il semble que ce corps répondait à notre oxyde des batitures35.
Scoria (Diosc., Mat. méd., 1. V, 94), autre résidu ferrugineux. — Elle est appelée aussi sideritis. Au fer se rattachent l'aimant ou pierre magnétique, l'hématite, la pierre schisteuse, les ocres, les pyrites, ainsi que la rubrique. Donnons quelques détails sur ces différentes matières. Aimant ou magnes, dénommé parfois également sideritis (Diosc., Mat. méd., 1. V, 147). L'aimant était appelé ferrum vivum et assimilé à un être vivant, à cause de son action attractive sur le fer. Oh distinguait le mâle et le femelle. On en reconnaissait plusieurs espèces : les uns roux, les autres bleuâtres, qui étaient les meilleurs ; d'autres noirs, sans force; d'autres blancs et n'attirant pas le fer. L'aimant tirait son nom de magnes, de celui de Magnésie, qui appartenait à une province de Thessalie et à deux villes d'Asie (v. Magnésie).
Hématite (Diosc., Mat. méd., 1. V, 143. — PLINE. H. N., 1. XXXVI, 25). — Le sens moderne de ce mot est resté à peu près le même que le sens antique : fer oligiste et fer oxydé hydraté. La pierre schiste est
congénère (PLINE, H. N., 1. XXXIV, 37) : c'est l'hématite fibreuse.
Ocres (Diosc., Mat. méd., 1. V, 108. — PLINE. H. N., 1. XXXV, 16, 20, 22.). — L'ocre, brûlée dans des pots neufs, donnait la rubrique (sanguine). Les mots sil, usta (PLINE, H. N; 1. XXXV, 32 ; 1. XXXIII, 56, 57) ont un sens analogue. On les obtenait aussi en brûlant l'hématite (VITRUVE, 1. VII, ch. vii. — PLINE,
H. N., 1. XXXVI, 37).
Pyrites (Diosc., Mat. méd., l. V, 142. — PLINE, H. N., l. XXXVI, 30).— Ce mot désignait les sulfures de fer et de cuivre et les corps congénères : sens qu'il a conservés. La pyrite blanche et la pyrite dorée notamment sont distinguées par Pline. La chalcite, ou minerai de cuivre répondait surtout à la pyrite cuivreuse. D'après Pline, le même nom était donné à la meulière et à la pierre à briquet, que l'on supposait contenir le feu produit par leur intermédiaire. Le mot Chalcopyrite, qui désignait sans doute à l'origine la pyrite cuivreuse, a changé-de sens plus tard : il aurait signifié le plomb (ou
plutôt l'un de ses minerais) chez les alchimistes, d'après le Lexicon Alch. Rulandi. Le mot marcassite a remplacé celui de pyrite au moyen âge, avec un sens encore plus étendu. (Voir ce mot.)
Rubrique. — Ce mot désignait la sanguine; mais on l'appliquait aussi au minium, au vermillon et même parfois au cinabre.
FEU (les vertus du). D'après Pline :
Ignis accipit arenas, ex quibus alibi vitrum, alibi argentum, alibi minium, alibi plumbi genera, alibi medicamenta fundit. Igne lapides in aes solvuntur, igne ferrum gignitur ac domatur, igne aurum
perficitur, etc. (PLINE, H. N., 1. XXXVI, 68).
Ce passage aurait pu être écrit par un alchimiste. On lit déjà dans un hymne chaldéen au feu, traduit par M. Oppert
« O toi qui mêles ensemble le cuivre et le plomb (Ou l'étain, suivant d'autres interprètes) ; ô toi qui donne la forme propice à l'or et à l'argent, etc. »36
FIXATION DES METAUX.
FIGURES GÉOMÉTRIQUES DES SAVEURS ET DES ODEURS. Démocrite leur a attribué des figures. On lit aussi dans Théophraste, de Causis Plantarum, l. VI, ch. i :
La saveur douce résulte de matières rondes et grosses;
— acerbe et aigre, de matières polyédriques, âpres;
— aiguë — de certains corps pointus, petits, courbes;
— acre — de corps ronds, petits, courbes;
— salée —de corps anguleux, grands, tordus, etc.;
— amère — de corps ronds, légers, tordus, petits ;
— grasse — de corps ténus, ronds, petits ;
Ce terme est employé comme synonyme de transmutation ; il signifie, à proprement parler :
- 1° L'acte qui consiste à ôter au mercure sa mobilité, soit en l'associant à d'autres métaux ou bien au soufre, soit en l'éteignant à l'aide de divers mélanges.37
- 2° L'opération par laquelle on ôte au mercure et plus généralement aux métaux très fusibles, tels que le plomb et l'étain, leur fusibilité, de façon à les rapprocher de l'état de l'argent.38
- 3° L'opération par laquelle on ôte au mercure sa volatilité. Les métaux étant ainsi fixés et purifiés de leur élément liquide,39
- 4° On leur communiquait une teinture solide, fixe, qui les amenait à l'état d'argent ou d'or. Arrivés au dernier état, ils étaient définitivement fixés, c'est-à-dire rendus incapables d'une altération ultérieure.40
GAGATES (PIERRE), notre Jais ? (PLINE, 1. XXXVI, 34. — Diosc., Mat. Méd., 1. V, 145)41 Pierre de Memphis (Diosc., Mat. méd., l. V, 1 57), sorte d'asphalte.
Ios — ioV — virus. Ces mots ont des sens très divers chez les anciens. Virus s'applique dans Pline à certaines propriétés ou vertus spécifiques des corps, telles que : l'odeur (Quelque chose de ce sens s'est conservé dans les mots « odeur vireuse », usités en botanique et en chimie.) du cuivre, du sory, de la sandaraque (H. N., l. XXXIV, 30, 48, 55) ; — leur action vénéneuse. L'action médicale des cendres d'or (PLINE, H. N. l. XXXIII, 25) ; La vertu magnétique communiquée au fer par l'aimant (Id., l. XXXIV, 42.). IoV signifie plus particulièrement la rouille ou oxyde des métaux, ainsi que le venin du serpent, parfois assimilé à la rouille dans le langage symbolique des alchimistes42. La pointe de la flèche43, symbole de la quintessence, l'extrait doué de propriétés spécifiques, la propriété spécifique elle-même ; enfin le principe des colorations métalliques, de la coloration jaune en particulier.
losis, — iwsiV, — signifie :
- 1° L'opération par laquelle on oxyde (ou l'on sulfure, etc.) les métaux44;
- 2° La purification ou affinage des métaux, tels que l'or : c'est une conséquence des actions oxydantes exercées sur l'or impur, avec élimination des métaux étrangers sous forme d'oxydes ;
- 3° La virulence où possession d'une propriété active spécifique, communiquée par exemple à l'aide de l'oxydation;45
- 4° Enfin la coloration en jaune, ou en violet, des composés métalliques, coloration produite souvent par certaines oxydations.46
Nous conserverons quelquefois ce mot sans le traduire, afin de lui laisser sa signification complexe.
MAGNÉSIE. — C'est l'un des mots dont la signification a le plus varié dans le cours des temps (v. p. 221). Jusqu'au XVIIIe siècle, il n'a rien eu de commun avec la magnésie des chimistes d'aujourd'hui. A l'époque de Pline et de Dioscoride, la pierre de Magnésie désigna d'abord la pierre d'aimant, l'hématite (voir le mot fer) et divers minéraux appelés aussi magnes, de couleur rouge, bleuâtre, noire ou blanche, originaires de la province ou des villes portant le nom de Magnésie; ils comprenaient certaines pyrites métalliques. Le magnes était l'espèce mâle et la magnesia l'espèce femelle. Les alchimistes grecs ont appelé de ce dernier nom les mêmes corps et spécialement les minerais, parfois sulfurés, tels que les pyrites, employés dans la fabrication du molybdochalque (voir p. 153), alliage de cuivre et de plomb (Zosime). Ils l'appliquent même au sulfure d'antimoine (voir le
Lexique alchimique). Puis, par extension, ce nom a été donné aux cadmies ou oxydes métalliques, au plomb blanc et même aux alliages, provenant du grillage et des traitements des pyrites. En raison de son rôle dans la transmutation, le molybdochalque, substance appelée aussi métal de la magnésie (to swma thV magnhsiaV), est appelée to pan (le tout), en certains endroits de Zosime47. Plus tard, chez les Arabes, le mot magnésie s'applique à des minerais de plomb et d'étain, sulfurés aussi ; ainsi qu'aux marcassites ou pyrites, susceptibles de fournir des sublimés analogues à la cadmie et à la tutie (Geber et le Pseudo-Aristote, Bibl. chem. de Manget, t. I, p. 645, 649, etc.)48. Les alchimistes latins (Lexicon. Alch. Rulandi, p. 316) ont désigné sous le nom de magnésie non seulement les pyrites (dont certaines appelées wismath), mais aussi l'étain allié au mercure par fusion, et un amalgame d'argent très fusible, de consistance cireuse, appelé la magnésie des philosophes, parce qu'il servait à fabriquer la pierre philosophale. C'était « l'eau mystérieuse congelée à l'air et que le feu liquéfie. »49 D'après un texte du Lexicon Alch. de Rulandus (p. 322), la magnésie représentait un certain état intermédiaire de la masse métallique, pendant les opérations de transmutation. Il est difficile de ramener de semblables notions à la précision de nos définitions modernes. Dans le Pseudo-Aristote arabe (Tractatulus ; Bibl. chem. de
Manget, t I, 661)50, on lit pareillement : Dicitur argentum vivum, quod in corpore magnesiae est occultatum et in eo gelandum. Il entendait par là un synonyme du mercure des philosophes, que l'on supposait contenu dans le métal de la magnésie. La magnésie noire désignait chez les anciens, tantôt un oxyde de fer, tantôt le bioxyde de manganèse (Le nom même de notre manganèse est une autre transformation moderne du mot magnes). Elle est déjà mentionnée comme servant à purifier le verre dans le livre De Mineralibus (L. II, tr. II, ch. 11 ), attribué à Albert le Grand. Macquer (Dictionnaire de Chimie, 1778), à la fin du XVIIIe siècle, distingue :
- 1° La magnésie calcaire, précipité formé par la potasse (carbonatée) dans les eaux-mères du nitre ou du sel commun : c'était du carbonate de chaux impur51, parfois mêlé avec le carbonate de magnésie actuel ;
- 2° Une autre magnésie calcaire, formée en précipitant les mêmes eaux-mères par l'acide sulfurique ou par les sulfates : c'était du sulfate de chaux52 ;
- 3° La magnésie du sel d'Epsom ou de Sedlitz, précipité obtenu au moyen du carbonate de potasse : c'était notre carbonate de magnésie, dont l'oxyde a seul retenu définitivement le nom de magnésie, dans la chimie scientifique actuelle. Le carbonate en porte aussi le nom en pharmacie.
MARCASSITE. Ce mot, regardé parfois comme synonyme de pyrite, est employé par les alchimistes du moyen âge pour désigner les sulfures, arséniosulfures et minerais analogues, de tous les métaux proprement dits: fer, cuivre, plomb et antimoine, étaîn, argent, or. La marcassite blanche ou pyrite argentine était appelée spécialement Wismath ou magnésie. La marcassite plombée est le sulfure d'antimoine.
MASSA, maza. Ce mot est donné comme synonyme d'Alchimie dans le traité attribué à Albert le Grand et dans sa traduction grecque (Théoctonicos ; v. p. 209). On trouve également dans le Lexicon Alch. Rulandi : Kymus, id est massa. Kuria, vel kymia, id est massa, alchimia.
MERCURE (DIOSCORIDE, Mat. méd., l. V, 110. — PLINE, H. N.. l. XXXIII, 32-42). Pline distingue l'argentum vivum, métal natif, et l'hydrargyrum, ou argent liquide, métal artificiel. Il prépare celui-ci sans distillation, en broyant le cinabre et le vinaigre dans un mortier de cuivre avec un pilon de cuivre. On obtenait aussi le mercure en plaçant le cinabre dans une capsule de fer, au milieu d'une marmite de terre, surmontée d'un chapiteau (ambix), dans lequel se condensait la vapeur sublimée : (aiqalh)53. On lit dans Dioscoride : H gar prosizousa tw ambiki aiqalh apoxusqeisa kai apojucqeisa udrarguroV ginetai.
« La vapeur sublimée adhérente à l'alambix, raclée et refroidie devient mercure. » —
C'est l'origine de l'alambic. Dans Aristote se trouve le curieux passage que voici :
« Quelques-uns disent que l'âme communique au corps son propre mouvement : ainsi fait Démocrite, lequel parle à la façon de Philippe, auteur comique. Ce dernier dit que Dédale communique le mouvement à une Vénus de bois, en y plaçant de l'argent liquide ». (De Anima, l.1, ch. 3.)
C'est déjà le principe de l'expérience du culbuteur chinois, que l'on fait aujourd'hui dans les Cours de Physique. Mais on peut aussi voir là l'origine de quelques-unes des idées mystiques des Alchimistes, qui ont pris au sérieux les apparences tournées en plaisanterie par les anciens Grecs. Le mercure des philosophes, ou matière première des métaux (Origines de l'Alchimie, p. 279), représentait pour les Alchimistes une sorte de quintessence du mercure ordinaire54 ; ces deux corps étant tantôt confondus, tantôt distingués. C'est dans ce sens qu'il convient d'entendre ce qui suit. D'après les Alchimistes du moyen âge, le mercure est l'or vivant; la mère des métaux. Il les engendre par son union avec son mâle, le soufre55 ; il tue et fait vivre ; il rend humide et sec ; il chauffe et refroidit, etc... L'Eau c'est Adam56, la Terre est Eve (RULANDUS, Lexicon Alchemiae, p. 47), etc. Tout ceci atteste la persistance des vieilles formules, à travers le moyen âge ; car la dernière assimilation remonte à Zosime et aux gnostiques. Citons encore quelques-uns des synonymes alchimiques du mercure :
Aquam autem simplicem, alias vocant venenum, argentum vivum, cambar, aquam permanentem, gumma, acetum, urinam, aquam maris, Draconem, serpentem (Voir Turba philosophorum (Biblioth. Chem. de Manget, t. I, p. 500).)57.
On lit les noms suivants du mercure dans Vincent de Beauvais. Speculum majus, VIII, 62: Acetum attrahens, et aqua aggrediens et oleum mollificans... servus quoque fugitivus (Voir Ostanès, ce v. p. 217). Puis vient un dialogue entre l'or et le mercure. L'or dit au mercure :
« Pourquoi te préfères-tu à moi ? je suis le maître des pierres qui ne souffrent pas le feu. »
Et il lui répond :
« Je t'ai engendré et tu ne sais pas que tu es né de moi. Une seule partie tirée de moi vivifie un grand nombre des tiennes; tandis que dans ton avarice tu ne donnes rien de toi dans les traitements. »58
Le mercure est présenté comme l'élément de tous les corps métalliques liquéfiables par le feu; après leur liquéfaction, ils prennent l'apparence rouge59.
D'après Avicenne (Bibl. chem. de Manget, t.1, p. 627)60,
« le mercure est le serpent qui se féconde lui-même, engendrant en un jour; il tue tout par son venin ; il s'échappe du feu. Les sages le font résister au feu : alors il accomplit les œuvres et mutations... Il se trouve dans tous les minéraux et il possède avec tous un principe commun; c'est la mère des minéraux. Un seul métal tombe au fond, c'est l'or et par là tu connais le plus grand secret, parce que le mercure reçoit dans son sein ce qui est de la même nature que lui. Il repousse les autres, parce que sa nature se réjouit plus avec une nature pareille qu'avec une nature étrangère (Ceci montre quel intérêt on attachait à des propriétés qui nous paraissent aujourd'hui peu importantes. On remarquera aussi l'axiome du Pseudo-Démocrite sur les natures, reproduit par Avicenne.). Il est le seul qui triomphe du feu et n'est pas vaincu par lui ; mais il s'y repose amicalement... Il contient son propre soufre excellent, par lequel on fixe l'or et l'argent, suivant le mode de digestion. »61
MÉTAUX. — Génération des métaux62. Aux opinions des anciens, relatives à cette question et rapportées dans mes Origines de l'alchimie, il paraît intéressant d'ajouter quelques textes. Les métaux sont formés d'eau et de terre, d'après Aristote (Météor., l. IV, chap. 8) : ce qui exprime leur fusibilité et leur fixité, aussi bien que leur aptitude à être changés en oxydes. Aristote (De Generatione, 1.1, chap. 10) distingue encore les corps en réceptifs ou passifs, et actifs ou donnant la forme : wV qateron men dektikon, qateron deidoV. C'est ainsi que l'étain disparaît, en subissant l'influence de la matière du cuivre qui le colore : paqoV ti wn aneu ulhV tou calkou scedon ajanizstai, kai micqeiV apeisi crwmatisaV monon. Nous touchons ici aux notions alchimiques.
J'ai cité plus haut (article éléments actifs, p. 246) le passage d'Aristote sur l'exhalaison sèche et sur l'exhalaison humide, laquelle produit les métaux. Une partie de ceci rappelle, sous une forme plus vague, les théories actuelles sur les minéraux de filons, produits par les vapeurs souterraines. Et ailleurs (Météor., l. IV, ch. 2):
« L'or, l'argent, le cuivre, l'étain, le plomb, le verre et bien des pierres sans nom, participent de l'eau : car tous ces corps fondent par la chaleur. Divers vins, l'urine, le vinaigre, la lessive, le petit-lait, la lymphe participent aussi de l'eau, car tous ces corps sont solidifiés par le froid. Le fer, la corne, les ongles, les os, les tendons, le bois, les cheveux, les feuilles, l'écorce, participent plutôt de la terre : ainsi que l'ambre, la myrrhe, l'encens, etc. »
J'ai cité des passages analogues tirés du Tîmée de Platon (Origines de l'Alchimie, p. 269 à 271). Tous ces énoncés témoignent de l'effort fait par la science antique pour pénétrer la constitution des corps et manifestent les analogies vagues qui guidaient ses conceptions. La Théorie des exhalaisons est le point de départ des idées ultérieures sur la génération des métaux dans la terre, que nous lisons dans Proclus (voir Origines de l'Alchimie, p. 48), et qui ont régné pendant le moyen âge (voir le présent volume, p. 78). On lit encore, dans Vincent de Beauvais (VIII, 6) :
« D'après Rhazès, les minéraux sont des vapeurs épaissies et coagulées au bout d'un temps considérable. Le vif argent et le soufre se condensent d'abord. Les corps transformés graduellement pendant des milliers d'années dans les mines arrivent à l'état d'or et d'argent ; mais l'art peut produire ces effets en un seul jour. »
Dès les temps les plus anciens, ces idées se sont mêlées avec des imaginations astrologiques, relatives aux influences sidérales (ce volume, p. 73 et suiv.). C'est ainsi qu'on lit dans la Bibl. Chem. de Manget, t.1, p. 913 63 :
« Les métaux et les pierres n'éprouvent pas les influences célestes, sous leur forme même de métaux ou de pierres, mais lorsqu'ils sont sous la forme de vapeurs et tandis qu'ils durcissent. » 64
On voit par là le sens mystique de ces mots attribués à Hermès par Albert le Grand :
« la terre est la mère des métaux ; le ciel en est le père. » 65
De même cet autre axiome hermétique:
« En haut les choses terrestres; en bas les choses célestes » (Ce volume, p. 161 et 163, fig. 37),
lequel s'appliquait à la fois à la transformation des vapeurs dans la nature et à la métamorphose analogue que l'on effectuait par l'art dans les alambics. Avicenne, après avoir décrit le détail supposé de cette création des métaux, ajoute :
« Cependant il est douteux que la transmutation effective soit possible. Si l'on a donné au plomb purifié les qualités de l'argent (chaleur, saveur, densité), de façon que les hommes s'y trompent, la différence spécifique ne peut être enlevée parce que l'art est plus faible que la nature . » (VINCENT DE BEAUVAIS, VIII, 84)
Albert le Grand (De Mineralibus, l. III, tr. i, ch. 9) dit de même :
« Ceux qui blanchissent par des teintures blanches et jaunissent par des teintures jaunes, sans que l'espèce matérielle du métal soit changée, sont des trompeurs, et ne font ni vrai or, ni vrai argent... J'ai fait essayer l'or et l'argent alchimiques en les soumettant à six ou sept feux consécutifs ; le métal se consume et se perd, en ne laissant qu'un résidu sans valeur. »
Dans le traité d'alchimie pseudonyme, attribué au même auteur, il est dit que le fer alchimique n'attire pas l'aimant et que l'or alchimique ne réjouît pas le cœur de l'homme et produit des blessures qui s'enveniment; ce que ne fait pas l'or véritable.
Odeur des Métaux : D'après Aristote (De sensu et sensilibus, ch. 5) :
« L'or est inodore ; le cuivre, le fer sont odorants ; l'argent et l'étain moins que les autres. Il y avait un cuivre indien de même couleur que l'or parmi les vases du trésor de Darius ; les coupes de ce métal ne se distinguaient que par l'odeur » (De mirabilibus, ch. 49).
MINIUM, RUBRIQUE ou matière rouge. — miltoV — Sous ce nom on trouve confondues un grand nombre de substances rouges d'origine minérale, telles que, d'une part :
- Les oxydes de fer (sanguine, ocre brûlée ou usta, hématite).
- Les oxydes de plomb (minium et congénères) et peut-être l'oxyde de mercure (confondu avec le cinabre), ainsi que le protoxyde de cuivre ;
- D'autre part, le sulfure de mercure (vermillon, cinabre), le sulfure d'arsenic (réalgar, appelé aussi sandaraque), le sulfure d'antimoine (sulfure artificiel précipité et kermès minéral), son oxysulfure, et divers composés métalliques analogues, que les anciens ne savaient pas bien distinguer les uns des autres (voir plus haut l'article cinabre, et plus loin l'article plomb).66
Ainsi les mots rubrique, rubrica (miltoV), minium, cinabre, vermillon, sont-ils souvent synonymes dans les anciens auteurs. La sinopis, ou rubrique de Sinope (Diosc., Mat. méd., V, iii.— PLINE, H. N., l.XXXV, 16; XXXVI, 27), était à proprement parler un oxyde de fer naturel et artificiel (usta) ; mais ce nom a été aussi donné, à notre minium (oxyde de plomb) et à notre sulfure de mercure. La terre de Lemnos (PLINE, H. N., l. XXXV, 14) était aussi une rubrique (probablement un peroxyde de fer hydraté) ; on la vendait sous cachet. La sinopis, broyée avec du sil brillant (ocre jaune) et du melinum (argile blanche), donnait le leucophoron, matière employée pour fixer l'or sur le
bois (PLINE, H. N., l. XXXV, 17). Le minium ou ammion (petit sable) désigne : Tantôt un oxyde de plomb, dans le sens d'aujourd'hui, oxyde obtenu par la calcination ménagée de la céruse et nommé aussi usta, comme l'ocre (PLINE, H. N., l. XXXV, 20), ou bien encore fausse sandaraque (Le même, 22) ;
Tantôt le vermillon et le cinabre ou sulfure de mercure (VITRUVE—DIOSCORIDE, Mat. méd., l. V, 109. — PLINE, H. N., l. XXXIII, 37 à 41.). Le minium, chauffé à parties égales avec la rubrique, fournissait le sandyx (PLINE, H. N., l. XXXV, 23.), nom qui a été appliqué aussi au minium seul (Diosc., Mat. méd., 1. V, 103). Cette confusion se retrouve dans certaines dénominations modernes : c'est ainsi que le minium de fer, employé aujourd'hui pour peindre ce métal, est formé de 60 pour cent de minium et de 40 pour cent d'oxyde magnétique. Un premier germe des idées alchimiques sur la fabrication de l'or se trouve dans ce fait, rapporté par Théophraste (De Lapidibus, 58, 59), que l'Athénien Callias, au
Ve siècle avant notre ère, vers les commencements de la guerre du Péloponèse, découvrit le minium dans les mines d'argent et qu'il espérait obtenir de l'or par l'action du feu sur ce sable rouge. Le sandyx mêlé de sinopis constituait le syricum ou serîcum (PLINE, H. N., l. XXXV, 24). Ajoutons, pour compléter ce qui est relatif aux couleurs dérivées des métaux dans l'antiquité. L'armenium, matière bleue qui paraît être la cendre bleue, ou l'azurite ; Et le ceruleum ou azur (PLINE, H. N., l. XXXIII, 57), mot qui désigne à la fois une laque bleue, dérivée du pastel, et un émail bleu, fritte ou vitrification, obtenu avec du natron, de la limaille de cuivre et du sable fondu ensemble (VITRUVE).67 Parmi les couleurs vertes, on cite l'aerugo, le verdet, la chrysocolle (malachite; cendres vertes et sous-carbonates de cuivre). Les couleurs jaunes étaient : l'ocre ou sil, parfois mêlé de matières végé-tales; l'arsenic ou orpiment ; les sous-sulfates de fer (misy et congénères); parfois la litharge, le soufre, l'or en poudre; enfin diverses matières végétales.
NITRUM — vitrov — natron, — à proprement parler notre carbonate de soude. C'est par erreur que la plupart des éditeurs des auteurs grecs ou latins traduisent ces mots par nitre ou salpêtre, substance presque inconnue dans l'antiquité, et qui apparaît seulement à partir du VIe siècle à Constantinople, avec le feu grégeois dont elle était la base (Voir mon ouvrage : Sur la force des matières explosives, 3e éd., t.1, p. 352.). Les anciens parlent aussi du nitrum factice, préparé avec les cendres de chêne, c'est-à-dire du carbonate de potasse.68
Spuma nitri, ajroV nitrou ou ajronitron. — Se trouve dans des cavernes. Ce devait être dans certains cas du nitre vrai.69
OPÉRATIONS ALCHIMIQUES. —Voici le nom de quelques-unes des opérations signalées dans les écrits des Alchimistes Grecs70; j'ai cru utile de les réunir ici pour la commodité du lecteur (Voir aussi ce volume, p. 210).
anazwpurwsiV ....... Régénération par le feu: coupellation.
analusiV .......... Dissolution, désagrégation.
aposeirwsiV ........ Décantation.
acluwsiV .......... Obscurcissement de la surface brillante d'un métal, par oxydation, sulfuration etc.
ekstrojh, ekstreyiV. Extraction, transformation.
elaiwsiV .......... Graissage; Transformation en huile,
exiwsiV. .......... Réduction, affinage.
exudatwsiV. ........ Dessiccation; opération par laquelle on dépouille un corps de sa liquidité.
epibolai .......... Projections.
eyhsiV............ Décoction.
iwsiV. ............ Oxydation; affinage; coloration en violet (v. p. 255).
kausiV............ Grillage; calcination.
leiwsiV ........... Pulvérisation; délaiement.
leukwsiV ......... Blanchiment.
melanwsiV......... Teinture en noir.
opthsiV ........... Torréfaction.
xanqwsiV ......... Teinture en jaune.
plusiV............ Lavage.
shyiV............. Putréfaction, décomposition.
ulh ............. Matière.
jusiV .......... Nature, qualité intérieure.
OR. Rappelons sa coupellation par le sulfure d'antimoine, qui en sépare même l'argent. On fond ensemble; la fonte se sépare, en deux couches ; la couche supérieure renferme les métaux étrangers, sous forme de sulfures unis à l'antimoine; la couche inférieure contient l'or et le régule d'antimoine- On répète la fonte deux ou trois fois ; puis on soumet l'or à un grillage modéré, qui brûle l'antimoine ; en évitant de chauffer trop fort pour ne pas volatiliser l'or. En raison de ces propriétés l'antimoine était dit au moyen âge le loup dévorant71 des métaux; ou bien encore le bain du roi ou du soleil. Mais elles ne sont exposées très explicitement que vers la fin du moyen âge.
PAROS et PORUS (PLINE, H. N., l. XXXVI, 28.). La pierre appelée porus, était blanche et dure comme le marbre de Paros mais moins pesante. Ces deux mots sont parfois confondus dans les Papyrus de Leide72.
PLOMB : On distinguait 2 espèces, le noir et le blanc, ce dernier assimilable à notre étain (PLINE, H. N., l. XXXIV, 47.). Du plomb noir on extrayait aussi l'argent.— II était soudé par l'intermède de l'étain. Le métal de première coulée, obtenu avec le plomb argentifère, s'appelait stannum; le second, argent; ce qui restait dans le fourneau, galène. La galène refondue produisait du plomb noir. On voit que le mot stannum signifie ici un alliage d'argent et de plomb73. Quant au mot galène, il n'avait pas le même sens qu'aujourd'hui, où il veut dire sulfure de plomb. Chez les anciens, le plomb était souvent confondu avec ses alliages d'étain, aussi bien qu'avec l'antimoine (v. p. 224) et le bismuth, métal plus rare et dont la découverte est moderne.
Plomb lavé. — peplumenoV molubdoV (Diosc., Mat. méd., l. V, 95). Voici la préparation de cette substance. On broie de l'eau dans un mortier de plomb avec un pilon de plomb, jusqu'à ce que l'eau noircisse et s'épaississe : ce que nous expliquons aujourd'hui par la formation d'un hydrocarbonate de plomb, résultant de l'action de l'air et de l'eau sur le métal. — On lave par décantation. — On peut aussi broyer de la limaille de plomb dans un mortier de pierre. Vincent de Beauvais (Speculum majus, VIII, 17) décrit la soudure autogène, plomb sur plomb, qui a été regardée comme une invention moderne.
Plomb brûlé — kekaumenoV molubdoV (Diosc., Mat. méd., l. V, 96). — Voici la préparation de ce corps ;
« On stratifie dans un plat des lames de plomb et de soufre. On chauffe, on remue avec du fer, jusqu'à disparition du plomb, et transformation en une sorte de cendre. D'autres remplacent le soufre par de la céruse, ou par de l'orge. Si l'on chauffe le plomb seul, le produit prend la couleur de la litharge ». —
Le produit obtenu par ces procédés est un sous-oxyde de plomb, mêlé, suivant les cas, de sulfure et de sulfate.
Scorie [de plomb] (Diosc., Mat. méd., l. V, 97. — PLINE, H. N., l. XXXIV, 49, 51). — Corps jaune, vitreux, analogue à la céruse, ou plutôt à notre litharge impure.
Spode [de plomb] (PLINE, H. N., l. XXXIV, 12). — V. l'article AEs, sur le sens du mot spode.
Pierre plombeuse (Diosc., Mat. méd., l. V, 98). — C'est notre galène (sulfure de plomb) ?
Galena. — Minerai de plomb (PLINE, l. XXIII, 31), employé dans la fusion de l'argent. On appelait aussi de ce nom le résidu des fontes du plomb argentifère (v. plus haut).
Molybdène — molubdaina (Diosc., Mat. méd., l. V, 100. — PLINE, H. N., l. XXXIV, 53.).
« Ce corps est produit dans les fourneaux d'or et d'argent. Il est jaune, et devient rouge par le broiement; il est semblable à la litharge ». —
Ce nom a été aussi étendu à la plombagine (notre graphite) et à notre galène (sulfure de plomb natif). — On en a rapproché encore (Diosc., l.V, 101) la scorie d'argent, appelée aussi helcysma ou encauma. Le mot molybdène a été suivant l'usage fâcheux des modernes, détourné de son sens historique par les chimistes de notre temps, pour être appliqué à un métal inconnu de l'antiquité.
Litharge (Diosc., Mat. méd; V, 102.). — Elle se préparaît avec un sable (minerai) plombeux, ou bien elle était obtenue dans la fabrication de l'argent, ou dans celle du plomb. — La litharge jaune s'appelait chrysitis; celle de Sicile, argyritis; celle de la fabrication de l'argent, lauriotis (mot qui rappelle les mines du Laurium) :
« ce sont à proprement parler les écumes d'argent, produites à la surface du métal; la scorie est le résidu qui reste au fond » (PLINE).
Céruse — yimuqion (Diosc., l. V, 103. — PLINE, l. XXXIII, 54. —VITRUVE, l.VII, ch. 7.).74 — Les anciens ont indiqué le procédé de préparation de la céruse par le plomb et le vinaigre. — Dioscoride décrit aussi sa torréfaction (opthteon), sa cuisson (kausai qelwn), laquelle lui donne une couleur rouge et la change en sandyx (minium).
Minium (v. p. 251, 260; Rubrique). — Rappelons que ce mot a désigné non seulement le sur-oxyde de plomb, appelé aujourd'hui de ce nom, mais aussi le vermillon, le cinabre, le réalgar et certains oxydes de fer.
PSEUDARGYRE. On lit dans Strabon (Liv. XIII, 56) :
« Près d'Andira on trouve une pierre qui se change en fer par l'action du feu. Ce fer, traité par une certaine pierre, devient du pseudargyre, lequel, mêlé avec du cuivre, produit ce que l'on appelle orichalque. Le pseudargyre se trouve aussi près du Tmolus. »
Etait-ce du zinc, on du nickel, ou un alliage ?
SAMOS (pierre de). — C'est le tripoli.
SEL (Diosc., Mat. méd., l. V, 125, 130. — PLINE, H. N., l. XXXI, 39-45.). — Sel fossile naturel75, notre sel gemme, ou chlorure de sodium - sel de Cappadoce, sel factice obtenu par l'évaporation des salines.
Lanugo salis. — Acnh aloV. — Paillette écumeuse, produite par l'eau de mer déposée sur les rochers.
Saumure — muria. — Almh
Flos salis, — aloV anqoV. — Efflorescences salines et odorantes, couleur de safran — elles surnageaient dans certains étangs, ainsi que dans l'eau du Nil.76
Favilla salis. — Efflorescence blanche et légère.
SÉLÉNITE (Diosc., l. V, 158. — Lexicon Alch. Rulandi, p. 289 et 427) ou aphroselinon, pierre de lune, pierre spéculaire, glace de Marie ; blanche, légère, translucide. Ce mot désigne notre sulfate de chaux et notre mica, ainsi que divers silicates, lamelleux et brillants.77
SOUFRE (Diosc., l. V, 123. — PLINE, H. N., l. XXXV, 50). — Soufre vif, ou apyre. Pline ajoute : Ignium vim magnam ei inesse; il renferme beaucoup de feu — sans doute parce qu'il s'allume aisément.
TERRES (Diosc., Mat. méd.. l. V, 170 à 180. — PLINE, H. N., l. XXXV, 31, 32, 53 à 55 ; XXXVI, 40, etc. — Lexicon Alch. Rulandi, p. 463.). On désignait sous ce nom divers calcaires et surtout des argiles blanches, ou grisâtres, employées :
- Soit comme fondants en métallurgie ;
- Soit comme base de poteries en céramique;
- Soit comme ciments dans les constructions;
- Soit comme supports de couleurs en peinture ;
- Soit comme collyres, et pour divers autres usages, en matière médicale.
Ces terres étaient lavées à grande eau, mises en trochisques, cuites dans des plats de terre, etc. On distinguait : la terre de Chio, la terre de Samos78 et la pierre de Samos, la terre cimolienne, la terre d'Erétrie, la terre de Mélos (assimilée au tripoli)79, la terre de Sélinonte, la terre de Lemnos (v. Rubrique p. 251, 260), le Paraetonium, la pignitis, l'ampelitis ou schiste bitumineux, etc. La terre de Lemnos était une sanguine, ou oxyde de fer hydraté.
TREMPE — TEINTURE — Bajh. La trempe du fer était connue de toute antiquité. Homère en fait mention dans l'Odyssée (l. IX, 393). Les alchimistes grecs y ont consacré plusieurs
articles que nous reproduirons. La trempe du bronze est aussi décrite par eux. Il est digne d'intérêt que le même mot bajh signifie :
- 1° La trempe des métaux;
- 2° La teinture des étoffes, du verre et des métaux;
- 3° Par extension la matière colorante elle-même,
- 4° Et aussi le bain dans lequel on la fixait.80
TUTIE.— Le nom de tutie, qui semble ancien (On trouve la mention de la Tutia Alexandrina (manuscrit 7161 du fonds latin de la Bibliothèque nationale de Paris, f. 13)), n'apparaît avec certitude qu'au temps des Arabes. Il a désigné surtout le pompholyx, oxyde de zinc impur. Mais il a été appliqué aussi à toute cadmie, toute fumée des métaux, et il en a souvent remplacé le nom chez les alchimistes du moyen âge. On en a parfois rapproché la magnésie (v. ce mot).
Notes
1. On ne peut ignorer que les alchimistes ont dit de leurs matières que l'une venait de l'Occident, la chienne d'Arménie, et l'autre de l'Orient, le chien du Khorassan. On connait le « bol arménien » [il s'agit d'argile rouge due à la présence en excès de fer] et le bleu d'Arménie. Les Anciens citent aussi l'alun d'Arménie et les pierres d'Arménie sont des pierres siliceuses ou calcaires, pénétrées de cuivre azuré.
2. Nous avons été amenés à utiliser des extraits ou à commenter déjà certains de ces articles, qui sont d'un intérêt remarquable pour l'étudiant en alchimie ou en hermétisme appliqué à l'Art sacré. De nombreux termes qui font partie de cette liste sont couramment utilisés par les alchimistes dans leurs traités ; à très peu près, jamais les substances ainsi désignées ne désignent les métaux ou les minéraux, les sels, que cite Berthelot. Nous ne détaillerons pas ici le sens hermétique des entrées du dictionnaire des notices de l'Introduction à la Chimie des Anciens. Il suffira au lecteur de rechercher sur le site les mots correspondants.
3. Il s'agit des 107 médaillons du Jardinet Hermétique de Stolcius von Stolzenberg, cf. gravures. Une version de 160 médaillons peut être trouvée dans le Dyas Chymica Tripartita compilé par Johannes Grasseus.
4. Hercule a deux sens : l'Artiste et leparce qu'il y a douze travaux et que le soleil traverse les douze signes du zodiaque.
5. Il s'agit de l'humide radical des métaux.
6. Cf. Idée alchimique, I et II
7. Il s'agit d'un extrait de : Joannes Braceschus. Lignum Vitæ, seu Dialoeus ex Italico in Latinum versus à G. Gratorolo Physicæ, quo Raymundi Lulli Scripta explicantur, p. 911-938.
8. légende rejoignant la transmission de la Tabula smaragdina
9. Rappelons que dans notre conception pratique de l'alchimie - à côté de l'oratoire - l'alun correspond à une partie du corps de la Pierre et est désigné par l'idéogramme. Sur les différentes sortes d'alun, cf. chimie et alchimie.
10. c'est-à-dire un constituant du Mercure, analogue au natron ou au borith, cf. carbonates
11. Il s'agit du Aristoteles. De perfecto Magisterio Tractatus, p. 638-659.
12. Rappelons que la Somme de Perfection n'est pas de Geber mais de Paul de Tarante [OFM (late 13th cent.) by W. R. Newman, The genesis of the Summa perfectionis, Archives internationales d'histoire des sciences 35 (1985) 240--302]
13. L'arsenic n'est pas à proprement parler l'élément mâle puisqu'il y a deux sortes d'arsenic, que la Turba nomme le cambar et le zandarith. L'antimoine est l'un des noms du Mercure des Sages.
14. La sandaraque est le zandarith des textes de la Turba et du Livre Secret d'Artephius.
15. Cf. ce que nous en disons au commentaire du Livre secret d'Artephius ainsi qu'à celui de l'Aurora consurgens, II -
16. in Joannes Braceschus. Lignum Vitæ, seu Dialoeus ex Italico in Latinum versus à G. Gratorolo Physicæ, quo Raymundi Lulli Scripta explicantur, p. 911-938
17. la cadmie est l'un des rares minéraux cités par Fulcanelli, dans les Demeures philosophales, t. I. Mais il faut l'entendre par cabale : c'est un agent mercuriel, cf. chimie et alchimie.
18. sur le péridot, cf. mercure de nature.
19. Il s'agit du Cambar de la Turba et du Livre secret d'Artephius, autrement dit du kinnabariV.
20. extrait de : Rogerius Baco. De Secretis operibus Artis & Naturæ et de Nullitate Magiæ Epistola (ad Guilielmum Parisiensem conscripta), p. 616-626
21. Jung en parle dans les Racines de la Conscience, cf. commentaire Aurora consurgens, I -
22. Cf. chimie et alchimie.
23. Il s'agit même de l'essentiel de l'idée alchimique : on retrouve les deux fumées blanche et rouge d'Artephius, dont parle encore Michel Maier dans l'Atalanta fugiens et dont parlait déjà le pseudo Hermès dans les Sept chapitres dorés [Tractatus Aureus de Lapidis Physici Secretô, in septem Capitula divisus, cum Scholiis Anonymi in Manget, t. I, pp. 400-445]
24. pour une première approche, cf. symboles ; pour approfondir, cf. commentaire de l'Aurora consurgens.
25. extrait de : Aristoteles. De perfecto Magisterio Tractatus, p. 638-659
26. Il n'est évidemment pas aisé de faire comprendre au XXIe siècle la philosophie hermétique à travers l'alchimie. Mais à cette époque - nous parlons des traités qui ont été rédigés vers le XIIe et le XIIIe siècle, il ne faisait point de doute que les équivalences suivantes étaient réelles : ESPRIT = MERCURE- ÂME = SOUFRE
- CORPS = SEL
. Beaucoup plus tard, on en fera le MOI, le SOI et le ÇA. Cf. Jung là encore [voir Aurora consurgens] - Il s'agit là de la base, du fondement, de toute l'alchimie.
27. Des quatre sels nommés, l'arsenic et l'ammoniac posent problème : il ne peut s'agir que de l'arsenic jaune ou auripigmentum qui se rapproche de l'hermaphrodite [assonance entre arrenikoV, mâle et arrenoqhluV qui a le sens d'hermaphrodite] ; quant au sel ammoniac, il ne saurait être question de notre chlorhydrate mais de celui que signale Berthelot comme une forme de carbonate de soude fossile, cf. note 10.
28. c'est la définition implicite du Mercure des philosophes.
29. les alchimistes ne font point autrement, avec leurs sublimations dites philosophiques ; leur secret a été dévoilé par Fulcanelli : à un certain moment de l'oeuvre, la chimie laisse place à la physique. Autrement dit, l'amorphe est transformé en cristal.
30. l'aludel devient l'athanor ou vase de nature chez l'alchimiste : c'est l'oeuf philosophal ou fourneau cosmique.
31. sur le bismuth, cf. Gardes du corps.
32. il s'agit de : Summa Perfectionis Magisterii in suâ naturâ, cf. note 12.
33. l'étain prend une importance considérable en matière de cabale hermétique : à chaque fois qu'il est question d'une substance qui dégoutte [cado, cassito] il est question de casque [cassis] ou d'étain [cassiteris]. Cf. chimie et alchimie.
34. On se retrouve confronté au même problème des sens doubles voire multiples, pléïomorphes, des symboles alchimiques. Nul doute qu'il y ait des rapports avec la sémantique.
35. les battitures ont une importance extrême dans le laboratoire alchimique, cf. Atalanta XXV sur le symbolisme qui y est associé.
36. sur le feu comme symbole, cf. idée alchimique, V - sur les feux de l'oeuvre, cf. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7.
37. Nous ne retiendrons ici que les équivalents hermétiques des interprétations. Eteindre le mercure a le sens de préparer le Mercure philosophique : cette opération consiste à garrotter le dragon, cf. figure IV de l'Aurora consurgens.
38. On peut voir ici l'albification, c'est-à-dire le passage d'un état de dissolution totale ou nigredoà la blancheur, symbolisée par l'argent
. Qu'on comprenne bien qu'il ne s'agit pas, stricto sensu du symbole lunaire qui désigne le soufre blanc ou corps du lapis, cf. AC, I et II. Autrement dit, le passage de la noirceur à la blancheur est marquée par une tendance de la matière à devenir plus pâteuse. Il ne s'agit évidemment pas d'un changement dans la couleur. La transformation progresive du serpent en lion ou le combat de l'aigle et du lion sont des allégories classiques de cette phase. Le problème est de savoir si cette modification de forme est induite par la matière ou par un changement dans le calorique.
39. Cette opération semble correspondre au départ du dissolvant : le Rosarium philosophorum dépeint cette scène dans la figure 17 ou revivification, correspondant au processus de réincrudation. Cf. AC II et les notes sur la Psychologie du Transfert de Jung..
40. La réincrudation proprement dite, c'est-à-dire l'incarnation de l'âme dans le corps. Dans cette opération, le sulphurest projeté dans le corps
du lapis ; tout cela doit se concevoir dans un milieu liquide [visqueux ou pâteux]. L'image du phénix est classique à ce stade de l'oeuvre, cf. poème du phénix attribué à Lactance.
41. sur la pierre gagate, cf. Atalante, III - Idée alchimique, I -
42. l'ioV exprime avant tout, chez les alchimistes, l'état de corruption dans lequel est placé le sulphur au sein du dissolvant, i.e. du Mercure. On peut donc en parler comme d'un spiritus corruptus. Voir là-dessus Aurora consurgens II, Jung et notamment Aïon, chap. IV. On exprime cet état par l'idéogrammequi est la forme primitive du mandala, cf. Jung, Correspondance 1954-55, t. IV [trad. Albin Michel]
43. On a vu, AC, II, que la pointe de la flèche permettait d'effectuer l'opération de la quadratura circuli ; cf. Jung, Racines de la Conscience [trad. Buchet Chastel, in Pochothèque] et les réf. sur Dorneus [voir bibliographie] dans Métamorphoses de l'Âme et ses Symboles [trad. Georg, in Pochothèque].
44. Il s'agit là d'une séquence fondamentale dans le processus alchimique : l'oxydation précède la sulfuration [voir Mercure philosophique et tartre vitriolé]. L'oxydation ou nigredo est assimilée à l'oeuvre au noir, tandis que la sulfuration est une opération qui se fait lorsque les matières sont disposées dans le vase de nature et in mercurii. C'est là qu'intervient l'oint du Seigneur [analogie qeion - qeioV].
45. De manière étonnante, cette virulence est l'action recherchée ; c'est par cette qualité - que l'on pourrait croire un défaut - que le Mercure est animé et que, dans un temps ultérieur, le sulphur est projeté dans le corps du lapis. Ce double aspect malus - privatio boni a été longuement étudié par Jung dans sa Réponse à Job [trad. Buchet Chastel]. En chimie, cette action virulente s'exprime donc par l'oxydation.
46. la coloration en violet trouve sa correspondance hermétique dans le phénnomène dit de conjonction des principes et la couleur jaune annonce l'Aurora consurgens. Cette couleur est contemporaine du régime de. On se reportera à notre monade [AC, II] pour les commentaires.
47. sur Zosime, cf. Michele Winand-Mertens, Alchimistes Grecs, t. IV, les récits authentiques de Zosime [les Belles Lettres, 1995] et Jung, Visions de Zosime in Racines de la Conscience [trad. Buchet Chastel].
48. Aristoteles [pseudo]. De perfecto Magisterio Tractatus, p. 638-659
49. On peut se poser la question de savoir s'il n'y pas là matière à confusion avec le dissolvant dont l'un des noms est la magnésie, cf. Matière. Surtout lorsqu'on lit ce que dit Berthelot de cet extrait de Rulandus où il décrit un état intermédiaire que nous connaissons bien, en ce qu'il s'agit de la transition entre l'état de nigredo et celui d'albedo, cf. note 38.
50. Tractatulus de practica lapidis philosophici, p. 659-662
51. Il s'agissait donc de l'un des composants du Mercure des philosophes. Le carbonate de chaux peut entrer dans la composition du verre, cf. aventurine. Par ailleurs, ce carbonate peut se transformer en dolomie, cf. Mercure de nature [on parlait au XIXe siècle de transmutation de calcaire en dolomie]
52. sel congénère du sulfate de potasse, cf. tartre vitriolé et réincrudation. Il possède la propriété de ne pas se décomposer à la chaleur blanche : on s'ens ert comme fondant, cf. Clavicule du pseudo Lulle. Par ailleurs, il sert à la préparation de l'eau divine de Zosime : On peut préparer ce corps en chauffant au rouge unmélange de sulfate de chaux [gypse] et de charbon, ou des fragments de sulfatede chaux dans la brasque d'un creuset en recouvrant ces fragments de poussière de charbon [L'Eau divine de Zosime est un polysulfure de calcium . Elle luit dans l'obscurité et on la nommait jadis le phosphore de Canton, ce qui peut expliquer les allusions de Fulcanelli aux lampes perpétuelles, au tome I des Demeures Philosophales] Le sulfate de chaux était désigné sous le nom d'alabastrum [albâtre] et peut encore désigner l'albâtre des Sages qu'évoque Fulcanelli au tome II des Demeures Philosophales.
53. sur ce mot, cf. commentaire au Livre secret d'Artephius. On voit que ce terme désigne la sublimation.
54. Berthelot fait une confusion - mais qui est normale compte tenu de l'angle sous lequel il se place - entre le vif argent et l'argent vif des alchimistes. il n'y a aucun rapport entre le mercure vulgaire et le Mercure des philosophes qui est un fondant alcalin.
55. Le Soufre rouge ou teinture du lapis n'est pas à proprement parler le « mâle » du mercure ; cf. Aurora consurgens II - Il ne faut pas oublier qu'il y a trois principes dans l'oeuvre : le mercure qui est l'agent de liaison entre les deux extrémités du vaisseau de nature que sont leet la
.
56. Jung en parle comme de l'Adam primitif ou Adam Cadmos, cf. Aïon et Essais sur la symbolique de l'Esprit [trad. Albin Michel pour les deux volumes]
57. Exercitationes in turbam Philosophorum, p. 497-503. Le texte complet de la Turba est développé en 71 sermones pp. 445-465 ; en 77 sentences pp. 480-494. Sur le mot cambar, cf. Livre secret d'Artephius et Aurora consurgens II -
58. Ces dialogues entre le Mercure et l'or ont été repris dans la Nouvelle Lumière Chymique de Cosmopolite, dans le Triomphe hermétique de Limojon de saint Didier ainsi que dans le dialogue entre Adolphe et Senior, dans l'Azoth [dont le titre est en fait : Aureliam Occultam Philosophorum in Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. II, pp. 198-235]
59. stade de la rubification ou rubigo, correspondant à la réincrudation du sulphur.
60. Tractatulus de Alchemiâ, p. 626-636
61. le serpent dont il est question est l'Ouroboros qui symbolise l'aqua permanens. L'un des secrets de l'oeuvre est de le « retenir au feu » c'est-à-dire d'empécher sa volatilisation précoce, afin de permettre aux matières de mûrir dans ce vase de nature. Il semble qu'après il soit question d'un soufre incombustible qui est sans doute la salamandre ou.
62. Cf. le Bürgberchlein, avec des commentaires de Daubrée. Voir encore le livre de la Philosophie naturelle des métaux de Bernard le Trévisan et la Révélation du mystère de la teinture des métaux par le pseudo Basile Valentin.
63. Cf. note 16
64. voir l'humide radical et le zodiaque alchimique sur ce point de cabale. Les planètes sont envisagées par les alchimistes comme les hiéroglyphes de leurs matières et de manière purement symbolique. On peut en avoir un aperçu dans la figure XXVII de l'Aurora consurgens.
65. Cette formule et la suivante rappellent fortement les versets de la Tabula smaragdina.
66. le miltoV désigne le cinabre [kinnabariV] des Anciens, cf. cambar in Turba. Pierre rouge ou ocre, assimilée à la rubrica ; minium ou vermillon ; rouille du blé, c'est-à-dire nielle, cf. symboles. De façon générale, substances d'un rouge brillant. Quant à la rubrica, il s'agit d'une terre rouge ou craie rouge. Berthelot en parle comme d'un peroxyde mais rien n'interdit d'y voir une terre ferrugineuse, sans doute argileuse.
67. Ces couleurs ont une importance réelle car elles permettent de comprendre des allégories dans les vieux textes alchimiques, se rapportant à la couleur violet ou à certains lieux élevés. Sur le plan chimique, la préparation de l'azur donne trois matières où l'on peut trouver l'un des composants du mercurius; un possible sulphur
et un sel ammoniac dont on a vu ailleurs qu'on pouvait y trouver le lien du mercure, cf. blasons alchimiques.
68. le chêne occupe une place importante dans les symboles alchimiques et, dans l'iconographie, la forêt de chêne est toujours une représentation de la materia prima [à ne pas confondre avec la prima materia]. Cf. les figures du De lapide philosophorum de Lambsprinck.
69. importance fondamentale au plan de l'arcane ; l'hiéroglyphe consacré est celui de Vénus. Il s'agit d'un sel de potasse qui est l'un des principaux composés du Mercure [cf. tartre vitriolé - laboratoire, 2]
70. sur toutes ces opérations qui sont évidemment détaillées dans d'autres sections, cf. en recherche.
71. Ce loup dévorant est exposé dans l'une des Douze Clefs de Philosophie du pseudo Basile Valentin - Clef I - ce loup n'a toutefois rien à voir avec l'autre loup de l'oeuvre qui s'apparente au mors ou au grappin et qui se situe du côté opposé de l'oeuvre. Sur l'or, cf. voie humide.
72. cf. Robert Halleux, Alchimistes Grecs , tome I avec les papyri de Leyde et de Stockholm [Les Belles Lettres, 1986]
73. On voit la complexité de l'interprétation, au plan de la cabale. Le plomb est désigné d'habitude comme la forme primitive du Mercure ou Mercurius senex [plomb des Sages] ; l'argent renvoie à l'albedo c'est-à-dire à la blancheur, opération qui est le résultat d'une dissolution bien conduite. Mais l'argent dont le symbole estrenvoie aussi à l'une des matières premières de l'oeuvre. Les alchimistes ont continué d'entretenir la confusion avec l'entrelacs spirituel de la voie humide et de la voie sèche.
74. Fulcanelli, dans le t. II des Demeures philosophales, a insisté sur l'utilisation du fard dans une allégorie sur Héliogabale, cf. Gardes du corps où nous reproduisons le passage. L'allusion à la céruse est évidemment furtif, d'autant que l'on peut utiliser du talc, mais la céruse renvoie en droite ligne aux écrits de Zosime, ce qui ne peut être passé sous silence, cf. note 47.
75. Sur le sel fossile et son rapport au sel ammoniac, cf. Gobineau et Albert le Grand. Cf. encore Chimie des Anciens, II -
76. les alchimistes assimilaient le flos salis à la rosée de mai ou fleur de sel. Cette expression pouvait en fait désigner toute efllorescence saline, telle que le nitre, le sel admirable de Glauber, ou même la couleur ou principe colorant d'une dissolution.
77. importance considérable en cabale hermétique, cf. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20.
78. il s'agit de kaolin ou alumine pure. C'est donc la matière même dudu lapis.
79. Cf. allusion au tripoli dans Deux Logis alchimiques d'E. Canseliet, à propos de la porte alchimique de la villa Palombara à Rome.
80. le Rosarium Philoosphorum est un traité complet sur le bain des astres.