L’Escalier des Sages

Barent Coenders van Helpen

Livre I [chapitre II - ]


chapitre II.

Que c’est la volonté de Dieu que les Créatures raisonnables cherchent à connaître le Créateur par la connaissance des créatures. Que toutes les créatures proviennent d’un seul Dieu, comme tous les nombres de l’Unité. Description de Hermès Trimégiste de la création du Monde. Moïse de la création du Monde. Que Dieu est dit souvent d’être un feu.

françois.

Je vous ai entendu volontiers et vous remercie de tout mon cœur de la peine qu’il vous a plu de prendre ; ce ne sont pas seulement des lignes et des lettres desquelles vous avez discouru, et lesquelles doivent être considérées simplement comme des lignes et des lettres, puisque vous en avez commencé à faire une écriture laquelle démontre le grand Tout, non seulement avec la plume, mais même avec le compas et avec la règle : Vous ne sauriez non plus arrêter mieux vos pensées, ni aiguiser votre esprit qu’à des choses qui tendent à la gloire de Dieu, et qui sont utiles pour la procuration de notre salut éternel ; C’est aussi à ces choses là qu’on doit employer très particulièrement beaucoup de peine et de labeur, puisqu’on acquiert par-là des trésors qui ne périssent pas, mais qui sont divins et éternels ; C’est aussi la volonté du créateur, que les hommes, à qui il a eu la bénignité de donner une âme raisonnable, outre toutes ses autres créatures, apprennent à le connaître par la connaissance des créatures, afin que les hommes connaissants bien leur Créateur par la connaissance d’icelles, se rendent de plus en plus capable de l’adorer, de le servir et de le louer : Car il est impossible d’estimer grandement une chose qu’on ne connaît pas, et qu’on ne sait pas ce que c’est, comme la plus part des hommes (hélas !) ne savent pas ce que c’est Dieu : C’est une chose honteuse de le dire, et il le faut pourtant dire, puisque c’est la vérité ; ils sont provenus de Dieu, ils sont en Dieu, ils subsistent par Dieu, ils ne sont rien sans Dieu, et il faut qu’ils retournent à Dieu à la fin, puisqu’il est leur commencement et leur fin, étant pourtant sans commencement et sans fin, et encore ne connaissent-ils pas Dieu : n’est-il pas grandement à plaindre, que l’ignorance est si grande dans le monde qu’entre des milliers de personnes ils ne s’en trouvent pas quelquefois une qui connaisse bien son Dieu, son Créateur, ou son Premier Etre, et qui sait ce qu’il doit répondre, quand on lui demande ce que c’est que Dieu ? Comment telles gens trouveront-ils Dieu puisqu’ils ne le connaissent pas ? Comment estimeront, honoreront et loueront-ils Dieu vu qu’ils ne savent ce que c’est que Dieu ? Comment peut un lourdeau ou un paysan faire état de la pierre des Philosophes quand il ne sait pas ce que c’est ? Ne la dédaignera pas comme si elle était de nulle valeur ? encore qu’elle serait purifiée mille fois par le feu de purification des Philosophes, et qu’elle serait d’une valeur de cent mille millions d’Or ?

vrederyk.

Il en est ainsi comme vous dites, et il en a été de même il y a quelques milles ans, car il me souvient des paroles du plus ancien des Philosophes, savoir Hermès Trimégiste desquelles il s’est servi dans son Pimandre15, au Chap. 7. avec une très grande cordialité aux ignorant, et lesquelles je ne puis m ‘empêcher de réciter ici.

Ces paroles sont les suivantes :

O hommes étourdis qui avez bu le vin de l’ignorance lequel vous ne pouvez souffrir ! Mais le vomissez ! Vers où vous emportez-vous ? Soyez sobres et voyez avec les yeux du cœur : si vous ne le pouvez pas faire tous, voyez seulement vous qui le pouvez, car la perversité de l’ignorance surnage toute la terre et fait abîmer l’âme déplorable dans son corps, ne souffrant pas qu’elle aborde les ports du salut. Ne vous mettez donc pas en péril au grand flux, mais approchez le port de sauveté au travers des ondes contraires autant que vous le pouvez aborder. Cherchez le guide qui vous apprenne le chemin qui mène à la porte de l’intelligence ou est la lumière brillante sans aucunes ténèbres : où personne n’est ivre, mais où que tout le monde vit sobrement, et regarde avec le cœur celui qui veut être regardé, car il ne peut être ouï, prononcé, ni vu avec les yeux, mais avec le cœur et l’esprit ; Il faut que vous tâchiez de déchirer l’habit d’ignorance que vous portez, le firmament de la malice, le nœud de la corruption, le circuit ténébreux, la mort vive, la charogne sensible, le sépulcre que nous portons avec nous, le larron locatif, celui qui hait par les choses qu’il aime, mais qui est envieux par les choses qu’il hait. Tel est l’habillement ennemi lequel vous êtes couvert, qui te suffoque toi-même, que ne puisse recevoir la vue, et qu’ayant arrêté tes spéculations à la beauté de la vérité et le Bien qui repose en elle tu ne haïsses la méchanceté d’icelle après avoir pénétré ses embûches avec lesquelles elle l’épiée, faisant les choses qui semblent être visibles et sensibles, insensibles, et les étoupant de quantité de matière, et les emplissant d’une volupté abominable pour ne pouvoir ouïr les choses que tu devrais ouïr, et pour empêcher de voir les choses que tu devrais voir16.

françois.

Mon très cher, ne faisons pas de la sorte, et ne soyons trouvé parmi une troupe de pourceaux qui aiment la saleté, mais acceptons avec ardeur cette belle admonition de Hermès, ruminons la bien, imitons la pieusement, et montrons que nous aimons la pureté et que nous l’estimons outre tous les trésors du monde, puisqu’elle forte de la pureté même, vu que Dieu n’est que Pureté lui-même, et qu’aucune impureté n’est en lui : le soleil est pur et clair, et les ténèbres ne peuvent avoir aucun lieu en lui, puisqu’il est habité de la lumière de Dieu : et la Pierre des Philosophes est pure puisqu’elle est composée des rayons concentrés du soleil, et c’est pourquoi qu’elle ne souffre aucune impureté près d’elle, mais qu’elle transforme tout en pureté ; cherchons ceux-là particulièrement, et tâchons d’apprendre à les connaître, car le soleil est le Lieutenant du Grand Dieu au ciel, et la Pierre des Philosophes est le Lieutenant de Dieu sur la Terre, et c’est par connaissance de ceux-ci que nous pourrons apprendre à monter l’Escalier des Sages, et par icelui jusqu’à la connaissance de Dieu.

vrederyk.

Vous parlez fort bien : sed hic labor hoc opus. C’est-à-dire c’est là où gît la difficulté.

françois.

Il est bien vrai : mais vous savez aussi le proverbe, qui dit : Omnia Dii vendunt laboribus : et labor improbus omnia vincit. C’est-à-dire : Les Dieux vendent toutes choses pour le labeur : et que le labeur infatigable surpasse toutes choses.

Vous avez bien commencé à discourir : que comme tous les nombres sortent de l’Unité qu’ainsi toutes les créatures proviennent d’un seul Dieu ; touchant le premier vous l’avez démontré assez clairement, mais il me semble que le dernier doit être étendu un peu plus au large.

vrederyk.

Vous avez raison : j’attends cela de votre grâce, et ne doute pas que vous ne donniez à tous les amateurs de Dieu, de la nature de Dieu, et d’eux-mêmes, une très grande satisfaction par votre entretient.

françois.

Au nom de Dieu : je tâcherai de faire mon possible pour exprimer et pour mettre en lumière ce qu’il a plu à notre grand Dieu de communiquer par ses influences divines à ma chétive personne, qui ne m’estime qu’un petit vers de terre, écoutez dons si vous plaît.

vrederyk.

J’ai désir de vous entendre.

françois.

Mon très cher aimable ami : il faut que vous sachiez, que devant qu’il y a eu commencement d’aucune chose, qu’il n’y a eu rien autre chose que Dieu tout seul, qui a fait et créé toutes choses de soi, en soi, par soi et avec soi, lequel Dieu n’a pas d’autre propriété, nature, ni autre volonté, que de produire toutes choses parfaites, selon sa propre image, qui est la perfection même : car Dieu parla (dit Moïse en la Genèse) et c’était, et Dieu vit que cela était bon.

Le grand Dieu, étant tout en tout, et comme enceinte, laissa provenir en public pas son Saint Esprit la Lumière et les Ténèbres, qui sont le Ciel et la Terre, le pur et l’impur, (pour parler en tel terme, puisqu’au respect de la création il n’y a rien d’impur) étant combiné ensemble ; auquel l’Esprit de Dieu ayant été étendu, comme une âme dedans son corps, il l’a séparé, par sa vertu divine, en des choses hautes et basses, subtiles et grossières, spirituelles et corporelles, naturelles et supernaturelles, célestes et supercélestes : car le Saint Esprit de Dieu a fait paraître tout premier, dans son grand tout, les deux qualités contraires, savoir le Chaud et le Froid, lesquels étaient ennemis ensemble in gradu intenso, mais amis in gradua remisso.

Ces deux qualités contraires ont commencé tout aussitôt à travailler ensemble, et ont produit l’humidité et la sécheresse : De ces quatre sont provenu les quatre Eléments ; le Feu, l’Air, l’Eau, et la Terre : de ceux-ci sont sortis les Trois Principes : le Soufre, le Mercure ou l’Esprit, et le Sel ; et de tous ces susdits. Du premier Etre ; Des Deux Qualités contraires. Des Quatre Eléments ; et des Trois Principes ont tous les mixtes ou composés leur origine, aussi bien les célestes que les terrestre, aussi bien les purs que les impurs, ou les subtils que les grossiers, comme je donnerai l’honneur de vous enseigner ici ensuite et de bon ordre ; faisant comme vous, avec justice, mon commencement du Premier Etre, avec intention de tacher de clarifier, autant qu’il nous sera possible la lumière pour le présent fort couvert d’obscurité, et d’en chasser les ténèbres comme ses ennemis à une circonférence inaccessible à la vérité.

Voyons, mon très cher, ce qu’Hermès Trimégiste (qui a vécu environ un siècle et demi devant Moïse, selon Patricius) donne à connaître du Premier Etre de la nature de Dieu, et combien de désir qu’il a eu d’apprendre à savoir ce que c’était de Dieu et de sa nature, et auquel degré de perfection il a été illuminé, lorsqu’il parla avec l’Esprit de Dieu, quand Poemander17 (qui était l’Esprit de Dieu) lui demanda ce qu’il désirait d’apprendre et de savoir, et qu’il répondit : Je désire d’apprendre les Etres du Monde, d’entendre leur nature, et de connaître Dieu : Poemander lui parla alors, en disant : comprenez-moi derechef dans votre esprit, et je vous apprendrai ce que vous désirez d’enquérir. Hermès lui dit.

Lorsqu’il avait dit ceci, il transforma son idée, et le tout me devint manifeste dans un moment, et je vis une vision infinie. Il devint une lumière, laquelle était fort aimable et fort agréable ; peu après il s’en sépara une ténèbre fort triste et affreuse et laquelle se finissait à une courbure en forme de cercle, tellement qu’il me sembla que la ténèbre se transforma à une nature humide étant inexprimablement confuse, laquelle faisait sortir d’elle une fumée comme de feu, et une résonance triste.

Il en sortit par après une vois confuse, laquelle je croyais être la voix de la Lumière.

Une sainte parole monta en après hors de la lumière sur la nature, et le feu pur s’éleva en haut de la nature humide, et il était léger, subtil, et de grande puissance.

L’Air, qui était aussi léger, suivait l’Esprit, et monta de la Terre et de l’Eau jusqu’au feu, comme s’il était suspendu sur icelui.

La Terre et l’Eau demeurèrent mêlées ensemble, en sorte que la Terre ne pouvait pas être vue à cause de l’Eau, et elles recevaient la motion de la Parole Spirituelle qui était épandue sur icelle.

poemander

Poemander me dit alors : avez vous bien entendu cette vision, et ce qu’elle signifie ?

hermès

Je parlais : J’y penserai.

poemander

La Lumière, je le suis, l’Esprit, votre Dieu, qui est devant la Nature humide, qui a paru hors des ténèbres : la Parole qui luit hors de l’Esprit : le Fils de Dieu.

Le Père de toutes choses (l’Esprit étant Lumière et vie, mâle et femelle) a procréé l’homme son semblable, et l’a animé, lequel croyait de comprendre avec son esprit la puissance de celui qui a la place de sa résidence dans le Feu, et c’est pour cela que l’homme est outre tous les animaux devenus d’une composition double, à savoir mortel selon le corps, et immortel à cause de l’homme substantiel.

Mais l’homme est devenu de la vie et de la lumière à une âme et un Esprit : de la vie à une âme, et de la Lumière à un Esprit, et il est demeuré dominant ainsi par-dessus tous les membres du Monde sensuel, jusqu’à la fin du but, et générant.

Ecoutons encore son sermon sanctifié : Dieu dit-il, et la Divinité, et la nature divine, est la gloire de toutes choses.

Dieu est le commencement et l’Esprit, et la Nature, et la Matière, et l’Opération, et la Nécessité, et la Fin, et la Rénovation de toutes choses.

Car il y avait des ténèbres infinies sur l’abîme, et l’Eau et l’Esprit intellectuel subtil étaient comme cachés dedans le Chaos.

La Lumière sainte provenait, et les Eléments se sont séparés de la nature humide sur le sable, et tous les Dieux (ou Planètes) séparaient la nature séminale.

Et alors que le tout était auparavant sans ordre et sans préparation, le léger fut séparé à la hauteur, et le pesant fut établi sur le sable humide : et le feu entourait tout ceci : et lorsqu’il était suspendu, il fut porté de l’Esprit.

Et le ciel devenait visible en sept cercles, et les Dieux paraissaient par les Idées d’étoiles avec tous les signes d’icelles, et les étoiles furent divinisées et comptées avec les Dieux qui étaient parmi elles, et la circonférence devenait environnée de l’Air, et fut portée par l’Esprit divin d’un cours circulaire.

Les Dieux produisaient de leur propre vertu ce que leur était ordonné : et ils furent produit des animaux à quatre pieds, des reptiles et des volatiles ; toutes les semences fertiles, les herbes, fleurs, et l’herbe verte retenaient les semences de la génération elle-même.

Et aussi la génération des hommes pour la connaissance des œuvres de Dieu, et pour un témoignage opérant de la Nature, et pour la multiplication des hommes, pour la domination sur toutes les choses qui sont sous le Ciel, et pour la connaissance du Bien, et qu’ils croissent et se multiplient en quantité.

Comme aussi toutes les âmes dans la chair, et la sémination monstrueuse par le moyen des Dieux circulaires pour la contemplation du Ciel, des Dieux, des ouvrages divins, des œuvres de la Nature, et pour des signes des choses bonnes pour la connaissance de la puissance divine.

Comme de même toutes les générations de la chair animée, des fruits, des graines, et de tous les ouvrages artificiels, et les choses qui sont diminuées seront renouvelées par la nécessité.

Car toute la température du monde étant renouvelée par la Nature, c’est la Divinité ; puisque la Nature consiste dans la Divinité.

Or mon fils, j’écris ces choses ainsi par amour envers les hommes, et par devoir envers Dieu.

Car il ne se peut pas faire de devoir plus juste, que lorsqu’on observe les Etres, et que l’on témoigne de la gratitude à celui qui les a fait, auquel je ne manquerai jamais.

Tachez d’être doué de probité, puisque c’est icelui qui est le plus grand Philosophe, car il est impossible de la posséder sans Philosophie.

vrederyk.

La sainte Ecriture, les œuvres de Trimégiste et de tous les vrais Philosophes sont bien remplis de telles matières que vous proférez ici, mais vous faites pourtant for bien d’en faire quelque récit afin qu’on puisse voir combien que notre Philosophie concorde avec celle des Anciens.

françois.

Il est vrai : car au commencement du vieux Testament, Moïse le Prophète, parlant de la création du Monde au Premier chapitre de la Genèse, en fait aussi mention de cette sorte :

Dieu créa au commencement le Ciel et la Terre. Et la terre était sans forme et vide : et les ténèbres étaient sur les abîmes, et l’Esprit de Dieu était épandu par-dessus les eaux.

Et Dieu dit : Qu’il y ait lumière : et la lumière fut.

Et Dieu vit que la lumière était bonne, et Dieu sépara la lumière des ténèbres.

Et Dieu appela la lumière jour : et les ténèbres il les appela Nuit : lors fut fait du soir et du matin le premier jour.

Derechef Dieu dit : qu’il y ait une étendue entre les Eaux : et qu’elle sépare les Eaux avec les Eaux.

Dieu donc fit l’étendue et divisa les Eaux qui étaient sous l’étendue d’avec celles qui étaient sur l’étendue, et fut ainsi fait.

Et Dieu appela l’étendue Ciel : lors fut fait du soir et du matin le second jour.

Puis Dieu dit : que les eaux qui sont sous le ciel soient assemblées en u lieu, et que le sec apparaisse, et fut ainsi fait.

Et Dieu dit, que la terre produise verdure, herbe procréant semence, et arbre fructifiant faisant fruit selon son espèce, lequel ait sa semence en soi-même sur la terre, et fut fait ainsi.

La terre donc produisit verdure, herbe procréant semence selon son espèce, et arbre faisant fruit, lequel avait sa semence en soi-même selon son espèce.

Et Dieu dit : Qu’il y ait luminaires en l’étendue du Ciel, pour séparer la nuit du jour et soient en signes, en saisons, en jours et ans.

Et soient pour luminaires au firmament du Ciel, afin de donner lumière sur la terre, et fut fait ainsi.

Dieu donc fit deux grands luminaires, le plus grand luminaire pour gouverner le jour, et le moindre pour gouverner la nuit, et les étoiles.

Et Dieu les mit en l’étendue du Ciel pour luire sur la terre, et avoir gouvernement sur le jour et sur la nuit, et pour séparer la lumière des ténèbres : et Dieu vit que cela était bon.

Lors fut fait du soir et du matin le quatrième jour.

En après Dieu dit : que les eaux produisent reptiles ayant âme vivante : et que volatile voltige sur la terre envers l’étendue du Ciel.

Dieu donc créa des grandes baleines et toute créature vivante se mouvant, que les eaux avaient produites selon leur espèce, et toute volaille ayant des ailes chacune selon son espèce : et Dieu vit que cela était bon.

Adonc il les bénit, disant : fructifiez et multipliez, et remplissez les eaux en la mer : et que la volaille se multiplie en la terre.

Lors fut fait du soir et du matin le cinquième jour.

Outre Dieu dit : que la terre produise créature vivante selon son espèce, bétail et reptile, et animaux de la terre selon leur espèce, et fut ainsi fait.

Dieu donc fit l’animal de la terre selon son espèce et le bétail selon son espèce, et tout le reptile de la terre selon son espèce, et Dieu vit que cela était bon.

Outre plus Dieu dit : Faisons l’homme à notre image et selon notre ressemblance, et qu’ils aient domination sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux du Ciel, et sur les bêtes et sur toute la terre, et sur tout reptile qui bouge sur la terre.

Dieu donc créa l’homme à son image, il les créa à l’image de Dieu, mâle et femelle il les créa.

Et Dieu les bénit et leur dit : Fructifiez et multipliez et remplissez la terre, et l’assujettissez : et ayez seigneurie sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux du Ciel, et sur tous les animaux qui se bougent sur la terre.

Et Dieu dit : voici je vous ai donné toute herbe portant semence qui est sur toute la terre, et tout arbre qui a en soi fruit d’arbre portant semence, afin qui vous soient pour viande.

Même aussi à tous les animaux de la terre, et à tous oiseaux du Ciel, et à toute chose mouvante sur la terre, qui a en soi âme vivante, j’ai donné toute verdure d’herbe pour manger : et fut ainsi fait.

Et Dieu vit, que tout ce qu’il avait fait, était bon : lors fut fait du soir et du matin le sixième jours.

vrederyk.

Il est digne de remarque, que Poemander, ou l’Esprit de Dieu dit à Hermès : Qui a sa résidence dans le feu.

françois.

Il est bien vrai : mais vous savez aussi ce que David dit sur le même sujet, en parlant de Dieu : Qui tabernaculum suum posuit in Sole. C’est à dire : Qui a posé son tabernacle dans le Soleil.

Et que le tout puissant est appelé plus souvent dans la St. Ecriture une Lumière et un Feu, qu’aucun autre être, et qu’il est aussi bien souvent comparé à iceux, et ce, sans doute, à cause que la nature de la lumière et du feu est de soi-même mouvante, générante et reconsummante ; comme Moïse en fait mention au Deutéronome Chapitre : 4ème :

Le Seigneur ton Dieu est un feu consumant.

Et Exode chapitre 3. v.2. et 3 :

Et l’ange du Seigneur s’apparut à lui en une flamme de feu au milieu d’un buisson, et il regarda, et voici le buisson ardait au feu et le buisson ne se consumait point. Lors Moïse dit : je me détournerai maintenant et verrai cette grande vision, pourquoi le buisson ne brûle point. Adonc le Seigneur vit qu’il se détournait pour regarder, et Dieu l’appela du milieu du buisson : etc.

Exode chapitre 14. v. 24.

Et advint en la veille du matin que le Seigneur étant en la Colonne de feu et nuée, regarda sur le camp des Egyptiens, et étonna le dit camp des Egyptiens.

Exode chapitre 19. v. 18.

Et le mont Sinaï était tout en fumé, pourtant que le Seigneur descendit de dessus en feu, et la fumée d’icelui montait comme la fumée d’une fournaise, et toute la montagne tremblait fort.

Lévitique chapitre 10. v. 1. et 2.

Les enfants de Aaron Nadab et Abihu offrirent du feu étrange devant le Seigneur, lequel il ne leur avait point commandé : A donc le feu issit de devant le seigneur, et les dévora.

Nombre chapitre 6. v. 22, 23, 24.

Le Seigneur parla à Moïse, disant. Parle à Aaron et ses fils et leur dit vous bénirez ainsi les enfants d’Israël, en leur disant : Le Seigneur te bénie et te regarde. Le Seigneur fasse reluire sa face sur toi et ait merci de toi.

vrederyk.

Tout ce que vous rapportez ici, est bien très excellent, très plausible et ne doit être contredit de personne, puisque ce sont les paroles du Saint Esprit même prononcées par le Prophète et par le Père des Philosophes lesquelles découvrent avec assez de clarté l’obscurité de la création du Monde et des Etres composés : mais il me semble que la science et le maniement de la Pierre des Philosophes ne donnera pas aussi peu de lumière aux esprits ignorants à la connaissance du créateur et des créatures : Et puisque je sais fort bien que vous en avez lu quantité d’Auteurs qui en ont écrit savamment, qui l’ont aussi possédé assurément, et que vous avez vous-même passé beaucoup de temps et pris bien de la peine à la culture de la Terre des Sages, j’aurai bien de l’inclinaison de tenir propos avec vous de cet illustre sujet tant relevé et tant cherché.

chapitre III.

Si la science de la Pierre des Philosophes est véritable. Récit des Auteurs qui ont possédé la science de la Pierre des Philosophes. La vérité de la science de la Pierre des Philosophes tirée de la St. Ecriture.

françois.

ous le savez : j’en suis d’accord ; faisons en donc un commencement pour autant que le petit talent de notre connaissance le permet, et descendant de la Lumière inaccessible de Dieu le Créateur, tournons-nous vers les créatures, et demeurant pourtant arrêté à l’Unité, entretenons-nous quelque temps de la Pierre des Philosophes, de laquelle on a fait tant de bruit dans le Monde, et laquelle a été de tout temps, et est encore aujourd’hui tant recherchée des plus grands et des plus savant de toute la Terre, et voyons si nous avons juste raison d’oser dire que c’est par la science d’icelle que les Anciens Sages ont monté, et que les vrais savants modernes ont apparence d’approcher l’escalier des sages. Voyons donc premièrement s’il est conforme à la vérité que la Pierre des sages a été au Monde, et si elle y est encore : et puis en découvrons à l’un l’autre avec probité et avec sincérité nos sentiments et nos expériences.

vrederyk.

Je suis prêt de philosopher avec vous de cette matière tant pure et tant illustre ; de vous produire ce que j’en ai lu et entendu, et puisqu’il y a plusieurs années que j’ai aussi tenu infatigablement la main à la charrue, je vous promets de vous rendre participant avec candeur de mes expériences, et de vous montrer que je pourrais toujours vérifier mes paroles par des effets : si vous en faites de même, il y aura espérance que notre Dialogue ne sera pas inutile.

françois.

Hé bien, je ne ferai pas moins le devoir d’un homme d’honneur, et désire déjà de savoir, si vous êtes sur le vrai chemin ou point, et si vous avez consumé et perdu votre temps et vos dépend en vain avec tant d’autres ; mais devant que d ‘avancer jusqu’à là, voyons premièrement ce qui est la vérité de la chose, et ce que les vrais Philosophes en disent.

vrederyk.

J’en suis content : mais soyons auparavant d’accord lesquels auteurs sont acceptables pour les vrais Philosophes, et lesquels peuvent subsister pour tels, puis voyons et considérons, ce qu’ils disent de la Pierre des Philosophes, et finalement de quelle façon notre œuvre est concordant avec celui des Philosophes.

françois.

Fort bien ; qu’est ce qu’il vous semble de :

Hermès Trimégiste ?

De Moïse ?

De Morienus ?

De Calid ?

De Plato ?

De Pretrus Bonus Ferrariensis ?

De Johannes de Padua ?

De Geber ?

De Rafis ?

De Hamel ?

De Virgile ?

D’Ovide ?

De Bernardus Comes Trevisanus ?

De Basilius VAlentinus ?

De Sendivogius ?

De D. Tomas Aquinatus ?

D’Arnoldus de villa nova ?

De Raimundus Lullius ?

D………………………

vrederyk.

Cessez, je vous prie, de faire un plus grand récit d’auteurs, car j’entends bien que vous en avez lu les bon et les vrais : je les ai aussi lu la plupart et encore bien d’autres par delà, dont le nombre serait ennuyeux de réciter ici, poursuivez votre propos : si vous plaît.

françois.

Je poursuis, et vous prie d’avoir seulement la patience d’écouter ce que les bons auteurs profèrent unanimement de la vérité de l’être de la Pierre des Philosophes : Et Premièrement, ce qu’en dit :

Hermès.

In secundo septem Tractatuum.

Sachez, mon fils, que toutes les sapiences, qui sont dans le Monde, sont sujettes à cette notre sapience, car elle est acquérie et finie dans des Eléments admirablement cachés en elles.

Le même : Le livre des Philosophes, je vous l’ai appelé la clef de tous les biens.

Le même : Et ainsi aurez vous la gloire de la clarté de tout le monde.

Morienus.

Celle-ci est la science qui doit être le plus recherchée entre les autres puisqu’on peut parvenir par icelle à une autre plus admirable.

Le même : L’utilité de cet art est double : car elle orne l’âme d’une réjouissance bien heureuse et délivre le corps de pauvreté et de servitude.

Plato.

Celle-ci est une lanterne d’un Sage comme une lumière luisante en sa vie : mais les enfants de la nature sont tourmentés dans un lieu ténébreux et sont privés d’icelle.

Hermès.

Il est vrai, sans menteries certain, et très vrai : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, pour considérer les merveilles d’une chose.

Morienus.

Ayant bien pris garde aux choses que je vous ai dit, et bien considéré les témoignages des Anciens, vous connaîtrez bien à découvert, que nous sommes tous d’accord, et qu’il est tout vrai ce que nous disons.

Aristoteles.

10 Ethicorum.

Il semble que les opinions des Sages sont consonantes. Ce pourquoi il n’est pas besoin, que personne, qui est savant es choses naturelles, vient à céder que l’Art de l’Alchimie n’est pas vraie, encore qu’il ne la sache, car il suffit d’avoir des témoins tels qu’Isocrates, Hermès et plusieurs autres.

Petrus Bonus Ferrariensis.

Cette science est plus noble que toutes les sciences spéculatives et pratiquées (excepté la loi, dans laquelle le salut de l’âme est étendu par la révélation divine) car presque tous les hommes qui ont dessein d’apprendre quelque chose, en quelles sciences que ce soit, ils les apprennent à cause de l’inclinaison qu’ils ont pour l’or ou pour l’argent, puisque c’est par iceux qu’on peut acquérir toutes sorte de nécessités. Puisque toutes les choses qui sont donc nobles d’eux-mêmes, sont plus à désirer et à choisir, que celles qui sont nobles à cause de quelqu’autre, ou par aventure, ce pourquoi, pour autant que cela est, cette science surpasse toutes les autres. Mais cette science, on l’apprend pour l’amour d’elle-même, à cause que l’or et l’argent intérieur et non pas l’extérieur, et l’inquisition de la vérité est en elle. Et puisqu’elle est un sujet noble, auquel toutes choses obéissent, et qui fournit toutes choses, elle est très noble.

Le même : Plusieurs anciens Philosophes affirment et apprennent, que cet art est très véritable et une suivante de la nature, et réglante la nature dans sa propre matière, jusqu’à la fin, selon l’intention de la nature, laquelle la nature seule ne pourrait jamais atteindre.

Le même : Toute l’opération est naturelle à raison de la génération et de la mixtion, mais au regard de l’administration elle est artificielle comme il paraît à la cuisson des viandes.

Sendivogius.

in Novo Lumine.

S’il y a quelqu’un qui doute à la vérité de l’Art, il n’a qu’à lire les écrit très abondants des très anciens Philosophes qui sont vérifiés par la raison et par l’expérience : auxquels il ne faut pas déroger la foi, comme à des personnes qui sont dignes de foi en leur art : si pourtant quelqu’un fait difficulté de les croire, nous savons qu’il n’y a pas à disputer contre une personne qui nie les principes.

Le même : Qu’elle prérogative auraient toutes choses dans le monde plus que les métaux ? pourquoi les séclurons nous seuls de la bénédiction universelle du créateur par la dénégation de la semence ?ce serait injustement, vu que la Sainte Ecriture affirme, qu’elle est donnée et communiquée, depuis le commencement du Monde, à toutes les choses créées : Si les métaux ont donc une semence, qui est ce qui sera si fol qui ne croie qu’ils peuvent être multipliés dans leurs semences ? L’Art de la Chimie est vrai dans sa nature, la nature est aussi vraie, mais il se trouve rarement un vrai artiste.

Le même : Toute chose qui est sans semence, au regard de sa composition, est imparfaite : celui qui n’ajoute pas foi à cette vérité indubitable, n’est pas digne de se mêler de faire inquisition aux secrets de la nature : car il ne naît rien dans le monde qui soit privé de semence. La semence des métaux est véritablement et réellement mise dans eux.

Johannes de Padua.

On ramasse toujours telle semence que l’on a semé, et on reçoit le double, puisque d’un seul grain on attend le fruit, et puis de ce fruit il y a d’autres fruits à espérer. Car moi Jean de Padoue, je jure à la dernière heure de ma vie, et veux mourir là dessus que cet Art tant excellent se trouve juste et véritable, comme elle est écrit ici sans aucune suppression, mais de mot à mot, de la main à la main.

Divus Thomas de Aquino.

In Tractatu de Lapide Philosophico.

J’ai séparé les Quatre Eléments de quelques corps inférieurs par l’aide de la nature et par artifice, tellement que j’avais chacun à part, à savoir, l’Eau, le Feu et la Terre : et j’ai purifié chacun à part soi autant que j’ai pu de leurs accidents, et ce par quelque opération secrète ; j’ai joint à la fin ce que j’avais dépuré, et il m’est venu une chose admirable, qui ne se laisse subjuguer à aucun de ces Eléments inférieurs. Car si elle demeurait toujours sur le feu, elle ne se brûlerait ni se transmuerait ou changerait jamais.

Un peu de cette Pierre rouge, jeté sur beaucoup de cuivre, parfaisait de l’or très pur.

Dieu soit bénit, qui a donné une telle puissance aux hommes, qu’étant imitateur de la nature, il peut changer les espèces naturelles et que la paresseuse nature opère cela de long temps.

Cette œuvre est bien vraie et parfaite, j’ai pourtant souffert un si grand labeur et tant de puanteur et aussi une si grande incommodité de mon corps, que je me résoudrai bien de ne recommencer jamais cette œuvre, à moins que d’y être contraint par la nécessité.

Qu’est ce qu’il vous semble, mon très cher, ces témoins ici seront-ils suffisant pour confirmer la vérité de la science des Philosophes, ou bien vous en plaît-il encore d’avantage ? je pourrai fort bien satisfaire à votre désir par le moyen de l’autorité de plusieurs centaines d’autres auteurs qui ne seront pas moindres que ceux que je viens d’alléguer.

vrederyk.

Monsieur, il n’est pas besoin que vous vous donniez cette peine là, et encore que je sois assez assuré de la vérité de la chose, sans l’allégation de tant de braves savants, je ne trouverais pourtant pas mal à propos de tacher de vérifier la science de la Pierre des Philosophes par le moyen de la Sainte Ecriture même.

françois.

Vous ne feriez pas mal, si cela se pouvait.

vrederyk.

Je ne sais si vous avez lu dans l’Exode de Moïse au chapitre 28 verset 30ème ce qui à mon avis, peu fort bien être appliqué à la Pierre des Philosophes.

françois.

J’ai bien lu et relu la Sainte Ecriture plusieurs fois, mais je ne sais si j’ai justement pris réflexion sur ce que vous avez dessein de proférer.

vrederyk.

Je vous dirai donc les paroles que notre grand Dieu parla à Moïse : Tu mettras au Pectoral de jugement Urim et Thummin lesquels seront sur le cœur d’Aaron, quand il viendra devant le Seigneur.

Or à cette heure, vous savez, que Urim est autant à dire que Lumière en Français, et Thummin autant que perfection.

Vous savez aussi que la Première matière ou le Menstrue des Philosophes (duquel, dedans lequel, par lequel et avec lequel, selon le dire des Philosophes, l’universel doit être fait) est une matière luisante, à laquelle les vrais Philosophes ont aussi pour cela donné le nom de Aqua glacialis lucida, qui est à dire : De l’eau glacée luisante : et que la dernière matière qui en doit provenir est l’Etre le plus parfait de tout le Monde, cela est aussi assez connu à tous les vrais Philosophes : et lorsque ce Urim est produit par la nature et par l ‘art jusqu’à l’être de Thummin, ou jusqu’à la perfection de la Teinture, il me semble que ma soutenue ici n’est pas fort égarée de croire que l’Urim et Thummin, que le Tout puissant avait ordonné à Aaron de les porter continuellement sur son cœur, ont été la Lumière commençante et la fin perfectionnée de la Pierre des Philosophes.

Je crois aussi que vous êtes d’accord avec Moi que Moïse à possédé la science du grand universel.

Voyons ce qui en est écrit chez Ezra au deuxième verset du chapitre huitième, du Livre Troisième : Tout ainsi que si tu interroge la terre, elle te dira, qu’elle produit beaucoup de matière terrestre pour faire les pots : mais pour faire l’or elle ne donne qu’un petit de poudre etc.

C’est par-là qu’il est à voir que l’Or a été fait en ces vieux temps par un peu de poudre. Et je vous prie quelle poudre peut ce avoir été autre que celle de la Pierre des Philosophes ? en Latin appelle Pulvis projectionis, et en Français Poudre de projection.

Mon très cher il ne faut pas entendre, qu’il est parlé ici de la poudre de la Terre vulgaire, mais de celle que la Terre des métaux produit par la conduite d’un vrai artiste.

Qu’est ce que nous en trouvons écrit dans le Livre second des Machabées au Premier chapitre, verset 18 et suivants.

V.18. Nous donc qui voulons faire la purification du Temple au vingt cinquième jour du mois de casleu il nous a été dit qu’il était nécessaire de vous le signifier, afin que vous solennisiez pareillement le jour de la fête des tabernacles, et le jour du feu, quand Nehemie offrit les sacrifices, après qu’il eut édifié le Temple et l’Autel.

V.19. Car quand nos pères furent menés en Perses, les Sacrificateurs qui alors adoraient Dieu, prirent secrètement le Feu de l’Autel, et le cachèrent en une vallée, là où il y avait un puits profond et sec : et le gardèrent là, tellement que le lieu fut inconnu à tous.

V.20. Et quand plusieurs ans furent passés et qu’il plut à Dieu que Nehemie fut envoyé du Roi de Perse, il envoya les neveux de ces sacrificateurs qui avaient mussé le feu, pour le requérir ; et comme ils nous ont récité, ils ne retrouvèrent point de feu, mais trouvèrent de l’Eau grasse.

V.21. Et leur commanda de la puiser, et de lui apporter : et le Sacrificateur Nehemie commanda que les Sacrifices qui étaient sur l’autel, et le bois, et les choses qui étaient mises sus, fussent arrosées de cette Eau.

V.22. Et quand cela fut fait et que le temps vint, que le soleil resplendit, lequel était auparavant couvert d’une nuée : un grand feu s’alluma si que tous s’en émerveillaient.

v.23. Et tandis que le sacrifice brûlait, tous les sacrificateurs faisaient oraison, Jonatan commençait, et tous les autres répondaient. etc.

Et au versets suivant :

V.31. Et quand le sacrifice fut tout brûlé, Nehemie commanda que les plus grandes Pierres fussent arrosées du demeurant de l’Eau.

V.32. Quand cela fut fait, la flamme s’alluma d’icelles : mais elle fut consumée de la lumière qui resplendissait de l’autel.

V.33. Et quand cela fut manifesté, il fut rapporté au Roi de Perse, qu’on avait trouvé de l’Eau au lieu ou les Sacrificateurs qui avaient été transportés avaient mussé le feu, de laquelle Nehemie, et ceux qui étaient avec lui avaient purifié les sacrifices.

V.34. Et quand le Roi eut diligemment examiné la chose, il environna le lieu de muraille, et le fit saint.

V.35. Et y donna grands biens et les y distribua.

V.36. Et Nehemie appela ce lieu là cepthar, qui est interprété Purification : mais de plusieurs Nepthar.

Et au troisième chapitre du même Livre est fait mention aussi bien de la Cendre Sainte que du Feu saint : car il est dit au :

Verset. 5. Or il y avait au même lieu une tour de cinquante coudées de haut pleine de cendres, laquelle avait une machine se tournant de toutes pars en bas en sallé.

V. 6. Celui qui était convaincu de sacrilège, ou qui avait commis quelque autre grand crime, était jeté de tous à la mort.

V.7. Or il advint que ce prévaricateur mourut de telle peine, sans être enseveli.

V.8. Ce qui advint justement : car pour ce qu’il avait commis beaucoup de péchés auprès de l’autel de Dieu auquel était le feu pur et la cendre, aussi lui-même a été condamné à mourir en cendre.

Voyez, mon bien aimé, s’il n’est pas très apparent que ce Feu Saint de l’autel n’a pas été le même qu’est la matière de la Pierre des Philosophes ? laquelle, étant séchée, est capable d’allumer en un moment les matériaux qui sont faciles à concevoir la flamme, et de causer en très peu de temps un feu prodigieux, comme celui qui est causé par l’éclair, là où cette dite matière ne se consume pas elle-même, mais devient par l’attraction de l’air une Eau grasse, laquelle est sans doute capable de faire toutes les opérations que l’Eau de l’autel a pu faire, de laquelle nous discourerons (Dieu aidant) plus amplement quand nous traiterons de la Matière de la Pierre ou du Menstrue des Philosophes.

Touchant la Cendre Sainte : il est aussi très apparent, que cela à été la cendre des Philosophes, puisqu’il se laisse séparer une Terre ou Cendre très fine de la matière des Philosophes très ressemblante à la Cendre des bois ou des tourbes pour l’aspect extérieur, laquelle peut être procurée par des circulations itératives de ses Eléments, de laquelle nous parlerons aussi plus au large lorsque nous tiendrons propos des Quatre Eléments, et spécialement de la Terre des Philosophes, laquelle peut être produite par le Nepthar ou Cepthar à une si grande pureté et à une telle perfection qu’elle est capable de faire les mêmes merveilles que les cendres de l’autel.

L’Or même, qui est le plus pesant de tous les métaux, peut être réduit, par cette purification ou Cepthar, à une cendre si fine et si légère qu’il peut même nager sur l’eau comme la cendre commune, de la même manière que Moïse a sans doute pulvérisé le veau d’or qu’il a épars sur l’eau comme il est a voir au Deutéronome Chap. 9. V.21 où il est dit :

Puis je pris votre péché que vous aviez fait, savoir le veau, et le brûlait au feu, et le brisait en le bien broyant jusqu’à ce qu’il fut menu comme poudre et jetais la poudre d’icelui au fleuve qui descend la montagne.

Il est ici à remarquer, en passant qu’il est dit : Je le brûlais au feu, et le brisait en le bien broyant jusqu’à qu’il fut menu.

Moïse aura sans doute se servi de la matière des Philosophes pour brûler le veau d’or au feu, pour le briser et pour le broyer ; à cause que l’or, comme vous savez, ne se laisse pas brûler, briser, ni broyer menu par d’autre voie que par celle du feu humide de la matière de la Pierre, comme nous dirons ailleurs.

Ne vous semble il pas que ce que nous avons dit ici pour la confirmation de la vérité de la Pierre des Philosophes, et qu’il y a plusieurs siècles qu’elle a été dans le monde, doit suffire ? Je suis autrement prêt de vous le vérifier encore d’avantage par des histoires de la vraie transmutation des métaux en or, qui sont même arrivées dans le siècle que nous vivons : mais puisqu’il me semble, que ce que vous et moi avons récité et allégué ici abondamment doit suffire pour des personnes qui sont douées d’un esprit raisonnable, et qui aiment la recherche de la vérité, je cesserai de douter avec tant de milliers de personnes, si la Pierre des Philosophes a été autrefois au monde et si la connaissance d’icelle y est encore, mais commencerai de parler avec une assurance indubitable de la Matière de la Pierre des sages.
 
 

chapitre IV.

De la Matière de la Pierre des anciens Sages. Récit du Labeur inutile de l’auteur. Le sentiment de l’auteur de la matière de la Pierre des Philosophes.
 
 

françois.

out ce que vous avez rapporté de la Sainte Ecriture est fort digne de remarque, car cela met le sceau sur notre discours, ceux qui ne se veulent pas contenter avec tout ce qui est dit ici, ils se pourront contenter de la façon comme il leur plaira, il nous en importe peu. Continuons de poursuivre notre intention, et voyons, ce que c’est de la vraie Matière de la Pierre des Philosophes et de quoi elle doit être préparée.

vrederyk.

Hé bien François, qu’est ce qu’il vous en semble ? Soyez franc et parler franchement.

françois.

En vous parlant franchement : je vous puis dire que j’en ai lu plusieurs Auteurs, et que j’en ai discouru avec beaucoup de personnes de ma connaissance qui ont aussi travaillé longtemps à la Chimie, et ai trouvé, qu’ils ont, aussi bien que moi, travaillé longtemps en vain avec le comte de Trévisan et avec une infinité d’autre tout en sauvage et sans aucuns fondements, et qu’ils ont fait des grands frais et des sottises innombrables es végétaux, Animaux et Minéraux, à cette heure dans un seul, après dans plusieurs ensemble ; aussi dans le Soufre commun, dans le Mercure commun, dans le sel commun, et dans une infinité d’autres sujets particuliers. Mais que je n’ai à la fin trouvé rien de meilleur que le Mercure double, qui est réduit par son père à une Eau laquelle le poisson Rémora rend toujours trouble, et dans un état qu’elle est capable de réduire tous les métaux et minéraux à leur première matière, et de là à un être meilleur qu’ils n’ont été : lequel double Mercure, sans addition d’aucune chose étrange, de lui-même, en lui-même, avec et par lui-même un sage artiste peut faire passer par la couleur noire à la blanche, et de là à la rouge : qui sont les trois couleurs capitales, par lesquelles il faut que la matière de la Pierre passe, selon le dire de tous les Philosophes.

vrederyk.

Vous dites là bien des choses en peu de paroles, et si vous y mettiez encore quelques-unes unes auprès, il ne vous ferait pas fort difficile de me faire à croire que vous possédez l’universel vous-même.

françois.

Non, mon très cher, je ne possède nullement ce haut secret, mais ce que je viens de dire, et ce que je tacherai de proférer ensuite, je le puis faire en homme d’honneur, et encore que je m’estime indigne de ce grand trésor des sages, je me trouve pourtant obligé de poursuivre mon entreprise, sous espérance que le St. Esprit arrosera mon dessein de sa rosée céleste ! Et vous, mon amis, n’avez vous pas aussi bien fait des choses et des sottises devant que vous étiez parvenu à quelque chose de bon ? ou bien n’avez vous encore rien qui vaille ?

vrederyk.

Non non, j’ai aussi quelque chose de bon, mais si je vous disais, que je n’ai pas employé un labeur indicible et que je n’ai pris une peine incroyable en vain, j’épargnerais la vérité : et pour vous montrer que je ne vous veux rien sceller, mais que je vous veux déclarer le tout en toute sincérité comme au meilleur ami que j’ai au monde, je vous supplierai d’avoir la patience d’écouter un peu combien j’ai été facile de croire les belles paroles des imposteurs, en combien de sortes de matières j’ai été occupé, et combien d’années j’ai été séduit : il est bien vrai qu’il me serait impossible de vous dire le tout, puisqu’on en écrirait un gros livre, ce qui n’est pas ici notre intention, je vous en raconterai seulement quelques-uns uns, et scellerai cependant les noms des séducteurs, encore qu’ils mériteraient bien qu’on les mette en publique : ceux pourtant qui auront lu de leurs livres les reconnaîtrons fort bien.

L’an 1654 étant en France j’ai eu la rencontre d’une Dame de Condition, qui disait avoir demeuré à la cour du Roi, et d’avoir reçu un secret du père défunt de son mari, pour faire grader l’argent en Or : moi, ayant été dès ma jeunesse curieux et désireux d ‘apprendre toutes sortes de sciences et de curiosités honnêtes, je m’adressais auprès de cette dite Dame, et après beaucoup de civilités j’obtenais autant de sa grâce, qu’elle me communiqua son eau gradante, laquelle n’était rien autre chose que de l’eau de pluie assemblée en temps d’orage d’éclair et de tonnerre, de laquelle il fallait amasser dix à douze pots, et la distiller tant de fois par-dessus les atomes d’argent de coupelle jusqu’à tant que tout l’argent fut gradé en Or : je faisais assembler cette eau susdite en France, et après que j’avais fait travailler longues années avec grand soin, selon l’ordre de la dame susdite, il n’en est demeuré rien que de l’eau et de l’argent de la même façon qu’on les avait joint ensemble ; je donne à penser à tous ceux qui ont la moindre connaissance, si ce n’était pas une très grande sottise de s’amuser à des choses si peu fondées, vu que l’eau de pluie n’a point d’ingrès dans l’argent, et qu’elle ne peu ensuite y faire aucune altération, et encore moins aucun amendement.

L’an 1656. un certain Liégeois s’est adressé à moi, proposant qu’il pouvait faire transmuer le vif argent en argent très fin, et ce en vingt et quatre heures de temps, et que cette gradation du vif argent étant une fois faite, que la même eau pouvait faire la même gradation plusieurs fois de suite avec un grandissime profit : il demandait pour cette science une somme de deux mille écus, mais moi, étant bien désireux de l’apprendre, je souhaitais de lui d’en voir une épreuve, devant que de m’engager avec lui d’aucune chose, il m’octroya ma demande, et mis dans une bouteille, (qui contenait environ deux pintes d’humidité) une once de vif argent dedans une eau qui paraissait claire comme de l’eau de roche, lequel se transforma en vingt et quatre heures de temps au froid en argent très fin de coupelle ; laquelle opération j’ai fait deux fois de suite de mes propres mains, et nonobstant que j’étais alors encore bien ignorant aux opérations chimiques, j’avais pourtant la prévoyance, qu’après avoir vu le Mercure coagulé en cristaux transparents, que je les pesais sur une balance, et après avoir aperçu que ces cristaux pesaient bien trois ou quatre fois plus que le mercure avait pesé avant, et qu’après la fonte il n’en sortait non plus d’argent que l’argent vif avait pesé, j’ai pourtant encore pu connaître pour alors autant, que la chose n’était pas sincère, sans en avoir pu donner aucune raison fondamentale ; ce pourquoi je l’ai considéré comme un trompeur, et n’ai pas voulu traiter avec lui : ayant pensé par après à cette affaire, j’ai trouvé que cette eau gradante (comme il disait) n’a été rien autre chose qu’une solution d’argent fin, et que le vif argent en a attiré autant d’argent comme il était environ pesant, lequel est envolé en fumée, avec les esprits de l’eau forte qui étaient coagulé avec lui lorsqu’on l’a mis pour le fondre, et ainsi laisse l’argent dans le creuset.

Le même avait aussi un secret, de priver le cuivre rouge de sa rougeur et de le blanchir, lequel il estimait aussi beaucoup ; ce qu’il faisait effectivement en jetant une poudre blanche sur le cuivre rougi au feu, car le cuivre devenait blanc mais cassant, et le borax qu’il jeta dessus en ressortait rougeâtre : mais puisque je remarquai qu’en jetant de cette poudre sur le cuivre il se garda fort de la fumée qu’elle causa, je n’ai pas voulu avoir à faire avec lui, jugeant dès ce temps que la fumée était vénéneuse, comme elle l’est véritablement, puisque cette dite poudre n’a été autre chose que de l’arsenic, comme j’ai expérimenté assez par après en des opérations pareilles.

Après ceci il m’a fallu converser quelques années (par ordre de mon patron) un certain vieux et vénérable Alchimiste Allemand, qui avait beaucoup labouré et expérimenté à la Chimie, et qui croyait aussi de posséder quantité de particuliers et des universels : mais hélas ! j’ai trouvé qu’il a su fort peu de choses de la science métallique. Car au commencement de sa conversation il me faisait travailler avec de l’esprit de sel armoniac sur des atomes d’argent, lesquels il fallait tenir longtemps en digestion sur un feu de lampe, lequel y devait grader beaucoup d’or, mais, j’ai expérimenté que l’esprit de sel armoniac a dissous avec le temps le cuivre, qui avait resté auprès de l’argent, et en avait fait une solution bleue de couleur Saphir foncé, et qu’il avait laissé l’argent sans être gradé aucunement.

Après cette belle opération m’a fait digérer longtemps de l’esprit de sel sur des atomes d’argent fin, et ce dans des matras d’argent fin, pour empêcher que les verres ne se cassent par le feu de lampe ; il n’en est rien venu qu’une chaux d’argent fort fusible à cause des esprits de sel qui y étaient concentrés, mais il ne s’y est pas trouvé de l’or gradé dedans : il a décrié cette chaux d’argent être un Mercure de Lune, et lui a attribué beaucoup de vertus, aussi bien pour les transmutations particulières que pour les universelles, mais il ne s’est rien trouvé à la réduction que de l’argent fin.

Celle-ci étant réussie comme auparavant, il m’a fait faire plusieurs fulmens, auxquels il faisait ajouter les métaux en forme de poudre, disant que les âmes des métaux passeraient par le moyen de ces fulminations, et que d’icelles on pouvait fixer des teintures : je n’ai trouvé par l’examen que des chaux des m étaux très fine qui étaient passées.

Que de l’or tonnant on pouvait tirer l’âme par la même méthode, et qu’alors on la devait fixer : mais vrai comme auparavant.

Que l’huile de vitriol digérée avec du tartre devrait produire une teinture : mais vanité.

Que par le moyen de l’eau forte cohobée par-dessus des cheveux d’hommes on pouvait procurer une teinture : mais ô teinture capable d’étreindre la vie des hommes, et de les mettre à mort par la puanteur épouvantable qui en sot !

Que de l’huile de soufre tout seul on pouvait fixer une teinture.

Que par le moyen du susdit Mercure de Lune prétendu joint aux cendres d’étain et cimenté avec des raclures de cuivre, le cuivre se devait changer en argent contenant beaucoup d’or : mais l’argent est la plus par évanoui sans laisser aucune apparence de l’or.

J’ai fait de telles opérations par centaines, lesquelles n’étaient qu’imaginaires, ni aucunement fondée sur des moindres fondements de l’art métallique ; jusqu’à, qu’au bout d’environ seize ans, un amis qui avait pitié de moi, et de mes labeurs infatigables, m’a présenté cordialement le vrai Menstrue des Philosophes lequel j’ai accepté avec joie, et avec un grand témoignage de gratitude.

Mais devant que je cesse à vous faire de mes opérations vaines, il faut que je vous sois encore opportun avec la narration d’une opération ou deux encore, lesquelles paraissaient extérieurement d’avoir quelque apparence de fondement.

Une bonne eau royale distillée par-dessus de l’Antimoine prend avec elle par l’alambic un Soufre très rouge qui devrait être une teinture pour les métaux.

Une solution d’or précipitée par une solution d’argent faite par l’eau forte, et le précipité étant dulcifié par l’eau commune devrait donner une teinture par la digestion.

Le vif argent étant digéré avec de l’or potable (comme il l’appelle) le vif argent se transmue effectivement en or très fin (comme il paraît) mais je n’ai jamais gagné mais bien perdu de l’or à des telles opérations : Il m’est arrivé entre autre, que j’avais fait une bonne partie de ce dit or potable, lequel j’avais mis dans une bouteille de porcelaine, sur laquelle j’avais appliqué un col long d’une fiole de verre ; y ayant versé une bonne quantité de vif argent dedans, je l’ai appliqué sur le feu libre, afin que (selon les ordres de Monseigneur. le Philosophe) le vif argent, en montant et descendant souvent, se pu fixer en quantité et avec bon profit : mais lorsque j’avais fait sublimer le vif argent la première fois au Col de ma bouteille, il s’y refroidit, et descendant en assez bonne quantité en bas sur l’or potable fondu et rouge du feu, sur lequel il était, ma bouteille de porcelaine se cassa en mille pièces d’étonnement, tellement que j’ai ainsi perdu ma bouteille de porcelaine avec mon or potable et mon vif argent, non pas sans grand péril de ma vie. L’auteur de cet or potable à fait publier par un livre imprimé, qu’il allait faire la démonstration de cette transmutation du vif argent en or publiquement à Amsterdam, et l’a fait aussi en la présence de plusieurs personnes de considération et d’étude, qui étaient venu pour ce sujet de Vienne en Autriche, de Frankfurt, de Dresde en Saxe, de Leide, de la Haye, d’Amsterdam, et de Frise lesquelles je pourrais bien nommer de nom et de surnom, puisque j’en suis le témoin oculaire, et ai entendu les discours et les disputes que ces Messieurs faisaient ensemble touchant cette transmutation du mercure en Or, et puis dire en vérité qu’ils ne l’ont tous considéré autrement, que pour une transmutation véritable de vif argent en Or, et qu’ils l’ont accepté tous pour telle avec grande admiration et applaudissement : pour ce qu’il me regarde, je l’ai aussi considéré longtemps après pour telle, et en ai fait la démonstration depuis à plusieurs personnes de condition, mais pour le présent, j’en ai un autre sentiment nonobstant que c’est quelque chose de bien rare de voir l’or joint au soufre par un sel Alcali.

Je cesserai ici à vous faire plus long discours de cette matière ; je vous ai seulement voulu faire connaître combien que le monde courre aveuglément à la chimie, combien il y en a qui passent pour des braves Philosophes, et même des Professeurs des Universités, qui n’ont pas la moindre connaissance de la transmutation des m étaux : et combien il y en a qui se gâtent de fond en comble eux-mêmes et quantité d’autres avec eux.

Je vous dirai à cette heure mon sentiment de quelle matière qu’il me semble que la Pierre des Philosophes doit être fabriquée, et puis je tacherai de vous confirmer mon sentiment par l’autorité de quantité de très excellents auteurs.

Il est très vrai ce qu’il vous a plu de dire de la matière de la Pierre des Philosophes ; je sais aussi fort bien, qu’elle a son origine du vif argent, mais la plus grande difficulté que nous aurons, consistera en cela, de quelle façon il faudra préparer ce vif argent pour le rendre propre et capable d’effectuer tout ce qui en est dit et écrit.

Il m’est fort bien connu aussi qu’il faut que le Mercure soit lavé plusieurs heures durant de ses saletés et de ses impuretés noires, qu’il soit séché, amalgamé, distillé, sublimé et préparé d’une telle manière qu’il puisse par une vertu aimantine attirer à lui les rayons du Soleil et de la Lune, et qu’il les puisse rendre corporels devant qu’il puisse mériter le vrai titre de la matière de la Pierre.

Je tiens donc pour certain et pour un fondement inébranlable, que la matière de la Pierre, ou le menstrue des Philosophes ne peut être fait hors le royaume minéral, ni particulièrement sans le vif argent, et qu’icelui vif argent est la base seule, sur laquelle tous les ordres des colonnes de toute la Nature, du règne minéral se reposent.

Nous parlerons en son temps, de quelle façon ce dut argent vif, peut être réduit, par l’aide des deux autres Principes, savoir par le soufre et par le sel, en un tel état, que la naissance glorieuse et incorruptible de la Pierre des Philosophes en doive suivre par la seule circulation et conversion de ses Quatre Eléments propres sans addition d’aucune chose étrangère.

Vous pourrez poursuivre si vous plaît avec l’allégation des Auteurs, et moi je demeurerai cheminer avec constance sur l’unique chemin que mon amis m’a enseigné, et sur lequel j’ai trouvé conforme à la vérité tout ce que les Philosophes ont écrit du maniement de la matière de la Pierre des Philosophes.

chapitre V.

Due c’est une seule chose de laquelle la Pierre des Sages se doit faire, et éprouvé par les vrais auteurs. Des noms étranges desquels la Pierre des Philosophes est nommée. Confirmation des auteurs, que la Pierre des Philosophes est faite d’une seule matière, et d’une seule manière et disposition. Que le Menstrue ou la matière de la Pierre des Philosophes comprend en soi le nombre parfait de Dix.
 
 

françois.

ort bien : j’entends bien autant, que vous n’avez pas été endormi en votre temps non plus, et que vous n’avez pas épargné vos mains moins que moi à les noircir en maniant les charbons ; que vous avez aussi pris de la peine assez ; et que nous demeurons jusqu’à présent tout doucement d’accord touchant la matière de laquelle la Pierre des Anciens Sages doit être préparée : Tachons à cette heure de vérifier avec une grande quantité d’auteurs irréprochables, ce que nous avons soutenu, et éprouvons tout premier que ce ne doit être qu’un seul etre lequel contienne-le tout depuis le commencement jusqu’à la fin.

Voyons ce qu’en dit :

Hermès Trimégiste in Tabula Smaragdina :

Quod est superius est sicut id quod est inferius, et quod inferius sicut id quod superius, ad considerandum miracula rei Unius : et sicut omnes res fuerunt ex uno meditatione unius, sic omnes hæ res creataæ sunt ex una jac re adaptatione. etc.

C’est à dire : Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas comme ce qui est en haut, pour considérer les merveilles d’une chose, et comme toutes choses ont été d’un par la médiation d’un, ainsi toutes ces choses sont créées de cette une chose par approbation. etc.

Zenior Zadith : in digressione autoris ad alia.

Sophismata sapientum dicunt : Res nostra est ex una re : non opinetur aliquis quod sit ex una re, sed ex diversis quæ præparatæ factæ sunt unum.

C’est à dire : Les devises provoyants des Sages disent : Notre affaire est d’une chose : Qu’on ne pense pas qu’elle soit d’une chose, mais des choses différentes, lesquelles préparées sont faites une chose.

Le même : Est unum quod non moritur quamdiu suerit Mundus, et vivificat quodlibet mortuum, et manifestat colores occultos, et celat manifestos.

C’est à dire : De l’opération de la Teinture : Il y a une chose qui ne meure pas tant que le Monde dure, et qui vivifie toute chose morte, qui rend les couleurs cachées manifestes, et les manifestes cachées.

Bernhardus.

In re non variant autores, cum illa semper sit unica, sola, et eadem materia et ejusdem semper naturæ, in qua nihil ingreditur quod non sit extractum ab ea, et hoc quod ipsi proximum, et de sua natura est.

C’est à dire : Les auteurs ne varient pas dans la chose, vu qu’elle est toujours une, seule et la même matière, et toujours d’une même nature, dans laquelle il n’entre rien qu’il ne soit tiré d’elle, et ce qui lui est le plus proche et de sa nature.

Frater Ferrarius.

Lapis unus est, medicina una in qua totm magisterum consistit, cui non additur res extranca aliqua, neque minuitur nisi quod in præparatione superflua removentur.

C’est à dire : C’est une même Pierre, une même médecine dans laquelle tout le magistère consiste, à laquelle on n’ajoute aucune chose d’étrange, ni on n’en ôte rien, sinon qu’à la préparation d’icelle on ôte les choses superflues.

Le même : Materia omnium generabilium et corruptibilium est una, nec deversificatur nisi per formas.

C’est-à-dire : La matière de toutes choses qui naissent, et qui sont sujettes à la corruptibilité, est une, et elle n’est pas diversifiée que par les formes.

Le même ailleurs : Et una res totum est. C’est à dire une chose est le tout.

Bernhardus.

Per Calib fatis aperte patet in hac arte non esse nisi duas materias spermaticas unius, et ejusdem radicis, substantiæ et essentiæ, scilicet Mercurialis, solius substanciæ viscosæ et siccæ, quæ nulli rei jungitur in hoc Mundo nisi corporibus.

C’est-à-dire : Il paraît assez à découvert par Calib, qu’il n’y a dans cet art que deux matières spermatiques d’une même racine, à savoir d’une substance et d’une essence Mercurielle, qui est seule substance visqueuse et sèche, laquelle ne se joint à aucune chose dans ce monde qu’aux corps.

Le même : Opus nostrum ex unica radice, et ex duabus sustantiis Mercurialibus, crudi, assumptis et ex minera tractis, puris et mundis, igne conjunctis amicitiæ, ut exigit ipsa materia, assidue coctis, usque dum ex duobus fiat unum, in quo quidem uno corpus spiritus, et iste corpus facta sunt a commixtione.

C’est-à-dire : Notre œuvre se fait d’une seule racine, et de deux substances Mercurielles, crues, prises et tirées de la mine, jointes par le feu d’amitié comme la matière le requière, qui sont continuellement cuites, jusqu’à tant que de deux ils deviennent un, pourtant que dans cette un le corps soit fait esprit, et l’esprit corps, par la commixition.

Sendivogius : in Dialogo.

Scito quod miji unus talis tantum est filius, unus ex septem est, et primus est ; ipse quoque omnia est qui unus tantum crat ; nihil est, et numerus ejus enteger est ; in illo sunt quatuor Elementa, qui tamen non est elementumm ; Spiritus est qyi tamen corpus habet. etc.

C’est-à-dire : Sachez, que je n’ai qu’un tel fils, il est un des sept, et est le premier, il est aussi tout, qui était seulement Un ; il est rien, et son nombre est entier ; les quatre Eléments sont en lui qui n’est pourtant pas un Elément ; il est esprit qui a pourtant un Corps. etc.

Le même :

Scito etiam pro certo, quod hæc scientia non in fortuna, neque casuali inventione, sed in reali scientia locata est, et non nisi hæc unica materia est in Mundo, per quam et ex qua præparatur lapis Philosophorum.

C’est-à-dire : Sachez aussi pour certain que cette science ne consiste pas à la fortune, ni à une invention casuelle, mais qu’elle a son lieu dans une science réelle, et il n’y à que cette matière Unique dans le Monde par laquelle et de laquelle la Pierre des Philosophes est préparée.

Joannes de Padoua.

Notre Eau, quand on la prépare, est appelée Une Eau éternelle toujours durable et persistante, laquelle ne peut être tirée que d’Un seul Rayon, qui est beau comme la lueur du soleil.

Le même : Puisque tous les métaux deviennent visiblement à être transmués par cet artifice en vif argent, il est un signe agréable et évident ; que tous les métaux ont été vif argent.

Petrus Bonus.

Exprese patet Solum Argentum vivum esse perfectium hujus operis, fine alicujus sulphuris vel alterius rei commixtione.

C’est-à-dire : Il paraît expressément que le seul vif argent est le perfectant de cette œuvre, sans la commixtion d’aucun soufre ou d’aucune autre chose.

Rasis : in 70. præceptis.

Le Mercure est la racine d’une chose, et c’est lui seul qu’il faut préparer, et il sortira de lui une bonne teinture, une impression forte, et la fortidude.

Alphidius.

Toute l’œuvre des Sages et des Philosophes consiste dans le vif argent seul, car ceux qui parvenaient à la science du vif argent, ne savaient pas, que la perfection de tout leur œuvre était dans le vif argent, duquel vif argent ils ignoraient auparavant lea substance.

Geber.

Si vous le pouvez parfaire par le vif argent seul, vous serez un enquêteur d’une perfection très précieuse.

Petrus Bonus.

Le vif argent seul est la cause matérielle entière, et toute la substance de la Pierre des Philosophes.

Le même : Il faut que nous progénions un Argent vif par quelque artifice très secret et divin, de l’Argent vif seul, et ce par le moyen de l’action d’un Soufre extérieur qui lui est mêlé de la nature.

Le même : Toute la perfection consiste dans le vif argent seul.

En voilà assez de l’Unité de la Matière de la Pierre des Philosophes : je tacherai de vous rendre à cette heure certain que cette unique matière doit être une Eau Mercurielle. Voici l’autorité des auteurs qui en sont d’accord avec moi.

Bernardus. en parle ainsi.

Quand cette nature paraît sous la forme de l’eau, les Philosophes l’ont appelé de l’Argent vif, de l’Eau permanente, du Plomb, du crachat de Lune, de l’Etain : etc.

Le même : Il faut savoir que notre eau mercurielle est vive, et un feu ardent, mortifiant et restringeant l’or plus que le feu commun : et voici pourquoi, tant mieux qu’il est mêlé, frotté, et broyé avec lui, tant plus le détruit il, et tant plus devient-il à être atténué par cette eau vive ignée.

Ex Epistola Eduardi Kellæri. Angli An. 1587

Tous les Philosophes concluent ensemble, que la Pierre n’est autre chose que de l’Argent vif animé : mais si ce vif argent n’est animé, il n’est pas de leur intention.

Geber.in summa.

Nous avons très exactement examiné tout à part, et ce avec des raisons éprouvées : nous n’avons pu jamais trouver rien de permanent au feu, que l’humidité visqueuse, la seule racine de tous les métaux, toutes les autres humidités s’enfuient facilement du feu par l’évaporation et par la séparation de l’un Elément de l’autre, comme l’eau se fait par le feu, dont l’une partie s’en va en fumée, l’autre en eau, l’autre en terre demeurant au fond du vase ; ainsi en tous les autres : parce que ceux qui ne sont pas bien unis en l’homogénéation se consume au moindre feu, et se séparent de leur composition naturelle. Mais l’humidité visqueuse, savoir le Mercure, ne se consume jamais en lui, ni se sépare de sa Terre, ni d’aucun autre de ses Eléments ; car ou ils demeurent tous, ou ils s’en vont tous ensemble, afin qu’il ne périsse rien de leur poids.

Arnoldus de Villa Nova.

Que toute votre étude ne soit autre qu’a digérer et cuire la substance Mercurielle, et elle rendra les corps, (lesquels ne sont autre chose qu’une substance Mercurielle cuite) dignes selon leur dignité.

Morienus & Aros.

Notre soufre, disent-ils, n’est pas un soufre vulgaire, mais un soufre fixe et point volatile, de la nature du Mercure et non pas d’aucune autre chose. Nous suivons très exactement la nature, laquelle n’a pas d’autre matière dans ses mines dans laquelle elle fasse son opération qu’une pure forme Mercurielle, comme il paraît aussi par des très bons raisonnements, autorités et par l’expérience : Il y a du soufre fixe et incombustible dans ce Mercure, qui parfait notre œuvre sans aucune autre substance qu’une pure substance Mercurielle.

Aros & Calib.

Le Feu (disent-ils) et le Mercure vous suffisent en tout notre œuvre, au milieu et à la fin, mais il n’en est pas ainsi au commencement : parce que ce n’est pas notre Mercure, ce qui est très facile à entendre.

Sendivogius : in Dialogo.

La première matière des métaux est de deux sortes, mais l’une ne crée pas le métal sans l’autre : La Première et la principale est l’humidité de l’air mêlée de la chaleur, celle-ci les Philosophes l’ont appelé Mercure, lequel est gouverné des rayons du soleil et de la Lune dans la Mer des Philosophes : la seconde est la chaleur sèche de la Terre laquelle ils ont appelé soufre.

Le même. Au traité 7ème.

Les Quatre Eléments sont dégoutter, à la première opération de la Nature, par l’Archée de la Nature, au centre de la Terre une vapeur d’eau pesante, laquelle est appelée Mercure à cause de sa fluxibilité.

Le même. Au même traité.

Nous ne disons pas que le Mercure des Philosophes est quelque chose de commun, et qu’il est nommé ouvertement, mais la matière de laquelle les Philosophes font leur soufre et leur Mercure : vu que le Mercure des Philosophes ne se trouve pas de soi sur la terre, mais il est produit par l’art du soufre et du Mercure joins ensemble : il ne vient pas au jour, car il est nu mais il est merveilleusement enveloppé de la Nature.

Le même. Au même traité.

Le soufre et le Mercure sont la mine de notre Argent vif (conjoint pourtant) le quel Argent vif à le pouvoir de dissoudre les métaux, de les occire, et de les vivifier, laquelle puissance il a reçu du soufre aigre de sa propre nature.

Le même : Le Mercure vulgaire ne dissout pas l’Or ni l’Argent, qu’il ne se sépare plus arrière d’eux, mais notre Argent vif dissout l’Or et l’Argent, et n’est pas séparé deux en éternité comme l’eau mêlée avec de l’eau.

Le même : Nous disons que le vif argent est la Première matière de cette œuvre, et il n’est véritablement autre chose : tout ce qu’on lui ajoute a son origine de lui.

Le même : Je vous jure saintement que le soufre est le plus parfait dans l’Or et dans l’Argent, mais qu’il est le plus facile dans le Mercure.

Le même : Préparer le vif argent et le soufre, et donnez le verre.

Le même : Saturne : Les Philosophes n’ont rien fait sans le vif argent, au royaume duquel le soufre est déjà roi, et moi je ne sais rien faire autrement aussi.

Le même : Si vous ne sublimerez le soufre du soufre et le mercure du mercure, vous n’avez pas trouvé l’eau, qui est la quintessence laquelle se crée et distille du soufre et du Mercure : il ne montera pas qui n’a pas descendu.

Johanes de Padoua.

Notre Pierre se tire du mercure, lequel est nécessaire pour notre œuvre, qui est un corps, âme et esprit, mais lequel provient et se fait d’un corps irréductible, parfait et très pur.

Le même : Notre soufre et mercure sont la première matière.

Le même : Notre eau résolvante, le mercure vif, est le serpent vénéneux dans lequel notre roi se dissout et se mortifie.

Le même : La rivière qui court et passe au travers du jardin du Paradis, et qui se divise par après en quatre rivières capitales pour arroser l’arbre de vie, laquelle est notre racine, n’est autre chose que notre Eau Mercurielle, dans laquelle il y a beaucoup d’or qui est précieux, entendez notre racine, qui est environnée de l’or fin Indien.

Le même : La rivière capitale, et la première Eau divisée appelée Pison, est en comparaison notre Eau Mercurielle, car elle est la première rivière de laquelle les autres eaux et rivières se divisent, entendez les Eléments.

Le même : Puisque tous les métaux se changent par artifice visiblement en Argent vif, c’est un signe plaisant et certain que tous les métaux ont été de l’Argent vif.

Expositor in Lumine Luminum.

Il ne se faut pas confier au Mercure sublimé, mais à celui qui est calciné après la sublimation : parce que lorsque le Mercure des Philosophes blanc est sublimé il est de son naturel volatil ; mais quand il est coagulé de sa pressure, il se laisse calciner, fixer, et retenir, et cette pressure est l’Or des Philosophes, et leur clef.

Lucas : in Turba Philosophorum.

Prenez l’Argent vif qui est sorti du mâle, et le congeler selon la coutume.

Petrus Bonus.

La Nature fait la génération des corps de tous les métaux de l’Argent vif et du soufre.

Le même : Rien ne demeure attaché aux métaux que le soufre et le vif argent, et ce qui est d’eux, puisqu’ils sont d’un même naturel.

Geber : De Procreatione Veneris.

Vous devez vous étudier en tous vos ouvrages de vaincre l’Argent vif en la mixtion.

Le même : La considération de la chose qui parfait à la fin, est la considération du choix d’une pure substance de l’Argent vif, et c’est le moyen, qui a pris son origine de la matière et elle est faite d’elle.

Le même : Le Dieu le bénit, le glorieux et le très haut soit loué, qui l’a créé, à savoir l’Argent vif, et qui lui a donné une substance et des propriétés de substance, lesquelles il n’est pas permis à aucune des choses dans la Nature, qu’elle puisse être trouvée en elles.

Le même : C’est ce même Argent vif qui surmonte le feu, et n’est pas surmonté d’icelui, mais se repose amiablement en lui, étant volontiers avec lui.

Morienus.

Si la fumée blanche n’était pas, l’Or pur de la chimie ne se pourrait jamais faire.

Petrus Bonus.

Le soufre rouge, lumineux, et caché dans l’argent vif, puisqu’il est les formes de l’Or, il teint et transforme toute sorte de métaux en Or.

Le même : Il est à remarquer que les Philosophes ont attribué : Le Plomb à Saturne : L’Etain à Jupiter : le Fer à Mars : l’Or au Soleil : le cuivre à Vénus : l’Argent à la Lune : mais qu’ils n’ont attribué aucun métal au Mercure, vu qu’il ne se trouve d’autres métaux, que lesdits, qui sont six en nombre : à savoir qui sont parvenus jusqu’à la coagulation, joint la liquéfaction et l’extension. Et c’est pourquoi que les Philosophes sont retournés à la propre matière, de laquelle les métaux ont pris leur origine, puisque la matière même est leur substance, et ils ont tous dit, que c’était l’Argent vif, qu’ils ont attribué au Mercure : de sorte qu’étant contraint de la vérité même, ils ont mis la matière des métaux du nombre des métaux pour emplir le nombre d’iceux selon le nombre des Planètes.

Le même : Si l’Or se doit faire des Eléments, il faut nécessairement qu’il passe par des dissolutions ordonnées : savoir qu’il s’en fasse une Eau Visqueuse enceinte d’une Terre soufreuse très subtile, qui soit de l’Argent vif, mais qu’après cela moyennant la mixtion et l’action du soufre extérieur, il se fasse dans icelui (vif argent) de l’Or, ou quelque autre métal, qui devienne de l’Or par après.

Le même : La première Matière, la proche et la plus proche, et l’univoque de tous les métaux c’est l’Argent vif, non pas comme il est en sa nature, mais comme il est coagulé de son propre agent es minéraux de la terre, à savoir du soufre fusible, comme du soufre même, c’est donc la Matière.

Le même : Ceux donc qui travaillent en autre chose, qu’en l’argent vif avec le soufre, comme la Nature l’a apprise, ils travaillent en vain.

Le même : Le fruit de l’homme provient du sperme comme de la cause efficiente, et du menstrue comme de la Matière. Delà même manière disons-nous aussi, que l’Or et la Pierre des Philosophes provient assurément du soufre comme de la cause efficiente, et de l’Argent vif comme de la Matière.

Le même : Puisque l’Or est donc engendré, nourri, parfait, et accompli de la Nature, du vif argent seul digéré de son soufre extérieur, et à la fin dépouillé d’icelui : La Pierre des Philosophes doit donc être engendrée, nourrie, parfaite et accomplie des même que l’Or, et non pas des choses étranges.

Le même : Celui qui a désir de suivre la Nature par l’Art chymique, il n’emploiera pas son labeur à l’Argent vif seul, savoir à l’Argent vif vulgaire, ni au soufre seul, savoir le soufre commun, ni avec aucunes autres choses entre mêlées, mais ni à ceux de la Nature, ni même à l’Argent vif et soufre joins ensemble, ce qui semble peut être admirable : mais en celui dans lequel ils sont joints de la Nature, puisque la Nature les a préparée pour l’art comme une servante. Mais la Nature les joint dès les commencements de la génération, comme elle joint le beurre, le fromage et le petit lait dans le lait, lesquels elle digère par après et les sépare d’ensemble, et les met en séquestre : de même fait l’Art.

vrederyk.

Mon bien aimé François, vous nous faites presque les matines trop longues, en récitant tant d’Auteurs qui ont écrit de la Matière de la Pierre des Philosophes.

françois.

Mon très cher, il est nécessaire que je le fasse, à cause que la plupart des gens, des savants aussi bien que des ignorants, n’ont pas seulement de la peine de croire qu’elle soit dans la Nature, mais nient même absolument son être, et puisque nous n’avons pas d’autre intention que de produire des choses conformes à la vérité et à l’expérience, c’est donc le fait des gens de bien et d’honneur, de ne se point tacher de menteries mais de vérifier leurs paroles par l’autorité des auteurs et savants, et qui sont estimé tels de tous ceux qui ont de la vertu et de la connaissance.

vrederyk.

Vous avez raison, et vous en avez cité assez pour faire croire à toutes personnes raisonnables, qu’il faut que la Matière de la Pierre soit procurée hors des métaux, dans les métaux, avec les métaux, et par les métaux, et particulièrement par l’Argent vif : et qu’il faut qu’il soit réduit à un Etre Unique, appelé d’Hésiode, d’Ovide et d’autres Chaos : vous savez aussi qu’elle est nommée de plusieurs noms : de quelques-uns uns Fontina et Aqua glacialis lucida : par d’autres Aqua viscosa : Menstrum Philosophicum : Aqua unctuosa : Aqua manus non madesaciens : Superius et Inferius : Azoth et Groene Leew : Aqua Pontica : Mercurii spiritus, Aqua Cælica : Miraculum miraculorum : Wit Leliensap : Lunæ water ou Argentum vivum : Acetum acerrimum : Lac virginis : Sapo sapientum : Unfer Wurtzel : Spiritus vitæ, et avec une infinité d’autres noms, mais que les Philosophes n’ont pourtant entendu par-là qu’Une et même matière, et qu’un même maniement ; tellement que l’Art de l’Alchimie n’est pas seulement une au regard de la Matière, mais en toute façon ; en sorte que toutes les choses, qui sont requises en cet art, se réduisent toujours à Une chose, comme à son genre général, lequel ne n’accepte aucune diversité : Et une marque certaine se cette Unité et celle-ci, est, que tous les savants en cet art s’entre entendent toujours, encore qu’ils s’entre parlent d’une manière fort étrange, tout de même comme s’ils parlaient d’une même langue, et d’un même langage qui n’est connu qu’a eux seuls, ce qu’il ne pourrait être si l’art était divers et diversifié en plusieurs, aussi bien touchant la Matière qu’au regard de la manière de l’opération et du maniement : c’est pourquoi que dit.

Lilium.

Tout le magistère se termine, par un chemin, par une chose, par une disposition, par une action, ou par une façon d’agir.

Alphidius.

Vous n’avez besoin qu’une chose, à savoir l’Eau, et d’une façon d’agir, qui est de cuire, et il n’y a qu’un vase, pour faire le Blanc et le Rouge tout ensemble.

Morienus.

Encore que les Sages changeraient leurs noms et dictons, ils ont pourtant voulu entendre Une même chose, et Une disposition, et Un chemin, et celui qui aura cherché une autre Pierre pour ce Magistère, il sera comparé à un homme qui tache de monter un escalier sans degrés.

Yesmudrus.

Tous les noms sont vrais, ils sont pourtant contrefaits à cause qu’ils sont Une chose, et Une opinion et Un chemin.

Hercules Rex Sapiens.

Ce Magistère procède d’Une seule première racine, et s ‘étend par après en plusieurs choses, et retourne derechef en Un.

Morienus.

Cette chose ou cette Matière, aussi bien pour la Teinture Blanche que pour la Rouge, n’est qu’une, et une disposition, et un chemin, et un vase, et un terme et une fin, et une manière d’opérer, et toutes choses sont une mais qui est apprise de plusieurs et quasi d’une infinité de manières.

Le même : Toutes les couleurs se changent en une disposition, mais tant plus que le feu change ses couleurs, tant plus de noms lui donnent-ils.

françois.

Très abondamment : et s’il y a quelqu’un qui pourrait souhaiter d’en savoir davantage, il pourra prendre la peine de regarder les auteurs que je viens d’alléguer, il y trouvera un satisfaction entière : mais il semble qu’une chose doit être avertie ici, à savoir : que nous n’entendons pas simplement ici par la Première Matière la semence astrale, ou la semence spirituelle et incorporelle des métaux, mais le sperme corporel d’iceux, dedans lequel la semence spirituelle est attirée par la vertu aimantine, et dans lequel il est devenu, par le Nitre spirituel de l’air, à une huile grisâtre et épaisse, laquelle paraît le jour à la chaleur du soleil comme une huile d’olive, et la nuit comme une eau congelée luisante de tous cotés comme un argent poli, et qui pour cette raison est appelée, avec justice, Aqua glacialis lucida, qui est à dire : de l’Eau glacée luisante.

vrederyk.

Vous faites bien de donner ici cet avertissement, car notre discours ne tend pas ici à cette Première Matière, de laquelle le Grand Dieu à fait l’effusion de son sein au Soleil du Ciel au commencement lorsqu’il a créé la Lumière, de laquelle tous les mixtes, par le moyen de l’Air et de l’Eau, reçoivent leur naturel végétant et vivant dans la Terre ; mais nous entendons ici une telle Matière, laquelle, quand elle naît, provient et paraît en forme et façon d’une Eau épaisse, de la couleur d’un Calcédoine ou d’une nuée chargée de pluie laquelle contient :

Premièrement : La Première Matière des métaux, ou leur semence astrale.

Secondement : Les Deux qualité Contraires : L’Humide et le Sec.

Tiercement : Les Trois Principes : le Soufre, le Mercure et le Sel.

Et en quatrième lieu : les Quatre Eléments : le Feu,, l’Air, l’Eau et la Terre, selon le poids de la Nature, et le nombre parfait de dix ; et tout cela dans Une Eau métallique faite par la Nature.

chapitre VI.

Interprétation des noms étranges que les Anciens Sages ont donné à la Pierre des Philosophes. Expérience de l’auteur touchant le Lion vert. La raison pourquoi tant de sortes de noms sont donné à la Pierre des Philosophes.
 
 

françois.

C‘est ainsi comme vous dites : mais devant que nous finissions ce chapitre, nous tacherons de parler encore un peu plus clairement de cette Première matière, de nous divertir encore un peu dans l’Unité, et de faire une interprétation, autant succincte que faire se peut, des noms que les auteurs, que vous vous étiez donné la peine d’alléguer, qui ont possédé la Pierre des Philosophes, ont donné à leur Première Matière, afin que vous puissiez juger si j’en discoure avec bon fondement, et afin que tous ceux, qui sont amateurs de cette science, se puissent garder de tous les imposteurs et trompeurs, et qu’ils puissent croire constamment avec nous, qu’il n’y peut pas avoir d’autre Matière dans le Monde, de laquelle l’Or et la Pierre des Philosophes peuvent être préparés, que celle dont nous discourons présentement.

Cette Matière est appelée Chaos de Hésiode, d’Ovide et d’autres qui les suivent, et ce avec des raisons bien profondes : car comme on entend par le Chaos une matière crue, confuse et liée en une seule matière, de laquelle tous les mixtes ont eu leur être naturel. Ainsi est aussi cette matière au Règne minéral un Chaos, ou une matière crue, confuse et liée en une seule matière, de laquelle l’Or et la Pierre des Philosophes ont leur origine, les autres métaux devenants par accident du Plomb, de l’Etain, du Fer, du Cuivre et de l’Argent, et en cas qu’on pourrait dire qu’une matière palpable peut être sans couleur, on pourrait appeler cette matière ou Chaos des Philosophes telle, n’ayant quasi aucune couleur, contenant pourtant en elle caché toutes les couleurs capitales, comme la Noire, la Blanche, la jaune, la verte, la bleue, la rouge et la Pourpre, qui se découvrent successivement par une et même opération, et dans un et même vase, c’est pourquoi que les Anciens l’ont dit être de la couleur de la peau d’un Loup, ou d’un Lion.

Cette matière est aussi appelée Chaos, à cause, qu’encore qu’elle soit faite naturellement hors des métaux, dans les métaux, avec les métaux et par les métaux, par les influences célestes, sans aucune addition des mains, du Feu, de l’Eau, ni de la Terre, il ne s’y peut voir ni on n’en peut retirer jamais aucun corps métallique.

Elle est appelée de Bernard Comte Trévisan, Fontina : puisqu’elle est une vraie Fontaine de vie, et comme toutes les chose créées, et même les trois autres Eléments ne peuvent être ni subsister sans l’Eau : Ainsi de même est celle-ci une Fontaine de vie pour les trois Royaumes, le végétable, Animal et Minéral, puisqu’il se prépare dans icelle une Eau de vie, à savoir une Teinture Universelle pour tout ce qu’il végète et pour tout ce qui a vie.

Aqua Glacialis Lucida : à cause qu’elle paraît à la fraîcheur de la nuit comme une glace luisante, principalement en hiver, lorsqu’elle paraît telle de jour aussi bien que de nuit.

Aqua Viscosa : à cause qu’elle paraît en toute façon comme une glu, et qu’elle s’attache aux métaux comme une glu s’attache aux bois et aux autres matière qui sont en affinité avec elle.

Menstruum Philosophicum : à cause que, comme le sang menstruel donne la nourriture et l’entretien au fœtus jusqu’à sa perfection entière : qu’ainsi ce menstrue rend aussi son enfant, duquel il est enceinte, participant de son sang et de sa vertu végétante jusqu’à l’accomplissement de sa perfection.

Aqua unctuosa : à cause qu’elle n’a pas seulement quelquefois l’aspect extérieur d’un onguent, mais comme un onguent est appliqué sur les plaies pour les soulager et pour les guérir ; qu’ainsi de même cette onguent vient à guérir les métaux malades, ladres, imparfaits et blessés par le mercure soufreux imparfait, et les produit même jusqu’à la perfection de l’Or, à laquelle la Nature les a prédestinée.

Elle est appelée de Sendivogius :

Aqua Pontica et manus non madesaciens : à cause qu’elle ne peut pas être préparée sans le sel commun de la Mer, ni sans le vitriol, lesquels sont cachés dans la Mer, nonobstant qu’il faille qu’ils soient lavés et clarifiés de toutes leurs impuretés par l’ascension et par la descension. Elle ne mouille pas les mains devant son imprégnation astrale : elle ne mouille pas les mains lorsqu’elle paraît, par l’opération de la Nature seule, (sans application aucune de l’Art ou de la main) comme une gomme de sandarac, de genièvre, de prune ou de cerise attachée au côté du verre, comme je le garde encore par curiosité chez moi. Elle ne mouille pas les mains, lorsque l’Elément de l’eau en est séparé pour la plus grande partie, suaviter et mago cum ingenio (comme dit Hermès) c’est-à-dire : doucement et avec grand esprit ; et que la matière est devenue pondéreuse et pesante comme du vif argent.

Hermès Trimégiste l’appelle :

Superius et inferieus, à cause que les semences astrales d’en haut sont conçues du sperme métallique d’en bas, et qu’ils sont devenus ensemble une matière métallique fertile, dont le père est le Soleil, et la mère la Lune, (selon le dit Hermès) ce que j’entend, de cette façon : dont le père est le Soleil ou le Feu astral, et la Mère, les trois Eléments d’en bas, l’Air, l’Eau, et la Terre, qui sont au commencement cachés et invisibles dans le ventre de l’Eau.

Paracelse lui donne le nom d’Azoth et de Lion vert. Azoth est à dire une matière purifiante ; et qu’est ce qu’il y a qui purifie davantage les métaux que notre Matière ? vu qu’elle les fait retourner dans le ventre de leur mère, et qu’elle les aide, premièrement par la Putréfaction, de passer par la couleur Noire, et puis après par des degrés, par la couleur Blanche, et par la Rouge, jusqu’à la perfection de la teinture, et ce par des Solutions et des Coagulations itératives.

Touchant le Lion Vert : je n’en puis pas juger autrement, sinon qu’il faut que Paracelse ait préparé cette teinture par l’addition de Vénus, puisque la couleur Verte se montre fort peu lorsqu’on procède avec le menstrue tout seul ; et seulement parmi les couleurs de l’arc en ciel, et ce qui confirme mon opinion, est un expériment que j’en ai pris ; et vous, mon très cher, qu’est ce qu’il vous en semble ?

vrederyk.

Sans vous interrompre à vos interprétations, je vous raconterai en peu de paroles ce qui m’en est arrivé touchant ce sujet ; j’avais dessein de préparer la Médecine de deux façons différentes : L’une par le Menstrue seul, l’autre par l’addition de quelques métaux et principalement par l’addition de Vénus, de laquelle ,’avais bien ajouté une once toute entière au menstrue : Le premier est passé par les degrés différent des couleurs capitales, savoir par la couleur Noire, par la Blanche jusqu’à la rouge, mais touchant l’autre il a toujours paru quelque verdure auprès de la couleur Noire aussi bien qu’après de la Blanche et la Rouge, et elle s’y montre encore telle, nonobstant que toute la matière paraisse d’une couleur Ronge enfoncé, lorsqu’elle est réduite à l’Elément de la Terre, et cette couleur verte parait plus particulièrement lorsque l’on fait descendre la rosée du ciel sur icelle, mais dès lors que l’Elément de Feu recommence à prédominer, toute la matière redevient aussitôt d’une couleur rouge enfoncé comme est celle du sang de bœuf ; j’ai contribué tout ce que j’ai pu pour tacher de séparer la couleur verte de la matière, pour voir ainsi s’il ne serait pas possible d’en séparer quelqu’autre chose de matériel que ladite poudre rouge, laquelle se laissait toujours rejoindre à notre feu humide d’une couleur rouge, mais qui ne se laisserait pas fondre d’une couleur verte dans l’élément de l’Eau, mais il m’a été jusqu’à présent impossible d’en produire autre chose que je viens de dire ; ce qui me semble être une marque infaillible, que la Vénus, aussi bien que les autres métaux, sont parvenus jusqu’à une matière d’une seule couleur, laquelle les Philosophes appelle Aurum et Argentum nostrum, c’est-à-dire : notre Or et notre Argent et de laquelle il ne se peut retirer aucun corps métallique.

Cette opération m’a encore découvert une chose assez digne de remarque ; qui est, que lorsque j’avais réduit toute ma verdure jusqu’à environ la quantité d’une petite cuillère, et que j’avais mis la matière corporelle ou terrestre auprès de la matière rouge, que cette liqueur verte est tellement concentrée, qu’elle est bien capable de teindre cinq à six pot d’eau de pluie ou de fontaine, si on la versait dedans.

françois.

Vous avez fort sagement institué cette expériment, quand même il servirait que pour donner de l’assurance à ceux qui ne peuvent pas croire que les métaux peuvent être réduits à leur première matière : et pour vous confesser naïvement la vérité, j’ai été aussi bien incrédule que tous les autre ignorants, jusqu’à tant que j’ai expérimenté, qu’il reste bien une couleur verte fort longtemps, mais que je n’en ai jamais pu retirer un corps qu’il s’est laissé redissoudre d’une couleur verte.

Il me semble aussi, qu’il paraît par cette opération véritable, ce que Sendivogius vient à dire de la destruction des métaux :

Qui ita scit destruere metalla ut per amplius non sint matalla, ille ad maximum pervenit arcanum.

C’est-à-dire : Celui qui sait détruire ainsi les métaux qu’ils ne soient plus des métaux, il est parvenu au plus haut des secrets.

Et Paracelse : Facilius est metalla construere quam destruere.

Il est plus facile de construire les métaux que de les détruire.

Basile Valentin : Appelle notre matière. Mercurii Spiritus : à cause qu’il n’y a rien à faire dans notre œuvre sans l’Esprit du Mercure ou du vif argent, puisque c’est lui qui tue et revivifie, et que c’est icelui qui parfait l’ouvrage tout entier depuis le commencement jusqu’à la fin, et que sans lui notre art est vain. (Entendez l’esprit du vif argent des Philosophes et non pas l’esprit du Mercure vulgaire.)

Raymundus Lullius l’appelle : Aqua coelica : et ce avec des raison fort fondamentales ; par ce que l’impression, qui est faite dans cette Eau, pour produire un fruit céleste, est descendue du Ciel, sans laquelle ce fruit ne pourrait jamais être produit.

Norton Anglus appelle cette matière Miraculum miraculorum : vu qu’il ne se peut faire par aucune chose du monde des plus grandes merveilles que par celle-ci : car il ne se peut pas quasi faire de plus grande merveille, que lorsqu’une chose spirituelle, impalpable, incompréhensible et invisible vient descendre du Ciel, et loger dans un corps qui est composé des quatre éléments et qui parvient, par la Sage conduite d’un Artiste, jusqu’à un être qui est capable de perfectionner non seulement les métaux imparfaits, mais de les transformer même jusqu’à un être céleste.

Le Petit Paysan l’appelle : Le suc des Lys Blanches : sans doute à cause que cette matière est tirée des sels minéraux et métalliques qui sont blancs comme le Lys.

De la Tourbe des Sages elle est nommée Aqua Lunae ; qui est à dire l’Eau de la Lune, ou bien Argentum vivum : à cause que la Lune est prise pour la mère de l’humidité, et que cette matière est un Argent vif, lequel rend les métaux, qui sont morts, participants de la vie.

D’autre l’appellent Acetum acerrium, Lac Virginis, Sapo Sapientum : qui est à dire : Le vinaigre très aigre ; Le lait de la vierge ; Le Savon des Sages, et lui donnent une infinité d’autres noms, lesquels sont très faciles à entendre pour ceux qui entendent l’art, mais les ignorant qui s’arrêtent aux lettres et aux paroles n’y voient goutte ;

C’est pourquoi Lilium dit : Nostri Lapidis tot sunt nomina quot res, vel rerum notabilia. C’est-à-dire : Notre Pierre a tant de noms qu’il y a des choses, des choses notables.

Rosinus.

Philisophi millibus millium legionum nomium ipsum nuncupararunt, und homines eo errare secerunt.

C’est-à-dire : Les Philosophes ont nommé la Pierre des Philosophes de beaucoup de millions de légions de noms, dont il ont fait égarer les hommes à la chercher.

Ceci soit assez dit de la matière de la Pierre des Philosophes, des noms d’icelle, et aussi de l’Unité, et ce pour les entendus dans cet art : touchant les ignorants, il en est déjà dit trop pour eux, puisqu’ils ne peuvent ou ne veulent comprendre ce qui en est dit, vu qu’ils haïssent plutôt les arts, et les sciences qu’ils ne les aiment selon le proverbe : Ars non habet osorem nisi ignorantem. C’est-à-dire : Il n’y a que les ignorant qui haïssent les arts.

vrederyk.

Il en est véritablement ainsi : et j’ai de la peine de m’abstenir à vous en réciter une rencontre ou deux que j’ai eu entre autre touchant ce propos.

Lorsque j’étais en France j’avais l’honneur d’accompagner plusieurs personnes de condition pour aider à faire un accord très curieux de violes chez une matrone bien noble qui touchait la Basse continue, ou il se trouvait entre autre une grande Dame, à laquelle étant demandé son jugement de cette belle harmonie, qui était fort approuvée de tous les circonstants, elle vient à répondre qu’elle aimait mieux d’entendre une vielle avec une musette aux assemblées des villageois que d’écouter une musique avec tant de patience.

Un autre osa soutenir qu’il n’y avait pas plus belle musique au monde à son goût que le son d’un tambour.

Hélas ! il y a tant de cette sorte de gens dans le monde, qu’il ne vaut pas la peine de nous amuser à en citer davantage d’exemples.

françois.

Vous avez raison, il vaut mieux que nous poursuivions notre discours en considérant le Nombre de Deux lequel les Anciens ont appelé : Primium Unitatis germen et prima procratio. C’est-à-dire : Le premier germe ou surgeon de l’Unité, et la première procréation.

vrederyk.

Fort bien : nous finirons donc ce premier livre et le premier degré de l’escalier des sages : et invoquerons l’Unité Eternelle du plus intérieur de nos âmes avec Dix soupirs appropriés à l’Unité Divine, en disant :

O Unique Dieu !

O Unité Simple !

O Eternité unique !

O Sapience unique !

O Principe unique de tous les être !

O Unique Lumière incréée !

O Toute Puissance Unique !

O Unique Bonté infinie !

O Unique Créateur du Monde !

O Père Unique de tous les être créés !

Par votre Divinité Unique faites nous connaître notre humanité !

Par votre Unité simple, notre multitude !

Par votre Eternité Unique, notre temporalité et notre corruptibilité.

Par votre Sapience Unique, notre ignorance et notre stupidité.

Par votre Principe Unique de toutes choses, notre nullité et la néantise de toutes les choses créées.

Par votre unique Lumière incréée, les ténèbres et les obscurités de toutes choses.

Par votre unique Toute puissance notre débilité et fragilité.

Par votre Bonté infinie et unique, notre perversité et notre malignité.

Faites nous comprendre que vous êtes l’Unique créateur du Grand Univers et que nous sommes vos créatures viles et abjectes. Et que vous êtes le Père unique de toutes les choses créées, et que nous sommes vos enfants pauvres et misérables que vous avez créés et fais pour faire votre volonté divine, pour apprendre à vous connaître par la connaissance de vos créatures, pour vous adorer, pour vous louer, pour vous honorer, pour vous remercier, et pour vous servir, ici bas temporellement tant qu’il plaira à votre bonté paternelle de laisser nos âmes alliées à nos esprits et à nos corps, et puis après éternellement, quand ce sera votre volonté divine de les délier d’ensemble, et puis de les réunir, et finalement de les enlever en votre gloire éternelle : Veuillez nous Seigneur rendre pour cette fin capables, afin que nous puissions jouir éternellement de votre aspect Divin !

Ainsi-soit-il.



Notes

15. Il s'agit du livre De la Puissance et Sagesse de Dieu, divisé en quatorze traités, l'ensemble étant appelé communément le Pimandre ou, par les auteurs anglo-saxons, le Poimandres. C'est à Marsile Ficin que l'on doit la redécouverte des écrits attribués à Hermès Trismégiste. Né en 1433 à Figline in Valdarno, fils d'un médecin renommé, Ficin suit son père à Florence lorsque celui-ci va exercer à l'hôpital Santa Maria Nuova, et se destine lui-même à la médecine, mais ses études lui font découvrir la philosophie, vers laquelle l'humaniste C. Landino le pousse également vers 1456. Protégé par Pierozzi [archevêque de Florence] puis par Cosme de Médicis à partir de 1459, il se consacre à la traduction. Il traduit d'abord, en 1463, le Poimandres et d'autres textes du corpus hermétique. A la mort de Cosme (1464) il passe sous la protection de Pierre, puis de Laurent le Magnifique (à partir de 1469). Ce dernier lui donne les moyens de fonder à Carregio l'Académie Platonicienne. En 1473 il est ordonné prêtre. En 1474 il publie le De Christiana Religione, puis en 1482 la Theologia Platonica, deux textes qui tentent la concordance du néoplatonisme et du christianisme. En 1484 il publie son oeuvre maîtresse : la traduction de la totalité des Dialogues de Platon. Il achève en 1486 celle des Ennéades de Plotin, qui ne sera publiée qu'en 1492. Entre 1492 et 1494 Laurent de Médicis, puis Politien, puis Pic meurent. Ficin lui-même meurt en 1499, après avoir traversé l'époque savonarolienne (il a composé une Apologie très dure contre Savonarole). Voici un bef résumé du Pimandre en un passage que nous empruntons à Frances Yates :


FIGURE I
(Hermès Trismégiste, Cathédrale de Sienne)

Pimandre, autrement dit Noûs, ou la mens divine, apparaît à Trismégiste pendant que les sens corporels de celui-ci sont comme entravés par un profond sommeila. Trismégiste exprime son envie profonde de connaître la nature des êtres et de connaître Dieu.
L'aspect extérieur de Pimandre se transforme. Une vision illimitée et lumineuse apparaît à Trismégiste, puis une obscurité. De celle-ci jaillit une flamme, tandis qu'une rumeur indescriptible, comme une voix de feu, se fait entendre. La dernière laisse échapper
une Parole divine, un feu pur jaillit de la nature humideb. pour atteindre la région sublime et l'air, étant lui-même lumière, suit ce souffle igné. « Cette lumière », fait Pimandre, « est moi-même. Nous, ton Dieu, et la Parole lumineuse issue de Nous n'est autre que le fils de Dieu. Puis Trismégiste regarde en lui-même, dans son propre nous ou mens et voit la lumière, les Puissances innombrables, l'univers sans bornes, et le feu enveloppé dans une force toute-puissante. Il interroge Pimandre : D'où viennent alors les éléments de la nature ? » Et Pimandre de répondre, « De la Volonté de Dieu, qui reçut en elle-même le Verbe..c. Et le Dieu-Noûs, qui existait en tant que vie et lumière, mit au monde un deuxième Noûs-Démiurge, lequel, étant dieu du feu et du souffle, façonna les Gouverneurs, au nombre de sept, qui entourent de leurs cercles le monde sensible.d » Le Verbe s'unit au Noûs-Démiurge, étant de la même substance, et, conjointement avec le Verbe, régit les mouvements des Sept Gouverneurs sur lesquels repose le monde sensible tout entier. Après la création et mise en révolution des Sept Gouverneurs par le Nous-Démiurge-Verbe de feu et de soufflee, Trismégiste raconte la création de l'Homme, qui est l'œuvre directe du Noûs-Père. « Or le Noûs, Père de tous les êtres, étant vie et lumière, enfanta un Homme semblable à lui, dont il s'éprit comme de son propre enfant. Car l'homme était très beau, reproduisant l'image de son Père: car c'est véritablement de sa propre forme que Dieu devint amoureux, et lui livra toutes ses œuvres. Or, lorsqu'il eut remarqué la création que le le démiurge avait façonnée dans le feu, l'Homme voulut lui aussi produire une œuvre, et permission lui en fut donnée par le Père. Étant donc entrée dans la sphère démiurgique, où il devait avoir plein pouvoir, il perçut les œuvres de son frère, et les Gouverneurs s'éprirent de lui, et chacun lui donna part à sa propre magistrature. Alors, ayant appris à connaître leur essence, et ayant reçu participation de leur nature, il voulut briser au travers la périphérie des cercles et connaître la puissance de celui qui règne sur le feu. Alors l'Homme, qui avait plein pouvoir sur le monde des êtres mortels et les animaux sans raison, se pencha à travers l'armature des sphères, ayant brisé au travers leur enveloppe, et il fit montre à la nature d'en bas de la belle forme de Dieuf. Quand elle l'eut vu qui avait en lui-même la beauté inépuisable et toute l'énergie des Gouverneurs jointe à la forme de Dieu, la Nature sourit d'amour, car elle avait vu les traits de cette forme merveilleusement belle de l'Homme se refléter dans l'eau et son ombre sur la terre. Pour lui, ayant perçu cette forme à lui semblable présente dans la Nature, reflétée dans l'eau, il l'aima et il voulut habiter là. Dès l'instant qu'il le voulut, il l'accomplit, et il vint habiter la forme sans raison. Alors la Nature, ayant reçu en elle son aimé, l'enlaça toute, et ils s'unirent, car ils brûlaient d'amour.g» Ayant revêtu un corps mortel afin de vivre avec la Nature, l'Homme est le seul être terrestre dont la nature est double, mortel de par son corps, immortel de par son essence. Bien qu'il soit immortel, en effet, et qu'il ait pouvoir sur toutes choses, il subit, par son corps, la condition des mortels, soumis, comme il l'est, à la Destinée et esclave de l'armature des sphères. Alors Pimandre : « Ce que je vais te dire est le mystère qui a été tenu caché jusqu'à ce jour. La Nature en effet, s'étant unie d'amour à l'Homme, produisit un prodige tout à fait étonnant. L'Homme avait en lui la nature de l'assemblage des Sept, composés, je t'ai dit, de feu et de souffleh ; la Nature donc, incapable d'attendre, enfanta sur l'heure sept hommes correspondant aux natures des Sept Gouverneurs, à la fois mâles et femelles, et se dressant vers le ciel. » La génération de ces sept premiers hommes se fit de la façon suivante : la femelle était la Terre, l'eau, l'élément générateur ; le feu conduisit les choses à la maturité, de l'éther la Nature reçut le souffle vital, et elle produisit les corps selon la forme de l'Hommei. Quant à l'Homme, de vie et lumière qu'il était, il se changea en âme et en intellect, la vie se changeant en âme, la lumière en intellect. Et tous les êtres du monde sensible demeurèrent en cet état jusqu'à la fin d'une période. Cette période pleinement achevée, continue Pimandre, le lien qui unissait toutes choses fut rompu de par la volonté de Dieu. Car tous les animaux qui, jusque-là, avaient été à la fois mâles et femelles furent séparés en deux en même temps que l'Homme, et Dieu dit « Croissez et multipliez ». Puis la Providence, par le moyen du destin et de l'armature des sphères, établit les générations, et tous les êtres se multiplièrent, chacun selon son espèce.
Pimandre donne des conseils à Trismégiste sur le comportement qu'il doit suivre dans la vie à la lumière du mystère qui vient de lui être révélé. Il devra se connaître, car « celui qui s'est connu soi-même va vers soi, » c'est-à-dire, vers sa propre nature. « Tu dis bien : lumière et vie, voilà ce qu'est le Dieu et Père, de qui est né l'Homme. Si donc tu apprends à te connaître, comme étant fait de vie el de lumière... tu retourneras à la vie. » Seul l'Homme qui a l'intellect (et ils ne l'ont pas tous) peut se connaître. Et Trismégiste doit mener une vie pieuse et pure, et se rendre le Père propice par la voie de l'amour filial, et en formulant des hymnes et des bénédictions. Trismégiste rend grâce à Pimandre de lui avoir révélé tant de choses, mais il veut aussi savoir en quoi consiste l'« ascension ». Pimandre lui explique qu'à la mort le corps mortel se dissout en ses éléments corporels, tandis que l'homme spirituel s'élance vers le haut à travers l'armature des sphères, abandonnant à chacune une part de sa nature mortelle et le mal qu'elle recèle.j Et alors, dénudé de ce que l'armature des sphères avait imprimé sur lui, il entre dans la nature « ogdoadique » et entend les Puissances chantant les hymnes à Dieu, et lui-même se mêle aux Puissances. Alors Trismégiste reçoit son congé de Pimandre, « après avoir été investi de puissance et introduit sur la nature du Tout et sur la vision suprême ». Il commença à prêcher aux hommes, les exhortant à abandonner leurs erreurs et à participer à l'immortalité. Et Trismégiste « gravait en lui-même le bienfait de Pimandre » [...].

Dans son commentaire sur ce traité, Ficin fut tout à fait frappé par sa ressemblance au livre de la Genèse. « On voit ici, dit-il, que Mercure traite des mystères mosaïques. » Et il continue en relevant les comparaisons évidentes. Moïse vit une obscurité sur la face de l'abîme et l'Esprit de Dieu planant sur les eaux. Mercure voit l'obscurité et le Verbe de Dieu réchauffant la nature humide. Moïse annonce la création par le tout-puissant Verbe de Dieu. Mercure affirme en toutes lettres que ce Verbe brillant, qui éclaire toutes choses, est fils de Dieu. Et s'il était possible d'attribuer à un homme né avant l'Incarnation une telle connaissance, il vit le Fils naître du Père, et l'Esprit procédant du Père et du Fils. Il vit la création s'effectuer par le Verbe divin, l'Homme créé à l'image de Dieu, puis sa chute de la sphère intelligible dans le corps. Il se sert des propres
paroles de Moïse pour rapporter le commandement de Dieu aux hommes, croître et multiplier. Puis il nous apprend comment nous pouvons accéder de nouveau à cette nature intelligible et immortelle dont nous sommes tombés en notre décadence. [...] Plus tard, Ficin accorda à ces merveilles beaucoup de réflexion dans la Theologia Platonica il se demande même si Hermès Trismégiste n'est pas Moïse, après tout. Après avoir évoqué, dans cet ouvrage, le récit de la Création dans le Timée, il ajoute, « Trismégiste Mercure enseigne plus clairement une telle origine à la génération du monde. [...] »

Frances A. Yates, Giordano Bruno et la Tradition hermétique, Dervy, 1988, 1996
Notes personnelles :
a. c'est aussi pendant leur sommeil que les alchimistes, futurs Adeptes, ont des visions qui leur enseignent ce qu'il faut faire. Voyez l'Hermès Dévoilé de Cyliani où même, le Mutus Liber.
b. on croirait d'une allégorie sur le Mercure, sur le passage de l'occulte au manifeste, sur la résurgence du rayon solaire igné de Fulcanelli.
c. les alchimistes disent leur Soufre ou l'Âme de la Pierre.
d. on voit le rapprochement avec les sept métaux, les sept planètes connues.
e. la liaison entre le Noûs-Démiurge et le Verbe s'appelle le Compost philosophal.
f. cet Homme-Démiurge est notre Artiste, qui parvient à égaler Dieu dans ses oeuvres terrestres.
g. cette vision poétique est à l'image du Corps et de l'Âme de la Pierre qui s'unissent à l'époque de la réincrudation.
h. la Pierre n'est pas composée d'autre chose que d'AIR et de FEU, enveloppés dans une TERRE [Corps] habitable.
i. C'est aboslument ce que disent les alchimistes dans leurs traités. Tout cela n'est qu'un transposition, à très peu près, que des paroles du Pimandre.
j. On retrouve ici des éléments propres au Christianisme. Mais qui n'en sont pas moins propres à la doctrine alchimique. Par exemple, quand les Artistes réalisent une séparation, mettons, à partir de l'acide vitriolique et du salpêtre, d'un côté il reste la tête morte de l'eau forte au fond de la cornue, tandis que l'acide nitrique se condense dans le récipient.
16. Il y a là de la cabale de haut niveau. Ne pouvant reprendre à nouveau des thèmes que nous avons clairement dévoilés ailleurs, nous nous contenterons d'un bref rappel : il est question dans cet extrait de navire, de port et de péril. Ce thème a été analysé dans l'un des décans des signes du zodiaque. Laissons au lecteur le soin de s'y reporter [cf. zodiaque alchimique].
17. cf. note 15.
18.