DIALOGUE DE MARIE ET D'AROS,

Sur le magistère d’Hermès.


revu le 8 novembre 2004


Introduction

Le Dialogue de Marie et d'Aros est cité par les commentateurs de l'alchimie comme un traité important. G. Ranque, dans sa Pierre Philosophale [R. Laffont, 1972] va jusqu'à le mettre en dernière position dans une liste d'ouvrages par score d'accessibilité. Ce traité se trouve dans la Bibliothèque des Philosophes Chimiques [Maugin de Richenbourg, 1740] au volume I, en même temps que les oeuvres attribuées à Hermès, dont il est ainsi congénère et la Somme de Perfection, attribuée [probablement à tort] à Geber. On le trouve encore au volume VI [Excerpta ex interlocutione Mariæ Prophetissæ, è habita cum aliquo Philosopho dicto Aros de excellentissimo opere trium horarum. p. 479] du Theatrum Chemicum de Zetzner [1561]. Nous avons évoqué ce traité dans le commentaire des Sept Chapitres d'Hermès [évidemment apocryphes] et nous le rapprocherions volontiers des Entretiens du Roi Calid à Morien. Sur Marie, considérée comme soeur de Moïse par quelques auteurs, nous dirons qu'elle figure  dans ce traité intitulé Dialogue de Marie et d'Aros. Morien, qui vivait du VIIe au VIIIe siècle, cite Marie comme alchimiste. Chevreul nous dit, avec justesse, qu'l est difficile de croire que les écrits précédents aient été composés avant l'ère chrétienne par les auteurs dont ils portent les noms ; il est donc bien probable qu'ils sont apocryphes ; en outre, l'opinion d'après laquelle on attribue des idées alchimiques à Hermès, à Moïse, à Sophar, à Ostanès le Mède, au prêtre Jean, à Démocrite, etc., n'est qu'une conjecture dénuée de toute preuve, surtout lorsqu'on se rappelle les efforts que l'on fit au Moyen Âge pour faire croire à l'ancienneté de l'alchimie afin de persuader de la sublimité de son oeuvre le vulgaire, dont le respect pour la tradition était si grand alors [cf. Cambriel]. Ce Dialogue de Marie et d'Aros [Horus, mais de l'avis même de Chevreul, sur sa critique de l'Histoire de la Chimie d'Hoefer, cet écrit est parodique] sur le magistère d'Hermès, traduit en français dans la Bibliothèque des philosophes chimiques est attribué à une juive du nom de Marie, laquelle vivait, suivant Lenglet-Dufresnoy, en 470 avant J.-C. Cet écrit est encore apocryphe. Aros désigne évidemment Horus [cf. Chevreul, I].
Dans l'ensemble, le traité est relativement « clair » hormis quelques passages redondants et d'autres qui semblent être d'une autre main. Les deux principes, dénommés kibrith [kibric] et zubeth [où l'on retrouve Gabricius et Beja sans doute] sont cités à plusieurs reprises, de même qu'une gomme Elzaron dont la définition reste peu claire et qui ne semble pas avoir été employée par d'autres alchimistes. Ce traité doit être assez tardif puisqu'il est fait mention de manière explicite des transmutations métalliques en des endroits, qui, nous le répétons, semblent d'une seconde main. Le terme d'alum [pour alun] apparaît ; de même l'expression eau de soufre ou eau divine qui nous est familière. L'ensemble reste tout à fait spéculatif et les souffleurs ont seront pour leur frais. On devine un passage nettement envieux mais l'ensemble doit être charitable [rappelons que l'on appelle envieux un alchimiste qui semble dire le vri pour le faux et charitable, l'inverse].

Cf. la Table d'Emeraude avec le Commentaire d'Hortulain - les Sept Chapitres d'Hermès - les Entretiens de Morien à Calid.

sites internets :
http://www.levity.com/alchemy/richnbrg.html
http://www.kfki.hu/~cheminfo/hun/olvaso/histchem/alkem/biblia2.html
http://www.aromastudio.com/womeninat.htm
http://perso.wanadoo.fr/chrysopee/morien/dialogue.doc
http://www.levity.com/alchemy/britlib5.html
http://alchemy.first-net.cz/almss5.html



Le philosophe Aros alla trouver Marie la Prophétesse1, Sœur de Moise, & l'ayant saluée civilement, il lui dit : Madame, j'ai ouï dire fort souvent que vous blanchissez la Pierre en un jour2.

Oui, répondit Marie, & même en moins d’un jour.

Je ne conçois pas, repartit Aros, comment ce que vous dites se peut faire, ni par quel moyen on puisse blanchir si promptement par le Magistère. Marie répondit :

Et ne savez vous pas qu’il se fait une eau ou une chose qui blanchit en un mois ?3


FIGURE I
(Personnification de La Lune.Practica, J. Verdung,  1503)

Il est vrai, dit Aros, mais il faut longtemps pour faire la chose dont vous parlez.

Hermès, repris Marie, dit dans tous les Livres, que les Philosophes blanchissent la Pierre en une heure.

Ô Madame, dit Aros, que vous me dites-là une belle chose !

Très belle, répliqua Marie, pour celui qui ne le savait pas.

Mais, Madame, répondit Aros, s’il est vrai que tous les Corps des Métaux aussi bien que le Corps humain, sont composés des quatre Eléments, il faut avouer qu’ils peuvent être fixez & modérez, & leurs fumées coagulées & retenues en un jour, jusqu’à ce que ce qui en doit être fait, soit parachevé.

Je vous assure, Aros, dit Marie, & j’en prends Dieu à témoin, que si vous n’étiez tel que vous êtes, je ne vous déclarerais point ce que je vais vous dire, & que j’attendrais à vous le révéler jusqu’à ce que Dieu m’eut inspiré de la faire. Prenez donc de l’Alum, de la Gomme blanche & de la Gomme rouge4, qui est le Kibrich5 des Philosophes, leur or, & leur plus grande Teinture6, & joignez par un véritable mariage la Gomme blanche avec la rouge. Je ne sais si vous m’entendez ?

Oui Madame, dit Aros, j’entends & je comprends ce que vous dites.

Réduisez tout cela en Eau coulante, poursuivit Marie, & purifiez sur le Corps fixe cette Eau véritablement divine7, tirée des deux Soufres ; & faites que cette Composition devienne liquide, par le secret des Natures, dans le Vaisseau de Philosophie. M’entendez vous, Aros ?

Oui, Madame, répondit Aros, je vous entends fort bien.

Conservez la fumée,8 reprit Marie, & n’en laissez rien échapper, & faites votre feu à proportion qu’est la chaleur du Soleil dans les mois de juin & de juillet9 ; tenez-vous auprès de votre Vaisseau, & vous y verrez des choses qui vous surprendront. Car en moins de trois heures10 votre Matière deviendra noire, blanche & orangée ; & la fumée pénétrera le Corps, & l’Esprit sera fixé. Le tout se fera ensuite comme du lait, qui se fera incérant, fondant, & pénétrant11. Et c’est-là le Secret caché.

Aros prenant la parole, dit. Je ne saurais croire que cela se fasse toujours de la sorte.

Voici une chose bien plus admirable, dit Marie, qui n’a point été connue par les Anciens, & que ne leur a jamais entré dans l’esprit. Prenez de l’Herbe blanche, claire, honorée, qui croît sur les petites montagnes12. Broyez-là toute fraîche13, comme elle est à son heure déterminée. Car en elle est le véritable Corps, qui ne s’évapore ni ne s’enfuit point du feu14.


FIGURE II
(Personnification de Saturne. - Practica, J. Verdung,  1503)

N’est-ce pas là la Pierre de vérité, dont vous parlez ? dit Aros.

Oui, Aros, ce l’est, reprit Marie. Mais les Hommes n’en savent pas le régime, parce qu’ils ont trop de hâte, & ils veulent faire l’Œuvre  trop tôt.15

Qu’y a-t-il à faire après cela ? dit Aros.

Il faut, lui dit Marie, rectifier sur ce Corps Kibrich, & Subeth, c’est à dire les deux fumées, qui comprennent & qui embrassent les deux Luminaires16, & mettre dessus ce qui les ramollit, & qui est l’accomplissement des Teintures & des Esprits, & les véritables poids de la Science.17 Puis ayant broyé le tout, il faut le mettre au feu, & l’on verra des choses admirables. Au reste tout le régime consiste à savoir faire le feu modéré. Après quoi ce sera une chose surprenante de voir comment en moins d’une heure, cette Composition passera d’une couleur à une autre, jusqu’à ce qu’elle vienne à la rougeur & à la blancheur parfaite. Il faut alors défaire le feu & ouvrir le vaisseau, quand il sera refroidi, & on trouvera le Corps clair & luisant, comme une perle, de couleur de pavot des champs, entremêlé de blanc. Il est lors incérant, fondant & pénétrant, & un poids de ce Corps ira sur douze cents de Métal imparfait, les convertira en Or. Voilà le secret caché.18

Ici Aros s’étant prosterné le visage contre terre, Marie lui dit.

Levez-vous Aros. Je vais encore vous abréger l’Œuvre. Prenez le Corps clair, pris sur les petites Montagnes, qui ne se fait point par la putréfaction, mais par le seul mouvement. Broyez ce Corps avec la Gomme Elzaron19, & les deux fumées. Car la Gomme Elzaron est le Corps qui saisit & qui prend l’Esprit. Broyez le tout, approchez-le du feu, tout se fondra, & si vous en faites projection sur la femme, le tout viendra comme de l’Eau que l’on distille, & il se congèlera à l’air, & ce ne sera plus qu’un Corps. Que si vous en faites projection sur les Corps imparfaits, vous verrez des merveilles. Car c’est là le Secret caché de la Science. Sachez que les deux fumées, dont je viens de parler, sont les racines de cet Art ; & ce sont le Kibric blanc, & la Chaux humide, à qui les Philosophes ont donné toutes sortes de noms.20 Mais le Corps fixe vient du cœur de Saturne, qui comprend la Teinture, & qui parfait l’Œuvre de la Sagesse.21 Le Corps que l’on prend sur les petites montagnes est clair & blanc, & ce sont là les médecines, ou les deux Matières de cet Art, dont l’une s’achète, & l’autre se prend sur les petites montagnes.22 Et je vous avertis, Aros, que les Sages ne les ont appelé l’Œuvre de la Philosophie, qu’à cause que la Science ne peut point être parfaite sans ces choses, & que c’est en elle que se font toutes ces merveilles de l’Art. Car il y entre quatre Pierres23 & son régime est véritable, comme je l’ai dit. Et Hermès a fait plusieurs allégories là-dessus en ses Livres. Et les Philosophes ont toujours prolongé leur régime, en disant qu’il faut bien plus de temps pour le faire, qu’il n’en faut effectivement. Et ils ont dit même qu’il fallait faire des opérations, qui ne sont point nécessaires,24 & ils ont toujours dit qu’il fallait un an pour faire leur Magistère. Ce qu’ils n’ont fait, que pour le cacher au peuple ignorant, en leur faisant croire que leur Œuvre ne peut point être parfait qu’en un an. Aussi est-ce un grand Secret, &il n’y a que Dieu qui le puisse révéler. Ceux, qui en entendent parler, ne pouvant pas en faire l’expérience à cause qu’ils n’y savent rien. M’avez-vous entendu, Aros ?

Oui, Madame, lui dit-il. Mais je vous prie de me dire, ce que c’est que le Vaisseau, sans lequel l’Œuvre ne se peut faire.


FIGURE III
(Il est aussi difficile de comprendre les desseins de Dieu que de tuer l’Hydre -
De Philosophico Consolatu, Boethius,  1501)

Ce Vaisseau, dit Marie, est le Vaisseau d’Hermès, que les Philosophes ont caché, & que les Ignorants ne sauraient comprendre, car c’est la mesure du feu Philosophique.25

Aros dit alors. Ô Prophétesse ! dites-moi, je vous prie, si vous avez trouvé dans les Livres des Philosophes, que l’on put faire l’Œuvre d’un seul Corps ?

Oui ; dit-elle, & cependant Hermès n’en a point parlé, parce que la racine de la Science est… & un Venin qui mortifie tous les Corps26 ; qui les réduit en poudre & qui coagule le Mercure par son odeur. Et je vous proteste, par le Dieu vivant, que lorsque ce Venin se dissout en une Eau subtile, de quelque manière que cette dissolution se fasse, il coagule le Mercure en véritable Lune à toute épreuve. Et si l’on en fait projection sur Jupiter, il le change en Lune. Je vous dis de plus que la Science se trouve en tous les Corps. Mais les Philosophes n’en ont rien voulu dire, à cause de la brièveté de la vie, & de la longueur de l’ouvrage. Et ils l’ont trouvé plus facilement dans la Matière, qui contient le plus évidemment les quatre Eléments, & ils ont multiplié & obscurci cette Matière, par les divers noms qu’ils lui ont donné. Ce n’est pas que tous les Philosophes ont assez parlé de tout ce qu’il faut faire pour l’Œuvre, hormis du Vaisseau d’Hermès ; parce que c’est une chose divine, & que Dieu veut qui soit inconnue aux Gentils & Idolâtres ; ce Vaisseau étant d’une si grande nécessité pour le Magistère, que ceux qui ne le connaissent pas, n’en sauront jamais le véritable régime.27



Notes

1. Le dialogue entre Marie et Aros est cité par nombre d'alchimistes. Voyez ce qu'en dit Pernety [cf. notre commentaire de Michel Maier, en son Atalanta fugiens, emblème XXIX]. Démocrite d'Abdère passe pour être l'auteur d'un manuscrit grec alchimique; on suppose qu'étant à Memphis il rencontra une juive nommée Marie qui s'occupait d'alchimie avec succès. Cette Marie, considérée comme soeur de Moïse par quelques auteurs, figure à ce titre dans un dialogue intitulé Dialogue de Marie et d'Aros . Morien, qui vivait du VIIe au VIIIe siècle, cite Marie comme alchimiste [Entretiens de Calid à Morien]. Nicolas Flamel cite Aros dans son Désir Désiré. On peut encore citer Morienus & Aros :

« Notre soufre, disent-ils, n’est pas un soufre vulgaire, mais un soufre fixe et point volatile, de la nature du Mercure et non pas d’aucune autre chose. Nous suivons très exactement la nature, laquelle n’a pas d’autre matière dans ses mines [...] »

Le dialogue lui-même, imprimé dans Auriferae artis - p. 343 - porte Aros à diverses reprises, c'est-à-dire
Horus d'après les arabisants - Origines de l'alchimie , p. 131 - ce dialogue semble traduit de l'hébreu
ou de l'arabe. De l'avis même de Chevreul, sur sa critique de l'Histoire de la Chimie d'Hoefer, cet écrit est parodique. Il est attribué à une juive du nom de Marie, laquelle vivait, suivant Lenglet-Dufresnoy, en 470 avant J.-C. Le SEL FLEURI est le mercure même, ou eau sèche des Sages. C'est pourquoi Marie (dans son Epître à Aros) dit :

« prenez les fleurs qui croissent sur les petites montagnes. »

Cf. Pernety, Dictionnaire Mytho-hermétique. références ]. Bernard Le Trévisan ajoute que :

« cette Science a été connue de plusieurs, comme du Roi Haly, qui était souverain Astrologien, et l'enseigna à Morien, et Morien à Calib, Roi d'Arabie : Et Aros l'a eu, et l'enseigna à Néphandin son Frère; et Saturne à Luncabur et à son Extraction, et à sa Sœur Madéra. Et infinis Gens l'ont eu en Arabie. Plusieurs Gens l'ont eu, et ont fait plusieurs Livres sous paroles métaphoriques et sous figures [...] » [Philosophie Naturelle des Métaux]

A noter que Le Trévisan crée des rapports étroits entre Calid et Aros, au point que l'on peut supputer que les deux Dialogues sont congénères. La montagne, symbole de la matière philosophique, figure en des vers de Flamel que cite Pernety :

« Le Mont-Hélicon n'est-il pas la matière Philosophique dont parle Marie dans son épître à Aros,lorsqu'elle dit, prenez l'herbe qui croît sur les petites montagnes [...] » [Sommaire Philosophique]


FIGURE IV
(Comme Hercule Les Ames au Grand Cœur doivent dompter les monstres de la Terre - De Philosophico Consolatu, Boethius,  1501)

On peut encore citer le Rosinus ad Euthiciam , désignation qui rappelle les traités de Zosime dédiés
à Théosèbie (ou Eusébie). Ce traité cite Aros (Horus), Marie, Hermès et son traité intitulé la Clef des philosophes ( V. coll. des alch. grecs , trad., p. 271 ), Bilonius, c'est-à-dire Apollonius de Tyane.
2. L'action de blanchir est équivalente à celle de porter à la lumière ; c'est une parabole sur le traitement du laiton dont les bons auteurs nous disent qu'il doit être blanchi sept fois dans les eaux du Jourdain. Rappelons que la putréfaction est la solution de la conjonction ; la sortie de cette phase se manifeste par les couleurs de la queue de paon.
3. La plupart des auteurs indiquent ici quarante jours.
4. L'alun dont il est question se rapproche d'un vitriol ou d'un guhr vitriolique. Quant aux gommes, voici ce qu'en dit Pernety :

- Gomme du Soleil. Matiere de l’œuvre parvenue au blanc.
- Gomme DE L’OR. C’est le soufre qui fait partie de la matière du grand œuvre.
- GOMME DES SAGES. Terme de Science Hermétique. C’est le mercure en putréfaction. Quelquefois ils l’entendent, comme Morien, du soufre parfait au blanc, qu’ils appellent Gomme blanche; et du soufre parfait au rouge, qu’ils nomment Gomme rouge.
- GOMME BLANCHE. Matiere de la pierre, lorsque le magistère est parfait au blanc.
- GOMME ROUGE. Magistère au rouge, ou le soufre des Philosophes.
- GOMME DU PÉROU, GOMME DE GAMANDRA, GOMME DE JENU. Gomme gutte.
Pernety ne dit pas grand'chose...Il faut entendre que les gommes sont les deux matières de l'oeuvre, dont l'une procure l'âme ou teinture, et l'autre le réceptacle de la teinture, c'est-à-dire le Corps. L'alun serait alors l'équivalent du Mercure, c'est-à-dire de l'Esprit.
5. Le kibrich est cité dans le Désir Désiré de Flamel ainsi que dans le Ripley Scrowle. Pernety en donne un article :
Kibrich ou Kibrith. Terme de Science Hermétique, dont se sont servis quelques Chymistes pour signifier le soufre philosophique. Il faut rectifier sur ce corps Kibrich et Zubeth, c’est-à-dire, les deux fumées qui comprennent et qui embrassent les deux luminaires, et mettre dessus ce qui les ramollit, et qui est l’accomplissement des teintures et des esprits, et les véritables poids de la Science. Marie.
Là encore, Pernety ne fait que paraphraser. On peut supposer que Kibrich et Zubeth désignent les matières sous l'était dissous ; que l'un est équivalent à Gabertin [Gabricius] et l'autre est équivalent à Beja. Il s'agit manifestement de mots hébreux. D'ailleurs le mot Zub ou Zubd qu'on trouve dans certains textes se traduit, selon Pernety, par « beurre » ce qui va dans le sens de notre hypothèse de matières fondues.
6. On voit que le kibrich est synonyme de l'Or des Sages, c'est-à-dire de leur Soufre rouge. A contrario, la gomme blanche est le Corps de la Pierre [Sel de Paracelse, Arsenic de Geber, Soufre blanc de Fulcanelli].
7. L'eau divine est l'eau de soufre [qeion udro]. Voir là-dessus les Origines de l'alchimie, l'Introduction à la Chimie des anciens et notre réincrudation. L'eau coulante est un fondant alcalin nécessaire à la minéralisation des principes. Le corps fixe désigne le sel inextinguible, voilé sous l'allégorie de la salamandre.
8. C'est l'une des allégories les plus « fumeuses » des Adeptes que cette fumée. Là-dessus, voyez le Livre Secret d'Artephius et l'Atalanta XLIII et XXXVII où le sujet est développé. D'une façon générale, il y a d'une part la fumée blanche et d'autre part l'eau fétide.


FIGURE V
(La femme de l’Apocalypse attaquée par le Dragon è sept têtes. -
Die Heimliche Offenbarung Johannis, 1502)

9. Il s'agit d'une indication sur les signes du Cancer et du Lion, cf. zodiaque alchimique.
10. Ce laps de temps correspond à celui qu'il faut  pour obtenir la sédimentation d'une substance ou pour la calciner à feu doux ou pour débarasser une substance du « phlegme » qu'elle contient.
11. Il s'agit de ce que les Adeptes appellent le Lait de Vierge. Cf. Atalanta fugiens et Artephius.
12. Philalèthe [Introïtus] nomme herbe saturnienne cette herbe blanche. Notez encore les propos que rapportent Michel Maier dans son emblème XXXIV :

« Par montagnes, il entend les cucurbites, et par sommets des montagnes, les alambics. Car en langage imagé, " envoyer " signifie recevoir leur eau, à travers l’alambic, dans le récipient ; " ramener sur les racines ", c’est les ramener sur ce dont elles sortent. Et il a appelé les cucurbites " montagnes ", parce que dans les montagnes on trouve le soleil et la lune. De même, dans ces montagnes que sont les cucurbites, leur soleil et leur lune sont engendrés. » [Rosinus à euthicia, in Tourbe]

Les hautes montagnes sont celles où a lieu la conjonction des principes. Cette herbe saturnienne a aussi été nommée Lion vert : Fulcanelli ( Les Mystères ,p.121) le décrit comme un fruit vert et acerbe :

« Certains Adeptes, Basile Valentin est de ceux-là, l'ont nommé Vitriol vert, pour déceler sa nature chaude, ardente et saline ; d'autres, émeraude des Philosophes, Rosée de mai, Herbe saturnienne, Pierre végétale, etc. »

Il s'agit, en somme, de l'eau antimoniale saturnienne, appelée aussi magnésie saturnienne.
13. On peut faire référence, par analogie, au levain, ou la pâte de farine fermentée, est à la pâte de farine fraîche, par la raison que celle-ci, en contact avec le premier, se change elle-même en levain. Cette idée revient fréquemment dans l'histoire de l'alchimie. [Cf. Chevreul, sur Cambriel].
14. Ici, par contre, c'est un autre état du dissolvant qui est évoqué ; le sel fixe, encore une fois, ne peut être que cette salamandre évoquée par Fulcanelli lors de son commentaire du manoir de Lisieux ; cf. Fontenay. Il est difficile de comprendre que l'on a, sous forme intriquée ou entrelacée, plusieurs éléments dont la fumée blanche, l'eau fétide, etc. ne sont que des susbtantifs mentaux, comme le dirait Chevreul.
15. Problème déjà vu et résolu dans d'autre sections : le moyen de ne pas brûler les fleurs.
16. Il n'est pas douteux que kibrish et zubeth soient bien les Soufres des alchimistes, cf. note 5. La question du corps est plus délicate à traiter. En effet, la plupart des alchimistes évoquent le corps pour signifier la structure fondamentale de la Pierre, l'écrin en quelque sorte, dans lequel vient se loger - par une projection en masse- la teinture. Or, manifestement, le corps est pris ici dans un sens spirituel qui le rapproche de l'esprit, ce qui est contradictoire. Certains alchimistes nous ont habitué à ces incertitudes ; par exemple, Lambsprinck dit à peu près la même chose dans son De Lapide Philosophorum, traité que cite déjà le pseudo-Flamel.


FIGURE VI
(Saint Michel et ses anges combattant le Dragon. -
Die Heimliche Offenbarung Johannis, 1502)

17. Référence au poids de nature ou au poids de l'art. C'est la Justice [cf. Gardes du Corps] et le signe de la Balance [cf. zodiaque alchimique] qui sont évoquées.
18. Ce passage semble montrer que le texte a été intercalé. On passe en effet d'un discours « relativement » logique à un autre, empreint d'orphisme et relevant d'une magie qui ressortit au pythagorisme. On trouve la trace de tels passages dans des traités que nous avons commenté et dont nous indiquons, à chaque fois, la probable influence de l'orphisme.
19. A propos, d'elzaron, ce passage de Pernety :

Elzaron. C’est le sel des Sages qu’ils appellent leur corps, leur gomme. Prenez le corps clair, pris sur les petites montagnes, qui ne se fait point par la putréfaction, mais par le seul mouvement. Broyez ce corps avec la gomme Elzaron et les deux fumées. Car la gomme Elzaron est le corps qui saisit l’esprit. Marie, Epît. à Aros. [Dictionnaire]
Une fois encore, Pernety ne donne aucune explication. Le tetxe pourtant, permet une interprétation. Par élimination, il est facile de voir que les fumées évoquées se rapportent aux matières sulfureuses.
20. On note là encore une contradiction interne. Dans la note 5, le kibric se réfère au Soufre rouge ou Or des Sages ; ici il est question d'un kibric blanc, auquel cas c'est le Corps de la Pierre qui est désigné. Quant à la chaux humide, elle fait directement référence au Soufre rouge sublimé dans le Mercure [il s'agirait alors du zubeth]. Rien n'est clair.
21. Cette indication est parfaitement exacte. Saturne est pris pour le Mercure et le coeur représente l'Âme ou teinture de la Pierre.
22. Ce qui signifie ipso facto que l'une doit être préparée et que l'autre se trouve naturellement dans la nature. La chose qui s'achète ne peut être qu'un sel, congénère du salpêtre ou à tout le moins, d'un sel contenant du potassium. La chose qui se prend dans les montagnes est un vitriol. Cf. là-dessus chimie et alchimie.
23. Il doit s'agir des quatre élements, cf. Chevreul.
24. Ce langage « sent » l'envie. il y a tout lieu de croire que la coction dure longtemps, ainsi que l'ont reconnu ceux qui ont réalisé les synthèses minéralogiques au XIXe siècle.
25. Ce vaisseau, les Adeptes l'ont désigné sous mille noms : c'est l'oiseau d'Hermès, le poulet d'Hermogène, etc. Cf. 1, 2, 3, 4, 5. La difficulté, ici, vient du fait que sont désignés aussi bien le Mercure que son contenant, le tout formant le vase de nature.


FIGURE VII
(La Bête qui monte de la Mer et La Bête qui monte de la Terre. -
Die Heimliche Offenbarung Johannis, 1502)

26. Tous les textes parlent peu ou prou de ce venin [ioV]. C'est de chaux métalliques dissoutes qu'il est question ici, et qu'il faut tenir au feu un temps suffisant en sorte qu'elles cristallisent. En même temps, le venin dissimule Typhon, anagramme de Python, c'est-à-dire le serpent Ouroboros de la Chrysopée de Cléopâtre [cf. Introduction à la chimie des Anciens].
27. Le dialogue se referme sur une énigme. Sur le vaisseau d'Hermès, cf. 1, 2, 3, 4, 5.