Paul Farago
Tidschrift KNSB 1946 1. Preis

Les Blancs jouent et gagnent 6 + 6
[+0003.54c3b1]
LXXXI
Cette position est donnée dans
EG [
26, II, p. 275, October 1971], tirée de
Idei Noi in Sahul Artistic [
op. cit., n° 64]. Voici le commentaire de Roycroft :
F.1 :1 b6/i cb 2 g6/ii hg/iii 3 e6 Kc1 4 e7 d2 5 e8Q Sc2/iv 6 Qxg6 d1Q/v 7 Qh6+ Kbl 8 Qxb6+ wins
i) 1 .Kd2? Sf3+ 2 .gf h3 3 e6 h2 4 e7 h1Q 5 e8Q Qxf3 draw, or 1 e6? Kc1 2 e7 d2 3 e8Q d1Q 4 Qe3+
Kb1 draw, or 1 g6? Kc1 2 gh d2 3 h8Q d1Q 4 Qh6 Kb1 5 Qg6+ Sc2
6 Qe4 Qcl 7e6/vi Qa3+ 8.Kc4 Qb4+ 9 Kd3 Qxb5+ 10 Kd2 Qg5+
11 Kd1 Qxg4+ draw
ii) 2 e6? Kc1 3 e7 d2 4 e8Q Sc2 5 Qb5/vii d1S+ 6 Kd3 Sf2+ draw
iii) 2 ...Kc1 3 gh d2 4 h8Q Sc2 5 Qh6 wins.
iv) 5 ...d1Q 6 Qe3+ Kb1 7 Qxb6+ wins
v) 6...Sb4 7 Qh6 Sa2+ 8 Kd3 Sb4+t 9 Ke2 wins
vi ) 7g5 Qa3+ 8 Kc4 Qa4+ 9 Kd3 Qxb5+ 10 Kd2 Qb211 g6 Qc1+ draw
vii) 5 any other d1Q draw.
EG, 26, II, p. 275
Quand je dis que l'expérience fonde le principe de son
dépassement, je veux aussi signifier par là qu'une
étude peut échapper à son compositeur comme j'ai
eu l'occasion de le montrer en plusieurs circonstances. Ici, par
exemple,
LXXXI est démolie par :
2... h3!. Conclusion : les Blancs jouent et font nulle...
2... h3! 3. g7 (3. gxh3 Nf3 4.
gxh7 (4. g7 d2 5. g8=Q d1=Q 6. Qxh7+ Kc1=) 4... d2 5. h8=Q d1=Q 6. Qh7+
Kc1 7. Qh6+ Nd2 8. Qxb6=) 3... d2 4. Kxd2 hxg2 5. g8=Q g1=Q 6. Qb3+ Ka1=
Cette variante n'est pas un « accident » mais c'est
l'aperception qui nous fait voir que l'enchaînement des
phénomènes s'intègre dans une loi du devenir qui
ressortit du plus parfait déterminisme. En l'occurrence,
2... h3! est
un phénomène qui est non seulement possible, mais bien
plus encore, nécessaire et singulier. Est-il de nature
nouménale ? Non dans la mesure où manifestement, il n'est
pas prévu par le compositeur et qu'il ne donne lieu à
aucune combinaison logique ; mais oui aussi, paradoxalement, parce qu'il fait
manquer toute la combinaison logique de Farago sur une étude
gratifiée d'un 1
er prix. C'est cet aspect dramatique
qui fait resurgir la philosophie de Schopenhauer et explique que j'ai
fais appel à sa doctrine [
cf. IX, 3].
La démolition d'une étude procède,
philosophiquement parlant, de ce que le compositeur use d'empirisme
pour créer de l'idéalisme. Autrement dit, qu'il manipule
l'objet pour tenter sa transmutation en sujet. Cette opération,
aux Échecs, nécessite d'ourdir une trame où temps
et espace sont restructurés par la pensée agissante: l ordre
de la
succession ne préexiste plus à celui de la
coexistence et voilà l'un des secrets de la composition
échiquéenne qui vaut autant pour l'étude que pour
le Problème.
Paul Farago
Tidschrift KNSR 1946 - 1. Preis

Les Blancs jouent et gagnent 6 + 6
[+0104.34f5h4]
LXXXII
LXXXII porte le n° 65 dans Idei Noi in Sahul Artistic ; Roycroft donne l'étude dans EG [26, II, p. 275]. Commentaire :
F.2: 1. Rb2/i g3/ii 2 . Rb4+ Sf4 3 . Kxf4/iii h2 4 . Kf3+/iv Kh3 5 . Rh4+/v Kxh4 6. Kg2 wins .
i) 1 . a6? g3 2 . a7 g2 3. Kxe6 g1Q 4 . Ra2 Qxg6+ .
ii) 1 . . . Kg3 2 . Kxe6. Or 1 . . . Sf8 2 . Sc7 g3 3. Rb4+ Kh5 4. Se6 Sxe6 5. Rb8 Sf8 6 . Rxf8 e6+ 7 . Kf4 g2 8. Rh8+ Kxg6 9 . Rxh3 e5+ 10 . Kf3 g1S+ 11. Kg2(g3) wins . Or 1 . . . Sc5 2. Sc7 e5 3 . Sd5 Sd3 4 . Rb8 Sf2 5 . Se3
Kg3 6. a6 wins .
iii) 3 . Rxf4+? Kh5 4. Rd4 g2 5 . Rd8 e6+ 6. K- g1Q wins.
iv) 4. Rb8? e5+ 5 . Kxe5 Kg5 6. Rh8 g2 wins.
v) 5. Rb1? e5 6 . Sc7 e4+ 7. Kf4 g2 8 . Rb8 g1Q wins .
Je ne sais si Farago donne 1... g3? dans la ligne principale, parce que les Noirs ont à leur disposition des coups plus forts comme 1... Nd8 ou 1... Nf8. Il est de fait que 1... g3 n'est pas un mouvement pur de but puisqu'il cause immédiatement un dommage noir en provoquant 2. Rb4+. Dans ii, après : 1... Nf8 2. Nc7 g3 3. Rb4+ Kh5 4. Ne6, le meilleur coup n'est pas 4... Nxe6 mais 4... h2 qui donne lieu à une belle variante. On voit que LXXXII
est au plan purement formel assez peu satisfaisante car il y manque un
avant plan ; ce n'est pas tout : la plus belle variante, celle
où les Noirs essayent de provoquer le sacrifice du
e pour éloigner le
de la colonne g, après 8... Kxg6, n'est pas dans la ligne principale ! Cela me rappelle des réflexions que Chéron donne dans les EA, à propos de la Nouvelle théorie des antiformes :
« Quand
la menace contient déjà une combinaison d'une aussi
grande valeur que, par exemple, un Novotny ou un Romain, le
solutionniste attend alors du plan principal quelque chose d'au moins
équivalent. C'est pourquoi beaucoup de présentations
d'antiformes causent d'une manière certaine une petite
désillusion... Mais ces petites disproportions sont, comme on
sait, thématiquement fondées. » [Antiform, pp. 193-194]
Nous posons aux lecteurs la question suivante. Supposez que
votre profession soit la critique des pièces de
théâtre, et qu'en cette qualité vous soyez
invité à une répétition
générale. Vous acceptez l'invitation et, animé de
sentiments bienveillants, vous allez vous asseoir dans la salle de
spectacle. Or, en fait de spectacle, voici ce qui vous est offert. Sur
la scène, il ne se passe rien, ou si peu de chose, quelque chose
de si banal, qu'il ne viendra jamais à l'idée de personne
de considérer cela comme un spectacle.
L'auteur vient ensuite sur la scène et annonce que le spectacle
est terminé. Et il ajoute, en voyant votre air ahuri : «
La pièce de théâtre s'est jouée dans la
coulisse : c'est là ma nouveauté. » Quel compte
rendu ferez-vous dans votre journal? Mettrez-vous, en grand titre
enthousiaste : « Du nouveau dans l'art théâtral
»? Ou bien mettrez-vous, en grand titre indigné : «
Une mystification monstre » ?
EA, chap. V Nouvelle théorie des antiformes, pp. 123-124
Loin de moi, naturellement, de faire croire un seul instant que Paul
Farago ait pu pousser le degré de formalisme à un point
tel qu'il en viendrait à passer pour du sophisme. Mais
déjà, sur deux exemples [LXXX et LXXXII],
nous n'avons pu qu'admirer - en ne laissant pas de manifester une
certaine perplexité - tant de science qui ne s'exprime
qu'à l'analyse. Chéron ajoute :
«
Cette disproportion entre la valeur stratégique de la menace et
du jeu final est-elle thématiquement fondée... » [EA, op. cit, p. 124]
Mais il entend parler du Problème ; aussi bien devons-nous remplacer thématiquement par formellement.
C'est ici parler de ce qu'en philosophie on nomme le principe de raison suffisante [Leibniz, 1710] ; aux Échecs, il est intimement lié au
sens de la position. Autant dire que, bien souvent, cette nature
entrelacée varie comme le style du compositeur. À ce
titre, Farago excelle dans la synthèse la plus
dépurée, en ce sens que les lignes principales qu'il
propose sont les plus simples... et les plus courtes ; sont-elles pour
autant les plus belles ? ainsi dans LXXXII, le sacrifice de
en h4, s'il est formellement fondé, est introduit par le coup : 1... g3 qui n'est pas pur de but, au lieu que 1... Nd8 ou 1... Nf8, eux, le sont en occultant la 8ème traverse pour parer Rh8. De même, dans la ligne principale, on voit que le
a8 semble ne jouer aucun rôle actif. Rôle qu'il retrouve immédiatement par 1... Nc7! en réponse à 1. Nf8.
Pour résumer, tout se passe comme si Farago proposait une ligne
principale qui ressemble à ce que des musicologues nomment la
polyphonie cachée chez Bach. Voilà qui mérite une
explication : lorsque l'on écoute, par exemple, le 1er Prélude du Clavier bien tempéré,
ce n'est pas une mélodie que l'on entend mais une suite
d'accords et le thème n'est point entendu en tant que tel. Eh
bien ! Chez Farago on trouve une veine formelle un peu analogue : une
partie est cachée ou voilée, et c'est là une
particularité esthétique que les Échecs sont seuls
à partager avec la musique. D'un côté, nous avons
une représentation simple et, d'un autre côté,
plusieurs présentations qui sont de l'ordre de l'intuition du
sensible et qui induisent, effectivement, l'idée de la
liberté dans ce qui paraît ne constituer, a priori, qu'une
série de mouvements du seul ressort de la Raison pure : nous
sommes ainsi, avec Farago, placés au seuil du concept d'oeuvre
ouverte. Et, de ce point de vue, Farago est, à sa
manière, un compositeur baroque.
Paul Farago
Tidschrift KNSB 1948 - special prize

Les Blancs jouent et font nulle 7 + 7
[=0342.34g1g7]
Roycroft donne LXXXIII dans EG [26, II, p. 277]. Le commentaire donne la nulle comme assurée pour les Blancs :
F.7 : 1. e7 de/i 2 . e8Q/ii e1Q+/iii 3. Qxe1 Rg2+ 4. Kh1 Re2 5. Qg1/iv f2+ 6. BxdS Re1 7. Qf1 Rxf1+ 8. Kg2 Rc1/v 9. Kxf2 Kxh8 10. Sa2 draw.
i) 1. . . fe 2. Kf2 e1Q+ 3 . Kxe1 d2+ 4 . Kd1 Bb3 5 . Bd5 Rxc3+t 6. Bxb3 Re3 7. Sxf7 draw, or 1 . . . Rxc3? 2. e8Q d2 3. Qe5+ f6 4. Qe7+ Kxh8 5. Qxf6+ Kh7 6 . Qf5+ Kh6 7 . Qh5+ Kg7 8. Qg5+ wins.
ii) 2. Kf2? e1Q+ 3. Kxel f2+ 4 . Kd1 Rxc3 5 . e8Q f1Qt 6 . Kd2 Qc1+ 7 . Ke2 Qb2+ wins, or 2, Sxe2? Rxe2 3. Bxd5 Rxe7 wins.
iii) 2 . . . Rc1+ 3. Kf2 Rf1+ 4. Kg3 Rg1+ 5. Kf2 Rg2+ 6 . Ke1 f2+t 7 . Kxe2 Bc4+ 8 . Ke3 f1Q 9 . Qe5+ f6 10 . Qe7+ Kh6 11 . Qf8+ draw.
iv) 5 . Qf2? Rxf2 6 . Bxd5 Kxh8 7 . Kg1 Rc2 8. Sa4 Rg2+ 9 . Kf1 Rxg4 10. Sc3 Kg7 11 . Bxf3 Rc4 12 . Sa2 Kf6 13. Ke1 Ke5 wins.
v) 8 . . . Rh1 9. Kxf2 Rxh8 10. Ke3 draw.
Hélas, l'étude est ruinée par :
2...
Rc1+! 3. Kh2 (3. Kf2? Rf1+ 4. Kg3 Be6! (4... Rg1+? 5. Kf2=) 5. Nxe2
fxe2 6. Kh3 e1=Q 7. Qb8 Qe3+ 8. Qg3 Qh6+ 9. Qh4 Bxg4+-+) 3... e1=Q 4.
Qxe1 Rxe1 5. Nxd5 f2 6. Ba6 f1=Q 7. Bxf1 Rxf1 8. Nxf7 Rxf7-+.
L'analyse de Roycroft (iii) est fautive par : 3. Kf2? et par : 4... Rg1?, deux coups qui conduisent à la nulle. Dans la variante que je donne, 4... Be6! occulte la colonne e et oblige les Blancs à sacrifier le
en e2. LXXXIII
est le modèle de l'oeuvre qui échappe à son
créateur et l'on assiste à une véritable
déviation nouménale par destitution de la
finalité téléologique : l'ordre de la succession [cf. supra]
est rénové et la position retrouve tout simplement son
primat ontologique. Voilà qui m'amène
nécessairement à discuter de la possibilité du
réalisme des Échecs, eu égard au caractère
autonome de leur ordonnancement logique. Le premier problème que
je trouve posé sur cette voie est l'association naturelle du
réalisme à l'empirisme.
«
... et c'est là pourtant qu'il a laissé subsister des
passages où se montre sans voiles l'équivoque de ce
réalisme empirique, la confusion volontaire entre l'idée
des objets qui sont donnés réels dans l'espace et
l'idée des objets qui sont réellement donnés par
l'espace, lequel, avec ce qu'il contient, est une représentation
en nous... » [Charles Renouvier, Critique de la doctrine de Kant, chap. xxx, la Réalité, la Substance, le Noumène, pp. 359-360, Alcan, Paris, 1906]
Renouvier parle ici de la Dialectique transcendantale [Kant in trad. Barni, chap. II, 6ème section, l'idéalisme transcendantal comme clef de la solution de la dialectique cosmologique, p.50 et sq.] dans un passage où Kant rappelle que :
«
... tous les objets d'une expérience possible pour nous ne sont
pas autre chose que des phénomènes, c'est-à-dire
de simples représentations, et que par conséquent, en
tant que nous nous les représentons comme des êtres
étendus ou comme des séries de changements, ils n'ont
point, en dehors de nos pensées, d'existence fondée en
soi. » [Kant, Critique de la raison pure, Dialectique transcendantale, op. cit., tome II, p. 50]
Si je considère une étude d'Échecs, l'objet de
l'expérience qui m'est donné a priori comme connu mais
non point comme su résulte de la formulation de l'énoncé [voir VII, 6]
et je dois ajouter immédiatement que l'expérience ne
porte pas sur un objet naturel mais sur un objet artificiel [voir VII, 1].
Là réside une première difficulté qui
consiste à acclimater le concept expérimental à un
donné qui a été pensé [voir VI, 7]. Aristote, donne de la Nature la définition suivante pour ce qui concerne l'objet :
« le fond premier dont est fait ou provient quelque objet artificiel » [Aristote, La Métaphysique Delta 4, 1014b 27-28, tome I, trad. J. Tricot, Vrin, 1981, p. 255]
Et c'est l'essence qui est ici choisie par Aristote comme médium
de cette activité spirituelle. Si à présent,
j'associe cette proposition à cette autre, qu'est naturel, selon Aristote, ce qui a son principe et sa finalité en soi-même,
je suis logiquement obligé de considérer les
Échecs comme une forme essentielle ou entéléchie
dont la phénoménologie est subordonnée à un
principe organisationnel, c est-à-dire à une
téléologie. Elle s'exprime dans la composition [étude, Problème],
en tant qu'elle s'accompagne d'une volonté qui exclut la
contingence ou, du moins, qui la module ; c'est cette modulation que
l'on nomme la correction [et que j'appelle correction formelle ou de 1er ordre, cf. VIII, 3]. Nous venons de voir que cette correction a manqué dans LXXXIII.
Je vais donner dans LXXXIV une autre étude de Farago où
cette correction est parfaitement respectée ; l'analyse va me
permettre de revenir sur les rapports entre essence et correction de 2ème ordre [que j'appelle correction thématique].
Paul Farago
Enroque 1950 - 2nd Prize

Les Blancs jouent et font nulle 8 + 7
[=0043.64a8c7]
LXXXIV
C'est encore dans EG [26, II, p. 277, October 1971] que l'on trouve LXXXIV. Je ne crois pas que Roycroft ait épuisé la richesse de la combinaison logique dans son analyse :
F.8 : 1 . ed Se6 2 . g7/i Sd8 3 . Bb7 Bc4 4. Bh1/ii Bf7/iii 5 . Bf3 d5 6 . Bh5 Bg8 7. Bf7 Sxf7 8 . d8Q+ Sxd8/iv stalemate .
i) 2. d8Q+? Sxd8 3 . g7 Bd5+ 4 . Bb7 Bg8 5 . Be4 Se6 6 . Bd5 Sc5 7. Ec6 Sd7 wins .
ii) 4 . Be4? Bg8 5. Bf3 d5 6 . Bh5 d4 7 . Bf7 Bh7 8
. g8Q BxgB 9 . BxgB d3 wins, or 4. Bf3?, Bf7 5 . Be4 Bg8 wins, or
4 . Bg2? Be6 5. Bf3 Bf7 6; Be4 Bg8 wins .
iii) 4. . . Bg8 5. Be4 d5 6 . Bh7 Bf 7 7 . Bg6 draw, or 4. . . Be6 5 . Bg2 d5 6. Bh3 Bf7 7 . Be6 Sxe6 8 . d8Q+ Kxd8
9 . Kb7 Sc7 10. a8Q+ Sxa8 11 . Kxa8 Kc7 12 . a7 d4 13. g8Q BxgB stalemate .
iv) 8. . . Kxd8? 9 . Kb7 wins .
Roycroft indique que cette étude est répertoriée dans Idei Noi in Sahul Artistic aux n° 104 et 63, ce qui indique peut-être une révision. Quoi qu'il en soit, 3... Bc4
aurait dû s'accompagner d'un commentaire parce que c'est
là que se joue le gain ou la nulle. Voici quelles sont les
alternatives :
- 3... Be6 4 Bg2! Bf7 5 Bf3! = ;
- 3... Bc4 4 Bh1! Bf7 5 Bf3! = ;
- 3... Bf7 4 Bf3! = ;
- 3... Bg8 4 Be4! = ;
On voit apparaître le schéma des cases conjuguées appliquées aux {
-
}. L'idée est d'empêcher le
d de venir en d5 sans que pour autant le
quitte la diagonale a8-h1 sauf à imposer un zugzwang à
son opposite. La même série de mouvements survient en
miroir dans LXXXIVb :

après : 4... Ba2
LXXXIVb |

avant : 8 B~ d5! -+
[les Blancs au trait perdent l'opposition des Fous]
LXXXIVc |
On peut parler en l'occurrence d'une
véritable opposition de fous, à l'instar de l'opposition
médiate de Rois ; suite à :
4... Ba2, quatre coups de

s'offrent aux Blancs dont l'un seulement est conjugué à
Ba2 :
- 5 Bb7 ! =, etc. ;
- 5 Bg2? Be6! 6. Bf3 Bf7 7. Be4 Bg8! et : 8. B~ d5 -+ ;
- 5. Bf3? Bf7! 6. Bg2 d5! -+ ;
- 5. Be4? Bg8! 6. Bf3 d5! -+ ;
Les cases conjuguées sont : b7-a2 (1) ; h1-c4 (2) ; g2-e6 (3) ; f3-f7 (4) ; e4-g8 (5) avec les Blancs au trait [par exemple, Bf3? Bf7! est perdant tandis que ...Bf7 Bf3 annule] ; la case critique est d5 comme le montre LXXXIVc où les Blancs au trait perdent par 8 B~ d5!
-+ [si les Noirs au trait jouent ... d5?, les Blancs ripostent par Bd3! = ou Bh7! =]. Cette magnifique étude qui présente un exemple
rarissime de cases conjuguées pour des Fous n'a obtenu qu'un 2ème prix, alors qu'elle aurait dû mériter un 1er prix ainsi qu'un prix spécial.
Le diagramme présenté dans LXXXIV met en exergue cette correction de 2ème
ordre qui a trait à l'idée thématique et fait
ressortir l'essence même du jeu. Afin de faire valoir cette
essence, je souhaite opposer le déterminisme d'Aristote, dont
j'ai évoqué la Métaphysique,
à la conception du libre arbitre chez Kant. Cette opposition, on
s'en doute, n'est pas franche et s'organise, au vrai, comme un
croisement en forme d'inconnue x.
Le point critique est situé dans le concept d'impératif.
D'un côté, on voit le compositeur pressé par le
besoin d'ordre et d'harmonie, c'est-à-dire en quête de
nécessité. De l'autre côté, on le voit en
but à l'intuition du sensible et à l'antinomie de la
Raison pure, en recherche de vérité. Au point critique,
le voilà confronté à l'impératif
catégorique dans sa version formelle [voir VII, 1 et 2].
Comment ici arriver à susciter la détermination dans
l'acte créateur ? Peut-on concilier le déterminisme [dont il reste à apprécier la relativité]
avec le pouvoir de l'imagination, issue de l'intuition du sensible, qui
lui donne son image esthétique ? C'est poser deux ordres de
question sur le problème du choix thématique [tactique]
qui s'offre au compositeur et de la contingence stratégique qui
y est nécessairement associée. Si je reprends LXXXIV,
il paraît clair que l'avant plan où se manifeste le
caractère contingent est représenté par le
mouvement, pur de but, qui est le seul permettant aux Noirs de gagner
; ce mouvement est ... d5.
Le thème est basé sur un zugzwang réciproque
où les mouvements sont forcés, dès lors qu'un des
deux camps joue [voir LXXXIVb et c]. Nouveau paradoxe apparent : l'inconditionné [la combinaison logique]
est à l'origine d'un conditionnement total. On retrouve un
paradoxe équivalent, à ce qu'il semble, dans
l'application de la loi de causalité que Kant convoque pour la
thèse visant à démontrer l'existence des
objets transcendantaux. Du reste, des critiques se sont
élevés contre ce fait, a priori paradoxal, de prouver
l'existence de tels objets en dehors même de la
possibilité d'expérience. Ces réflexions peuvent
s'appliquer dans une certaine mesure au concept de combinaison logique
en tant qu'elle peut être représentée comme
structure nouménale :
«
La fiction du noumène inconnaissable est la plus importante des
applications de ce réalisme kantien. C'est en d'autres termes le
substantialisme, mais avec une circonstance qui constitue une
véritable marche rétrograde par rapport à Leibniz
et aux cartésiens. Ces philosophes au moins imaginaient des
substances pour être les supports d'attributs définis ;
Kant les pose sans qualités, C'est le comble de l'abstraction.
Sa méthode ne lui interdirait pas de former le concept d'un
objet transcendantal, puisque l'adjectif signifie qu'il ne s'agirait
que de noter un rapport de la connaissance avec elle-même; mais
en prétendant le réaliser, il le rend transcendant, et,
par suite, illégitimement conclu quant à l'existence en
soi. » [Charles Renouvier, Philosophie analytique de l'histoire, vol. 3, livre XI, chap. vi, Kant, son système métaphysique, p. 380, Leroux, Paris, 1897]
L'intérêt du jeu d'Échecs est qu'on y trouve, précisément, cet attribut substantiel [voir IX, 1]
dont Renouvier déplore l'inexistence dans le champ de la
Critique kantienne. Chez Kant, le phénomène
procède de la substance dans sa représentation et
à ce titre ne possède pas d'existence en soi : nous
sommes ici dans le domaine ontologique [cf. un exemple avec la démolition de LXXXIII].
Tout autre se présente l'inconditionné : c'est une
véritable subreption phénoménale
déterminée par une volonté, l'acte
créateur, qui fait verser tout l'édifice dans le
transcendantal, par artifice. C'est ce qui explique que le beau ou le
sublime n'ait aucune existence :
«
Il s ensuit que le sublime n est pas à rechercher
dans les choses de la nature, mais seulement dans nos idées » [Kant, Critique de la faculté de juger, in la Pléiade, tome II, p. 1017]
J'en viens maintenant à ce que je disais dans X,2 sur le constructivisme, relativement à la composition. Dans sa Dialectique transcendantale,
Kant a expliqué que la subreption dialectique et l'illusion
transcendantale conduisent à projeter une intentionnalité
dans un ordre systémique que sa complexité rend
immaîtrisable pour les ressources finies de l'entendement.
L'illusion transcendantale consiste alors à introduire par un
geste de volonté, un objet nouménal, responsable de cet
ordre jusqu'à :
«
... transformer dialectiquement par subreption transcendantale
l'unité distributive de l'usage expérimental de
l'entendement dans l'unité collective d'un tout de
l'expérience hypostasié dans une cause contenant les
conditions réelles de sa détermination complète. » [Critique de la Raison pure, Dialectique
transcendantale, découverte et explication de l'illusion
dialectique dans toutes les preuves transcendantales de l'existence
d'un être nécessaire ; cité in Charles Renouvier, Critique de la doctrine de Kant, chap. XVII, p. 214, Alkan, Paris, 1906]
Le mot « illusion
» ne doit point faire croire qu'il y ait là une imposture
intellectuelle. Et la façon esthétique pour
caractériser cette subreption du sens est de la comparer à la manière du peintre ou à
l'harmonie du musicien. En d'autres termes, il y a là l'essence d'une métaphysique [voir VI, 2]
: nous pouvons regarder, aux Échecs, la combinaison logique
comme l'équivalent strict d'un principe régulatif de la
raison, relevant d'une cause nécessaire et constituant un en
soi. À partir de cette cause qui est aussi l'idée d'un ens realissimum [Renouvier, ibid], la subsomption des phénomènes au temps [cf. supra X, 3]
n'a plus lieu d'être et, comme je l'ai déjà dit, le
temps se « spatialise ». De là vient :
« ...
(qu'il) arrive tout naturellement que nous nous représentons
cette idée (l'ens realissimum ou cause suprême) comme un
objet réel, et puis cet objet lui-même comme
nécessaire parce qu'il est la condition la plus haute.
C est ainsi qu un principe régulateur se tourne en
principe constitutif. Cette substitution devient évidente, en ce
que, quand je considère comme une chose en soi cet être
suprême qui, par rapport au monde, était absolument
(inconditionnellement) nécessaire, sa nécessité ne
peut plus se concevoir. Elle doit donc n avoir existé dans
ma raison que comme condition formelle de la pensée, et non
comme condition matérielle et substantielle de
l existence. » [Charles Renouvier, ibid., p. 214]
La phrase clef est la dernière puisqu'elle pose en droit, plus
qu'en fait, l'emprise sur la Raison pure du pouvoir émané
de la Raison sensible par le biais de l'imagination. La combinaison
logique devient un objet spirituel qui parvient à franchir la
barrière nouménale, par le fait même de sa
représentation et le sentiment esthétique dépend de cette sublimation numineuse [cf. VI, 2 et sq.]. Il est parfois difficile, voire impossible, d'éliminer toute trace de susbtance en situation nouménale. LXXXV est un exemple de ce type de situation.
Paul Farago
Peoples Democracies Competition - 1951

Les Blancs jouent et gagnent 6 + 3
[+0340.40b6h6]
LXXXV
Roycroft donne l'étude dans EG [26, II, October 1971, p. 277] ; elle apparaît sous le n° 132 dans Idei Noi in Sahul Artistic. Il est évident qu'en dépit de leur
, les Noirs ont une partie très délicate ; deux pions blancs sont déjà sur la 6ème traverse.
F.9
: 1. a6/i Rb1+ 2 . Ka7/ii Rd1 3 . Kb7 Rb1+ 4 . Kc8/iii Rc1/iv 5 . a7/v
Ra1 6. Kb7 Rb1+ 7 . Ka8 Rd1 8 . Bf7 Kg7 9 . Bg6 Rc3 10 . Bd3 Bd4/vi 11.
h6+ Kf8 12 . h7 Rxc6 13 . h8Q+ Bxh8 14 . Kb7 wins .
i) 1 . c7? Rb1+ 2. Kc6 Rc1+ 3 . Kd7 Rd1+ 4 . Kc8 Rc1 5 . a6 Be5 draw.
ii) 2 . Kc7? allows a `Bl dual' : 2. . . Be5+ 3 . Kc8 Rd1 4 . e7 Rxc6+ 5 . Kd8 Rxa6 draw, or 2. . . Kg7 3. a7 Ra1 4 . Kb7 Rb1+ 5 . Ka6 Ra1+ 6 . Kb6 Bd4+.
iii) 4 . Ka8? Rc1 5 . a7 Kg7 6 . Bf7 Bd4 7 . h6+ Kf8 8 . h7 Ke7 9. Bg6 Rc3 10 . Bf5 Ra3 draw.
iv) 4. . . Kg7 5 . c7/vii Ra1 6 . e7/viii Bxe7 7 . Kd7 Rc1 8 . a7 wins .
v) 5 . Kd7? Rd1+ 6 . Ke8 Rd8+ 7 . Kf7 Rc8 8. Kxf6 Rxc6 9 . a7 Ra6 draw.
vi) 10 . . . Be5 11 .
Bb5 Rb3 12 . Kb7 Rxb5+ 13 . Ka6 Rb1 14 . a8Q Ra1+ 15. Kb7 Rxa8 16 .
Kxa8 Kf6 17 . h6 Kxe6 18 . h7 Kf7 19 . h8Q and 20 . c7 wins.
vii) 5 . Bf7? Be5 6 .
h6+ Kf8 7 . h7 Ke7 8 . c7 Rc1 9. h8Q Bxh8 10. a7 Be5 11 . a8Q Rxc7+ 12
. Kb8 Rd7+ draw, or 5 . Bh7? Kxh7 6 . c7 Ra1 7. Kd7 Rd1+ 8 .
Kc6/ix Rc1+ 9 . Kb6 Kg7 10 . a7 Bd4+ 11 . Kb7 Bxa7 12. h6+ Kxh6 13 . e7
Re1 14 . c8Q Re7+ 15 . K- Kg7 draw,
viii) 6 . Bf7? Be5 7. h6+ Kf6 8 . h7 Ke7 9 . Bg6 Rd1 10. h8Q Rxc7+ 11 . Kb8 Rc5+ 12. Qxe5 Rxe5 13 . a7 Rb5+ 14 . Kc7 Ra5 draw,
ix) 8 . Ke8 Rd1 9. a7 Rxc7 10. a8Q Rg7 draw .
EG, 26, II, pp. 277-278
Compte tenu de la suite, on ne peut affirmer que 1 c7? soit une erreur, de même que 1 Bf7?!. De même, après 4... Kg7?, les Noirs parviennent encore à annuler par : 5. Bf7 Be5 6. Bg6! Rb6 7. Kd7 Rxa6 8. e7 Ra7+ 9. Ke6 Rxe7+ 10. Kxe7=. Mais le fait le plus intéressant est que l'étude est démolie par : 11... Kf6!
qui conduit à la nullité. Cette étude comporte des
subtilités avec notamment plusieurs positions de nullité
dont deux avec
+
contre
+
. Ces positions sont indépendantes du coup qui démolit LXXXV par 11... Kf6!.

après : 12... Kh8 =
LXXXVa |

après : 17... Ba1 =
LXXXVb |
Elles surviennent après : 4... Kg7 5 c7 Rb6, cf. vii.
L'intérêt que suscite ces variantes cachées est
important parce qu'elles mettent en lumière la
réactivation possible du sentiment esthétique alors
même que l'aperception n'est pas disposée a priori en
situation nouménale mais purement expérimentale.
4. sur la réactivation du noumène en situation phénoménale
Dans l'Introduction à la Critique de la Raison pure, J. Barni cite le point suivant comme le plus important de la Critique :
« Ainsi,
conclut Kant (p. 12), l'analyse de la conscience de moi-même dans
la pensée en général ne me fait pas faire le
moindre pas dans la connaissance de moi-même comme objet. C'est
à tort que l'on prend un développement logique de la
pensée en général pour une détermination
métaphysique de l'objet. » [CRP, lxvii, trad. J. Barni, op. cit.]
Aux Échecs, il n'est pas possible de faire passer le
développement logique de la pensée en cas
général, on s'en doute. L'esprit est entièrement
absorbé par l'analyse au point, comme je l'ai déjà
souligné, que sujet et objet en viennent à se confondre
dans le creuset de l'aperception. La seconde phrase de Kant, pourtant,
ne semble pas devoir s'appliquer à la composition
d'Échecs. En effet, la détermination métaphysique
de l'objet y devient une opération de la Raison sensible qui est
absolument indépendante de notre faculté d'entendement.
Et la détermination qu'évoque Kant se fait pour ainsi
dire malgré nous, parce qu'elle repose uniquement sur des
prédicats de nature constitutive.
« Les
principes de l'entendement pur, qu'ils soient constitutifs à
priori (comme les principes mathématiques) ou simplement
régulateurs (comme les principes dynamiques) ne contiennent rien
que le pur schème pour l'expérience possible; car
celle-ci ne tire son unité que de l'unité
synthétique que l'entendement attribue originairement et de
lui-même à la synthèse de l'imagination dans son
rapport avec l'aperception, et avec laquelle les
phénomènes, comme data pour une connaissance possible,
doivent être à priori en rapport et en harmonie. » [Kant, CRP, Analytique
transcendantale, chap. iii, Du principe de la distinction de tous les
objets en général en phénomènes et
noumènes, p. 305, trad. J. Barni, op. cit.]
Ces principes, il n'est point besoin de les adapter dans ce texte, pour
y trouver la matière même de la substance
échiquéenne : ils sont constitutifs a priori en tant que
principes purement logiques et leur schème n'est tributaire que
de concepts évoqués supra [IX, 1 et 2]
: logos et individuation. Les rapports catégoriels de Kant concernant les data ressortissent de la correction
de 1er ordre [voir VIII, 3 et X, 3]. À cela s'ajoutent des principes dynamiques qui se rapportent à l'espace
échiquéen, si singulier : ils donnent un sens
renouvelé au réalisme empirique dont Renouvier montre
qu'il trouve sa marque dans la confusion entre l'idée d'objets
donnés réels dans l'espace et l'idée
d'objets qui sont réellement donnés par l'espace [cf. Dialectique transcendantale, t. II, chap 2, sect. 6 ; cité dans Renouvier, Critique de la doctrine de Kant, la Réalité, la Susbtance, le Noumène, pp. 359-360].
Il y a là un trait spécifique à ce que Chevreul
nomme la synthèse mentale ; et que Kant nomme
représentation. Derrière cette « idée d'objets
» se remarque l'anticipation de la perception,
c'est-à-dire l'intuition du sensible qui nous est naturellement
voilé par l'entendement. C'est dans l'Analytique des principes
que l'on trouve des réflexions sur ce que Kant appelle le manque
de réalité attenant à certains
phénomènes empiriques. C'est là,
précisément, que j'aborde la « réactivation
» du processus nouménal dans une connaissance empirique
saisie en situation phénoménale. Ce point marque la
richesse conceptuelle des Échecs, en particulier pour ce qui
touche à la composition. J'ai donné dans ces pages
plusieurs exemples où la démolition d'une étude,
résultant d'un dysfonctionnement dans les règles de
correction de 1er ordre, fait retomber la position dans une « banalité » de finale théorique [didactique] que ne fait plus résonner le sensorium de
la Raison sensible. J'ai signalé ensuite que certaines
études dépassaient cette notion de correction, en ce que
le thème développé par le compositeur
excédait - par la limitation fatale de notre entendement - les
conditions mêmes de sa réduction dans l'aperception. Les
études de Paul Farago, qui se comportent comme de
véritables oeuvres ouvertes, témoignent de ce processus
où je retrouve le caractère particulier au baroque dans
l'art. J. Roycroft porte témoignage de ce fait particulier dans
sa revue :
«
It seems part of Farago's style that the supporting variations are
sometimes more attractive than the given main line - certainly this
"inside-out" method of composing lends itself to great difficulty of
solutions . » [EG, 26, II, October 1971, pp. 278-279]
C'est par les anticipations de la perception que l'on est fondé,
lorsqu'on examine une position, à s'orienter de proche en proche
dans l'arbre des variantes, en fonction de prédicats complexes
où se mêlent intuition, analogie et postulats de la
pensée empirique, en bref ce que Kant donne comme les « règles de l'usage objectif des catégories. » qui forment les principes de l'entendement [Analytique transcendantale, 3ème section, représentation systématique de tous les principes synthétiques de l'entendement pur, trad. J. Barni, p. 176-177].
Cette arborisation où s'entrelacent des isomorphismes
récurrents représente la véritable structure
spatiale du jeu et un diagramme n'est jamais que la potentialité
d'un instant. Cet instant est la représentation d'une
unité :
«
Cette unité rationnelle est celle qui résulte de
l'idée de l'inconditionnel ou de l'absolu, qui est, comme nous
l'avons déjà vu, au fond de tout raisonnement. Le mot
absolu employé ici par Kant est un de ceux dont la philosophie a
le plus abusé; il ne signifie pour notre philosophe rien de plus
que la totalité des conditions que la raison pure conçoit
nécessairement toutes les fois que quelque chose de conditionnel
nous est donné et que nous voulons le ramener à sa
condition, ce qui est précisément le propre du
raisonnement. » [Kant, CRP, J. Barni : Analyse de la Critique de la pensée pure, lxii, op. cit., p. 71]
Sans vouloir forcer le trait, c'est-à-dire sans
dévier cette citation de son sens premier, il n'est pas excessif
d'envisager le diagramme d'une étude comme un tout rationnel
résultant bien d'une idée d'inconditionné puisque
le compositeur y a disposé SA raison d'être [de l'étude, au sens de « l'Être-là » de Cassirer]
: la combinaison logique, quelque soit la forme qu'elle puisse prendre.
Or, quelle est la condition première sous laquellle doit
être ramenée la position qui nous est
présentée dans un diagramme, si ce n'est celle qui
s'exprime dans l'injonction de l'énoncé déclaratif
? [cf. VII, 1]
Si je comprends bien que l'amateur doive, pour satisfaire à
l'énoncé de la solution, procéder à une
régression, il me semble alors être en droit de faire
miennes ces réflexions :
« En
oubliant de déterminer au préalable ce que nous permet
l'acte de régression, on prend le droit de prononcer sur le
sensible, et à l'aide d'une synthèse temporelle, mais
sans y prêter attention, tant est grande la confiance qu'on a
dans le principe transcendantal suprême (" quand le
conditionné est donné ")... » [G. Lebrun, Kant et la fin de la Métaphysique, chap. III, le Mirage du monde, Remaniement des concepts, op. cit., p. 120,]
Tout ce chapitre de G. Lebrun est admirablement construit et
témoigne d'une compréhension de l'esthétique
kantienne qui n'a d'égale que celle d'A. Philonenko. Ce passage me semble mettre en exergue la difficulté
où l'on est de procéder à la réduction
d'une série de phénomènes en n'employant pas
correctement les outils permettant la synthèse aperceptive des
anticipations de la perception. Car si le temps nous est donné
dans la phénoménologie échiquéenne,
l'espace nous manque à l'origine et comme je l'ai
déjà dit [cf. IX, 2 et X, 3], c'est la spatialisation du temps, sa polarisation en d'autres termes, qui annonce le noumène [i.e. l'inconditionné qui souscrit à l'injonction déclarative]. Si je reprends à présent dans l'Analytique transcendantale, les Axiomes de l'intuition,
il m'est aisé de vérifier qu'il manque au pouvoir de
l'intuition du sensible cette qualité sans laquelle je ne peux
reconnaître les phénomènes pour leurs
qualités extensives [cf. CRP, trad. Barni, tome I, p. 179]
: l'espace. J'arrive dans la plupart des cas à intégrer
l'objet de manière analytique, mais je suis pratiquement
incapable d'en apprécier l'étendue, par manque de concept
d'une unité synthétique : l'unité du
phénomène auquel je m'intéresse nécessite
sa connaissance non seulement dans le temps [le diagramme] mais aussi dans l'espace [l'unité
aperceptive de l'aspect dynamique de la perception, autrement dit
l'arborisation des variantes en situation phénoménale]. Je vais donner un exemple - LXXXVI
- qui fera visualiser mieux que des paroles cette «
quantité extensive » évoquée par Kant.
Paul Farago
Shakhmaty v SSSR 1955

Les Blancs jouent et gagnent 5 + 5
[+0013.33g4d8]
Cette nouvelle étude apparaît dans EG [26, II, October 1971, p. 278-279] et peut être consultée au n° 129 d'Idei Noi in Sahul Artistic. Je ne donnerai pas ici tout le commentaire [voir analyse]. Mais immédiatement, se pose le problème de la clef puisque Farago propose comme ligne principale : 1. Kf3 alors que 1. Kxh3 est meilleur. En effet, Roycroft donne : 1... Na7?! qui est d'ailleurs nettement moins bon que 1... Ke7! ; mais le point important est que 1. Kxh3!
conduise au gain blanc : il y a donc un dual de type a. Et les deux
variantes noires gagnent. Le dual est ici sérieux parce que
l'idée qui domine l'étude, de type tactique, est
conservée dans la clef duale. Dans ces conditions, ce dual
s'apparente à ce que J. Roycroft nomme :
17. Thematic dual, white moves. This case overlaps with 'cook'. Commonly a thematic dual is discovered in an already published study. See note (iv) in Marwitz example. Term: 'thematic dual' J.H.Marwitz, De Schaakwereld, 1942
EG, 117, VII, July 1995, pp. 643-644
On voit que Roycroft n'hésite pas, dans ce cas, à employer le terme « cook
» qui signifie démolition dans le langage des compositeurs
échiquéens. Mais je me refuse à considérer,
pourtant, que LXXXVI est « cooked
» car je soupçonne fortement Paul Farago d'avoir
caché l'originalité de ses idées dans des
études dont, seul, il était fondé à savoir
qu'elles étaient parfois incorrectes et je pense que
c'était à escient. Autrement, le Labyrinth est impensable... Retour au baroque ! Henri Pousseur, musicien contemporain de Pierre Boulez,
écrit que la poétique de l'oeuvre ouverte invite à
favoriser chez l'artiste des actes de liberté consciente et :
« ... à
faire de lui le centre actif d'un réseau inépuisable de
relations parmi lesquelles il élabore sa propre forme, sans
être déterminé par une nécessité
dérivant de l'organisation même de l'oeuvre. » [La nuova sensibilità musicale in Incontri musicali, n° 2, mai 1958, p. 25 ; repris in : Vers un nouvel univers sonore in Esprit, janvier 1960, p. 52. cité in http://www.musicologie.org/theses/eco_01.html]
Ce que Pousseur décrit est une tentative, dont on peut estimer
qu'elle est - en droit - désespérée, de priver
l'ontologie de sa finalité pour la transférer dans la sphère de la
téléologie [cf. X, 3].
Pour en venir au baroque, il paraît que nous pouvons trouver
dans l'esthétique de cette période «
inventée » une illustration convenable de la tendance
moderne ayant trait au concept d'ouverture de l'oeuvre. Pourquoi ? Et
en quoi suis-je en droit d'y inférer quelque prédicat que
ce soit concernant l'art de la composition aux Échecs ? Le
Baroque est avant tout caractérisé par un élan
nouveau qui trouve, dans le délié,
un élément esthétique fondamental : l'oeuvre
existe comme mystère à découvrir ou devoir
à accomplir. Avant d'amplifier là-dessus, je laisse
parler Mallarmé :
« ...
Nommer un objet, c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du
poème qui est faite de deviner peu à peu ; le
suggérer, voilà le rêve. C est le parfait
usage de ce mystère qui constitue le symbole : évoquer
petit à petit un objet pour montrer un état
d âme, ou inversement, choisir un objet et en
dégager un état d âme par une série de
déchiffrements... » [extrait d'un entretien réalisé par Jules Huret en 1891 pour L'Écho de Paris : Enquête sur l'évolution littéraire]
L'étude comme poème, est-ce possible ? Si je remplace « nommer un objet » par découvrir [i.e. ouvrir]
une variante, n'est-ce pas là, déjà, un premier
point ? Et la suggestion ne vient-elle pas d'abord, aux Échecs,
de notre intuition première qui, on le sait bien, est
pratiquement toujours mauvaise conseillère ? Je reconnais
toujours la valeur essentielle de l'ordre rationnel, mais mon
entendement est habituellement trop faible pour faire valoir, comme il
le convient, l'impératif catégorique dans sa version
logique ; si bien que le « libre arbitre » s'impose
malgré la Raison pure, manque d'aperception ! Face à
Descartes, en l'occurrence, je préfère Newton... Pour Descartes, les propositions qui sont la conséquence immédiate des premiers principes [propositions dans lesquelles on peut reconnaître en substance les catégories kantiennes]
se connaissent d'un point de vue différent, tantôt par
intuition, tantôt par déduction ; quant aux premiers
principes eux-mêmes, ils sont connus seulement par l'intuition.
« Ainsi
le fondamental relève de l'intuitif ! Il augure
déjà de la distinction kantienne entre l'entendement, qui
traite des concepts et de l'empirique, et la raison qui traite des
principes premiers. En cas de doute, Descartes ne nous dit-il pas de
poursuivre notre intuition première ? » [Oscar Brenifier, in http://www.crdp-montpellier.fr/ressources/agora/D016007A.HTM, le statut de l'intuition]
Or, ici, il importe d'établir la différence entre
les principes purement logiques et d'autres qui sont du ressort de
l'intuition du sensible : ils émanent du pouvoir de
l'imagination. Curieusement, la représentation que l'on se fait
d'un phénomène a une résonance ontologique et non
point téléologique. Chose logique parce que, dans
l'instant, nous ne « pensons » point avec notre Raison mais
avec notre entendement ; dès lors, nous tentons la juxtaposition
d'états [dont la potentialité est, de surcroît, dynamique aux Échecs] qui n'existent tout simplement pas et dont les prédicats sont des leurres donnés à la Raison [ce que Chevreul nomme justement la synthèse mentale]. D'où l'erreur. Je vais donner de tout cela un exemple simple, à caractère inductif, avec LXXXVII.
Paul Farago - 1937

Les Blancs jouent et gagnent 3 + 2
[+0000.21h8a7]
Cette très jolie miniature est trouvée, sans indication
de publication autre que l'année, dans Chéron [LHE, II, p. 71, Nr. 694].
Eh bien ! La position invite « tout naturellement » pour le
joueur médiocre que je suis, à avancer le
h. Erreur fatale ! Puisque 1. h5? conduit au gain noir : ceux-ci répondent 1... Ka6!
Aux Échecs, très souvent, l'intuition première
trouve sa signifiance dans « l'avant plan », expression
tirée du Problème. Certes, le gain blanc dépend
entièrement du
h, mais non moins du
a ! Et là se situe l'idée de Farago : de l'occupation de la case a6 dépend le gain, pour un temps [le
mot temps a une signifiance particulière pour le joueur
d'Échecs, point que je n'ai pas suffisamment
développé au plan philosophique, jusqu'alors]. Aussi bien, les Blancs gagnent-ils par : 1. a6! [voir analyse]. L'amateur doit ici savoir exploiter toutes les ressources d'un axiome :
« l'ordre de la succession ne préexiste pas à la coexistence » [cf. X, 3].
Voilà qui mérite quelque explication. J'ai
déjà montré qu'aux Échecs, on ne pouvait
pas séparer nettement temps et espace : lorsque l'un, le temps,
vient à donner le sentiment de se dilater, c'est parce que la
position [peu importe sa finalité de même que son sens - gain ou nulle]
vient à s'infléchir radicalement en sorte que
l'arborisation des variantes s'amenuise et qu'à la
volatilité initiale, s'oppose progressivement une fixation. On
retrouve d'ailleurs le concept cher aux alchimistes dont ils ont fait une formule : SOLVE ET COAGULA. G. Lebrun a, à encore, donné là-dessus des pages admirables dans le chap. III, le Mirage du monde, de son Kant et la fin de la Métaphysique [Armand Colin, 1970 ; reprint in le Livre de poche, 2003] :
«
En cosmologie... le devoir (et la seule ressource du
métaphysicien) est de déterminer l'Inconditionné
à travers "la suite et succession des causes". » [Lebrun, op. cit, p. 117, le mirage du monde]
Cette question de la succession des causes et/ou des états est
non seulement cruciale en matière de cosmologie mais elle prend
également tout son sens dans le petit monde de la composition
échiquéenne. Dès lors que l'on sait qu'aux
Échecs, l'Inconditionné est assimilé à la
combinaison logique, on voit que la succession dont parle Lebrun et que
Kant évoque dans son Analytique transcendantale [voir X, 1]
est un « tout absolu de la série des conditions »
dont l'équivalent dans une étude n'est autre que
l'ordonnancement logique des mouvements, à caractère
téléologique, seul capable de produire la combinaison,
c'est-à-dire le noumène. Or, on voit bien que si la
combinaison est le produit de la logique, en revanche, le
noumène est le produit de l'aperception, c'est-à-dire une
idée de l'absolu de la série des conditions du
phénomène [J. Barni, Analyse de la CRP, lxiii, op. cit.]
où l'idée du monde peut se percevoir comme
représentation. Et l'on touche ici à la question
fondamentale du matériel et du formel :
« Ce
glissement d'une signification à l'autre est inévitable :
si le "Grund" est supposé donné réellement (dans
l'espace et le temps), l'ensemble de ses "Folgen" est donc (ou fut
donc) déjà disponible ; quelle que soit la nature de cet
ensemble, il est déjà déployé... Et cela
serait incontestable, si le concept de "Grund-Folge" était
à la fois matériel et formel, s'il appartenait aussi bien
à la métaphysique qu'à la logique. Mais, en le
croyant, n'est-on pas égaré par l'Apparence logique et
par l'équivoque du mot principium » [le Mirage du monde, remaniement des concepts, p. 118]
Le mouvement, en tant qu'il est le régulateur de l'ordonnancement que j'évoque dans la composition, est le principium de la série des conditions et il en constitue non moins sa règle [ou sa finalité]
ontologique. Dans cette mesure, il paraît possible - aux
Échecs - de dépasser ce que Kant appelle les «
complexes » antinomiques de la Raison pure pour la cause
essentielle que l'apparence y résulte simplement d'un manque de
notre entendement que la Raison sensible peut pallier. Autrement dit,
la série des conditions n'est empirique - aux Échecs -
qu'en apparence et cette réflexion de Barni perd sa contingence :
« Or,
comme le monde ne m'est donné dans sa totalité par aucune
intuition, qu'il ne peut être pour moi que l'objet d'un concept
et que ce concept ne peut me le faire connaître tel qu'il est en
soi... » [J. Barni, Analyse de la CRP, lxxxvi, op. cit.]
La totalité n'est-elle pas donnée en substance par le
compositeur dans l'énoncé déclaratif ? Et n'est-on
pas en droit d'y voir cette intuition première, primordiale,
qu'évoque J. Barni ? Intuition dont on a besoin pour établir la
correspondance entre le concept [l'idée de la combinaison logique] et l'en soi [le noumène, i.e. sa représentation sensible]
? Enfin, par ce commencement dans le temps où il trouve son
défaut
des limites de l'espace ? Là même où il vient
à se déliter tel un fleuve qui au détour d'un
méandre ne trouverait plus qu'un désert pour lit... J'ai
choisi cette étude de Kasparyan - LXXXVIII - pour faire valoir ce défaut de limites.
Genrikh Kasparyan
USSR 1960. 3 Team Composing Championship 1st Place

Les Blancs jouent et font nulle 4 + 5
[=0410.13a4d6]
LXXXVIII
LXXXVIII se
présente comme une domination positionnelle réciproque
où la case d4 sert aux Blancs d'assise pour
l'égalité, dans la lutte que la

oppose au couple {

-

}. Dans
Etjudy Stati Analizi [pp. 123-124, n° 187],
Kasparyan donne une analyse plus circonstanciée qu'à
l'accoutumée ; le diagramme figure également dans EG [19, II, March 1970, K12, p. 72] avec un commentaire :
K12. 1. b7+/i Kc7 2. Rc6+/ii Kb8/iii 3. Rc8+/iv Kxb7 4. Rxc4 Rg4 5.Rxg4 c1Q/v 6. Rb4+/vi Ka6/vii 7. Kb3/viii Qe1/ix 8. Rd4/x Qe6+ 9.Ka3 Ka5 10. Ra4f/xi Kb5 11. Rb4+/xii Kc6 12. Rd4 Kc7 13. Ra4 Kd714. Rd4+ and so on, drawn.
i) 1. Kb4? Rb3+ 2. Kxc4 Rxb2.
ii) 2. Rb6? Rg8.
iii) 2. Kxc6 3 b8Q a1Q+ 4. Bxa1 Ra3+ 5. Kxa3 c1Q+ 6. Bb2.
iv) 3. Rxc4? Rg4 4 Rxg4 c1Q 5. Bxc1 a1Q+.
v) 5. .. a1Q+ 6. Bxa1 c1Q 7. Rb4+ K- 8. Bb2.
vi) 6. Bxc1? a1Q+ 7. Ba3 Qd1+. 6. Rg7+? Kc8 7. Rg8+ Kd7 8. Bxc1 a1Q 9. Ba3 Qd1+ 10. Kb4 Qd4+ 11. K- Qd5+. vii) 6. .. Kc6 7. Bxc1 a1Q+ 8. Kb3 draws.
viii) The paradoxical counter to Black's last move, the idea of which is seen in the variation 7. Bxc1? a1Q+ 8. Ba3 Qd1+ 9. Rb3 Qd7+ 10. Kb4 Qd4 mate.
ix) 7. .. a1Q 8. Bxa1. 7. . . Qb1 8. Ra4+ Kb5 9. Rxa2.
x) 8. Ra4+? Kb5 9. Rxa2 Qe6+ 10. Ka3 Qc4.
xi) 10. Bc3+? Kb5 11. Rb4+ Kc6 12. Bb2 Qe1.
xii) 11. Rd4? Qa6+ wins.
EG, 19, II, p. 73
La position initiale est d'une grande instabilité : après 1. b7,
la clef, on note un premier décrochage avec la prise du pion
blanc que n'analyse pas Kasparyan alors qu'elle est possible ; c'est un
dual mineur, de type b :
2... Kxb7!? 3. Rxc4 Rg4 4. Rxg4 c1=Q, etc.
qui évite 2... Kb8!
coup auquel Kasparyan accorde un ! alors que ce mouvement perd
simplement un temps. On relève un autre dual, plus
sérieux, au 3ème coup, avec la variante :
3. Ka5!? Kxb7 4. Rxc4 Rg5+ (4... Rg2 5. Rc3 c1=Q 6. Rxc1 Rxb2 7. Ra1=)
5. Kb4! Rg4 6. Rxg4 c1=Q 7. Rg7+ Kb8 8. Bxc1 a1=Q 9. Bf4+! Kc8 10. Rc7+
Kd8 11. Rc1=.
C'est un dual de type a. On trouve par ailleurs une variante que ne cite pas Kasparyan et qui conduit à la nulle au 10ème coup noir :
10... Kb6!? 11. Bd4+ Kc7 12. Ra7+ Kb8 13. Ra4 Qd5 14. Ba1 Kc7 15. Rd4 Qf7=.
Mais l'intérêt ne réside pas ici dans ces commentaires [à l'exception toutefois du dual 3. Ka5 qui débouche sur un autre type de combinaison logique]
; l'intérêt - c'est-à-dire la finalité
téléologique - doit être trouvé dans la
position LXXXVIIIb :

avant : 7. Kb3!! =
LXXXVIIIb |

avant : 9. Bf4!+ =
LXXXVIIIc |
La note
viii de Roycroft, si elle explique la cause immédiate de
7. Kb3, ne dit rien sur la raison profonde de ce mouvement, qui est de préparer le coup salvateur
8. Rd4! qui décide de l'égalité. Voici, en comparaison,
LXXXVIIIc qui résulte du dual
3. Ka5.
C'est là que je souhaite revenir sur cette idée fondamentale de «
suite et succession de causes » [
cf. supra]. En effet, on mesure la différence entre les deux positions résultant pour
lxxxviiib de
3. Rc8+, et pour
lxxxviiic, de
3. Ka5. Alors que la représentation du noumène résulte de l'intuition sensible dans l'un [
b], elle vient à manquer dans [
c] pour la raison unique que dans [
b], l'ordre de la succession que nous avons du temps ne s'est pas encore transformée -
mutatis mutandis
- en coexistence alors que, précisément, cette mutation
du sens interne propre à l'aperception s'est
opérée dans [
c]. G. Lebrun écrit sur cet aspect :
«
Dans la progression,
le "principe" est simplement : ce que je dois connaître en
premier pour connaître ensuite le conditionné, sans qu'il
soit besoin de préciser davantage ; il est derrière moi.
Mais, dans la régression, le principe est tel que les
étapes par où je passe pour décider de lui sont
des moments de son développement : il est déjà
là... Quand le "fondement" doit être pour moi un
résultat, ce dont je suis parti pour l'atteindre est un faux
commencement, ce dont je suis parti pour l'atteindre est un faux
commencement, - ce qui me semble être un passage vers quelque
chose est en fait l'explicitation de cette chose déjà
présente. » [
le Mirage du monde, p. 119]
Quand le fondement est
déjà un résultat, c'est- à-dire quand toute
la chaîne des phénomènes conduit,
téléologiquement, au noumène, ne retrouve-t-on
pas, sous l'impératif catégoriel, l'injonction
déclarative [
i.e. l'énoncé de la solution] ? Et n'est-on pas, dès lors, en droit de se poser la question de savoir si le diagramme initial d'une position [
le donné] ne correspond pas à un espace qui, pour l'heure, n'est qu'une série inconsciente, sinon inconséquente ?
«
Mais,
pour moi qui effectue la mesure, je ne fais rien d'autre que d'ajouter
ou coordonner des parties "de sorte que le côté des
conditions n'est pas différent en soi-même du
côté du conditionné" (B. 285). » [
ibid., p. 121]
Aux Échecs, effectuer une mesure correspond à analyser
une variante et à déployer une arborisation ; son
orientation est liée au sens de la position, qui est
donné dans l'intuition du sensible par l'entendement ; son but
est « d'achever la série des conditions. » [
cf. VI, 2].
C'est ainsi que s'effectue de proche en proche une synthèse qui,
de formelle par son apparence, devient factuelle au sens où sa
direction n'est pas indifférente. Si je compare [
b] et [
c],
la différence d'envergure de la combinaison logique
s'apprécie par le bon sens et, fort curieusement, la dimension
du temps aux Échecs, ne s'apprécie pas dans l'ordre de la
durée mais dans l'étendue de l'arborisation que je viens
d'évoquer. L'exemple suivant -
LXXXIX - fera mieux comprendre cela.
Genrikh Kasparyan
Shackmatny v SSSR 1939 - 1 Preis

Les Blancs jouent et gagnent 4 + 4
[+0410.12c1a2]
LXXXIX
Ce finale a paru dans
Europe Échecs [
EE, 327, mars 1986, p. 141 - solution p. 73], salué comme un «
chef d'oeuvre du génial compositeur arménien.
» Je souscris entièrement à ce dithyrambe. Il
s'agit là d'un multi-coups « indéterminé
» [
cf. IV, 4] à caractère
durchkompöniert dont les grands artistes ont le secret. On retrouve cette merveille dans Chéron [
LHE, I, Nr. 556, p. 346] et bien sûr dans
Etjudy Stati Analizi [pp. 35-37, n° 47]. La clef 1. Bg5! protège le
f et obstrue la colonne g, empêchant ainsi la
de produire des +. De plus, le coup s'avère pur de but. Le
va s'enferrer dans ses pions et la pointe [qui n'est qu'optionnelle] conduit à un blocus extraordinaire.

avant : 7... Rxa3 #2
LXXXIXb
Les Noirs peuvent choisir de jouer 7...b2+ ; pour éviter le pat, les Blancs doivent simplement obstruer la colonne b avec le
au moment voulu. Si les Noirs décident de hâter leur fin par 7... Rxa3, les Blancs provoquent un blocus avec : 8 Rb2 Ra2 9 Rb1#.
Il est clair que cette arborisation que je signalais tout à l'heure se délite dans le progressus. G. Lebrun continue [cf. supra] :
« Telle
est la différence de nature entre les deux progressions - car il
serait meilleur de parler d'une progression indifférente et
d'une progression régressive. Celle-là est une
synthèse "engendrée par une répétition
toujours interrompue" d'unités déjà
données, alors que dans celle-ci, le quantum - temps ou espace -
m'apparaît comme une suite de limitations, non plus comme une
somme de parties constituantes. » [ibid., pp. 121-122]
Il semble que Lebrun évoque la première Antinomie [voir J. Barni, Analyse de la CRP, lxxxvi] de Kant, au moment où il écrit que, pour lever celle-ci, il est nécessaire de faire le distinguo
entre la régression à l'infini et la régression
vers l'indéfini. Eh bien ! Si je transpose ce que dit Kant [l'opposition entre regressus in infinitum et regressus in indefinitum]
au monde de la combinaison logique, je puis y voir en ce qu'elle
représente le noumène, l'Absolu au sens d'infini alors
que je vois dans le finale didactique la représentation
phénoménale de l'indéfini, c'est-à-dire du
contingent et du limité. À cela
s'ajoute un second distinguo
qui est de l'ordre du quantum où je peux voir dans le concept
« d'écart forcé ou volontaire » [cf. Chéron, EA, iii, Théorie générale - Manoeuvres thématiques volontaires et forcées, op. cit., pp. 27-29] la quantité [i.e. mouvement] élémentaire accessible à l'intuition du sensible dans la représentation aperceptive.
« ...
comme toute intuition a nécessairement pour forme l'espace et le
temps, et que tout phénomène est la représentation
d'un espace ou d'un temps déterminé, on peut dire en ce
sens que tout phénomène est une quantité extensive. » [J. Barni, Analyse de la CRP, xxxv]
Et je peux aisément remplacer élémentaire par extensive
dans mon développement précédent ; dès
lors, la quantité extensive représente exactement la
suite des unités données - je pourrais presque dire
« régulaires » en forgeant ce néologisme sur le régule de la vieille chimie, pour signifier leur pureté - opposées à la série des limitations.
5. grandeur extensive et qualité intensive
Peu d'expressions, sans doute, ont eu en philosophie la fortune de celles que Kant a introduites dans ses Critiques.
En prélude à l'amplification que je veux mener, il est
indispensable que j'évoque ce que Kant nomme « les anticipations de la perception
» parce qu'elles vont en droite ligne de la formulation que je
souhaite donner à ce § consacré à la
dynamique formelle. L'amateur de composition échiquéenne n'aura aucune peine à voir, de [b] ou de [c], quelle est la position dynamique [je rappelle qu'il s'agit de positions résultant d'un dual de type a]. Les anticipations de la perception participent de ce que A. Philonenko [l'Oeuvre de Kant, tome I, chap. V, le système des principes de l'expérience, Vrin, 1969] caractérise, en résumé, par l'opposition qui s'établit entre la fluctuation de l'aperception [le sens interne est un invariant tandis que l'attention varie incessamment]
et la permanence métaphysique de l'objet nouménal. Dans
ce jeu incessant où la vision mentale est soit myope, soit
presbyte, est gagée la qualité de représentation
du noumène par le champ aperceptif. La bonne vision est celle
qui tâche de situer de façon idée(a)le le
phénomène et, par le sens interne, à comprendre
dans la synthèse aperceptive le moment où s'opère
la métamorphose nouménale [du phénomène]. Ce
moment définit l'objet dynamique per se dont la connaissance, l'appropriation et la direction des modifications dont il est - mutatis mutandis
- l'objet, décident du sens de la réalité qu'on
est en droit de lui attribuer dans la sphère
catégorielle. Aussi bien peut-on trouver dans ce que Kant nomme
grandeur extensive tous les caractères de la substance,
c'est- à-dire de la matière phénoménale.
Dans l'étude artistique, la grandeur extensive représente
l'arborisation [considérée comme la somme de toutes les variantes, cf. X, 4] réduite par progressus ou regressus
au tout, pris dans le sens d'Absolu ou d'inconditionné. Cette
réduction s'entend aussi bien d'un point de vue formel que
factuel ; elle est liée à la transformation - par
l'intuition du sensible - du temps en espace. Je vais donner deux
exemples où cette transformation est absolument visible et un 3ème où elle prend une tournure formelle plus accusée. Dans XC, le blocus qui induisait la perte des Noirs dans LXXXIX devient pour les Blancs l'instrument du salut.
Genrikh Kasparyan
Schach in der USSR 1937

Les Blancs jouent et font nulle 5 + 3
[=0000.42e8a8]
La position rappelle un peu une étude célèbre de Richard Reti [voir V in II, 4] ainsi que le signale fort à propos Sylvain Zinser dans EE [327, mars 1986, p. 174]. Il est clair que le
h va à Dame. La clef 1. Kd7! a donc un autre but que celui, détourné, de se rapprocher un tant soit peu de ce
. Un début de solution est apporté par cette accumulation insolite de
dont 3 sont disposés à la colonne b. La tactique blanche est celle-ci : pendant que
les Noirs perdent paradoxalement du temps à mener le
à Dame, les Blancs vont emmurer leur
en avançant judicieusement chacun de leurs 4
. Ce finale est donné par Kasparyan dans Etjudy Stati Analizi [pp. 28-29, n° 35]. La solution simplifiée est :
1. Kd7! h5 2. Kc7! h4 3. Kb6 h3 4. Ka5 h2/i 5. b6! h1=Q 6. b5! Qe1+ 7. b4 Qc1 8. a4 Kb8 pat écho [analyse]
i) 4... b6+ 5. Ka4! h2 6. b3 h1=Q 7. a3 pat écho
On aboutit ainsi aux deux diagrammes XCa et XCb : le 1er résulte de la ligne principale ; le 2ème résulte d'une variante où les Noirs induisent les Blancs en tentation par la poussée 4... b6+ qui est suivie de 5 Ka4! avec création d'une position blocus en écho.

après : 8. a4 = (écho)
XCa |

après : 7. a3 = (écho)
XCb |
On peut vérifier qu'il s'agit bien là d'une réduction factuelle par progressus.
Non seulement l'étude est absolument correcte au plan formel
mais de surcroît les Blancs réalisent cette image d'une
mise au tombeau du Roi où celui-ci trouve son salut dans le
sommeil [le pat]. Cette auto-fixation du
est fascinante parce qu'elle rappelle des motifs spirituels alchimiques
qu'on trouve dans l'iconographie que je rapporte, par exemple, dans la Philosophia reformata de Mylius ou encore dans l'Atalanta fugiens
de Michel Maier. Il paraît difficile d'aller plus loin dans la
formulation de la métamorphose des valeurs temporelles en
valeurs spatiales : lorsque les Blancs jouent 8. a4 dans [a], le temps s'arrête, tout simplement.
Kasparyan [Etjudy Stati Analizi, p. 29] cite, à la fin de son analyse, une étude de Nicolaï
Grigoryev (1895-1938) dont il s'est sans doute inspiré en la
magnifiant. Voici cette étude dans XCI. Je rappelle que deux ouvrages de Grigoryev [Grigorieff] ont été publiés : Kunstwerke im Schach [Schahmatnoje Twortsestwa N.D.Grigorewa, Analizy Teoritichkie raboty, Etjudi, Izbrannie partii, Sostawitel I.A.Kan, Fizkultura i Sport, Wtoroje izdanie Moskwa 1952] et Gesamtwerk [Moskau, 1954],
tous deux posthumes. On lui doit plus de 350 études et
Chéron fait notamment référence à son
travail d'analyse dans la fin de partie que j'ai rapportée entre
Euwe et Alekhine [voir I in Introduction].
Nicolaï Grigoryev
Schachmatny Listok 1929 - 2. Preis

Les Blancs jouent et font nulle 4 + 3
[=0000.32h1b8]
XCI
D'ailleurs, XC et XCI se trouvent dans Chéron [LHE, II]
p. 127 respectivement aux Nr. 747 et 746. Elles sont donc jumelles dans
une certaine mesure, que j'ai signalée. Ici, les Blancs vont se
servir du rempart des 3
de la colonne b pour créer un réseau de pat. La tactique blanche consiste à poster le
en c4 alors qu'il s'oppose au
dans la lutte pour le
d. Ici encore, on aboutit à un pat écho. Voici la solution simplifiée :
1. Kg2! Kc7 2. Kf3! Kd7 3. Kf4! Ke6 4. Ke4 b6/i 5. Kd4! d5 6. Ke3 Ke5 7. Kd3! d4 8. Kc4! Ke4 pat Echo
i) 4... d5+ 5. Kd4 Kd6 6. b6 Ke6 7. b5 Kd6 8. b4! Ke6 9. Kc5! Ke5 pat Echo
avec les deux positions correspondantes dans XCIa [4... b6] et XCIb [4... d5+].

après : 8. Kc4! Ke4 pat (écho)
XCIa |

après : 9. Kc5! Ke5 pat (écho)
XCIb |
Il est assez curieux que Chéron n'ait pas relevé le pat
écho dans l'étude de Kasparyan alors qu'il donne la
variante qui correspond à XCb ! Au plan formel, XCI est superposable à XC,
la manoeuvre d'opposition en moins, car c'est paradoxalement la perte
de l'opposition par les Blancs qui conduit, grâce au mur de pions
[aspect factuel], à la nullité. Dans XC, les Blancs doivent égrener convenablement leur chapelet, au risque de subir un # [voir dans l'analyse : 5. a4? au lieu de 5. b6!]. Ainsi, dans XC, le spectacle est procuré par les
qui, d'une certaine manière, assurent l'opposition tandis que dans XCI,
le spectacle paraît d'abord celui d'une opposition
immédiate dont on sait qu'elle est perdue d'avance... Mais par 3. Kf4!, nous savons que c'est l'opposition médiate que les Blancs ont en vue.
Kant désigne en tant que qualités extensives toute forme
d'intuition et c'est aussi par là qu'il faut entendre
l'expression « anticipations de la perception ». Ces qualités sont les moyens catégoriels qui permettent la synthèse
«
... d'éléments divers qui s'appartiennent
nécessairement les uns aux autres, comme par exemple l'accident
par rapport à quelque substance, ou l'effet par rapport à
la cause, et qui, par conséquent, bien
qu'hétérogènes, sont représentés
comme liés a priori. Je nomme cette union dynamique, par la
raison qu'elle n'est pas arbitraire, puisqu'elle concerne l'union de
l'existence des éléments divers (elle peut se diviser
à son tour en union physique des phénomènes entre
eux et en union métaphysique, représentant leur
synthèse dans la faculté de connaître a priori). » [Kant, CRP, trad. J. Barni, Principes de l'entendement pur ; Analytique transcendantale, p. 376]
C'est à propos des principes dynamiques que Kant donne cette note dans la 2ème édition de la CRP.
Pour Kant, ces principes dynamiques peuvent être
déterminés de façon discursive, par opposition aux
principes mathématiques dont la détermination est
absolument intuitive. Là encore je peux, relativement à
ces réflexions, oser un analogon
avec la composition échiquéenne. L'intuition est un
moment de la pensée intermédiaire entre l'entendement [perception d'un phénomène] et la Raison [synthèse par concept de l'unité catégorielle]
: nous savons tous qu'il y a une quantité de choses, la plupart
d'ailleurs, que nous ne raisonnons pas au sens propre du terme, mais
que nous sentons par intuition, de façon quasi instinctuelle. C'est l'une des formes que peut prendre
l'aperception dans la sphère du sensible ; selon Kant, cette
intuition est insuffisante à asseoir le raisonnement tant
qu'elle n'a pas été maîtrisée par le
jugement :
« Il
faut donc remonter plus haut encore, c'est-à-dire "à ce
qui contient le principe de l'unité de différents
concepts au sein des jugements et par conséquent de la
possibilité de l'entendement lui-même." Ce principe,
Kant le trouve dans l'unité de cette conscience de
soi-même qui s'exprime par le "je pense," et qu'il désigne
sous le nom d'aperception pure ou originaire. » [J. Barni, Analyse de la CRP, xxiii]
Dans la volonté d'achèvement de sa création, le
compositeur peut payer un lourd tribu en ne considérant pas tout
le champ de la grandeur extensive. Quand cette circonstance survient,
il y a divorce entre l'entendement et la faculté de
désirer ; autrement dit, discordance entre une causalité
douée d'un certain nombre de degrés de liberté [que l'on retrouve dans la raison pratique, en son application à l'étude échiquéenne]
et l'intuition empirique en prise avec la recherche de la preuve d'une
réalité objective, dans la formulation de la causa noumenon.
Aux Échecs, on se trouve en effet dans un système causal
per se, où en principe la volonté ne repose point sur des
principes empiriques ; hélas, la limitation contingente de
l'entendement génère un empirisme de fait [mais qui n'existe pas en droit]
d'où il résulte que l'aperception est nécessairement
défaillante. Il en résulte un aveuglement de la Raison
qui ne s'accorde plus au primat ontologique de son statut
référentiel. Voici un exemple.
Alors que dans XCI, les Noirs parviennent à contenir les assauts de la
, dans XCII, le zugzwang débute d'entrée de jeu.
Genrikh Kasparyan
Uralsky Rabochly 1946 - 2-3 Preis

Les Blancs jouent et gagnent 3 + 5
[+0343.02h2h5]
XCII
Il s'agit d'une belle étude de domination. On la trouve dans Chéron [LHE, III, Nachträge, Ergänzungen zu Band I, Nr. 54, p. 331-332], dans 2545 [Rook and Bishop trap Bishop and Knight, n° 574, p. 131 où Kasparyan donne la référence : Sverdlovsk Sports Committee Tourney, 1946, Tie for 2nd Prize] et dans
Etjudy Stati Analizi [pp. 46-48, n° 68]. La clef 1. Re4
forme le début de ce piège. Malheureusement, Kasparyan
dans la ligne principale, considère qu'après : 1... Bf3 2. Rf4 Bc6!, 3. Kg3? ne procure que la nullité alors que ce coup est gagnant après : 3...Nd6 4. Rd4! Ne8 [le meilleur coup] 5. Rc4 Bd5 6. Rc5 Nf6 7. Kh3 Kg5 8. Ba2+-. Il y a donc un dual de type a [ Kasparyan donne 3. Rf6! dans la ligne principale]. Il est fort dommage que ce dual existe car la fin de l'étude est de toute beauté sur ce tableau final :

après : 9. Re7 +-
XCIIa
Le blocus est total après :
9. Re7!.
Compte tenu que ce zugzwang final constitue le but de la combinaison
logique, on est en droit de se poser la question de savoir si ce dual [
3. Kg3 ou 3. Rf6]
ne constitue pas, de fait, une démolition... On est d'autant
plus en droit d'y penser que Kasparyan, si avare de commentaires
d'habitude, écrit ces lignes :
«
The main variation leads to the trapping of the Knight in a position of
mutual zugzwang, and this lends the endgame its interest. » [
2545, p. 132]
Il est possible d'envisager que Kasparyan ait « occulté » les conséquences de
3. Kg3 comme en d'autres occasions, où j'ai montré de curieuses négligences du maître de Tbilisi [
voir en particulier le double Novotny perpétuel, in I, xl]
quand celui-ci « décide » d'imposer la combinaison
logique contre la position ! C'est dire que le respect du
droit doit passer avant celui de la forme [
voir II, 7]. Cette réflexion me fait revenir aux catégories de la
CRP :
«
... puisque les catégories ont leur siège et leur origine
dans l'entendement pur, en tant que faculté de penser,
indépendamment de toute intuition et antérieurement à
toute intuition, et qu'elles désignent toujours un objet en
général, de quelque manière que cet objet puisse
nous être donné. » [
Kant, Critique de la Raison pratique, chap II : du concept de souverain bien, trad. J. Barni, 1848]
C'est une véritable dialectique qui est engagée, en
matière de finales, entre entendement et raison, où le
jugement sert d'arbitre. Voici ce qu'en pensait Leonid Kubbel :
The study and the practical endgame by L. Kubbel

Leonid Kubbel (1891-1942)
We
know from the history of chess that chess composition developed from
the practical game. In the ancient compositions called mansubat [plural
of Arabic mansuba] the play led either to a stipulated checkmate in a
set number of moves, or to a demonstrable continuation of play up to a
position with an evidently clearly won outcome. There were no drawing
mansubat. No special distinction was made between these two types of
composition. [This is true also for the Stamma collection of 1737.] It
was only at the start of the 19th century that such a distinction made
its appearance. Two groups emerged: problems and studies, with studies
to draw alongside studies to win. In the ensuing period, when problem
composition to a considerable degree distanced itself from practical
play and turned into its own world of chess creativity, the study
retained the closer link with the practical game, and specifically with
its final phase. [In AJR's British experience the idea of composing
with the chess pieces is strange to the majority of chessplayers, and
almost incomprehensible to the public at large. AJR's pessimistic
contention is that there can be a 'link' only if there is a link in the
mind - so if there is no link in the minds of players or the public
then there is no link at all: a link confined to the mind of a composer
is 'wishful linking'.]
What course did the development of the chess study take? According to
the already described parting of the ways the study path lay through
delving into the endgame, the last part of the game. This was done by
taking this or that opposing force in the endgame and meticulously
analysing it, so as to establish if a win is possible, or whether a
draw is inevitable. In the course of this exploratory labour the
devotees now and then stumbled across positions of interest that led
them in the direction of study composition. These investigations were
carried out for a general practical purpose: to give chessplayers
specific practice with, and knowledge of, the endgame field. Beauty and
the aesthetic aspect played a subordinate role in these early years.
The year 1851 was a turning-point in the development of the artistic
study. It was the year of the appearance of the collective volume by
Kling and Horwitz. Despite the fact that the majority of their studies
are of an analytical character, nevertheless they include a whole set
of compositions showing sharply expressed aesthetic points. From 1851
to 1894 we see individual happy finds by other composers, but overall
their work displays analytical rather than study subtleties. It is 1895
that marks the beginning of the modern era of study creativity. This is
when A.A.Troitzky stepped into the arena to make a statement of the
artistic style in study composition, proving himself to be the real
founder of the artistic study. The oeuvre of Troitzky and quite a
number of other composers has raised the Soviet study to such a height
that in this genre the Soviet Union has left all the capitalist countries far behind. Highlights in this process are
the analyses of Troitzky, Rauzer and Grigoriev, each of whom
contributed significantly to the theory of the endgame. How may we
characterise the relationship of the study with the practical game? The
nub of the matter is that studies form instructive additions to chess
theory, in particular to endgame theory, seeing that they are
illustrations of surprising exceptions to general rules. Since the
endgame is especially rich in such exceptions, a familiarity with
studies can be of great use to practical players. On the other hand the
practical endgame is a highly valuable source for creative achievement
by the composer. So we see that study composing and practical play
complement and enrich one another. The following examples illustrate
this inter-dependence.
A. Troitzky - Chess Amateur, 1916

Les Blancs jouent et gagnent 4 + 3
[+0004.21h1f3]
XCIII
In Kl there is a
quadruple sacrifice of White's knight (in the form of a fork) with the
purpose to decoy the black opposite number which is holding up the
advance of the a-pawn. 1.d4 Kf4 (Ke4;Sd6+) 2.Se7 Sa7 3.Sc6 Sb5/i 4.d5 Kf5 5.Sd4+ wins. [l'étude
est malheureusement gâtée par un dual, avec 1... Na7!? qui
n'impose plus le triple sacrifice de N et le double écho]
i) Two echoes occur after Sc8;, and Sxc6;, with the white knight check-sacrificing on e7.
In the game example (K2) - after 48.e6 Se4 49.e7 Sd6 50.Sd4 Kxh7, we have essentially the same position as
in the study. White continued: 51.Sxb5 Se8 52.Sc7 Sxc7 53.b5 Kg7 54.b6, and Black cannot play his king to f7.
In the annotations Wolf states that he easily found the twin
sacrificial variations leading to a win because he already knew studies
with this theme.
Wolf - Balogh 1929

avant : 51 Nxb5! +-
XCIV
[nous retrouvons l'humour de Troitzky avec l'étude suivante qui développe une manoeuvre écho d'une efficacité redoutable] With its pair of deflecting sacrifices Troitzkky's K3 is well known: 1.h7, with: Rh2 2.RH+ K- 3.Rf2+, and Rd8 2.Rc6+ K- 3.Rd6+.
A. Troitzky - 174. 500 Endspielstudien, 1924

Les Blancs jouent et gagnent 3 + 2
[+0400.10a1c1]
XCV
[
Il
s'agit d'une déviation en écho ; exploitation d'une
domination par motif géométrique dont parle Kasparyan
dans 2545, p. 196 sq. ; cf. études de Kok (+0400.11a3a1), Troitzky (+0400.10h4h2) et Rossolimo (+0400.11a5a3)]
Had K3 been known to Tarrasch he would not have resigned in the position of K4. There was a draw to be had by: 82.h6 Rb6 83.Rh5 a2 84.h7 Rb8 85.Rb5+ - this decoy sacrifice is what he had not seen!- Rxb5 86h8Q+.
Tarrasch - Blümich Breslau, 1925

Les Blancs jouent et font nulle 3 + 3
XCVI
En
effet, après : 1... Kc7?!, 2. Bxa8 dxe6 3. Bg2 d5! 4. Ke3 Kb6 5.
Bf1! Ka5 6. c4 g2 7. Bxg2 dxc4 8. Kf4, il ne reste plus grand chose
à faire...]
Many a time the weaker side has saved itself with a stalemate. For instance, from the position of K7 there occurred:
1...Qc7+, met by the blunder 2.Qb6+? when White had to make do with a draw after the reply 2...Ka8 [3Qxc7 stalemate, or 3.Ka6 Qc8+.]
Chigorin - Schlechter Ostend, 1905

Noirs au trait : les Blancs jouent et gagnent 6 + 5
XCIX
[
Ici, le gain est obtenu par : 1... Qc7+ 2. b6! Qe7 3. Qd3+-]
In K8 White draws by a curious route: 1.Rg8! Kxf7 2.Ke5+ Ke7 3.Rg7+ Kd8 4.Kd6 Bc4! 5.Bxc4 Rdl+ 6.Bd5 Rxd5+! 7.exd5 e1Q 8.Rg8+ Qe8 9.Rh8 Qxh8 stalemate. [superbe étude de Kubbel avec trois sacrifices, qui introduisent des zugzwangs mutuels].
Leonid Kubbel - 64 1928 - 3-4 prize

Les Blancs jouent et font nulle 5 + 6
[=0440.23d5f6]
C
In recent times the study has entered more and more into the practice of over-the-board play. Many players take a
serious interest in study composition. This is hardly surprising seeing that without a systematic approach to studies
no one can become an accomplished endgame player. At the same time the endgame is the phase of the game that
has enormous significance for master practice. [It is worth re-emphasising the link in the other direction: the practical
endgame is itself a rich and suggestive source of ideas and themes for studies]
EG, 128, VIII, pp. 309-312
Dans cet important article, Kubbel évoque l'histoire des Echecs. J. Berger, dans le texte de présentation aux 300 Fins de partie de Rinck [Barcelone, Hijos de Paluzíe, 1919] donne, dans le même sens, de très intéressantes précisions. Voici le texte de cette introduction :

frontispice des 300 Fins de partie d'Henri Rinck
La
présente collection d'Henri Rinck est une Suvre
supérieure qui prend une place à part dans la
littérature du jeu des Échecs. Une collection
d'études de ce genre n'a pas encore vu le jour jusqu'ici. Aussi
bien, les Chess Studies de Kling & Horwitz (parues en 1851),
avaient un contenu tout autre. Elles constituaient pour le joueur un
guide à travers les chapitres les plus difficiles de la fin de
partie régulière. C'était en quelque sorte le
couronnement d'une Suvre à laquelle avaient
déjà collaboré les maîtres les plus anciens,
puis, dans une mesure prépondérante, Philidor et son
École, en dernier lieu aussi l'École de Berlin (v. d.
Lasa, Bilguer, Bledow). Il s'agissait de trouver et d'approfondir avec
perspicacité la méthode à employer pour tirer
parti en toute sécurité d'un léger avantage de
forces ou de position vers la fin de la partie et cela dans les cas les
plus divers.
On ne trouve des études du genre de celles contenues dans le
présent recueil des Suvres de Rinck, que dans la seconde
partie des Chess Studies publiées par le Rev. W. Wayte,
année 1889 (2e édition revue du livre paru en 1851, et
comportant comme seconde partie les Miscellaneous End-Games de Horwitz) ( Horwitz publia en 1884 une édition (avec prologue de Wayte) qui renfermait déjà les Miscellaneous End-Games.). D'une conception géniale et exécutés de main de maître, ces quelques rares numéros des Miscellaneous End-Games
ont sans doute produit un effet durable et suggestif. Toutefois ils
n'apparaissent pas encore chez Horwitz comme représentant un
genre indépendant et nouveau d'études.
L'objet des compositions de ce genre est le suivant : Mettre en
lumière les surprenantes finesses de jeu que peuvent encore
comporter des positions de fins de partie, alors qu'elles paraissent
être simples et d'une appréciation facile. L'art de
découvrir des finesses cachées de cette nature ne saurait
être enseigné d'une façon méthodique, telle
p. ex. la lutte de la Dame contre Tour et Pions, ou de la Tour contre
Fou et Pion, etc. Ici un seul maître s'offre à celui qui
veut atteindre le but, à savoir : l'intérêt
qu'inspire le sujet, l'enthousiasme qui incite à rechercher la
solution obstinément, et fait ainsi pénétrer plus
avant dans la matière. La relation directe de ces études
avec les fins de partie régulières est seulement
d'illustrer brillamment d'importantes exceptions à la
règle ; par moments elles dépassent aussi les limites
qui, dans la partie jouée, sont imposées à la
sagacité du joueur.
Rinck n'est pas le seul qui ait
composé des études de cette nature et qui ait
manifesté une prédilection particulière pour ce
genre de composition. Toute une pleïade de compositeurs s'est
déjà mise à l'Suvre. Nous nommerons
spécialement Amelung, les frères Behting, Troitzky,
Sehwers, Jespersen et les frères Platoff, et cela parce que les
auteurs en question se sont déjà signalés par un
grand nombre d'Suvres réussies. Salvioli et Berger, en
composant leurs Traités, ont fait des incursions nombreuses sur
ce terrain, et un grand nombre de compositeurs de problèmes s'y
sont aventurés d'une façon accessoire, attirés
qu'ils étaient par des annonces de tournois (sous ce rapport le Rigaer Tageblatt s'est
particulièrement distingué). Les progrès accomplis
de nos jours dans le jeu de la partie pratique ont également
produit un grand nombre de fins de partie surprenantes qui ont
été retenues dans la composition d'études
artistiques.
Or, depuis un certain nombre
d'années déjà, Rinck. s'est posé en
dirigeant parmi les adeptes de ce genre de composition, lequel est
devenu de plus en plus en faveur. Tant pour ce qui concerne la
conception du sujet que pour ce qui a trait à la manière
de triompher des difficultés techniques, il s'est
élevé à un degré de perfection tel, qu'on
ne saurait mettre en doute un seul instant l'accueil favorable que les
amis du jeu des Échecs ne manqueront pas de faire à la
collection choisie de ses études. Rinck montre qu'une grande
importance revient non seulement à l'idée, mais aussi
à la position, et que l'attrait de la surprise et la finesse de
la combinaison ne peuvent être rendus d'une façon parfaite
que dans la position simple, conforme à la partie. Il
réussit à faire en sorte que le solutionniste ne perd
jamais de vue la liaison intime entre la partie et la composition, et
qu'il a sans cesse conscience d'avoir appris quelque chose qui est
possible, même vraisemblable, dans la partie. Comme, d'autre
part, beaucoup de ses études se dénouent sous la forme
d'une courte fin de partie théorique, il en résulte que
le livre de Rinck procure au lecteur une réelle satisfaction en
même temps que de nombreuses occasions de s'instruire.
On doit faire ressortir, d'autre
part, qu'Horvwitz n'a pas été le premier non plus
à produire des compositions de fin de partie (il convient de
bien distinguer entre la composition de fin de partie et les
résultats analytiques obtenus par les recherches dans le domaine
de la fin de partie). Déjà dans les manuscrits les plus
anciens qui traitent du jeu des Échecs, nous trouvons
représenté chacun des genres de composition.
Primitivement, du reste, toute manSuvre tant soit peu digne
d'attention, était notée comme problème (Bl. ou N.
gagnent ; Bl. ou N. ne peuvent gagner ; Bl. ou N. font mat en n coups,
etc.), et ce n'est que dans la suite des temps qu'on se mit à
donner la préférence à l'une ou l'autre de ces
propositions. C'est ainsi que l'exposé du mat direct obtint peu
à peu toutes les préférences en tant que sujet de
composition ; on lui a même attribué une
dénomination spéciale, celle de Composition de
Problème.
Je vais, dans les lignes
suivantes, mettre sous les yeux du lecteur un choix de compositions de
fin de partie qui datent déjà de loin. Elles lui
fourniront d'abord les moyens de comparer les productions anciennes, en
ce genre, avec les productions modernes, et lui permettront ainsi de se
former un jugement exact, tant sur l'originalité des
idées, que sur la valeur de l'élaboration approfondie
dont elles ont fait l'objet. En second lieu, elles rendront accessible
à chacun un domaine qui, jusqu'alors, lui était
peut-être resté étranger et lui serviront ainsi
d'introduction à l'étude des positions de Rinck [...]
300 Fins de partie, Préface, vii-ix
J. Berger donne ensuite une position de Nic. de Saint Nicholai [Bonus Socius]
où le Fers, dans l'ancien jeu, ne fait qu'un pas en diagonale ;
puis une position tirée d'un manuscrit dit de Firdewsi, qui est
à la bibliothèque de la Mosquée
Nuri-Osmanîë, à Istamboul [cf. aussi le ms. latin Civis Bononiae].
Berger insiste sur le caractère souvent fantaisiste des
positions initiales qui ne peuvent s'expliquer qu'au moyen de coups
antérieurs invraisemblables [ce
point doit actuellement être notablement relativisé quand
on sait à quel point de complexité peuvent être
portés les « études - problèmes »
chers à l'école romantique ou devrais-je plutôt dire
néo-romantique de compositeurs tels que D. Gurgenidze ou V.
Kalandadze]. Mais enfin, il est clair qu'à cet
égard, les compositions de Rinck éclatent, à
entendre Berger, semblable à la pureté du cristal de
roche.
XI. Liberté formelle
1. introduction
Respect de la forme et du droit, disais-je tout à l'heure. C'est
renvoyer en somme, au concept de liberté formelle dont nous
trouvons le fondement chez Kant et la matière d'un premier développement chez Fichte.
Les rayons vecteurs de la liberté formelle peuvent être
représentés par la responsabilité et la volonté. Par responsabilité, je ne
conçois pas, ici, le sens moral mais un autre sens, réduit au choix lucide, c est-à-dire
à la déduction : c est le concept de but qui se trouve engagé en tant que
je recherche, dans le monde phénoménal, la trace du noumène. C est dire que, au
cours du monde tel que le conçoit Kant, je veux distinguer, pour l y
substituer, l ordre du monde par le principe de causalité :
«
Considérant semblables exemples, Kant
distinguait le cours du monde et l ordre du monde, le premier relevant de la perception
grevée par toutes ses insuffisances, le second de la science et plus
particulièrement de son outil extraordinaire qu était le calcul infinitésimal. »
[
Philonenko, Schopenhauer, une Philosophie de la
Tragédie, introduction, Vrin, 1980, p. 18]
Je peux, par réduction, rapporter aux Échecs ces
considérations. La perception est essentiellement orientée dans le choix du
possible par l intuition du sensible touchant aux valeurs complémentaires du
mobile et du fixe. Ainsi, dans toute composition, on peut distinguer rapidement
l élément formel qui assure la transition de phase ou si l on préfère, qui par
la substitution de la modalité de position à celle de durée, introduit dans l intuition
pure du sensible [perception du donné] l élément conceptuel [induction
esthétisante]. Ainsi, le joueur d Échecs procède-t-il, à l instar du
mathématicien, par dérivation téléologique, à un ordonnancement où la Volonté
subsume, par moments [où je peux percevoir l écho des fluxions de Newton], la
contingence : la substance est ainsi littéralement informée de son objet
[la combinaison logique] ; nous retrouvons là le germe cristallin de
Schopenhauer par quoi s organise la causalité :
« l intuition qui
constitue la pensée schopenhauerienne n a pas vraiment de fin, ni de début.
Elle s organise dans une totalité, peut-être comparable à un diamant dont les
facettes s illuminent réciproquement & à l arrière-plan de ses déductions on
reconnaîtra toujours une pensée musicale, qui reflète les choses de la vie. »
[ibid, p. 14-15]
À partir de là, l objet cesse d être un moment de la pensée
[déduction] et devient un moyen d action [induction]. Dans ce cheminement, au
plan factuel, on assiste à une brisure de la dialectique fondamentale regressus progressus
[cf. X, 4] : le cardinal cède le pas à l ordinal, l inconditionné se
dévoile en cette épiphanie comme tel, à Bruges, le brouillard se sublime,
laissant apparaître les dentelles ainsi que l exprime merveilleusement Mallarmé :
À des heures et sans que tel souffle l'émeuve
Toute la vétusté presque couleur encens
Comme furtive d'elle et visible je sens
Que se dévêt pli selon pli la pierre veuve
[Dans le recueil intitulé Poésies, ce sonnet se trouve placé entre deux pièces de circonstance :
Feuillet d'Album, adressé à la fille du poète Roumanille,
Chanson bas, commandé par le peintre Raffaëlli pour ses "Types de Paris".
Ce poème est aussi une pièce de circonstance, à
l'origine, qui rend hommage aux poètes belges du cercle
Excelsior, de Bruges, et à l'écrivain Georges Rodenbach,
qui avait publié en 1892 le roman intitulé Bruges-la-morte.]
D impression, le sens devient expression et sa valeur
conceptuelle s enrichit alors d un nouvel élément, le noumène ou expression
téléologique de l Absolu. Au plan spirituel, cette organisation trouve son
double, en figures prismatiques, dans l éclair de la vision. Dans cette
perspective, l amateur chausse l espace d un instant les lunettes du
compositeur et parvient fugitivement à la voyance démiurgique :
« Voir n est pas seulement recevoir les impressions
lumineuses. C est aussi les organiser, en opérer la synthèse, en un mot percevoir
(en latin, « per » signifie à travers et « cipere » - pour « capere »
- veut dire « prendre » ; en allemand « wahrnehmen »,
prendre pour vrai). Considérant cela Schopenhauer écrit : « En
fait toute intuition et intellectuelle et non pas seulement sensible. »
[ibid., p. 23]
Aux Échecs, cette voyance s accroît d un nouvel élément ;
c est que l espace dynamique aperceptif ne correspond pas à l espace structurel
tel que polarisé en situation nouménale. Ce décalage s inscrit dans la brisure
où le monde vient à perdre son cours pour trouver un ordre et c est cette
brisure même qui fonde le corps de la combinaison logique et cet instant
magique où le voyant découvre :
« & un Mittelpunkt, point
central et centre de gravité, qu il nommera l objet
immédiat & Si le corps est l objet immédiat, l entendement est le Médium
de toutes les intuitions. En somme les intuitions sont les projections
soutenues par la causalité de toutes les données des sens » [ibid., p.
24]
Le
compositeur joue le rôle du guide, gardien d'un secret, qu'il
inscrit en frontispice de son étude et l'amateur prend les
atours du Wanderer de Schubert dans son Winterreise. Dans son voyage, le pérégrin est mu en progressus par l'Intellect tandis que se délitent les valeurs de Volonté, en regressus. Cette progression amène ainsi le lecteur - l'amateur - vers la lumière ; moment où la raison [ratio] se superpose à l'image de la combinaison [oratio], c'est-à-dire où la résolution s'opère.
« N'y
a-t-il pas contradiction entre ce résultat de la
réflexion qui réduit le Non Moi à n'être
qu'une limite du Moi librement posée et reculée, et ce
fait que dans l'intuition l'objet s'impose comme quelque chose de
donné et d'étranger, où le Moi se perd ? À
la lumière de cette réflexion le Non Moi ne risque-t-il
pas de s'évanouir ? » [Eugène Beurlier, J.-G. Fichte, Paris, Bloud, 1905, p. 31]
Il y a là une contradiction qui n'est qu'apparente dans la mesure où c'est uniquement l'IMAGE
d'un objet qui se développe dans l'esprit et non, bien
sûr, l'objet même : aussi bien la relation entre l'objet et
l'idée passe-t-elle par la relation à l'image,
c'est-à-dire à la représentation. Celle-ci n'est
réalisable que par cohérence interne ; à la dyade
{responsabilité - volonté}, j'ajouterai donc l'intellect
comme liant conceptuel de la représentation idéelle,
médiateur entre l'Entendement et la Raison.
Si je reprends le texte de Kubbel, je remarque qu'il entend parler de
la combinaison logique uniquement dans le domaine de la fin de partie.
Eh ! Pourquoi ? C'est renvoyer en l'occurrence à l'argument
téléologique. Il est, en effet, extrêmement
délicat, en milieu de partie, d'élaborer une étude
qui puisse développer l'appareil formel - pour ne rien dire du
pur côté factuel - de la combinaison logique ; combinaison qui ne soit
pas amenée d'ailleurs par quelque erreur d'un camp ou de l'autre. Au lieu
que la fin de partie, par le caractère extraordinaire
du contenu substantiel, s'accomode bien de cette condition, au
même titre que le quatuor à cordes représente, pour bien des mélomanes, la quintessence de l'esprit musical. Ce « coup de tonnerre dans un ciel serein
» qui signale tant de clefs dans des études
géniales ne correspond-il pas à la marque même de
la projection du démiurge qui leur a donné forme ? Et ne
suis-je pas en droit de lui trouver une résonance
prométhéenne ? Prométhée anticipe les
événements [c'est le patronyme archétypal du chercheur, et aux Échecs, du compositeur] et il conseille aux Titans [les pièces du jeu] d'user de ruse pour vaincre les Dieux [entendez pour fixer le Roi]. Il entre bientôt en conflit avec Zeus
après la séquestration des Titans dans le Tartare [fixation].
Prométhée crée alors l'homme que l'on peut
assimiler, sans trop d'audace au hiéroglyphe chthonien
par lequel se signale la stibine des alchimistes [voir prima materia]. Signe que le joueur d'Échecs renvoie à l'échec + qui surmonte le cercle de la nigredo
, dont j'ai convenu - par souci de cohérence interne - d'en faire l'équivalent de l'intuition [voir Orthelius et l'interprétation des moments du symbolisme alchimique par la philosophie kantienne]. Tout nous renvoie alors à ce maître concept : L'INTUITION.
Appliquée à la composition aux Échecs, elle prend
évidemment le sens d'imagination appliquée à la sensation pure du sensible,
qui trouve nécessairement sa représentation dans une
projection. Mais où est donc sa contre partie, le transfert,
sans lequel ellle ne saurait former un système complet ? Nous
avons vu dans l'Aurora consurgens que le transfert était lié à Cronos,
,
qui symbolise par essence le temps. Ainsi trouvons- nous dans l'homme
un amalgame philosophique de temps et d'espace. Pouvons-nous, par
là, inférer quelque supputation sur le jeu
d'Échecs, notamment sur l'aspect formel que l'on donne au temps
et à l'espace, tels que nous avons été
déterminés à leur donner une représentation
? Je serais tenté de le croire. Qu'est-ce donc que le transfert
en matière de composition échiquéenne ? Eh bien !
Simplement le parcours que j'effectue lorsque, tel Atalante, je
m'élance dans la foulée d'Hippoménès, et
que je m'arrête lorsque, fixé par quelque pomme d'or [mhlon, voir Toyson d'or], je me vois contraint de suspendre mon jugement, attendant [on mesure ici l'importance du contrepoint entre temps et espace, qui trouve sa synthèse dans la
] que mon Entendement s'accorde à ma Raison. Voici un premier exemple de cette liberté formelle :
V. Kalandadze - 4.hm Romanian Tourney 1974

Les Blancs jouent et gagnent 4 + 4
[+040022.c8f8]
CI
Cette étude est analysée par Roycroft dans
EG [
47, III, January 1977, p. 438, N° 2930] :
1. c7 b2 2. Kb7 Rxb5+ 3. Kc6 Rb6+ 4. Kc5 Rb5+ 5. Kc4 Rb4+ 6. Kc3 Rb3+ 7. Kd2 b1S+ 8. Kc2 Rc3+ 9. Kxb1 Ke8
10. Kb2 Rc6 11. Kb3 h5 12. Kb4 h4 13. Kb5 Rc3 14. Kb6 Rb3+ 15. Kc6 Rc3+
16. Kd6 Rd3+ 17. Ke6 Re3+ 18. Kf6 Rf3+ 19. Kg5 Rc3 20. Kxh4 +-
C'est au 16ème coup blanc que se dévoile cette
sorte de liberté formelle si difficilement imaginable ailleurs
que dans la composition d'études. Voici le diagramme :

après : 15... Rc3+
CIa
Dans cette position, Kalandadze donne :
16. Kd6 etc. mais l'existence d'un dual [
et même de deux, avec 16. Kd5!], avec
16. Kb5!, produit une variante digne d'intérêt et constituant un dual de type a :
16. Kb5! dual 16... Rc2 17. Kb6 Rb2+ 18. Kc6 Rc2+ 19. Kb7 Rb2+ 20. Kc8!
Or,
Kc8 serait une erreur dans
CIa, après :
16. Kb7 Rb3+ 17. Kc8? h3= La différence fondamentale entre les deux variantes et que 20... h3 - qui introduit un zugzwang blanc - n'est évidemment plus possible dans la variante dual du fait que 16. Kb5! - outere qu'il s'agit d'un coup pur de but - réalise un véritable écart romain, la
étant obligée de quitter la 3ème traverse. Cette manoeuvre de triangulation Kb5-Kb6-Kc6 préludant au coup gagnant Kc8 me semble esthétiquement supérieure à la ligne principale donnée par Kalandadze. [on peut d'ailleurs signaler que 16. Kd5! introduit un écho de la triangulation par Kd5-Kd6-Kc6].
On voit mieux, par cet exemple, en quoi consiste le concept de
liberté formelle. Il procède d'une dialectique entre la
liberté transcendantale telle que la conçoit Kant et la
liberté morale, réduite dans le cas qui nous occupe,
à la loi, par le biais d'une antinomie entre ontologie et
téléologie ; cette antinomie est radicale en ce qu'elle
est l'expression d'une volonté. Elle apparaît sous les
dehors du possible qui s'oppose au réel :
«
... la liberté formelle résulte de l'objectivation du
savoir absolu en tant que pure négation de soi en
soi-même, construction de soi ex nihilo, qui rend possible une
intuition purement formelle de soi à laquelle le savoir absolu
est lié uniquement par l'attention, sans nécessité
de s'abandonner ou pas à cette intuition. » [d'après Fichte, in Wissenschaftslehere, 1801, Bd. 302, cité in : Marc Maesschalck, « Attention et liberté dans la dernière philosophie de Fichte]
On touche ici du doigt cette antinomie radicale que je viens
d'évoquer : le formalisme s'oppose essentiellement à
l'intuition pure du sensible en tant que l'aperception y est tenue,
dans la saisie du jugement, par un schème logique qui exclut de facto
toute emprise du sensible. Il vaudrait la peine - mais c'est une
entreprise hors de ma portée - d'établir un rapport entre
la « bonne volonté » de Kant et « l'attention
» fichtéenne qui s'inscrit dans l'auto-saisie formelle du
savoir absolu. Il paraît assuré que le trait d'union entre
les deux concepts est à saisir dans la volonté d'un
devoir à accomplir, moral dans le premier cas, intellectuel dans
l'autre. La force du droit - i.e. de la loi, de la règle - est
l'élément fédérateur que nous devons
inscrire, en l'occurrence, à la croisée des chemins. En
somme, je dois ici dégager le « Moi pur »
de Fichte de l'intuition aperceptive telle que conçue par Kant.
C'est la seule façon, à mon sens, de continuer
d'admettre, avec Kant, que la volonté conserve son autonomie
face au principe législateur de la règle : on voit
l'intérêt conceptuel de ces réflexions
appliquées à la composition échiquéenne et,
surtout, à l'étude envisagée comme multicoups
indéterminé [voir IV, 4] à structuration non contrainte.
«
[...] C est par l analyse approfondie qu il a faite
de l idée du devoir. Il commence par constater qu il
n y a qu une chose ici-bas qui soit absolument bonne :
c est ce qu il appelle la bonne volonté.
En effet, toutes les choses de ce monde n ont jamais qu une
valeur relative, et ne sont bonnes ou mauvaises que par l usage
que l on en fait. C est le bon usage
qui est bon, et non la chose elle-même. Au contraire, la bonne
volonté est bonne par elle-même et il n est point
nécessaire d attendre les résultats, pour la juger
telle. La bonne volonté est donc le seul bien
véritablement absolu. Or, si nous analysons l idée
de la bonne volonté, qu y trouvons-nous ? Rien autre
chose, selon Kant, que la volonté de faire son devoir ; et faire
son devoir, ce n est pas seulement agir conformément au
devoir : C est agir par devoir ... » [Paul Janet, tiré de : Kant, la Métaphysique des Moeurs, 1ère section]
Comme je l'ai déjà dit, rien n'interdit de dériver
le concept de « bonne volonté » kantien et de
l'infléchir dans le sens restrictif du bon usage de la
règle. Appliqué aux Échecs, nous tenons la
correction de 1er ordre [voir VIII, 3]. C'est le principe
de base de toute composition : l'unicité de la clef et de la
combinaison dont la volonté tire la valeur même de
l'étude, quoi qu'il en soit du but [l'énoncé déclaratif, cf. VII, 1]. Quant à la correction de 2ème
ordre, celle qui a trait, précisément à la
pureté de but ou, si l'on préfère, à la
perfection thématique, elle s'inscrit dans ce que Kant nomme la matière esthétique ou objet numineux, tiré de la masse substantielle. Si je prends comme exemple CI,
il est clair que le principe, s'il est respecté, donne
accès à la combinaison logique, en revanche, la
matière n'est point traitée comme il se doit, au point
que l'on découvre une variante alternative introduisant un
superbe dual écho en triangulation. De là vient, in fine,
ce que Kant nomme l'impératif catégorique où la
volonté se trouve subsumée par la raison, en un geste qui
l'absout de la tyrannie de l'intuition.
« On
objectait à Kant que son principe n'était qu'une formule
nouvelle du principe de la moralité, mais non un principe
nouveau. « Mais, réplique-t-il avec raison, celui qui sait
ce que signifie pour le mathématicien une formule qui
détermine d'une manière exacte et certaine ce qu'il faut
faire pour traiter un problème, celui-là ne regardera pas
comme quelque chose d'insignifiant et d'inutile une formule qui ferait la même chose pour tout devoir en général
(Critique de la Raison pratique, préfce, note). » En
effet, trouver un principe qui décide a priori et dans tous les
cas ce qui est juste ou injuste, bien ou mal, n'est-ce pas la pierre
philosophale de la morale? Mais le principe de Kant a-t-il cette
portée? Il est permis d'en douter » [Paul Janet, Histoire de la science politique dans ses rapports avec la morale, II, ix, la philosophie allemande, Kant et Fichte, p. 580, Alcan, 1887]
But et fin en soi, telle est la réponse que Kant donne. Avant de
poursuivre, je vais donner un autre exemple d'étude où le
concept de liberté formelle trouve encore son application.
D. Gurgenidze - Tsereteli-150 JT 1991
1st Prize

Les Blancs jouent et font nulle 4 + 4
[=0700.21c4f6]
CII
Ce finale est remarquable à tous
égards : premier prix d'un concours, avant d'être
démoli par Jürgen Fleck [
in http://www.sci.fi/%7Estniekat/pccc/fa-eg-errors.doc : not published 20-1-1998: 5...Rc3+! 6.Kd4 Red3+ 7.Ke4 Rd8 8.Ra8 Rcd3 9.b8Q R8d4+, ],
je vais examiner de quelle manière on peut, peut-être,
arriver à faire revivre ce phénix de ses cendres.
L'étude peut être trouvée dans
EG [
111, VII, May 1994, N° 9146, pp. 341-342]
et elle bénéficie d'une page de commentaire. Pourtant, ce
n'est pas Roycroft mais bien J. Fleck qui a trouvé la
démolition. Gurgenidze indique la ligne principale suivante :
1.Rxa2/i Rc3+ 2.Kd4 Rd3+ 3.Ke4 Re3+ 4.Kd4 aRd3+ 5.Kc4 Rb3 6.Ra3 (Rf2+? Ke7;) eRc3+ 7.Kd4 Rd3+ 8.Ke4 Rh3 9.Kd5 Rh5+ 10.Kc6 Rbl/ii 11.Ra1/iii Rb2 12.Ra2 Rb3 13.Ra3 Rb4 14.Ra4bRb5 15.e7/iv Kxe7/v 16.Re4+/vi Kf7 17.Rf4+ Kg7 18.Rg4+ Kh7 19.Rh4, draw
On voit que l'idée est basée sur la fixation de la

b sur la 3
ème traverse, après la clef
1. Rxa2. Malheureusement, cette belle idée ne résiste pas à
5... Rc3+
qui entraîne le gain noir. Comme il n'y a aucun coup
intermédiaire, après la clef, que l'on puisse essayer en
alternative, force est de trouver une autre clef... si possible !
L'analyse d'
EG donne :
i) 1.Rf2+? Kxe6? 2.Rxa2 Rc3+ 3.Kd4 Rd3+ 4.Ke4 Re3+ 5.Kd4 aRd3+ 6.Kc4 Rb3 7.Re2 draws, but this is a thematic try, for Bl wins by playing instead 1...Ke7
2.Rxa2 Rc3+ 3.Kd4 Rd3+ 4.Ke4 Re3+ 5.Kd4 aRd3+ 6.Kc4 Rb3 7.Ra3 eRc3+
8.Kd4 Rd3+ 9.Ke4 Rh3 10.Kd5 Rh5+ 11.Kc6 Rxa3 12.b8Q Rc3+ 13.Kb6 Rb3+, and Bl wins.
1... Kxe6 est bien sûr une erreur et les Noirs doivent jouer 1... Ke7. Mais 5. Kd4? est fautif ; par 5. Kf4!, les Noirs sauvent la nulle. Voici respectée la correction de 1er
ordre, c'est-à-dire les conditions de réalisation de
l'impératif catégorique, soit l'énoncé
déclaratif « les Blancs jouent et font nulle.
» Pour autant, le finale perd-il son statut esthétique ?
Eh bien ! Il semble que la variante suivante puisse redonner quelque
élan à l'idée fondatrice. Remarquons d'abord que 1... Ke7 obstrue la 7ème traverse et interdit à la
d'attaquer le
. Partons du diagramme CIIa :

avant 7... Rf5+
CIIa |

avant 12... Rc1 13 Ra3!=
CIIb |
Il vient dans la ligne principale :
8. Kc6 Rc3+ 9. Kb6 Rb3+ 10. Kc7 Rfb5 11. Kc8 Rc5+ 12. Kb8
Il s'agit de la meilleure ligne d'attaque pour les Noirs [voir CIIb]. À partir de là, ceux-ci peuvent continuer par 12... Rc1 ; 12... Rh5(g5) ; 12... Kxe6. Voilà trois variantes où les Blancs annulent en sacrifiant la
; il y a d'autres variantes où les Blancs annulent par une sous promotion en
. Je pense donc avoir par là montré que la correction de 2ème
ordre - que j'appelle correction thématique -, est dans une large
mesure restaurée : on retrouve en effet l'élément
thématique qui est basé sur la fixation de l'une des
.
2. le phénix, comme représentation de la liberté
a. introduction
J'ai longuement évoqué l'oiseau phénix dans le poème attribué à Lactance. Son nom vient du mot grec joinix
qui désignait la couleur rouge en référence
à la légende sur sa mort et sa résurrection dans
les flammes. Selon Hérodote il serait d'origine
éthiopienne [la nigredo
des alchimistes]
et ; on rapporte par ailleurs qu'il se nourrit exclusivement de
rosée et qu'il ramène des herbes odorantes provenant de
lointaines régions pour les poser sur l'autel
d'Héliopolis, dans le but de les enflammer pour s'y
réduire lui-même en cendres. Sur le plan symbolique, il
représente l'immortalité de l'âme ou anima
de Jung et les Chinois voient en lui la conjonction du yin et du yang.
Autant dire qu'il se situe à la croisée des chemins,
entre transfert et projection :
« Cette
image, toutefois, n'est qu'une image orientale qui convient à la
vie du corps plutôt qu'à celle de l'esprit. L'Occident
apporte une autre idée. L'esprit réapparaît non
seulement rajeuni, mais aussi plus fort et plus clair. Certes, il se
dresse contre lui-même, consume la forme qu'il s'était
donnée et s'élève à une forme nouvelle.
Mais en rejetant ainsi l'enveloppe de son existence charnelle, il
n'adapte pas seulement une autre enveloppe. Un esprit plus pur sort des
cendres de la forme antérieure. C'est la deuxième
catégorie de l'esprit. Son rajeunissement n'est pas un simple
retour à la forme antérieure ; c'est une purification et
une transformation de lui-même... » [Stéphane Just, les catégories de la conscience historique, in La Vérité, n° 573, septembre 1976]
Cette idée de renouvellement dans un souci de dépuration
se retrouve dans la composition échiquéenne. J'ai
déjà eu l'occasion d'analyser des finales de Kasparyan,
reprises par le maître en raison d'incorrections. L'idée
est alors remise au creuset, exactement comme la prima materia des alchimistes.
« Dans son poème Sur l'oiseau phénix,
Lactance ajoute que la nature a humidifié et condensé ces
cendres avant d'y insuffler un germe pour les féconder et
engendrer un nouvel être. La renaissance de l'oiseau illustre, de
cette manière, une théorie ancienne de la création
que Lactance lui-même a développée au livre II de
ses Institutions divines, lorsqu'il explique, à la suite
d'Ovide, que les embryons tirent leur vie d'un « accord
discordant » entre les principes fondamentaux de la chaleur et de
l'humidité... » [Paul-Augustin Deproost, Les métamorphoses du phénix dans le christianisme ancien, Folia Electronica Classica (Louvain-la-Neuve) - Numéro 8 - juillet-décembre-juin 2004]
Au plan philosophique, je peux voir dans le fabuleux oiseau
phénix l'expression élémentaire de la
liberté. Comment en effet ne pas s'accorder avec Ovide sur le
fait d'une idée qui tire sa substance même d'un accord
discordant entre l'anima [chaleur]
et l'animus [humidité]
? Rappelons que la qualité intensive, au sens où l'entend Kant, réclame :
« ...
une responsabilité qui suppose, au moment de l'action, un
pouvoir [au sens d'un possible] d'agir autrement qu'on n'agit, donc, en
quelque façon, la liberté : ainsi la conscience de
la responsabilité enferme aussi celle de la liberté.
C'est pour résoudre cette contradiction, née du fond
même des choses, que Kant, avec un sens profond, traça une
distinction entre le phénomène et la chose en soi ; et
c'est là le centre même de toute sa philosophie ; c'est
son plus grand mérite d'avoir ainsi trouvé la clef du
problème. » [Schopenhauer, le Fondement de la morale..., §
10. - La théorie du caractère intelligible et du
caractère empirique dans Kant. - Théorie de la
liberté, p. 81, trad. A. Burdeau, Alcan, 1891]
La responsabilité implique un jugement de type
téléologique sur la volonté que je puis
dégager de la substance grâce au concept de Moi pur fichtéen [voir XI, 1].
Et c'est là où je puis faire intervenir la figure
symbolique du phénix comme intercesseur psychique entre les
opposés de la psyché dans lequels je trouve l'animus et l'anima,
pris respectivement comme principes d'entendement et de raison. Le
moyen de liaison, l'artifice de correspondance, je le trouve dans le
pouvoir qu'a l'intuition de réaliser une projection, et donc de
rendre possible les conditions de représentation
nouménale, au lieu que le phénomène demeure en
niveau de réalité substantiel, i.e. du transfert. Cette
authentique réflexion sur soi-même constitue le sens
ontologique que l'on est en droit de distinguer dans le merveilleux
oiseau phénix et que je vais tâcher d'illustrer par des
exemples pris dans le monde représentatif de la composition.
CIII est le 1er état de CII. On voit que le compositeur a
ajouté le
e afin de prévenir l'arrivée de la
sur la 8ème traverse en d8.
D. Gurgenidze - Tsereteli-150 JT, 1991

Les Blancs jouent et font nulle 3 + 4
[=0700.11c4f6]
CIII
Le diagramme de
CIII ne figure pas dans
EG, mais la position est mentionnée p. 342 [
EG, 111], avec le commentaire :
originally circulated, namely: c4f6 0700.11 d2a3b3.b7d4 3/4=. The given solution was:
1.Ra2 Rc3+ 2.Kxd4 Rd3+ 3.Ke4 Re3+
4.Kd4 aRd3+ 5.Kc4 Rb3 6.Ra3 eRc3+ 7.Kd4 Rd3+ 8.Ke4 Rh3 9.Kd5 Rh5+
10.Kc6 Rb1/i 11.Ra1 Rb2 12.Ra2 Rb3 13.Ra3 Rb4 14.Ra4 bRb5 15.Rf4+ Kg7
16.Rg4+ Kh8 17.Rh4, draw.
i) But David Blundell pointed out: "Bl wins with 10...Rxa3 11.b8Q Ra6+ 12.Kb7 (Kc7,Rh7+;) Rb5+."
La démolition donnée par Blundell assure le gain noir en 13 coups. Mais il y a plus : à partir du 11ème coup blanc, les Noirs peuvent prendre la
, entre le 11ème et le 14ème coup (!) avec un gain possible en 13 coups. Enfin, même dans l'hypothèse où les Noirs ne prennent pas la
, le gain est assuré en plus de 50 coups alors que la ligne principale est nulle selon Gurgenidze... Et le 14ème coup noir bRb5? est une faute qui assure l'égalité aux Blancs [il eut fallu jouer 14... Rxa4 -+].
Je souhaite revenir un instant sur le principe antinomique que j'ai évoqué supra [XI, 1]
relatif au concept de liberté formelle. Pour cela je dois en
premier lieu reparler du concept d'Absolu, tel que Fichte le
conçoit.
«
Le sens général des interprétations
proposées par M. Léon revient à défendre
Fichte contre le double préjugé qui incline sa
conception, de l'absolu vers le dogmatisme de l'ancienne métaphysique, ou qui accuse son idéalisme
d'être étranger à l'expérience. L'intuition
intellectuelle, dont parle Fichte, c'est-à-dire l'organe qui
saisit le principe un et absolu, n'est en aucune façon cette
intuition de l'Être en soi admise par les métaphysiciens
et supposé, par Kant lui-même, comme l'idéal de la
connaissance, inaccessible seulement à nos facultés
humaines; c'est l'intuition d'un acte,
de l'acte par lequel se pose la vérité. En outre cette
intuition intellectuelle n'est pas séparée en fait de
l'intuition sensible qu'elle conditionne ... » [Victor Delbos, à propos de : Xavier Léon, la Philosophie de Fichte. Ses rapports avec la conscience contemporaine, Paris, Alcan, 1902, in Revue Philosophique, t. LVI, 1903, pp. 209-215]
L'intuition d'un acte relève, aux Échecs, de
l'idée factuelle qui conduit à assurer qu'un coup est
soit meilleur, soit équivalent à un autre coup dans une
position qui semble stable au premier abord ; et pourtant, la
combinaison est là qui ne réclame que le secours de
l'intuition pour apporter la preuve immédiate du
caractère radicalement instable de cette position : c'est
là le caractère extraordinaire signalé par R. Reti
[voir II, 4].
Cette intuition relève d'un principe actif permettant à
l'aperception d'accéder au monde phénoménal et
notamment d'opérer une analyse expérimentale
fondée sur le contenu de la conscience réelle par la
subsomption, pour ainsi dire catégorielle, des lois de la
construction idéelle de la conscience. Il s'agit ici
d'élever à la hauteur d'un principe catégoriel le
concept même de l'intuition, bref d'en forger l'outil par lequel
le jugement vient peser une condition. À cela, il faut ajouter
que l'intuition ne sépare pas, à ce qu'il paraît,
l'intellect du sensible, observation que tout amateur d'études
peut apprécier à sa juste valeur. Si à
présent, j'envisage aux Échecs, cet aspect dual du dogme
et de l'idéal, je vois se profiler la vision d'Aristote [1, 2 - cf. X, 3] et celle de Platon.
« On saisit bien en particulier le rôle de l'imagination comme faculté intermédiaire entre la productivité infinie de l'action libre et les déterminations limitées
de la représentation objective. C'est en comprenant et en
approfondissant ce rôle de l'imagination que l'on peut construire
tout le développement de la conscience, jusqu'à
l'aperception du sujet par lui-même; mais à ce terme, il
apparaît que tout le problème de la connaissance ne tend,
à travers les transformations graduelles de son
énoncé, qu'à lever l'antinomie
du moi absolu et du moi limité, et que cette antinomie,
finalement insoluble pour la raison théorique, ne peut
être résolue que par la raison pratique... » [Delbos, op. cit., p. 211]
Delbos met bien en évidence cette dualité radicale qui sépare, quant au concept de moi absolu [l'Être-moi de Cassirer] et de moi limité [limitation qui peut prendre le masque de l'entrelacs, comme le complexe MOI - SOI - ÇA de Jung], la détermination [i.e. le conditionné] de l'existence [en soi = combinaison logique].
Et nous sommes placés, en la circonstance, au bord de la
métaphysique, dans cette zone de pénombre où seul
le caractère d'ABSOLU permet de séparer ce qui est déterminé en
tant que cela existe de ce qui est simplement posé en tant que cela
est conçu [cf. G. Lebrun, Kant et la fin de la métaphysique, IV, 5 - remaniement des concepts, l'existence, p. 176, op. cit.].
Comment traduire, par l'étude d'Echecs, semblable dual
spirituel, si ce n'est, précisément, par assimilation de
l'idée à l'IMAGE d'une idée, son fantôme,
véritable spectre de Broken, pure vision en somme ? C'est ici
que je souhaite en revenir au phénix.
b. à la recherche du phénix
J'ai dit tout à l'heure que le phénix tire son origine
mythique de l'Ethiopie. Quand l'heure de la mort vient à sonner,
il s'envole pour la terre d'Égypte et se consume. Il s'agit
là de la double image d'une sublimation suivie d'une
calcination, autrement dit d'un changement radical de forme. Enfin, le
phénix renaît de ses cendres : les alchimistes y voient la
réincrudation ou fixation radicale de leur Soufre
; les psychologues, avec Jung, y voient le symbole des processus de
transfert et de projection qui sont comme des superstructures
éidétiques permettant de concevoir le sens des
inter-actions entre MOI et SOI. Quant
aux philosophes; si l'on s'en tient à Kant et Fichte, on peut
supputer qu'ils y voient l'ensemble des moments qui président
à la représentation phénoménale en tant
qu'elle est d'abord perçue [sublimation = transfert =
] puis intégrée [calcination = projection =
] dans le creuset [crux]
de la psyché. Cette intégration ne se fait pas d'un seul
tenant, puisqu'on décrit là encore des moments :
intuition, induction, déduction, etc. qui sont comme les
aiguilles des minutes sur le trajet de l'idée qui, à
minuit, sonne l'heure de la conceptualisation lorsque l'aiguille des
heures [la Raison] rejoint pour un nouveau cycle, celle des minutes [l'Entendement].
Eh bien ! Cette image du trajet temporel rejoint le vol du
phénix dans un processus qui est superposable à celui que
Jung distingue comme l'Être-là [Cassirer], l'Absolu en somme, de notre MOI; ce processus est l'individuation [cf. Aurora consurgens].
On comprendra qu'il n'est point facile de trouver des
équivalents, aux Échecs, de ce processus. Pourtant,
Harold Lommer, grand compositeur et ami d'André Chéron,
auteur des 1234 Endgames Studies
avec Sutherland, n'a pas hésité à écrire,
sur le sujet, un article que Roycroft a inséré dans sa 13ème livraison des EG.
Cet article est magistral et constitue une apologie de la
sous-promotion itérative. Tous les aspects du phénix sont
évoqués, y compris - chose étrange ! - certains
aspects réservés qui ne sont connus que de
spécialistes qui ont lu Hérodote... Ce n'est pas,
toutefois, cet aspect du phénix que je retiendrai dans cette
étude, mais bien celui de la résurgence de la
combinaison, de celle qui est remployée dans une étude
plus aboutie, marquée par le criticisme inhérent au
principe fichtéen de la liberté. Avant d'analyser ce
principe que j'ai abordé en XI, 1, je vais donner un exemple d'étude phénix.
Genrikh Kasparyan
Shakmaty v SSSR 1935 - 1 Preis

Les Blancs jouent et font nulle 7 + 7
[=4371.32g1e3]
CIV
C'est dans
Etjudy Stati Analizi [pp. 22-23, n° 21] que l'étude est insérée. La ligne principale :
1. Nf4 Qxg3+ 2. Ng2+ Ke4 3. Qxa4 Qh2+ 4. Kf2 Qg1+ 5. Kg3 Qf2+ 6. Kh2 Qg3+ 7. Kg1 =
induit un échec perpétuel dès le 3ème coup noir 3... Qh2+ qui se poursuit par un carrousel. Cette poursuite incessante rappelle une autre position où la
est remplacée par un
,
mais le principe de base est superposable. D'ailleurs, cette
étude est l'une des premières publiées par
Kasparyan :
Genrikh Kasparyan
Shachmatny Listok 1930 - 3 Preis

Les Blancs jouent et font nulle 5 + 9
[=3434.15b3a5]
On la trouve dans Etjudy Stati Analizi [pp. 15-17, n° 6] et elle a été analysée par Chéron dans LHE [III, p. 238, n° 1830].
Chéron a pensé que la ligne principale donnée par
Kasparyan n'était pas suffisante pour assurer le gain,
après :
1. Nc6+ Ka6 2. Nxb4+ cxb4 3. Ra2+ Rxa2 4. Kxa2 b3+ 5. Ka3 Bb2+ 6. Kb4 Ba3+ 7. Kc3 Bb4+ 8. Kb2 Bc3+ 9. Ka3 =
Le coup litigieux, pour Chéron, est : 7. Kxa3 !? qui après 7... d1=Q 8 Qg2! conduirait à la nulle. Autrement dit, il y aurait dual. C'en est au point que Chéron a ajouté à CV un
en f3 et un
en f4. Le phénix qu'il conçoit est une étude
où peuvent survenir sept pats successifs. Kasparyan
répond à Chéron dans Etjudy Stati Analizi [pp. 16-17] où il montre que le gain noir est aisé après :
8... Qc1+ 9. Kxb3 Qb1+ 10. Kc3
b4+ 11. Kc4 (11. Kd4 Qb2+ 12. Kxe3 Qc3+ 13. Kf2 b3-+) 11... b5+ 12. Kc5
Qc2+ 13. Kxb4 Qb2+ 14. Kc5 Qc3+ 15. Kd5 b4 -+
Ce finale est, quoi qu'il en soit, problématique. En effet, ce n'est pas au 7ème coup qu'un dual obhère la correction de CV, mais bien au 8ème coup, par : 8 Kxb4 d1=Q 9 Qe4! et les Noirs ne peuvent plus gagner . Chéron signale aussi ce dual [mais donne 9 Qg2? comme annulant alors que seul 9 Qe4! assure l'égalité]
mais cette fois-ci, Kasparyan ne répond pas... Autrement dit,
Chéron a raison de signaler un dual mais il se trompe dans la
solution tandis que Kasparyan n'analyse pas la variante posant
effectivement problème ! La correction que Chéron apporte
à l'étude est parfaitement valable et évite le
dual 8 Kxb4. Voici présentées côte à côte les deux positions résultant de CIV et de CV au coup critique du dual.

après 6... Qg3+ =
CIVa |

après 7... Bb4+ =
CVa |
Et alors que dans CVa, 8 Kxb4 crée un dual, en revanche dans CIVa, 8 Kxg3? perd. Mais, les Noirs pour annuler n'ont nullement besoin de proposer l'échec perpétuel en offrant la
dans CIVa ; il s'agit du moyen le plus court et surtout c'est le plus spectaculaire.
On voit, par ce type d'exemple, ce que je veux dire quand j'entends
parler d'Échecs et de phénix. Pour les Anciens, le
phénix est le symbole de l'immortalité de l'âme ou
de l'année qui renaît aussitôt après avoir
terminé son temps ; c'est l'image mythique et archétypale
que les psychologues et les historiens ont tiré de la fable et
dont les alchimistes ont fait le serpent Ouroboros, symbolisé
par la nigredo
.
Dans la composition échiquéenne, j'y vois la
résurgence d'une idée qui, d'abord incomplète,
instable, mal aboutie du fait d'un appariement bancal entre
l'entendement et la raison, provoque une tragédie : la
démolition d'une étude, c'est-à-dire
l'anéantissement de l'énoncé déclaratif qui
pose sa raison d'être. Ce peut être une démolition
de type I [incorrection formelle] ou de type II [incorrection
thématique qui aboutit en fait au type I compte tenu que le
noumène n'apparaît point ou qu'il se dissout dans la
substance phénoménale]. L'incorrection
thématique de l'étude doit être distinguée
soigneusement de l'incorrection thématique du Problème [voir Chéron, EA, op. cit.] car dans le premier cas, l'incorrection relève du FAIT tandis que dans le second cas, elle relève du DROIT.
Pour prendre un exemple dans le domaine musical, le Problème
trouve son image dans un mouvement fugué où chaque
voix doit être à sa place ; dans l'étude, si le
contrepoint n'est pas absent, du moins, les lignes d'arborisation ont
à voir avec les sections orchestrales de bois, de vent ou de
cordes et l'on y distingue une liberté, en somme, dont j'ai eu
maintes fois à relever l'absence dans le Problème. Pour
être plus précis ou ne pas donner l'impression d'une
certaine injustice, j'ajouterai aussitôt que le parfum
dégagé par le Problème enivre autrement que celui
de l'étude et que la conception même du temps y est
radicalement différente : dans le Problème, la position
est pour ainsi dire déjà spatialisée au lieu que
dans l'étude, elle se situe dans le temporel,
c'est-à-dire dans la mobilité : elle réclame la solution [la clef] de sa fixation.
« L'homme, dit Kant, et en général toute créature raisonnable, existe, comme fin en soi, et non pas simplement comme moyen pour l'usage arbitraire de telle ou telle volonté » [Fondements de la métaphysique des moeurs, sect. II cité in Paul Janet, op. cit., p. 581]
Il serait excessif d'extrapoler dans la forme ces propos de Kant, mais
dans le fond je puis y voir quelque rapport avec la différence
radicale qui sépare le Problème de l'étude. Le
Problème est une fin en soi et toute position initiale de Problème
est là, qui abonde en ce sens : le monde de la partie [i.e. le
phénomène] est définitivement supprimé. Tel
n'est pas le cas de l'étude où je suis en droit de
deviner l'arbitraire où la Volonté, par
représentation, veut et doit trouver la forme, c'est- à-dire l'En soi [l'Être-là de Cassirer et le numineux de Jung].
Mais je vais donner un exemple d'une classe d'études tout
à fait extraordinaire, la classe [0321.00 ou 0163.00] parce qu'elle conduit
à des positions limites ; dans certains cas, on peut
considérer qu'elles forment une sorte d'horizon temporel dont il
paraît difficile de prendre la mesure. Chéron écrit
:
«
König und ein Turm verlieren in der regel gegen König, zwei
Läufer und einem Springer. Dagegen macht der Turm in der regel
remis gegen einen Läufer und zwei Springer : er hat dann die
Möglichkeit, sich gegen den Läufer abzutauschen, da zwei
Springer nicht mattsetzen können. » [LHE, I, p. 292]
et propose dans le LHE [IV, p. 264, Nr. 2045] une création de Kasparyan. Je débuterai par ce finale.
Genrikh Kasparyan
Schachmatny v SSSR 1960 - 2 Preis

Les Blancs jouent et font nulle 2 + 4
[=0163.00g2e8]
Le commentaire que donne Kasparyan dans Etjudy Stati Analizi [pp. 126-127, n° 194] étonne par sa brièveté au regard de la complexité de la position. La clef 1 Re3+
amène en peu de coups un état de fixation des
pièces mineures engagées par protection mutuelle et la
nullité est assurée par l'opposition médiate des
Rois, la
ou le
empêchant le
d'aller en d2 où le gain serait assuré.
1. Re3+! Kf7 2. Re1 Nc4 3. Kh3! Nb2 4. Kg3! Kf6 5. Kh4! Kf5 6. Kg3! =

avant le dual 4 Kg3 ou 4 Rf1+ =
CVIa |

avant le dual 7 Rh1 ou 7 Rf1 =
CVIb |
Toutefois, l'analyse montre un dual de type a - CVIa - par 4. Rf1! qui assure également la nulle. Kasparyan n'envisage que la variante : 4. Kh4? et Chéron, malgré une analyse approfondie, ne donne pas ce coup. Il considère 4. Kg3 comme le seul coup permettant d'assurer la nulle. À noter une erreur d'analyse de Kasparyan qui donne : 7. Rf1 comme perdant alors que ce coup permet la nulle, après : 7. Rf1 Kg5 8. Rh1(g1) Kf6 9 Kf2(f4!) = . Il y a donc un autre dual dans la ligne principale - cf. CVIb. On trouvera dans 2545 un chapitre sur la classe 0312.00 avec des exceptions à la règle de nullité [il s'agit dans la plupart des cas d'études de Rinck, chapter 3 - Two Knights and Bishop trap Rook, pp. 185-193, N° 843-893].
Après cet exemple, je peux poser la question de l'arbitraire
substantiel pris comme schème phénoménal de l'intuition du
sensible. La réponse à cette question me donnera des
éléments d'amplification concernant le concept de
liberté formelle appliquée à l'étude dans la composition échiquéenne. Hegel, dans les Principes de la philosophie du droit [1821],
définit d'abord la liberté comme une abstraction,
c'est-à-dire a priori comme une hypostasie de l'entendement
privé de raison et, ipso facto, de jugement. Voilà qui est poser la différence entre théorie et praxis et le corollaire : en quoi le pragmatisme peut-il être lié à l'esthétisme ?
3. théorie et praxis
Kant, dans la CRP, Introduction de l'Analytique des principes,
professe que la théorie concerne des objets
représentés soit comme concept soit comme objet de
l'intuition. L'image que la Raison s'en fait n'est pas la même ;
en effet le sensible n'y est pas engagé également en tant
que l'argument causal fait a priori défaut dans l'un [intuition] alors qu'il subsume l'autre [concept]. Cet argument causal, je le trouve dans la Volonté [XI, 2].
« ... je puis cependant penser la liberté
c'est-à-dire que l'idée n'en contient du moins aucune
contradiction, dès que l'on admet notre distinction critique de
deux modes de représentation (le mode sensible et le mode
intellectuel), ainsi que la restriction
qui en dérive relativement aux concepts purs de l'entendement
et, par conséquent, aux principes découlant de ces
concepts. » [Kant, CRP, préface de la 2ème édition, trad. J. Barni, op. cit.]
La brisure implicite que l'on sent dans cette remarque de Kant,
touchant à la restriction critique des domaines de la
représentation, conduit en apparence à une impasse. Or,
le chemin peut être détourné ou mieux dire
décalé par l'introduction de la Volonté. C'est ce
que donne à penser Philonenko, quand il examine le mouvement
pendulaire [introduction à Schopenhauer, une philosophie de la tragédie, p. 34-35, Vrin, 1980] qui fait osciller la raison, incessamment, entre rationalisme et illuminisme. Il ajoute :
« Le scepticisme est donc la vertu essentielle de la réflexion - mais non de l'intuition - la prudence. » [Philonenko, introduction, etc. p. 35, op. cit.]
L'antinomie formelle que j'ai déjà relevée [XI, 1]
procède de cette brisure que signale Kant touchant aux
modalités du sensible et de l'intellect ; déjà la
Volonté en but à l'imaginaire divise a priori
le sens du jugement en matérialisme et idéalisme
où se séparent les courants fondateurs de toute
philosophie. Dans la composition échiquéenne, quel sens
peut bien avoir dans ce contexte, le pragmatisme esthétique ?
Kant nous répond que :
« Si
donc on conçoit un jugement comme rigoureusement universel,
c'est-à-dire comme repoussant toute exception, c'est que ce
jugement n'est point dérivé de l'expérience, mais
que sa valeur est absolument à priori. L'universalité empirique n'est donc qu'une extension arbitraire de valeur : d'une proposition qui s'applique à la plupart des cas on passe à une autre qui vaut pour tous les cas... » [CRP, Introduction, II, op. cit.]
Pour saisir la portée de cette citation, si je reprends le
formalisme élémentaire propre aux Échecs, je vois
que le jugement possède effectivement une valeur universelle en
tant qu'il est réglé [au sens de légiféré] et que ce jugement [de position] est fondé sur des objets pensés à partir d'une théorie fondée sur le concept de devoir [respect de l'énoncé déclaratif].
Cette conception du devoir, restreinte à ce domaine, permet de
se convaincre de la possibilité de concilier l'ordre des choses [que l'on comprenne l'ordre du monde]
et la liberté d'action, partant d'en revenir à la
conception fichtéenne de l'instance phénoménale de
la liberté [Considérations destinées à rectifier le jugement du public sur la Révolution française, J. Barni, Paris, 1858].
Cette restriction, loin d'être une entrave, se trouve être,
aux Échecs, à la base même de l'expression
nouménale de la combinaison logique. Elle est à la base,
dis-je, de cette « action première
» où s'exprime le caractère numineux dans
l'intuition du sensible et qui trouve sa représentation dans
la manifestation de la liberté formelle [réalisation de la combinaison].
« La perfection architectonique exige qu'à la série idéelle se superpose la série réelle,
en laquelle d'une part le philosophe se contente d'observer le
mouvement de la conscience, partant de ce simple 'Faktum' et en
laquelle aussi la direction thématique sera inversée ; la
conscience remontant du très simple fait de la sensation
où se trouve toute entière incluse l'intuition
intellectuelle comme imagination transcendantale... » [A. Philonenko, l'oeuvre de Fichte, I, la première W.-L. 1794-1795, p. 31, Vrin, 1984]
Rapportée à l'étude d'Echecs, il est clair que le
souci de perfection formelle, contenant l'idée en tant que
formant de l'étude, découle de ce pragmatisme radical
où l'imaginaire est la condition première du fiat lux, de l'Anstoss [Fichte]
par quoi le noumène se révèle. Je vais donner un
exemple tiré d'une très belle miniature de Pogosiants.
E. Pogosiants - Molodoj Leninets [Young Lenin]
2-3 Preis 1976

Les Blancs jouent et font nulle 2 + 4
[=0163.00f3g8]
La position peut être consultée dans EG [47, III, p. 425, N° 2879] :
No. 2879: E. Pogosjants. Draws with the material are associated with the composers Rinck and Belenky.
1. Ke4 Bg2+ 2. Kf5 Bh4 3. Rd1 Sc2 4. Rg1 Se3+ 5. Kf4 Be7 6. Re1 Sd5+ 7. Kg3 Bb4.
"It looks as if W's resources are at an end, but there follows a wonderful wR manoeuvre, the result of which is
a positional equilibrium."
8. Re8+ Kf7 9. Re2 Bh1 10 Kh2 Bf3 11. Rf2 Bd6+ 12. Kh3 Sf4+ 13. Kh4/i Sg2+ 14. Kh3 Sf4+ 15. Kh4 Sg6+ 16. Kh3 Sf4+ 17. Kh4.
i) 13. Kg3? Bh5 14. Rxf4+ Kg6.
"The play is highly dramatic and abounds in niceties.
La clef 1 Ke4
met en branle le mécanisme qui va prévaloir tout au long
de cette miniature : les Blancs doivent se garantir contre un
échec direct et chacun de leur coup est forcé. Le
théâtre des opérations - véritable ballet -
évolue peu à peu vers un perpetuum mobile
par échec perpétuel. Voici à présent un
article de Kasparyan qui illustre à merveille le concept de
liberté formelle, via théorie et praxis :

Genrikh Kasparyan (1910-1995)
THEMES, THEMES - by International Grandmaster of Chess Composition G. M. Kasparyan (translation from the Russian by Paul Valois)
The First WCCT (1972-5) attracted many leading composers and aroused considerable competitive interest. I repeat competitive interest. From the creative viewpoint such events bring little that is productive or progressive. This is my personal opinion. Consider the study themes Dl and D2. It seems to me that theme tourneys in general significantly reduce composers' creative opportunities, placing them in the narrow confines of a set theme, which makes it very difficult to compose outstanding work. This seems to be truer for study than for problem composition.
Theme Dl, set by H. M. Lommer, stipulated "Withdrawal of one or more W pieces from bK". This theme cannot constitute the real content of a study. It is abstract. The withdrawal of W pieces from bK of itself signifies nothing. In practically all studies W pieces are either moving closer to, or farther away from, bK. To be frank, we composers paid no attention to this factor, simply ignoring it. When Soviet composers began working on the Dl theme, I said jokingly
"Why not take a ruler and measure the length of the withdrawal move? And how will the length of the withdrawal move affect the quality of the study?"
Of course this was in jest. But there is something in it. Naturally, in the final account the value of a study will depend not on the degree of W piece withdrawal, but on more important factors originality of idea, good exploitation of material, unexpected manoeuvres, beauty of finale and other factors. The element of withdrawal moves is just a formal requirement. I think that the theme will find few exponents.
Theme D2, set by GM Y. Averbakh, stipulated- "2 W pieces which during the solution form a battery against bK (or another Bl piece) subsequently form a second battery, in which the roles of the thematic pieces are reversed". This theme is more concrete than Dl But here too one feels the restriction of creative possibilities. When I set about composing a study on the D2 theme I came to understand the following full well. Quite a few studies with batteries like that existed. The majority of these studies concluded with the win of a Bl piece. I realized that to use these well known and standard devices would give no chance of success. The thought came to me to use the batteries to achieve a positional draw. Thus arose D233 (ie, the anonymous 33rd serial number identifying Kasparyan's D2 entry to the judge, viz. No. 2829 in EG 47) It is worth adding that the late IGMCC L. I. Loshinsky said after seeing my
study,
"This study could be used for theme Dl as well after all wR and wB withdraw from bK, and approach again".
This comment of Loshinsky's reinforces the point that a formal examination of the study shows that the theme Dl does appear in it whereas of course the real
theme is positional draw involving batteries. To be honest, I derived
no real satisfaction from composing D233. Why? Because the
artificiality of the set theme restricted the imaginative
possibilities, put barriers in the way of interpretation.
Two set themes, both intended to inspire new and interesting
compositions (leaving aside the competitive aspect). But, was that aim
achieved? I think that the tournament produced little from the creative
point of view. The competitors had to expend a great deal of time and
energy but little of genuine value resulted. And another point. There
is a multitude of study themes, and one can artificially devise new
ones. But is it necessary to place such narrow restrictions on
composers in such tourneys? It is much more pleasant for the composer
to compose as he
wishes, without limitations. The ordinary type of tourney, where all
contestants can compose without conditions or restrictions, or the need
to improvise, is much better. Even team tourneys can be conducted
without set themes. It's simply done: each team nominates its
representatives, numbered 1, 2, 3 and so on (for 2-ers, 3-ers,
more-movers, studies and so on). Or there can be 2 representatives per
category. I think that in this way the standard of composition will be
improved. And surely this is the basic aim of all tourneys.
A.J. Roycroft, en postface à l'article de Kasparyan, semble
douter de ce qu'un compositeur n'ait pu éprouver de plaisir
à l'écriture de D233 ; surtout, Roycroft reste convaincu
du lien existant entre toutes les études par le biais de la
forme. Quoi qu'il en soit, nous sommes placés, par les
réflexions du compositeur, encore une fois, au coeur du
problème consistant à d'un côté
privilégier la forme au dépends de la liberté ou,
d'un autre côté, à force de liberté non
contrainte, à voir des études qui dérivent
radicalement vers le Problème [voir certaines études de l'école néo-romantique de Gurgenidze et Kalandadze, cf. supra, notamment l'exemple +0700.45h4a5 au demeurant exceptionnel].
Nous sommes, au vrai, confrontés à un moment rare, celui
de la composition, où s'entrelacent théorie, critique,
imaginaire, idée matrice, goût, jugement, désir,
apparition et sens du sublime ! Toutefois, ce confinement ne remet pas
en cause le but de l'ensemble : la représentation du sensible.
Et c'est là que resurgit le transcendantal comme
médiateur de tous ces schèmes, en tant qu'ils sont
considérés comme formants de l'imagination
esthétique. Aux Échecs, la liberté formelle ne s'exprime
jamais mieux que lorsqu'un coup est pur de but, c'est-à-dire
lorsqu'il pare, je le rappelle, une menace ; plus encore, lorsqu'il est
le seul coup qui soit à l'origine d'une manoeuvre volontaire. Le
but est atteint lorsque l'impression est donnée que la manoeuvre
est tout autant volontaire que forcée. Alors oui, le sublime
n'est pas loin et la liberté prend un sens qu'on ne lui
connaît, d'habitude, que dans les affaires humaines. Le jeu
d'Échecs n'apparaît-il pas alors comme le miroir de la vie ? Quoi qu'il en soit,
cette transition me permet d'évoquer Fichte et Hegel dans ce
qu'il nous laissent de plus beau dans leur oeuvre. Hegel traite ainsi de la définition abstraite de l'esprit :
« (l'Esprit) est conscience mais aussi son objet.
C'est en ceci que consiste l'existence de l'Esprit : avoir
soi-même pour objet... L'Esprit parvient à un contenu
qu'il ne trouve pas tout fait devant lui, mais qu'il crée en se
faisant lui-même son objet et son contenu... Ainsi, de par sa nature, l'Esprit demeure toujours dans son propre élément - autrement dit, il est libre. » [Hegel, la Raison dans l'Histoire, II. La réalisation de l'esprit dans l'histoire, i. la détermination de l'esprit, trad. Plon, 1965, 10/18, p. 74-75]
J'ai eu l'occasion de dire à plusieurs reprises qu'aux
Échecs, l'observateur trouvait à la fois son sujet et son
objet parce que le jeu d'Échecs est un système clos.
L'argument de Hegel - l'esprit est libre parce qu'il demeure dans son
élément - peut sembler paradoxal ou redondant. En fait,
Hegel propose un monde, en l'occurrence celui de la culture, où
l'esprit se sublime afin de se connaître lui-même comme
liberté et comme accomplissement de la liberté. Il s'agit
là d'une opération en miroir ou en cercle dans laquelle
le réel et sa représentation se subsument l'un l'autre en
décalages incessants. Hegel considère que la
liberté est la substance de l'Esprit et il aurait pu ajouter que
le temps était son ÊTRE ou plutôt son SENS. Et lorsque nous parlons du temps, l'espace n'est jamais très loin. Hegel ajoute :
«
La matière est pesante dans la mesure où existe en elle
une tendance vers le centre... Elle est une juxtaposition
d'éléments et cherche son unité; elle cherche donc
son contraire et s'efforce de se dépasser elle-même. Si
elle y parvenait, elle ne serait plus matière; elle serait
abolie comme telle. elle tend vers l'idéalité, car dans
l'unité elle est idéelle. » [la Raison dans l'Histoire, op. cit., pp. 75-76]
Si l'on fait abstraction de cette force agissante ex nihilo
où s'exprime un positivisme désuet, il reste l'argument
téléologique et en cela, on peut tenter un rapprochement
avec l'arbitraire substantiel [XI, 2b]
pris comme base de l'intuition pure du sensible dont l'on doit tirer la
représentation. Si je reprends le monde de la composition aux
Échecs, je considère un système qui s'avère
clos et dans lequel l'ordre des choses recouvre l'ordre de la raison
d'être en tant que logique et ontologie s'y trouvent
entrelacées. À partir de là je tâche d'y
chercher sens et information en vue d'y dénicher
l'élément téléologique. Chédin
écrit là-dessus :
«
Un beau portrait est celui qui délivre... le schème
esthétique d'une forme où s'opère en permanence la
synthèse immédiate de toutes ses expressions
particulières. Non pas l'invariant abstrait des variations, mais
celles-ci créant d'elles-mêmes leur indéterminable
identité. » [Olivier Chédin, Sur l'Esthétique de Kant, IV.essai d'application de l'esthétique critique - l'apparition de la présence, p. 87, Vrin, 1982]
Réflexions qui rejoignent, par effet de résonance, celles
de Hegel par le biais de la notion d'une contradiction essentiellement
inhérente à la vie de la pensée : toute
affirmation de l'esprit l'entraîne à l'affirmation
contraire. Cette contradiction peut être dépassée
par la compréhension de cette présence du manque
où l'aperception est placée : comment joindre
l'entendement en tant que perception phénoménale de la
Raison en tant qu'instance métaphysique ? aux Échecs, ce
point de liaison s'appelle la combinaison logique. L'exemple suivant
sera suivi de considérations sur Fichte.
Genrikh Kasparyan
Theme 2 WCCT 1972-5 - 1st Place

Les Blancs jouent et font nulle 9 + 6
[=3140.63g2c7]
CVIII
Ce finale a d'abord paru sans le
b4 ainsi que Roycroft le rappelle dans le commentaire paru dans EG [47, III, January 1977, p. 409] :
No. 2829: Genrikh M. Kasparyan (USSR). Theme 2 read: in the course of the solution 2 W pieces form a battery (directed either at bK or any other Bl piece) and later the firing piece and the rear piece exchange functions. Judge:
Grandmaster Yuri Averbakh (USSR). "The first impression of this position is that W is helpless After
1. Re1 Bxd5+/i 2. Kf2/ii Qh8 3. e7 Pf7 4. d5 Qxh7,
his main hope, wPh7, is lost. But just at this moment the play begins.
5. Rg1.
Because of the threat of 6. e8Q Bxe8 7. Rg7+, Bl has no time to play ... f4. The necessary reply is
5. ... Kd7/iii.
But anyway W plays
6. e8Q+ (Rg7? Qh8) Kxe8.
And now we have an astonishing position, in which the changing of the batteries alternates!

avant 7 Rg7 =
CVIIIa
7. Rg7 Qh8 8. Rg1 Qf8 9. Bg7 Qg8 (Qe7; Re1) 10. Ba1/iv Qh7/v 11. Rg7 Draw."
i) 1. ... Kb6 2. Kf2 draws.
ii) Not 2. Kh2? Qe8 wins,
iii) 5. ... f4 6. e8Q Bxe8 7. Rg7+ Qxg7 8. Bxg7. 5. ... Kb6 6. e8Q Bxe8 7. Rg7 Qh8 8. Rb7+ Kxb7 9. Bxh8. 5. ... Qe8 6. Rg7 Qh8 7. Rg1.
iv) 10. Bc3? Qh7 11. Rg7 Qh8 12. Rg3 Qf8 13. Bg7 f4. 10. ... Bf6? Qh7 11. Rg7 Qh8 12. Rxf7 Qg8.
v) 10. ... Bg6 11. hg Qxd5 12. g7 Qg8 13. Bc3 draw.
As first published there was no wPb4, and this allowed Bl to win here
by 12. ... Qc5+ 13. Kf1 Qb5+ 14. Ke1 Qb1+ (Qa5+? Ke2) 15. Kf2 Qb6+ 16.
Kf1 Qa6+ 17. Kf2 Qa7+ 18. Kg2 Kf7 19. Kh2 Kg8 (A. G. Kopnin in 64, ix.76).

avant 17... Qa7+ -+
CVIIIb
Kasparyan donne CVIII dans Etjudy Stati Analizi [pp. 184-185, n° 303]. L'ajout du
b4 permet de parer l'attaque de la
qui démolit l'étude en CVIIIb, comme l'indique A.G. Kopnin dans 64.
Le thème de la combinaison est basé sur une domination
réciproque à bascule, qui est exposée dans CVIIIa. Le
dans cette manoeuvre ne peut aller ailleurs qu'en a1 : 10 Bf6? conduit en effet à un finale perdant. Dans CVIII, la question de la liberté formelle se pose avec le 1er coup noir :
Rien n'indique que l'un soit meilleur que l'autre au plan purement formel. Après 1... Qh8 2. e7, le choix se fait entre 2... Bxd5+ qui retombe sur la ligne principale qui est celle de la combinaison logique tandis que 2... Qxg7 conduit à la nullité, quelle que soit la variante, par échec perpétuel. Toutefois, 1... Bxd5+ oblige le
à se poster en f2 qui est une case stratégique dans la combinaison logique : 2 Kf2! interdit en effet 9... Qe7 dans CVIII. L'avant-plan de cette menace peut être nettement perçu dans la variante suivante, résultant de la 1ère version de Kasparyan, sans
b4. Comme 10. Ba1 est impossible, voyons ce que donne 10. Bd4 Qh7 11. Rg7 Qh8 12. Rg4 Qf8 13. Bg7 et les Noirs gagnent après 13... Qe7 parce que la
ne peut plus se poster sur la colonne e.

avant 13... Qe7 -+
CVIIIc
Idem si les Blancs jouent :
10. Bc3 Qh7 11. Rg7 Qh8 12. Rg3 Qf8 13. Bg7 f4! -+ parce que la prise de la

se fait sur échec. Si les Noirs jouent
1... Qh8, la réponse des Blancs
2. e7,
forcée, n'impose plus la combinaison logique. Dans cette
étude, c'est donc sur les Noirs que repose le choix formel de
l'amorçage de la combinaison logique. Et ce choix ne reposant
sur aucune autre modalité que la Volonté, il semble bien
qu'il y ait là une incorrection thématique. On remarque
la contradiction entre la liberté en soi et l'argument formel
dans cet exemple.
«
Il ne fait donc aucun doute que le rapport « agere-facere »
applique à l'art et la nature le rapport « imagination-
entendement » de la réflexion esthétique
(comme aussi l'activité d'une imagination qui
schématise (= facere) sans concept (=
agere)). L'opus (facere) représente
évidemment le concept, c'est-à-dire l'unité.
L'identification de l'effectus (agere) à l'intuition
(imagination) est presque aussi patente. L'effectus naturel est ce
qu'on ne peut se représenter comme résultant de la
préconception d'une fin. C'est donc ce qui est sans règle
(ou dont on ignore la règle), soit le divers. Si l'oeuvre d'art
était toute produite d'un facere, le divers de l'intuition serait entièrement subsumable sous la règle d'un concept... Au contraire, si ce divers était dépourvu de règle,
c'est-à-dire absolument non régulier, plus aucun rapport
ne serait possible entre les facultés, donc plus aucun jeu... » [
Olivier Chédin, op. cit., IX. Agere - Facere - Apparaître, hasard et nécessité, p. 202]
Le finale de Kasparyan est une bonne illustration de ces propos de
Chédin puisqu'il est évident que la combinaison logique,
dans
CVIII,
peut
ne pas apparaître après la correction que Kasparyan a
effectuée, en sauvant l'édifice par l'ajout du

b4. Hélas, l'ajout du

fait baisser l'intensité du jeu et montre, comme le dit
très bien Chédin, que l'intuition n'est
décidément pas subsumable sous un concept. Ce que montre
CVIII est donc un appauvrissement de la forme [
au sens de Gestalt]
rendu nécessaire pour sauver l'impératif
catégorique. Je rappelle que la forme dont j'entends parler est
la configuration intime de l'objet idéel pour l'intuition du
sens interne [
i.e. du sensible],
dicté par le sens de la position qui, à cet égard,
se révèle analogue à ce qu'écrit Kant quand
il assure :
«
... qu'il convient de distinguer les belles choses des belles apparences
des choses (qui souvent en raison de la distance ne peuvent être
nettement distinguées). En ce qui concerne ces dernières,
le goût semble
moins s'attacher à ce que l'imagination saisit en ce champ
qu'à ce qui lui procure alors l'occasion de se livrer à
la poésie, c'est-à-dire aux visions proprement imaginaires,
auxquelles s'occupe l'esprit, tandis qu'il est continuellement tenu en
éveil par la diversité qui frappe son regard. » [
Critique de la faculté de Juger, §22 Analytique du Beau (244), trad. A. Renaut, GF, 1995, p. 224]
Par rapport à l'idée qui l'a conduit dans
CVIII,
Kasparyan a été obligé de modifier la
position par l'introduction d'un élément qui ne fait plus
que sauver l'apparence de la combinaison, ou pour mieux dire, qui masque son
identité. Hélas, c'est l'identité même de la
position qui se perd ainsi, en ce qu'elle estompe la
nécessité du coup
1... Bxd5
qui initialise la domination réciproque. De fait, c'est bien
plus l'apparence de la combinaison que sa nécessité qui
persiste et cet affaiblissement formel autorise les Noirs à
choisir ou non d'installer les conditions du noumène.
L'introduction du concept de liberté, par cette occurrence,
requiert l'entrée en scène de Fichte. Si je
considère, à nouveau,
CVIII, pour résumer, il y a deux choix possibles, l'un où le principe d'idéalisme de Kant est mis en action [
l'inconditionné numineux], l'autre où la fonction représentative [
selon Fichte] est limitée au
MOI, c'est-à-dire où nul élément de croyance [
détermination métaphysique] ne vient se mêler à la connaissance [
finalité ontologique].
XII. Dialectique formelle
1.
introduction
En terminant le chapitre précédent, j'ai relevé que dans l'étude
CVIII,
les Noirs au trait semblaient en définitive maîtriser la
liberté relativement à un choix. Que ce choix se posait
essentiellement entre la continuité et la rupture. Enfin, que la
continuité se portait dans le sens de la
phénoménologie, au lieu que la rupture
versait du côté téléologique, via
l'inconditionné. Le problème qui est posé, ici,
est de savoir si les choix se valent de fait ou en droit. Autrement dit
si, parce que je juge qu'un choix [
une variante]
est meilleur, l'est-il en réalité ? Puis-je aller
sûrement au-delà de l'argument ontologique sans pour
autant dériver vers le psychologisme ?
«
Incapable de distinguer un jugement vrai d'un jugement faux, la
psychologie en vient à poser le sujet comme la source des lois
de la nature, comme la source du monde. Ne s'avisant pas de son
incompétence dans la théologie du jugement, palier par
palier, la psychologie devient psychologisme et se propose comme
doctrine du monde. » [
A. Philonenko, l'École de Marbourg, I. Le retour à Kant, p. 20, Vrin, 1989]
Dans la
Doctrine de la science [
Wissenschaftslehere, 1804],
Fichte a emprunté le chemin qui avait été
tracé par Kant ; mais s'est-il avisé que le philosophe de
Koenigsberg, pour autant qu'il avait pu signaler des
fondrières, n'avait peut-être pas voulu en indiquer les
topoi ?
«
...
(Kant) se mit à scruter ce contenu, et découvrit un
certain nombre de représentations auxquelles il donna le nom de
formes transcendantales (espace, temps, catégories, etc.). Mais
ces formes, il se contenta de les énumérer, de les
classer, et renonça à les expliquer autrement qu'en les
rattachant d'une manière générale à
l'esprit, comme à leur producteur. » [
E. Beurlier, J.-G. Fichte, caractères de la philosophie de Fichte, p. 11, Bloud, 1905]
Mais j'adopte un langage finaliste et, somme toute péjoratif [
il présuppose, en effet, un but subalterne et non point essentiel],
alors que Kant a déjà la vision d'un monde revisité
par Newton, puisque le fonds de sa pensée est essentiellement
copernicien [
relativiste].
Mais une question se pose dans la mesure où
les réflexions de Kant sont fondées - qu'on le veuille ou non - sur
l'observation d'une opposition en droit [
radicale] entre la réalité [
entendez la vérité] de la science et la métaphysique [
entendez l'inconscient].
«
(Fichte) entreprend de déduire les lois de la pensée, c'est-à-dire d'établir que, étant donnée
l'essence de l'esprit, il devait produire les formes que nous
constatons en lui et du même coup d'expliquer le sentiment de nécessité qui accompagne les connaissances a priori... » [
ibid, p. 12]
Voilà qui se rapproche du concept d'archétype jungien [
pour une définition, voir le Songe de Poliphile, I et pour une analyse : Jung, Essais sur la symbolique de l'Esprit, le dogme de la Trinité, p. 206, trad. Albin Michel, 1991] et l'on peut considérer que le fondement de la pensée de Fichte n'est guère éloigné de
la Quadruple Racine du principe de raison suffisante [
Schopenhauer, 1813]
qui cherche à établir que le monde n'est qu'un
phénomène intellectuel. En effet, tous les principes,
ceux du devenir, du connaître, de l'être et de l'action, se
ramènent au seul axiome de raison suffisante, qui affirme que
rien n'existe sans une raison qui le détermine à
être ce qu'il est ; on retrouve ce sentiment de
nécessité qui procède de l'essence de l'Esprit. Ce
que l'on peut résumer par le fait qu'il n est aucune de
nos perceptions qui ne contienne de l
a priori. Autrement dit, il faut chercher l'intuition dans la projection de la perception [
cf. De la quadruple racine du principe de raison suffisante, trad. F.-X. Chenet, Paris, Vrin, 1991, p. 80-81].
«
Certes,
l objectivité d une succession temporelle
n est pas due à l application de la loi de
causalité, comme l affirmait Kant. Nous n attendons
pas d apercevoir un rapport causal entre deux
événements pour savoir que l un
précède l autre. Mais dans ce cas encore,
c est une forme a priori, celle du temps, qui est à
l Suvre. De ce que toute perception contient de l a
priori, il découle que ce que nous percevons est simplement
phénomène. Il n existe aucun accès
immédiat à la réalité... » [
Arnaud François. La volonté chez Bergson et Schopenhauer. Methodos, 4 (2004), Penser le corps.
http://methodos.revues.org/document135.html]
Je peux essayer d'appliquer ces réflexions à
l'enchaînement des coups dans une étude : l'application de
la loi de causalité ne vaut que pour autant que j'y introduis
l'argument téléologique [
le meilleur coup est celui qui n'introduit pas de dommage pour mon camp et/ou qui en introduit pour le camp adverse].
Envisagée au plan ontologique, la causalité n'existe tout
simplement pas et elle ne vaut que comme représentation que s'en
fait le sens interne [
les TB de Nalimov examinent l'ensemble des choix].
Cette représentation est supportée par les formes
transcendantales qui mettent le sujet en rapport avec l'objet [
ordre des opérations = sensation - perception - entendement].
«
... tout objet n'est que par et pour le sujet. Affranchir du principe de raison suffisante
cette vérité initiale, voilà l'originalité
de son point de départ, voilà ce qui distingue sa
doctrine de toutes les autres et ce qui selon lui la rend
supérieure à la fois au Réalisme et à l'idéalisme. » [
Louis Ducros, Schopenhauer, les origines de sa métaphysique, Germer Baillière, Paris, 1883, chap. I p. 11]
Existe-t-il des exceptions à cette axiomatique qui
veut que tout objet ne soit que par et pour le sujet ? Et puis-je,
ainsi que je l'ai déjà exprimé [cf. notamment IV, 4 ; VI, 1 - 2 - 4 - 6 ; IX, 3], montrer qu'un objet en tant qu'il est à la fois
donné et pensé ne peut être affranchi de ce
principe de raison suffisante ? Exemple à l'appui, voici une
étude - où les vues esthétique et didactique se
complètent étrangement.
2. le principe de raison suffisante
Mais d'abord je veux poser les conditions dans lesquelles s'inscrit cet
exemple que j'ai en vue. Évoquer, sur ce ce point le principe de
raison suffisante, c'est aborder le problème de
l'idéalisme subjectif. Dans l'étude d'Échecs, ce
principe réclame, premièrement, de fournir une raison qui
rende compte purement et simplement de l existence de la
combinaison logique, et, deuxièmement, que cette raison soit
suffisante, i.e. qu elle permette de rendre intelligible non plus
simplement l existence de la combinaison, mais pourquoi [ou en quoi] elle existe de telle façon, et non pas autrement : c'est d'abord relever la question de l'identité par quoi une IDÉE est exprimée [unicité]. C'est aussi relever la question de la permanence de l'IDÉE [singularité] sans laquelle il est impossible de pouvoir tirer le noumène [la combinaison] de la substance [voir X, 1],
par manque d'individuation. C'est enfin, énoncer sa vérité, c'est-à-dire la correction de sa
projection factuelle dans le tissu échiquéen. Je reviens
sur ces trois points :
- identité ;
- permanence ;
- vérité.
Ces points se superposent, dans une certaine mesure, avec les postulats de la philosophie fichtéenne.
«
les principes métaphysiques du système ... sont au nombre
de trois et répondent aux lois de l'entendement, savoir les lois
d'identité, de contradiction et de raison. » [E. Beurlier, J.-G. Fichte, op. cit., les principes métaphysiques du système, p. 14]
Le 1er principe est absolument inconditionné en tant
qu'il est énoncé dans l'aperception sous une formulation
axiomatique. Il affirme que la combinaison logique existe en ce qu'elle
souscrit à la règle de l'énoncé
déclaratif. On comprend intuitivement que cette soumission
à la règle est impropre à assurer à la
combinaison la fonction d'inconditionné en tant que savoir et
connaissance sont « incongruents ». Si
donc l'identité gage la synthèse voulue dans la
théorie de l'expérience, en revanche elle ne recouvre pas les conditions de
sa correction qui doivent être cherchées dans un autre ordre
catégoriel [cf. Kant, CRP, Analytique transcendantale, 3ème section, §10 - des concepts purs de l'entendement ou des catégories, trad. Barni]. La loi d'identité A = A
énoncée par Fichte a été l'occasion d'un
malentendu et l'on y a vu comme la succession de propos redondants :
« ...
D'une part on a confondu philosophie et poésie. Le poète
peut bien dire : 'la terre est bleue come une orange', mais son dire
est expression d'un sentiment qui se situe radicalement en dehors de la
science et il le sait. » [A. Philonenko, l'oeuvre de Fichte, la première W-L 1794-1795, op. cit., p. 27]
Les mots ont été soulignés par Philonenko. Il fait
comprendre que le philosophe se situe pour ainsi dire au-delà du
miroir, dans la sphère idéelle où il organise sa
pensée en une libre dialectique. Mais il semble que l'on puisse
faire l'économie de ce reproche en considérant simplement
l'aspect successif du raisonnement de Fichte. En posant comme point de
départ de la recherche A = A et en affirmant, en cette égalité, un rapport X
de forme, Fichte rend possible l'inconditionné
métaphysique conçu d'une part en droit par
expérience et d'autre part en fait, par prédicat.
« ... et (le philosophe) transite par les énoncés
de la logique générale avec d'autant plus d'aisance en ce
sens qu'il sait que la logique générale, utilisée
comme organon, ne peut jamais produrie que des illusions. » [ibid, p. 27]
À partir de là, seulement, l'identité se
développe en tant que la possibilité d'un réel.
C'est ce que suggère Beurlier quand il ajoute :
«
... si A est, il est A. La deuxième (proposition) vaut
absolument, et par sa forme, et par sa matière. Non seulement le
Moi est identique à lui-même, mais il existe. Toutefois,
la vérité de cette existence du Moi n'est encore que
celle d'un fait. Il faut dépasser le fait, et aller jusqu'au droit. » [Beurlier, J.-G. Fichte, op. cit., p. 15]
Nous avons déjà vu un remarquable exemple de réduction factuelle dans l'article de Kasparyan [EG, I, 6, 1966, pp. 125-153, cf. I, 4] qui fait littéralement voir le moment où la conscience se pose EN SOI
dans l'acte créateur. Toutefois, vérité ne veut
pas dire réalité et l'on aura garde de faire siennes ces
réflexions
« Par là, en outre, on obtient la valeur de la catégorie de réalité. Tout ce à quoi est applicable la proposition A est A, a de la réalité. » [ibid, p. 15]
en se rappelant que les représentations logiques,
précisément, ne se réduisent en des
représentations factuelles, qui seules ont une
réalité ontologique, qu'autant qu'elles manipulent des
objets « de nature ». De là, le divorce entre
réalisme et formalisme qui ne cesse de se consommer et qui agite
les hommes au moins depuis Platon et Aristote...

