Le Laboratoire alchimique (4)

le schéma de fabrication de la pierre philosophale par la voie humide et
la voie sèche correspondant à une analyse rationnelle des textes


revu le 10 janvier 2002



plan : Voie des sulfures [schéma] - I. Matières de base - II. Fondants - III. Matières intermédiaires - IV. Opérations métallurgiques et chimiques - V. Vases - VI. Remarques sur le schéma [1. introduction - 2. synthèse de la Pierre] - Notes : détail des matières - Illustrations
lexique : soufre - fer - chaux - huile de vitriol - esprit de sel - stibine - hydrogène sulfuré - bisulfure d'hydrogène - bisulfure de calcium - tonneau - tartre - noir animal - argile - crème de tartre - salpêtre - carbonates de potasse, de soude - spath fluor - sulfure de potassium - alun - principe Soufre - creuset - matras - cornue - charbon - cassage - pulvérisation - étonnement - criblage - triage- - distillation et sublimation - lavages - porphyrisation - calcination - grillage - réduction - fusion - matières de base - fondants - alun - matières intermédiaires - métallurgie (opérations) - vases - synthèse - huile de vitriol - esprit de sel - antimoine - chaux - potasse - Philalèthe - écume ( 1,2) - charbon - vases(2) -

Nous présentons au lecteur une première tentative de méthode d'obtention d'une « pierre philosophale » ; ce n'était qu'un premier essai et depuis que nous pensons avoir mis à jour la nature de l'antimoine, ce schéma a évolué ; veuillez donc vous référer à notre second essai et surout à notre troisième essai pour en apprendre davantage ; cela dit, les développements que vous verrez ci-dessous nous semblent encore valables, car ils portent sur les possibilités « de nature » des Mercures possibles et sur les procédés métallurgiques et chimiques qui restaient valables pour Fulcanelli et Cyliani. [cf. section Mercure de Nature et blasons alchimiques]. Dans le troisième essai, on a retranscrit les procédés chimiques de l'époque de Nicolas Lemery et de Lefèvre, ainsi que d'Antoine Baumé qui permettent d'éclairer davantage les à-côtés symboliques, touchant en particulier aux distillations et filtrations.
Il est clair par contre que l'hydrogène sulfuré excédait les possibilités des alchimistes jusqu'à la fin du XVIIIe siècle.
FIGURE I
Cette figure illustre la fabrication d'une des pierres philosophales possibles : dans le cas présent, c'est un corindon coloré. En cercle gras, on a entouré toutes les substances de base : fer (ou sulfure d'antimoine), fleur de soufre, esprit de sel, huile de vitriol, tonneau, tartre, os calciné, argile, alun, principe « Soufre », salpêtre, chaux, eau). En grisé sont représentés les composés accesoires (crème de tartre, carbonate de potasse, potasse caustique, hydrogène sulfuré, bisulfure d'hydrogène). Reportez-vous aux différents textes et liens associés pour la description de chaque matière et de chaque opération.


I)- Matières de base

- soufre (a)
- fer (limaille)
- huile de vitriol (acide sulfurique)
- esprit de sel (acide chlorhydrique)
- chaux (1,2)
- tartre (1,2,3,4,5
- crème de tartre (bitartrate de potasse)
- os calciné
- salpêtre (nitrate de potasse)
- sulfure d'antimoine (stibine (1)) (1,2,3,4,5,6,7)
alun (de potassium et d'aluminium) (1,2,3,4,5,6)
- principe soufre (peroxyde de fer, oxyde de chrome, oxyde de magnésium ou de manganèse à l'état de traces, cristallogénie)
-charbon

II)- Fondants (non marqués explicitement sur la figure)
- carbonate de potasse (1)
- carbonate de soude (1)
- spath fluor
-borax
- tartre vitriolé

III)- Matières intermédiaires
- hydrogène sulfuré
- bisulfure d'hydrogène
- carbonate de potasse
- potasse caustique (1,2)
- sulfure (ou sulfate) de potassium
- bisulfure de calcium

IV)- Opérations métallurgiques et chimiques
- cassage - pulvérisation - étonnement - criblage (tamisage) - triage- - distillation et sublimation [cornues, creusets] - lavages - porphyrisation - calcination - grillage - réduction - fusion - décantation - filtration - dissolution - cristallisation - digestion - projection - fusion ignée (< 500°C) - fusion aqueuse (1200°C)

V)- les vases :
- creusets
- cornues
- matras
 

VI)- Remarques et explications de la figure I

1. Introduction

La Figure I représente une tentative de synthèse de la façon dont peuvent être utilisés les différents éléments décrits dans les grands textes alchimiques classiques et modernes dans la confection de la Pierre. Elle tient compte de plusieurs hypothèses :
a)- les transmutations métalliques n'existent pas ; il est peu probable qu'on y arrive par des procédés de fusion froide ayant trait à la synthèse d'élément superd lourd enveloppé dans une matrice fluorée (cf. A. Cau). Toutefois, on peut se tromper ainsi qu'on l'a déjà exprimé ailleurs mais il s'agit, de ce qu'en science, on appelle une hypothèse faible...
b)- l'alchimie est un objet de connaissance objective dont l'éclaircissement est fondé sur un décryptage des textes ; ce décryptage passe par des recoupements analogiques et phonétiques qui peuvent être complexes et qui nécessitent souvent l'usage concomittant de trois langues (français, latin et grec). La difficulté est accrue en cas de traduction intermédiaire d'un texte latin en anglais ;
c)- le but de l'alchimie dans son acception « scientifique ou pragmatique » est la synthèse des gemmes précieuses (sans doute des corindons colorés et des néso-silicates) et peut-être aussi d'autres minéraux (péridot, périclase, etc.). Il est clair que les grands alchimistes n'ont pas poursuivi un but mercantile de reproduction factice des pierres précieuses -qui constitue à nos yeux la véritable Spagyrie ou archimie- mais qu'ils ont sincèrement essayé de retrouver dans leur creuset ou leur matras des processus naturels menant -à très long terme- à la synthèse de ces minéraux ; le temps nécessaire à ces grands travaux était en effet réservé à des personnes très fortunées qui pouvaient entretenir des laboratoires pendant des périodes soutenues [nous rangerons volontiers dans ce registre de hauts dignitaires ou encore des universitaires comme Newton au Trinity College].
d)- les anciens alchimistes devaient nécessairement utiliser des métaux qui n'avaient pas encore été reconnus comme particuliers mais dont l'emploi empirique semble très ancien (c'est le cas du magnésium, du manganèse et peut-être du chrome ; surtout du zinc) ; l'utilisation de ces métaux intervenait sous la forme de traces d'oxydes, c'est-à-dire de véritables rouilles (que les anciens chimistes appelaient des chaux métalliques : rouge pour le fer, blanche pour l'alumine, etc.) ;
l'emploi de ces métaux est indissociable de la poterie et de la céramique antique, d'origine égyptienne et islamique ;
e)- sur le plan historique, il y a eu une évolution des techniques (amélioration de la fabrication des pâtes, apparition des glaçures, tours de main, conditions de cuisson et de chaleur, etc.) qui ont concouru à une évolution de l'alchimie ; en ce sens, les écrits du pseudo-Artephius présentent des procédés qui ont dû être améliorés par le pseudo-Basile Valentin, par le Cosmopolite, par Philalèthe, etc. ; cela pour dire que si les alchimistes sont arrivés à la synthèse d'un minéral, ce ne fut pas le même à chaque fois et quand les critiques de l'alchimie disent que les Adeptes, dans leurs écrits, n'ont envisagé que le 1er oeuvre ou le 2ème oeuvre, par exemple afin de créer une confusion dans l'esprit des apprentis ou des malhonnêtes, il y a à notre sens fort à parier pour qu'ils se soient exprimés en fait très sincèrement à chaque fois mais de façon différente, tout simplement parce qu'ils utilisaient des matières de base et des procédés différents.
C'est peut-être là qu'il faut chercher la raison de l'apparition progressive de l'allégorie en Alchimie et singulièrement, de l'analogie évidente qui s'est développée entre les textes des Evangiles et la "passion" des métaux, "passés" au creuset (croix). Cette analogie devait inévitablement déboucher sur une interprétation à caractère mythique et/ou mystique -cf. Mircea Eliade- ou à caractère psychanalytique -cf. Carl Gustav Jung-. Ce qui est certain, en tout cas, c'est que les Adeptes étaient des personnes très cultivées et très intelligentes, probablement organisées en confrèries, et qui ne devaient pas spécialement tenir à ce que quiconque accéda à leur savoir, qui était de l'ordre du sacré et presque du sacerdotal.

¯

La Figure I ne tient pas compte des fondants utilisables par voie sèche, à savoir le carbonate de potasse (page spéciale) et le carbonate de soude. De même, nous n'avons fait figurer comme résine de l'or que l'alumine alors que nous aurions dû noter la silice. Cette figure permet quand même de tenir compte de tous les éléments indiqués peu ou prou en clair par les alchimistes. Elle dégage notamment la voie sèche de la voie humide et permet aussi de différencier la production d'hydrogène sulfuré par le chemin du sulfure de fer ou du sulfure d'antimoine (stibine), révélant ainsi l'emploi vulgaire de l'antimoine dans le Grand Oeuvre. On voit également que l'huile de vitriol (acide sulfurique) ne sert qu'une fois dans la voie du sulfure de fer tandis que l'acide chlorhydrique (esprit de sel) agit à deux niveaux, d'abord dans l'obtention de l'hydrogène sulfuré par la voie du sulfure d'antimoine et ensuite dans l'obtention de la crème de tartre, point nécessaire -dans cette voie- du carbonate de potasse. Notons que le carbonate de potasse peut directement intervenir comme fondant et qt'une flèche devrait être indiquée au même niveau que celle qui descend à l'extrême droite de la figure (sulfure de potassium --> creuset).

2). La synthèse de la pierre philosophale

2.a)- Analyse

La pierre philosophale dont la synthèse est résumée (à grandes lignes) sur la FIGURE I, conduit dans le cas qui nous occupe à la synthèse des corindons colorés (rubis ou saphir) ou du spinelle. Empressons-nous d'ajouter que d'autres méthodes sont possibles dont nous discutons ailldurs (1) et que ce schéma est provisoire. Quoiqu'il en soit, l'alchimiste aura toujours besoin de plusieurs matières premières :

a)- du soufre : il lui servira à obtenir du sulfure de fer ou du bisulfure de calcium. Ce sera donc un réactif sulfurant. Les réactifs sulfurants comprennent le soufre proprement dit, le cinabre (sulfure de mercure), la galène (sulfure de plomb), le sulfure d'antimoine ou stibine, les pyrites de fer et les persulfures alcalins (les sulfures de potassium). Le soufre réduit en totalité ou en partie, grâce à la chaleur, un grand nombre d'oxydes métalliques y compris les terres alcalines. On trouve -n'oubliez pas que les renseignements donnés ici ne sont essentiellement valables que dans la Ière partie du XIXe siècle- dans le commerce du soufre amorphe, du soufre en canon et du soufre en poudre que l'on nomme fleur de soufre. Il faut toujours se servir de fleur de soufre par la voie sèche et il faut savoir qu'elle contient toujours un peu d'acide sulfurique qui lui donne la propriété de rougir les couleurs bleues ; il faut donc la laver à l'eau bouillante. Le soufre nous servira surtout pour préparer les sulfures alcalins. Le sulfure de mercure ou cinabre est plus propre à sulfurer que le soufre lui-même parce qu'il est moins volatil ; on s'en sert par voie humide ce qui peut être une indication intéressante.

b)- du fer ou de sulfure d'antimoine : le fer intervient à 2 niveaux dans notre schéma ; il peut servir d'abord à la synthèse de gaz sulfhydrique (hydrogène sulfuré) par action de l'huile de vitriol (acide sulfurique) et sous forme d'oxyde lors de la « grande coction » quand on utilise le matras scellé ou le creuset. L'oxyde agit sous forme de trace qui assure la « teinture » véritable de la pierre. Le fer est employé en limaille, à l'état de petits clous ou en fils fins que l'on coupe en morceaux très courts. Il faut le conserver dans des flacons bien bouchés pour éviter qu'il ne rouille. On peut remplacer le fer métallique par un oxyde de fer pur, des battitures [parcelles qui jaillissent incandescentes sous le marteau du forgeron]. Ces battitures peuvent être réduites en poudre très fine et mêlées avec la quantité de charbon nécessaire pour les réduire.
On peut aussi faire usage de la fonte granulée dont les chasseurs se servent. Le sulfure d'antimoine (1) dont nous avons déjà parlé permet aussi d'acquérir l'hydrogène sulfuré par action de l'esprit de sel (acide chlorhydrique). Quand on traite le sulfure d'antimoine par de la potasse caustique humectée, il s'opère une réaction violente : la masse s'échauffe et devient jaune citron. En la lavant avec de l'eau, on a une liqueur jaune citron et un dépôt pulvérulent jaune orangé

[cette couleur spéciale permet d'expliquer les renvois allégoriques à l'aurore et à l'orient mais il faut noter aussi que cette indication sur le Levant vaut aussi, par cabale, pour l'alun qui nous est venu du Levant jusqu'au XVe siècle];

la liqueur tient en dissolution une combinaison de sulfure d'antimoine et de sulfure de potassium mêlé à une petite quantité d'oxyde d'antimoine et de potasse. Le résidu orangé est un oxy-sulfure d'antimoine et de potasse. Le sulfure d'antimoine se fond en toute proportion avec le carbonate de potasse et le carbonate de soude. Le salpêtre attaque vivement le sulfure d'antimoine à la chaleur sombre : il y a une déflagration très lumineuse accompagnée de bouillonnement ; la matière renferme alors du sulfure double de potassium et d'antimoine.

c)- de la chaux : elle intervient sur notre schéma à deux niveaux : d'abord, dans la synthèse du bisulfure de calcium dans la voie humide et dans la synthèse de la potasse caustique dans la voie sèche. On prépare en effet la potasse en décomposant son carbonate par la chaux caustique. La chaux a aussi d'autres usages, moins spagyriques, et sur lesquels les alchimistes ont toujours conservé un secret absolu ;

d)- de salpêtre (nitre ou nitrate de potasse) : il agit dans la synthèse du carbonate de potasse en liaison avec la crème de tartre (bitartrate de potassium) ;

e)- de tonneaux d'où l'on puisse extraire le tartre, nécessaire à la synthèse de la crème de tartre. Pour cela, de l'argile et du noir animal sont requis. Le noir animal constitue de l'os calciné. A noter que le flux noir est un fondant qui s'apparente au carbonate de potasse. C'est en effet un mélange de carbonate de potasse et de charbon dans un état de division extrême. On le prépare comme le flux blanc : on réalise un mélange de 2 parties au moins de crème de tartre pour 1 partie de salpêtre ; on place le mélange dans un vase de fer tel qu'un étouffoir et l'on y met le feu à l'aide d'un charbon allumé. Quand la combustion est achevée, on retire la matière de l'étouffoir, on la broie, on la passe à travers un tamis de crin serré pendant qu'elle est encore chaude et on la conserve dans des flacons bien bouchés afin de la préserver de l'humidité qui la ferait tomber en déliquescence.

f)- un vase dit « de nature » : c'est un des points sur lequel les Adeptes sont restés évasifs ; c'est dans ce récipient virtuel que sont dissous le Sel des Sages et le premier Mercure. C'est vraisemblablement un composé alcalin qui correspond à du carbonate de potasse et de soude pour certains textes alchimiques que nous avons cités ; pour d'autres, c'est la fluorine (spath-fluor, cf. section réincrudation) dont les vapeurs transforment l'alumine amorphe en alumine cristallisée parfaitement pure, pourvu qu'y soit joint la trace d'un métal trivalent (chrome, sesqui-oxyde de fer, manganère) que l'on identifie au principe Soufre. Dans ces conditions, l'élément volatil est représenté par la fluorine et l'élément fixe par l'alumine. Enfin, dans d'autres procédés, un aluminate de plomb peut être employé ou bien -comme c'est le cas pour la figure I - du sulfure de potasse combiné à de l'alun.

g)- contenants : creusets et matras, tubes divers. Une section spéciale leur sera consacrée.

2.b)- la marche à suivre

avertissement : depuis que nous avons rédigé ces lignes, notre conception a beaucoup évolué. Nous pensons que sous l'expression « humide radical métallique » est voilée une substance métallique que les anciens chimistes appelaient chaux, et qui pour nous est un oxyde. Voyez à cet égard la section sur l'humide radical métallique. Tout ce que nous disons plus bas est exacr, mais ne s'accorde vraisemblablement pas, au plan historique, avec ce qu'étaient capables de faire les anciens alchimistes. Et ce n'est pas, sans doute le sulfure de potassium qu'ils ont connu, mais du tartre vitriolé ou du foie de soufre [polysulfure de potassium], appelé encore Eau Divine par Zozime le Panopolitain.

Dans le cas présent, l'alchimiste va préparer un certain nombre de substances avant de les soumettre au feu. Il doit d'abord dégager « l'humide radical métallique » à partir de l'attaque du sulfure d'antimoine par l'esprit de sel (acide muriatique des anciens chimistes ou acide chlorhydrique) : c'est le gaz sulfhydrique ou hydrogène sulfuré qui servira ensuite à la synthèse du sulfure de potassium. Le second composé dont il aura besoin est la potasse caustique où trois réactions différentes impliquent la chaux, le salpêtre (nitre) et le tartre. Notre alchimiste aura aussi besoin d'une provision d'os calciné et d'argile en abondance si possible sous forme de kaolin. Enfin, il lui faudra réaliser la préparation de l'alun (nécessitant de l'huile de vitriol ou acide sulfurique) et la préparation du « Soufre » ; pour cela, il ne semble pas nécessaire d'avoir de l'alun pur mais qu'au contraire, il y ait des traces de métal trivalent (fer, chrome, manganèse, titane).

A partir de là, débute la Grande Coction au creuset par la voie sèche, à température élevée (1200° à 1300°C). En reprenant par l'eau la masse saline restante, l'alchimiste -promu dès lors Adepte- isolera de petits cristaux de corindon coloré auxquels le sulfure de potassium a servi de dissolvant. Finalement, cette dénomination « d'humide radical métallique » est assez logique puisque le gaz sulfhydrique ne se conserve qu'à l'état de suspension liquide et qu'il combine l'hydrogène (qui est l'élément Z = 1) au soufre (la plupart des métaux sont d'abord extraits sous une forme sulfurée à partir de leur gangue minérale). Je ne parle pas ici des nombreuses opérations nécessaires, des « réitérations » dont nous parlent Fulcanelli et Philalèthe, ni des vases et fourneaux à employer. Une section spéciale doit leur être consacrée. Je rappelle enfin que le dissolvant employé diffère selon la « Pierre » que l'on veut préparer et la terre que l'on souhaite utiliser (alumine, silice, etc.)

Ø Depuis que ces lignes ont été écrites, les réitérations ont été abordées dans la section des Gardes du corps de François II, duc de Bretagne ; par ailleurs, la définition de « l'humide radical métallique » que je donne doit être modifiée : il s'agirait de l'oxyde de fer hydraté correspondant à l'hydrate ferrique Fe2O3 et, par extension, d'autres oxydes hydratés. Cf. avertissement.

2.c)- rappel historique


A suivre


è Les matières

1. le soufre : il s'agit du "vrai" soufre. La fleur de soufre est le nom donné par les anciens chimistes (de l'époque de Nicolas Lémery) à certains solides plus ou moins brillants, obtenus par sublimation ou par une oxydation prolongée au contact de l'air (on parle ainsi de fleur de soufre, d'arsenic, etc.). Le soufre est un corps simple abondamment répandu dans la nature, surtout à l'état de combinaison ; il faut le différencier du principe Soufre qui est l'élément fixe ou teinture ; il est alors désigné souvent par des allégories tournant autour de Dieu du fait d'une assonance phonétique entre le terme Dieu [qeoV] et soufre [qeion]. A l'état de corps simple, on le trouve mélangé à la terre autour des centres volcaniques. Il existe à l'intérieur des différents terrains combiné avec les métaux, sous forme de sulfures. Les plus importants de ces sulfures naturels sont les pyrites, c'est-à-dire les sulfures de fer et de cuivre. On s'adressait avant aux pyrites naturelles pour extraire du soufre de même qu'au plâtre. Avant, le mode d'extraction du soufre était le suivant. On réunissait de petits monticules de terres soufrées recueillies aux environs de l'Etna ou à la solfatare de Pouzzoles et l'on y mettait le feu à l'aide d'une fascine [fagot de branchages] préalablement trempée dans du soufre fondu et allumée. La combustion marchait lentement, échauffant les couches inférieures, lesquelles laissaient couler une partie de leur soufre. Ce souffre recueilli constituait le soufre brut.

2. le fer : il peut être oxydé à 2 niveaux (protoxyde ou sesqui-oxyde de fer) ; il semble n'intervenir ici qu'à l'état de protoxyde. Je rappelle que le sesquioxyde, mentionné par E. Canseliet, semble servir à la synthèse de l'hématite.

3. l'acide sulfurique : appelé anciennement huile de vitriol, cet acide joue un rôle dans l'obtention de l'hydrogène sulfuré à partir de la limaille de fer. Notre attention a été attirée par la préparation de l'acide sulfurique distillé qui rappelle certains détails des textes ou de l'iconographie alchimique.

préparation de l'acide sulfurique distillé

L'acide sulfurique pur est sans odeur, sans couleur, transparent comme de l'eau et d'une onctuoshté qui approche de celle de l'huile lorsqu'il est concentré ; c'est pour indiquer cette onctuosité qu'on l'appelait huile de vitriol. On a d'abord retiré cet acide du sulfate de fer ou vitriol de fer en le poussant à un grand feu d'où vient le nom d'acide vitriolique qu'on lui avait donné. Aujourd'hui [fin du XVIIIe] on retire du soufre presque tout celui qui est employé dans les arts. Il est le résultat de la combustion du soufre qui, en brûlant, se combine avec l'oxygène qui se trouve dans l'air atmosphérique et dans le nitre dont on ajoute une certaine quantité au soufre. Ce nitre [salpêtre] paraît surtout servir  à élever la température nécessaire  à la formation de l'acide sulfurique car il entre dans la composition du sulfate qui est produit. On enflamme ce mélange et l'on reçoit les vapeurs dans une chambre de plomb dont le fond est couvert d'une couche d'eau : les vapeurs qui se rassemblent et s'unissent à l'eau forment l'acide sulfurique que l'on peut considérer comme du soufre complètement brûlé. Cependant, l'acide sulfurique, au sortir de la chambre de plomb, n'est pas dans un état concentré et est mêlé à une certaine quantité d'eau surabondante. Si on le laisse quelque temps exposé à l'air, l'odeur de l'acide sulfureux se dissipe mais on se sert d'un autre moyen pour lui ôter cette odeur et pour le priver en même temps d'une partie de l'eau surabondante, en le faisant évaporer. La distillation de l'acide sulfurique exige une attention particulière. En effet, une cornue, placée sur un fourneau et chauffée par-dessous, comme dans les opérations ordinaires, serit brisée par les soubresauts produits pendant l'ébullition de l'acide. Pour éviter cet accident, il faut disposer l'appareil comme l'indique la figure ci-dessous. La cornue repose sur une grille 


FIGURE II

renfermée dans un système de briques ; le col de la cornue est engagé dans le récipient assez avant pour que l'acide en distillant, ne coule pas le long des parois. On entoure la panse de la cornue de charbons rouges, en ayant soin de n'en pas mettre en-dessous. Il convient ausi d'employer une cornue lutée et de la faire porter sur la grille à l'aide d'un couvercle de creuset renversé. Au moyen d'une couche d'amiante, on peut isoler le col de la cornue des parois du récipient.Celui-ci ne doit pas être refroidi car l'acide sulfurique, bouillant à une température très élevée, échauffe le verre au point qu'un refroidissement brusque le ferait éclater. Les vapeurs se condensent facilement d'elles-mêmes d'une manière complète.

adapté de Berthier et de Berthollet, traité des essais par voie sèche
 
On ne peut pas, à la lecture de cette préparation, ne pas faire de relation avec les ruades de cheval que suggèrent plusieurs textes, dont Fulcanelli lui-même.

4. l'acide chlorhydrique (esprit de sel) : c'est l'un des dissolvants les plus importants. il dissout les métaux avec dégagement d'hydrogène sulfuré. La plupart des oxydes sont disssous par l'acide chlorhydrique et transformés en chlorures. L'acide chlorhydrique peut être préparé à partir du sel marin et de l'acide sulfurique.

préparation de l'acide chlorhydrique

On introduit 2 parties de sel marin dans un grand ballon (a) dont le col porte un bouchon où se trouvent fixés un tube de sûreté et un tube destiné à conduire le gaz, d'abord dans un flacon laveur (b), et de là dans un autre flacon (c) contenant de l'eau distillée. La couche d'eau du flacon laveur doit être tout au plus de l'épaisseur de 2 ou 3 centimètres. De même, l'eau distillée destinée à l'absorption du gaz doit n'occuper que les 2/3 environ de l'autre flacon, le liquide 


FIGURE III

augmentant beaucoup de volume à mesure qu'il se charge de gaz chlorhydrique. Pour éviter une absorption trop brusque, il faut aussi avoir soin que l'orifice des tubes qui amènent le gaz dans ces deux flacons ne plonge que de quelques millimètres au-dessous du niveau de l'eau. Le ballon repose dans un bain de sable. Quand tout l'appareil est disposé, on verse peu à peu, dans le ballon, par l'entonnoir du tube de sûreté, 3 parties 1/2 d'acide sulfurique, étendu de 3/4 à 1 partie d'eau. Il faut ne pas verser trop d'acide à la fois et attendre toujours que le boursouflement produit par chaque addition se soit calmé. Quand tout l'acide est ajouté, on chauffe le ballon avec précaution tant qu'il passe du gaz chlorhydrique.

 
5. sulfure d'antimoine (1): l'antimoine est tiré du sulfure de ce métal qu'on trouve en abondance dans la nature (cf. Philalèthe, chapitre VI : 1). On commence par séparer le sulfure de sa gangue qui est généralement formée de quartz, de sulfate de baryte ou de carbonate de chaux. A cet effet, on chauffe le minerai dans de grands creusets à fond percé : le sulfure entre en fusion, sort par l'ouverture du fond et tombe dans un récipient disposé pour le recevoir. La gangue, infusible, reste dans le creuset. D'autres opérations sont nécessaires pour obtenir l'antimoine sous forme de métal (que les anciens chimistes appelaient le régule étoilé d'antimoine ; c'est sur ce corps qu'a longtemps travaillé Newton, par exemple). Ce protosulfure d'antimoine se trouve sous forme d'aiguilles prismatiques douées d'un grand éclat métallique. Le sulfure d'antimoine artificiel est tantôt gris et lamelleux, tantôt rouge et pulvérulent selon le procédé de préparation. Il peut jouer un rôle amphotère, c'est-à-dire se comporter comme un acide ou une base : c'est cette propriété qui explique la préparation du kermès -que par analogie, on a souvent rapproché de la variété kermès du chêne méditerranéen. Ce kermès est obtenu en faisant bouillir du sulfure d'antimoine (1 partie) finement pulvérisé avec une solution de carbonate de sodium (88,5 parties) dissous dans 250 parties d'eau. On filtre la liqueur bouillant et on la laisse refroidir à l'abri de la lumière. Du jour au lendemain, elle laisse déposer de beaux flocons d'un brun velouté qui constituent le kermès. Les eaux-mères d'où le kermès s'est déposé donnent, par l'acide chlorhydrique, un précipité jaune qu'on nomme le soufre doré d'antimoine : c'est du persulfure d'antimoine impur. Cette préparation nous donne 2 renseignements intéressants : le kermès doit être mis à l'abri de la lumière (ce qui explique les allusions à l'obscurité des textes de Fulcanelli) ; un des sels d'antimoine donne une coloration qui ressemble à l'or, à s'y méprendre. Le mode de prodtction du sulfure d'antimoine (1) nous fait mieux comprendre également cet étrange photo qui orne l'article


FIGURE IV

Le Symbolisme alchimique (L'Alchimie, E. Canseliet) et qui reproduit le petit homme-ducat de l'hôtel Kaiserworth où Canseliet écrit :

"Incarnation misérable du sujet déshérité qui, seul, demeure capable de fournir, à profusion, l'énigmatique or des sages...A l'exemple de l'âne de Charles Perrault, se soulageant sur sa litière, il expulse...ses larges pièces d'or"

Notons que l'emploi du sulfure d'antimoine comme pourvoyeur de gaz sulfhydrique (hydrogène sulfuré) est compatible avec un texte d'Artephius :

"Le Soleil ne se dissout véritablement que dans l'Argent-vif Antimonial Saturnial, et sans cet Argent-vif nul métal ne peut être blanchi..."

Il faut entendre par là que la dissolution opérée par le Lion vert ne peut s'accomplir que par l'esprit antimonial, c'est-à-dire le gaz issu de l'attaque du sulfure d'antimoine par l'esprit de sel (acide chlorhydrique).
è Cette interprétation ne nous semble plus convaincante depuis que nous nous sommes persuadé [cf. section sur la matière première] que l'antimoine renvoie à la chaux. Artephius nous dit en effet au début de son Livre Secret que « l'antimoine est des parties de Saturne » ; cette phrase cache un haut secret de l'oeuvre si l'on applique la cabale phonétique chère à Fulcanelli et à E. Canseliet. Un des anciens noms de l'antimoine -ou plutôt de la stibine- était albaster [contraction de album astrum]. Albaster est phonétiquement proche d'alabastrum qui est une variété d'albâtre [carbonate de chaux]. Si à présent, nous considérons le nom que donnaient les Anciens à l'étain [plomb argentifère], nous obtenons plumbum album mais qui renvoie aussi au zinc -que cite plus ou moins explicitement Fulcanelli- et le zinc, le plomb et l'antimoine étaient souvent confondus par les Anciens ; en tout cas, les Romains confondaient le zinc et l'étain. D'un côté, nous avons donc « album astrum » ou étoile blanche, ancienne dénomination de la stibine et d'un autre côté, nous avons « plumbum album » ou plomb blanc qui correspond à l'étain. Artephius, qui assurait que « notre art est entièrement cabalistique » [qu'il faut entendre au sens de langue des oiseaux, i.e. cabale phonétique] avait donc très logiquement raison d'écrire que l'antimoine était « des parties » de Saturne, par le mot album. De là, deux conclusions :

a)- d'une part, toute référence à l'étain, au zinc, voire au carbonate de plomb [céruse, blanche] fait référence à l'antimoine ;
b)- l'antimoine par le truchement d'une assonance entre albastrum et alabastrum renvoie au carbonate de chaux, et donc, indirectement à la chaux.
Pris dans cette acception, l'antimoine représente l'une des colombes de Diane, c'est-à-dire l'un des composés indirects du feu secret ou Lion vert.

6. la chaux : c'est de l'oxyde de calcium. On se sert du carbonate de chaux que l'on calcine au rouge clair. Pour avoir de la chaux très pure, il est préférable de dissoudre du marbre blanc dans de l'acide azotique (eau forte ou acide nitrique) et de faire bouillir la liqueur avec un peu de chaux. De cette manière, les oxydes métalliques, l'alumine et la magnésie se déposent. On filtre et on évapore le liquide filtré puis on calcine le résidu. On obtient ainsi l'oxyde de calcium ou la chaux (CaO) d'une extrême pureté. Préparée par ce procédé, la chaux est une matière blanche amorphe. Elle est très avide d'humidité et d'acide carbonique en sorte que, restant exposée à l'air, elle augmente de volume, se délite et devient effervescente. Elle passe alors à l'état de combinaison de carbonate et d'oxyde hydraté. Si l'on verse un peu d'eau sur la chaux, on entend un bruit qui ressemble à celui que produirait un fer rouge, ce qui prouve que la chaleur qui se dégage est énorme et que l'affinité entre l'eau et la chaux doit être considérable. La chaux devient alors un véritable hydrate, elle se divise (foisonne), augmente de volume. Elle redevient anhydre par la calcination (différent en cela de la baryte). A l'état anhydre, elle porte le nom de chaux vive ou chaux caustique. Hydratée, c'est la chaux éteinte ; lorsqu'on y ajoute assez d'eau pour en faire une bouillie très claire, on a ce qu'on appelle le lait de chaux. Elle est peu soluble dans l'eau froide et moins encore dans l'eau chaude et c'est à peine si 1 litre d'eau à la température ordinaire peut en dissoudre 1 gramme. Pour préparer l'eau de chaux, il suffit de laisser de la chaux en contact avec de l'eau dans un flacon qui doit toujours être plein. L'eau de chaux possède une forte réaction alcaline. Exposée à l'air, elle se trouble parce qu'elle absorbe l'acide carbonique et il se forme du carbonate de chaux insoluble. Concentrée dans le vide, elle dépose des cristaux d'hydrate de chaux.

fabrication de la chaux

On calcine au rouge blanc le carbonate de chaux naturel dans des fours que l'on appelle fours à chaux. A cette température, le carbonate se décompose, la chaux reste et l'acide carbonique se dégage. Son dégagement est facilité par les vapeurs d'eau que fournissent les pierres calcaires elles-mêmes et par le courant d'air qui traverse le four. Lorsque le calcaire soumis à la calcination renferme d'autres carbonates (argile, sable, etc.), on a un produit impur dénommé la chaux maigre pour la distinguer de la chaux grasse. On peut employer le four que l'on voit ci-dessous : il a 3


FIGURE V

mètres de hauteur, est bâti en briques et le revêtement intérieur est en briques réfractaires ; il porte une ou plusieurs ouvertures inférieures par lesquelles on retire la chaux quand elle est suffisamment cuite. Pour charger le four, on construit au-dessus de la grille sur laquelle on brûle le combustible, une espèce de voûte avec de grosses pierres calcaires, voûte qui supporte toute la charge dont on remplit la cuve. On brûle des fagots, des broussailles ou de la tourbe. On ménage le feu au début ; au bout de 12 heures, on chauffe davantage et l'on continue ainsi jusqu'à ce que la pierre calcaire supérieure soit convenablement calcinée. On réalise de grandes économies en employant des fours continus dans lesquels on charge la pierre calcaire par la partie supérieure (gueulard) tandis que l'on retire la chaux cuite par les portes ménagées à la partie inférieure du fourneau. La chaux se présente donc à nous sous forme de gros fragments grisâtres, compacts, durs, qui constituent la chaux vive. La chaux est infusible aux températures les plus élevées.


corrélat alchimique è La chaux vive apparaît donc ici comme un feu aqueux ou comme une eau ignée.

7. La potasse : c'est un hydrate de protoxyde de potassium qui apparaît lorsqu'on décompose un sel de potasse par une base : on décompose ainsi le carbonate de potasse par la chaux ; il se forme du carbonate de chaux insoluble et la potasse reste dans la liqueur à l'état d'hydrate.

préparation de la potasse (I)

On dissout en pratique 1 partie de carbonate de potasse dans 10 parties d'eau. Si le carbonate ne se dissout pas sans résidu, parce qu'il est impur, on laisse reposer la liqueur ; on la décante ensuite dans une chaudière en fonte très propre dans laquelle on la porte à l'ébullition. On ajoute par petites portions, dans la liqueur bouillante, de la chaux éteinte délayée avec de l'eau. On ajoute ainsi successivement environ 8 parties de chaux, en continuant toujours l'ébullition. On prend ensuite avec une pipette une petite quantité de liqueur ; on la verse dans une petite cloche et on attend que les matières en suspension se déposent ; on verse alors une portion de la liqueur claire dans un verre à pied et l'on ajoute un excès d'acide chlorhydrique (esprit de sel). Si tout le carbonate de potasse a été transformé en hydrate de potasse, il ne doit pas se produire d'effervescence. S'il se manifeste au contraire une effervescence assez vive, il faut continuer l'ébullition pendant quelque temps en ajoutant, si cela est nécessaire, de petites quantités de chaux jusqu'à ce que l'on n'obtienne plus d'effervescence dans un nouvel essai exécuté de la même manière. On enlève alors la chaudière du feu, on laisse la liqueur se clarifier par le repos, en maintenant la chaudière fermée, pour éviter que la potasse n'absorbe l'acide carbonique de l'air. Si l'on veut conserver la potasse à l'état de dissolution, on décante la liqueur avec un siphon et on la recueille dans un flacon de verre que l'on peut fermer par un bouchon à l'émeri. 


FIGURE VI

Si l'on veut, au contraire, obtenir la potasse solide, on évapore rapidement la dissolution dans une bassine en cuivre. Il est conseillé de pousser l'ébullition très vivement afin que la vapeur, en se dégageant incessamment, isole la potasse du contact de l'air auquel elle enlèverait de l'acide carbonique. A la fin, on pousse la chaleur jusqu'au rouge sombre ; l'hydrate de potasse reste seul alors et fond en un liquide d'une consistance huileuse. S'il s'est formé un peu de carbonate de potasse pendant l'évaporation, ce carbonate, qui ne fond qu'à une température beaucoup plus élevée, nage à la surface de l'hydrate et forme une écume que l'on peut enlever avec une écumoire (a). On verse ensuite l'hydrate fondu sur une plaque de cuivre où il se fige immédiatement. On concasse la potasse en fragments et on la renferme dans des flacons bien bouchés.
Il faut savoir d'autre part que la décomposition du carbonate de potasse par la chaux ne se fait facilement que lorsque la liqueur est étendue ; on obtient alors une dissolution de potasse très faible et il faut évaporer beaucoup d'eau pour obtenir la potasse solide. Si le carbonate de potasse est dissous dans une petite quantité d'eau, on ne parvient pas à le ramener à l'état caustique, même par une ébullition prolongée avec un grand excès de chaux. De plus, lorsqu'on fait bouillir une dissolution très concentrée de potasse caustique avec du carbonate de chaux, la potasse enlève presque complètement l'acide carbonique à la chaux. On conçoit donc qu'avec une dissolution de carbonate de potasse d'une certaine concentration, la décomposition du carbonate de potasse par la chaux doive s'arrêter à une certaine limite, que l'on ne parvient pas à franchir en prolongeant l'opération (b). On peut même retourner en arrière, c'est-à-dire reformer une nouvelle quantité de carbonate de potasse si la liqueur se concentre trop par l'ébullition.
La potasse caustique (potasse hydratée) se présente sous la forme de masses blanches opaques.

 
Voilà d'autres informations sur la potasse, d'après des textes datant de 1878, année où devait oeuvrer Fulcanelli, si l'on en croit sa biographie (1854-1923) :
Préparation de la potasse (II)

Il y a une grande analogie entre la soude et la potasse, au point que, jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, on confondait l'un avec l'autre ces deux alcalis. On distingue la potasse naturelle de la potasse artificielle. La première est retirée des cendres végétales et la seconde est fabriquée par des moyens chimiques. La potasse naturelle s'obtient par incinération de plantes, d'arbrisseaux des terres intérieures tandis que la soude naturelle s'obtient par l'incinération des plantes marines. Le mot potasse vient de pot, vocable anglais et flamand qui signifie pot, creuset, et d'asche ou ashes, qui signifie cendres. Les potasses sont donc les cendres de pots, c'est-à-dire le produit retiré des creusets qui ont servi à incinérer les plantes. On appelle salin le produit qui résulte de l'évaporation de la lessive des cendres. Ce salin, calciné à la chaleur rouge, donne un produit plus blanc, la potasse. On trouve aussi la potassd à l'état naturel dans beaucoup de roches, notamment le feldspath, l'obsidienne, la lépidolithe, etc. Outre le nom d'alcali végétal, la potasse portait autrefois celui de sel de tartre, parce qu'on la retirait de la combustion du tartre du vin. Kirwan lui donnait le nom de tartaria ; Klaproth l'appelait kali et Black, lixivia. Ajoutons que le nom de perlasse, donné par les Américains à des potasses granulées, vient des mots anglais pearl-ashes (cendres perlées), parce que ces cendres ont l'aspect de granules ou de perles.
L'incinération des branches d'arbres qui doivent fournir la potasse s'exécute de deux manières : dans des fosses ou trous circulaires ou sur une aire plane, préparée sur le sol que l'on recouvre de pierres, et sur laquelle on forme, avec les branches d'arbres et les taillis qu'on a réunis, un immense bûcher auquel on met le feu. A mesure que la masse s'affaisse par les progès de la combustion, on jette de nouvelles branches sur le bûcher. Cette opération se prolonge pendant six à sept jours. La composition des cendres provenant de cette combustion varie selon l'âge et les espèces des végétaux incinérés et d'après le sol où ils ont poussé. Les cendres provenant d'arbres pris non loin des bords de mer, des lacs salés ressemblent à celles qui proviennent des plantes marines. Aussi la potasse qui en provient est-elle plus ou moins mélangée de soude. Les parties les plus jeunes d'un arbre donnent plus de potasse que les vieilles ; les tiges en donnent moins que les branches et les plantes herbacées en produisent plus que les plantes ligneuses. Les écorces fournissent de cinq à dix fois plus de cendres que le bois ; par contre, ces cendrds sont moins riches en potasse. Les cendres de certaines plantes potagères, telles que les tiges de haricots, de fèves de marais, de melons, de concombres, de choux, d'artichauts, etc. sont très riches en potasse. Les feuilles et les nervures de tabac provenant de l'écôtage dans les manufactures, les tiges de tournesol, de maïs, de pommes de terre, donnent également des cendres très chargées en potasse. De même, les fougères, la bruyère, les genèts, les chardons, peuvent aussi être employés avec avantage pour la production de la potasse. Pour retirer des cendres le carbonate de potasse qu'elles contiennent, on les soumet à l'opération du lessivage. On dispose à la suite les uns des autres, des cuviers en bois ou en fonte, par séries de dix. Dans les usines, ces séries sont connues sous le nom de bandds. Chaque cuvier reçoit une charge de 700 litres de cendres, qu'on tasse légèrement, et sur laquelle on verse de l'eau froide, ou chaude, de manière que l'eau surnage les cendres. Chaque cuvier est muni d'un double fond de paille, qui fait l'office de filtre et de robinet. 12 heures après qu'on a déversé l'eau sur les cendres, cette eau, filtrant à travers leur masse, a emporté les sels solubles qu'elles renfermaient. On ouvre alors les robinets et on recueille la lessive. Cette lessive est déversée dans le cuvier suivant, et l'on procède de la même manière pour ce second cuvier. On opère ainsi sur trois à quatre cuviers, de manière à obtenir une lessive très concentrée. Cette lessive est colorée en brun. On la concentre dans des chaudières évaporatoires, de la même manière que pour l'évaporation des lessives de carbonate de soude. Quand l'évaporation des lessives potassées est achevée, on obtient une substance fortement colorée en brun, et parfois même d'une couleur tout à fait noire. C'est ce que le commerce appelle le salin. Pour blanchir le salin, c'est-à-dire pour le débarasser des matières organiques qu'il renferme, et qui consistent surtout en acide ulmique, on le calcine en présence de l'air. 


FIGURE VII

La figure ci-dessus représente le four dans lequel on opère la calcination du salin pour le transformer en carbonate de potasse exempt de matière organique. Il y a quatre foyers : le foyer E est vu en coupe ;D est le cendrier du foyer C. Ces qutre foyers n'ont qu'une cheminée commune. C'est par une porte G, placée au-dessous de la cheminée H, et que l'on nomme porte de travail, que l'on introduit le salin dans le four et qu'on retire le produit après la calcination. A la fin de l'opération, on élève la température jusqu'au rouge. Cette chaleur détruit toute substance organique et laisse un produit parfaitement blanc. C'est la potasse ou carbonate de potasse du commerce. Si l'on veut obtenir une potasse granulée, il faut agiter les lessives à la fin de l'évaporation et retirer le produit du four avant qu'il soit fondu. L'ouvrier, avec une spatule de fer, écrase le sel encore chaud sur une plaque de fer, et lui donne l'aspect granuleux. Le salin, en se transformant en potasse, perd 15% de son poids. Le carbonate de potasse du commerce est une matière blanche, légère, poreuse et fortement alcaline. Si on l'expose à l'air, elle attire l'humidité et tombe en quelques minutes en déliquescence.


FIGURE VIII

Le tableau ci-dessus indique la composition de plusieurs potasses du commerce. Vers 1850, Josiah Birch, filateur de laines, eut lidée de chercher si l'eau croupissante du fumier ne pourrait pas fournir de la potasse. Il fit évaporer une grande quantité de cette eau et calcina le résidu dans un four. Les cendres étaient tellement riches en alcali que birch s'en servit pour préparer les lessives qu'il employait dans son usine pour le nettoyage des laines : ainsi, l'on peut trouver, dans le produit des eaux de fumier évaporées, une source de potasse propre aux usages du lessivage. 
Les lies de vin transformées en cendres par la combustion, sont, depuis longtemps, une source commerciale de potasse. On appelle la potasse provenant de cette source, cendres gravelées. On commence par dessécher les lies de vin en les exposant, par exemple, au soleil pendant un temps suffisant. Lorsqu'on agit par pression, on recueille le vin aigri que renferme encore la lie et le liquide que l'on recueille donne un très bon vinaigre. La combustion des lies de vin s'opère dans de larges fours. On commence par y faire brûler des fagots de sarments puis on jette sur les cendres de ces fagots, la lie desséchée. Dès qu'elle est enflammée, on la laisse brûler sans la remuer, et on alimente le feu en y projetant de nouveaux pains de lie, de manière que le feu soit entretenu jusqu'à ce que le fourneau soit rempli du résidu de la combustion. Ce résidu forme une masse légère, spongieuse, cassante et de couleur verdâtre, qui porte le nom de cendres gravelées. Ces cendres gravelées n'ont que peu d'intérêt au plan commercial, mais l'alcali qu'elles renferment est très pur. Le tartre qui est contenu dans le vin et qui s'est précipité avec la lie et les dépôts des tonneaux, est le produit qui fournit la potasse. Ce tartre est un mélange de tartrate acide de potasse et de tartrate de chaux. Décomposé par le feu, il laisse du carbonate de potasse mêlé de carbonate de chaux.
On doit à M. Dubrunfaut une autre source de potasse beaucoup plus importante : les mélasses de betteraves. L'idée de départ est qu'après extraction du sucre, tous les composés alcalins ou terreux qui existent dans le tissu de la betterave, doivent être concentrées dans le résidu des opérations, c'est-à-dire dans les mélasses. En pratique, on commence par faire fermenter les mélasses et on en sépare l'alcool par distillation. Le résidu, ou ce que dans les ateliers on nomme la vinasse, est traité par de la craie, pour saturer les acides libres qu'elle renferme. La liqueur est ensuite concentrée, soit dans des chaudières en fonte chauffées à feu nu, soit dans des cuviers en bois, traversés par des serpentins de vapeur, soit enfin dans des cuves plates placées au-dessus des fours de l'usine et chauffées par la chaleur en excès perdue de ces fours. Quand le liquide évaporé est parvenu à l'état sirupeux, on verse ce liquide dans un réservoir. Par le repos, le sulfate de chaux se précipite. Après cette précipitation, on achève l'opération du liquide en le portant sur la sole d'un four. La chaleur continuant son action, le résidu s'enflamme, les substances organiques sont détruites et il ne reste plus que des cendres. L'incinération est considérée comme complète dès que la matière charbonneuse qu'elle produit, délayée dans l'eau et filtrée, donne une solution incolore.


FIGURE IX

La figure ci-dessus représente le four employé dans les distilleries du Nord pour calciner les résidus de l'évaporation des vinasses de betteraves et les transformer en carbonate de potasse. Ce four est surmonté d'un bassin en briques (N) dans lequel se termine l'évaporation des liqueurs déjà concentrées. En ouvrant un orifice fermé par un bouchon, on découvre un canal ménagé dans l'épaisseur du four, et on détermine la chute du liquide pâteux sur la sole (H), c'est-à-dire sur la surface chauffée du four. Un ouvrier armé d'un râteau de fer agite la masse pendant sa calcination. Une ouverture à treillis (L) est ménagée au devant du four pour activer le tirage et déterminer un grand afflux d'air qui brûle rapidement les substances organiques. La fumée du foyer s'échappe, mêlée aux gaz qui proviennent de la liqueur calcinée, au moyen de carneaux, dans le tuyau de la cheminée qui est situé derrière le fourneau, en contre-bas du foyer. Quand la matière est suffisamment desséchée dans la première partie (H) du four, on la pousse, au moyen d'un long râteau (R) dans la partie plus fortement chauffée (G) du même four. elle s'enflamme alors rapidement et se réduit en cendres. La matière charbonneuse que l'on retire du four, constitue le salin de potasse, substance noirâtre et impure, qui contient des carbonates de potasse et de soude, du chlorure de potassium et du sulfate de potasse. Par des lessivages méthodiques, on peut purifier ce salin et le priver des sels de soude qu'il renferme. On y parvient en dissolvant dans l'eau ce produit et en le soumettant à une série de cristallisations régulièrement conduites, qui ont pour effet d'éliminer le carbonate de soude ; toutefois, cette opération n'est pas d'une exécution facile et elle est rarement accomplie. 
La potasse provenant des mélasses de betteraves est l'une des meilleures que l'on connaisse. Elle est d'une blancheur éclatante.
On connait une autre source de potasse. On peut en effet extraire cet alcali du suint de la laine des moutons et le résidu, traité ensuite convenablement, peut donner des quantités assez considérables d'ammoniaque et de gaz d'éclairage. Enfin, on peut extraire le sulfate de potasse des eaux-mères des marais salants.

Extrait de : Les Merveilles de l'Industrie, Industries chimiques, Louis Figuier, Jouvet et Furne, Paris 1873)
 
corrélat alchimique è Ce texte, qui explique l'obtention de la potasse à partir d'arbrisseaux ou à partir de la betterave est en accord avec plusieurs textes alchimiques : d'abord avec la description du Livre d'Abraham Juif, qu'Arnauld, sieur de la Chevalerie, attribue à Flamel quand il lui fait dire :

"...il me tomba entre les mains, pour la somme de  deux florins, un livre doré fort vieux et beaucoup large ; il n'était point en papier ou en parchemin, comme les autres, mais seulement il était fait de déliées et écorces (comme il me semblait) de tendres arbrisseaux..."

Nous avons déjà attiré l'attention sur ce texte, d'abord parce qu'il est invraisemblable qu'un livre ait une telle apparence -ce que confirme d'ailleurs Fulcanelli-, ensuite dans le chapitre  de l'Introïtus, VI de Philalèthe où la combustion de schistes argileux est assurée par des branches d'arbrisseaux, enfin ici, où le rapprochement est facile à établir. Pour la betterave, nous avons aussi signalé ailleurs l'allusion de Fulcanelli à Blaise Pascal (DM, I, p.76):

"Il serait intéressant de savoir pourquoi nos enfants, entre tant d'admirables découvertes dont ils ont sous les yeux l'application quotidienne, connaissent plutôt Pascal et sa brouette, que les hommes de génie auxquels nous devons la vapeur, la pile électrique, le sucre de betterave et la bougie stéarique."

Certes l'allusion est furtive, mais les Adeptes nous ont habitués à énoncer des choses capitales sous des propos d'une grande banalité...Cela est une indication. En effet, c'est Margraff qui a émis l'idée que la betterave pourrait offrir à bon marché du sucre : l'examen chimique des plantes qui lui ont offert le sucre de canne, montrent à tous la grandeur des services que l'analyse immédiate organique peut rendre à la société, car la prévision du chimiste, qu'un jour il serait possible de l'extraire de ces plantes avec avantage, est un fait aujourd'hui réalisé pour la betterave. Or, c'est Margraff qui a découvert la véritable nature de l'alumine. Rappelons qu'en alchimie, l'alumine équivaut au premier Mercure, que les alchimistes ont fait passer pour le Mercure commun ; elle équivaut aussi au Soufre blanc de Fulcanelli, au Corps de la pierre et c'est encore l'Arsenic de Geber, le Vitriol philosophique de Tripied, etc. Quant à l'inventeur de la bougie stéarique, ce n'est autre que Chevreul...Rappelons en outre que Duhamel du Monceau avait donné une méthode pour séparer la soude de la potasse ; qu'il avait découvert le sucre de canne dans la betterave, etc.
Nous allons donc nous pencher un peu sur la betterave puisqu'en dehors de la potasse, l'extraction du sucre du jus de betterave nécessite de la chaux. Nous verrons aussi de curieux rapprochements à faire avec l'image du petit homme-ducat qui expulsait ses pièces d'or. Dès l'origine de la fabrication du sucre de betterave, Achard  [Franz Achard, chimiste allemand d'origine française ; 1753-1821, vulgarisateur de l'extraction industrielle du sucre de betterave] employa, pour extraire le sucre du jus de betterave, la chaux comme agent de défécation . L'acide sulfurique lui servait ensuite à précipiter la chaux qui était restée dissoute dans le liquide mais cet acide altérait le sucre. Le charbon animal a l'avantage de s'emparer de la chaux restée dans le liquide ; on y ajouta l'acide carbonique gazeux comme agent de précipitation de la chaux. Celle-ci agit en saturant les différents acides végétaux et elle décompose les sels ammoniacaux en en volatilisant l'ammoniaque. La chaux qui sert à la défécation doit être très pure. Aussi la prépare-t-on avec soin dans la sucrerie même. La pierre calcaire, concassée en morceaux, est calcinée par l'action d'un feu énergique. Chargés toutes les heures, les fours produisent dans quelques usines 6000 kg de chaux par jour et plus de 4000 kg de gaz acide carbonique que l'on utilise également.
Autre chose : la couleur initiale du salin est noire et correspond à la « putréfaction » initiale de Le Breton ; en somme, c'est le « laton non net » de B. Valentin qu'il faut blanchir. C'est précisément ce qui est réalisé en débarassant la substance des corps organiques auxquelles elle est mêlée et l'on obtient un sel d'une blancheur éclatante : c'est le blanchiment du « laiton ».
Comment obtenir du sulfate de potasse à partir de l'eau de mer ?

L'extraction de la potasse des eaux de mer est possible et avantageuse quand on s'adresse aux résidus de l'évaporation des eaux des marais salants, c'est-à-dire à leurs eaux mères. La potasse qui existe dans l'eau de mer forme des sels très solubles dans l'eau ; elle doit donc rester concentrée dans les eaux-mères. Quand les eaux des marais salants marquent 32°,5 à l'aréomètre [instrument fonctionnant d'après le principe d'Archimède, pour déterminer la concentration d'une solution] que l'on arrête l'évaporation de l'eau dans les marais salants du Midi, et que l'on considère alors le liquide concentré comme une eau mère. Pour traiter ces eaux mères et en retirer la potasse, on met à part ces eaux et on les abandonne à l'évaporation naturelle, dans de nouveaux bassins. De 32°,5 à 35° de l'aréomètre de Baumé, les eaux mères, en s'évaporant dans ces bassins, laissent déposer un mélange de chlorure de sodium et de sulfate de magnésie qu'on désigne sous le nom de sel mixte. Le chlorure de sodium se dépose surtout pendant le jour par le fait de l'évaporation, le sulfate de magnésie pendant la nuit, par le fait du refroidissement. Les deux sels mélangés forment de minces couches alternées qui constituent une masse cohérente. Comme le sulfate de magnésie se dépose plus abondamment pendant les nuits fraîches [des nuits par ciel clair, par conséquent], le sel mixte en contient une proportion d'autant plus forte que la température, pendant sa constitution, a été plus basse. On peut alors admettre que le sel mixte contient en moyenne 45% de sulfate de magnésie et 55% de chlorure de sodium. Si l'on dissout le sel mixte, et qu'on expose la dissolution en hiver, à l'action du froid, sur des tables salantes, le chlorure de sodium et le sulfate de magnésie se décomposent mutuellement, en vertu des lois de Berthollet, parce que le sulfate de soude qui peut résulter de la réaction de ces deux sels, est insoluble dans l'eau dont la température est inférieure à 0°C. On obtient ainsi du sulfate de soude cristallisé que l'on fait dessécher dans des fours. Une fois le sel mixte déposé et les eaux mères ayant une densité de 35° à l'aréomètre, on suit la méthode des eaux à 35°. On emmagasine les eaux qui ont déposé le sel mixte dans des réservoirs profonds en les accumulant sur plusieurs mètres d'épaisseur. Au commencement de l'hiver, on expose ces eaux sur des tables salantes, à l'action des premiers froids, de manière à leur faire atteindre la température de 6°C. On obtient ainsi un dépôt abondant de sulfate de magnésie à peu près pur. Les eaux à 35° ne marquent plus alors à l'aréomètre que 33°,5. Elles sont alors réintégrées dans les réservoirs où l'on vient les reprendre au retour de l'été. Soumises à l'évaporation sur des tables salantes, elles donnent, en se concentrant de 33°,5 à 38°, du chlorure double de potassium et de magnésium. Ce sel contient la totalité de la potasse renfermée dans les eaux mères ; mais il est très impur. Le sel brut obtenu entre 33°,5 et 38° est composé selon M. Dony de 48.2% de chlorure double de potassium et de magnésium. Ce chlorure double est extrait des grands cuviers et traité par l'eau froide : il y a dissolution du chlorure de magnésium mais pas du chlorure de potassium qui est beaucoup moins soluble dans l'eau. Le chlorure de potassium est alors lavé et séché à l'essoreuse et il n'a pas besoin d'être davantage raffiné pour être employé.
Extrait de : Les Merveilles de l'Industrie, Industries chimiques, Louis Figuier (Jouvet et Furne, Paris 1873)
 
corrélat alchimique è On pourrait faire d'utiles remarques sur ce texte ; nous nous bornerons à signaler le comportement singulier de certains corps chimiques selon qu'il fasse jour ou nuit et selon qu'il fasse froid ou chaud. Le lecteur sagace aura fait le rapprochement avec certains points soulevés par les textes, dont nous avons parlé dans notre section sur les liens entre chimie et alchimie.
(a) cette écume nous rappelle celle qu'évoquent de nombreux textes alchimiques. Rapprochons ce texte de ce que nous dit Philalethe dans son Introitus (chapitre VII) au (7, IV : De la première opération de la préparation du Mercure philosophique par les aigles volantes) :

" ...prends  quatre parties de notre Dragon igné, qui cache dans son ventre l’Acier magique, et neuf parties de notre Aimant ; mêle-les ensemble avec l’aide du torride Vulcain, de façon qu’ils forment une eau minérale où surnagera une écume qu’il faut rejeter... ".

Un autre recoupement nous est donné par Philalethe (15, V : De la purgation accidentelle du Mercure et de l’Or) :

" Mais outre cette purgation essentielle, il faut au Mercure une purification accidentelle pour laver les fèces externes que l’opération de notre vrai soufre a rejetées du centre à la surface..."

On peut aussi se référer au texte du pseudo-Artephius [Livre secret]qui mentionne une écume s'élevant à la superficie (que nous avons aussi rencontrée lors de la confection et surtout de la purification du salpêtre) :

(2) Et à partir de ces deux, vous pouvez créer un grand mystère [arcanum : mystère, mais aussi voûte et arc], à savoir une eau d'antimoine saturnien, blanche et mercurielle ; à la fin, elle peut blanchir le Soleil, sans le brûler, en le dissolvant, et plus tard en le figeant sous la consistance et l'aspect d'une crème blanche. Donc, dit le philosophe, cette eau rend le corps volatil ; parce qu'après qu'il ait été dissous en elle, et figé, il s'élève et nage à la surface de l'eau. Prenez de l'or brut feuilleté ou calciné avec du mercure, et jetez-le dans notre vinaigre [acetum : vinaigre, esprit caustique], fait d'antimoine saturnien, de mercure et de sel de Jupiter [ammoniac : de Ammon, dieu égyptien, parce qu'on préparait cette substance autrefois près de son temple en Lybie et qui renvoie à Hammon, nom de Jupiter chez les Lybiens], dans un grand vaisseau de verre [il s'agit peut-être du vaisseau hermétique dont nous parle Fulcanelli (Les Mystères, p.118) quand il évoque la branche de chêne et la source mystérieuse :

"...il est besoin d'un corps particulier servant de réceptacle, d'une terre attractive où il puisse trouver un principe susceptible de le recevoir...C'est là cet aimant enfermé au ventre d'Aries..."

et cf. la XIIe clef de B. Valentin, citée par Nicolas flamel :

"...C'est notre vinaigre mercuriel qui descend du ciel en terre et monte de la terre au ciel"],haut de 4 pouces ou plus [1 pouce = 27 mm, soit 3 cm] ; portez le à une chaleur [ardor : éclat, feu au sens allégorique - calor : chaleur, ardeur] modérée [douce, ce qui peut avoir rapport à l'odorat -cf. l'odeur de sépulcre, donc odeur spirituelle...], et en peu de temps, vous verrez s'élever une liqueur semblable à une huile surnageante semblable à une écume [écume : spuma, qui peut renvoyer aussi à l'oxyde de plomb PbO fondu et cristallisé, crasse : peut renvoyer à squalor : aspect hérissé avec des aspérités, scorie : résidus de métaux]. Ramassez cela avec une cuillère [cocchlea : renvoie à coquille ou cuillère ; il pourrait s'agir d'un appareillage spécial pour récupérer l'écume car une acception du terme est la vis d'Archimède par laquelle on élève l'eau- trua : écumoire, cuiller dont on se sert pour enlever la crasse qui se forme sur certains métaux] ou trempez-y une plume [penna : c'est bien une plume mais un autre sens est flèche] ; et continuez jusqu'à ce que plus rien ne surnage autant de fois qu'il le faudra dans une journée ; évaporez l'eau grâce à une chaleur douce [cf. supra], c'est-à-dire l'humide superflu du sel de Jupiter [doit renvoyer à un composé où l'étain ou un autre métal dont je reparlerai], et il restera la quintessence [substance propre], détenant les pouvoirs de l'or [renvoit aussi à rayonnant, beau, splendide] sous forme d'une huile blanche incombustible. Dans cette huile, les philosophes ont placé leurs plus grands secrets ; elle déborde de douceur [ou : unie] et est d'un grand intérêt pour améliorer les afflictions dues aux tourments.

(b) Peut-être a-t-on ici l'explication des réitérations dont parlent Fulcanelli et Philalèthe et notamment de la série des sublimations philosophiques.

8. Le sulfate de potasse : la potasse et l'acide sulfurique forment deux combinaisons cristallisables. Une dissolution de potasse ou de carbonate de potasse saturée par l'acide sulfurique (huile de vitriol) donne, après évaporation, des cristaux anhydres de sulfate de potasse. Ces cristaux se distinguent, parmi les sels solubles, par leur grande dureté. Ils fondent à la chaleur rouge sans se décomposer. Ce sel est très utile car il ne se décompose qu'à une température de 600°C et peut alors servir à attaquer certains minéraux : il joue le rôle d'acide sulfurique dont le point d'ébullition serait excessivement élevé. Il ne fond en effet qu'à la chaleur blanche. Nous avons vu qu'il jouait un rôle essentiel dans la préparation du corindon (1). Voir aussi la section sur le tartre vitriolé.

9. Aluns et dérivés:

9.a. Chlorure d'aluminium : on a vu supra que le corindon a pu aussi être obtenu par décomposition d'une solution de chlorure d'aluminium. Si l'on expose à une chaleur rouge un mélange d'alumine et de charbon, puis que l'on fasse arriver dessus du chlore, il y aura formation de chlorure et l'alumine perdra son oxygène. On prend ordinairement de l'alumine que l'on précipite de l'alun ; on y ajoute une matière charbonneuse très divisée comme du sucre. Le chlorure d'aluminium est un corps jaunâtre qui fond à une température ordinaire ; à 100°C il se volatilise. En chauffant la dissolution, l'eau se décompose, l'acide chlorhydrique se dégage et l'alumine reste ; ce sont les conditions de pression réalisées par la voie humide en tube scellé qui permettent alors l'obtention du corindon.

9.b. Alun ammoniacal : c'est à partir de cet alun que l'on obtient de l'alumine pure. C'est cet alun (et non celui de potassium) qui a été utilisé par Frémy et Verneuil à partir de la fluorine (spath-fluor) et de l'alumine amorphe -voyez notre section sur le médiateur salin. On prépare d'abord le sulfate d'alumine par attaque d'argiles non ferrugineuses à partir de l'acide sulfurique (huile de vitriol). Le sulfate cristallise difficilement en aiguilles et en lames minces et nacrées.  L'alun ammoniacal est obtenu par ajout de sulfate d'ammoniaque. Fortement calciné, il laisse un résidu d'alumine pure. On connait d'autres aluns où l'alumine est remplacée par du sesqui-oxyde de fer, par du manganèse ou par du chrome. Ce sont donc des substances isomorphes et que -chose importante- on peut retrouver au sein d'un même cristal sans que la forme de celui-ci soit altérée par un tel mélange. Le sulfate d'ammoniaque s'obtient en condensant dans de l'acide sulfurique étendu, l'ammoniaque qui se dégage, lorsqu'on chauffe avec de la chaux les eaux vannes provenant de la fermentation des urines. La relation à l'ammoniaque semble pouvoir expliquer quelques allégories dont nous pensions d'abord qu'elles étaient liées à l'étain (stannum). Une étude plus approfondie nous conduit maintenant à envisager l'ammoniaque en tant que tel. Nous avons déjà rencontré le « Sal Harmoniac » dans notre commentaire d'Artephius et surtout de Philalèthe (Introïtus, VI). Nous pensons que la solution du sel harmoniac sophique se trouve dans la section sur les blasons alchimiques. D'après E. Canseliet, dans son Alchimie expliquée sur ses textes classiques (p.168) :

"...l'autre de l'ammoniac ; ce dernier vocable jouant, cabalistiquement avec l'harmoniac des traités anciens, pour désigner notre deuxième sel qui ne saurait répondre, bien sûr, à l'ingrédient haloïde basé sur l'ammonium, c'est-à-dire au chlorure ou chlorhydrate d'ammoniac."

Nous avons donc des raisons de penser que l'ammoniac doit jouer un rôle de "promoteur" dans la constitution du Mercure philosophique. Toutefois, comme nous savons que plusieurs procédés peuvent procurer la Pierre, il en est certains où l'ammoniac sous une forme ou une autre, sera nécessaire et d'autres où c'est, au vrai, le sel d'harmonie, qui seul pourra consacrer le mariage philosophique du roi et de la reine.


è Les vases
10. Les creusets :

On opère la fusion dans des vases auxquels on donne le nom de creusets et parfois dans des cornues. Ces creusets sont chauffés dans des fourneaux de diverses sortes selon le degré de chaleur auquel on veut les exposer. Les creusets sont le plus souvent en argile pure (l'ancienne terminologie pour : kaolin) ; certains sont constitués d'argile mêlée à des matières charbonneuses ; de même, les creusets peuvent être nus intérieurement ou garnis d'une brasque en charbon. On se sert quelquefois aussi de creusets de fonte de fer et même de platine. Nous aurons besoin des creusets les plus réfractaires ; ce sont ceux qui sont faits avec des argiles pures ou ne contenant que quelques centièmes d'oxyde de fer tout au plus et surtout exempts de matière calcaire. Parmi les argiles, les meilleures paraissent être les plus siliceuses ; on peut améliorer leur infusibilité en mêlant à l'argile un ciment absolument infusible comme du quartz, du graphite ou du coke. Ces substances forment comme une ossature solide qui retient par adhérence l'argile ramollie et l'empêche de s'afaisser. On trouvera ici un tableau qui montre -au XIXe siècle- la composition de quelques creusets.


FIGURE X
composition centésimale de quelques creusets, d'après Berthier, (Traité des Essais par la voie sèche)

Berthier semble donner sa préférence aux creusets de Paris (2), habituellement employés à l'Ecole des Mines. Ils sont aussi réfractaires que ceux de la Hesse et supportent les alternatives du chaud et du froid sans se casser ; ils contiennent de la litharge en fusion pendant longtemps ce qui est un indice de qualité. A ce propos, Berthier signale qu'autrefois, on faisait un grand usage, en allemagne, de creusets ayant la forme de coquetiers et que l'on nomme tutes. Le fond en est à l'intérieur conique et très étroit, et l'ouverture resserrée ; en sorte qu'il ne faut qu'un petit couvercle pour les boucher. Ces sortes de creusets seraient assez commodes pour faire des essais dans lesquels on emploie des flux alcalins ou autre très fusibles et susceptible de se boursoufler beaucoup ; les métaux fondus se rassembleraient dans la partie étroite au fond des creusets et se trouveraient ainsi très nettement séparés des scories ; mais on ne fabrique pas de tute en France et celles qu'on trouvait en Allemagne étaient très mal façonnées.
Pour en revenir aux creusets de Paris, un fragment de ces creusets chauffé à 1500°C dans la brasque s'arrondit un peu sur les angles sans se déformer et prend une cassure luisante et unie du type qu'on obtient dans la poterie dite cuite en grès : sa surface devient d'un rouge de cuivre. Les creusets brasqués sont des creusets de terre dont les parois intérieures sont garnies d'une couche de charbon. On peut les considérer comme des creusets de charbon munis extérieurement d'une enveloppe d'argile réfractaire. Pour brasquer un creuset, on se sert de charbon de bois choisi avec soin afin qu'il ne contienne aucune matière étrangère ; à cette fin, on le pile, on le passe au tamis de soie (il s'agit donc de poussier de charbon).


FIGURE XI
(le creuset et sa brasque)

On humecte alors cette poussière de charbon avec de l'eau, en l'agitant avec une spatule et en la pétrissant entre les doigts jusqu'à ce qu'elle ait acquis assez de consistance pour se pelotonner. Certains prescrivent de mêler l'argile avec le charbon pour rendre la brasque plus solide : on se sert de ces « brasques dures » dans les travaux métallurgiques. On mouille le creuset en le plongeant dans l'eau et l'en retirant presque aussitôt ; on y met l'épaisseur de 1 cm de brasque et on tasse très fortement en frappant la brasque avec un pilon de bois jusqu'à ce que la poudre de charbon ait acquis toute la consistance nécessaire. Sur cette couche, on en met une autre et ainsi, successivement, jusqu'à ce que le creuset soit rempli. On creuse alors dans la masse de brasque une cavité conique de même forme que le creuset ; celle-ci achevée, on en polit les parois en les frottant fortement avec un tube de verre arrondi.
Il convient d'employer les creusets les plus petits possibles, à rapporter bien sûr au volume de la matière et au degré de boursouflement qu'elle est susceptible d'éprouver. L'avantage que l'on trouve à employer de petits creusets est dû à ce que l'on peut les chauffer plus facilement. La brasque offre l'avantage d'opérer la réduction de la plupart des oxydes métalliques par voie de concentration. Les creusets doivent toujours être munis d'un couvercle pour empêcher l'accès de l'air et pour qu'il n'y tombe ni cendre ni charbon. Les couvercles ont aussi pour effet de diminuer la volatilisation. On les fait avec la même terre que les creusets et leur forme est exactement adaptée à celle du creuset en dépassant les bords de quelques mm. Lorsqu'on opère à une température élevée, il faut fixer solidement le couvercle sur le creuset. Pour cela, on le place sur le creuset et on l'y fixe au moyen d'un rouleau d'argile que l'on applique sur les bords et que l'on presse fortement. Cette argile doit être infusible comme celle qui sert à faire les creusets.
Il y a des cas où le boursouflement de la matière est tel qu'on est obligé d'opérer à creuset ouvert, en disposant les charbons autour, de manière qu'ils ne puissent point s'y introduire, ou bien on le bouche en partie avec de gros charbons choisis, que l'on met par-dessus, en travers. On a avantage à tasser les matières que l'on introduit dans les creusets, afin de les réduire au plus petit volume possible. On effectue ce tassement avec un pilon d'agate bien poli, ou avec un tube de verre arrondi et l'on fait en sorte que la matière soit bien plane ou plutôt un peu convexe. Quand, ensuite, on se sert de creusets brasqués, après qu'on a tassé ainsi la matière à traiter [par exemple de l'alumine et du sulfate de potasse, ou de l'alumine et du carbonate de potasse ou de soude], on met par-dessus un peu de poudre de charbon que l'on comprime manuellement doucement, puis on achève de remplir le creuset avec de la brasque que l'on tasse fortement, couche par couche, avec un pilon. Un creuset ainsi préparé et muni d'un couvercle bien luté [avec des ouvertures laissées de façon que les gaz puissent se dégager], est comme une masse solide de charbon au centre de laquelle se trouve la substance à traiter et il peut -en théorie- se renverser sens dessus dessous dans le fourneau sans que cela nuise au succès de l'opération.
On ne doit pas placer les creusets immédiatement sur la grille des fourneaux et il est nécessaire de les élever à une certaine hauteur. Pour cela, on les met sur des supports auxquels on donne le nom de fromage : ce sont des masses d'argile cuite de forme cylindrique. Pour les travaux qui nécessitent -comme c'est le cas pour nous- une très forte chaleur (> 1000°C), comme les creusets sont toujours couverts par une grande masse de charbon qui les presse souvent beaucoup plus d'un côté que de l'autre, ils seraient infailliblement renversés ; pour éviter cela, il faut les souder au fromage avec de l'argile grasse et réfractaire, de la même manière que l'on lute les couvercles. Quand on chauffe très fortement, il faut que le fond du creuset soit élevé de 6 à 8 cm au-dessus de la grille car c'est à cette hauteur qu'a lieu la plus grande chaleur dans le fourneau ; on y arrive en employant deux fromages que l'on dispose l'un au-dessus de l'autre ou encore un morceau de brique taillé en cube, qui par sa forme, a plus d'assiette qu'un fromage. Enfin, il convient de ne luter les creusets avec leur couvercle que peu de temps avant de les mettre dans les fourneaux ; sinon, l'argile en se déchessant, se contracterait et n'adhérerait que faiblement au creuset : il faut alors les tenir enveloppés dans un linge mouillé pour les empêcher de se déchesser.
Lorsqu'après avoir placé le creuset dans le fourneau, on l'a presque rempli de combustible non allumé, on jette par-dessus celui-ci une pelletée de charbon de bois bien embrasé puis on achève de remplir par du combustible noir ; on laisse dès lors le feu se propager peu à peu par le simple tirage qui a lieu à travers la grille, sans le secours de la cheminée ou des soufflets. Au bout d'une heure, les creusets  et les parois du fourneau sont rouge-blanc et l'on peut commencer à donner le vent. On gradue celui-ci de quart d'heure en quart d'heure soit en ouvrant la trappe de la cheminée, si l'on se sert d'un fourneau à vent, soit en tournant les robinets des tuyaux, si l'on chauffe dans un fourneau à soufflets. La figure suivante montre un fourneau à soufflet :


FIGURE XII
(fourneau à soufflet)

Quand on juge que la fusion est terminée, on cesse d'ajouter du combustible et, lorsque les creusets sont à découvert, on les retire à l'aide de pinces courbes ; on les pose alors dans un bain de sable et on les laisse refroidir complètement. Quand on ouvre le creuset, il est essentiel de tâcher de produire le moins possible de poussière et de menus débris qui pourraient se mélanger avec la matière [qui correspond alors à ce qu'on appelle la pierre philosophale]. Si l'on opère dans un creuset nu, après qu'on a détaché le couvercle, on pose le creuset horizontalement sur une enclume, en le tenant de la main gauche par les bords, et on le frappe avec la tranche d'un marteau dirigée dans le sens de l'axe du creuset ; de cette manière, on arrive à diviser celui-ci en deux parties égales, sans produire de petit fragment ; le culot métallique se détache alors de lui-même et les scories restent seules adhérentes au creuset. Lorsqu'on a fait le travail dans un creuset brasqué, on en extrait la brasque peu à peu avec la pointe d'un couteau jusqu'à ce que le culot soit à découvert ; on jette celle qui provient des premières couches puis on retire le culot. Le culot entier se compose ordinairement d'un culot métallique qui occupe la partie inférieure et d'une scorie à la surface de laquelle il y a presque toujours des grenailles adhérentes. En concassant grossièrement le culot, on en sépare aisément le bouton métallique [on allait dire la pierre au rouge] et les grosses grenailles.
Après un essai à très haute température, on remarque que les creusets, les couvercles ainsi que l'argile qui sert de lut, sont complètement vitrifiés à la surface, et que le verre qui se produit s'amasse même dans quelques parties en gouttes souvent assez grosses. Cette vitrification est due à l'action des cendres  du combustible sur le silicate d'alumine et elle est d'autant plus profonde que les cendres sont plus corrosives et plus abondantes. Pour mémoire, signalons une étrange relation où E. Canseliet, à la fin de son Alchimie expliquée sur ses Textes classiques, dans la Grande Coction nous révèle quelques points techniques : si nous avons bien compris -car Canseliet s'exprime très souvent de façon « anodine » là où pour ainsi dire se trouve terré l'essentiel- il ne pouvait arriver à aucun résultat par voie sèche au degré de température pratiquée, ce que d'ailleurs il donne l'impression de confier (p.294) :

"Depuis ce temps, au cours de plus de vingt années, à cause de la température contraire, nous n'avons essayé que quatre fois la réalisation de la phase ultime, sans la réussir, mais aussi, grâce à Dieu, sans provoquer la rupture de l'oeuf."

ainsi que cette confidence à propos de son maître :

"Comme l'infortuné inventeur du radium, Fulcanelli savait très bien que le feu de son fourneau ou de ses brûleurs était incapable de provoquer une transmutation. La sublimité de l'arcane mit sa prudence en éveil, et c'est pourquoi il ne dépassa pas le niveau d'argumentation du feu secret des anciens alchimistes. C'est la raison pour laquelle aussi, nous avons disserté, une nouvelle fois, sur la grande inconnue de réalisation physico-chimique".

Nous avons là un superbe trait de cabale d'E. Canseliet. D'abord, il s'agit presque d'un aveu ; il est clair qu'aucune transmutation n'est possible. Ensuite, l'expression « sublimité de l'arcane » renvoie directement à la faculté de volatilisation de l'un des composants du Mercure : l'arcanum duplicatum, encore appelé tartre vitriolé ou sel polycreste. Quant au degré d'argumentation, c'est encore de Mercure que parle E. Canseliet car argumenter, en grec, se dit sullogoV [rassembler ses esprits] ; il s'agit donc là d'une remarque sur le lien du Mercure. Ce lien, c'est la Prudence qui en est l'hiéroglyphe ; que le lecteur reprenne nos observations sur cette Vertu et il mesurera effectivement, en liaison avec ce que nous en disons dans la section sur les blasons alchimiques, toute la sublimité de l'arcane.

11)- les cornues :

L'appareil dont on se sert pour pratiquer une distillation ou une sublimation se compose d'un vase de forme particulière appelée cornue, dans lequel on place la substance, et d'un autre vase dans lequel on condense les vapeurs et qu'on nomme récipient. Une cornue est représentée sur la figure ci-dessous :


FIGURE XIII

On distingue [a] la panse, le dôme [b] et le col [c]. On se sert de cornues à panse profonde quand on veut opérer sur de grandes masses à la fois ; ou quand la matière que l'on soumet à la distillation ou à la sublimation peut éprouver des soubresauts, ou se gonfler, ou boursoufler, etc. Le dôme doit avoir toujours pour coupe verticale un quart de cercle afin qu'il résiste le mieux possible à la pression atmosphérique lorsque le vide s'y fait, suite à un refroidissement intérieur. Quant au col, on le fait long lorsqu'on veut que les vapeurs se condensent dans son intérieur ; on peut lui donner un grand diamètre si l'on craint qu'il ne soit obstrué par les matières qui s'y condensent. Les cornues de verre sont très commodes ; aussi s'en sert-on toutes les fois que l'opération n'exige pas une température trop élevée, pour la plupart des distillations. On peut même employer les cornues de verre à une chaleur capable de leur faire éprouver un début de fusion, en les enduisant au préalable d'un lut bien appliqué. Les luts servant à cet usage sont faits avec des argiles liantes et infusibles mêlées de sable quartzeux ou d'argile cuite pulvérisée. Le mélange doit conserver du liant et éprouver le moins de retrait possible en se séchant. Pour éviter la formation des fentes que la dessication produit toujours lorsqu'elle n'a pas lieu avec une extrême lenteur, on mêle souvent à l'argile des substances fibreuses coupées en morceaux de 1 cm de long, telles que du foin, de la paille, de la filasse, de la bourre, ou même du crotin de cheval : ces substances augmentent l'adhérence et rendent le retrait si uniforme qu'il a lieu sans gerçure apparente ; il faut cependant n'employer ces produits qu'en petite quantité, sans quoi le lut deviendrait très poreux et pourrait perdre toute consistance. On applique le lut sur les cornues de deux manières :

a)- on en fait une pâte un peu liquide, on en étend une couche mince et uniforme sur la cornue ; on laisse sécher cette couche à l'air puis, quand elle est sèche, on en applique une seconde en ayant grand soin de remplir exactement toutes les gerçures ; on fait encore sécher et l'on applique de nouvelles couches si cela s'avère nécessaire pour que le lut ait l'épaisseur souhaitée (< 1cm). On achève la dessication sur un bain de sable et enfin, on bouche soigneusement les fentes qui ont pu se former ;
b)- on fait avec le lut une pâte tenace, ductile et bien homogène et on l'aplatit de manière à former une masse d'épaisseur et de grandeur convenable pour couvrir la cornue qu'on veut revêtir ; on enduit celle-ci d'une légère couche d'argile délayée dans l'eau, on la place au centre de la masse de lut, et l'on relève ce lut avec les mains sur les parois de la cornue, contre lesquelles on le presse en tous sens en ayant soin de bien souder les bords entre eux, et l'on fait sécher comme expliqué au §a.
On rend les luts moins sujets à se fendre en les enduisant d'une couche d'huile après qu'on les a fait sécher. Pour éviter des gerçures, on enveloppe parfois le lut fraichement appliqué avec des bandes de toile grossière ou de la filasse, et l'on applique par-dessus un peu de lut délayé, puis on fait sécher lentement. De cette façon, les cornues de verre bien lutées peuvent supporter un assez grand feu, parce que le verre conserve sa forme à la faveur de l'enveloppe d'argile et celle-ci, quoiqu'en se contractant beaucoup, ne se fend pas, le verre ramolli cédant à la force de contraction.
On peut aussi se servir de cornues d'argile, qu'on appelle cuites en grès ; on peut rendre ces cornues poreuses imperméables aux gaz au moyen de vernis fusibles appliqués extérieurement. Il suffit parfois de les humecter avec une dissolution de borax. On peut utiliser un mélange de 1 partie de borax et de 16 parties d'eau bouillante ; on ajoute à la dissolution autant de chaux vive qu'il faut pour faire une pâte liquide ; cette pâte est étendue sur la cornue avec une brosse puis, quand elle est sèche, on peut appliquer par-dessus une couche de chaux délayée dans l'huile. Il faut préalablement à l'emploi de la cornue, chauffer cette dernière à une chaleur suffisante pour fondre le vernis, la laisser refroidir avec précaution et ne l'employer que si la couche vitreuse ne présente aucuen solution de continuité. Les cornues de porcelaine sont garnies intérieurement d'un enduit vitreux ; elles sont absolument imperméables et peuvent supporter une chaleur très forte ; il faut toutefois les chauffer avec grande précaution au début d'une opération pour éviter qu'elles ne se fêlent. Le vernis est indispensable pour éviter qu'elles ne soient traversées par les gaz et les vapeurs.
En introduisant dans la cornue la matière que l'on doit traiter, il faut faire en sorte qu'il ne s'en attache pas quelque portion dans le col, surtout si les vapeurs doivent se condenser dans cette partie car dans ce cas, la matière recueillie ne serait pas pure. Pour cela, on emploie la matière en petits morceaux ou en poudre grossière débarrassée par le tamisage, de la poudre fine qui pourrait rester adhérente aux parois du col. Si la substance est en poudre fine ou liquide, on l'introduit dans la panse de la cornue au moyen d'un entonnoir dont la tige est assez longue pour qu'elle puisse pénétrer jusqu'au fond de la cornue. Pour faire des distillations et des sublimations, on chauffe les cornues dans des fours à réverbère en les plaçant soit sur un fromage, soit dans un creuset rempli de sable aux trois


FIGURE XIV

quarts, soit encore sur des barres de fer qui traversent le fourneau, mais ce dernier moyen ne doit pas être employé si l'opération nécessite une chaleur forte et longue, car l'oxyde de fer réagit sur la cornue et finit par la corroder entièrement. Pour qu'une distillation ou une sublimation s'effectue dans les meilleures conditions, il faut que la vapeur ne puisse pas retomber dans la panse de la cornue. Pour que cette condition soit remplie, il faut que le dôme se trouvé échauffé à une température au moins égale à  celle à laquelle les vapeurs se constituent. S'il en était autrement, les vapeurs qui toucheraient les parois et même une partie de celles qui rempliraient la cornue, se condenseraient et retomberaient dans la panse pour se vaporiser de nouveau. On observe aisément cet effet lorsqu'on distille un liquide en ne le chauffant que par-dessous. On voit la cornue se remplir d'une pluie fine et les gouttes provenant de la condensation des vapeurs ruisseler sur les parois du dôme et retomber dans le bain. Donc, dans les opérations qui se font à une chaleur élevée, on chauffe la cornue par-dessus et par-dessous ; plus exactement, on l'enveloppe de toutes parts de combustible enflammé ; en sorte que le dôme ne se trouve qu'à une température très peu différente de celle de la panse ; pour des opérations qui n'exigent pas une température élevée, comme dans la plupart des distillations, on ne chauffe que par-dessous mais, pour maintenir au dôme la température la plus élevée possible, il faut munir le fourneau de son laboratoire complet. Quand on chauffe une cornue par en-dessous, on peut l'enfoncer dans un bain de sable. Un autre procédé consiste à chauffer des cornues de verre non lutées en plaçant du charbon allumé sur une grille placée presque immédiatement sur le dôme et on peut même les chauffer à moitié de leur hauteur, ou à peu près au niveau de la surface de la matière qu'elles contiennent, en plaçant à cette hauteur une grille que la cornue traverse et sur laquelle on met du combustible : la distillation marche alors très vite et souvent même, il y a avantage à porter surtout le feu sur le pourtour et à ne chauffer que modérément par-dessous ; mais alors, il faut avoir soin de faire en sorte qu'aucun charbon ne touche à la cornue. La condensation des vapeurs qui résultent d'une distillation ou d'une sublimation a souvent lieu complètement dans le col de la cornue, quand ce col est suffisamment long et quand on n'opère pas avec de grandes quantités de matières. Si la matière condensée est solide, elle se dépose sur les parois du col, sous forme de poudre ou de grains cristallins ; si elle est liquide, elle se répand en goutelettes qui se réunissent peu à peu et ruissèlent vers la partie inférieure du col ; et si le liquide condensé est en quantité un peu grande, il finit par s'écouler par le bec ; dans ce cas, on peut le retenir dans le col en courbant un peu celui-ci vers son extrémité. Quand l'opération est terminée, on sépare de la cornue toute la partie du col dans laquelle les vapeurs se sont condensées et l'on en détache la matière. Quand on fabrique un appareil distillatoire ou sublimatoire, il faut que les différentes parties soient unies de telle sorte qu'aucun gaz ne puisse s'échapper des jointures. On se sert pour cela de différents luts. Voici les principaux :

a)- le lut gras : on le prépare en battant de l'argile desséchée, réduite en poudre fine, avec de l'huile de lin ;
b)- le ciment romain ou chaux sur-hydraulique : on le conserve en poudre dans des flacons bien bouchés et on ne l'éteint qu'au moment où l'on veut s'en servir ;
c)- le plâtre gâché avec de l'eau, du lait :
Ces trois luts peuvent supporter la chaleur rouge sombre.
d)- la farine de graine de lin : on la pétrit dans un mortier avec de l'eau, du lait ou de l'eau de chaux. Ce lut ne supporte pas des températures supérieures à 300°C ;
e)- la chaux vive ou lut d'âne : on ajoute à la chaux la quantité d'eau nécessaire pour la réduire en poudre sèche, on la mélange intimement avec un blanc d'eouf délayé, on l'étend rapidement sur des bandes de toile que l'on applique sur les jointures, et on la saupoudre de chaux vive. Ce lut a le défaut de n'être pas flexible ;
f)- le blanc de plomb mêlé à l'huile ;
g)- la cire jaune ;
la liste n'est pas limitative...

è Opérations métallurgiques et chimiques

12)- Cassage : c'est diviser par le choc une masse solide en morceaux plus ou moins gros. On concasse pour disjoindre des substances entrelacées ou pour se procurer des morceaux de grosseur voulue. Pour cela, on se sert de marteaux ou de pilons.
On place le morceau à diviser sur un tas d'acier, sur le fond d'un mortier renversé ou sur un sol résistant. Si l'on veut éviter [ce qui peut être le cas pour la stibine par exemple] de diviser le minéral en évitant de produire de petits fragments, on doit se servir de la panne d'un marteau de petite taille et frapper à coups secs et ménagés ; si l'on casse dans un mortier, il faut tenir le pilon verticalement. Quand on concasse sur un tas d'acier, on place sur ce tas un anneau de fer mobile d'un diamètre plus petit, qui entoure le morceau.

13)- Pulvérisation : c'est réduire en poudre une substance que l'on pile dans des mortiers. Pour les substances dures, on doit se servir de mortiers de fonte. Les mortiers de porcelaine ne peuvent être employés que pour piler des substances fragiles telles que les pierres étonnées par le feu. Les mortiers d'agate ou de porphyre ayant une grande valeur, on s'en sert rarement pour piler. Si l'on veut réduire une substance en poudre grossière, il faut la piler en tenant le pilon verticalement ; quand au contraire, on veut avoir une poudre très fine, il faut tenir le pilon obliquement et triturer de temps en temps ; enfin, pour obtenir des poudres très fines, on ne doit piler que de petites quantités de matière à la fois. Quand une poudre a acquis un certain degré de ténuité, il arrive souvent qu'elle se pelotonne au fond du mortier ; dans ce cas, on accélère la pulvérisation en la détachant fréquemment du mortier et en la remuant en tout sens avec une spatule. Certains corps ne se pilent que difficilement car ils ont un certain degré de mollesse : il faut alors les mélanger à une autre substance très cassante, du quartz par exemple. Après avoir pilé une substance, il faut la purifier car de petites particules métalliques provenant des mmortiers de fonte ou de bronze restent mélangées dans la poussière. On enlève aisément la plus grande partie des particules de fonte par un barreau aimanté. Mais, il reste encore des particules de bronze que l'on ne peut enlever qu'en soumettant la matière à des agents chimiques tels que l'acide nitrique [eau forte], l'acide chlorhydrique [esprit de sel] ou l'eau régale. On ne peut employer ces acides que s'ils n'attaquent pas la substance pulvérisée.

14)- Etonnement : Il est souvent avantageux, quand une substance à pulvériser est très dure et inaltérable par la chaleur, de la faire chauffer et de la plonger toute rouge dans l'eau avant de la piler ; il faut réitérer ces opérations : la substance se trouvant subitement et inégalement dilatée et contractée, se fendille en tout sens, s'étonne, et elle devient tellement fragile qu'on peut alors la pulvériser par simple pression.

15)- Criblage ou tamisage : les tamis servent à séparer d'une matière concassée ou pulvérisée, soit la poussière fine qui passe à travers le tamis, soit les grains dont le diamètre est plus grand que la largeur des mailles et qui, au contraire, restent dessus. C'est, en dépit de son apparente simplicité, une opération essentielle dans le Magistère et elle fait l'objet de plusieurs allégories et de détails iconographiques particuliers (la Clef VIII de B. Valentin, la planche XIV du Mutus Liber par exemple). Les tamis à très grosses mailles portent le nom de cribles ; on se sert aussi de tamis de de crin et de soie. Quand on veut réduire un corps en poudre fine, on le pile dans un mortier, on le passe à travers un tamis très serré, on remet dans le mortier ce qui reste dans le tamis et on réitère l'opération. Quand on veut réduire un corps en grains qui ne dépassent pas une certaine grosseur sans pour autant produire de la poussière trop fine, il est essentiel de tamiser le plus fréquemment possible. On a avantage à tamiser, par exemple, un agrégat formé de deux substances de dureté inégale [quartz et minerai métallique] ; à un certain moment, il reste sur le tamis une grande quantité de la substance la plus dure tout-à-fait pure, ce qui offre l'intérêt de diminuer d'autant la perte qu'éprouve ensuite, au lavage, la substance la plus fragile qui est souvent la plus précieuse. On a aussi intérêt à obtenir des grains de grosseur différente, pour avoir des poudres de différente ténuité : il faut alors passer la substance dans des tamis emboîtés les uns dans les autres, auxquels on donne un mouvement d'oscillation particulier que l'habitude fait connaître, et en les frappant sur un sol résistant. Si la poussière qui se répand est dangereuse ou incommode, on doit fermer les tamis par-dessus et en-desssous, à l'aide d'une boîte qui reçoit la poussière. On peut enfin tamiser en plongeant le tamis dans un grand vase rempli d'eau : la séparation des poussières se fait ainsi beaucoup plus vite qu'en tamisant à sec.

16)- triage : Quand l'adhérence qui existait entre les substances a été détruite -par les procédés vus ci-dessus- on en opère le triage. Quand elles sont visibles à l'oil nu, on les sépare en les saisissant avec des pinces Bruxelles. Lorsque le triage manuel n'est plus possible, d'autres moyens peuvent être employés :

a)- lorsque des substances sont magnétiques : on enlève la substance par un barreau aimanté. On sépare ainsi l'oxyde de fer magnétique des gangues ; le fer, le cobalt, des scories vitreuses dans lesquelles ils sont diséminés ;
b)- lorsque l'une de ces substances est très ductile et que les autres sont cassantes : on pile et on tamise ; la matière ductile s'aplatit en paillettes d'autant plus larges que l'on a pilé plus fortement tandis que les autres substances sont réduites en poudre fine. On peut alors séparer la poudre des paillettes au moyen d'un tamis très serré à travers lequel ces dernières ne passent pas ;
c)- lorsque l'une de ces substances fait une pâte avec l'eau et se délaie dans ce liquide, ou bien est en grains assez fins pour y rester longtemps en suspension : le triage s'effectue alors par lavage ;
d)- lorsque des substances mélangées ont des pesanteurs spécifiques très différentes : on s'adresse là encore au lavage.
17)- Lavages : il faut bien différencier ici les lavages classiques des « lavages ignés ou laveures » des alchimistes. Parlons d'abord des lavages classiques. On lave de deux manières, soit par suspension dans une eau tranquille ou décantation [c'est ce qu'on appelle la lévigation] soit en soumettant la matière pulvérisée à l'action d'un courant d'eau : c'est le lavage proprement dit.
a)- la lévigation : elle ne peut être employée que pour séparer des substances qui peuvent rester longtemps en suspension dans l'eau, d'autres substances qui se précipitent rapidement. Cela a lieu soit lorsque l'une des substances, comme les argiles, fait pâte avec l'eau, soit lorsque l'une des substances est beaucoup plus légère que l'autre : par exemple, quand on délaie dans l'eau les culots provenant d'un essai au creuset, après les avoir pulvérisés, le charbon dont ils sont presque toujours imprégnés, reste pendant quelque temps suspendu tandis que le métal et les scories se déposent presque aussitôt. Enfin, lorsque l'une des substances est en grains beaucoup plus fins que les autres. On peut même par lévigation séparer les grains très fins des grains plus gros de la poudre d'une substance homogène pour obtenir des poussières d'une extrême ténuité. Pour exécuter ce genre de lavage, on délaie la poudre dans l'eau avec une spatule ; on laisse reposer un certain temps puis on décante, en faisant en sorte de ne pas agiter le dépôt ; on délaie de nouveau celui-ci et on décante une seconde fois ; on réitère ces opérations jusqu'à ce que le résidu ne trouble plus l'eau du tout. L'eau ne contient plus rien qui soit susceptible d'être tenu en suspension ; toutefois, afin de purifier la petite quantité de matière résiduelle, on laisse l'eau décantée au repos puis on décante à nouveau et l'on purifie le précipité dans lequel se trouvent tous les gros grains, par un second lavage et même un troisème, si nécessaire.
b)- lavage à l'augette : il s'agit d'un moyen commode pour séparer les unes des autres des substances de densité très différente, réduites d'abord en grains de grosseur très petites et à peu près égales par le pilage et le tamisage. Les grains assez fins pour pouvoir rester quelque temps dans l'eau en suspension, ne peuvent pas être recueillis par ce moyen ; il faut donc toujours commencer par les séparer au moyen de la lévigation. Cette opération s'appelle alors le débourbage. En outre, il est nécessaire qu'après lévigation, les grains qui restent soient d'une grosseur peu différente les uns des autres et ne soient pas trop gros ; on remplit ces conditions en passant la matière pulvérisée à travers un tamis, tel qu'un tamis de soie un peu lâche ou un tamis de crin peu serré. Pour réaliser ce type de lavage, on place sur le haut d'une planche creusée en forme de conque allongée, et que l'on nomme augette, la masse de poussière à laver, qu'on appelle la lavée ; on dirige dessus un courant d'eau continu qu'on fait écouler d'un vase par un tube creux. On délaie la poussière et on la remue avec les doigts, tant que l'eau sort trouble si elle n'a pas été soumise préalablement à la lévigation ; puis on l'étend sur la partie supérieure de l'augette de manière qu'elle en occupe le quart de la longueur. Le filet d'eau doit tomber un peu au-dessus de la lavée ; alors, en tenant fermement la partie supérieure de l'augette avec la main gauche, et en soutenant la partie inférieure avec la main droite, on lui imprime de fréquentes secousses dans le sens de son axe longitudinal. A chaque secousse, toutes les particules de la lavée sont mises en suspension et le liquide en mouvement les entraîne toutes ; mais elles retombent à des distances différentes, les plus lourdes ne parcourant qu'un très petit espace. Aussi voit-on presque aussitôt la lavée qui prend un aspect hétérogène : à la partie supérieure, la matière pesante est presque pure ; la matière légère apparaît presque sans mélange à l'extrémité inférieure et dans les parties intermédiaires, le mélange est d'autant plus riche en matière pesante qu'il occupe un eplace plus élevée sur l'augette. On fait alors osciller l'augette sur son axe, en faisant en sorte que celui-ci reste immobile et dans une position un peu inclinée. De cette façon, la nappe d'eau qui coule sur la lavée agite la surface et entraîne toutes les parties légères qui s'y trouvent : celles-ci s'accumulent à l'extrémité inférieure de l'augette. On les fait tomber avec le doigt, dans un vase placé au-dessous de l'augette. Après cela, on remonte vers le haut de l'augette la lavée qui descend sans cesse. Cette opération ne doit pas se faire au hasard, c'est-à-dire qu'on doit faire remonter chaque tranche séparément, en commençant par celles qui occupent la partie supérieure. On recommence ensuite à donner alternativement à l'augette des secousses dans le sens de l'axe et des mouvements d'oscillation autour du même axe, etc. Lorsqu'il ne paraît plus de parties légères à la surface, on agite la lavée tout entière avec le doigt ; on l'étend sur l'augette et l'on recommence le lavage, etc. Au début de l'opération, l'eau entraîne hors de l'augette des matières légères pures ; plus tard ces matières entraînent avec elles une certaine quantité de matières pesantes, dont la proportion va sans cesse en croissant à mesure que l'opération avance. Quand la lavée renferme plusieurs substances de densités différentes, ces substances sont entraînées par le courant d'eau à des époques différentes et dans l'ordre inverse de leur densité, en sorte qu'on peut les recueillir, en principe, séparément. Par exemple, quand on lave un mélange de galène, de pyrite de fer, de sulfate de baryte, de quartz et de schiste argileux -ce qui peut être le cas en alchimie- le schiste argileux se sépare presqu'en totalité par lévigation ; le quartz sort à peu près pur de l'augette, et le sulfate de baryte et les pyrites sont successivement entraînés, mélangés avec une certaine quantité de galène.
c)- lavage après grillage : parfois, deux substances peuvent être séparées l'une de l'autre par lavage, si elles ont subi un grillage préalable. C'est ce qui a lieu, par exemple, pour les mélanges d'oxyde d'étain et de matières pyriteuses. Par le grillage, les pyrites perdent leur soufre et l'arsenic quand elles en renferment et elles augmentent en même temps de volume et deviennent beaucoup plus légères ; elles sont aussi plus fragiles et se divisent en petites particules sous le pilon, toutes circonstances qui favorisent la séparation par le lavage.
18)- porphyrisation : parfois, certaines substances même après avoir été pulvérisées et tamisées, peuvent ne pas pouvoir être soumises aux opérations chimiques ; il est alors nécessaire de les amener à un état de ténuité extrême, tel qu'en en frottant une entre les doigts, on ait l'impression de toucher de la farine : de cette manière, on multiplie beaucoup les surfaces portantes et chaque grain peut être attaqué jusqu'au centre. On appelle cela porphyriser une substance parce que l'opération se fait dans des vases de porphyre. On porphyrise en broyant, pendant un temps suffisant, la matière pulvérisée et passée à travers un tamis très serré. On se sert pour cela de mortiers très évasés en porcelaine, en porphyre ou en agate. Il faut d'abord humecter la poudre avec une quantité d'eau suffisante pour en faire une pâte molle ; on empêche ainsi la matière de se pelotonner et d'envelopper les grains qui n'ont pas encore acquis un degré de finesse suffisant.

19)- Distillation et sublimation dans des cornues : C'est chauffer une substance pour la vaporiser ou pour vaporiser un de ses éléments et condenser en même temps les vapeurs pour recueillir le liquide et le solide qui résultent de leur condensation. L'opération se nomme distillation quand les vapeurs se condensent à l'état liquide et se nomme sublimation quand ces vapeurs se condensent à l'état solide. Par ailleurs, on dit que l'on pratique une distillation sèche quand la substance sur laquelle on opère est solide, et une distillation humide ou ordinaire quand la substance est liquide. Pour faire des distillations et des sublimations, on chauffe les cornues dans des fours à réverbère en les plaçant soit sur un fromage, soit dans un creuset rempli de sable aux trois quarts, soit encore sur des barres de fer qui traversent le fourneau, mais ce dernier moyen ne doit pas être employé si l'opération nécessite une chaleur forte et longue, car l'oxyde de fer réagit sur la cornue et finit par la corroder entièrement. Pour qu'une distillation ou une sublimation s'effectue dans les meilleures conditions, il faut que la vapeur ne puisse pas retomber dans la panse de la cornue. Pour que cette condition soit remplie, il faut que le dôme se trouve échauffé à une température au moins égale à  celle à laquelle les vapeurs se constituent. S'il en était autrement, les vapeurs qui toucheraient les parois et même une partie de celles qui rempliraient la cornue, se condenseraient et retomberaient dans la panse pour se vaporiser de nouveau. On observe aisément cet effet lorsqu'on distille un liquide en ne le chauffant que par-dessous. On voit la cornue se remplir d'une pluie fine et les gouttes provenant de la condensation des vapeurs ruisseler sur les parois du dôme et retomber dans le bain. Donc, dans les opérations qui se font à une chaleur élevée, on chauffe la cornue par-dessus et par-dessous ; plus exactement, on l'enveloppe de toutes parts de combustible enflammé ; en sorte que le dôme ne se trouve qu'à une température très peu différente de celle de la panse ; pour des opérations qui n'exigent pas une température élevée, comme dans la plupart des distillations, on ne chauffe que par-dessous mais, pour maintenir au dôme la température la plus élevée possible, il faut munir le fourneau de son laboratoire complet. Quand on chauffe une cornue par en-dessous, on peut l'enfoncer dans un bain de sable. Un autre procédé consiste à chauffer des cornues de verre non lutées en plaçant du charbon allumé sur une grille placée presque immédiatement sur le dôme et on peut même les chauffer à moitié de leur hauteur, ou à peu près au niveau de la surface de la matière qu'elles contiennent, en plaçant à cette hauteur une grille que la cornue traverse et sur laquelle on met du combustible : la distillation marche alors très vite et souvent même, il y a avantage à porter surtout le feu sur le pourtour et à ne chauffer que modérément par-dessous ; mais alors, il faut avoir soin de faire en sorte qu'aucun charbon ne touche à la cornue. La condensation des vapeurs qui résultent d'une distillation ou d'une sublimation a souvent lieu complètement dans le col de la cornue, quand ce col est suffisamment long et quand on n'opère pas avec de grandes quantités de matières. Si la matière condensée est solide, elle se dépose sur les parois du col, sous forme de poudre ou de grains cristallins ; si elle est liquide, elle se répand en goutelettes qui se réunissent peu à peu et ruissèlent vers la partie inférieure du col ; et si le liquide condensé est en quantité un peu grande, il finit par s'écouler par le bec ; dans ce cas, on peut le retenir dans le col en courbant un peu celui-ci vers son extrémité. Quand l'opération est terminée, on sépare de la cornue toute la partie du col dans laquelle les vapeurs se sont condensées et l'on en détache la matière.

20)- Sublimation dans des matras (et creusets) : pour sublimer les substances qui se vaporisent à une température peu élevée et qui se condensent aisément, on se sert souvent de vases en verre qui ont la forme d'une fiole et que l'on appelle matras à sublimer. La matière est placée au fond du vase et les vapeurs se condensent sur les parois supérieures et dans le col ; elles y forment un dépôt cristallin dont l'épaisseur augmente à mesure que l'opération progresse. On cesse de chauffer ou bien on enlève le vase avant que le col soit complètement obstrué, sans quoi il pourrait y avoir rupture par l'effet de la pression intérieure de la substance réduite en vapeur. Pour recueillir la substance, on casse le matras et l'on parvient aisément à éviter de mélanger le résidu avec la partie purifiée. On chauffe les matras à feu nu ou au bain de sable ; quand on opère à feu nu, il faut enduire le matras d'un lut argileux ; cependant il est préférable de les chauffer plutôt au bain de sable sans les luter : on enfonce dans le sable la partie qui contient la masse à sublimer et la condensation se fait facilement dans la partie supérieure, parce que cette partie est refroidie par l'air atmosphérique qui n'est, dans ce cas, pas mélangé avec les vapeurs chaudes émanant du foyer, comme quand on opère à feu nu. On peut encore effectuer la sublimation dans des creusets : on place la matière dans un creuset et l'on couvre celui-ci avec un creuset plus grand et renversé ; on chauffe le creuset inférieur et les vapeurs se condensent dans le creuset supérieur.

21)- Calcination : autrefois [et cela a un sens hermétique important], calciner signifier changer en chaux, c'est-à-dire oxyder une substance métallique par le contact de l'air. L'opération que l'on appelle maintenant [1820] calcination a pour objet de séparer d'une substance minérale une substance volatile quelconque, par le seul effet de la chaleur et sans le concours de l'air. Cela est réalisé pour plusieurs buts :
a)- pour faire éprouver à la substance des changements brusques de température afin de la rendre plus fragile [cf. étonnement] ;
b)- pour donner à la substance plus de cohésion et la rendre moins facilement attaquable par les agents chimiques [cf. indifférence] ;
c)- pour séparer de l'eau des hydrates de fer, de zinc et tous les minéraux dont les gangues contiennent de l'argile ;
d)- pour en séparer à la fois l'eau et l'acide carbonique, les hydrocarbonates de zinc, etc.
e)- pour en expulser une partie de l'oxygène et amener le minéral à un degré d'oxydation fixe et connu ;
f)- pour en séparer une portion de soufre et d'arsenic, plusieurs sulfures ou arsénio-sulfures et dans ce cas, il  y a presque toujours fusion.
De façon générale, on calcine pour les étonner et les rendre fragile les quartz et toutes les pierres très dures ; dans ce cas, après les avoir fait chauffer  jusqu'au blanc, on les projette brusquement dans une grande masse d'eau froide ; on les chauffe à nouveau étant encore humides et on les projette une nouvelle fois dans l'eau. On calcine, pour leur faire perdre leur cohésion, les argiles, l'écume de mer, plusieurs autres hydrosilicates et un grand nombre d'hydrates. Cette calcination se pratique dans des vases cylindriques que l'on appelle creusets. On emploie surtout des creusets en platine, rarement en terre, et l'on doit avoir une spatule pour remuer la matière quand cela est nécessaire. Quand la calcination est faite, on enlève le creuset du feu et on en retire le résidu à la spatule. Quand on calcine un corps qui décrépite par la chaleur, il convient de l'avoir au préalable réduit en poudre et de ne le chauffer que lentement et graduellement dans un creuset bien couvert. Parfois, des substances peuvent être altérées par les vapeurs combustibles émanées du foyer, comme le carbonate de plomb qui peut être réduit en partie ; ou encore par l'air atmosphérique qui les brûle, etc. Dans ces différents cas, pour éviter tout contact de ces vapeurs ou de l'air, on place les substances dans un creuset mui de son couvercle et l'on met ce creuset dans un autre creuset un peu plus grand et bien couvert. Quelquefois encore, on peut calciner dans des creusets brasqués de charbon à une très haute température ; la matière n'adhère jamais à la brasque et lorsqu'elle est fusible, on peut la recueillir sans rien en perdre. On chauffe ces creusets dans des fourneaux à vent ordinaires qui peuvent donner 600°C ou dans des fourneaux d'essai quand on a besoin d'une température plus élevée.

22)- grillage : on nomme grillage une opération dans laquelle on chauffe un corps avec le contact de l'air soit pour l'oxyder, soit pour en séparer à l'état de gaz des substances que la chaleur seule ne pourrait pas dégager. Ces substances -en alchimie- peuvent être du soufre, du carbone, de l'antimoine et du chlore. Un grillage dans lequel il y a fusion s'appelle scorification ou coupellation ; le grillage des matières charbonneuses prend le nom de combustion ou incinération parce qu'il a pour objet de brûler un combustible pour en recueillir les cendres. Pour griller une substance, on la réduit en poudre fine et on la place dans un vase en terre rond et plat qu'on appelle têt à rôtir et que l'on chauffe dans un fourneau à calciner ordinaire ou sous la moufle d'un fourneau de coupelle. Quand on se sert d'un fourneau de calcination, le têt à rôtir doit être placé à une certaine hauteur au-desus de la grille, de manière qu'il affleure les bords du fourneau, en le posant sur un fromage en terre ou sur une chevrette et on l'entoure de charbon de telle sorte que l'air ait toujours un accès facile dans l'intérieur du vase. La moufle est plus commode que les fourneaux de calcination parce qu'il n'y entre que de l'air sans mélange de vapeur combustible ; ensuite, en enfonçant plus ou moins le têt dans le fourneau, on l'expose à une température plus ou moins élevée ; enfin, parce que la matière ne se mélange pas accidentellement de cendres ou de fragments de charbon. Dans cette opération du grillage, il est essentiel de remuer fréquemment le minéral et d'empêcher qu'il éprouve un début de fusion ; on se sert, à  cet effet, d'un crochet de fer emmanché dans du bois et que l'on a soin de tenir décapé. Si la matière que l'on grille décrépite, on recouvre le têt d'un autre têt percé d'un petit trou ; on chauffe alors graduellement et l'on enlève le couvercle que lorsque la décrépitation a cessé. Lorsque dans un grillage, on n'a pas pu éviter l'agglomération de la matière, on la retire du têt et on la porphyrise dans un mortier d'agate ; on la soumet ensuite au grillage dans le têt précédemment employé. Le régime de température doit être en sorte de ne commencer à griller qu'à la plus basse température possible, et de n'élever la chaleur que lorsque tout dégagement de vapeur à une température plus basse cesse d'avoir lieu. Il y a des sulfures, comme celui d'antimoine, qui ne peuvent être grillés qu'à des températures ménagées d'un bout à l'autre de l'opération parce qu'ils sont très fusibles, volatils mais il en est d'autres, dont la blende [sulfure de zinc] qu'il faut chauffer fortement dès le début parce qu'ils sont infusibles et fixes.
Les têts à rôtir ne devant jamais supporter une très forte chaleur, doivent cependant supporter tous les changements brusques de température sans se briser ; il faut en même temps qu'ils soient bien lisses à l'intérieur pour qu'on puisse en enlever exactement toute la matière grillée ; enfin, leur dureté doit être assez grande pour supporter les crochets qui servent à agiter la matière pendant le grillage. On fait les têts à rôtir avec de l'argile, comme les creusets. Lorsqu'on façonne les têts par le moulage, on saupoudre le moule intérieur avec de l'argile sèche, passée à travers un tamis de soie très fin ; par ce moyen, le moule n'adhère pas au têt et il présente une surface très lisse dès qu'il a été cuit.

23)- réduction : on enlève l'oxygène d'un oxyde ou d'une combinaison oxydée. On l'effectue en chauffant à une température variable le corps à réduire avec du charbon ou du gaz hydrogène. Dans tous les cas, on exécute l'opération comme une fusion proprement dite. Il vaut mieux réduire par voie de cémentation. Quand on renferme dans un creuset brasqué de charbon un oxyde métallique, en poudre ou en morceau et qu'on l'expose à une température élevée, la réduction s'opère en débutant à la circonférence des masses et en se propageant graduellement jusqu'au centre, par un effet analogue à celui qui a lieu dans la cémentation du fer pour le transformer en acier. Le temps qu'exige la cémentation dépend de la nature de l'oxyde, de sa masse et du degré d'élévation de la température. Lorsqu'on n'a pas chauffé un oxyde assez longtemps pour que sa réduction par cémentation ait pu être complète, on obtient une masse enveloppée d'une couche métallique grnue et sans éclat, plus ou moins épaisse, et occupée au centre par l'oxyde ramené au plus bas degré d'oxydation qui puisse avoir lieu et l'on remarque que le métal ne commence à se produire à la surface que quand l'oxyde a été ramené en totalité à ce minimum d'oxydation. Quand on veut réduire une masse importante d'oxyde, de 500 g par exemple, on ne peut opérer par voie de cémentation ; dans ce cas, on mélange l'oxyde à une certaine quantité de charbon [en calculant approximativement la quantité de charbon qui serait nécessaire pour former de l'acide carbonique avec l'oxygène], en ayant soin d'en mettre un peu plus au centre de la masse qu'à la surface et l'on chauffe dans un creuset brasqué ; alors, le charbon mélangé et le charbon de la brasque agissant simultanément sur l'oxyde, la réduction est rapide et complète. Voyons à présent ce que pense Berthier de la réduction par voie de cémentation :
La combinaison par voie de cémentation est un phénomène général d'un grand intérêt et qui mériterait d'attirer toute l'attention des chimistes philosophes. On ignore comment ce phénomène opère. On pourrait croire que l'oxygène est enlevé par les vapeurs combustibles qui émanent du foyer et qui pénètrent à travers toutes les substances poreuses ; mais il est facile de s'assurer qu'il ne peut en être ainsi, au moins quant à la réduction des oxydes de fer. En effet, que l'on remplisse d'oxyde rouge de fer un creuset au fond duquel on aura mis du charbon, ou au contraire que l'on place de l'oxyde de fer dans un creuset, et qu'on le recouvre de charbon, ou enfin, que l'on introduise du charbon au centre d'une masse d'oxyde de fer, et que l'on chauffe pendant une heure ou deux, et l'on trouvera qu'il ne s'est formé de fer métallique que dans la partie voisine du charbon, et qu'il n'y en a pas la moindre trace à la surface du culot ni dans les autres parties, quoique ces parties se soient trouvées exposées comme toutes les autres à l'action des gaz combustibles qui se dégagent du foyer.
 
24)- fusion : on fait habituellement fondre une substance minérale :
a)- pour déterminer son degré de fusibilité [verre, laitier, scorie, alliage, etc.] ;
b)- pour savoir quel aspect elle prend et quelles sont ses propriétés quand elle a été fondue et refroidie plus ou moins lentement [une scorie susceptible de cristalliser, etc.] ;
c)- pour rechercher si elle perd quelque chose de son poids soit à cause de sa volatilité propre, soit parce qu'il s'en sépare ainsi quelques-uns de ses éélments [les métaux purs volatils : plomb et cuivre] ;
d)- pour la combiner avec une autre substance, la rendre par là plus attaquable par les réactifs ;
e)- soit pour en extraire un métal ou un alliage, soit pour séparer une combinaison métallique d'une combinaison pierreuse ; dans ce dernier cas, on dit qu'on fait une fonte crue.
En alchimie, la fusion a pour intérêt de dissoudre des oxydes, infusibles autrement, qui vont se réarranger en se combinant sous une forme cristalline lors d'un refroidissement progressif, et souvent par évaporation du fondant qui a déterminé leur solubilisation temporaire.
èIllustrations des opérations métallurgiques et chimiques
 

figure1 : marteaux et tas d'acier

figure 2 : mortiers et pilons


figure 3 : couteaux et spatule

figure 4 : tamis


figure 5 : pinces Bruxelles

figure 6 : lavage à l'augette


figure 7 : creuset


figure 8 : têt à rôtir

figure 9 : tute allemande

figure 10 : creusets brasqués


figure 11 : couvercle de creuset et fromages


figure 12 : pinces à creusets

figure 13 : cornues

figure 14 : cornue courbée et récipient

figure 15 : distillation et sublimation

figure 16 : spatules, tube de v

FIGURES 1 à 16
(outils des opérations métallurgiques et chimiques)

 
25. charbon : il peut paraître étrange d'inclure ici un paragraphe sur le charbon ; c'est en fait un composant fondamental dans le grand oeuvre sans lequel nul travail ne serait envisageable. Il intervient à de nombreuses reprises comme agent assurant le calorique, comme agent de réduction, dans la constituion des creusets brasqués, etc. Son étude est donc loin d'être négligeable. On ne trouverait pas, en effet, de corps plus maniable, à meilleur marché, et donnant par sa combinaison avec l'oxygène, un aussi grand volume de gaz. Le charbon dont on peut se servir provient du bois décomposé par la chaleur. Le bois -mais nous n'entrerons point ici dans les détails- un est composé complexe formé d'un grand nombe de combinaisons diverses entre le carbone, l'hydrogène, l'oxygène et l'azote. La carbonisation, c'est-à-dire l'extraction du charbon de bois, consiste à placer le bois à l'abri de l'oxygène de l'air afin qu'il ne brûle pas, puis à le porter à une température telle que les nombreux composés des quatre corps simples se dissocient et forment des combinaisons d'un ordre plus simple, en général gazeuses, en laissant comme résidu fixe et infusible le charbon. Pendant longtemps, en France, o apréparé le charbon de bois destiné aux ménages, dans des meules bâties au milieu des forêts, avec les branches des arbres. Les meules des charbonniers sont des assemblages de branches d'arbres, recouverts de terre à leur partie supérieure. Au centre, on plante une perche et l'on appuie tout autour les premiers fagots du bois à carboniser ; de telle sorte qu'il reste un espace libre plein d'air, qu'on a soin de faire communiquer avec l'extérieur, par un canal ménagé entre les autres fagots.


FIGURE XV
(coupe verticale d'une meule à charbon de bois)

Ces fagots sont disposés par couches parallèles et appliquées les unes contre les autres, sans vide intermédiaire. Quand la meule est achevée, on met le feu à des matières très combustibles laissées au centre et qu'on remplace à mesure qu'elles se consument. Bientôt, la masse s'échauffant, les gaz se dégagent par la partie supérieure et demi-combustion du tout intervient. Au bout e quelques jours, on étouffe le feu en le recouvrant d'une natte mouillée et on laisse refroidir la masse. On obtient ainsi environ 16% de charbon pour le bois privé d'écorce.

A suivre