ETUDES SUR LE MÉTAMORPHISME DES ROCHES

Notes relatives à l'ensemble des deux premières sous-sections.

I - II - III - IV

section en cours, le 27 juillet 2003

I. Etudes sur le Métamorphisme des roches - Gabriel-Auguste Daubrée

1. Il est assez savoureux de lire ces notes de la plume de M. Berthelot. En effet, dans les Origines de l'Alchimie, vers la fin, il confesse pratiquement qu'il ne croit pas à la théorie atomique et il caresse presque malgré lui le rêve qu'un jour on en revienne au Mercure des vieux philosophes.
2. voir à ce sujet le Résumé de l'Histoire de la Matière d'Eugène Chevreul, in Idée alchimique II - V.
3. cf. Mercure de nature, avec des extraits des Emanations volcaniques.
4. Sur De Senarmont, cf. Mercure et Mercure de Nature.
5. cf. Mercure sur son extrait d'acte de naissance.
6. cf. Histoire de la Chimie de Ferdinand Hoefer, avec une critique de Chevreul.
7. C'est un des plus purs exemples de spagyrie naturelle qui existe.
8. sur De Sénarmont :
9. sur les Quatre Eléments et la quintessence, cf. Idée alchimique, V ; Cristallogénie et Atalanta fugiens.
10. on retrouve ici le Soufre et le Mercure des alchimistes.
11. ce n'est que par allégories et paraboles que doivent être comprises les nombreuses relations aux luminaires et aux planètes dans les traités alchimiques.
12. école selon laquelle les principaux minéraux sont nés de l'action du feu. C'est une référence à Pluton, l'équivalent de l'Hadès [Aidès] grec. Nous préférons nous référer à Ploutos parce qu'il défend les valeurs de la procréation.
13. école selon laquelle la croissance des minéraux serait en rapport avec de l'eau suréchauffée, sous pression et accompagnée de la présence d'agents de minéralisation. C'est cette école qui a triomphé : la Nature a donc surtout oeuvré par la voie humide.
14. rappelons que, selon notre hypothèse, les alchimistes n'ont pu oeuvrer que par la voie sèche. La voie humide ne pouvait conduire qu'aux dissolutions auriques et éventuellement au pourpre de Cassius [cf. voie humide].
15. Tout cela est relaté dans la section Mercure.
16. sur Sainte-Claire Deville :

extrait de Berthelot, Science et philosophie - 2 juillet 1881.


Henri Sainte Claire Deville

















C'est avec une vive douleur que nous annonçons au monde scientifique la mort de M. Henry Sainte-Claire-Deville, membre de l'Académie des sciences, professeur de chimie à la faculté des sciences de Paris et à l'École normale supérieure, enlevé avant l'âge à ses amis et à la patrie française. Peu d'hommes ont marqué davantage entre leurs contemporains par la variété et l'importance de leurs travaux scientifiques, aussi bien que par l'étendue et la vivacité de leurs sympathies personnelles : la profonde émotion que j'éprouve en écrivant ces lignes, dernier témoignage d'une amitié de trente années, sera partagée par ses nombreux amis, par les élèves qu'il a formés depuis un tiers de siècle à l'École normale, par tous ceux qui prennent à cœur l'honneur de la science universelle.
Rappelons en peu de mots sa vie et ses travaux : l'existence d'un savant ne comporte pas en général de péripéties éclatantes, en dehors de ses découvertes.

Les Sainte-Claire-Deville, comme leur nom l'indique, étaient créoles, originaires de Saint-Thomas (Antilles) : la vivacité expansive et un peu agitée de Henry aurait suffi pour rappeler son origine. Entre les trois frères de cette famille qui vinrent s'établir en France, deux surtout ont marqué dans la science : Charles Sainte-Glaire-Deville, le géologue, et Étienne-Henry Sainte-Glaire-Deville, le chimiste. Tous deux sont morts, à l'entrée de la vieillesse, d'une mort prématurée, avant l'âge que semblaient promettre leur santé, leur énergie persistante et le calme environné d'honneurs et d'affections qui marque ordinairement la fin des existences scientifiques.
Henry était né en 1818 ; il fît ses études en France. Au sortir du collège, il hésita, dit-on, un moment entre la vocation musicale et la vocation scientifique, et se décida pour la chimie. Comme le font beaucoup de jeunes gens, il organisa un petit laboratoire, où il travaillait sous les conseils de M. Dumas

[Jean-Baptiste Dumas est cité par Fulcanelli dans les Demeures Philosophales. C'est d'ailleurs, en dehors de Berthelot et de Chevreul, le seul chimiste qui soit cité. Il a publié entre autre une Philosophie chimique. Voici une citation, tirée des Demeures Philosophales :

« Jean Baptiste Dumas dans ses Leçons sur la Philosophie chimique s'exprime en ces termes : "Serait il permis d'admettre des corps simples isomères ? Cette question touche de près à la transmutation des métaux. Résolue affirmativement elle donnerait des chances de succès à la recherche de la pierre philosophale." » [DM, I, p. 131] ]

, qui donnait alors à la chimie organique cette grande et brillante impulsion qui en a marqué les débuts. Dès 1839, Henry Deville commençait à publier des recherches originales : d'abord sur l'essence de térébenthine, dont les états isomériques multiples attiraient alors l'attention de beaucoup de chimistes, puis sur le toluène, carbure d'hydrogène qui a pris depuis un extrême intérêt, parce qu'il est l'un des générateurs des matières colorantes du goudron de houille. En 1844, il fut envoyé comme professeur de chimie à la faculté des sciences de Besançon, nouvellement .créée, et dont il devint le doyen, malgré sa jeunesse. La première découverte qui le mit hors de pair fut celle de l'acide nitrique anhydre, en 1849. Gerhardt et l'école dont il était le chef avaient proclamé impossible l'existence des acides anhydres monobasiques, au nom des nouvelles théories. M. Deville, en découvrant l'acide nitrique anhydre, corps intéressant, à bien des titres, força ces théories à se modifier, et devint ainsi le promoteur indirect de nouvelles inventions.
Cependant, sa jeune réputation avait attiré l'attention sur lui, au point de le faire nommer en 1851 maître de conférences à l'École normale, à la place de M. Balard, appelé lui-même au Collège de France. Ce fut à ce moment que je le connus, et je ne me rappelle pas sans quelque émotion le jour où M. H. Deville, suppléant, M. Dumas à la faculté des sciences (1853), me pria de l'aider à montrer à son auditoire sa brillanle préparation de l'acide nitrique anhydre. H. Deville, entraîné à la fois par la haute curiosité et par le désir d'une gloire légitime, cherchait sa voie de tous côtés. Après quelques essais heureux pour créer une nouvelle méthode d'analyse minérale, il s'attacha à l'étude de l'aluminium.
Ce nouveau métal, extrait de l'argile, avait été à peine entrevu par Woehler, qui l'avait observé le premier en 1827. M. Deville le prépara en grandes quantités, par des méthodes nouvelles et le fit à proprement parler connaître. Il en montra la légèreté, la ductilité, la ténacité, et surtout l'inaltérabilité au contact de l'air et de l'eau ; il pensa qu'un pareil métal, doué a la fois de propriétés si différentes de celles des métaux usuels, en raison de sa légèreté, et en même temps si pareilles, en raison de sa stabilité, devait jouer un rôle inattendu dans l'économie domestique et dans l'industrie ; il dépensa pendant bien des années tous les efforts de sa vive intelligence et de sa rare habileté à populariser le nouveau métal, qui semblait appelé à prendre une place importante dans le matériel des civilisations modernes.
Malgré tant d'efforts, secondés par les pouvoirs publics et accueillis avec bienveillance par l'opinion, l'aluminium ne semble pas avoir répondu encore aux premières espérances qu'il avait excitées. Quelques-uns de ses alliages présentent cependant des propriétés spéciales, qui en maintiendront l'emploi industriel. En l'étudiant à fond, M. Deville fut conduit à développer le champ de ses expériences et de ses conceptions et à les porter dans une sphère plus élevée. Son action devient en même temps plus étendue, grâce aux aides qu'il sut former autour de lui. Entouré dans son laboratoire de la rue d'Ulm de l'élite de la Jeunesse française qui se destine à l'enseignement des sciences, jeunesse qu'il animait d'uneardeur sympathique, il fit école à son heure, et prit pour collaborateurs les principaux de ses élèves, MM. Debray, Troost, Fouqué, Hautefeuille ; il y joignit même le concours de savants d'autre origine, tels que M. Caron, le savant officier d'artillerie, et M. Damour, le minéralogiste. II aborda ainsi l'étude de la reproduction artificielle des minéraux, principalement par la voie sèche; celle des hautes températures, celle des métaux rares, spécialement du platine et des corps congénères ; enfin l'étude des densités des vapeurs des corps élémentaires, question à laquelle se rattachent les plus hauts problèmes de philosophie naturelle.
Le cadre de cet article ne me permet pas d'exposer, même d'une manière sommaire, ces longs et importants travaux, qui ont rempli les vingt dernières années de la vie de H. Sainte-Claire-Deville. Mais il convient de mettre en lumière la notion générale nouvelle, qui se dégagea pour lui de la vue de ces phénomènes si variés et si curieux, accomplis à de hautes températures : je veux parler de la dissociation, l'une des découvertes les plus originales de notre époque en chimie, découverte qui constitue le titre de gloire le plus durable du savant, professeur de l'École normale. Les réactions accomplies vers le rouge sont parfois, en apparence, contradictoires avec celles qui se produisent à la température plus basse : par exemple le plomb et la vapeur d'eau forment au rouge blanc, de l'oxyde de plomb, qui se volatilise; tandis qu'à une température plus basse l'hydrogène réduit l'oxyde de plomb; l'argent même semble décomposer la vapeur d'eau, en en dissolvant l'oxygène ; la préparation du potassium au moyen de l'hydrate de potasse fondu et du fer, au ronge vif, est également contradictoire avec les réactions connues du potassium sur l'oxyde de fer, à moindre température. Bref, l'étude des réactions opérées.par voie sèche offre de continuelles antinomies. En réfléchissant sur ces antinomies, que ses études actuelles mettaient chaque jour devant ses yeux, H. Deville fut frappé tout d'un coup, vers 1857, par une idée nouvelle et féconde, à savoir que les corps qui réagissent à haute température avaient changé de nature, ou plutôt, de constitution. Les corps composés sont d'abord résolus en leurs éléments par la chaleur, et les réactions nouvelles qu'ils produisent alors sont dues, non aux corps composés, mais à leurs éléments, coexistant, à l'état libre et. exerçant leurs actions séparément sur les autres corps mis en leur présence. Ainsi ce n'est, pas la vapeur d'eau qui oxyde le plomb, c'est l'oxygène résultant. de sa décomposition préalable ; ce même oxygène se dissout dans l'argent fondu, qu'il fera rocher plus tard, au moment de sa solidification, tandis que l'hydrogène s'écoule au dehors, etc.
Cette nouvelle manière d'envisager les réactions de la voie sèche explique une multitude de phénomènes, de formations, de minéraux, de volatilisations apparentes de corps fixes, phénomènes jusque là inconcevables. Toutefois elle ne constitue que le premier pas dans la nouvelle découverte ; celle-ci ne se dégagea dans toute son étendue que peu à peu, et non sans quelque confusion, par la suite des recherches incessantes de H. Deville : ce fut le fruit mérité de cette longue patience, que l'on a pu regarder à juste titre comme équivalant au génie. En effet, non seulement les corps composés sont résolus en éléments à une haute température, éléments qui se recombinent pendant le refroidissement ; mais la décomposition, aussi bien que la recombinaison, sont graduelles et variables dans leur proportion, avec la température, la pression et diverses autres circonstances. En un mot, pendant un intervalle de température plus ou moins étendu, un composé peut coexister avec ses éléments ; le tout constituant un système en équilibre, entre les actions calorifiques, qui tendent à le résoudre en éléments, et les actions chimiques, qui tendent à le transformer entièrement, en une combinaison définie. Telle est la notion fondamentale de la dissociation, notion simple et féconde, qui a changé les idées des chimistes et est devenue l'origine d'une multitude de découvertes. H. Deville avait été nommé membre de l'Académie des sciences en 1861 ; il était devenu, en 1867, titulaire de la chaire de chimie de la Sorbonne, qu'il occupait depuis quatorze ans à titre de suppléant. Administrateur du chemin de fer de l'Est et de la Compagnie parisienne du gaz, il occupait dans le monde des affaires une situation non moindre que dans la science pure. Les satisfactions morales et les joies privées de la famille, au milieu de ses cinq fils et de ses nombreux amis, auraient mis le comble à son bonheur, sans quelques ennuis, nés des discussions relatives au mètre international, et auxquelles son imagination impressionnable attacha peut-être trop d'importance.
Quoi qu'il en soit, je me reprocherais de tracer un tableau incomplet de la vie de. H. Sainte-Claire Deville, si je ne le montrais maintenant, tel que ses contemporains l'ont connu, actif, affairé, sympathique, dans ces réunions du dimanche à l'École normale, où nous ne le verrons plus. Toujours prêt à s'intéresser à ses amis, jeunes et vieux, à leur donner un conseil scientifique'et au besoin un coup d'épaule, usant des influences multiples que .son caractère et sa position lui avaient acquises pour servir les uns et les autres ; prêt à s'associer à vos plaisirs et à vos peines avec une chaleur de cœur inusitée dans la froideur ordinaire de nos relations modernes, il était devenu le centre de tous les hommes de science. Qui ne se le rappelle assis vis-à-vis de ce large poêle autour duquel nous étions rangés, et racontant quelque gai récit qui nous faisait sourire, ou quelque histoire aimable pour l'un des assistants ? Depuis près d'un an, sa santé s'était affaiblie peu à peu ; une affection du cœur dont il avait éprouvé déjà quelques atteintes avait reparu en s'aggravant. Il avait dû interrompre son cours, dé la Sorbonne au mois de janvier, et n'avait pas tardé à descendre vers le midi de la France, pour chercher à retarder le déclin de ses forces sous un climat plus doux. Mais il était frappé sans ressources, et. il est revenu mourir au milieu de ses amis, en conservant jusque dans son agonie ces préoccupations affectueuses qui avaient tenu tant de place dans sa vie.

17. sur Jacques-Joseph Ebelmen, cf. section spéciale.
18. cf. Mercure sur une relation de ses études.
19. cf. Mercure de Nature sur la relation de ces belles expériences.
20. on ne peut s'empécher d'évoquer un extrait de Fulcanelli, désignant le fer de Suède :

« C'est ainsi, par exemple, qu'un kilogramme d'excellent fer de Suède, ou de fer électrolytique, fournit une proportion de métal radical, d'homogénéité et de pureté parfaites, variant entre 7 grammes 24 et 7 grammes 32. Ce corps, très brillant, est doué d'une magnifique coloration violette...analogue, pour l'éclat et l'intensité, à celle des vapeurs d'iode.» [Demeures Philosophales, II, p. 287]

Il s'agit d'une indication sur de l'oxyde de fer, c'est-à-dire le dragon babylonien [Babylone a désigné le Bélier dès la plus lointaine antiquité ; cf. Atalanta, XXV].
21. Il faut évoquer ici la pierre noire de Pesinonte, tombée du ciel, que Cybèle, flanquée de ses deux lions [Atalante et Hippoménès, cf. Atalanta, introduction] tient en main.
22. Il y a là de quoi réfléchir : le péridot, vue comme scorie universelle. Ne peut-on pas rapprocher cette vue pénétrante de l'acide vitriolique, vu par les alchimistes comme l'esprit universel ? On trouve plusieurs notes adressées aux Comptes Rendus de l'Académie des Sciences, sur le péridot : CR, T. 75, 1875, p. 487 - CR, T. 55, 1862, p. 785 - CR, T. 80, 1875, p. 707 - CR, T. 93, 1881, p. 737.

- CR, T. 75, 1875 :

MINÉRALOGIE. — Sur la reproduction du pyroxène et du péridot. Note de M. G. LECHARTIER, présentée par M. H. Sainte-Claire Deville.

« Dans un travail que j'ai eu l'honneur de présenter à l'Académie (Comptes rendus, séance du 6 juillet 1868.), j'ai montré comment on peut reproduire les principales variétés de pyroxène et de péridot, en chauffant à une température convenable,
dans un bain de chlorure de calcium, les divers éléments constitutifs de ces minéraux. Ce procédé réunit deux avantages principaux :

- 1° Il permet d'obtenir en quelques heures de très-beaux cristaux,
purs et ne contenant pas d'alumine.
- 2° Pour cette opération, il n'est pas nécessaire de mélanger les substances qui doivent se combiner ensemble, dans les proportions mêmes qui caractérisent les minéraux à reproduire.

Les cristaux que l'on obtient sont disséminés au milieu de la masse du chlorure de calcium dans la place où ils se sont formés dans la matière fondue. Toutes les substances qui n'ont pas servi à constituer les cristaux s'unissent en un silicate complexe que l'on retrouve au fond du creuset, le plus souvent à l'état de verre ou de masse solide amorphe, plus ou moins agglomérée, suivant le degré de température auquel le mélange a été porté. Cette séparation physique contribue à la pureté des cristaux et donne
le moyen d'étudier les circonstances favorables à leur production, ainsi que les réactions qui peuvent leur donner naissance. Elle permet aussi de discerner quelques-uns des groupements naturels qui peuvent se produire lorsqu'on chauffe dans des conditions déterminées un mélange de silice, de chaux, de magnésie, d'oxyde de fer et d'alumine. Cette question me paraît avoir d'autant plus d'importance, que la silice forme, avec les oxydes précédents, un grand nombre de silicates cristallisés de composition différente.
Voici les principaux résultats obtenus à la suite d'un grand nombre d'essais :

- 1° La présence d'une proportion relativement considérable d'alumine dans un mélange de silice, de chaux et de magnésie n'empêche pas la formation du pyroxène et du péridot. On peut remplacer dans le mélange l'alumine et une portion de la silice par du kaolin, c'est-à-dire par du silicate d'alumine. Le kaolin pur chauffé avec de la magnésie ou avec de la magnésie et de la chaux à une température suffisamment élevée se dédouble en un silicate alumineux, le plus souvent vitrifié, et en silicates cristallisés, péridot ou pyroxène. Il peut arriver que les cristaux obtenus dans ces conditions,
ressemblant en cela à un certain nombre de cristaux naturels, contiennent de petites quantités d'alumine.
On chauffe avec 100 grammes de chlorure de calcium :
Silice................. 6 grammes.
Chaux................ 2 »
Magnésie. ............. 2 »
Sesquioxyde de fer...... 2 »
Alumine.............. i »

Après l'opération, le culot de chlorure de calcium contient des cristaux de pyroxène colorés en vert clair, dans lesquels l'analyse, faite sur 6 décigrammes, ne découvre que des traces d'alumine. Le fond du creuset est recouvert d'un silicate que la fusion a fait passer à l'état de verre. En répétant l'expérience avec le mélange suivant :

Silice................. 8 grammes.
Kaolin................ 2 »
Chaux................ 3 »
Magnésie. ............. 2 »
Sesquioxyde de fer...... 5 »

on obtient un silicate amorphe, fondu ou non, suivant la température à laquelle on opère, et des cristaux verts de pyroxène pour lesquels l'analyse, faite sur 1 gramme de matière, a signalé la composition suivante :

Silice.................. 51 ,o
Chaux................. 28,4
Magnésie.. ............. 18,0
Protoxyde de fer. ....... 3,0
Alumine. .............. 4,8

En chauffant successivement avec la même quantité de bases des mélanges de silice et de kaolin contenant 40, 60 et même 80 pour 100 de kaolin, on ne cesse pas de produire des cristaux de pyroxène; il en est encore ainsi lorsqu'on remplace la totalité de la silice par du silicate d'alumine. On a chauffé dans un creuset de charbon :

Kaolin.............. 15 grammes.
Magnésie............ 6 »
Chlorure de calcium... 100 »

et l'on a obtenu du péridot dont les cristaux prismatiques étaient accolés les uns aux autres dans le sens de leur longueur, de manière à constituer des lames striées et dentelées sur leurs bords. La densité de ces cristaux a été trouvée égale à 3,36, et l'analyse faite sur 1 gramme environ leur a assigné la composition suivante :

Oxygène.
Silice .............. 43,9
Magnésie.. .......... 52,0
Protoxyde de fer ..... 2,2
Chaux.............. 3,0
Alumine............ 0,2

La matière analysée contient donc de la chaux, et le rapport de l'oxygène de la silice à l'oxygène des bases est un peu supérieur à l'unité. Ces faits nous indiquent que le péridot obtenu n'est pas pur; car, depuis les travaux de M. Charles Sainte-Claire Deville, il est reconnu que la chaux n'existe pas dans ce minéral. D'ailleurs, en observant avec soin les
cristaux, on voit à leur surface de petits cristaux de pyroxène, incolores et très-brillants, qui se sont évidemment déposés sur les lames péridotiques déjà formées. De cette manière s'explique leur impureté, ainsi que la présence éventuelle de petites quantités de chaux dans quelques échantillons de péridot.

- 2° Lorsqu'on chauffe dans du chlorure de calcium fondu de la magnésie avec de la silice ou avec du kaolin, on trouve le plus souvent des cristaux de pyroxène mélangés au péridot, le chlorure de calcium fournissant toujours une certaine quantité de chaux par double décomposition avec les oxydes de magnésium et de fer. Dans toutes ces expériences, le culot de chlorure de calcium contient toujours disséminée au milieu des cristaux de silicates une poudre fine de carbonate de chaux cristallisé, comme on peut s'en assurer au moyen de la loupe. Ce calcaire est produit par la combinaison directe de la chaux fournie par le chlorure de calcium avec le gaz acide carbonique contenu dans
l'atmosphère de l'intérieur du creuset, qui est complètement entouré de charbons incandescents. Ce fait est d'accord avec les expériences de M. Debray sur la dissociation du carbonate de chaux, et il prouve que le pyroxène et même le péridot peuvent se former en présence d'un excès de chaux qui se transforme en carbonate après avoir échappé à la combinaison avec la silice. Si l'on opère sur de la silice et de la magnésie mélangées, non plus dans les proportions où elles se trouvent dans le péridot, mais dans celles qui constituent l'enstatite, on obtient, à la fois, du péridot et du pyroxène. C'est le phénomène qui se produit lorsqu'on porte au rouge vif le mélange suivant :

Silice. ...................... 6 grammes.
Magnésie.................... 4 "
Chlorure de calcium ........... 1 »

On obtient 10 grammes de très-beaux cristaux, dans lesquels on distingue des poids à peu près égaux de chacune de ces deux'espèces minérales ; si on élève la proportion de silice en portant son poids à 10 grammes, il se forme au fond du creuset un culot vitrifié, et l'on obtient un poids total de cristaux plus petit; mais la proportion des cristaux de pyroxène y est plus forte. Dans ces conditions, en présence de la chaux, il n'a pas été possible de reproduire l'enstatite. Lorsqu'on diminue la proportion de la silice par rapport à celle de la magnésie et qu'on emploie :

Silice........................ 4 grammes.
Magnésie..................... 6 »
Sesquioxyde de fer............. 6 »

le péridot constitue presque, à lui seul, tout le produit de l'opération, le pyroxène ne s'y rencontrant qu'en très-faibles quantités. De plus, la formation presque exclusive du péridot est favorisée par une température élevée, suffisamment prolongée.

-3° En chauffant avec du chlorure de calcium, chaux, alumine et silice ou chaux et kaolin, on n'obtient pas de wollastonite, et, le plus souvent, le produit de l'expérience ne présente que des traces de cristallisation. L'addition d'oxyde de fer n'amène pas de changement dans ce résultat; mais la présence de petites quantités de magnésie suffît pour qu'il se produise dans la masse un phénomène de cristallisation séparant du mélange des cristaux de pyroxène ou de péridot. Pour que ce phénomène se produise, il suffit que le chlorure de calcium qui sert de bain de fusion ne soit pas pur et contienne un peu de chlorure de magnésium. »
 

- CR, T. 55, 1862
CHIMIE MINÉRALOGIQUE. — Note sur la pierre météorique de Chassigny; par M. A. DAMOUR.

J'ai l'honneur de présenter à l'Académie les résultats d'une nouvelle analyse sur une pierre météorique tombée le 3 octobre 1815 à Chassigny, près la ville de Langres. Cette pierre est essentiellement composée de silice, de magnésie et de protoxyde de fer. Elle a été l'objet d'un examen spécial par Vauquelin, qui a décrit ses caractères et a fait connaître sa composition dans un Mémoire inséré au tome 1er des annales de Chimie et de Physique (année 1816). Les circonstances qui ont accompagné la chute de cette météorite se trouvent également exposées dans le même recueil. En examinant les résultats obtenus par Vauquelin, je crus remarquer une grande similitude de composition entre cette pierre et l'une des espèces minérales qui se rapportent au genre péridot. Une analyse que j'ai faite pour acquérir plus de certitude à cet égard m'a paru confirmer le rapprochement que je viens signaler aujourd'hui. On ne s'étonnera pas que ce rapport de composition ait échappé à Vauquelin, si l'on considère qu'à l'époque où il fit son travail, la loi de l'isomorphisme n'était pas encore connue.  II me paraît à propos de rappeler ici les principaux caractères de la pierre de Chassigny. Elle se distingue des autres météorites par sa teinte jaune pâle. Examinée à la loupe, elle paraît formée d'une multitude de petits grains arrondis, présentant un éclat vitreux, parmi lesquels on voit disséminés ça et là quelques grains d'un noir foncé. Elle raye le verre, mais avec difficulté, par suite de sa disposition à s'égrener et à se laisser écraser sous une faible pression. Sa densité est de 3,57. Elle ue renferme pas de nickel ni de fer à l'état métallique, et n'est point magnétique. Ces caractères la distinguent encore de la plupart des autres météorites. La mince croûte noire dont elle est extérieurement revêtue attire seule le barreau aimanté. Cette circonstance me paraît indiquer que, dans le phénomène qui a donné lieu à l'incandescence et à la fusion superficielle de la météorite, le
protoxyde de fer contenu dans cette matière a été amené à l'état d'oxyde ferroso-ferrique. Exposée à la flamme du chalumeau, cette pierre noircit et fond mais
difficilement, en une scorie noire magnétique. Fondue avec le borax, elle donne la réaction de l'oxyde de fer; avec le sel de phosphore, elle se dissout en laissant un squelette de silice. L'acide nitrique la décompose, même à froid, mais plus rapidement à
l'aide de la chaleur, en laissant de petits grains noirs avec quelques parcelles grisâtres inattaquées. Ce résidu insoluble s'élève à peine à 4 pour 100 du poids de la matière employée. La liqueur nitrique étant soumise à l'évaporation se prend en gelée. Pour déterminer les proportions des principes constituants de là météorite, J'ai suivi la méthode que M. Henri Deville a fait connaître pour l'analyse des silicates. La matière pulvérisera été attaquée par l'acide nitrique : la dissolution évaporée à siccité a donné une masse saline qu'on a chauffée entre 300 et 400° pour décomposer les nitrates. Le résidu sec a été ensuite traité par une dissolution de nitrate ammoniacal rendue alcaline
par l'addition de quelques gouttes d'ammoniaque. On a fait chauffer le tout, jusqu'au degré de l'ébullition, pendant deux heures. La magnésie s'est dissoute; la silice et l'oxyde ferrique sont restés insolubles. La liqueur retenant la magnésie et les sels ammoniacaux a été évaporée à siccité, et le résidu chauffé au rouge a laissé la magnésie contenant une faible quantité de potasse et d'oxyde de manganèse qu'on a séparés par les méthodes connues. On a traité le mélange de silice et d'oxyde de fer par l'acide sulfurique. L'oxyde de fer est passé à l'état de sulfate soluble. Ce sel étant calciné a
donné de l'oxyde ferrique dont le poids a servi à calculer, la proportion d'oxyde ferreux contenue dans la matière. En traitant à part cet oxyde de fer, on a reconnu qu'il renfermait une faible quantité d'oxydes de manganèse et de chrome qu'on a dosés.
La silice a été pesée, puis traitée par l'acide fluorhydrique faible. Elle s'est dissoute, en laissant un résidu formé de grains noirs et de ces parcelles grisâtres que j'ai signalées ci-dessus. Les grains noirs sont composés de fer chromé; les parcelles grises, en trop faible quantité pour être analysées à part, ont toute l'apparence d'un pyroxène.
Voici les nombres que j'ai obtenus :

Oxygène. Rapports.
Silice............... ...... 0,35
Magnésie................... 0,81
Oxyde ferreux............... 0,26
Oxyde manganèse............ 0,0045
Oxyde de chrome............ 0,0075
Potasse..................... 0,0066
Fer chromé, pyroxène.. ....... 0,0877

Les quantités d'oxygène de la silice d'une part, de la magnésie et de l'oxyde ferreux d'autre part, donnent le rapport exact, à quelques millièmes près de 1 : 1. Ces résultats peuvent être exprimés par la formule qui représente la composition du péridot ferrugineux connu sous le nom de hyalosidérite. L'analyse deVauquelin avait donné :

Silice................... 0, 8890
Magnésie. ............... 0,08200
Oxyde ferreux............ 0,081.
Chrome................. 0,0200

On sait que le péridot olivine se trouve engagé à l'état de grains vitreux et transparents dans certains fers d'origine météorique. Le fer rapporté de la Sibérie par le naturaliste Pallas, et celui qui provient du désert d'Atacama, dans l'Amérique méridionale, en offrent de remarquables spécimens; mais dans les météorites pierreuses où diverses espèces minérales se trouvent habituellement mêlées à l'état d'agrégation confuse, la présence des péridots s'était admise, en quelque sorte, que par induction, et comme conséquence de la composition que présentent certaines parties de ces matières minérales plus ou moins attaquables par les acides. Plusieurs minéralogistes, parmi
lesquels je dois citer MM. Dufrénoy, Delafosse, Dana, Rachmeisberg et Shepard ont établi deux divisions principales parmi ces pierres :

- 1° celles qui contiennent de l'alumine et peuvent être considérées comme renfermant
des minéraux de la famille des feldspaths ;
- 2° celles qui ne renferment pas d'alumine, mais plus ou moins de magnésie, d'oxyde de fer, de chaux, etc.

Ces dernières ne contiendraient pas de minéraux feldspathiques, mais plutôt des pyroxènes et des silicates magnésiens. D'après les résultats que je viens d'exposer, c'est dans cette seconde division que l'on devra classer la pierre de Chassigny qui présente un type remarquable d'une météorite se rapportant, par la composition de presque toute sa masse, au genre Péridot et plus particulièrement à l'espèce hyalosidérite, qui ne diffère de l'olivine que par une proportion un peu plus forte de protoxyde de fer, isomorphe de la
magnésie. »
 

- CR, T. 80, 1875
 
GÉOLOGIE. — association, dans l'Oural, du platiné natif à des roches à base de péridot; relation d'origine qui unit ce métal avec le fer chromé; par M. DAUBRÉE.

Le platine abondamment répandu, à l'état de pépites ou de grains isolés, dans les terrains de transport de certaines régions de l'Oural n'a pas encore été rencontré en place, c'est-à-dire dans les roches qui le contenaient originairement. Il a été détaché de cette matrice par les triturations et les charriages auxquels sont dus les dépôts de gravier et de sable où on l'exploite aujourd'hui. Toutefois les recherches qui ont été faites sur ce sujet par plusieurs géologues, particulièrement par Gustave Rosé et M. LePIay (GUSTAVE ROSE, Reise nach Vrai, t. II, p. 456 et 512; tS^t. — LE PLAY, Comptes
rendus, t. XIX, p, 853 ; 1844. Quant au platine des environs de Kuschwin&k (district de GoroBlagodat), G. Rosé suppose qu'il provient du porphyre diorilique, (T. I, p, 339.)), ont rendu très-probable que c'est dans la serpentine que ce métal était d'abord disséminé, au moins dans la contrée de Nischné-Tagilsk. Le grand nombre de galets de serpentine accompagnant le platine ont conduit à cette conclusion, que confirme aussi l'abondance du fer chromé, minéral du domaine de la serpentine. D'ailleurs le platine est lui-même souvent engagé dans le fer chromé, et enfin il n'est pas sans exemple que des grains de ce métal aient été trouvés dans la serpentine. M. Jaunez-Sponville, qui a bien voulu, à ma prière, faire soigneusement rechercher dans les exploitations qu'il dirige aux environs de Niscbné-Tagilsk, des échantillons contenant le platine encore fixé dans sa gangue, m'en a remis récemment quelques-uns qui sont instructifs pour cette question. D'ailleurs j'en avais antérieurement reçu de M. l'Académicien d'Eichwald d'autres représentant des roches dans lesquelles le platine n'est pas disséminé, mais qui sont particulièrement caractéristiques des brèches et conglomérats où l'on exploite ce métal, dans la même contrée de Nischné-Tagilsk. Le ciment de la brèche est du carbonate de chaux magnésien ; parmi de nombreux cristaux octaédriques et grains de fer chromé, on distingue des grains de platine logés entre les fragments pierreux.

Roche de (Hallage, avec peridot, serpentine et fer chromé, intimenent associée au platine. — Un gros galet, d'un vert foncé et du poid& de près de 2 kilogrammes, porte en quelques points de sa surface des indices de platine, qui est reconnaissable à sa couleur, son éclat, ainsi qu'à son inaltérabilité par l'acide nitrique. Mais un examen plus attentit a fait constater que ce platine, au lieu d'appartenir à des veines traversant l'échantillon, représente seulement un enduit superficiel du métal : c'est une simple trace qui peut-être a été produite par le frottement énergique de pépites, comme celle que laisse nn crayon sur une feuille de papier. En effet, cet enduit métallique disparait complètement sous l'action de l'eau régale. D'ailleurs, la présence du platine a été recherchée, dans ce caillou, au Bureau d'essais de l'École des Mines, d'abord par voie sèche, puis par voie humide, et les deux résultats ont été négatifs. Toutefois, comme la roche présentait de l'intérêt à cause de son association au platine, on en a fait l'analyse quantitative, qui a donné les résultats suivants :

Silice...................................... 4, 16
Chaux..................................... 11,3
Magnésie. .................................. 26,00
Protoxyde de fer (dosé à l'état de peroxyde)...... 0,60
Alumine................................... 3,0
perte par calcination.......................... 4,30

Coupée en tranches minces et examinée au microscope, la roche dont il s'agit se montre composée en grande partie d'une masse très-clivable, chatoyante, dont les caractères optiques annoncent la diallage. Un autre minéral en grains transparents, moins clivable, à surface rugueuse, consiste en péridot; des veines de serpentine traversent le tout. Enfin quelques petits grains noirs de fer chromé y sont disséminés. Ces caractères
physiques correspondent bien à la composition élémentaire qui vient d'être signalée. La brèche platinifère renferme aussi des fragments d'un vert d'herbe, d'une roche analogue à ce galet, mais encore mieux caractérisée. On y distingue très-nettement la diallage, reconnaissable à ses propriétés optiques (rouge extérieur, bleu intérieur, pour la bissectrice négative), avec de nombreuses inclusions rectilignes, très-allongées et orientées parallèlement à trois directions, qui correspondent aux clivages de la substance. Des grains de péridot sont disséminés au milieu de cette diallage, et le
tout est traversé par des veinules de serpentine.

Roche de péridot et de serpentine avec fer chromé, dans laquelle le platiné est encore fixé. — Dans un autre galet où le platine se montre évidemment fixé, ce métal est en petits cristaux mal formés et associé à des grains de fer chromé parfois cristallisés. La gangue pierreuse qui renferme les uns et les autres, a les caractères d'une serpentine; mais si l'on en examine au microscope des tranches minces, on reconnaît, au milieu de la serpentine proprement dite, de nombreux grains transparents, biréfringents, agissant fortement sur la lumière polarisée et offrant les caractères optiques du péridot (dispersion très-faible (p < v pour la bissectrice positive). Il s'y rencontre ça et là des lamelles de diallage, Une roche semblable à cette gangue du platine se retrouve en abondance parmi des fragments de la brèche platinifère, avec la différence que le péridot y est souvent plus abondant, au point de former environ la moitié du volume. La serpentine forme de petites veines qui traversent, en tous sens, les fragments anguleux de péridot; cette disposition, qui est comparable à celles de certains marbres-brèches, se reconnaît avec le faible grossissement d'une loupe. Ça et là le péridot a même conservé sa forme cristalline. [...]
Si les caractères optiques n'étaient pas concluants par eux-mêmes, on reconnaîtrait, par la nature attaquable de la substance et par la prédominance de la magnésie, que le minéral transparent ne peut être que du péridot. Ainsi on est en droit de conclure que, dans la contrée de Nischné-Tagilbk, la roche-mère du platine consistait en péridot, lequel est plus ou moins transformé en serpentine et accompagné de diallage, minéral qui prédomine dans d'autres parties de la roche,

Relation d'origine du platine natif avec le fer chrome qui l'enveloppe. — Un des compagnons du platine dans sa gangue, le fer chromé, mérite l'attention. On sait que, dans la contrée de Nischné-Tagilsk, ce minéral est très-fréquemment et très-abondamment associé au platine; non-seulement il se présente en cristaux et en grains dans lesalluvions platiniféres, mais aussi il incruste souvent les pépites. Dans certains cas, le platine lui-même est disséminé au milieu de morceaux plus ou moins volumineux de fer chromé. Alors, comme l'a remarqué Gustave Rosé, le platine est ordinairement anguleux et même cristallisé : c'est ce que témoigne l'un des échantillons que je viens de déposer dans la collection de l'École des Mines, comme les précédents dont j'ai parlé. Quelle que soit la différence de leur constitution chimique, une association aussi constante de ces deux minéraux n'est sans doute pas fortuite; elle paraît être significative, comme je vais essayer de le montrer, et servir de témoin à des réactions par lesquelles a passé originairement la gangue du platine. Quand on fond au contact de l'air du platine allié à du fer, on voit à une très-haute température le fer s'oxyder avec rapidité et se transformer en partie en étincelles, en partie en une scorie magnétique. Ainsi que j'ai eu l'occasion de l'observer, soit sur des alliages artificiels, soit sur des pépites naturelles de platine très-ferrifère, dans les expériences où j'ai
produit artificiellement le platine magnétipolaire, après une sorte d'affinage, le platine reste comme un noyau dans la scorie, formée aux dépens du fer qui lui était primitivement allié, à peu près comme il se présente dans le fer chromé de la nature.
Ces produits d'expériences offrent une autre analogie avec les échantillons naturels; car le platine qui est ainsi associé au fer chromé paraît se distinguer du platine des autres gisements, par la forte proportion de fer métallique auquel il est allié. C'est ainsi que le platine, très-riche en fer et doué du magnétisme polaire, ne parait avoir été rencontré, au moins jusqu'à présent, qu'en compagnie du fer chromé (Dans les nombreuses analyses de minerais de plaline que MM. H. Sainte-Claire Deville et Debray ont publiées à l'occasion de leurs belles recherches sur ce métal [Annales de Chimie et de Physique, 3e série, t. LVI), ces savants n'ont pas trouvé un contenu en fer dépassant 12 pour 100. D'après ces analyses, comme dans celles que l'on doit à Berzélius, à Osann, à M. de Muchir, les minerais de Nichné-Tayiliik se distinguent par leur forte teneur en fer. M. de Muchin annonce y avoir trouvé jusqu'à 17,13 et même 18,93 dans des grains noirs préalablement traités par de l'acide. (DE K.OKSCHAKOW, Materialen zur Mineralogie, t. V, p. 186.)). Le chrome étant, comme le fer, très-oxydable, on peut donc se rendre
compte de cette relation entre le platine et le fer chromé, en supposant que les trois corps, platine, fer et chrome, étaient d'abord à l'état métallique, puis que, en présence d'une certaine quantité d'oxygène et à une température élevée, il s'est produit un départ des métaux les plus oxydables.
Toutefois, malgré la rapidité avec laquelle le fer s'oxyde dans ces circonstances, une partie très-notable de ce fer est restée à l'état métallique : la, scorification a été incomplète. Cela peut faire supposer, soit que l'oxygène était en quantité insuffisante, soit que cet oxygène n'a agi que pendant un temps très-court. Dans le but de contrôler expérimentalement cette supposition, J'ai de nouveau eu recours au puissant procédé de coupellation dans la chaux, dont on est redevable à MM. Henri Sainte-Claire Deville et Debray, et à du platine en fusion j'ai ajouté un alliage de fer et de chrome. Le fer et le
chrome sont passés à l'état d'oxydes, mais sans que ces oxydes aient formé une combinaison comme dans le fer chromé, puisqu'ils sont restés solubles dans les acides. On n'a pas mieux réussi en opérant sur un alliage des trois métaux (platine, 10; fer, 3; chrome, 2) que l'on a soumis au chalumeau oxyhydrique en n'oxydant que très-lentement et en maintenant la substance à l'état pâteux. Ça et là se montrent des cristaux transparents et verdâtres qui sont peut-être du chromate de chaux; quelques-uns des
grains de plaline sont magnétiques. Les formes sous lesquelles le platine s'est isolé au milieu de la scorie oxydée dans la première expérience méritent d'être signalées. Parmi des grains dont la forme tuberculeuse rappelle celle des pépites naturelles, il en est d'autres offrant à leur surface une réticulation dendritique, suivant deux directions perpendiculaires; d'autres enfin sont hérissés de petits cristaux cubiques. Ce dernier fait est à rapprocher de cette circonstance, que le platine engagé dans le fer chromé est ordinairement cristallisé. On pouvait encore comprendre l'association des métaux aux combinaisons oxydées par une hypothèse inverse de la scorification et supposer
que du platine, s'étant trouvé en présence du fer-chrome et d'un réductit, aurait pris à cette dernière combinaison du fer pour lequel il a une forte affinité. Mais on a fondu, à plusieurs reprises, dans un creuset brasqué et avec un mélange de charbon, du fer chromé et du platine, sans que ce dernier ait annoncé, par un état magnétique, la présence du fer. Ce résultat a été également négatif, quand du péridot a été ajouté comme fondant: et comme pouvant lui-même fournir du fer dans ces conditions. Cette
seconde supposition parait donc avoir moins de fondement que la première.
Ainsi l'association du platine et du fer chromé se présente comme si dans les masses profondes dont provient le platine il s'était produit une scorification partielle.

Traits multiples de ressemblance entre les roches de platine et certaines roches
météoritiques. —Cette scori6cation serait tout à fait analogue à celle par laquelle j'ai cherché à expliquer, en m'appuyant aussi sur des expériences, la formation des roches météoritiques, dans lesquelles le fer est également, en partie à l'état métallique, en partie à l'état oxydé (Comptes rendus, t. LXII, p. 670 et suivantes; 1866. — Annales des Mines, 6e série, t. XIII, p. 41 et suivantes; 1868.). En chauffant et en oxydant incomplètement les corps dominants des météorites, du fer, du magnésium et du silicium préalablement combinés, j'ai, en effet, obtenu du fer, tant à l'état métallique qu'à l'état de silicate de protoxyde qui, avec l'oxyde de magnésium, a constitué du péridot en partie cristallisé. Comme autre trait d'analogie, il importe d'observer qu'ordinairement les roches météoritiques à base de péridot contiennent aussi du fer chromé ; elles ressemblent donc minéralogiquement à la gangue du platine de l'Oural. La ressemblance que j'avais déjà signalée autrefois (Comptes rendus, t. LXII, p. 672. — Annales des Mines, 6e série, t. XIII, p. 50.) trouve une confirmation remarquable et se complète par la présence du péridot que nous venons d'y reconnaître. Le rapprochement est particulièrement frappant pour la météorite tombée à Chassigny (Haute-Marne), qui, d'après l'analyse très-exacte de M. Damour, se compose presque entièrement de péridot, auquel se joint du fer chromé dans la proportion de 4 pour 100 (Comptes rendus, t. LV, p. 571.). La ressemblance entre cette roche cosmique et la roche terrestre qui nous
occupe s'étend jusqu'à l'aspect et la texture.
Toutefois il existe entre ces deux roches cette différence, que la gangue du platine de Nischné-Tagilsk s'est transformée et qu'elle a subi une hydratation dans laquelle la serpentine s'est produite aux dépens du péridot, tandis que dans la météorite de Chassigny ce minéral est resté inaltéré.
Tels sont les traits multiples et inattendus de similitude, tant dans la constitution minéralogique que dans le mode possible de formation, qui rapprochent certaines météorites de la gangue du platiné à péridot et fer chromé : de même que dans les roches cosmiques qui nous représentent les parties intérieures de corps célestes brisés, nous trouvons dans les masses profondes et platinifères du globe les caractères d'une scorifîcation, mais qui est restée très-incomplète. En dehors de toute hypothèse, un autre fait sur lequel j'ai appelé l'attention, il y a près de dix ans, ressort chaque jour davantage : c'est l'importance que doit avoir le péridot dans les régions profondes de notre globe, de même que dans les roches cosmiques dont les météorites nous apportent des éclats. »
 

- C. R., 1881

MINÉRALOGIE. — Péridot artificiel produit en présence de la vapeur d'eau, à la pression ordinaire. Note de M. ST. MEUNIER.

L'Académie a bien voulu admettre dans le Recueil des savants étrangers l'exposé que j'ai eu l'honneur de lui soumettre, d'une méthode nouvelle de reproduction artificielle des silicates anhydres (T. XXVII, n°5.). Je rappellerai que cette méthode consiste à exposer le métal qu'on veut silicater à l'action simultanée de la température rouge, de la vapeur d'eau et de la vapeur de chlorure de silicium. Ce mode opératoire présente, à mes yeux, l'intérêt particulier d'imiter des conditions réalisées lors de la formation naturelle des minéraux primitifs, dont nous avons des échantillons dans divers types de météorites, et
qui paraissent être en voie actuelle d'élaboration dans la photosphère du Soleil. Parmi les divers silicates que cette expérience est susceptible de procurer, l'enstatite, ou bisilicate de magnésie, doit être citée d'une manière spéciale, parce que c'est un des minéraux qui caractérisent les météorites que nous avons en vue. Dans le produit artificiel, elle manifeste absolument la même manière d'être que dans la roche à imiter, et ses cristaux ont la même tendance à affecter les mêmes groupements. L'un des plus caractéristiques, parmi ces groupements, est celui qui consiste en faisceaux d'aiguilles rayonnées autour d'un centre, de façon à constituer, en section plane, des éventails
ou même des étoiles complètes. Il est d'autant plus intéressant de signaler cette circonstance, qu'elle fournit un argument décisif contre l'illusion de divers observateurs qui, à l'exemple de M. Otto Hahn, deTubingen, attribuent à ces faisceaux cristallins, abondants dans diverses météorites, une origine organique. Pour eux, ce sont autant de crinoïdes et de spongiaires : il est bon de noter que ces prétendus fossiles prennent naissance, avec tous leurs caractères, dans un tube de porcelaine chauffé au rouge.
Mais, pour ce qui concerne l'enstatite, il restait à étudier la question importante de ses associations minéralogiques. Dans les météorites primitives, l'enstatite est, comme on sait, mélangée à des grenailles de fer nickelé et à des cristaux très imparfaits de péridot. Quant aux grenailles métalliques, nous savons déjà que la même disposition expérimentale peut les produire. J'ai insisté sur l'imitation, par condensation de vapeurs, des alliages météoritiques de fer et de nickel, et sur leur dépôt à la surface des silicates magnésiens. Mais, pour le péridot, il était indispensable d'instituer de nouvelles expériences.
Je constatai d'abord que le produit complexe retiré du tube varie avec la vitesse relative des courants gazeux réagissants, c'est-à-dire avec la perfection de leur mélange. Sans décrire tous les cas dont j'ai fait l'étude, je dirai que l'on peut obtenir, outre l'enstatite, la silice et la magnésie libres, le silicium aciculaire, le siliciure de magnésium, et le chlorure de magnésium en aiguilles irisées; une quantité variable d'une substance attaquable, comme le péridot, par l'acide chlorhydrique bouillant, avec dépôt de silice
gélatineuse et dissolution de magnésie. En même temps, le produit complexe laisse voir au microscope la présence d'innombrables grains hyalins, très actifs sur la lumière polarisée, et qui, parfois cristallins, sont remarquables le plus souvent par leurs
formes arrondies et leur extrême petitesse. [...]. Malgré leurs très faibles dimensions, on reconnaît qu'ils renferment fréquemment des inclusions gazeuses. Dans certaines expériences, j'ai obtenu ce minéral péridotique presque seul, l'enslatite ne se montrant que de loin en loin. En résumé, la méthode rappelée plus haut permet de produire un mélange pulvérulent d'enstatite et de péridot, affectant les mêmes caractères que la poussière des météorites primitives. Il suffirait de cimenter, avec du fer nickelé, les grains de cette poussière, et cela serait facile, pour que l'identité fût absolue avec la roche naturelle. Cette nouvelle synthèse permettrait, à défaut d'autres arguments, de
comprendre l'unité d'origine de météorites fort nombreuses, appartenant à des types très différents les uns des autres. Les plus complexes (dites souvent du type commun} comprennent l'aumalite, la lucéite, la chantonnite, la laiglite, etc., et consistent en un mélange de grenailles métalliques, d'enstatite et de péridot. Un autre type,
représenté par la météorite de Bishopville [chladnile] n'admet dans sa substance que l'enstatite à peu près pure. Un dernier, dont la pierre de Chassigny est le meilleur exemple [chassignite), se compose, au contraire, presque exclusivement de péridot.
Les expériences dont je viens de donner une courte description, et que je poursuis,font voir comment ces roches, si diverses à première vue, et auxquelles on peut ajouter la plupart des fers météoriques, ont pu se constituer dans des conditions fort analogues. Les unes comme les autres se sont concrétées, en dehors de toute fusion, par condensation brusque de vapeurs.

23. Rappelons que les chlorures stanniques sont utilisés par voie humide dans la préparation du pourpre de Cassius.
24. Il s'agit là d'expériences fondamentales dont on ne peut formellement exclure qu'elles aient été réalisées en phase clos par certains alchimistes. Ces vapeurs pourraient être une solution au mystère de « l'Air des Sages » de Philalèthe, mais nous avons lieu de croire que l'Adepte vise la voie sèche et non la voie humide. C'est Sainte Claire Deville qui a le mieux développé ces réactions entre des vapeurs donnant lieu à formations cristallisées, se déposant au niveau des parois où la températue s'abaisse. La première formation sert de « germe » et l'accroissement se fait ensuite à son niveau [cf. Atalanta, XXX].
25. cet autre point est fondamental. Tout pourrait laisser croire que l'acide chlorhydrique, par exemple, joue le véritable du Mercure, c'es-à-dire celui d'un transporteur, d'un intermédiaire, d'un tiers-agent.
26. cf. note 22, CR. T. 80, 1875
27. Ils auraient donc pu être accessibles par la voie humide telle que les alchimistes la pratiquaient. Notez que le verre est alors attaqué et libère de la silice, point non négligeable dans ce type d'expérience. C'est ainsi que Geber avait été amené à obtenir une eau blanche qui ne provenait que de la silice du verre, qui avait été très longtemps exposé au feu [in L'Alchimie, L. Gérardin, Art, Culture, Loisir, 1970].
28. d'où sa dénomination de « scorie universelle », cf. note 22.
29. C'est exactement en ces termes que le mot « occulte » peut selon nous, s'appliquer à l'alchimie, dans les transformations qui demeurent cachées, parce que se déroulant dans une matière à l'état d'eau ignée ou de feu aqueux. L'Artiste, dès lors, ne saurait voir la matière qu'au début du travail et qu'à la toute fin.
30. On pourra lire ici un extrait de l'Histoire Naturelle de Buffon sur les pierres gemmes.
31. cf. Histoire de la Chimie de F. Hoefer, critiquée par Chevreul.
32. cf. Prima materia.
33. Il y a là, effectivement, une vision absolument géniale. Toute la série des expériences auxquelles se sont livrées les minéralogistes français du XIXe siècle, ont mis en évidence le rôle conjoint de la chaux et du calcaire. Fulcanelli n'a pas dit autre chose, en somme, dans sa trilogie [Mystère des Cathédrales, Demeures Philosophales, t. I et II]. Quant à la magnésie, celle des alchimistes a plus de rapports qu'on ne croit avec cette terre congénère de la chaux à plus d'un égard.
34. On trouve dans l'Atalanta fugiens, l'emblème XXXVII, où un Lion [qui figure le Mercure] est à côté d'un champ phlégréen ; à l'arrière plan, la silhouette du Vésuve se découpe. Cette synthèse de trois images en une, l'agent igné par excellence, ne laisse pas d'étonner. Songeons que le recueil de Michel Maier a été publié en 1617. Les Principes de Philosophie de Descartes datent de 1644.
35. C'était, pour ainsi dire, porter de l'occulte au manifeste l'idée alchimique, dans l'hypothèse où nous concevons l'ensemble du corps de doctrine.
36. Pour aussi grotesque que cela puisse paraître, la lecture de certains textes alchimiques semblent donner des indications allant dans le sens de transformations par métamorphisme [cf. Atalanta, XXXII]. Il n'est que de voir Cyliani, en son Hermès Dévoilé, disant que l'une des substances était contenue dans un vase fait du plus beau marbre de Carrare. C'est déjà dire beaucoup.
37. sur Nicolas Lemery, cf. Chevreul.
38. Il est fascinant de voir combien les esprits les plus élevés peuvent tomber dans des ornières inextricables dans certains cas ; puis que les mêmes nous offrent ensuite les plus beaux coups de génie. Ainsi, la théorie des tourbillons de Descartes expliquant les mouvements célestes n'a pas résisté au temps, alors que nous voyons de quels éclairs son esprit pénétrant parvenait à lier le volcanisme aux sources thermales et aux filons métallifères. Semblablement, Newton, dans son étude sur l'alchimie, est tombé dans l'ornière de l'antimoine et ne l'a jamais vraiment quittée...
39. sur Dolomieu :
sites consultés :
http://www.academie-sciences.fr/institution/01_dolomieu2.htm
http://www.pourlascience.com/numeros/pls-289/presence.htm
Né le 23 juin 1750 à Dolomieu (Isère), Dolomieu est très tôt introduit dans l'ordre de Malte. Il y fait une carrière militaire : noviciat sur un des navires de l'ordre en 1764, sous-lieutenant en 1766, entre 1771 et 1774, il suit son régiment de carabiniers à Metz où il s'initie à la physique et à la chimie, il devient lieutenant en 1774 et capitaine en 1779.
A partir de 1776, Dolomieu voyage pour son ordre et découvre la minéralogie et la géologie : il prépare une exploration géologique de la Sicile, voyage dans les Alpes et donne une description des grottes de la Balme (Isère). En 1778, il accompagne comme secrétaire, le grand maître de l'ordre au Portugal où il sait reconnaître l'origine volcanique de coulées basaltiques dans la région de Lisbonne. En 1781, il étudie la géologie de la Sicile, puis en 1782 parcourt les Pyrénées, découvrant les gisements minéraux de la vallée de Barèges. En 1783, il démissionne de son ordre et s'exile en Italie. Cette même année, il publie son Voyage aux îles Lipari fait en 1781, suivi d'un Mémoire sur les tremblements de terre de la Calabre pendant l'année 1783, 1784, puis d'un Mémoire sur les volcans éteints du Val de Noto en Sicile, 1785.
En 1786, il revient à Malte, présente sa candidature à une place vacante au conseil de l'ordre. Écarté par ses adversaires, il se lance dans un long procès pour sauvegarder ses droits.
En 1788, il publie un Mémoire sur les îles Ponces et un Catalogue raisonné des produits de l'Etna.
Il adhère aux idées révolutionnaires en 1789 mais, après l'assassinat de son ami le duc Alexandre de La Rochefoucauld en 1792, il se retire à la Roche-Guyon (Val-d'Oise) jusqu'en décembre 1794.
Il publie parallèlement de très importants travaux sur la pétrographie. : Mémoire sur les pierres composées et sur les roches, 1791-1794, Mémoire sur les pierres figurées de Florence, 1793, Mémoire pour servir à la distribution méthodique de tous les produits volcaniques, 1794,….
Nommé en 1795 inspecteur du corps des Mines, il enseigne à l'École des Mines de Paris la géographie physique, comprenant la géologie et les gisements des minéraux. Entre 1795 et 1797, il entreprend des voyages dans les Alpes du Dauphiné et de la Savoie et en Auvergne.
En 1798, il est engagé dans l'expédition d'Égypte. Il prend part malgré lui aux négociations pour la reddition de Malte. Son séjour en Égypte est écourté par la maladie. En mars 1799, lors du voyage de retour, son navire, en très mauvais état, échoue à Tarente. Fait prisonnier, Dolomieu est transféré de Tarente à Messine (Sicile) où il est emprisonné dans les pires conditions à la suite d'une dénonciation des chevaliers de l'ordre de Malte qui l'accusent de trahison. Malgré de multiples interventions auprès de la cour de Naples, il n'est libéré qu'en mars 1801.
Nommé pendant sa captivité en 1800, professeur de minéralogie au Muséum d'histoire naturelle, dès son arrivée en France, il commence ses cours. Il entreprend en août 1801 un voyage dans les Alpes. De retour d'excursion, il se rend chez sa sœur à Châteauneuf (Saône-et-Loire) où il meurt prématurément le 16 novembre 1801.
L'œuvre de Dolomieu embrasse les domaines de la minéralogie, la pétrographie, la géologie, la physique du globe... avec comme étude principale celle des volcans. En 1791, il met en évidence que certaines pierres calcaires observées par lui dans le Tyrol et le Trentin sont peu effervescentes aux acides. Nicolas Théodore de Saussure donnera à cette substance formée de carbonate double de chaux et de magnésie le nom de " dolomie ". L'appellation montagne des Dolomites n'apparaît qu'en 1876.

Bibliographie sommaire :
- Alfred Lacroix, Notice historique sur Déodat de Dolomieu…, Paris, Gauthier-Villars, 1918.
- Alfred Lacroix, Déodat de Dolomieu, Sa vie aventureuse, sa captivité, ses œuvres, sa correspondance, Paris, Perrin, 1921, 2 vol.
- Françoise G. Bourrouilh-Le Jan, Déodat de Gratet de Dolomieu (1750-1801), vie et œuvre d'un géologue européen, naturaliste et lithologiste, Comptes rendus de l'Académie des sciences, Sciences de la Terre et des planètes, t. 330, 2000, pp. 83-95.
- Kenneth L. Taylor, Dolomieu, in Dictionary of scientific biography, Charles C. Gillispie ed., tome 4, pp. 149-153.

40. Nous avons déjà cité cette phrase dans l'Atalanta, XXXVI. On ne peut pas là encore oublier ce que disent les alchimistes, quand ils parlent de leur eau permanente en en faidant tantôt un feu aqueux, tantôt une eau ignée. Il est hors de doute que c'est le même moyen ou artifice, l'un de nature, l'autre imité de nature, qui est évoqué.
41. sur Leopold de Buch, cf. http://www.mnhn.fr/mnhn/geo/stratotype/ -
42. sur James Hutton:
site consulté : http://www.infoscience.fr/histoire/biograph/biograph.php3?Ref=36
Géologue et chimiste écossais (Edimbourg, 1726 - 1797)
Fils d'un négociant, James Hutton apparaît comme le père de la géologie, celui qui apportera une théorie complètement nouvelle de l'évolution de la Terre. Après des études de médecine suivies dans les universités d'Edimbourg, de Paris et de Leyde, Hutton se consacre en Ecosse à la chimie agricole. Il y exploite une petite ferme jusqu'en 1768 puis monte une manufacture de sel d'ammoniac. Parallèlement, il se crée un cercle d'amis, dont beaucoup sont des scientifiques importants (Joseph Black [1, 2], James Watt, etc.). Philosophe et homme de science, Hutton élabore peu à peu une "Théorie de la Terre" révolutionnaire qu'il publiera sur le tard, en 1795. A la fin du XVIIIe siècle, deux pensées géologiques s'affrontent. Celle du neptunisme, soutenue par l'Allemand Werner, considère le sol comme une superposition de strates résultant des dépôts sédimentaires d'un océan universel ; une vision qui implique une évolution à sens unique de la planète, avec un début et une fin inexorable. A l'opposé, la thèse vulcanienne attribue à des processus comme la sédimentation, le volcanisme et l'érosion, les changements subis par les reliefs terrestres à une échelle de temps considérable. Hutton fait partie des tenants du second mouvement. Il formule dès 1785 sa théorie uniformitariste (ou plutonisme). Pour lui, la Terre, loin d'être vouée à un destin funeste, est amenée à se renouveler éternellement. Le relief, lentement attaqué par l'érosion, fournit le fond des mers en sédiments qui vont fondre en partie sous l'effet de la chaleur souterraine, recristalliser et resurgir des profondeurs pour former de nouvelles montagnes. Le granite en sous-sol n'est pas la roche 'originelle' mais une roche jeune. Ce cycle, répété sur des millions d'années, assure " une succession de mondes "...La vision du monde de Hutton ne sera confirmée que plus tard, grâce notamment à son ami et disciple James Hall mais aussi à Charles Lyell (1797-1875). Celui-ci, né l'année même de la mort de Hutton, assoira définitivement le plutonisme dans ces Principes de géologie.
43. cf. Protée III et IV.
44. sur le concept de l'isomorphisme de certaines bases, cf. Mercure de Nature. Les notes d'Elie de Beaumont ont une importance de premier plan pour l'alchimiste.
45. cf. Mercure de nature.
46. Fulcanelli a insisté sur la structure feuilletée de l'une des matières premières. Ce n'est pas un hasard.
47. Rappelons que notre hypothèse de travail sur l'alchimie tient compte que les alchimistes avaient dû réaliser - sans le savoir - des expériences de synthèse minérale où ils avaient été conduits à utiliser conjointement l'eau et le feu, mais dans le cadre de la voie sèche. La voie humide pose des problèmes ardus.
48. Procès-verbaux des séances de l'Académie : 1795-1835, tenues depuis la fondation de l'Institut jusqu'au mois d'août 1835. Tables alphabétiques générales / Institut de France, Académie des sciences 1808-1811. 1. T. 4. Table -
Au nom d'une Commission, M. Berthollet lit le Rapport suivant sur le Mémoire de M. de Drée :
« L'origine et la nature des produits volcaniques ont beaucoup occupé les géologues dans ces derniers temps; parmi ces produits les laves compactes que l'on a désignées par le nom de lithoïdes et qui occupent la partie inférieure des courants volcaniques ont présenté des difficultés particulières à résoudre, par leurs rapports avec les roches sur lesquelles elles se trouvent et par les cristaux analogues à ceux de ces roches qu'elles renferment. II fallait déterminer quelle opération de la nature a pu liquéfier les matières qui servent de base à ces laves et leur conserver en même temps la constitution
pierreuse, et quelle est l'époque où se sont formés les cristaux qui s'y trouvent inclus.
Dolomieu qui s'occupa avec tant de succès de l'observation des volcans, conçut l'opinion qu'il fallait avoir recours, pour expliquer la nature de ces laves, à une espèce de liquéfaction particulière qui suppose un degré de chaleur beaucoup moins élevé que celui qui la produit dans nos fourneauxa, et il supposa le concours de l'action du soufre. M. de Drée qui prépare une nouvelle édition des œuvres de notre célèbre confrère, a cherché à établir par des expériences ce que les vues de Dolomieu ne faisaient qu'indiquer, et de [sic] distinguer ce qu'elles avaient de réel de ce qui devoit en être abandonné comme une supposition inutile. Tel a été le but du Mémoire dont nous avons été chargés de rendre compte. Pendant que M. de Drée s'occupait de cet objet, parurent les expériences importantes de M. Hall qui prouvaient qu'au moyen de la compression, on pouvait obtenir par l'action du feu des compositions pierreuses dans lesquelles les substances élastiques étaient retenues en combinaison, et qui prenaient l'apparence d'une substance cristallisée que jusque là on n'aurait pu attribuer qu'à l'action de l'eau. Peu de temps après, Gregory Watt fit voir qu'une substance solide soumise à l'action du feu pouvait prendre dans ses parties par une action lente de la chaleur, une forme cristalline et même très variée sans qu'il soit besoin qu'elle ait été liquéfiéeb. M. Dartigues prouva par des expériences très curieuses, que le verre qui contient quelque terre, telle que la chaux, étant retenu longtemps en fusion à une température modérée, prend une apparence pierreuse et qu'il se forme pendant cette opération des véritables cristallisations dans lesquelles on reconnaît des formes régulières. On a donné a cet effet qui fait rétrograderc le verre à la nature des pierres, le nom de dévitrification.
Mais ces faits si propres à répandre un jour nouveau sur l'origine de plusieurs substances minérales pouvaient facilement conduire à des conséquences prématurées en faisant regarder les laves lithoïdes et les cristaux qu'elles contiennent comme des effets de la dévitrification.
Pour embrasser ces dernières considérations dans les recherches qu'il s'est proposées, M. de Drée a posé cette question qu'il a tâché de résoudre: Les laves sont-elles le produit d'une liquéfaction ignée particulière et différente de la fusion vitreuse, ou sont-elles
le résultat de la dévitrification ? Le moyen qui s'est présenté à lui a été de rechercher si en empêchant la dissipation d'aucun principe élémentaire et l'introduction d'aucun agent de décomposition, on pourrait parvenir à faire passer des roches à un état de liquéfaction qui leur permît de reprendre la constitution pierreuse en se consolidant.
M. de Drée a choisi pour ses essais des roches qui lui paraissaient devoir être la matière première de certaines laves, et il s'est principalement attaché à deux roches porphiritiques, l'une à pâte de trapp, l'autre à pâte de pétrosilex. Nous ne pouvons le suivre dans le détail de ses expériences, dans la description des procédés qu'il a suivis avec beaucoup de soin et variés avec beaucoup de sagacité. Nous rappellerons à la Classe qu'il a exposé sous ses yeux les différents échantillons qui ont résulté de
ses expériences et ceux des laves avec lesquelles ils ont des rapports. On a vu les produits d'une série de ses expériences, qui doivent être regardés comme des résultats nouveaux de l'action du feu dans nos fourneaux et qui, comparés avec les laves lithoïdes d'apparence homogène ou porphiritique, offrent la plus grande analogie avec elles. II est donc prouvé que ces laves ont pu être le produit de l'action du feu sur les roches dans certaines circonstances et sans aucune addition de soufre, ni d'aucune autre substanced.
Mais M. de Drée fait voir par plusieurs de ces échantillons, que, quoique ces roches éprouvent la liquéfaction, les cristaux de feldspath qui s'y trouvent résistent à la fusion et peuvent même se porter à la partie supérieure de la substance liquéfiée sans changer de forme et sans subir d'altération apparente. Cet effet a lieu même lorsque la pâte porphiritique contient une substance de la nature du feldspath, parce que les molécules de celle-ci se trouvent en contact plus intime avec d'autres substances qui favorisent l'action par laquelle la chaleur tend à produire la liquéfaction, d'où l'on doit conclure que les cristaux de feldspath que l'on trouve dans les laves peuvent avoir été conservés dans leur intégrité dans l'action du feu qui a produit ces laves, et la même observation doit s'appliquer aux cristaux d'autres espèces qui s'y trouvent, tels que les amphigènes, les augites etc. Et M. de Drée, qui ne nie pas qu'il puisse se former des cristaux dans l'acte de la dévitrification qui a lieu dans une substance véritablement vitreuse soumise à
un refroidissement lent, et qui en a obtenu lui-même dans quelques-unes de ses expériences, trouve cependant des différences si marquées entre les cristaux dus à la dévitrification et ceux que l'on observe dans le sein des laves, qu'il paraît autorisé à prononcer que ces cristaux ont ordinairement préexisté à la formation de la lave et qu'ils ne sont point un produit de la dévitrification comme on l'avait conclu. Le Mémoire de M. de Drée jette un grand jour sur l'origine et la nature des laves et des substances qu'elles contiennent. Il est à désirer que son zèle ne se ralentisse pas et qu'il poursuive un genre d'expériences qui exige 'beaucoup de soin et de patience, mais qui conduit à des résultats importants pour l'histoire physique de la terre. Nous pensons que son
Mémoire mérite d'être imprimé dans le recueil des Savants Etrangers. »

Signé à la minute: Gay-Lussac, Vauquelin, Haüy, Berthollet Rapporteur. La Classe approuve le Rapport et en adopte les conclusions.

Notes personnelles :
a. il s'agit de la sous-fusion que nous avons rapportée dans la section Mercure -
b. ce point est fondamental et permet de lever le voile sur nombre d'allégories ou de paraboles développées dans les textes alchimiques, touchant notamment à la « patience » nécessaire -
c. en alchimie, on donne à cette rétrogradation le terme de réincrudation. Réaumur a beaucoup travaillé sur la dévitrification du verre -
d. les alchimistes affirment qu'il ne faut rien ajouter d'étranger au vase de nature, à partir du moment où le feu de roue commence son action -

49. nous consacrerons une section spéciale aux travaux de Jean-Baptiste Dumas.
50. citons encore un travail d'Ebelmen sur l'analyse d'un péridot, in Travaux scientifiques d'Ebelmen, rassemblées par Salvétat avec une préface de Chevreul [Mallet-Bachelier, Paris, 1855], cf. Ebelmen -
51. travaux de Pierre Berthier, in Mercure.
52. travaux de Jaques-Joseph Ebelmen, in Mercure et notice -
53. cf. réincrudation -
54. le travail réalisé par Marc-Antoine Gaudin est absolument fondamental. Le fondant utilisé est du sulfate de potasse, c'est-à-dire du tartre vitriolé, sel formé des parties d'Arès et d'Aphrodite - cf. soufre -
55. c'est Henri Moissan qui obtient en quantités appréciables le diamant par utilisation de l'arc électrique à 3000°C.
56. cf. Mercure de Nature -
57. un exemple de spagyrie naturelle -
58. cf. Mercure de nature -
59. cf. Atalanta, XXX -
60. cf. Mercure de nature et voie humide -
61. cf. Mercure de nature -
62. ce n'est pas autrement que s'expriment les alchimistes. Tous, dans leurs traités, disent que l'étudiant doit être assidu, patient et humble.
63. c'est par analogie qu'il faut voir ces observations sur le métamorphisme des roches, comparées au travail que réalise en petit l'alchimiste, dans son creuset brasqué. Tout ce travail du métamorphisme donne les plus utiles indications à l'étudiant en alchimie.
64. sur la staurotide, cf. réincrudation
65. sur la tourmaline, cf  Atalanta xxxv chimie_alchemy  Nouvelle Lumière chymique fontenay. generation des metaux.  laboratoireMercure_naturel reincrudationsoufreAtalanta xxiv. Il existe un rapport entre la tourmaline et de véritables pierres gemmes de la famille des chrysobéryls.Seul le chrysobéryl a droit à l'appellation « oeil de chat ». Les autres pierres qui présentent un reflet de surface comparable doivent mentionner leur nom avant celui d'oeil de chat. Exemples : quartz oeil de chat, apatite oeil de chat, tourmaline oeil de chat, etc. Autrefois, la tourmaline [Buffon, Histoire Naturelle ; repris dans : Précis historique et expérimental des phénomènes électriques, depuis l'origine de cette découverte jusqu'à ce jour par M. Sigaud de La Fond, Paris, rue et hôtel Serpente, 1785] s'appelait la turpéline, vendue sous le nom de tire-cendres. La schörl est une tourmaline noire dont les cristaux prismatiques opaques peuvent atteindre plusieurs mètres de long, elle est riche en fer et très commune. On l'utilisait beaucoup pour la joaillerie au XIXe siècle. Actuellement, sa valeur a baissé.
66. Il n'est point besoin d'insister sur l'importance extrême que revêtent ces terrains qui ses comportent comme de véritables pouponnières de pierres gemmes. cf. Mercure de nature -
67. on a eu l'occasion d'insister sur le grès dans la section des blasons alchimiques. De manière générale, tous ces minéraux sont riches en principes mercuriels.
68. il s'agit sans doute du chimiste, ami de J.J. Ebelmen.
69. Association entre calcaire, fossiles et roches trappéennes qui ne sauraient étonner l'étudiant qui a quelque teinture de science [cf. les nombreuses mérelles parsemées dans les ouvrages de Fulcanelli et d'E. Canseliet ; cf. encore la relation au Déluge, à la fin du tome II des Demeures Philosophales]

II. Etudes sur le Métamorphisme des roches - Gabriel-Auguste Daubrée (suite)

70. Indication notable sur des matières indispensables au magistère.
71. cf. Atalanta, XXX où nous donnons un extrait des CR. 1835, T. 1 :  Lettre de M. THÉODORE VIRLET à M. ARAGO sur le phénomène de la dolomisation et la transformation des roches en général. Voyez en particulier le passage sur la transition du carbonate de chaux au double carbonate de chaux et de magnésie. Voici un passages tout à fait explicite :

De ce que nos connaissances chimiques ne nous permettent pas toujours d'expliquer les phénomènes que nous pouvons constater, s'ensuit-il que nous devions les révoquer tous en doute ? La nature n'a-t-elle donc pas eu des moyens d'agir que nous ne connaissons pas encore ? et n'aurait-elle pas pu procéder par exemple, par voie de double décomposition chimique ? Alors le phénomène pourrait s'expliquer facilement. On sait que tous les muriates sont volatils, ou du moins susceptibles de sublimation. La magnésie aurait donc très bien pu arriver à l'état de muriate, donner lieu à la formation d'un hydrochlorate de chaux soluble, qui aurait été enlevé par l'infiltration des eaux; tandis que la magnésie se serait, au contraire, combinée avec la partie de l'acide carbonique mise en liberté et aurait servi à former ainsi le double carbonate de magnésie et de chaux, qui constitue la dolomie proprement dite. Il n'y a certainement rien là de contraire à la raison et qui ne puisse être admis, d'autant plus que le gaz acide hydrochlorique est l'un des gaz qui se dégagent le plus fréquemment des volcans et que les muriates ont dû se dégager beaucoup plus abondamment encore autrefois, si l'on admet avec les géologues de l'école moderne, que les immenses dépôts de sel gemme qui existent dans les terrains salifères, se sont déposés par voie de volatilisation, au milieu des terrains qu'ils pénètrent.
Je pense, d'après cela, que les modifications des roches de la seconde classe pourront désormais s'expliquer toutes par voie de double décomposition , procédé qui vient de permettre à unde mes amis, M. Aimé, de produire, dans le laboratoire, du fer oligiste cristallisé analogue à celui de l'île d'Elbe, et du fer pur également cristallisé, substance jusque alors inconnue aux minéralogistes ; d'où je conclus que le temps n'est peut-être pas éloigné où noua pourrons facilement reproduire toutes les espèces de pierres gemmes, sans en excepter même le diamant. Théodore de Bry
72. retenons ces trois roches : anhydrite, dolomie et sel gemme. Nous aurons l'occasion d'y revenir avec les travaux d'Achille Delesse.
73. Il y a là une allusion que les alchimistes pourraient prendre pour la teinture ou Soufre rouge. Nous demandons au lecteur de prendre cette réflexion avec un grain d'esprit...N'oublions pas que l'irisation est la palette colorée de la queue de paon, qui annonce la fin de la période de dissolution.
74. cf. note précédente. Ce problème du degré d'oxydation du fer ou de la quantité de fer à l'état de métal très divisé est fondamental à considérer sous l'angle de la pratique de l'oeuvre.
75. Il s'agirait donc ici d'une véritable projection de matiète tinctoriale dans une matrice silicato-alumineuse, tout à fait comparable à ce qui se passe lors de la phase de réincrudation du Soufre rouge dans le magistère, par la voie sèche.
76. allusion à un travail cité note 50.
77. on ne saurait, en vérité, dire à quel point ces éléments alcalins jouent un rôle majeur dans la préparation du bain des astres où viennent s'engloutir la Lune et le Soleil.
78. Remarque fort intéressante, parce qu'elle pose le problème des produits mercuriels d'origine dont le départ s'est produit à la fin de la cristallisation des minéraux que Daubrée évoque.
79. CR, t. 39, 135, 1854 :
Recherches sur la production artificielle des minéraux de la famille des silicates et des aluminates, par la réaction des vapeurs sur les roches; par M. DAUBRÉE. (Commissaires, MM. Cordier, Elie de Beaumont, Dufrénoy, Regnault, de Senarmont.)

La géologie moderne admet comme démontrée une modification des roches au contact ou dans le voisinage des terrains massifs cristallins : c'est cette idée théorique qui leur a valu la qualification de roches métamorphiques.  Depuis la mémorable expérience de James Hall, on a admis comme agent principal de métamorphisme une température élevée. Toutefois, la seule intervention de la chaleur ne peut expliquer dans leurs détails les modifications profondes que les roches ont subies dans de nombreuses contrées : des actions chimiques complexes ont évidemment contribué aussi à altérer le type primitif.
Dans des recherches antérieures, que l'Académie a daigné accueillir avec bienveillance, je me suis principalement occupé de la reproduction des minéraux propres aux gîtes stannifères, et des réactions réciproques des vapeurs l'une sur l'autre. Les nouvelles expériences dont j'ai l'honneur de lui soumettre aujourd'hui les résultats ont, avec quelques modifications dans les procédés, la même idée théorique pour point de départ, et en étendent la portée à une catégorie de roches cristallines. Le chlorure de silicium réagissant à l'état de vapeur et à la température rouge sur les bases qui entrent dans la constitution des roches, se décompose en formant, par échange, du chlorure de calcium et de l'acide silicique. Tantôt cet acide reste libre, tantôt il se combine avec la base
en excès et forme des silicates simples ou multiples. Cette réaction présente ceci de remarquable sous le rapport chimique, et surtout au point de vue géologique, que l'acide silicique qui prend ainsi naissance et les silicates qui en sont les produits ont une extrême tendance à cristalliser. Les cristaux sont petits, mais, en général, fort nets.
En outre, il importe de l'observer, la cristallisation de ces composés a lieu alors à une température de beaucoup inférieure à leur point de fusion. Avec la chaux, la magnésie, l'alumine, la glucine, on obtient du quartz cristallisé sous la forme ordinaire de prisme hexagonal pyramidé, et une partie de la base passe à l'état de silicate. C'est ainsi que le silicate de chaux nommé wollastonite a une grande tendance à se produire en tables rhombes avec deux larges faces de troncature qui remplacent les angles obtus, forme habituelle des cristaux naturels. Souvent ces tables sont groupées perpendiculairement entre elles à la manière des prismes de staurotide. C'est ainsi qu'avec la magnésie on obtient le péridot en prismes rectangulaires. L'alumine donne un silicate en prismes allongés, à bases obliques, inattaquable par les acides, infusible et avec tous les caractères du disthène. II est assez intéressant de voir ici du chlorure d'aluminium se former aux dépens du silicium.  Pour former un silicate double ou multiple, il faut non seulement mélanger les bases à silicater dans des proportions convenables, mais encore
fournir, en ajoutant en excès l'une d'entre elles ou la chaux, l'oxygène nécessaire à la formation de l'acide silicique. Un mélange de chaux et de magnésie donne des cristaux de pyroxène diopside, incolore, d'une limpidité parfaite; ils présentent la large troncature et le biseau qui sont ordinaires à l'augite.
Sept équivalents de potasse ou de soude, un équivalent d'alumine, ou bien un équivalent d'alcali, un équivalent d'alumine avec six équivalents de chaux produisent, sous la réaction du chlorure de silicium, des cristaux en prismes obliques avec biseau obtus, à peu près inattaquables par l'acide sulfurique, fusibles au chalumeau, qui, en un mot, présentent tous les caractères des feldspaths. Par le même procédé, et en faisant varier les proportions et la nature des bases soumises au chlorure de silicium, je suis arrivé à des silicates offrant les caractères cristallographiques et chimiques de la willémite, de
l'idocrase, du grenat, de la phénakite, de l'émeraude, de l'euclase et du zircon.
En mélangeant les éléments qui répondent aux compositions récemment données par M. Rammelsberg pour les tourmalines magnésiennes et ferromagnésiennes, et y ajoutant un excès de magnésie ou de chaux pour fournir de l'oxygène au silicium, j'ai obtenu, au milieu de cristaux de quartz, des prismes hexagonaux fort nets, qui présentent d'ailleurs tous les caractères extérieurs et chimiques de la tourmaline.
Le chlorure d'aluminium peut être utilisé de la même manière que le chlorure de silicium. En passant sur de la chaux au rouge, il produit du chlorure de calcium et de l'alumine en cristaux qui se rapportent à deux types propres au corindon, le prisme basé avec bordure, et la double pyramide très-aiguë. Les uns et les autres ont une grande ressemblance, à part les dimensions, avec les télésies. La même réaction a lieu avec la magnésie, et en outre, dans ce dernier cas, une partie de l'alumine régénérée peut se combiner avec la magnésie en excès, de manière à produire du spinelle reconnaissable à la forme de ses cristaux en octaèdres réguliers tronqués sur les arêtes. Toutefois, il est préférable, pour obtenir le spinelle, de mettre un mélange de chlorure d'aluminium et de chlorure de magnésium en présence de la chaux portée à la chaleur rouge. Avec les chlorures de zinc et d'aluminium, on produit le spinelle zincifère ou gahnite. Le chlorure de titane amené sur de la chaux donne, avec d'autres cristaux qui seront étudiés plus tard, le titane oxydé sous la forme de la brookite.
L'oxyde d'étain, obtenu d'une manière analogue, est en cristaux de même forme que celui que j'avais antérieurement produit par réaction sur la vapeur d'eau. Ainsi la forme en prisme rectangulaire persiste, pour l'oxyde de titane et pour l'oxyde d'étain produits par décomposition des chlorures de ces métaux, à des températures comprises au moins entre 300 et 900 degrés. En faisant réagir le perchlorure de fer sur la chaux, j'ai obtenu le fer oligiste soit en cristaux spéculaires des plus nets, comme ceux du Saint-Gothard, soit en lames hexagonales transparentes, présentant par réfraction la couleur rouge de rubis. Le perchlorure de fer, mélangé au chlorure de zinc donne, dans les mêmes conditions, une combinaison cristallisée analogue à la franklinite. Enfin, la magnésie cristallisée ou périclase de la Somma peut être facilement obtenue aussi par la réaction de la chaux sur le chlorure de magnésium, qu'on trouve parmi les abondantes vapeurs chlorurées des fumaroles du Vésuve. Le même chlorure, décomposé par la vapeur d'eau, donne aussi la périclase, et le chlorure de zinc fournit le zinc oxydé cristallisé.

Les résultats qui viennent d'être signalés conduisent à des conséquences géologiques que je puis à peine énoncer ici très-brièvement. Je ne prétende pas établir que tous les silicates qui composent la masse des roches cristallines se soient formés par des vapeurs. Mais, même au milieu des roches fondues du Vésuve, on trouve un certain nombre de minéraux sur lesquels M. Scacchi a récemment attiré l'attention et qui
paraissent être un produit de sublimation. Parmi les minéraux de plus ancienne formation, il en est beaucoup aussi qui n'ont pu venir, par voie de fusion, tapisser les fissures où l''on rencontre aujourd'hui ces minéraux si bien isolés; tels sont le pyroxène
diopside avec grenat du Piémont et de l'Oural, les feldspaths adulaire et péricline des Alpes, les épidotes et axinites de l'Oisans, et bien d'autres. La richesse privilégiée des calcaires cristallins en minéraux souvent étrangers aux roches voisines, ne peut seulement résulter de ce que la chaux, en y réagissant sur la silice, a servi à former, des silicates particuliers. Quelles que fussent les impuretés originelles de ces calcaires, Ie corindon, le spinelle, le périclase, le chondrodite n'ont pu s'y développer, sans l'introduction postérieure d'agents chimiques qui leur étaient étrangers.  Tous ces produits variés de transport, silicates, aluminates, oxydes et autres combinaisons formées, soit dans des fissures, soit au sein de roches devenues aujourd'hui très-compactes, s'expliquent de la manière la plus satisfaisante, ce me semble, par l'intervention d'émanations chlorurées et fluorées. D'ailleurs, quand il s'agit de composés aussi volatils et aussi pénétrants, rien ne s'oppose à concevoir que leur action se soit étendue, à partir du centre de dégagement, sur des épaisseurs considérables, telles que
celles des roches schisteuses cristallines des Alpes ou du Brésil. Tantôt la substitution des silicates ainsi formés n'a été que partielle, comme dans beaucoup de calcaires cristallins qui nous restent comme des témoins perpétuels des anciennes exhalaisons échappées aux roches éruptives voisines. Tantôt l'attaque a été plus complète, et même la masse primitive a pu disparaître, à l'état de chlorure soluble, tout aussi bien que l'eau qui a formé le fer oligiste des volcans.
Si nous revenons à l'exemple des calcaires cristallins et dolomies les mieux dotés en minéraux, à ceux du Saint-Gothard, de la Suède, de la Finlande, des Etats-Unis, nous voyons que l'arrivée des chlorures, mélangés de fluorures et quelquefois de composés sulfurés, rend compte de la formation de leurs minéraux les plus caractéristiques. Il faut comprendre dans cette explication les riches dépôts de zinc oxydé rouge avec franklinite de New-Jersey, ainsi que divers amas de fer oligiste et de fer oxydulé qui ont aussi été engendrés dans le calcaire. On voit des composés magnésiens comme le spinelle, le chondrodite, le mica, le pyroxène, l'amphibole, la warwickite, la serpentine accumulés
parfois avec une prédominance marquée, dans des calcaires qui ne renferment pas de magnésie. Ce fait, encore inexpliqué, ne serait qu'une conséquence des affinités chimiques différentes de la chaux et de la magnésie ; car nous voyons partout, dans nos expériences, le chlorure de magnésium être précipité par la chaux, et quand ces bases se trouvent toutes deux en présence du chlorure de silicium ou d'aluminium, la chaux céder son oxygène, et la magnésie, persistant à l'état d'oxyde, entrer de préférence dans la combinaison oxydée avec la silice ou l'alumine régénérée. Le même principe explique la présence de la magnésie à l'exclusion de la chaux, dans les fers oxydulés. Faut-il attribuer à la même cause la prépondérance de la magnésie sur la chaux dans les éléments du granité et dans la serpentine ? Le mode d'enchevêtrement du quartz et des silicates, principalement dans les roches granitiques, a été longtemps une difficulté de toutes les hypothèses sur la formation des terrains dits primordiaux. Or, nous voyons maintenant dans nos expériences le quartz cristalliser en même temps et même plus tard que les silicates, à une température qui dépasse à peine le rouge-cerise, et, par conséquent, énormément inférieure à leur point de fusion. N'est-ce pas aussi la même cause qui paraît quelquefois soustraire le quartz à l'influence des silicates basiques ou des aluminates, comme dans le granite, où il enveloppe des cristaux de cymophane au lieu d'avoir formé un silicate double comme l'émeraude et l'euclase ?
Si le mica exhale encore, par la chaleur, des fluorures de silicium, de bore ou de lithium, osera-t-on affirmer que les pâtes granitiques n'aient pas aussi renfermé dans l'origine des chlorures de silicium, de bore ou d'aluminium, qui manquent, il est vrai, au milieu des vapeurs qu'on recueille aujourd'hui à proximité des orifices volcaniques, où ils sont décomposés et précipités par la vapeur d'eau, au contact de l'atmosphère, et où on les voit néanmoins contribuer très-probablement à la formation des silicates, déjà
attribués par les meilleurs observateurs à un produit de volatilisation ? Ne trouve-t-on pas d'ailleurs encore le chlore en quantité considérable dans certaines masses, comme la syénite zirconienne de Norwége, et la roche de l'Ilmen (miascite), où ce corps est principalement combiné dans l'éléolithe, et où il paraît avoir apporté le zirconium, le tantale, avec tout ce cortège d'éléments rares qui forment comme l'apanage de ces roches ?
II n'est nullement démontré que la présence d'une certaine quantité d'eau soit, à de hautes températures, un obstacle à de pareilles réactions, puisque nous voyons la silice et l'alumine se séparer, anhydres, d'une dissolution aqueuse par une température de 300 à 400 degrés. Et si, jusqu'à présent, les expériences ont principalement porté sur les conditions limites des divers modes de formation, par voie humide et par voie sèche, un même effet produit dans ces états extrêmes, comme le quartz et le corindon, nous
autorisera peut-être suffisamment à conclure qu'il aurait également lien dans les conditions intermédiaires.

80. sur la topaze :
La topaze est une gemme très brillante qui possède une haute capacité de réfraction et de réflexion de la lumière. Déjà connue et appréciée par les Romains, elle est aujourd'hui encore une pierre recherchée. Elle peut se présenter avec des nuances diverses : les plus belles gemmes sont jaunes, orange (topaze impériale), bleues et roses. On trouve même des topazes rouges et violettes. La topaze est une gemme très dure; les scientifiques lui ont attribué une dureté de 8 sur l'échelle de Moths. On l'utilise souvent pour tailler le quartz, et son propre polissage s'effectue à l'aide de corindon. La lame d'un canif ne peut la rayer. Elle possède une densité élevée (bien qu'elle soit fragile) et son clivage, basal, est parfait. La topaze est en général transparente et son éclat est vitreux. On la trouve dans la nature sous forme de cristaux prismatiques bien formés. De petites inclusions de différents métaux (traces d'oxyde de fer ou de chrome) expliquent ses nuances diverses. Sa poudre est blanche quelle que soit la couleur du cristal c'est pourquoi on parle de minéral allochromatique. Elle ne peut être attaquée par les acides. exception faite de l'acide sulfurique. La topaze est une gemme infusible. Certaines variétés de topaze perdent leur couleur sous l'effet de la lumière naturelle ou de la chaleur. D'autres, au contraire, soumises aux mêmes conditions, deviennent brun-rouge. Quand on chauffe lentement des cristaux de topaze jaune (300-450 0C), on obtient des pierres roses. Bien que l'on trouve dans la nature un grand nombre de topazes parfaitement limpides et dépourvues d'inclusions, on observe aussi la présence de cristaux négatifs (cavités) contenant deux liquides non miscibles, des inclusions liquides plus ou moins diphasées, des cristaux aciculaires de goethite, des particules de mica et d'albite, et des cristaux incolores de phénacite. Enfin, il faut noter que le pléochroïsme de la topaze reste assez faible. La topaze est un minéral typique des pegmatites. On la trouve le plus souvent dans les cavités et les filons des roches de type granitique. Les gisements les plus riches sont situés au Brésil, notamment dans le Minas Gerais et dans les régions de Teofilo Otoni. Mais il en existe aussi au Pakistan, en Russie (Oural), au Mexique, au Sri Lanka, à Madagascar et au Nigeria. En Italie, on a extrait de petits cristaux incolores ou roses des pegmatites de l'île d'Elbe et des filons de quartz de Quasso ai Monte (Varèse). En France, la topaze est rare. Elle se rencontre toutefois enchâssée dans le mica lépidolite, où elle forme des cristaux jaunâtres, pierreux, dans les pegmatites sodolithiques des monts d'Ambazac (Haute-Vienne), des carrières de La Chéze en particulier. Elle a aussi été présente en gros cristaux jaunâtres montrant parfois de belles formes cristallines dans l'ancienne mine de wolfram de Montbelleux (Ille-et-Vilaine).
81. cf. réincrudation -
82. Tout cela indique que la voie humide de la Nature était inaccessible aux anciens alchimistes. La voie sèche, dans l'ordre des opérations exercées sur les matières, a d'ailleurs précédé la voie humide.
83. cf. note 22.
84. Ce départ semble s'apparenter à la volatilisation des éléments mercuriels qui permettent la cristallisation des matières oxydées.
85. cette réflexion de Dolomieu est un véritable pont jeté entre la géologie expérimentale et le travail des alchimistes, relativement à ce qu'ils nomment le vase de nature, matière visqueuse douée de la propriété de pouvoir être tenue au feu longtemps : ils l'appellent aussi leur eau permanente.
86. c'est-à-dire des agents minéralisateurs.
87. L'important, ici, est de considérer les conditions de température et de pression. On peut fort bien imaginer un dispositif où l'on laisse circuler, pendant un temps très long, de l'eau chargé de sels. Nous avons d'ailleurs rapporté une semblable expérience dans l'Atalanta, II [M. Payen, C.R.]
88. Ce terme de menstrue est utilisé dans une circonstance où on peut le rapprocher singulièrement de celui dont parle les alchimistes.
89. Il s'agit encore de minéraux issus de gîtes pegmatitiques.
site consulté : [http://www.totalfinaelf.com/mecenat/mineraux/formation/dindex2.htm]
En profondeur, les magmas renferment des éléments volatils à l’état dissous (H2O, CO2, HCl, HF, etc.) qui sont des agents minéralisateurs. Lorsque les magmas se solidifient, ils ne permettent pas ou peu aux éléments volatils d’entrer dans les structures des minéraux en cours de formation. Les fluides vont donc se concentrer progressivement dans le liquide magmatique résiduel jusqu’à atteindre la saturation. Dès lors, le déroulement de la cristallisation du magma est modifié, conduisant à la formation des pegmatites dont les éléments constitutifs peuvent atteindre des tailles gigantesques. Les pegmatitoïdes sont les équivalents des pegmatites pour les magmas sous-saturés en silice donnant par exemple les syénites néphéliniques. Dans les pegmatites les fluides ont permis la formation de minéraux enrichis d’éléments tels le bore, le béryllium, et le lithium. Les minéraux typiques des pegmatites granitiques sont la tourmaline et le béryl.
90. il s'agit d'une allusion aux gîtes de contact : Ces gîtes sont issus des actions conjuguées de la chaleur d’un magma intrusif et des fluides qui lui sont associés sur les roches encaissantes. Les skarns, qui sont des roches carbonatées enrichies en silicates (pyroxènes, épidote, grenat, etc.) et aussi, bien souvent, en minéraux tels la scheelite, la molybdénite, la chalcopyrite, en sont l’exemple le plus fréquent.
 
 

A suivre