OPUSCULE TRÈS EXCELLENT DE LA VRAIE PHILOSOPHIE NATURELLE DES MÉTAUX

DENIS ZECAIRE
1560







revu le 2 novembre 2006



Préambule
: ce traité, fondamental dans la littérature alchimique, n'avait pas reparu depuis des lustres. Aussi faut-il être particulièrement redevable à l'équipe dynamique du site hermétisme et alchimie d'avoir pu le faire surgir « de l'obscurité à la lumière » pour remployer l'image de la Lux Obnubilata. Il vaut la peine de rappeler certains détails de la vie extraordinaire de l'Adepte Zachaire, dont maints aspects le rapproche, à n'en point douter, de celle de l'illustre Bernard Le Trévisan. Pour cela, nous empruntons les lignes qui suivent à Louis Figuier [l'Alchimie et les alchimistes, 3e édition, Paris, 1880], dont on ne sait pas assez, par suite du dénigrement dont il fut l'objet de la part de certains des disciples d'Hermès, son rôle dans le renouveau du sentiment hermétique.

Rien n'est plus propre à nous donner une idée exacte de la persévérance ou plutôt de la passion extraordinaire que les alchimistes apportaient dans leurs travaux, que la vie si curieuse et si agitée de l'adepte Denis Zachaire. Nous allons en rappeler les traits principaux. Les détails qu'il nous a lui-même transmis sur ce sujet dans la première partie de son Opuscule de la philosophie naturelle des métaux, nous fourniront en même temps l'occasion de signaler plusieurs particularités intéressantes sur la vie des alchimistes français au seizième siècle. Denis Zachaire appartenait à une famille noble de la Guyenne ; mais son véritable nom est inconnu ; car, à l'exemple de beaucoup de ses confrères, il s'est abrité, dans ses ouvrages, sous le voile d'un pseudonyme. Il était né en 1510. Après avoir reçu la première instruction dans la maison paternelle, il fut envoyé à Bordeaux pour y étudier les lettres et la philosophie dans le collège des Arts. On avait confié sa jeunesse à la surveillance d'un précepteur. Malheureusement, ce dernier était un adepte d'Hermès. Au lieu de conduire son élève dans les tranquilles sentiers de la littérature, il ne l'initia guère qu'aux pratiques du grand oeuvreSuvre. Le jeune Zachaire fréquentait beaucoup d'écoliers qui, négligeant comme lui les études du collège pour celles du laboratoire alchimique, avaient déjà fait ample collection de recettes pour la transmutation des métaux. Avant de quitter Bordeaux, il en avait rempli tout un gros livre, et il pouvait à son gré fabrique de l'or à toute espèce de titres, à dix-huit ou à vingt carats, de l'or de ducat ou de l'or d'écu, propre à soutenir l'épreuve de la fonte ou de la pierre de touche. Même résultat pour l'argent : on pouvait, avec ces bienheureuses formules, obtenir de l'argent à dix ou à onze deniers, de l'argent blanc de feu ou de l'argent à la touche. Ces diverses formules portaient les noms d'oeuvre de la reine de Navarre, oeuvre du Cardinal de Lorraine ou du Cardinal de Tournon. Les jeunes écoliers, au collège de Bordeaux, employaient une partie de leur temps à ces utiles occupations. Au sortir du collège des Arts, le jeune Zachaire fut envoyé à Toulouse, en compagnie de son précepteur, pour y étudier le droit ; mais le maître et l'élève n'avaient d'autre désir que d'y faire promptement l'épreuve des précieuses recettes de Bordeaux. Ils se mirent donc dès leur arrivée à placer dans leur chambre plusieurs petits fourneaux propres aux opérations chimiques. Des petits fourneaux on en vint aux grands, si bien que la chambre en fut bientôt remplie. Sur certains, on distillait ; dans d'autres, on calcinait diverses matières : ici, l'on exécutait la fusion ; là, la sublimation prescrite par les formules. Au bout d'un an, la somme de deux cents écus, que le jeune Denis avait reçue de ses parents pour s'entretenir pendant deux années, lui et son maître, en la ville de Toulouse, s'était dissipée en fumée. C'est qu'il avait fallu acheter une quantité considérable de charbon, diverses drogues d'un prix élevé, et pour six écus de vaisseaux de verre ; sans compter deux onces d'or fin et trois marcs d'argent, que l'une des formules avait recommandés comme indispensables à l'exécution de l'oeuvreSuvre, et qui finirent par s'évanouir en entier à force de combinaisons et de mélanges. Il ne faisait guère moins chaud dans la chambre du jeune licencié es droit, que dans les fonderies de l'arsenal de Venise, et le digne précepteur, qui ne sortait pas un moment de cette fournaise, tant il apportait de zèle et d'ardeur à son travail, fut pris, quand vint l'été, d'une fièvre continue, pour avoir trop soufflé en buvant chaud. Il mourut glorieusement sur son champ de bataille, au grand chagrin de son élève, qui comptait sur son habileté pour se procurer l'argent que ses tuteurs commençaient à lui refuser. Ainsi livré à lui-même, Denis Zachaire ne vit rien de mieux que de se rendre dans son pays, afin d'obtenir le libre usage de ses biens, administrés par ses tuteurs depuis la mort de son père. Moyennant quatre cents écus, il afferma une partie de ses propriétés pour une durée de trois ans, et s'empressa de revenir à Toulouse, afin d'appliquer cette somme à l'exécution d'une recette infaillible qu'un Italien lui avait enseignée après en avoir vu de ses propres yeux les merveilles. Ce procédé consistait à dissoudre de l'or et de l'argent dans une eau forte, et à calciner le produit pour en faire une poudre de projection. Mais deux onces d'or et un marc d'argent, traités pendant deux mois suivant les procédés de l'Italien, ne donnèrent qu'une poudre tout à fait sans vertu. De la quantité d'or et d'argent qu'il avait employée, Zachaire ne put recouvrer qu'un demi-marc ; aussi nous dit-il : « Tout l'augment que je reçus, ce fut « à la façon de la livre diminuante. » Ses quatre cents écus se trouvèrent ainsi réduits à deux cent trente, et comme l'Italien offrait de se rendre à Milan, où se trouvait l'auteur de cette recette, pour obtenir de lui des éclaircissements complets, Zachaire lui remit vingt écus, et demeura tout l'hiver à Toulouse pour attendre son retour. « Mais, ajoute-t-il, j'y serais encore si je l'eusse voulu attendre, car je ne le vis depuis. » Une grande épidémie s'étant déclarée à Toulouse, Zachaire se décida à abandonner la ville ; mais, ne voulant pas se séparer de ses amis, compagnons de ses recherches, il les suivit dans leur pays, à Cahors. Parmi eux se trouvait un bon vieillard, adepte blanchi sous le poids du travail et des années, et que l'on ne connaissait à Toulouse que sous le nom du Philosophe. Zachaire lui communiqua la collection de ses recettes, et demanda ses conseils, heureux de s'en rapporter à l'expérience et au savoir d'un homme qui avait manié tant de simples en sa vie. Le philosophe en nota dix comme les meilleures : et, six mois après, à la cessation de l'épidémie, notre jeune adepte étant revenu à Toulouse, s'empressa de les soumettre à l'expérience. Ainsi se passa l'hiver entier : mais aucune des recettes mises en pratique ne fournit de résultat ; de telle sorte qu'à la Saint-Jean ses écus se trouvèrent réduits au nombre de cent soixante-dix. Cet échec, éprouvé en dépit des conseils du vieux philosophe, aurait sans doute découragé le jeune alchimiste, si une circonstance heureuse n'était fort à propos venue lui rendre la confiance et l'espoir. Zachaire avait fait à Cahors la connaissance d'un jeune abbé qui, possesseur, aux environs de Toulouse, d'une riche prébende, consacrait honorablement ses loisirs et ses revenus à la recherche du grand oeuvreSuvre. Cette conformité de goûts avait fait naître entre eux une vive sympathie. De retour à Toulouse, l'abbé reçut de l'un de ses amis, attaché à Rome au cardinal d'Armagnac, la communication d'une recette excellente pour l'oeuvreSuvre hermétique. Ce procédé consistait à chauffer pendant un an de la poudre d'or calciné avec de l'eau-de-vie distillée un grand nombre de fois ; son exécution ne devait entraîner qu'une dépense de deux cents écus. Les deux amis résolurent de réunir, pour cet important travail, leurs efforts ainsi que leur bourse, et, les termes de cette petite association bien arrêtés entre eux, ils se mirent aussitôt à l'oeuvre. Il importait d'abord de se procurer une eau-de-vie très pure. Ils achetèrent donc une bonne pièce de vin Gaillac, qu'ils placèrent, pour en retirer l'eau-de-vie, dans un vaste alambic. On employa un mois à distiller plusieurs fois cette eau-de-vie dans le pélican ; on la rectifia ensuite dans des vaisseaux de verre. Ainsi amenée à un haut degré de concentration, l'eau-de-vie leur parut propre à la dissolution de l'or. Ils prirent quatre marcs de ce liquide, qu'ils placèrent dans une cornue de verre contenant un marc d'or, que l'on avait préalablement soumis, pendant un mois, à une forte calcination. Cette cornue, placée dans une seconde plus grande, et tout l'appareil étant bien clos, on l'installa dans un grand fourneau, et l'on se disposa à entretenir au-dessous le feu pendant une année entière. L'abbé acheta, dans ce but, pour trente écus de menu charbon. En attendant l'expiration de ce long intervalle, les deux opérateurs occupaient leurs loisirs à essayer quelques petits procédés qui ne donnèrent pas d'ailleurs de meilleur résultat que ne devait en fournir la grande opération. Au bout d'un an, en effet, les deux amis reconnurent avec douleur que l'eau-de-vie n'avait pas dissous un atome d'or. Le métal était demeuré au fond de la cornue dans l'état même où il y avait été placé. On essaya de s'en servir comme poudre de projection, en opérant sur du mercure chauffé dans un creuset, comme l'indiquait la recette ; mais ce fut en vain. On comprend le désappointement des deux alchimistes. Le plus contrarié était l'abbé, qui, se croyant sûr du résultat, l'avait annoncé d'avance aux moines de son couvent, et avait écrit à la confrérie, la veille même de l'opération, qu'il ne restait plus qu'à fondre la belle fontaine de plomb qui ornait la cour du monastère pour en tirer des lingots d'or. La belle fontaine fut donc réservée pour une autre occasion : elle ne faillit point, du reste, à sa destinée, car quelques années après, on la fit passer au creuset d'un alchimiste ambulant qui était venu montrer son savoir dans l'abbaye. Cependant, loin de décourager l'abbé, cet échec ne fit que redoubler son ardeur. Pour tenter un grand coup, il proposa à Zachaire de se rendre à Paris avec huit cents écus, dont ils fourniraient chacun la moitié, et d'y continuer l'oeuvreSuvre commune en profitant des lumières des innombrables artistes hermétiques qui remplissaient alors la capitale de la France. Ayant accepté la proposition de son ami, et trouvé, en affermant ses biens, la somme nécessaire, Zachaire se disposa à se rendre à Paris, décidé à perdre tout ou à découvrir la pierre philosophale. En vain ses parents essayèrent-ils de le dissuader de ce projet. Pour éviter leurs remontrances, il prétexta que son voyage n'aurait d'autre but que d'acheter à la cour une charge de conseiller. Dès lors sa famille, qui avait toujours reconnu en lui l'étoffe d'un grand légiste, ne s'opposa plus à son dessein. Zachaire partit de sa province le lendemain de Noël ; il arriva à Paris le jour des Rois de l'année 1539. De toutes les villes d'Europe, Paris était alors la plus fréquentée par les alchimistes. Aussi l'adepte de Guyenne y demeurait-il tout un mois inconnu, perdu dans cette foule immense d'artistes de tout genre qui s'adonnaient en commun ou en particulier à la recherche du grand oeuvreSuvre. Mais, au bout de ce temps, il s'était mis en rapport avec un si grand nombre d'ouvriers de toute profession, tels que fondeurs, orfèvres, artisans de divers métaux, fabricants de verre et de fourneaux, etc., qu'il avait fait, grâce à leur intermédiaire, la connaissance de plus de cent adeptes. Il trouva des enseignements utiles à être témoin des diverses opérations qu'exécutaient ces derniers :

« Les uns, nous dit-il, travaillaient aux teintures des métaux par projection, les autres par cimentation, les autres par dissolution, les autres par conjonction de l'essence (comme ils disaient) de l'émeri, les autres par longues décoctions ; les autres travaillaient à l'extraction du mercure des métaux, les autres à la fixation d'iceux. »

Au Moyen Age les alchimistes qui habitaient les grandes villes avaient l'habitude de se réunir tous les jours sous le péristyle des cathédrales, afin de se communiquer réciproquement le résultat et l'état d'avancement de leurs travaux. L'église de Notre-Dame-la-Grande, à Paris, était le rendez- vous des gens de cet état, et chaque jour, même les dimanches et les fêtes, ils se rencontraient sous les voûtes de la vieille basilique,

« pour parlementer des besognes qui s'étaient passées aux jours précédents. »

On s'assemblait aussi au logis de l'un d'entre eux. La maison de Zachaire fut quelquefois le lieu de leurs réunions, et c'est là que l'on pouvait entendre s'exhaler à l'envi les plaintes, les espérances et les regrets de tous ces hommes ardents, desséchés au feu d'une passion commune, courbés sous le poids d'un même joug. Cependant ces entretiens ne brillaient point par la variété, car les paroles qu'on y entendait étaient toujours les mêmes :

« Les uns, nous dit Zachaire, disaient : Si nous avions le moyen de recommencer, nous ferions quelque chose de bon. Les autres : Si notre vaisseau eût tenu, nous étions dedans. Les autres : Si nous eussions eu notre vaisseau de cuivre bien rond et bien fermé, nous aurions fixé le mercure avec la lune ; tellement qu'il n'y en avait pas un qui fît rien de bon, et qui ne fût accompagné d'excuse. »

Il fallait cependant faire un choix parmi un si grand nombre d'opérateurs. Zachaire se décida à accorder sa confiance à un Grec arrivé pendant l'été, et qui prétendait savoir changer en argent le cinabre mis en forme de clous. Il réduisait en poudre trois marcs d'argent, et, avec un peu d'eau, faisait de cette poudre une pâte à laquelle il donnait la forme de clous ; mêlant ensuite ces clous avec du cinabre pulvérisé, il les faisait sécher dans un vase bien couvert. Ensuite il fondait le tout et soumettait à la coupelle le produit de cette fusion. Il restait alors dans la coupelle plus de trois marcs d'argent, c'est-à-dire un poids supérieur à celui du métal employé. Dans cette opération, il y avait donc, au dire de l'artiste, production artificielle d'une certaine quantité d'argent. Selon lui, l'argent que l'opérateur avait mêlé au cinabre s'était envolé en fumée, et celui qui restait provenait de la transmutation du cinabre. Mais on devine quelle était la véritable nature de cette opération. Le cinabre (sulfure de mercure) étant volatil, disparaissait au feu du fourneau de coupelle, et s'il y avait dans certains cas une faible augmentation du poids primitif de l'argent mis en expérience, ce résultat tenait à la présence accidentelle d'une certaine quantité d'argent dans le cinabre dont on avait fait usage. C'est ce que Zachaire dut reconnaître, mais un peu tard ; car, nous dit-il,

« si c'était profit, Dieu le sait, et moi aussi qui dépendis des écus plus de trente. »

Cette affaire de la transmutation du cinabre fit cependant beaucoup de bruit parmi les alchimistes parisiens.

« Cela fut tant connu en Paris, nous dit Zachaire, qu'avant le Noël suivant, il n'était fils de bonne mère, s'entremêlant de travailler en la science, qui ne savait, ou n'avait entendu parler des clous de cinabre ; comme un autre temps après il fut parlé des pommes de cuivre, pour fixer là dedans le mercure avec la lune. »

Zachaire, qui n'avait fréquenté jusque-là que des opérateurs honnêtes, et comme lui, travaillant de bonne foi, eut bientôt l'occasion d'être initié aux fraudes des faux adeptes. Un gentilhomme étranger, venant du Nord, et qui était peut-être Venceslas Lavin, arriva à cette époque à Paris. Il n'était expert qu'aux sophistications hermétiques, et vivait de ce genre de ressources, vendant aux orfèvres les produits de ses opérations suspectes. Zachaire suivit quelque temps la fortune de cet aventurier, sans vouloir cependant s'associer à ses manoeuvreSuvres. Possesseur d'une fortune encore assez belle, et ne perdant jamais de vue sa dignité de gentilhomme, Zachaire, loin de chercher à s'enrichir du commerce de cet étranger, dépensait largement avec lui son argent en expériences. Au bout d'un an, son compagnon consentit enfin à lui révéler son secret ; mais, comme Zachaire s'en était bien douté, ce secret n'était qu'un leurre. Cependant il entretenait toujours une correspondance avec son cher abbé, le tenant au courant de ses succès et des progrès de son entreprise. Il passa de cette manière trois années dans la capitale ; au bout de ce temps, les huit cents écus et d'autres sommes que lui avait envoyées l'abbé étaient entièrement dissipés. Sur ces entrefaites, Zachaire reçut une lettre de son ami, qui l'engageait à revenir sans retard à Toulouse. Il partit aussitôt, et dès son arrivée, il fut mis au fait de la circonstance importante qui avait nécessité son départ. Le roi de Navarre, Henri II, grand-père de Henri IV, aimait à s'occuper d'alchimie. Le bruit des merveilles


Henri II, roi de Navarre

réalisées par le gentilhomme étranger, compagnon de Zachaire, avait pénétré de Paris jusqu'au fond du Béarn, et le roi Henri s'était empressé d'écrire à l'abbé toulousain, le priant d'envoyer Zachaire dans ses Etats, avec la promesse d'une récompense de quatre mille écus en cas de succès. Ce mot de quatre mille écus avait tellement chatouillé les oreilles de l'abbé, qu'il croyait déjà tenir la somme dans son escarcelle. Il n'eut point de repos que son cher Zachaire ne se fût mis en route pour la Navarre. Notre adepte arriva à Pau au mois de mai 1542, et fut parfaitement accueilli par le roi. Il fut cependant obligé de demeurer six semaines avant de se mettre au travail, parce que les simples qu'il fallait cueillir pour le commencement des opérations ne croissaient point au pays de Navarre. Au bout de ce temps, il se mit à l'oeuvreSuvre. Mais le succès répondit mal aux espérances du roi, qui, mécontent de l'artiste, le renvoya avec un grand merci pour récompense. Et comme Zachaire, se plaignant d'un tel procédé, réclamait l'exécution des promesses qu'on lui avait faites, le roi lui fit cette réponse :

« Advisez, messire, s'il n'y a rien «en mes terres qui vous puisse convenir, tel que « confiscation, prison ou autre chose semblable ; je vous les donnerais volontiers. »

Zachaire et le roi de Navarre ne pouvaient s'entendre : l'un demandait un alchimiste qui le mît promptement en possession du secret de faire de l'or ; l'autre cherchait un roi aux frais duquel il pût continuer ses expériences tout à son aise. Aussi l'adepte reprit-il incontinent le chemin de Gascogne. C'est pendant ce retour que Zachaire eut la fortune de rencontrer le bienheureux conseiller qui devait le mettre sur la route de la vérité qu'il poursuivait depuis si longtemps. C'était un moine très savant, versé dans toutes les connaissances de la philosophie naturelle, et qui avait passé sa vie entière sur les écrits des anciens maîtres. Zachaire l'ayant mis au courant de tous les travaux qu'il avait exécutés jusque-là, le savant religieux le plaignit grandement d'avoir dépensé tant d'argent et de fatigues en des recherches mal inspirées. Il lui conseilla de s'en tenir désormais à la méditation des anciens philosophes, ajoutant qu'il était fâcheux qu'un gentilhomme aussi instruit que lui, qui avait fait à Bordeaux ses actes de philosophie, et avait été reçu maître en cette science, se fût toujours privé des hautes lumières que nous ont transmises sur cette question les sages des temps passés. Ainsi ramené, par les conseils du bon religieux, dans une voie certaine, Zachaire s'empressa d'aller rejoindre son ami pour régler définitivement avec lui les comptes de cette association qui avait si tristement échoué. Tout bien calculé, il restait une somme de cent quatre-vingts écus, qu'ils partagèrent loyalement ; après quoi l'association fut déclarée rompue, à la grande tristesse de l'abbé, qui aurait voulu pousser plus loin l'entreprise, et n'approuvait point le changement de système qui s'était opéré dans l'esprit de son compagnon. Lui, cependant, décidé à s'en tenir désormais à la méditation et à la comparaison des écrits des anciens philosophes, il prit la résolution de revenir à Paris pour mettre son projet à exécution. Le jour de la Toussaint de l'année 1546, Zachaire rentra dans la capitale, où son premier soin fut d'acheter, moyennant dix écus, divers traités philosophiques, tels que la Tourbe des philosophes, la Complainte de Nature [Jehan de Meung], le bon Trévisan et les oeuvres de Raymond Lulle. Ayant loué une petite chambre au faubourg Saint-Marceau, il s'y enferma, n'ayant auprès de lui qu'un petit garçon pour le servir. Puis, sans vouloir fréquenter aucun des adeptes dont fourmillait encore la capitale, il s'appliqua jour et nuit à méditer sur ses auteurs. Il employa dix-huit mois à ce travail pénible, sans réussir néanmoins à s'arrêter définitivement au choix d'aucun procédé. Il crut alors nécessaire de se mettre en rapport, non avec les artistes empiriques qu'il avait fréquentés sept ans auparavant dans les réunions tenues sous les voûtes de Notre-Dame, mais avec de véritables philosophes qui opéraient d'après les recommandations des anciens. Cependant leur commerce ne lui fut que d'une faible utilité, en raison de la diversité extrême des procédés dont ils faisaient usage. Ces opérateurs employaient en effet des moyens si nombreux et si opposés que l'esprit courait le risque de s'égarer dans leur infinie diversité. « Si l'un, nous dit Zachaire, travaillait avec l'or seul, l'autre travaillait avec or et mercure ensemble ; l'autre y mêlait du plomb qu'il appelait sonnant, parce qu'il avait passé par la cornue avec de l'argent vif ; l'autre convertissait aucuns métaux en argent vif avec diversité de simples par la sublimation ; l'autre travaillait avec un atrament noir artificiel, qu'il disait être la vraie matière, de laquelle Raymond Lulle usa, pour la composition de cette grande oeuvre. Si l'un travaillait en un alambic, l'autre travaillait en plusieurs autres et divers vaisseaux de verre, et l'autre de cuivre, l'autre de plomb, l'autre d'argent, et aucun en vaisseaux d'or. Puis l'un faisait sa décoction en feu fait de gros charbons, l'autre de bois, l'autre de raisins, l'autre de chaleur de « soleil, et d'autres au bain-marie. » Cette variété d'opérations, jointe aux contradictions continuelles qu'il découvrait dans les anciens auteurs, avait fini par réduire au désespoir le malheureux alchimiste, lorsque le Saint-Esprit lui inspira, nous dit-il, la pensée d'étudier les oeuvres de Raymond Lulle, et en particulier le Testament et le Codicille de cet auteur. Il réussit à adapter si parfaitement ces deux ouvrages avec une épître de Raymond Lulle au roi Robert, et avec un manuscrit du même auteur, qu'il tenait du bon religieux, son conseiller, qu'il fut dès ce moment certain d'avoir mis la main sur le secret tant poursuivi. Tous les livres qu'il consultait étaient en concordance parfaite avec son système, et tel était, par exemple, le procédé ou résolution que donne, à la fin de son Rosarium, Arnauld de Villeneuve, qui fut, comme on le sait, le maître de Raymond Lulle. Zachaire passa un an entier à méditer jour et nuit sur son procédé ; au bout de ce temps, il revint à Toulouse pour le soumettre à l'expérience. Il arriva dans sa province pendant la carême de 1549 ; son premier soin fut de s'approvisionner de fourneaux et des appareils nécessaires, et, le lendemain de Pâques, il commença sa grande opération.
Cependant sa famille et ses amis ne voyaient pas sans un profond chagrin toute cette ardeur apportée à un travail inutile, et les folles dépenses auxquelles une malheureuse passion l'avait entraîné depuis sa jeunesse. Il eut à endurer de leur part plus d'un reproche amer :

« Que prétendez-vous faire ? lui disait un voisin, et n'avez-vous pas dépensé assez d'argent en de telles folies ? Prenez garde qu'à vous voir acheter ainsi tant de menu charbon, on ne vous accuse, comme on l'a fait déjà, d'être auteur de fausses monnaies. » 

« N'est-il pas étrange, reprenait un autre, qu'étant docte comme vous l'êtes, et déjà licencié ès droit, vous refusiez encore de faire profession de la robe longue, afin de parvenir à quelque office honorable en la ville ? »

Survenaient des parents, à qui l'autorité de la famille permettait des remontrances plus sévères :

« Pourquoi, lui disait-on, ne pas mettre un terme à tant d'inutiles dépenses ? Ne vaudrait-il pas mieux payer vos créanciers ou acheter quelque bonne charge ? Il ne tient à rien, si vous ne vous arrêtez, que nous n'envoyions en votre logis des gens de justice pour y briser tout votre attirail d'ustensiles maudits. » - « Hélas ! reprenait un autre, faisant appel à des sentiments plus doux, si pour vos parents vous ne voulez rien faire, ayez au moins égard à vous-même. Considérez-vous. A peine âgé de trente ans, vous semblez en avoir cinquante, tant commence à blanchir votre barbe, qui vous représente tout envieilli des longues fatigues que vous avez endurées en la poursuite de vos jeunes folies. »

Tous ces discours ne faisaient qu'ajouter à l'impatience de Zachaire ; il les supportait avec d'autant plus de déplaisir, qu'il voyait de jour en jour se perfectionner son oeuvre et s'approcher l'heure décisive qui devait le payer de tant de travaux et d'ennuis. Aussi tout demeura impuissant à l'écarter de son but. La peste, qui éclata à Toulouse pendant l'été, et qui fut si terrible, « que tout marché, tout trafic en fut interrompu, » ne put l'arracher du feu de ses fourneaux. Il y demeurait jour et nuit occupé à attendre « d'une fort grande diligence l'apparition des trois couleurs que les philosophes ont écrit devoir apparaître avant la perfection de la divine oeuvre. » Ces trois couleurs attendues se montrèrent enfin aux yeux ravis du philosophe, indiquant la perfection définitive de la pierre philosophale. Si bien que le jour de Pâques de l'année 1550, avec un peu de cette divine pierre, il convertit, ainsi qu'il nous assure, du mercure en très bon or.

« Si j'en fus aise, ajoute-t-il, Dieu le sait. Si ne m'en vantais-je pas pour cela ; mais je rendis grâce à notre bon Dieu qui m'avait tant fait de faveurs et de grâces par son Fils notre rédempteur JÉSUS-CHRIST, et le priai qu'il m'illuminât par son Saint-Esprit, pour en pouvoir user à son honneur et louange. »

Dès le lendemain, Zachaire se mit en route pour aller annoncer son triomphe à son ami et partager avec lui le trésor après lequel ils avaient si longtemps soupiré d'un commun accord. Il franchit d'un pas joyeux le seuil du monastère, et jeta en entrant un coup d'oeil de regret sur l'emplacement vide de cette fontaine de plomb qui aurait si bien servi à témoigner sa science aux pieux habitants de la maison. Mais une triste nouvelle l'attendait. Le pauvre abbé était mort six mois auparavant, sans avoir éprouvé la consolation suprême que lui apportait son ami. Zachaire voulait au moins aller témoigner sa reconnaissance au docte religieux dont les conseils lui avaient été si profitables ; mais le bon religieux venait aussi de mourir dans un autre couvent où il s'était retiré. Zachaire se décida alors à passer à l'étranger pour y terminer en paix une carrière qui avait été semée de tant de traverses. Il envoya à Toulouse un de ses cousins pour y vendre tous ses biens, et payer ses créanciers avec les sommes provenant de cette vente. Son désir fut accompli, mais non sans exciter beaucoup de lamentations et de plaintes de la part de ses parents, qui avaient depuis longtemps prévu la ruine de cet obstiné dissipateur. Ce dernier acte exécuté, Zachaire quitta la France en compagnie de son jeune cousin, et se rendit à Lausanne pour y vivre, nous dit-il, « avec fort petit train, » ce qui ne plaide pas en faveur de la vérité de son affirmation relative à la découverte de la pierre philosophale. Nous pourrions terminer là l'histoire de l'adepte Zachaire, que nous n'avons racontée avec tant de détails qu'afin de montrer par un frappant exemple à quel degré les chercheurs alchimistes poussaient la patience, leur apanage essentiel. D'ailleurs, dans la dernière partie de sa vie, notre héros se montrerait moins digne de l'intérêt qu'il a pu inspirer à nos lecteurs. La possession de ce trésor prétendu semblait troubler ses sens et égarer sa raison. Il devint infidèle à la promesse qu'il s'était faite de faire tourner à l'honneur et à la louange de Dieu le nouveau pouvoir qu'il avait acquis. S'abandonnant au courant de tous les plaisirs, il donna un libre essor à ses passions, comprimées par l'âpreté du travail pendant les années de sa jeunesse. Epris à Lausanne d'une belle jeune fille, il quitta avec elle la Suisse pour aller mener en Allemagne une vie de dissipation et de folies. Après avoir suivi les bords du Rhin, il s'arrêta à Cologne en 1556. C'est là que l'attendait un triste sort. Amoureux à la fois de la jeune compagne de Zachaire et des trésors qu'il lui supposait, le traître cousin l'étrangla pendant qu'il était plongé dans un lourd sommeil occasionné par l'ivresse. Chargé des dépouilles de sa victime, il s'enfuit avec sa complice. Cet événement fit beaucoup de bruit en Allemagne ; mais on ne put retrouver les traces de l'assassin. Mardochée de Délie, le poète de la cour de Rodolphe II, composa plus tard sur ce sujet une pièce de vers que nous rapporterions ici, si nous ne craignions de donner une idée peu favorable des mérites de la poésie hermétique.

 
De nombreux détails, repris par Figuier, avaient déjà été développés par Eugène Chevreul [cf. section Cambriel et Artephius]. Le point fondamental de ce traité - dont le titre se rapproche d'un ouvrage apocryphe de Basile Valentin - est de donner des précisions sur la préparation des perles et des pierres précieuses [cf. Diamants et pierres précieuses de Louis Dieulafait]. Un autre point développé par Zachaire est le développement du concept d'agent et de patient : nous avons eu l'occasion d'approfondir ce point de science sur lequel Fulcanelli a été fort disert dans les Demeures Philosophales ; il met en exergue ce point important, qu'il faut que l'or alchimique puisse disposer d'un receptacle idoine : c'est là un important point de doctrine qui donne un peu de lumière sur l'un des grands secrets de l'alchimie [voyez à cet égard les citations de Fulcanelli dans notre réincrudation]. Dans la Lux Obnubilata, Crasselame l'a fort bien vu :

« [...] Zachaire parle aussi fort doctement dans son Opuscule, de l'Argent vif vulgaire comme étant privé de cet agent externe, et nous enseigne qu'il n'est demeuré tel que nous le voyons, que parce que la nature ne lui a pas joint son propre agent. Que se peut-il de plus clair et de plus intelligible ? Si donc l'Or et l'Argent vif vulgaires sont destitués de leur agent propre, que pouvons-nous espérer de bon de leur cuisson ? »

La triste fin de Zachaire rappelle, par ailleurs, à maints égards, le tragique destin d'Alexandre Sethon : car Zachaire fut assassiné dans le but évident qu'on voulait lui soutirer ses secrets [Sendivogius épousa la veuve de Sethon dans le but d'essayer de lui soutirer d'éventuels secrets que son mari lui aurait légués avant de disparaître, cf. Alexandre Sethon]. Si Zachaire fait donc aussi figure de martyre de la science d'Hermès, ne voit-on pas que son nom - Zacharie à peine dissimulé - augurait déjà peut-être la fatalité ? [Cf. notre saint Jean Baptiste]. Quoi qu'il en soit, cette fin tragique a été racontée en 1600 par Mardochée de Delle, historiographe à la cour de l'empereur alchimiste Rodolphe II d'allemagne (1576 - 1612) [cf. Atalanta fugiens].


Rodolphe II

Sur les détails biographiques de Zachaire, nous renvoyons à la critique de l'Histoire de la Chimie de F. Hoefer par Chevreul. Son nom n'est évidemment qu'un pseudonyme et l'anonymat de ce vrai disicple d'Hermès n'a pu jusqu'ici être percé, cf. Tenney L. Davis : The Autobiography of Denis Zachaire, in Isis, nov. 1925, vol. 8, 2 pp. 287-299.

L'Opuscule a été publié pour la première fois à Anvers en 1567, avec de nombreuses rééditions, dont celle de 1612 qui figure dans le tome II de la Bibliothèque des Philosophes Chymiques de Salmon. Cyliani n'a pas oublié la leçon de Zachaire et il le cite dans son Hermès Dévoilé : il ajoute qu'il a trouvé le moyen :

« ... de faire le verre malléable, des perles et des pierres précieuses plus belles que celles de la nature en suivant le procédé indiqué par [Denis] Zachaire et se servant du vinaigre et de la matière fixée au blanc, et de grains de perles ou de rubis pilé très fins, les moulant puis les fixant par le feu dela matière...»

Sur le verre malléable, on consultera tout ce qu'en a dit Sainte Claire Deville. Dans ce traité, Zachaire ne dépasse pas le degré d'argumentation habituel des livres alchimiques : tout n'y est dit que fort obscurément et de façon prolixe. Plusieurs auteurs sont spécialement cités : Arnauld de Villeneuve et son Grand Rosaire ; Raymond Lulle [Testament, dont on peut lire l'Élucidation dans ce site] ; la Tourbe et Morien. Bernard Le Trévisan [1, 2] - ce qui n'est pas très étonnant - est également cité à plusieurs reprises. Ce n'est qu'en de (trop) rares moments que Zachaire abaisse sa garde sur trois thèmes :

a)- le concept de patient et agent ; [cf. ma philosophie et alchimie là-dessus]
b)- soufre blanc et soufre rouge ;
c)- préparation des pierres précieuses artificielles. Mais cette partie n'est, hélas, que bien peu développée.

Voici enfin quelques notes de John Ferguson sur Zachaire [Bibliotheca chemica, II, pp. 561-563] :

ZACAIRE (Denis)

- Von der natürlichen Philosophia, vnd Verwandlung der Metallen in Gold vnd Silber, durch das höchste natürliche Geheimnifs vnd Kunststück, so man den lapidem Philosophorum nennet, drey Tractat, erstlich in Französischer Sprach beschrieben. Durch den Edlen, Ehrnvesten, Hochgelarten Herrn Dionysium Zacharium, einen Französischen Edelman, vnd der Rechten Doctorem, welcher anno 1550. den lapidem selbst, wie er meldet, gemacht. Jetzund aber allen kunstliebenden Deutzschen zur Warnung vnd Anleitung, auff den rechten einigen Weg, die Metallen zu verwandeln, in Deutsche Sprach gebracht, vnd mit kurtzen Summarien erkläret. Durch M. Georgium Forbergern von der Mitweide aufs Meissen. Gedruckt zu Hall in Sachsen, durch Erasmum Hynitzsch.   In Verlegung Joachimi Krüsicken.  M.DC.IX.

8°.    Pp. [126, 2 blank]. Other German editions: Dresden u. Leipzig, 1724, Wien, 1774.

- Von der natürlichen Philosophia und Verwandlung der Metallen in Gold und Silber, durch das höchste natürliche Geheimnifs und Kunststück, so man den Lapidem Philosophorum nennet, drey Tractate, erstlich in französischer Sprache beschrieben durch den Hochgelahrten Herrn Dionysium Zacharium, einen französischen Edelmann, und der Rechten Doctorem, welcher Anno 1550. den Lapidem selbst, wie er meldet, gemacht; Jetzund aber allen kunstliebenden Deutschen zur Warnung und Anleitung, auf den rechten einigen Weg, die Metallen zu verwandeln, in deutsche Sprach gebracht, und mit kurzen Summarien erkläret, durch M. Georgium Forbergern, von der Mitweide aus Meifsen. Frankfurt und Leipzig, bey Johann Paul Kraufs. 1773.

8°.   Pp. 135 [1 bIank],

- Opuscule Très-Excellent, de la vraye Philosophie naturelle des Métaux. Traictant de l'augmentation & perfection d'iceux. Auec vn aduertissement d'euiter les folles despenses qui se font par faute de vraye science. Par Maistre D. Zacaire Gentilhomme Guiennois. Plus le traitté de M. Bernard Allemand Compte de la Marche Treuisane. Dernière édition reueu & corrigé de nouueau. A Lyon, Chez Pierre Rigaud, en rue Mercière, au coing de rue Ferrandiere à l'enseigne de la Fortune.   M.DCXII.

16°.    Pp. 280 [3, 1 blank].   Vignette of an alembic and receiver.

- Opuscule de la philosophie naturelle des Métaux,
See RICHEBOURG (j. m. D.), Bibliothèque des Philosophes Chimiques, 1740, ii. p. 447-

- Das Buch der natürlichen Philosophey der Metallen.

See DARIOT (CLAUDE), Die gulden Arch, Schatz und Kunstkammer, 1614, Th. iii., p. 169.
See Eröffnete geheimnisse des Steins der Weisen, 1708, p. 727.

- Opusculum philosophiae naturalis metallorum.

See DORN (GERARD), Trevisanus de Chymico miraculo, 1600, p. 49.
See THEATRUM CHEMICUM, l659, i. p. 710.
See MANGET (j. j.), Bibliotheca Chemica Curiosa, 1703, ii. p. 336.

Denis Zacalre (or Zeccaire) was born in Guierme in 1510. He was educated by a man who was an alchemist, studied taw in Toulouse, went to Paris and made the acquaintance of alchemists there. After long study of Arnold, Bemhard, Lully and the ' Turba,' he transmuted mercury into gold in 1550, He married, started on travel, but when he reached Cologne he was murdered in his sleep by his servant, who escaped with his wife and his store of transmuting powder. The story was tersely but dramatically told in verse by De Delle, the Court poet of Rudolph II., and it was printed in Söldner's Keren Happuch, and then in Die Edelgeborne Jungfer Alchymia, in the Beytrag, by Schmieder, Gmelin, and Kopp. His story has been treated as a historical romance by Percy Ross.
A pother has been raised over the ' Annotate quiedam ex Nicolao Klamello Auctore Gallo,' which follow the work of Zacaire in Dom's edition of 1583 and of 1600 (q.v.). It has been pointed out as a smart critical observation that Flamel could not be the author, because he lived nearly two hundred years before Zacaire. But the critics forget that Paul Lucas reported Flamel alive in 1713, so that there could be no time difficulty in the way of his commenting much later writers than Zacaire.The point, therefore, is not whether Flamel lived before Zacaire, but whether he died after him! But without discussing such recondite questions, the whole difficulty is based upon a blunder, which the critics have overlooked to their confusion. The Annotations merely happen to be printed after Zacairc's work in Dorn's edition, and the whole of Dorn's collection as it stands (except Dorn's preface) was swept into the Theatrum Chemicum, 1659, i. pp. 683-794 q.v.), (or, 1602, i,  PP. 773-901; 1613, i. PP. 748-869). When Manget made his reprint he modified this title (p. 350) to  'Nicolai Flamelli Galli Commentarius in Dionysii Zacharii Opusculum Chemicum' without justification, and the anachronism involved was pointed out by Gmelin, who said they were certainly by a later writer. Schmieder's view is that the 'Annotata ex Flamello' are comments by Zacaire on Flamell. These  writers have overlooked the fact that in Dorn's edition (and in the above quoted reprints) a great many 'annotationes' by other writers — not having any connection with Zacaire at all — have simply been slumped by the editor, or printer, under Flannel's name.


Le temps nous manquant, il n'est pas question d'approfondir le texte de la même façon que les autres. Le lecteur trouvera donc, en renvoi hypertexte, les textes qui lui permettront d'aller plus loin...








Au lecteur débonnaire
Salut en Jésus Christ

Combien que tous ceux qui ont écrit en cette divine oeuvre justement et à bon droit appelée philosophie naturelle, ayant expressément défendu la profanation et divulguation d'icelle, si est ce ami lecteur, qu'ayant lu et relu par diverses et continuelles lectures les livres des philosophes naturels, et pensé ordinairement à l'interprétation des contradictions, figures, comparaisons, équivoque et divers énigmes qui apparaissent en nombre infini en leurs livres, je n'ay voulu sceller et cacher la résolution qu'en ay peu faire après avoir longuement travaillé aux sophistications et maudites recettes, ou pour parler plus proprement de cette, lesquelles j'ai été un temps plus enfermé et enveloppé qu'oncque Dédalus ne fut en son labyrinthe.  Mais enfin, par continuelle lecture des bons auteurs et approuvez en la Science, j'ai dit avec Geber en sa Somme, retournant en nous même et considérant la vrai voie et façon de laquelle nature use sous terre à la procréation des métaux, avons connu la vraie et parfaite matière laquelle nature a préparée pour les parfaire sur terre ainsi que l'expérience, grâces au seigneur Dieu qui m'a fait tant de faveur et grâces par son cher fils et notre rédempteur Jésus Christ, m'a puis après certifié comme je dirai plus amplement en la première partie de mon présent opuscule, où je déclarerai la façon par laquelle je suis parvenu à la vrai connaissance de ce divine oeuvre. Car en la seconde je montrerai de quels auteurs  j'ai usé en mon étude, rédigeant leurs autorités en bon ordre et vraie méthode, afin de mieux connaître la propriété et explication des termes de la Science.  Et en la tierce et dernière partie, je déclarerai la pratique de telle sorte qu'elle sera cachée aux ignorants et montrée comme au doigt aux vrais enfants de la Science, pour lesquels je me suis grandement peiné à mettre et rédiger le tout en meilleur ordre qui m'a été possible, ne voulant point imiter en cela plusieurs qui nous ont précédez, lesquels ont été tant envieux du bien public et amateurs de la particularité, qu'ils n'ont voulu déclarer leur matière que sous diverses et variables allégories, non pas seulement montrer leurs livres, comme j'en ay connu un de mon temps qui tenait tant chers et cachez des papiers qu'il avait recouverts d'un gentilhomme vénitien que lui même osait regarder à demi, se faisant croire que notre grand oeuvre devait un jour sortir de là sans s'en tourmenter d'avantage que la garder bien dans un coffre bien fermé. Mais telle manière de gens doivent savoir que ce oeuvre tant divine ne nous est point donnée par cas fortuit, ainsi que disent les philosophes quant ils reprennent ceux qui travaillent à crédit comme font presque tous les opérateurs d'aujourd'hui. Desquels je ne doute point que ne soie aigrement reprints et taxé pour avoir publié mon présent opuscule, disant que je fais une grande folie de publier ainsi mon oeuvre même en langage vulgaire, attendu qu'il n'y a science qui sait aujourd'hui tant haïe du commun populaire que ceci. Mais pour leur répondre Je veux premièrement qu'ils sachent s'ils ne l'ont encore connu, que ce divine philosophie n'est point en la puissance des hommes. Moins ne peut être connue par leurs livres si notre bon Dieu ne l'inspire en nos coeurs par son Saint Esprit ou par l'organe de quelque homme vivant, comme je prouverai bien amplement à la seconde partie de mon opuscule ; tant s'en faut donc que je la publie par ce mien petit traité. Et quant à ce que je l'ay mise en langage vulgaire, qu'ils sachent que je n'ay riens fait en ceci de nouveau, mais plutôt imité nos auteurs anciens, lesquels ont tous écrit en leur langue, combien que depuis aient été traduits en autres langues, comme Hamec philosophe hébreu en langage hebraique, Thebot, Haly philosophes chaldéen en leur langue Chaldée ; Homère, Démocrite, Théophrastus et tant d'autres philosophes grecs en leur langue grecque ; Abu Haly, Geber, Avicenne, philosophes arabes en leur langue arabique ; Rasis, Morienus, Raimondus et plusieurs autres philosophes latins en la langue latine afin que leurs successeurs connussent ce divine science avoir été baillée aux gens de leur nation.  Si donc j'ai imité tous ces auteurs et plusieurs autres en leurs écrits, ce n'est pas de merveilles si les ensuit en leur façon d'écrire ; afin mêmement que ceux qui sont aujourd'hui vivants et qui nous suivrons après, connaissent que notre benoît Dieu a voulu par sa sainte et divine miséricorde de gratifier en cela notre bon pais de Guyenne, comme il a fait d'autres fois les autres nations, au temps mêmement que le tout était troublé en icelle par la mutinerie et révoltement des Bordelais qui avaient tué leur lieutenant de roi , ensemble pour la grande peste qui survint bientôt après cela. Et quant à ce qu'ils disent que notre Science est haye du commun populaire, ce n'est pas elle. Car la vérité étant premièrement connue a été toujours aimée. Ainsi, ce sont leurs tromperies et fausses sophistications, comme je déclarerai plus amplement en la première partie. Mais, diront ils, puisque je n'exprime bien clairement toutes les choses requises à la composition de notre divin oeuvre afin que tous ceux qui verront mon présent opuscule y puissent travailler assurément, quel profit en rapporteront les lisant ? Je deys grand et double profit. Premièrement, qui est aujourd'hui l'homme qui saurait exprimer ni déclarer le grand bien qu'on dépend ordinairement en la France à la poursuite de ses maudites sophistications ? Desquelles, si c'est le bon plaisir de Dieu qu'ils en soient retirés, mettant fin à tant de folles dépenses par la lecture de mon opuscule, ne serait ce pas en rapporter un grand profit? Sans compter le second, que les bons et fidèles lecteurs en rapporteront en rangeant leur étude selon la vraie méthode que j'en ai baillé en la seconde partie. Et si Dieu leur fait tant de grâces qu'ils en puissent faire telle résolution que je dirai ci après, la tierce ne leur sera pas inutile pour avoir entrée et grand accès à ce divine pratique. Je dis divine pour ce qu'elle est telle que l'entendement des hommes ne l'a peut comprendre de soi, fussent-ils les plus grand philosophes qui surent jamais, comme donne assez à entendre Geber quand il taxe ceux qui veulent travailler en considérant seulement les causes naturelles et la seule opération de nature : En cela, dit il, taillent les opérateurs d'aujourd'hui pour ce qu'ils pensent ensuivre nature, laquelle notre art ne peut imiter du tout. Cessent donc, désormais, tels et semblables calomniateurs, lesquels je veux avertir qu'ils ne se peinent point à la lecture de mon présent opuscule. Car ce n'est point pour eux que je l'ay composé, mais pour les enfants bénévoles, dociles et amateurs de notre Science ; lesquels je supplie très humblement qu'avant se prendre à travailler, ils aient résolu en leur entendement toutes et chacun des opérations nécessaires à la composition de notre divin oeuvre, et icelles adaptées tellement aux sentences, contradictions, énigmes et équivoque qu'on trouve aux livres des philosophes  qu'ils ni trouvent aucune contradiction ni variété quelconque,  Car c'est le vrai moyen pour connaître la vérité et principalement en ce divine philosophie, comme trop mieux a écrit Rasis, disant celui qui sera paresseux à lire nos livres ne sera jamais prompt à préparer les matières . Car l'un livre déclare l'autre et ce que défaut en l'un est ajouté en l'autre ; pour ce qu'il ne se faut jamais attendre (et ce par jugement divin) de trouver tout l'accomplissement de notre divin oeuvre écrit et déclare par ordre, ainsi que a très bien écrit Aristote au roi Alexandre, répondant à sa prière : Il n'est pas licite, dit il, demander chose qui ne sait permis l'octroyer. Comment donc penses tu que j'écrive au long en papier ce que les coeurs des hommes ne pourraient porter s'il était rédigé par écrit, donnant assez à entendre par le refus qu'il faisait au roi son maître, qu'il est défendu par l'ordonnance divine de publier notre Science en termes tels qu'ils soient entendus du commun.  Pourquoi j'adjure par la présente tous ceux qui par le moyen de mon présent opuscule, parviendront à la vraie connaissance de ce divin oeuvre, qu'ils la manient tellement que les pauvres en soient nourris, les oppressés relevés d'affaires, les ennuyés soulagés, pour l'amour de notre bon Dieu qui leur aura communiqué un si grand bien, duquel je les prie encore un coup reconnaître le tout et comme venant de lui, en user selon ses saints commandements. Ce faisant, il fera qu'ils prospéreront en leurs affaires ; comme du contraire, il permettra que le tout sait à leur confusion.  Je te supplie donc, ami fidèle, qu'en lisant nos livres, tu  aies toujours ce bon Dieu en ton entendement, pour ce que tout bien descend de lui, et sans l'aide duquel il n'y a rien de parfait en ce bas monde. Tant s'en faut qu'on puisse parvenir à la connaissance de ce grand et admirable bien si son saint Esprit ne nous est baillé pour guide. Il comme de vrai il le sera si l'avarice ne te mené, et que tu sais vrai zélateur de Jésus Christ. Auquel sait louange et gloire es siècles des siècles. Ainsi sait il.
 
LA PREMIERE PARTIE.

En laquelle l'auteur déclare la façon par laquelle il est parvenu à la connaissance de ce divin oeuvre.

Hermès justement appelle Trismégiste qui est communément interprété trois fois-grand, auteur et premier prophète des philosophes naturels, après avoir vu par expérience la certitude et vérité de ce divine philosophie, a très bien et à bon droit laissé par, écrit que n'eut été la crainte qu'il avait du jugement universelle, que le souverain Dieu doit faire de toutes créatures raisonnables es derniers jours à la consommation du monde, qu'il n'eut jamais laissé riens par écrit de ce divine science, tant il l'a estimée (et à juste occasion) grande et admirable.  En ce opinion ont été tous les auteurs principaux qui l'ont suivi. Qui est la cause qu'ils ont tous écrit leurs livres de telle sorte, comme dit Geber en sa Somme [Somme de Perfection, ouvrage apocryphe en deux volumes, attribué à Paul de Tarente, cf. prima materia], qu'ils concluent toujours à deux parties, afin de faire faillir les ignorants et déclarer dessous ce variété d'opinions, leur intention principale aux enfants de la Science. Lesquels il convient errer du commencement afin, disent ils, que l'ayant acquise avec grand peine et travail de corps et d'entendement, ils la tiennent plus chère et plus secrète. Ce que de vrai est une grande occasion pour ne la publier point, pour ce qu'il y faut une peine indicible à l'acquérir, sans compter les frais et dépenses qui sont fort grandes avant pouvoir parvenir à la parfaite connaissance de ce divin oeuvre ; je parle de ceux qui n'ont autre maître que les livres, attendant l'inspiration de notre bon Dieu, comme j'ai été l'espace de dix ans.
Car premièrement pour compter le vrai ordre du temps et la façon comment je y suis parvenu, étant âgée de vingt ans ou environ, après avoir été instruit par la sollicitude et diligence de mes parents, aux principes de grammaire en notre maison, je fus envoyé par iceux Bordeaux, pour ouïr les arts au collège, pour ce qu'il y avait ordinairement des maîtres fort savants. Où je fus trois ans étudiant presque toujours en la philosophie. En laquelle je profitai tellement, par la grâce de Dieu et sollicitude d'un mien maître particulier que mes parents m'avaient baillé, qu'il sembla bon à touts mes amis et parents, pour ce que pendant ce temps j'avais perdu père et mère qui me délaissèrent tout seul, que je fusse envoyé à Toulouse, sous la charge de mon dit maître, pour étudier aux lois.  Mais je ne parti pas de Bordeaux que je ne pris accointance avec que d'autres écoliers qui avaient divers livres de recettes ramassées de plusieurs, lesquels me surent familiers pour ce que mon maître s'entremêlait d'y travailler. Je ne fus pas si paresseux que je laissasse une seule feuille à doubler de tous les livres que je pouvais recouvrer. De sorte qu'avant d'aller à Toulouse, j'en avais un livre bien grand et gros de l'épaisseur de trois doigts, où j'avais écrit plus de projections un poix sur dix, un autre sur vingt, sur trente, avec force tierceletz et médecines pour le rouge, l'un à dix huit carats, l'autre à vingt, l'autre à or d'écus, l'autre à or de ducat, d'autre pour en faire de plus haute couleur que jamais n'en fut. Les uns devaient soutenir les fontes, les autres la touche, les autres tous jugements, et d'autres infinies sortes, de même pour le blanc, si bien que l'un devait venir à dix deniers, l'autre à unze, l'autre à argent de teston, l'autre blanc de feu, l'autre à la touche.  De sorte qu'il me semblait, si j'avais une fois le moyen de pratiquer la moindre des dites recettes, que je serais le plus heureux homme du monde. Et principalement de teintures que j'avais recouvertes les unes portaient le titre d'être l'oeuvre de la Reine de Navarre, les autres du feu Cardinal de Loraine, les autres du Cardinal de Tournon et d'autres infini noms, afin, comme j'ai connu depuis, qu'on y ajoutât plus de fois, comme de vrai je faisait pour lors.  Car incontinent que je fus à Toulouse, je me pris à dresser des petits fours, étant avoué du tout par mon maître. Puis des petits je devins aux grand, si bien que j'en avais une chambre toute entournée, les uns pour distiller, d'autres pour sublimer, d'autres pour calciner, d'autres pour faire dissoudre dans le bain marie, d'autres pour fondre.  De sorte que pour mon entrée, je dépendis en un an deux cens écus qu'on nous avait baillez pour nous entretenir deux ans aux études, tant à dresser des fours que à acheter du charbon, diverses et infinies drogues, divers vaisseaux de verre desquels j'en achetais pour six écus à la fois, sans compter les deux onces d'or qui se perdaient à pratiquer l'une des recettes, deux et trois marcs d'or à l'autre. Ou bien si parfais s'en recouvrait, que sait bien peu, il était aigre et noirci tellement de force de mélanges que les dites recettes commandaient y mettre, qu'il était presque du tout inutile. Si bien que à la fin de l'année, mes deux cens écus s'en allèrent en fumée. Et mon maître mourut d'une fièvre quarte continue [Bernard le Trévisan signale qu'il faillit mourrir d'une fièvre quarte, cf. Philosophie naturelle des métaux] qui lui print l'été de force de souffler et de boire chaud, pour ce qu'il ne partait guères de la chambre pour la grande ennuie qu'il avait de faire quelque chose de bon, où il ne faisait guères moins de chaud que dedans l'arsenal de Venise en la fonte des artilleries. La mort duquel me fut grandement ennuyeuse, car mes prochains parents refusaient me bailler argent plus que ne m'en faillait pour m'entretenir aux études ; et moi ne désirais autre chose que avoir le moyen pour continuer.  Ce qui me contraignit aller vers ma maison pour me sortir de la charge de mes curateurs, afin d'avoir le maniement de tous mes biens paternels, lesquels j'arrêtais pour trois ans à quatre cens écus pour avoir le moyen de mettre sur une recette entre autre, qu'un Italien m'avait baillée à Toulouse et assuré en avoir vu l'expérience.  Lequel je retins avec moi pour voir la fin de sa recette pour laquelle pratiquer il me fallut acheter deux marcs d'or et un marc d'argent, lesquels étant fondus ensemble nous fîmes dissoudre avec eau forte, puis les calcinâmes par évaporation, nous essayant à les dissoudre avec d'autres diverses  distillations par tant de fois que deux mois passèrent avant que notre poudre fut preste pour en faire projection ; de laquelle nous en usâmes comme mandait la dite recette, mais ce fut en vain. Car tout l'augment que j'en reçu, ce fut à la façon de la livre diminuante. Car de tout l'or et l'argent que je y avais mis, n'en recouvris qu'un marc et demi sans compter les autres frais qui ne surent petits ; si bien que mes quatre cens écus revinrent à deux cens trente, desquels j'en baillis à mon Italien vingt, pour aller trouver l'auteur de la dite recette qu'il disait être à Milan, afin de nous redresser. Par ainsi je fus à Toulouse tout l'hiver, attendant son retour. Mais je y serais encore si je l'eusse voulu attendre, car je ne le vis oncque depuis.  Cependant, l'été vint accompagné d'une grande pestilence qui nous fit abandonner Toulouse. Et pour ne laisser des compagnons que je connaissais, m'en allai à Cahors où je fus six mois, durant lesquels je n'oubliai pas à continuer mon entreprise. Et m'accompagnais d'un bon vieil homme qu'on appelait communément le philosophe, auquel je montrais mes brouillard, lui demandant conseil et advis pour voir quelles recettes lui semblaient être les plus apparentes, lui mêmement qui avait manié tant de simples en sa vie ; lequel m'en marqua dix ou douze qui étaient à son advis les meilleures. Lesquelles je commençai à pratiquer incontinent que fus retourné à  Toulouse près la fête de Toussaints, après que le danger de la peste fut passé et cessé. Si bien que tout l'hiver passa tandis que je pratiquais les dites recettes, desquelles j'en rapportais tel et semblable fruit que des premières, de sorte que près la teste de la saint Jehan je trouvai mes quatre cens écus augmentez et devenus à cent soixante dix, non que pour cela je cessasse de poursuivre toujours mon entreprise. Et pour mieux la pouvoir continuer je m'associé avec un abbé près de Toulouse qui disait avoir le double d'une recette pour faire notre grand oeuvre, qu'un sien ami qui suivait le Cardinal d'Armagnac, lui avait envoyé de Rome, laquelle il tenait toute assurée. Mais il faillait deux cens écus pour la faire, desquels j'en fournis les cents et lui l'autre moitié, et commençâmes à dresser les nouveaux fourneaux, tous de diverse façon, pour y travailler. Et pour ce qu'il fallait avoir d'une eau de vie fort souveraine pour dissoudre un marc d'or, nous avons acheté pour la bien faire une fort bonne pièce de vin de Gaillac, duquel nous tirâmes notre eau avec un pélican bien grand, de sorte que dans un mois nous mêmes de l'eau passée par diverses fois, plus que n'en avions besoin ; puis nous fallut avoir divers vaisseaux de verre pour la purifier et subtilier d'avantage.  De laquelle nous en mîmes quatre marcs dedans deux grandes cornues de verre bien épaisses, où était le marc de l'or que nous avions premièrement calciné par un mois, à grand force de feu de flambe. Et dressâmes ces deux cornues l'une dans l'autre, lesquelles étant bien luttées nous mêmes sur deux fours ronds et grands, et achetés pour trente écus de charbon tout à un coup pour entretenir le feu au dessous des dites cornues un an entier, durant lequel nous essayâmes toujours quelque petite recette, desquelles nous rapportâmes autant de profit comme de la grande oeuvre, laquelle nous eussions gardé jusque à présent si eussions voulu  attendre qu'elle se fut congelée au milieu du col des cornues, comme promettait la recette, et non sans cause car toutes congélations sont précédées des dissolutions.  Et nous ne travaillâmes point en la matière due, pour ce que ce n'est pas l'eau qui dissout notre or, comme de vrai l'expérience nous le monstre. Car nous avons trouvé tout l'or en poudre comme l'y avions mis, fors qu'elle était quelque peu plus déliée. De laquelle nous fîmes projection sur de l'argent vif chauffé, en ensuivant sa recette, mais ce fut en vain. Si nous en fumes marris, je le vous laisse à penser, mêmement Monsieur l'abbé qui avait déjà publié à ses moines (fort bons secrétaires publics) qu'il ne restait que à faire fondre une belle fontaine de plomb qu'ils avaient en leur claistre pour la convertir en or, incontinent que notre besogne serait faite et achevée. Mais ce fut pour une autre fois qu'il la fit fondre pour avoir le moyen de faire travailler, en vain, un Allemand qui passa à son abbaye quand j'étais à Paris.  Combien que pour cela il ne cessât de vouloir continuer son entreprise, et me conseilla que je devais me mettre au devoir pour recouvrer trois ou quatre cens écus et qu'il en fournirait autant pour m'en aller demeurer à Paris (ville aujourd'hui la plus fréquentée de' divers opérateurs en ce science que autre qui sait en toute l'Europe) et là m'accointer avec;. tant de façon de gens, pour travailler avec eux que je rencontrasse quelque chose de bon pour le départir entre nous deux comme fidèles frères. Et ainsi l'arrêtâmes, de sorte que j'arrêtais derechef tout mon bien et m'en allai à Paris avec huit cens écus en la bourse, délibéré de n'en partir que tout cela je n'eusse dépendu ou que je n'eusse trouvé quelque chose de bon. Mais ce ne fut pas sans encourir la mauvaise grâce de tous mes parents et amis qui ne tachaient qu'à me faire  conseiller de notre ville pour ce qu'ils avaient opinion que je fusse grand légiste. Si est ce que nonobstant leur prière (après leur avoir fait accroire que j'allais à la court pour en acheter un état je partis de ma maison le lendemain de Noël et arrivai à Paris trois jours après les Rais, où je fus un mois durant presque inconnu de tous.  Mais après que j'eu commencé à fréquenter les artisans comme orfèvres, fondeurs, vitriers, faiseurs de fourneaux et divers autres, je m'accointîs tellement de plusieurs qu'il ne fut pas un mois passé que je n'eusse connaissance à plus de cent opérateurs. Les uns travaillaient aux teintures des métaux par projection, les autres par cimentation , les autres par dissolution, les autres par conjonction de l'essence (comme ils disaient) de l'émeri, les autres par longues décoctions, les autres travaillaient à l'extraction des mercures des métaux, les autres à la fixation d'iceux. De sorte qu'il ne passait jour mêmement les testes et dimanches, que ne nous assemblassions ou au logis de quelqu'un et fort souvent au mien, ou à Notre Dame la Grand, qui est l'église la plus fréquentée de Paris pour parlementer des besognes qui s'étaient passées aux jours précédents. Les uns disaient : si nous avions le moyen pour y recommencer nous ferions quelque chose de bon ; les autres : si notre vaisseau eut tenu, nous étions dedans ; les autres : si nous eussions eu notre vaisseau de cuivre bien rond et bien fermé, nous avions fixé le mercure avec la lune. Tellement qu'il n'y en avait pas un qui fît rien de bon et qui ne fut accompagné d'excuses. Combien que pour cela je ne me hâtasse guères a leur présenter argent, sachant déjà et connaissant très bien les grandes dépenses que j'avais faites auparavant à crédit et sur l'assurance d'autrui. Toutefois, durant l'été il vint un Grec qu'on estimait fort savant homme, lequel s'adressa à un trésorier que je connaissais, lui promettant faire de fort belles besognes. Laquelle connaissance fut cause que je commençai à foncer comme lui pour an-ester (ainsi qu'il disait) le mercure du cinabre,  Et pour ce qu'il avait besoin d'argent fin en limaille, nous en achetâmes trois marcs et les fîmes limer ; duquel il en faisait de petit  doux avec une pâte artificielle et les mêlait avec le cinabre pulvérisé, puis les faisait de cuire dans un vaisseau de terre bien couvert pour certain temps. Et quant ils étaient bien secs, il les faisait fondre ou les passait par la coupelle, tellement que nous trouvions trois marcs et quelque peu d'avantage d'argent fin qu'il disait être sorti du cinabre  ; et que ceux que nous y avions mis d'argent fin s'étaient voliez en fumée. Si s'était profit. Dieu le sait, et moi aussi qui y dépendis  des écus plus de trente;
Toutefois, il assurait toujours qu'il y avait du gain. De sorte qu'avant Noël suivant, cela fut tant connu en Paris, qu'il n'était pas fils de bonne mère s'entremêlant de travailler en la science, c'est à dire aux sophistications, qui ne savait ou avait entendu parler des clous du cinabre, comme un autre temps après, fut parlé des pommes de cuivre pour fixer la dedans le mercure avec la lune. Tandis que ces jeunesses passaient, un gentilhomme étranger arriva, grandement expert aux sophistications, si bien qu'il en faisait profit ordinairement et vendait sa besogne aux orfèvres, avec lequel je m'accompagna le plus tôt qu'il me fut possible, mais ce ne fut pas sans dépendre, afin qu'il ne me pensais point souffreteux. Toutefois, je demeurai près d'un an en sa compagnie avant qu'il me voulût déclarer rien. Enfin, il me montra son secret qu'il estimait fort grand, combien que de vrai il ne fut rien de profit. Cependant, j'avertis mon abbé de tout ce que j'avais peu faire, même lui envoyai le double de la pratique du dit gentilhomme. Il me écrivit qu'il ne tint point à faute d'argent que je ne demeurasses encore un an à Paris, attendu que j'avais trouvé un tel commencement, lequel il estimait fort grand contre mon opinion, pour ce que j'avais résolu en moi de n'user jamais de matière qui ne demeurant toujours telle comme apparaissait au commencement, ayant déjà très bien connu qu'il ne se faillait tant peiner pour être méchant et s'enrichir au dommage d'autrui.  Pourquoi continuant toujours mon entreprise, je y demeurai un an, fréquentant les uns puis les autres de quoi l'on avait opinion qu'ils eussent quelque chose de bon ; et deux ans que je y avais demeuré auparavant surent trois ans. Or, j'avais dépendu la plus grand part de l'argent que j'avais, quand je reçu les nouvelles de mon abbé, qui me mandait que incontinent après avoir vu sa lettre, je l'allasse trouver. Ce que je fis, pour ce que ne le voulais dédire en rien comme nous avions jure et promis ensemble. Quant je fut arrivé, je trouvai des lettres que le Roi de Navarre (qui était grandement curieux en toutes choses de bon esprit) lui avait écrit, qu'il fis de sorte, s'il avait jamais délibère faire rien pour lui, que je allasse à Pau en Béarn pour lui apprendre le secret que j'avais appris du dit gentilhomme et d'autres qu'on lui avait rapporté que je savais, car il me ferait fort bon traitement et me récompenserait de trois ou quatre mil écus. Ce mot de quatre mil écus chatouilla tellement les oreilles de l'abbé, que se faisant croire qu'il les avait déjà en sa bourse, il n'eut jamais cessé que ne fusse parti pour aller, à Pau, où j'arrivai au mois de May et demeurai sans travailler environ six semaines, pour ce qu'il fallut trouver les simples ailleurs. Mais quant j'eu achevé, j'en reçu telle récompense que je m'attendais. Car encore que le roi eut bon vouloir de me, faire dire bien, je mettais du bon traitement que je reçu en son pays, si fais bien de l'amitié bonne et grande que je connu d'aucuns gentil hommes de sa court en mon endroit, mais bien peu en nombre, si est ce qu'étant détourné par des plus grand de sa court, même de ceux qui avaient été cause de ma venue en icelle, il me renvoya avec un grand merci. Et que j'avisasse, s'il y avait riens en ses terres qui fut en sa puissance me donner comme confisque ou autre chose semblable, qu'il la me donnerait volontiers. Ce réponse me fut tant ennuyeuse que sans m'attendre à ses belles promesses pour en avoir été nourri d'autres fois à mes dépens, je m'en retournai vers l'abbé.  Mais pour ce que j'avais oui parler d'un docteur religieux qui était estimé et à bon droit fort savant en la philosophie naturelle, je passai le voir en m'en revenant. Lequel me détourna grandement de toutes ces sophistications et âpres qu'il connu que j'avais étudié en la philosophie et fait les actes de maître en icelle à Bordeaux ainsi que je lui dis, il me dit d'un fort bon zèle qu'il me plaignait grandement de ce que n'avais recouvré de bons livres des philosophes anciens qu'on peut recouvrir ordinairement, avant qu'eusse dépendu tant de temps et tant d'argent à crédit en ses maudites et malheureuses sophistications. Je lui parlai de la besogne que j'avais faite, mais il me sut très bien dire ce que c'était et que ne soutenait point beaucoup d'essais. Si me détournai tellement de toutes ces sophistications pour m'occuper à la lecture des livres des anciens et savants philosophes, afin de pouvoir connaître leur vraie matière en laquelle seule gît toute la perfection de la science, que je m'en allai trouver mon abbé pour lui rendre compte des huit cens écus qu'avions mis ensemble, et lui communiquer la moitié de la récompense que j'avais eue du Roi de Navarre. Étant donc arrivai vers lui je lui comptai le tout, de quoi il fut grandement marri. Et encore plus de ce que je ne voulais continuer l'entreprise commencée avec lui, pour ce qu'il avait opinion que je fusse bon opérateur. Toutefois, ces prières ne purent tant en mon endroit que je n'ensuivisse le conseil du bon docteur, pour les grandes et apparentes raisons qu'il avait adductes quant je parlai à lui. Et lui ayant rendu compte de tous les frais que j'avais fait, il nous resta quatre vingt dix écus à chacun. Et le lendemain après, nous départîmes . Je m'en allai en ma maison délibéré d'aller à Paris, et ne bougeai là d'un logis que je n'eusse fait quelque résolution par la lecture de divers livres des philosophes naturels pour travailler à notre grand oeuvre, ayant donné congé à toutes ces sophistications. Pourquoi, après que j'eu recouvré argent d'avantage de mes an-entiers, je m'en allai à Paris où j'arrivai le lendemain de la Toussaints en l'année 1546. Et là j'acheté pour dix écus de livres en la philosophie tant des anciens que des modernes. Une partie desquels étaient imprimez et les autres écrits de main comme la Tourbe des philosophes. Le Bon Trévisan, La Complainte de Nature et autres divers traités qui n'ont jamais été imprimez. Et ayant loué une petite chambre aux faux bourgs Saint Martial, fus là un an durant, avec un petit garçon qui me servait, sans fréquenter personne, étudiant jour et nuit en ces auteurs.  Si bien que au bout d'un mois je faisais une résolution, puis une autre, puis l'augmentais, puis la changeais presque de tout, en attendant que je en fisse une où n'y ,eut point de variété ni contradiction aux sentences des livres des philosophes. Toutefois je passai toute l'année et une partie de l'autre sans pouvoir gagner cela sur mon étude, que je pusse faire aucune entière et parfaite résolution. Étant en ce perplexité, je me tournai mettre à fréquenter ceux que je savais qui travaillaient à ce divin oeuvre. Car je ne hantais plus tous les autres opérateurs que je avais connu auparavant, travaillant à ces maudites sophistications.  Mais si j'avais contrariété en mon entendement, sortant de l'étude elle était augmentée en considérant les diverses et variables façons de quoi ils travaillaient. Car si l'un travaillait avec l'or seul, l'autre avec l'or et mercure ensemble, l'autre y mêlait du plomb qu'il appelait sonnant pour ce que l'avait passé par la cornue avec de l'argent vif, l'autre convertissait aucuns métaux en argent vif avec diversité de simples par sublimations, l'autre travaillait avec un attrament noir artificiel qu'il disait être la vraie matière de laquelle Raymond Lulle usa pour la composition de ce grande oeuvre.  Si l'un travaillait en un alambic, l'autre travaillait en plusieurs autres et divers vaisseaux de verre, l'autre d'airain, l'autre de cuivre, l'autre de plomb, l'autre d'argent, et les autres en vaisseau d'or. Puis l'un faisait sa décoction au feu fait de gros charbon, l'autre de boys, l'autre de raisin, l'autre à la chaleur du soleil et d'autres au bain marie. De sorte que leur variété d'opérations avec les contradictions que je voyais aux livres m'avaient presque causé un désespoir. Lorsque inspiré de Dieu par son Saint Esprit, je commençais à revoir d'une fort grande diligence les oeuvres de Raymond Lulle et principalement son Testament et Codicile, lesquels je adaptais tellement avec une épître qu'il écrivit en son temps au Roi Robert et à un brouillard que j'avais recouvré du dit docteur, auquel il était inutile, que j'en fis une résolution en tout contraire à toutes les opérations que j'avais vu auparavant, mais telle que je ne lisais rien en tous les livres qui ne s'adaptât fort bien à mon opinion ; mêmement la résolution que Arnault de Villeneuve a faite au fonds de son grand Rosaire, qui fut maître de Raymond Lulle en ce science. Tellement que je demeurais environ un an après sans faire autre chose que lire et penser jour et nuit à ma résolution, en attendant que le terme de l'acensement que j'avais fait de mon bien fut passé pour m'en aller travailler chez moi, où j'arrivai au commencement de Carême, délibéré de pratiquer ma dite résolution, pendant lequel je fis provision de tout ce que j'avais besoin et dressai un four pour travailler.  Si bien que le lendemain de Pâque, je commençai, mais ce ne fut pas sans avoir divers empêchements, desquels (j'en sais les principaux), de mes prochains voisins, parents et amis. L'un me disait : Que vouliez vous faire ? N'avez vous pas assez dépendu à ces folies? L'autre m'assurait que si je continuais d'acheter tant de menu charbon, qu'on soupçonnerait de moi que je faisais de la fausse monnaie, comme ils avaient déjà ouï parler. Puys venait un autre me disant que tout le monde, même les plus grand de notre ville, trouvait fort étrange que je ne faisais profession de la robe longue , attendu que j'étais licencié es lais, pour parvenir à quelque état honorable en la dite ville.  Les autres qui m'étaient de plus près, me tançaient ordinairement, disant pourquoi je ne mettais fin à ces folles dépenses et qu'il me vaudrait mieux épargner l'argent pour payer mes créanciers ou pour acheter quelque office, me menaçant qu'ils feraient venir la justice en ma maison pour me rompre le coût. D'avantage, disaient ils, si vous ne voulez riens faire pour nous, ayez égard à vous même ; considérez que étant jeune de trente ans ou environ, vous en ressemblés avoir cinquante, tant se commence votre barbe à mêler qui vous présente  tout envieilli de la peine qu'avez endurée à la poursuite de vos jeunes folies ; et mil autres semblables avertissements desquels ils me importunaient ordinairement. Si ces propos m'étaient ennuyeux je le vous laisse à penser, attendu mêmement que je vois toujours mon oeuvre continuer de mieux en mieux ; à la conduite de laquelle j'étais toujours attentif, nonobstant tels et semblables empêchements qui me survenaient ordinairement et principalement les dangers de la peste qui fut si grand en l'été qu'il n'y avait marché ni pratique qui ne fut rompue. De sorte qu'il ne passât jour que je ne regardasse d'une fort grande diligence l'apparition des trois couleurs que les philosophes ont écrit devoir apparaître avant la vraie perfection de notre divin oeuvre. Lesquelles grâces au seigneur Dieu je vis l'une après l'autre. Si bien que le propre jour de Paque j'en vis la vraie et parfaite expérience sur de l'argent vif échauffé dedans un creuset, lequel y convertit en fin or devant mes yeux en moins d'une heure par le moyen d'un peu de ce divine poudre. Si j'en fut bien aise, Dieu le sait, si ne m'en vantais je pas pour cela. Mais après avoir rendu grâces à Dieu, notre bon Dieu qui m'avait fait tant de biens, de faveur et de grâces par son saint fils et notre rédempteur Jésus Christ, et l'avoir prié comme je fais ordinairement qu'il m'illumina par son Saint Esprit pour en pouvoir user à son honneur et louange, je m'en allai le lendemain pour trouver l'abbé à son abbaye, pour satisfaire à la fois et promesse que nous avions fait ensemble.  Mais je trouvai qu'il était mort six mois auparavant, de quoi je fus grandement mary. Si fus je bien de la mort du bon docteur dont fut averti en passant près de son convent. Pourquoi m'en allai à Genève pour attendre là, un mien ami et prochain parent, ainsi qu'avions arrêté ensemble à mon parlement. Lequel j'avais laissé à ma maison avec procure et charge expresse pour vendre tous et chacun mes biens paternels que j'avais. Desquels il paya mes créanciers et le reste distribua secrètement à ceux qui en avaient besoin, afin que mes parents et autres sentissent quelque fruit du grand bien que Dieu m'avait donné, sans que personne s'en print garde. Mais au contraire, ils pensaient que moi comme désespéré et ayant honte des dépenses que j'avais fait, vendisse mon bien pour me retirer ailleurs, ainsi que m'a dit ce mien ami, lequel me vint trouver à Genève le premier jour du mois de juillet. Et de là nous en allâmes à Lausanne, ayant délibéré voyager et passer le reste de mes jours en plus renommées villes d'Allemagne avec fort petit train. Et pour cause où j'ai été nommé d'autre nom que le mien, même ay fait des digressions en ce première partie de mon opuscule, qui seront découvertes à l'advenir , afin que ne fusse connu par ceux qui voyant et liront icelui, pendant ma vie, en notre pays de France.  Lequel j'en ay voulu gratifier, non pas pour être auteur de tant de folles dépenses qu'on y fait ordinairement à la poursuite de ce science qu'on estime communément sophistique parce qu'on ne vois rien en icelle que sophistication, d'autant que peu de gens travaillent à la vraie et divine perfection, mais plutôt pour les en divertir et les remettre au vrai chemin au plus qu'il m'est possible.
Pourquoi pour conclusion de ma première partie, je supplie très humblement tous ceux qui liront mon présent opuscule, qu'il leur souvienne de ce que le bon poète nous a laissé par écrit, savoir : Ceux là être bien heureux qui sont fait sages aux dépens et dangers d'autrui. Afin que voyant le discours comment je suis parvenu à la perfection  de ce divine oeuvre, ils apprennent à cesser de dépendre sous l'aveu des vaines et sophistique recettes, pensant y parvenir par icelles.  Car comme je les ay déjà une fois avertis en mon épître liminaire, ce n'est point par cas fortuit qu'on y parvient, mais par long et continuel étude des bons auteurs, quand c'est le bon plaisir de notre1 Seigneur nous assister par son Saint Esprit ; car à grand peine jamais ceux qui l'ont ainsi connu la publient ; lequel je supplie très humblement qu'il lui plaise me donner la grâce pour en bien user, comme je fais aussi d'assister à tous les bons fidèles qui feront lecture de mon présent opuscule, afin qu'ils en puissent rapporter quelque profit pour en user en son honneur et à la louange de notre rédempteur Jésus Christ, auquel sait honneur et gloire aux siècles des siècles.
Fin de la première partie. [nous avons déjà rédigé des commentaires sur ce long préambule dans la section Cambriel]

 
LA SECONDE PARTIE

Epître que l'auteur a écrit au M. R. D. docteur en théologie

Monsieur, pour ce que suivant votre bon conseil qu'il vous pleut me donner quand je passai par votre convent, j'ai consommé tout mon temps à la lecture des livres des sophistes. Etant à Paris toujours depuis, je suis passé en m'en retournant céans pensant vous y trouver, mais ma fortune qui m'a été jusqu'à présent ennuyeuse n'a point voulu que j'eusse ce bien de pouvoir conférer avec vous le profit que je pense avoir fait par la résolution que j'ai peu faire de la lecture des oeuvres des philosophes. Et pour ce que je n'ay peu le vous dire de bouche, je vous ay voulu laisser le sommaire d'icelle par la présente. Afin que si Dieu vous a fait la grâce d'en avoir peu résoudre mieux, qu'il vous plaise le corriger. À la charge que si le bon Dieu ne me fait tant de faveur et grâce que j'en rapporte tel profit par la certaine expérience comme je m'attends, qu'il ne vous sera rien éconduit. Ma résolution est donc telle que notre divine oeuvre est faite d'une seule matière que les philosophes ont appelle l'argent vif animé pour ce qu'il est congelé par son propre coagule, laquelle est parfaite par notre décoction dans un seul four avec un seul vaisseau, pour parfaire tous les métaux imparfaits par la grande et exubérante perfection qu'elle a acquise par notre art. Je vous supplie donc, qu'il vous plaise m'en avertir en m'écrivant les raisons par lesquelles vous la pensez telle. Car je me suis délibère commencer à la pratiquer au premier jour à notre maison, où je m'attends vous présenter cet été d'aussi bon cSur, comme je prie notre bon Dieu vous maintenir  en sa grâce, me recommandant bien humblement à la votre. Écrit en votre convent le dimanche devant Carême prenant, par votre bon et toujours ami M. D. Zecaire.

 
LA SECONDE PARTIE
En laquelle l'auteur démontre la vraie méthode pour faire la lecture des livres des philosophes naturels

Aristote au premier livre de sa Physique nous a très bien appris qu'il ne faut point disputer contre ceux qui nient les principes de la science, mais contre ceux; qui les confessent. Lesquels se proposent divers arguments qu'ils ne peuvent résoudre par leur ignorance, et par ainsi demeurent toujours en double. C'est donc pour eux en ensuivant notre bon maître, que je me travaille, et non pour les autres.  Car comme dit le même auteur, disputer avec telle manière de gens c'est disputer des couleurs avec les aveugles nés, lesquels pour ce qu'ils n'ont point le moyen, savoir la vue, pour en juger, ne pourraient être persuadés qu'il y eût diversité de couleurs.
Pourquoi, afin que les bons fidèles et enfants débonnaires puissent rapporter quelque profit de mon opuscule, trouvant en icelui soulagement et repos d'esprit, je me suis peiné le plus qu'il m'a été possible et d'autant que le sujet de notre divine science le permet, à rédiger ceste seconde partie en vraie méthode, afin d'éviter la grande variété et confusion qui se présente ordinairement en la lecture des philosophes. Ce qui m'a fait user du même ordre qu'ay tenu en mon étude, procédant par divisions comme s'ensuit.
Premièrement, je montrerai avec l'aide de Dieu, par quels notre science a été inventée, et de quels auteurs nous avons usé en la compilation de mon opuscule, déclarant la raison pourquoi ils ont écrit tant couvertement ; puis nous prouverons la vérité d'icelle par divers arguments, répondant aux plus apparents qu'on a de coutume faire pour prouver le contraire, pour ce que le lecteur diligent pourra colliger des autres membres de notre division toutes et chacune solutions de tous autres arguments qu'on pourrait faire au contraire. Et mêmement du tiers membre et du quatrième. Tiercement nous prouverons en quoi notre science est naturelle et comment elle est appelée divine en parlant des opérations principales, où nous déclarerons l'erreur des opérateurs d'aujourd'hui. Ce fait, nous déclarerons la façon comment la nature besogne sous terre à la procréation des métaux, montrant en quoi l'art peut ensuivre nature en ses opérations. Puis nous déclarerons la vraie matière qui est requise pour parfaire les métaux sur terre. Déclarant en fin, les principaux termes de notre science, où nous accorderons les sentences plus nécessaires des philosophes et qui apaisement plus contraires en faisant la lecture de ces livres. De sorte que les vrais amateurs de notre science en pourront rapporter quelque fois un grand profit, et nos envieux et détracteurs ordinaires en rapporteront leur grande contusion témoignée par mon présent opuscule. Lequel j'ai voulu confirmer par les autorités des plus savants et anciens philosophes et bons auteurs, afin qu'ils ne prennent pour excuse que c'est un auteur nouveau qui a entreprint d'éclairer leur impiété et continuelles déceptions.
Pour bien donc déclarer ceux qui ont été les premiers inventeurs de notre science, nous faut ramentevoir la doctrine que l'apôtre saint Jacques nous a laissé par écrit en sa canonique, c'est que tout don qui est bon et tout bien qui est parfait nous est donné d'en haut, descendant du Père des lumières qui est le Dieu éternel. Ce que je ne veux prendre et adapter à notre propos en termes généraux et tels qu'on les peut adapter à toutes les choses crées. Mais singulièrement, je dis que notre science est tant divine et tant super-naturelle, j'entends en la seconde opération comme il sera plus amplement déclaré au tiers membre de notre division, qu'il est et a été toujours impossible et sera à l'advenir à tous les hommes de la connaître et découvrir de soi-mêmes, fussent ils les plus grands et experts philosophes que jamais furent au monde. Car toutes les raisons et expériences naturelles nous défaillent en cela. De sorte qu'il a été justement écrit par les auteurs anciens que c'est le secret des secrets, lequel notre bon Dieu a réservé et donné à ceux qui le craignent et honore comme dit notre grand prophète Hermès : je ne tiens ceste science, d'autre que par l'inspiration de Dieu ; ce que confirme Alphidius, disant : sachez, mon fils, que le bon Dieu a réservé ceste science pour les postérieurs d'Adam, et principalement pour les pauvres et raisonnables. Geber a affermé le même en sa Somme, disant : notre science est en la puissance de Dieu Lequel, pour être tout juste et bon l'a baillé à ceux qui lui plait. Tant s'en faut donc qu'elle soit en la puissance des hommes en tant qu'elle est super-naturelle, moins inventée par eux, mais quant à ce qu'elle est naturelle, c'est à dire en ce que en ses premières opérations elle ensuit nature, il y a diverses opinions pour voir qui en a été le premier inventeur, les uns disent que c'est Adam, les autres Scalpius, les autres disent qu'Enoch l'a connue le premier ; lequel d'aucuns ont voulu dire qu'est Hermès Trismégiste, que les Grecs ont tant loué, mêmes lui ont attribué l'invention de toutes leurs sciences occultes et secrètes. De ma part, je m'accorderais volontiers à la dernière opinion, pour ce qu'il est assez notoire que Hermès était fort grand philosophe, comme ses oeuvres nous témoignent, et que pour être tel il a enquis diligemment les causes des expériences es choses naturelles, par la connaissance desquelles il a connu la vraie matière de laquelle nature use aux concaves de la terre à la procréation des métaux. Ce qui fait croire cela, c'est que tous ceux qui l'ont ensuivi, sont venus par ce moyen à la vraie connaissance de ceste divine oeuvre, comme sont Pythagoras, Platon, Socrates, Zeno, Haly, Senior, Rasis, Geber, Morienus, Bonus, Arnaldus de Villanova, Raymund Lulle et plusieurs autres qui seraient longs à raconter. Desquels, mêmes les plus principaux, nous avons compilé et assemblé notre présent opuscule. Mais c'est avec peine, leurs livres en pourraient témoigner. Car ils les ont écrit de telle sorte, ayans la crainte de Dieu toujours devant les yeux, qu'il n'est presque possible parvenir à la connaissance de ceste divine oeuvre par la lecture de leurs livres.  Comme dit Geber en sa Somme : ne faut point, dit il, que le fils de la science désespère et se défie de la connaissance de cet divin oeuvre, car en sachant et pensant ordinairement aux causes des composez naturels, il y parviendra. Mais celui qui s'attend la trouver par nos livres, il sera bien tard quand il y parviendra, pour ce, dit il en un autre lieu, qu'ils ont écrit la vraie pratique  pour eux mêmes, mêlant parmi la façon de enquérir  les causes pour venir à la parfaite connaissance d'icelle. Ce qui lui a fait « mettre » en sa dite Somme les principales opérations et choses requises à notre divine oeuvre en divers et variables chapitres, pour ce, dit il, que s'il t'avait mise par rang et distincte, elle serait connue en un jour de tous, voire en une heure tant elle est noble et admirable. Cela même a dit Alphidius, écrivant que les philosophes qui nous ont précédez ont caché leur principale intention sur divers énigmes et innombrables équivoques, afin que par la publication de leur doctrine, le monde ne fût ruiné comme de vrai il serait. Car tout exercice de labourage et cultures des terres, tout trafique, bref tout ce qui est nécessaire à la conservation de la vie humaine serait perdu, pour ce que personne ne s'en voudrait entremettre, ayant en sa puissance un si grand bien que celui-là. Pourquoi Hermès, s'excusant au commencement de son livre, dit: mes enfants, ne pensez point que les philosophes aient caché ce grand secret pour envie qu'ils portent aux gens savants et bien instruits, mais pour la cacher aux ignorants et malicieux. Car comme dit Rosins, par ce moyen l'ignorant serait fait égal au savant et les malicieux et méchants en useraient à leur dommage et ruine de tout le peuple. Semblables excuses a fait Geber en sa Somme au chapitre de l'administration de la médecine solaire, disant qu'il ne faut point que les enfants de doctrine s'émerveillent s'ils ont parlé couvertement en Hermès, car ce n'est pas pour eux, mais pour cacher leur secret aux ignorants dessous tant de variétés et confusion d'opération, et ce pendant entraîner et acheminer par icelles les enfants de la science à la connaissance d'icelle pour ce que, ainsi qu'il écrit en un autre lieu, ils n'ont point écrit la science inventée sinon pour eux mêmes, mais ont baillé les moyens pour la connaître. C'est donc la raison pourquoi tous les livres des philosophes sont plains de grandes difficultés, je dis grande pour ce qu'elles sont presque innombrables. Car il n'est possible de voir au monde plus difficile que de trouver une contrariété si grande entre tant d'auteurs renommez et savants, mêmes dans un auteur seul y trouver contradiction en sa doctrine ; comme témoignent assez les écrits de Rasius quant il dit au Livre des lumières : j'ai assez monstre en mes livres le vrai ferment qui est requis pour les multiplications des teintures des métaux. Lequel j'ai affermé en un autre lieu n'être point le vrai levain, en délaissant la vraie connaissance à celui qui aura le jugement bon et subtil pour le connaître. D'autre part si l'un écrit que notre vraie matière est de vil pris et de néant, trouvée par les fumiers comme dit Zeno en la Tourbe des philosophes, incontiriant en ce même livre Barseus dit : ce que vous cherchez n'est point de peu de pris ; l'autre dira qu'elle est grandement précieuse et ne se peut trouver qu'avec grands frais et à dommage. Si l'un a appris à préparer notre matière en divers vaisseaux et par diverses opérations, comme a fait Geber en sa Somme, il y en a un autre qui assurera qu'on n'a besoin que d'un seul vaisseau pour parfaire notre divin oeuvre, comme dit Rasis, Lilium, Alphidius et plusieurs autres. Puys, quant l'on aura leu en un livre qu'il faut demeurer neuf mois à la procréation et faction de notre divin oeuvre comme a écrit Rasis, l'on trouvera dans un autre qu'il Viril y faut un an, comme dit Rosinus et Plato. Et puis l'on trouve tous les livres d'iceux tant variables et barbares, j'entends en apparence, et mal déclarés qu'il est impossible aux hommes, comme dit Raymond Lulle, découvrir la vérité d'entre tant de diverses opinions, si le bon Dieu ne nous inspire par son Saint Esprit ou ne nous la révèle par quelque personne vivante. Qui est la cause que nous ne voyons jamais personne qui l'ait faite ni n'en savons rien jusque après leur mort, pour ce que l'ayant acquise avec une si grande peine, je crois fermement qu'ils la scelleraient à eux mêmes s'il leur était possible, tant s'en faut qu'ils la communiquassent à un autre. Pourquoi, en ensuivant les raisons ci dessus amenées, ne faut jamais trouver étrange avec le commun populaire, si l'on ne voit personne qui ait faite ceste divine oeuvre. Ainsi, plus tôt s'émerveiller avec les savants comme il y en y a aucun   qui soit parvenu à la vraie connaissance d'icelle.
 Mais poursuivant notre ordre encommancé, il faut déclarer le second membre de notre division, savoir que notre science est certaine et véritable. Toutefois, avant commencer, il faut que je contente les oreilles délicates des calomniateurs, lesquels, pour être coutumiers à reprendre les labeurs d'autrui pour ce que les leurs ne connaissent point la lumière, diront ils que j'ai mal retenu la doctrine d'Aristote, qui écrit au 7e de sa Physique que la définition est la vrai forme du sujet défini. Et par ainsi, puisque j'ai entrepris traiter la déclaration  et vraie méthode de ceste science communément appelée alchimie, je devais commencer par la définition pour mieux déclarer la propriété des termes d'icelle. Mais je renvoierai volontiers tels calomniateurs aux auteurs que nous ont précédez, lesquels s'étant mis au devoir d'en bailler certaine définition, ont été contraints confesser qu'il est impossible d'en donner, comme témoignent les écrits de Morienus, Lilium et de plusieurs autres. Pourquoi ils en ont assigné en leurs livres, diverses et variables descriptions par lesquelles ils montrent les effets de notre science, pour ce qu'elle n'avait point de principes familiers comme toutes les autres sciences. De ma part, j'en dirai ce qu'il m'en semble.
 C'est donc une partie de philosophie naturelle, laquelle démontre la façon de parfaire les métaux sur terre, imitant nature en ses opérations au plus près qu'il lui est possible. Laquelle science nous disons être certaine pour beaucoup de raisons. Premièrement, il est tout résolu entre tous les philosophes qu'il n'y a rien plus certain que la vérité, comme dit Aristote, appert là où il n'y a point de contradiction. Or est il ainsi que tous les philosophes qui ont écrit en ceste divine philosophie les uns après les autres, les uns écrivent en hébreu et les autres en grec, les autres en latin et en autres  diverses langues, se sont tellement entendus et accordez ensemble, encore qu'ils aient  écrit sous divers équivoques et figures pour les raisons ci dessus amenées, que l'on  jugerait à bon droit qu'ils ont écrit leurs livres en même  langage par une  même bouche et en un même temps, combien qu'ils aient écrit les uns cent ans, les  autres deux cens voire mil ans après les autres. Comme dit Senior [il s'agit de Senior Zadith dont Fulcanelli pense qu'il est l'auteur de l'Azoth], les philosophes; dit il, semblent qu'ils aient écrit diverses choses sous divers noms et similitudes, combien que de vrai ils n'entendent tous qu'une même chose. Rasis, au Livre des Lumières afferme le même, disant que sous diverses sentences qui nous semblent contraires du commencement, les philosophes n'ont jamais entendu que une chose même. Desquels nous avons un autre témoignage grandement évident, car ceux mêmes qui ont écrit aux autres sciences des livres grandement savants et approuvez en ont écrit en icelui, affirmant icelle être fort véritable. Et quant bien nous n'aurions autre probation que la sentence du Philosophe qui dit au second des Ethiques que ce qui est fait bien se fait par un moyen , cela serait assez suffisant pour nous assurer de la vérité de notre science. Car tous ceux qui ont écrit d'icelle s'accordent en cela qu'il n'y a qu'une seule voie pour parfaire notre divine oeuvre, comme dit Geber en sa Somme : notre science, dit il, n'est point parfaite par diverses choses mais par une seule, en laquelle nous n'ajoutons ni diminuons aucune chose fors les choses superflues que nous en séparons en cette opération. Cela même témoigne Lilium, quant il écrit que toute notre maîtrise est parfaite par une seule chose, par un seul régime et par un seul moyen. Autant en ont écrit tous les autres philosophes, encore qu'ils apparaissent divers en leurs sentences. D'avantage nous tenons pour plus que certain notre science être très véritable par l'expérience très certaine qu'en avons vu, qui est la principale assurance quant à nous, comme dit Rasius et Senior. Mais pour la démontrer telle au plus près qu'il nous sera possible à ceux qui en peuvent justement doubler, il nous faut accorder avec tous les philosophes que notre science est comprise sous la partie de la philosophie naturelle, qu'ils ont appelée assez proprement opérative, la conjoignant en cela avec la médecine. Or est il ainsi que la médecine ne nous peut montrer la vérité et certitude de sa doctrine que par expérience. Qu'il soit vrai, quant nous lisons en ses livres que toute colère est évacuée par la rhubarbe, nous n'en pouvons croire rien plus avant de certain que ce que l'expérience nous en monstre. Laquelle nous assure que la dite colère est guérie par l'application du dit simple. Ainsi nous dirons à notre propos, parlant par similitudes pour ce que notre divine oeuvre ne peut recevoir aucune vraie comparaison, que si l'expérience nous monstre que la fumée de plomb ou la fumée des attraments congèlent l'argent vif, cela nous peut assurer, j'entends nous induire à croire, qu'il est faisable préparer une médecine grandement parfaite et semblable au naturel et qualités des métaux, par laquelle nous puissions arrêter l'argent vif et parfaire les autres métaux imparfaits par sa projection, attendu mêmement que les composés minéraux imparfaits congèlent l'argent vif et le réduisent à leur naturel, par plus forte raison donc, les parfaits par notre art et dûment préparés par l'aide d'icelui, le congèlent et réduisent semblablement à eux tous autres métaux imparfaits par sa grande et exubérante décoction qu'ils ont acquise par l'administration de notre art. Et pour contenter plus avant les gens curieux  d'aujourd'hui, nous adduirons quelques autres arguments pour mieux les induire à croire la vérité de notre science. Or est il certain que tout ce que fait la même opération d'un composé est du tout semblable à lui, comme dit Aristote au 4e livre des Météores, quant il déclare que tout ce qui se fait l'opération d'un oeil est oeil. Puisque donc que notre or, c'est à dire celui que nous faisons pour montrer notre divine oeuvre, est du tout semblable à l'or minéral, et que toute la double est aujourd'hui en cela pour voir si l'or que nous faisons est parfait, il me semble avoir assez monstre, en ensuivant l'autorité des philosophes, que notre science est très certaine. Mais diront ils il est vrai que c'est assez prouvé pour ceux qui en ont une expérience, et non pour les autres, pour lesquels, afin qu'ils n'aient aucun double, j'amènerai les raisons suivantes. Aristote au 4e livre des Météores au chapitre des digestions, dit que toutes choses qui sont ordonnées pour être parfaites, lesquelles par faute de digestion sont demeurées telles, peuvent être parfaites par continuelle digestion . 0r est il ainsi que tous les métaux imparfaits sont demeurés tels par faute de digestion. Car ils ont été faits pour être convertis finalement en or, et par ainsi pour être parfaits ainsi que l'expérience nous témoigne, comme nous déclarerons ci après en déclarant le quart membre de notre division. Ils pourront donc être parfaits par continuelle décoction, laquelle nature fait aux concaves de la terre et notre art les parfait sur terre par la projection de notre divine oeuvre, comme nous déclarerons plus avant, au pénultième membre de notre division. D'avantage, si les quatre éléments qui sont contraires en aucunes qualités sont converties l'un en l'autre comme dit Aristote au 2e livre des Générations, par plus forte raison, les métaux qui sont tous d'une même matière et par ainsi non contraires en qualités, se convertiront l'un en l'autre. Qui est la raison pourquoi Hermès a appelle leur opération circulaire, mais un peu improprement comme lui même le témoigne, pour ce que les métaux ne sont point procréez par nature purs et parfaits pour revenir imparfaits, et que de l'or fût fait plomb et de l'argent étain et ainsi les autres, mais pour être faits parfaits par ordre et par continuelle décoction, jusqu'à ce qu'ils soient parfaits et par conséquent faits or, comme l'expérience nous monstre évidemment. Et par ainsi, leur génération n'est point du tout aride, combien qu'elle le soit en partie. Ces raisons et autres semblables que je laisse pour le présent, pour ce que mon petit opuscule ne pourrait comprendre tout le discours qu'on pourrait faire sur ce propos, seraient suffisantes pour démontrer la vérité et certitude de notre science, n'étaient les arguments qu'on a accoutumé de faire au contraire, qui troublent tellement les entendements des bons enfants de doctrine, qu'ils sont toujours en double, croyants tantôt en l'un puis l'autre, si bien qu'ils n'ont jamais repos en leur esprit.  Mais afin que désormais ils puissent croire notre science être très véritable, je leur yeux apprendre la vraie solution des plus violents et plus apparents arguments qu'on a accoutumé de faire au contraire, par laquelle ils connaîtront que leur argument et tous autres semblables n'ont rien qu'une seule apparence de vérité. Ils sont tous coutumiers faire un argument qu'ils fondent sur l'autorité du Philosophe au 4e des Météores, laquelle a été premièrement d'Avicenne, comme dit Albert le Grand : en vain, dit il, se travaillent les opérateurs d'aujourd'hui  pour parfaire les métaux. Car ils n'y parviendront jamais si premièrement ils ne les réduisent en leur première matière. Or est il ainsi que nous ne les y réduisons point, par conséquent ne faisons rien que sophistication, comme écrit le même Albert, disant : tous ceux qui colorent les métaux par diverses façons de simples en diverses couleurs sont vraiment gens trompeurs et déceveurs si ne les réduisent en leur première matière. De ma part, je sas bien que beaucoup de gens savants ont entrepris la solution de cet argument, pour ce que c'est le plus apparent qu'on face, de sorte que les uns disent qu'encore qu'en la projection de notre divine oeuvre sur les métaux imparfaits nous ne les réduisons point en leur première matière, si -est ce que à la composition d'icelle nous l'avons réduite en soufre et en argent vif, qui sont la vraie matière des métaux, comme nous déclarerons au quatrième membre de notre division. Et que pour la grande perfection qu'elle a acquise en sa décoction, elle est suffisante pour parfaire tous les métaux imparfaits en or par sa projection, sans les réduire particulièrement en leur première matière. Telle a été l'opinion d'Arnault de Villeneuve en son Grand Rosaire, lequel Raymond Lulle a ensuivi en son Testament. Mais, sauf l'honneur et révérence de ces deux savants personnages, il me semble que c'est parler contre toute l'opinion des philosophes. Car, puisqu'ils accordent qu'il faut réduire les métaux en leur première matière, ce qui se fait par mouvements et corruption, comme dit Aristote, ils veulent faire entendre que par la seule fonte et projection de notre divine oeuvre sur les métaux, ils sont corrompus, et demis de leur première forme, qui est une chose indigne de tous les philosophes. D'autres ont amené diverses et variables solutions, comme l'on peut voir en leurs livres. Quant à moi, j'en dirai ce qu'il m'en semble. Il est trop vrai que si nous voulions faire des métaux de nouveau, ou bien si nous voulions faire d'iceux terres, pierres ou autres choses totalement différentes des métaux, il les faudrait réduire en leur première matière par les moyens ci dessus déclarez. Mais puisque toute notre intention n'est autre que de parfaire les métaux imparfaits en or sans les transmuer en nouvelle matière différente de leur propre nature, mais plutôt les purger et nettoyer par la projection de notre divine oeuvre afin qu'ils soient parfaits par la grande et exubérante perfection d'icelle, il n'est de besoin les réduire en leur première matière. Car il est trop notoire que ce sont deux choses grandement différentes « parfaire » l'imparfait et le faire de nouveau. Autrement il s'ensuivrait qu'il faudrait remettre toutes choses demi cuites en leur première forme pour les achever de cuire, chose indigne de tous les philosophes. Quant à d'autres arguments qu'on est coutumier de faire, je m'en tais pour le présent pour ce qu'on trouve la solution d'iceux dans les livres des bons auteurs, et puis le lecteur diligent et étudiant en pourra inventer la plus grande part, tant par ce que nous avons dit que par ce que nous déclarerons ci après, attendu mêmement qu'il me semble avoir déclaré les plus difficiles et malaisés à résoudre qu'on ait accoutumé de faire. Toutefois je ne veux pas oublier en ceci l'autorité d'Avicenne, lequel parlant de la contradiction que Aristote a fait en sa jeunesse à l'opinion de tous les philosophes anciens , dit : je n'ay point d'excuse légitime pour ce que j'ai connu l'intention de ceux qui nient notre science et de ceux qui l'affirme être vraie; les premiers comme Aristote et plusieurs autres usent de raisons qui ont quelque peu d'apparence mais non point véritables ; les autres en ont fait d'autres mais grandement éloignées de celles qu'on a accoutumé de voir aux autres sciences, voulant dire par cela que notre science ne peu être prouvée par certaines démonstrations comme toutes les autres, pour ce qu'elle procède d'autre façon, toute contraire aux autres, en scellant et cachant là-propriété de ses termes au lieu que les autres s'efforcent les déclarer. Pourquoi en continuant l'ordre de ma division, je déclarerai le tiers membre d'icelle, montrant quelles opérations sont nécessaires à la faction de notre divin oeuvre, déclarant premièrement comment notre science est naturelle et pourquoi elle est appelée divine. En quoi on connaîtra les grandes et lourdes fautes des opérateurs d'aujourd'hui.
Pour bien donc entendre en quoi notre science est naturelle, il nous faut savoir ce que Aristote enseigna des opérations de nature, lequel a très bien monstre qu'elle besogne sous terre en la procréation des métaux, de quatre qualités ou pour parler communément des quatre éléments appeliez feu, air, eau et terre ; desquels les deux contiennent les deux autres, savoir la terre contient le feu et l'eau contient l'air. Et pour ce que notre matière est faite d'eau et de terre, comme nous dirons plus amplement dans le pénultième membre de notre division, elle est dite justement naturelle pour ce qu'en sa composition ils y entrent les quatre éléments. Mais les deux sont cachez aux yeux corporels, savoir le feu et l'air, lesquels faut comprendre des yeux de l'entendement comme dit Raymond Lulle en son Codicille : « considérez » bien, dit il, en toi-mêmes, la nature et propriété de l'huile que les sophisticateurs ont appelée air pour ce qu'ils disent qu'elle abonde plus en sa propre qualité, car ton oeil ne te montrera point la différence et propriété d'icelle, montrant assez par cela que tous les quatre éléments ne sont point évidents en notre divine oeuvre comme plusieurs ont faussement estimé, ainsi que nous dirons en déclarant les termes de notre science. D'avantage, icelle est dite naturelle pour ce qu'en sa première opération elle imite nature au plus près qui lui est possible. Car elle ne la pourrait imiter du tout, comme dit Geber en sa Somme ; qu'il  soit vrai, les opérations des philosophes naturels qui nous ont précédez nous en assurent. Lesquels, après avoir diligemment connu, comme dit Raimond Lulle en son Epître au roi Robert et Albert le Grand en son Traité des simples minéraux, que la façon de quoi nature besogne sous terre à la procréation des métaux n'est autres que par décoction continuelle de la vraie matière d'iceux, laquelle décoction sépare le monde de l'immonde, le pur de l'impur ou imparfait, par évaporations continuelles qui sont causes de la chaleur de la terre minérale chauffée en partie par la chaleur du soleil. Car il ne fait point tout seul l'entière et parfaite décoction ainsi que a très bien déclaré le Bon Trévisan comme mêmes l'expérience nous monstre ordinairement aux mines où il se trouve diversité de métaux et de matières, les unes grossières, les autres subtiles et pures qui sont volontiers élevées au plus chaut. notre science donc, imitant en cela nature, procède au commencement en sa première opération par sublimations, pour purifier très bien notre matière pour ce qu'il nous est impossible la préparer autrement, comme dit Geber en sa Somme et Rasis au Livre des Lumières, quant il dit : le commencement de notre besogne c'est sublimer, pourquoi elle est diète à bon droit naturelle.  Ce qui a fait écrire à ceux qui nous ont précédez, que notre divine oeuvre n'est point artificielle. Car ce que nous faisons, c'est administrer par l'art à nature la matière due pour la composition d'icelle. Laquelle nature n'a point su conjoindre pour la perfection de notre divine oeuvre.
Pour ce que ces actions sont continuelles, comme dit Geber en sa Somme, et pour raison de ceste admirable conjonction d'éléments, notre science est appelée divine. Laquelle conjonction les philosophes ont appelée la seconde opération et d'autres l'appellent dissolution, disant fort proprement que c'est le secret des secrets, comme dit Pithagoras en la Tourbe des philosophes, c'est le grand secret que Dieu a voulu cacher aux hommes. Et Rasis au Livre des Lumières dit : si tu ignores la vraie dissolution de notre corps, ne commence point à travailler. Car icelle ignorée, tout le reste nous est inutile. Laquelle il est du tout impossible savoir par les livres, moins par la connaissance des s causes naturelles, qui est la raison pourquoi notre science est appelée divine. Comme dit Alexandre notre corps qui est notre pierre cachée ne peut être connue ni vue de nous si le bon Dieu ne le nous inspire par son saint Esprit ou apprend quelque homme vivant, sans lequel corps notre science est perdue. Et c'est la pierre de laquelle parla Hermès en son quatrième traité, quand il dit : il faut connaître cette divine et précieuse pierre, laquelle crie incessamment : défends-moi et je t'aiderai, rends-moi mon droit et je te secourerai. De ce même corps caché, il parle en son premier traité quant il dit : le faucon est toujours au bout des montagnes, criant : je suis le blanc du noir et le rouge du citrin [cf. Diamants et pierres précieuses sur ce problème, crucial, des couleurs]. Or la raison pourquoi notre science nous est inutile sans la dite conjonction, c'est que à la naissance et projection de notre divine oeuvre, la partie volatile en apporte quant et soi la fixe, et par ainsi nous ne saurions faire qu'elle fût fixe et permanente au feu, si nous ne faisions pas une admirable, voire super-naturelle conjonction que le fixe retienne le volatil, afin que lors soit fait ce que tous les philosophes commandent, savoir le fixe volatil et le volatil fixe. Laquelle conjonction se doit faire sur l'heure mêmes de sa naissance, comme dit Haly au livre de ses Secrets, celui qui ne trouvera notre pierre sur l'heure de sa naissance, ne faut point qu'ils en attendent une autre en sa place. Car celui qui a entrepris notre divine oeuvre sans connaître l'heure déterminée de sa naissance n'en rapportera que peine et tourment. Cette même conjonction, Rasis appelle fort proprement au Livre des Recettes, les poids et les régimes des philosophes, nous conseillant que si nous ne les connaissions très bien de ne nous entremettre point à travailler à notre divine oeuvre, disant que les philosophes n'ont rien tant caché que cela, comme du vrai ils démontrent assez en leurs écrits. Car si l'un dit que ceste divine conjonction doit être faite le 7e jour, l'autre dit au 40e, l'autre centième, l'autre au bout de 7 mois, l'autre à neuf comme Rasis, l'autre au bout de l'an comme Rosinus. De sorte qu'il n'en y a pas deux qui s'en accordent, combien que de vrai ne soit qu'un seul terme voire un seul jour ou une seule heure à laquelle il faut faire notre conjonction par sa propre décoction.  Mais pour l'envie qu'ils ont de la tenir secrète, ils ont de propos délibéré écrit les termes différons les uns des autres, encore qu'ils entendent bien entre eux qu'il n'y a qu'un seul terme, sachant très bien que icelui connu, le reste n'est que oeuvre de femmes et jeu d'enfants, comme dit Socrates : je t'ay monstre la vraie disposition du plomb blanchi, c'est à dire la vraie préparation de notre matière, qui apparaît noire au commencement comme plomb, laquelle est faite blanche par notre continuelle décoction. Et si tu l'as très bien connue, le reste n'est que oeuvre de femmes et jeu d'enfants ; voulant dire par cela, qu'il n'y a besogne plus aisée que la notre après la dite conjonction, comme de vrai il est. Car puisqu'il n'est besoin que de cuire les deux matières déjà assemblées et que pendant icelle décoction l'on est en repos, il est trop certain qu'on y a grand plaisir, comme dit le Philosophe au 7e des Ethiques, qu'on a plus de plaisir en se reposant qu'en travaillant. Et qu'il soit vrai que notre dernière décoction se face en repos et sans se tourmenter. Rasis en son Livre des trois Paroles, dit que toutes les dissolutions, sublimations, déalbations, rubifications  et toutes autres opérations que les philosophes ont écrit être nécessaires pour parfaire notre divine oeuvre se font dans le feu sans les bouger. Pithagoras en la Tourbe des philosophes a écrit le mêmes, disant que tous les régimes requis à la perfection de notre divine oeuvre sont parfaits par la seule décoction. Barseus au même livre dit qu'il faut de cuire, teindre et calciner notre divine oeuvre, mais toutes ces opérations, dit il, se font par la seule, décoction. Toutefois, afin que nos calomniateurs ne disent que toutes leurs opérations ne sont que décoction, je suis contant leurs aduire d'autres sentences des anciens philosophes pour leur ôter toutes excuses et leur montrer comme à l'oeil leur erreur et ignorance. Alphidius en son livre nous témoigne que nous n'avons besoin en la composition de notre divine oeuvre qu'une seule matière qu'il appelle assez proprement eau et une seule action, c'est la décoction. Laquelle se fait en un seul vaisseau sans jamais y toucher. Le roi Salomon témoigne le même quant il dit qu'à la faction de notre divine oeuvre qu'il appelle notre soufre, nous n'avons qu'un seul moyen. Lilium a écrit le même disant que notre divine oeuvre est faite dedans un seul vaisseau, par un seul moyen et par une seule décoction. Mahometh déclare assez le semblable, disant que nous n'avons qu'un seul moyen, savoir la décoction, et un seul vaisseau pour faire notre divin oeuvre, tant le blanc que le rouge . Et Avicenne a été de même opinion quant il parle plus proprement que pas un, disant que toutes ces dispositions, c'est à dire toutes les opérations requises à la composition de notre divine oeuvre se font dans un seul double vaisseau [il s'agit d'un vaisseau de verre et de terre, cf. Figures Hiéroglyphiques et le Trésor des Trésors de Grosparmy, passim Artephius]. Si donc notre divine oeuvre est faite dedans un seul double vaisseau et par une seule décoction, comme de vrai elle est, il faut nécessairement que la plupart des opérateurs d'aujourd'hui confessent leur grande faute et erreur, pour ce que je ne sache en avoir vu aucun qui n'eût les trois et quatre fourneaux. Tel en avait dix et douze, un pour distiller, l'autre pour calciner, l'autre pour dissoudre, l'autre pour sublimer, accompagnés d'une infinité de vaisseaux pour parfaire leur oeuvre. Mais ils y seraient encore et y seront toujours s'ils ne corrigent leurs fautes avant qu'ils parviennent à la faction de notre divine oeuvre. Je me tais d'un tas de séparations qu'ils font, à ce qu'ils disent, des quatre éléments, pour ce que cela fait plus à mon propos quant je déclarerai la nature des quatre éléments, en déclarant les termes de notre science. Il me suffit pour le présent avoir monstre la façon et vrai moyen pour connaître comme à l'oeil ceux qui sont éloignés de la vérité de notre science, ou ceux qui sont dedans le vrai chemin. Car comme nous avons dit et monstre assez à plain ci dessus, et montrerons encore ci après, il n'y a qu'un seul moyen, une seule façon de faire, et ce dedans un seul vaisseau que Raimond Lulle appelle hymen , et dans un seul fourneau, lequel le bon Trévisan appelle feu doux, humide, vaporeux, continuel et digérant, sans jamais y toucher que notre décoction ne soit parfaite. Tant s'en faut qu'il y faille tant de fatras ni tant de folles dépenses qu'on a accoutumé d'y faire. Je ne ignore point qu'il n'y ait d'entre eux quelqu'un qui lisait les livres, combien que du vrai ils sont bien clairs, car ils travaillent presque tous à crédit, qui me dirait : pourquoi nous taxez vous ainsi, vu que Geber en sa Somme nous apprend diverses préparations tant de soufre que d'argent vif, ensemble des corps et de l'esprit. Et Rasis au Livre du parfait Magistère témoigne que les corps et esprits sont préparez par divers moyens, et en apprend de beaucoup de manières. Mais il ne faut point me peiner grandement pour leur répondre, leur ayant déjà répondu par ce que j'ai dit auparavant. Car telles et semblables sentences ont été écrites pour cacher la vraie opération de notre divine oeuvre, comme nous avons dit au premier membre de notre division ; ce que même Geber témoigne en sa Somme au chapitre des différences des médecines : il y a, dit il, une seule voie parfaite, laquelle nous relevé et soulage de nous peiner à toutes autres préparations. Pourquoi, continuant notre division, je déclarerai la façon comment nature besogne aux concaves de la terre, dans les mines à la procréation des métaux. En quoi l'on connaîtra en quelles opérations l'art la peut ensuivre. Et conséquemment quelle est la vraie matière requise pour les parfaire sur terre. Mais pour ce que c'est le principal point de notre science, comme dit Geber au commencement de sa Somme et Avicenne qui défend de s'entremettre de la pratique d'icelle si l'on n'a premièrement connu les vrais fondements de matières de mines, j'ensuivrai en la déclaration d'icelle les principaux auteurs et plus expérimentez en la pratique des mines comme témoignent leurs écrits.
Si est il tenu pour tout résolu et plus que certain entre tous les philosophes que tous simples qui sont congelez par le froid abondent en sa première matière en humidité aquatique, comme a écrit Aristote au 4e des Météores. Pourquoi, puisque les métaux étant fondus sont congelés par le froid, il faut dire qu'ils abondent en sa première matière en humidité aquatique. Toutefois Albert le Grand qui a enquis de plus près les causes en la procréation des métaux que tout autre, monstre très bien que ceste humidité aquatique n'est point humidité comme celle que nous voyons en l'eau et en autres simples.  Car l'expérience nous monstre qu'elle est réduite et convertie en fumée par la violence du feu. Est il ainsi que les métaux étant fondus ne soient point convertis en fumée. Il faut donc dire que leur humidité est mêlée avec autre matière qui les retient  sur le feu et garde qu'ils ne soient convertis en fumée par la violence d'icelui. Or il n'y a matière qui résiste tant au feu que fait l'humidité visqueuse quant est mêlée avec la partie terrestre et subtile, comme témoigne Bonus philosophe italien, et aussi que l'expérience nous certifie. Pourquoi donc, il faut dire que l'humidité qui est aux métaux est telle. Mais pour ce que nous voyons qu'il y a des humidités en iceux qui sont consumés par le feu sans que pour cela ils soient consumés comme l'expérience nous monstre en leur purgation, il nous faut nécessairement confesser avec les principaux auteurs de notre science, qu'en la composition des métaux il y entre deux façons d'humidités visqueuses, l'une au dehors qu'ils appellent extrinsèque, l'autre au dedans qu'ils appellent intrinsèque, pour ce que la première est grossière et n'est point bien et parfaitement mêlée avec la matière terrestre et subtile, elle est facilement arse et consumée par le feu.  Mais la seconde est grandement subtile et tellement mêlée avec sa partie terrestre que toutes deux ensemble ne sont que une simple matière, laquelle ne peut être en partie consumée par le feu qu'elle ne le soit du tout entièrement, et d'icelle est fait et procréé l'argent vif que nous voyons communément, ce que ses effets nous montrent par expérience, comme a très bien dit Arnault de Villeneuve, lequel nous certifie que les deux matières susdites sont conjointes parfaitement en soi. Car ou le terrestre retient l'humidité avec soi, ou l'humidité l'emporte, ainsi que dit Albert le Grand, lequel en cherchant les causes des composez métalliques a très bien connu que la cause pourquoi l'argent vif est toujours remuant, c'est pour ce que l'humidité [cf. notre humide radical métallique] domine sur la partie terrestre, comme par même raison, savoir par leur miction indicible et univoque, le terrestre dominant sur l'humidité est cause que l'argent vif ne mouille point ce qu'il touche ni le bois sur quoi il est mis. Pourquoi donc, il nous monstre assez évidemment que la sentence d'Albert le Grand est fort « véritable », quant il dit en son Livre des Simples  Métalliques que la première matière des métaux est l'humidité visqueuse incombustible et grandement subtile, mêlée par une miction forte et admirable avec la partie terrestre et subtile dans les cavernes des terres minérales. Ce que ne contrarie en rien ace que Geber a écrit en sa Somme, disant que l'argent vif est la vraie matière des métaux. Car nature qui n'est jamais oisive a procréé l'argent vif de cette matière, qui est la cause que Bonus a dit très bien qu'il est la plus prochaine matière des métaux, mais que la première et principale est la dite humidité visqueuse avec sa partie terrestre et subtile, comme dit Albert. Geber a très bien déclaré le même quant il dit en la définition qu'il baille de l'argent vif en sa Somme : c'est, dit il, une humidité visqueuse qui a été épaissie par l'aide de la partie terrestre qui entre en sa composition. Or à présent, nous faut considérer bien subtilement la façon comment nature procède à la procréation de toutes choses, en lesquelles elle a mêlé une propre matière que les philosophes appellent agent, pour ce qu'elle, comme dit Aristote, ne se produit point soi-mêmes, c'est à dire ne monstre point ses effets. Pourquoi nature en la procréation des métaux, après avoir créé leur matière, savoir l'argent vif, elle qui est toute savante lui a adjoint son propre agent à savoir une façon de terre minérale qui est comme la racine et graisse d'icelle, décuite et épaissie par la chaleur qui est dans les cavernes des mines par longue décoction. [c'est dit, en termes de l'époque, le résultat des exhalaisons chaudes dont parle Elie de Baumont, cf. Mercure de nature] Laquelle terre nous appelions communément soufre, lequel est en même degré en faisant comparaison de lui à l'argent vif comme le caillé en le comparant au lait, l'homme en le comparant à la femme et l'agent en le comparant à la matière sujette, lequel les philosophes ont dit être en deux sortes, l'un est facile à fondre de sa propre nature et l'autre est tant seulement congelé et non fusible. Pourquoi afin que nature montrât la puissance et force de l'agent, savoir du soufre, en la matière à laquelle il est conjoint, elle a fait par une admirable composition que les métaux fussent congelez par l'action du soufre fusible, afin qu'ils fussent fondants, comme elle a composé les autres simples métalliques par l'action du soufre non fusible, afin que ne fussent point fondants, comme la magnésie, les marcassites et autres semblables. Mais pour ce que l'agent ne peut être aucunement partie matérielle du composé comme dit Aristote , nature en besognant sous terre à la procréation des métaux après avoir mêlé le dit soufre avec l'argent vif par une composition indicible, en parfait et procrée le principal métal, savoir l'or, en séparant d'icelui par une parfaite décoction son agent, savoir le soufre, qui est la cause pourquoi l'or est plus parfait que tous les autres métaux, pour ce que c'est la principale et dernière intention de nature en leur procréation, ainsi que l'expérience nous certifie quant elle ne le transmue en meilleur. Et c'est la raison pourquoi l'argent vif se mêle mieux et plus aisément avec l'or qu'avec tout autre métal, pour ce que ce n'est rien qu'argent vif décuit par son propre soufre et du tout séparé d'icelui par ladite décoction. De mêmes, tout ainsi que la séparation du soufre est cause de la perfection de l'or, aussi de même qu'il en demeure aux autres métaux, de même sont ils dits imparfaits. Et voila la raison pourquoi l'argent est plus imparfait que l'or et le cuivre plus que l'argent, savoir par faute de décoction ; car par elle seulement leur agent, savoir le soufre en est séparé,  En quoi est déclaré le plus grand et principal secret de notre science. Car puisqu'il faut qu'elle ensuive nature en ses opérations, il est nécessaire qu'avant parfaire notre oeuvre nous en séparions son agent, savoir le soufre. Ce que tous les philosophes ont caché à leurs écrits, nous renvoyant aux opérations de nature, lesquelles nous semble avoir assez déclaré. Mais afin que l'on connaisse parfaitement en quoi notre science peut ensuivre les opérations de nature, il nous convient déclarer la façon principale et plus coutumière de laquelle elle use en la perfection des métaux. Nous avons déjà dit que la perfection et imperfection des métaux est causée par la privation ou mixtion de son agent, savoir du soufre, et avons monstre la première façon de laquelle nature use en composant le principal et plus parfait de tous qui est l'or. Mais elle en use d'une autre, qui semble être diverse de la première, combien que de vrai sont toutes unes si l'on considère la fin et vraie intention de nature, laquelle n'est autre que purger et nettoyer les métaux de leur soufre. Car ce qu'elle fait en la première façon avec une parfaite décoction, elle le fait en la seconde par une continuelle et longue digestion, digérant et purifiant les métaux imparfaits peu à peu tant qu'ils soient faits et réduits en or. Qu'il soit vrai, l'expérience nous monstre qu'aux mines de l'argent l'on trouve ordinairement du plomb et en aucunes l'on trouve tellement les deux mêlées ensemble que ceux qui sont experts aux faits des mines disent après avoir découvert l'argent qui apparaît presque imparfait par faute de digestion qu'il  les faut laisser ainsi et refermer la mine afin que rien de la matière subtile ne vaporât par trente ou quarante ans, et que par ce moyen le tout soit parfait comme récite Albert le Grand avoir été fait en son temps au Royaume d'Esclavonye. Et moi j'ai ouï assurer le même à un maître qui était grandement expert au fait des mines. C'est donc en ceste seconde façon que nature tient pour parfaire les métaux, que notre art besogne en ses opérations, savoir en parfaisant les métaux imparfaits par la privation de son soufre, lequel en est séparé par la projection que nous faisons de ceste divine oeuvre sur iceux quant sont fondus, laquelle les purifie de leur soufre et les parfait en fin or par sa parfaite et exubérante décoction qu'elle a acquise par l'administration de notre art. Et tout ainsi que les diverses façons de quoi nature use à la purification des métaux ne fait point que nous trouvions diverses façons d'or, j'entends en perfection, aussi la diverse façon de quoi nous usons pour les parfaire sur terre, qui est tout autre et différente des opérations de nature, ne fait point que notre or et le minéral soient en rien différons attendu mêmement que nous usons de même matière  qu'elle use sous terre dans les mines.  Ce que confirme Aristote au 9e de sa Métaphysique, disant quand l'agent et la matière sont semblables, les opérations sont toujours semblables, encore que les moyens pour les faire soient divers. Car les moyens et la matière sont deux choses, pour ce que si la matière est une et du tout semblable, toutes les opérations qui semblent au commencement contraires sont en fin un même effet, comme témoigne le dit philosophe ; et qu'il soit vrai que notre matière de laquelle nous usons pour parfaire les métaux sur terre soit du tout semblable à celle de laquelle nature use sous terre pour la procréation des métaux. Geber en sa Somme dit que notre science ensuit nature au plus près qu'il lui est possible. Le même disent Hermès, Pythagoras, Senior et plusieurs autres.  Puis donc qu'elle ensuit nature, il faut nécessairement confesser qu'elle use de semblable matière, laquelle ne peut être qu'une seule même en notre science, tout ainsi que nous avons assez monstre ci dessus qu'il n'en y a qu'une seule en nature. Laquelle matière nous avons appelée l'argent vif, non pas en tant qu'il est seul, mais quant il est mêlé avec son propre agent qui est son vrai soufre.  Cette même matière donc, que les philosophes ont appelle l'argent vif animé, sera la vraie matière de notre science pour parfaire notre divine oeuvre, vu que celui mêmes sans autre est la vraie matière de laquelle nature use aux concaves de la terre dans les mines en la procréation des métaux comme nous avons assez monstre ci devant. Or la raison pourquoi ils l'ont appelle argent vif animé, c'est pour montrer la différence qui est entre lui et l'argent vif commun qui a demeuré tel pour ce que nature ne lui a pas adjoint son agent propre.  Tant s'en faut donc que l'argent vif commun ni le souffre commun  soient la vraie matière des métaux comme plusieurs ont faussement estimé. Qu'il soit vrai, l'expérience nous témoigne, que jamais on n'a trouvé l'argent vif commun ni le soufre commun mêlés ensemble dans les mines. Comment donc seraient ils la vraie matière des métaux aux concaves de la terre et par conséquent de notre science, ainsi que témoigne Geber en sa Somme, quant il parle des principes d'icelle. Lequel en un autre lieu dit très bien que notre argent vif n'est autre chose qu'une eau poisseuse épaisse par l'action de son soufre métallique. Et c'est notre vraie matière, laquelle nature a préparée à notre art comme dit Valerandus Silvensis, et l'a réduite en une espèce certaine, aux vrais philosophes connue, sans la transmuer d'avantage de soi-même. Avicenne a témoigne le même quant il dit nature nous a préparé une seule matière, laquelle notre art ne peut parfaire ni composer de soi-même. Tant s'en faut donc que toutes les matières que nous pourrions mêler ensemble, fussent elles métalliques ou non, soient la vraie matière de notre science, attendu que nature la nous a déjà préparée.  De sorte qu'il ne nous reste que deux choses : purifier la dite matière et la parfaire et conjoindre par sa propre décoction. Et c'est de ceste propre matière que Rasis a écrit au Livre des Préceptes : notre mercure, dit il, est le vrai fondement de notre science, duquel seul l'on tire et extrait les vraies teintures des métaux. Alphidius a déclaré le même quant il dit : regarde bien mon enfant, car tous les livres des savants philosophes consistent au seul argent vif. Qui est la raison pourquoi Hermès nous commande garder très bien ce mercure, lequel il appelle coagulé et caché dans les cabinets dorés. Du même mercure  a parlé Geber quant il dit : loué soit le Dieu très haut qui a créé cet argent vif et lui a donné telle puissance qu'il n'y en y a d'autre qui lui soit semblable, pour parfaire le vrai magistère de notre science. Bref il n'y a auteur savant qui ait écrit, qui ne soit de ceste opinion. Mais je sais bien que les opérateurs d'aujourd'hui me taxeront, disant comment est ce que j'ose reprendre tant de savants personnages qui nous ont précédés.  Lesquels nous ont laissé par écrit, non pas la théorique seulement de notre science, mais la pratique d'icelle, en laquelle ils apprennent de sublimer l'argent vif qu'ils appellent mercure avec du vitriol et du sel commun puis montrent comme il faut vivifier avec de l'eau chaude afin de le mêler avec de l'or qu'ils appellent sol, et par ce moyen le dissoudre, puis le fixer afin de le pouvoir parfaire par ce moyen notre divine oeuvre, comme a écrit Arnault de Villeneuve en son Grand Rosaire et Raymond Lulle en son Grand Testament.  Mais afin que je les contente, leur déclarant leur ignorance, je ne veux que ensuivre les mêmes auteurs qu'ils allèguent, les esprits desquels nous témoignent que toutes ces diverses opérations, distillations, séparations, réductions et autres semblables n'ont été écrites par eux que pour cacher et envelopper là-dessous, la vraie pratique de notre science. Qu'il soit vrai, après que Arnault de Villeneuve a eu; pris toutes ces diverses opérations en son dit Rosaire, il dit à la fin de son récapitulation : nous avons monstre la vraie pratique et vrai moyen pour parfaire notre divine oeuvre, mais en paroles fort courtes, lesquelles sont assez prolixes pour ceux qui les entendront . Tant s'en faut donc qu'en parlant de tant de diverses et longues opérations, il y ait toujours entendu parler de la vraie préparation et pratique de notre divine oeuvre. Et le même nous témoigne la fin du Codicille de Raymond Lulle, quant il répond à ceux qui le voudraient demander pourquoi il a écrit l'art puisqu'il a témoigne un peu auparavant qu'il ne se faut point attendre parvenir à la vraie connaissance d'icelui par la lecture de ses livres, pour ce, dit il, que le lecteur fidèle soit introduit et habilité à là vraie connaissance de notre divine oeuvre, la préparation de laquelle nous n'avons jamais déclaré au vrai. Tant s'en faut donc que les grandes et diverses préparations qu'il a apposées en ses livres soit la seule et unique pratique qui est requise pour parfaire notre divine oeuvre. Il y en aura d'autres qui seront plus savants et me reprendront volontiers, disant pourquoi ay je écrit que notre divine oeuvre est faite de une seule matière, savoir du seul argent vif animé, vu que Geber en sa Somme au chapitre de la coagulation du mercure dit qu'elle est extraite des corps métalliques préparez avec leur arsenic Rosins au contraire dit que c'est le vrai soufre incombustible duquel notre divine oeuvre est faite Salomon fils de David témoigne le même quant il dit : Dieu a préféré à toutes les choses qui sont sous le ciel notre vrai soufre. Pythagoras en la Tourbe des philosophes a écrit que notre divine oeuvre est parfaite quant le soufre se conjoint l'un l'autre. Par ainsi elle est faite de soufre et non de l'argent vif animé seulement. Mais pour bien leur répondre et contenter leurs esprits dévoyés de la vraie voie, il faut les ramentevoir ce que nous avons déclaré ci devant, parlant de la matière des métaux où nous avons monstre comment nature a adjoint l'agent propre à l'argent vif dans les mines. Or, pour ce que notre divine oeuvre n'a point de nom propre, les uns lui donnent un nom, les autres un autre, tellement que Lilium a très bien écrit que notre divine oeuvre a autant de noms entre les philosophes comme il y a de choses au monde, voulant dire par cela qu'elle a des noms infinis.  Car combien qu'elle soit toujours une même, faite d'une seule matière, toutefois les philosophes qui nous ont précédés lui ont donné divers et variables noms selon la diversité des couleurs qui apparaissent en la décoction d'icelle comme ceux qui l'ont appelé argent vif animé comme nous, ont considéré que notre première matière, que les anciens philosophes ont appelée chaos, participe à son commencement et est vraiment du tout semblable à la nature et matière de l'argent vif, duquel nature compose et parfait les métaux aux concaves de la terre comme nous avons assez monstre ci devant. De mêmes ceux qui ont appelle notre divine oeuvre la pierre philosophale (qui est le nom aujourd'hui le plus reçu de tous) ont eu égard à la fin de la décoction de notre matière, pour ce qu'en fin elle est fixe et ne s'envole point du feu pour raison qu'ils ont ce terme commun entre eux d'appeler toutes choses qui ne se sont point évaporées ni sublimées au feu, pierre. D'autres ont inventé plusieurs autres noms, les causants sur diverses raisons lesquels seraient longs à réciter, comme dit Maluesciudus  : si nous appelons notre matière spirituelle, il est vrai ; si nous la disons corporelles, ne mentons point ; si nous l'appelions céleste, c'est son vrai nom ; si nous l'appelions terrestre, nous parlons fort proprement Déclarant assez par cela que la  variété des noms que ceux qui nous ont précédez ont baillé à notre divine oeuvre a été causée par diverses raisons fondées sur la diversité des couleurs et autres opérations qui apparaissent en sa décoction. Ainsi ceux qui l'ont appelée soufre comme témoignent les autorités que l'on pourrait amener contre nous ont regardé la dernière décoction en laquelle notre matière est fixe. Laquelle tout ainsi que au commencement montrait la vraie apparence d'argent vif pour ce qu'elle était volatile, aussi en fin elle est faite fixe.  Et lors, ce qui était au dedans inconnu, savoir ses parties fixes que nous appelions le soufre, est fait manifeste par la continuelle et dernière décoction en laquelle il  domine le volatile. Qui est la raison pourquoi notre -matière n'est plus appelée volatile, j'entends de ceux qui considèrent la dernière décoction, mais soufre fixe comme dit Arnault de Villeneuve en son Grand Rosaire quant il parle de la dernière décoction de notre divin oeuvre : c'est, dit-il, le vrai soufre rouge par lequel l'argent vif peut être parfait en fin or. Par ainsi nous pouvons justement et au vrai résoudre que la matière de laquelle nous composons notre divine oeuvre n'est qu'une seule, du tout semblable à la matière de laquelle nature use sous terre dans les mines en la procréation des métaux, nonobstant les autorités que nous avons adduites ci-dessus au contraire et toutes autres semblables. Car comme dit Aristote et même l'expérience nous témoigne, la diversité des noms ne fait point la chose diverse. Pourquoi, pour mettre fin à notre division, il nous reste déclarer les termes de notre science. J'entends déclarer, c'est-à-dire conférer les sentences des bons et principaux auteurs qui nous ont précédés, lesquels usent, entre autres, de quatre termes en parlant de la composition de notre divine oeuvre, savoir des quatre éléments, du parfait levain, du vrai venin et du parfait coagule qu'ils ont autrement appelle le mâle, le comparant aux femelles comme ils comparent le caillé ou coagule au simple lait [cf. Lait de Vierge à Artephius].
Pour bien donc déclarer qui est ce qu'ils entendent par les quatre éléments, il nous faut savoir ce que tous les philosophes naturels ont déclare touchant la première matière qu'ils appellent chaos, en laquelle ils ont dit que tous les quatre éléments étaient confus, mais que par leur contrariété chacun en démontrant ses actions se nous est manifesté, qui est la raison pourquoi Alexandre a écrit en son Epître que tout ce qui s'est démontré à nos entians être de qualité chaude, ils l'ont appelle feu ; ce qui était sec et coagulé, terre, et ce qui était humide et labile eau, ce qui était froid et subtil venteux, ils ont appelle air. Desquels les deux sont enclos dans les autres, comme dit Rasis au Livre des Préceptes : tous composez sont faits de quatre éléments, les deux cachez et les deux autres apparents  savoir l'air au dedans de l'eau et le feu au dedans de la terre, comme nous avons dit ci devant. Toutefois, pour ce que les deux enclos, savoir l'air et le feu ne peuvent montrer ces actions sans les autres deux, ils les ont appeliez les deux éléments débiles. Et les autres deux, les forts, qui est la cause pourquoi ils disent que les composez sont parfaits quand l'humidité et le sec, savoir l'eau et la terre sont conjoints également par l'aide de nature avec le froid et le chaud, c'est avec l'air et le feu, ce qui se fait par la conversion  de l'un en l'autre. Pourquoi Alexandre au Livre des secrets dit : si tu convertis les éléments l'un en l'autre, trouveras ce que tu cherches. Laquelle sentence il  nous faut bien déclarer, pour ce que icelle bien entendue nous monstre comme au doigt la vraie matière et parfaite pratique de notre science [Il faut fixer le volatil et volatiliser le fixe. Pour trivial que cete formule paraisse, elle n'en exprime pas moins une vérité HERMÉTIQUE et PHYSIQUE où gît l'un des secrets du processus alchimique : comment cuire et décuire ?]. Mais pour la bien entendre, il nous faut parler un peu plus proprement des quatre éléments et de la nature d'iceux en tant qu'ils sont nécessaires à la composition de notre divin oeuvre. Hermès, quant il en parle, dit que de terre sont créez tous les autres éléments. Du contraire, Alphidius dit que l'eau est le principal élément de laquelle tous les autres éléments requis à la composition de notre divine oeuvre sont créés. En quoi il n'y a point de contradiction comme il semble, pour ce que au commencement et procréation de notre divine oeuvre, il n'apparaît rien que eau, laquelle les philosophes ont appelée eau mercurielle ; et d'icelle est procréé la terre, quant elle est épaissie par la conjonction et décoction super-naturelle sans laquelle elle nous est inutile. Hermès, donc, a fort bien dit que de la terre sortent les autres éléments, pour ce que en la seconde opération elle seule monstre « ses qualités, comme l'eau les montrait » au commencement, ce qu'a fait écrire à Alphidius et Valerandus et aux autres qu'elle était le principal élément en la composition de notre divine oeuvre. Et ce sont ces deux éléments que les philosophes ont commandé connaître avant s'entremettre de travailler, comme dit Rasis au Livre des Lumières : avant, dit il, que commencer, il te faut bien connaître la nature et qualité de l'eau et de la terre, pour ce que en ces deux sont compris tous les quatre éléments, autrement le volatile emportera le fixe et par ainsi notre science nous sera inutile. Qui est la raison pourquoi il nous est commandé convertir les quatre éléments, afin que notre divine oeuvre soit bien qualifiée et finalement faite fixe pour pouvoir résister à la violence du feu, corruption de l'air, rouillure de terre, gâtement et pourriture de l'eau non plus ne moins que fait l'or minéral pour raison de sa grande perfection. Laquelle conversion d'éléments n'est autre chose, comme dit Raymond Lulle, que faire la terre qui est fixe, volatile, et l'eau qui est humide et volatile, la faire seiche et fixe. Ce qui se fait par notre continuelle décoction dans notre vaisseau sans jamais l'ouvrir de peur que nos éléments ne soient gâtés et ne s'envolent en fumée. Cela même témoignent les écrits de Rasis et d'autres divers philosophes, quant ils disent que la vraie séparation et conjonction des quatre éléments se fait dans notre vaisseau sans y toucher des mains ni des pieds, pour ce, disent ils, que notre pierre se dissout, se coagule, se lave, se purge, se blanchît et rougît soi-même sans y mêler chose quelconque d'étrange. Arnault de Villeneuve est de ceste même opinion en son Grand Rosaire quant il dit en peu de paroles : il ne faut que se peiner à tuer l'eau, c'est à dire à la fixer, car si elle morte, tous les autres éléments sont tuez c'est-à-dire; fixez. Tant s'en faut que la fausse et sophistique séparation que font les opérateurs aujourd'hui des quatre éléments comme ils disaient, soit bien fondée sur ces écrits, moins sur les sentences de tous les philosophes qui défendent nommément de ne point gâter les simples en leur séparation, pour ce, disent ils, qu'il est impossible à l'art bailler les premières formes. Or est il tout résolu que les quatre éléments ne pourraient être séparez d'un composé sans le détruire. Pourquoi, il n'est point besoin user de ceste sophistique et fausse séparation d'éléments pour la composition de notre divine oeuvre. Et qu'il soit vrai que telle séparation soit fausse, il a été assez prouvé ci-devant que les deux éléments sont enclos dans les deux autres. Tant s'en faut donc que nous puissions connaître la parfaite séparation d'iceux, moins leur vraie et due  conjonction. Et puis l'expérience nous monstre, comme a très bien écrit Valerandus, que les éléments qu'ils disent avoir séparez ne participent en rien de la matière des vrais éléments ; témoin leur huile, qu'ils appellent air, lequel mouille tout ce qu'il touche contre le vrai naturel de l'air. Pourquoi, il me suffît d'avoir monstre ceci de la nature et qualité des éléments et conversion d'iceux qui est requise en notre science, pour découvrir l'ignorance des opérateurs d'aujourd'hui et introduire les vrais enfants de la science à la connaissance d'iceux.
Continuant donc notre dernière division, nous déchirerons qu'est ce que les philosophes ont entendu par ce terme : levain [Chevreul a beaucoup écrit sur ce levain des alchimistes, cf. Idée alchimique, II]. Lequel ils ont print en deux significations. En usant de la première, quant ils ont compare notre divine oeuvre aux métaux pour ce que tout ainsi que un peu de levain enaigrît et convertît beaucoup de pâte à sa nature, ainsi notre divine oeuvre convertît les métaux à sa nature et pour ce qu'elle est or, elle les convertît en or. Mais pour ce qu'ils n'en ont guères usé en ceste signification, car il n'y a point de difficulté, nous parlerons de la seconde, en laquelle gît toute la difficulté de notre science. Car ils entendent par ce terme, levain, le vrai corps et vraie matière qui parfait notre divin oeuvre. Lequel est inconnu aux yeux, mais le faut connaître d'entendement. Car, au commencement, notre matière apparaît volatile comme nous avons assez déclaré ci devant. Laquelle il nous faut conjoindre avec son propre corps, afin que par ce moyen il retienne l'âme, laquelle par ce moyen de notre conjonction faite moyennant l'esprit, monstre ses divines opérations en notre divine oeuvre, comme est écrit en la Tourbe des philosophes : le corps a plus grand force que ses deux frères qu'ils appellent l'esprit et l'âme.  Non pas qu'ils l'entendent ainsi qu'a déclaré Aristote et les autres philosophes, ce qui est grandement notable, mais ils l'appellent corps tout simple qui peut de son propre naturel soutenir le feu sans aucune diminution, qu'ils appellent autrement fixe, et ont appelle l'âme tout simple qui est volatile de soi, ayant puissance d'emporter quant et lui le corps de dessus le feu, qu'ils appellent en autre terme volatil, appelants l'esprit cela qui a la puissance de retenir le corps et l'âme, et les conjoindre tellement ensemble qu'ils ne puissent être séparez, soient ils faits parfaits ou imparfaits [il s'agit de la conjonction radicale des parties, annoncée par les couleurs de la queue de paon]. Combien que de vrai en notre divine oeuvre n'y entre rien de nouveau au commencement, j'entends après sa première préparation, ni au milieu moins en la fin. Mais les philosophes, selon divers respects et diverses considérations, ont appelle une même chose corps, âme et esprit, comme nous avons assez déclaré ci devant. Ainsi, quant au commencement notre matière était volatile, ils l'ont appelée âme pour ce qu'elle emportait quant et soi le corps. Mais quant ce qui était caché a été fait manifeste en notre décoction, lors le corps a démontré ses forces par le moyen de l'esprit, c'est à dire a retenu l'âme, et la réduisant à sa propre nature qui est d'être fait or, l'a fait fixe par sa puissance, étant aidé par notre art. En quoi est déclaré la vraie interprétation de ce que Hermès a écrit que nulle teinture ne se fait sans la pierre rouge car comme dit Rosinus, notre vrai soleil apparaît blanc et imparfait en notre décoction, et est parfait en sa couleur rouge. Et c'est le levain duquel a parlé Arnault de Villeneuve en son Grand Rosaire, lequel se monstre en ses deux couleurs sans jamais y toucher ni mêler rien en notre matière comme l'on pourrait penser par ses écrits. Qu'il soit vrai, Anaxagoras dit que le soleil est rouge et ardent, lequel est conjoint avec la lune qui est blanche et de la nature de l'âme par le moyen de l'esprit, combien que de vrai le tout ne soit que l'argent vif des philosophes. Cela mêmes déclaré Morienus, disant qu'il n'est possible parvenir à la perfection de notre science jusqu'à ce que l'âme soit conjointe avec le soleil , sans lequel notre science nous est inutile comme dit Hermès et tous les philosophes. Par ainsi donc, il appert comment il faut entendre ce que Rasis dit au Livre dès Lumières : le serviteur rouge a épousé la femme blanche à la fin de la perfection de notre divine oeuvre ; ensemble ce que dit Lilium, que la vraie union de corps et-de l'âme est faite en la couleur blanche et rouge par un même moyen. Ce que se fait en certain temps par l'aide de notre décoction, laquelle il faut gouverner tellement  que notre matière n'en soit point gâtée, pour ce que ainsi qu'est écrit en  la Tourbe, le profit et le dommage de notre divine oeuvre provient de l'administration du feu. Pourquoi je conseillerai avec Rasis, que personne ne s'entremette de la pratique en notre science que ne connaisse premièrement tous et chacun régimes du feu pour ce qu'ils sont grandement divers, qui sont requis à la composition de notre divine oeuvre, autrement le tiers terme qu'ils appellent le venin [c'est-à-dire la rouille : il faut disinguer la rouille blanche ou Soufre blanc qui est le CORPS de la pierre ; et la rouille rouge ou Soufre rouge plus connu sous le nom de vert-de-gris] lui sera appliqué, ce qui advient en la seconde opération comme nous avons dit ci devant.  Non pas que pour cela il faille mettre aucune chose venimeuse en notre matière, moins de la théria[qu]e ni autre chose étrange comme aucuns ont pensé, s'arrêtant à l'apparence de la lettre. Mais faut être soigneux et vigilant pour ne passer point la propre heure de la naissance de notre eau mercuriale, afin de lui conjoindre son propre corps que nous avons ci devant appelle levain, et maintenant l'appelons venin pour deux raisons, l'une quant à nous pour ce que le venin n'apporte rien que dommage au corps humain, ainsi si nous taillons à le conjoindre à son heure déterminée il ne vous apporte que dommage comme nous avons déclaré ci dessus.  Par même ou semblable raison, il est dit venin quant à notre mercure que nous appelions eau mercurielle, pour ce qu'il le tue et fixe. En quoi est déclaré la vraie interprétation de ce que Hermès a écrit, disant : quand notre matière est parvenue à son terme, elle est conjointe avec son venin mortifère, ensemble de ce que dit Rosinus, que ce venin est de fort grant pris ; Haly, Morienus et tous les autres ont témoigné le semblable. Et quant à ce qu'ils l'appellent thériacle, c'est par même. comparaison (comme dit le même Morienus): ce que la thériacle fait au corps humain, notre divine oeuvre fait au corps des métaux, combien que ce qu'ils ont écrit se puisse adapter à la conjonction du parfait levain, quand elle est faite sur l'heure déterminée pour ce que par icelle notre divine oeuvre est parfaite. Telles et semblables autorités donc se doivent entendre selon le sens allégorique et non point selon l'apparence de la lettre, comme plusieurs ont faussement estimé. Semblable est l'interprétation du dernier terme, qui est le plus utile de tous et le plus mal entendu. Car la plupart l'entendent de notre divine oeuvre quant elle est parfaite, disant que tout ainsi que un peu de caillé ou coagule congèle beaucoup de lait, ainsi un peu de notre matière jetée sur l'argent vif lé congèle et réduit à sa propre nature. Mais c'est s'éloigner grandement de la vérité, car ils concluent par cela que notre matière ne pourrait être comparée aux métaux pour ce qu'ils sont déjà congelez. Pourquoi il faut entendre que quant notre mercure apparaît simple, il est labile, lequel les philosophes ont appelle lait, appelant son caille ou coagule ce que nous avons ci-dessus appelle levain, venin ou thériacle, pour ce que tout; ainsi que le caillé n'est est rien différent du lait que d'un peu de décoction, ainsi notre coagule n'est en rien différent de notre mercure que par la décoction qu'il a acquise auparavant : qui est le grand et super-naturel secret qui a causé les philosophes « appeler » notre science divine, pour ce que tout sens humain et raisons humaines y défaillent comme nous avons déclaré ci devant. Et c'est ce coagule que Hermès a appelle la fleur de l'or, duquel ils entendent parler quant ils disent qu'en la coagulation des esprits est faite la vraie dissolution du corps, et du contraire en la dissolution du corps est faite la vraie coagulation des esprits, pour ce que par son moyen le tout est parfait, comme dit Senior : Lorsque j'ai vu que notre eau, c'est à dire notre mercure, se congelait soi-mêmes, j'ai cru fermement que notre science était véritable. Par ceste même raison Alexandre a écrit qu'il n'y a rien de créé en notre science que ce qui est fait de mâle et de femelle, appelant le mâle notre coagule pour ce qu'il agît et que tous les philosophes ont attribué l'action au mâle et la passion à la femme, appelant notre mercure femelle, pour ce que le dit coagule agît et monstre sa puissance sur lui, qui est la raison pourquoi ils ont écrit que la femme a des ailles pour ce que notre simple mercure est volatile, lequel est retenu par son dit coagule.  Ce qui les a fait écrire qu'il nous faut faire monter la femelle sur le mâle et le mâle sur la femelle, entendant le même quand ils disent en la Tourbe des philosophes qu'il faut honorer notre roi et la reine sa femme, et nous garder bien de les brûler, c'est-à-dire de hâter notre décoction. Car comme dit Arnault de Villeneuve en son Grand Rosaire,  la principale faute en la pratique de notre divine oeuvre, c'est la soudaine décoction. Semblables et variables termes ont écrit les anciens philosophes en leurs livres. Mais pour ce que ceux ci sont les principaux, je mettrai fin à la déclaration d'iceux pour ce que iceux bien entendus, la vraie matière est connue et par ainsi tous les livres nous sont déclarez et faits faciles, comme dit le bon Trévisan.
Pourquoi je conclurai avec tous les bons auteurs, les écrits desquels j'ai rédigé au meilleur ordre qui m'a été possible, qu'il n'y a qu'une seule matière de laquelle notre divine oeuvre est faite, laquelle est composée de seul simple mercure (que les philosophes ont appelle en propres termes et sans aucun équivoque l'eau mercurielle et congelée par l'action de son propre soufre que Hermès a appelé fort proprement la fleur de l'or) ayant acquis par notre longue et continuelle décoction une perfection si grande et excellente qu'elle peut parfaire tous corps métalliques imparfaits, étant conjointe avec eux par sa projection, les convertissant en fin or tel que le minéral, pour diverses raisons que nous avons ci devant déduites, par lesquelles il est assez déclaré pourquoi les métaux imparfaits sont parfaits par icelle.  Car d'autant qu'il n'y a simples au monde différents en tous et contraires en qualités qui puissent être conjoints et mêlés parfaitement ensemble, notre divine oeuvre pour être faite du seul argent vif animé ne peut endurer être mêlé avec le soufre qui a demeuré aux métaux par faute de digestion comme nous avons monstre ci dessus. Mais elle, étant toute puissante et parfaite en très grande digestion, sépare le dit souffre des métaux et parfait l'argent vif qui reste .en iceux en fin or. Qu'il soit vrai, l'expérience nous monstre quant nous faisons projection d'icelle sur l'argent vif commun, nous le trouvons presque tout converti en or. Ce qu'advient du contraire sur les métaux, car d'un marc d'aucun d'iceux ne s'en recouvre point six onces. Mais tant plus sont décuits tant moins se diminuent pour la même raison.
Pourquoi, en continuant mon petit opuscule, je mettrai fin à la seconde partie pour commencer la tierce et dernière. En laquelle je montrerai la vraie et parfaite pratique de notre science sous diverses allégories, lesquelles notre bon Dieu manifestera s'il lui plaît à ses vrais fidèles et parfaits amateurs d'icelle, qui se peineront à la lecture de mon opuscule, la vraie intelligence duquel il leurs donne par son Saint Esprit pour en user à l'honneur de notre cher sieur et vrai rédempteur Jésus Christ. Auquel soit louange et gloire aux siècles des siècles. Ainsi soit il.
Fin de la seconde partie.
 
LA TIERCE PARTIE

Epître de M. R. D. Réponse à l'auteur
Monsieur, étant arrivé de prêcher après Pâques en notre convent, ay trouvé deux de vos lettres. La première contenant la résolution qu'avez fait en votre étude, laquelle m'est grandement agréable pourvu que votre argent vif que j'appelle eau mercuriale soit bon et parfaitement purifié avant l'animer et conjoindre avec son propre et parfait coagule, et que l'heure de leur conjonction vous soit très certaine. Je ne vous écrirai rien plus avant en ceci, mais si votre pratique ne vous coûtait guères, je m'en sentirais plus assuré et pour cause. Quand à la seconde lettre, il m'est impossible y satisfaire pour raison de maladie. Si ne m'arrêterai je pourtant vous mercier de tant d'honnêtes présentations que vous avez pieu me faire, et louerai toujours votre conseil quand avez résolu en votre dessein, mêmement l'inversion et changement de votre nom ; lequel dessein et entreprise je supplie le Seigneur qu'il lui plaise favoriser comme je crois fermement que fera, pourvu que conduisiez bien sagement votre décoction, afin, qu'ayons le moyen pour nous voir quelques jours ensemble par de là, si mes vieux ans le peuvent permettre. Pour la fin, je vous prie observer diligemment toutes et chacune choses que vous surviendront en votre besogne et ne vous accointez de personne pendant icelle, car c'est la raison seule qui m'a empêché de pratiquer, pour être enfermé céans. Laquelle même me fait trouver étrange que n'ayez pratique votre résolution à Paris, pour beaucoup de raisons, attendu mêmement que Dieu vous en a donné le moyen. Je pense que vous entendez tout le contenu de ma lettre. Toutefois, s'il vous semble en rien différent de la votre, mandez-le moi, car je ne vous conseille point abandonner votre maison, et vous serez obéi d'aussi bon cSur que je prie le Créateur vous assister par son saint honneur et vous maintenir toujours en sa sainte grâce, me recommandant bien humblement à la votre. En notre convent, le dimanche d'après Pâques. Votre entièrement M. R. D.

 
LA TIERCE PARTIE
En laquelle l'auteur monstre, sous diverses allégories, la vraie pratique pour travailler à la faction de la grand oeuvre.

Les philosophes et vrais cosmographes ont laissé par écrit que la terre qui est aujourd'hui habitable, est partie et divisée en trois principales parties : savoir l'Asie l'Afrique et l'Europe, qu'ils ont dit être sous quatre régions, sur l'Orient et Occident, sur le Midi et Septentrion.  Lesquelles régions sont régies et gouvernées par divers empereurs, rois, princes et grands seigneurs, chacun desquels a diverses et variables choses en grande recommandation, tant pour la rareté d'icelles que pour la douceur et singularité qu'ils ont trouvé en elles. Laquelle n'a point eu si grand crédit en leur endroit comme la première, ainsi que l'expérience m'a témoigné lorsque j'étais voyageant par diverses contrées. Car la part où la fréquence de gens de savoir était fort grande, je vis à mon très grand regret et d'avantage, les gens savants pauvres et grandement reculez, quant les ignorants étaient avancez en toute sorte. Mais où la faute des gens de savoir était grande et que l'ignorance y régnait tellement que la plupart et presque tous n'étaient que gens ignares et mal appris, là dis je, étaient les gens savants en fort bonne opinion de tous et favorisez des plus grands.
Ainsi la faute des richesses et des mines desquelles l'or nous est communiqué ensemble tous autres métaux, a causé que aucun d'iceux a été et sera à l'advenir en grande estime en la plus grande partie desdites régions, comme l'abondance d'icelui a fait aux autres qu'il a été et sera toujours méprisé des grands seigneurs d'icelles, au lieu qu'ils ont en grande estime les choses de peu voire de néant qui n'ont riens de parfait fors la seule apparence ; laquelle leur a toujours ébloui les yeux, les empêchant de connaître les choses grandes et parfaites.           
Lesquelles se fâchant de leur façon de faire comme font volontiers les gens savants quant ils voient que les ignorants leurs sont préférez, se retirent ailleurs, délibérez de montrer leur savoir et puissance. Or étaient elles comme une des parties du monde est aujourd'hui, gouvernée par un qui les rangeât et renforçât de telle façon et avec une si grande diligence qu'il se fît croire qu'avant qu'il cessait, le reste du monde lui serait assujetti par l'aide et faveur d'un de ses compagnies et principalement le conseil de son fidèle Pourvoyeur. Mais ce pendant qu'il était en ces délibérations, il s'accompagna de divers et non fables étrangers. Lesquels désirèrent d'être mieux reçus et mieux récompensés des empereurs, rois et autres princes comme font les épiées d'aujourd'hui, se retirant devers eux pour leur découvrir ce qu'ils avoient peu apprendre de l'entreprise de ce bon Gouverneur. De laquelle ils ne tinrent aucun compte, se faisans accroire qu'il n'y avait puissance terrienne qui peut résister à la leur, tant s'en faut que l'entreprise du bon Gouverneur leur fût redoutable. Pourquoi, lorsqu'il ne se parlait en leurs cours et grands palais que de rire, chanter et manier l'amour, fréquenter ordinairement les festins, entreprendre momeries, piquer chevaux, dresser tournois pour combattre pour les couleurs et faveurs des dames, jouer à la paume, aller à l'assemblée, priser les flatteurs,  causeurs et rapporteurs, se moquer des pauvres gens savants, les appelants par moquerie philosophes, qui est le titre bien convenant aujourd'hui à peu de gens mais tel que les grands monarques ne l'ont point dédaigné anciennement, si ne feraient pas de ceux d'aujourd'hui s'ils étaient bien conseillez.  Lors, dis je, ce bon prince tout chenu accompagné de ses bonnes compagnies et fidèle Pourvoyeur fît battre aux champs et avait déjà assiégé une des principales villes de l'Empereur, quant l'Empereur fît assembler son camp, accompagné de plusieurs rois et grands seigneurs, lesquels tous ensemble le vinrent trouver, si lui firent abandonner le siège bien tôt après qu'ils furent arrivez et non sans cause, pour ce que son fidèle Pourvoyeur le fâchait ordinairement, le voulant faire retirer dedans quelque fort qui fût digne de lui, où il n'endurât pas si grand chaut.  Et puis, outre le secours que ceux dedans la ville leur donnaient faisant continuellement de vaillantes sorties sur les compagnons de ce bon prince, l'Empereur était accompagné de cinquante mil hommes de pied et de six mil chevaux, comme l'on disait, sans compter tant de noblesse et grands seigneurs qui suivaient sa cornette, étant renforces d'un grand nombre d'artilleurs qui faisaient merveilles de bien tirer.
Pourquoi ce bon prince, après avoir assemblé le conseil de toutes ses compagnies, s'accordant au bon advis de son fidèle Pourvoyeur, leva le siège de devant ladite ville, aussi était elle défendue d'un fort qui était en partie de fer, se retirant le mieux qu'il pouvait avec le meilleur ordre que lui fut possible garder, pour ce qu'il se sentait encore faible, Qui fut la cause qu'il laissa au derrière sur la queue, par le  conseil de son dit Pourvoyeur, des plus vaillants compagnies qu'il avait pour entretenir toujours l'escarmouche avec les gens de l'Empereur qui le suivaient de près pour garder et défendre par ce moyen son arrière garde qui était faible, n'eût été un ruisseau qui lui fut favorable. Lesquelles compagnies firent si bien leur devoir qu'il n'y en eut aucune des autres oui fussent occis, encore qu'elles eussent bien des affaires, mêmes il y en y eut quelques unes d'abattues qui furent relevées par la prouesse et valentise  des autres. Mais l'écheveau ne se démêla pas ainsi. Car le lendemain l'Empereur suivi de si près lé bon prince avec tout son camp, qu'il fut contraint, suivant en cela le bon conseil de son fidèle Pourvoyeur gagner un petit fort qui a été toujours estimé imprenable pour ce qu'étant tout rond et assis sur un cerceau entouré de murailles où il recevait tant de vivres et munitions qu'il voulait d'une forte tour qui était tout joignant. Laquelle était pourvue de tout ce qu'il avait besoin par le moyen d'un seul homme, savoir du dit Pourvoyeur sans que personne s'en print garde, non plus que le sultan Soliman ni ses gens souhaitaient faire de ravitaillement qu'on faisait  ordinairement à Neapoli de Romanie, par dessous une roche, quand il la tint assiégée vingt mois durant ou davantage. Or ce bon prince logea en l'environ de cette tour, toutes ses compagnies se logeant dans le corps du château en une belle petite chambre bien entourée et garnie de toutes choses requises à la commodité d'une chambre qui fut digne d'un si grand seigneur.     Et entre autres, elle était enrichie d'un beau cabinet grandement excellent, semblable en partie à ceux qu'on voit en le duché de Loraine, duquel il ne bougea -tant qu'il demeura dedans le dit château jusqu'à la fin du siège, pour le grand et singulier plaisir qu'il y reçut et pour ce  mêmement qu'il regardait par quatre fenêtres sans bouger de là, par lesquelles il voit toute la contenance de ses ennemis. Lesquels ne lui pouvaient nuire de rien pour ce que sa principale porte était fermée tellement qu'il n'y avait personne qui la sût ni peut ouvrir, fors son principal et fidèle Pourvoyeur, qui donna tel ordre que rien ne leur faille durant un an que l'Empereur le tint assiégé, lequel lui donna divers assauts du commencement, par l'aide et faveur des grands seigneurs qu'il avait quant et lui.  Ce qui contraignit ce bon prince qui avait déjà été tant rudement assailli, partir toutes ses compagnies en: cinq enseignes colonelles, afin que chacun fît la garde par rang et soutint les assauts qui se présenteraient durant leur quartier, pour que par ce moyen il résistas! à la force et ennui que l'Empereur lui faisait ordinairement, étant conseillé de ceux qui étaient auprès de lui.  Car ils lui disaient : Si nous le laissons ainsi, il aura juste cause pour se moquer de nous, lui mêmement qui a été en notre puissance autrefois, attendu qu'il dit s'en être retiré par le mauvais traitement qu'il y a reçu ; ce que lui causera juste occasion de vengeance sur nous et les nôtres s'il se peut une fois sortir d'ici. Tels et semblables propos furent cause que l'Empereur se délibéra l'avoir par famine et ce pendant le fâcher ordinairement par divers assauts.  Mais pour ce que l'hiver s'approchait, il se retira avec une partie de l'armée, laissant le reste au devant du château sous la charge d'un grand seigneur qui l'avait suivi à ce voyage. Lequel ne chôma point, de sorte qu'ils ne passaient guères jours qu'ils ne vinssent à l'assaut jusqu'au combat de la main. Car de sortie, ceux de dedans n'en faisaient point pour ce que leur prince l'avait défendu. Lequel étant averti par son fidèle Prou voyeur de l'ordonnance que l'Empereur avait faite à son parlement qu'on ne levât le siège de la devant qu'un an entier ne fût passé ou qu'il ne se fût rendu, ordonna tant pour la conservation de sa personne que pour l'avancement de son règne que chacune de ses enseignes colonelles lui apporterait, durant son quartier, une enseigne qu'elle aurait conquêter aux assauts sur les ennemis, autrement elle encourait sa malegrâce.  Mais s'il advenait que par leur diligence et hardiesse elles accomplissent ses commandements, il leur assura que lui mêmes, étant aidé de son fidèle Pourvoyeur, gagnerait l'enseigne colonelle des ennemis, y dût il employer sa vie, et leur ferait telle part du butin qu'elles porteraient sa propre et naturelle enseigne ; si seraient par ce moyen plus riches que pas un de tous ceux qui l'avoient assiégé. Si ceste ordonnance fût agréable à ces bonnes compagnies, qui ne désiraient autre chose que voir leur prince grand, pour en pouvoir augmenter, l'expérience qui s'en ensuit en a rendu certain témoignage. Car avant que leur terme passât, l'on lui apporta les enseignes qu'il avait demandées, moyennant le bon ordre que son fidèle Pourvoyeur y donna par la duplication du cercle, qu'un grand personnage de France, voire admirable pour raison de son savoir, l'avait appris un peu auparavant qu'il connût le bon docteur qui fut cause de son avancement et étude D. Z. La première enseigne était des pistolliers allemand. La seconde était semée de diverses couleurs de l'amie, que l'aimant avait porté à l'assaut. La tierce approchait grandement en semblance la cornette du roi François. Et la quatrième était celle même, enrichie d'un beau et grand croissant. La cinquième était grandement semblable à l'enseigne colonelle de l'Empereur, laquelle anima tellement le cSur de ce bon prince que lui mêmes s'en alla le lendemain sur la brèche. II fut longtemps, ayant toujours près de lui son fidèle proviseur qui était grandement soigneux des affaires, où il endura une peine indicible et mêmement grand chaut qui lui fâchait fort. Mais en fin il tint promesse à ses compagnies et gagna la propre enseigne colonelle de l'Empereur.
Pourquoi après avoir été bien nettoyé et rafraîchi par son dit Pourvoyeur qui lui festoya grandement avec ses premières viandes qu'il avait de Carême depuis le commencement du siège, il mit en route tout le camp à la sortie, laquelle il fit le lendemain, accompagné de son bon et loyal Pourvoyeur et ses bonnes compagnies que portaient tous et avoient en leur puissance la propre couleur naturelle de leur bon conducteur De sorte qu'il n'y eut ni sera à l'advenir pape, empereurs, roi, sultan, ni autres princes ou grand seigneur qu'ils ne se vinssent rendre à lui et aux siens pour lui faire hommage, tellement qu'ils l'en font encore et l'en feront tant qu'ils demeureront en ce bas monde, par l'ordonnance du haut et souverain Dieu, qui distribue ses grands et admirables biens à ceux qui le craignent et honorent, gardant ses saints  Commandements que son cher fils et notre seul rédempteur Jésus Christ nous a déclarez en son Saint Evangile, auquel soit louange et honneur aux siècles des siècles. Ainsi soit il.

La façon pour s'aider de notre grand roi et conducteur.

Afin que notre opuscule ne demeure imparfait, il me reste déclarer, pour mettre fin à la tierce et dernière partie, la façon comment il faut faire projection de notre grand roi sur ses compagnies, ensemble comment l'on en peut user sur les pierres précieuses, déclarant enfin quel profit en rapportent les corps humains pour la santé.

La façon pour faire projection sur les métaux, de notre divine oeuvre.

Pour bien convertir tous les métaux imparfaits à la nature de notre grand roi, en faut prendre une once d'icelui après qu'il est multiplié et rafraîchi, et le jeter sur quatre onces de fin or fondues, et trouverez toute votre matière frangible ; laquelle pulvériserez et ferez de cuire par trois jours dans un vaisseau propre et bien fermé, au dedans de la montagne close, avec la chaleur du dernier assaut, et d'icelle poudre en jetterez une once sur vingt cinq marcs d'argent ou de cuivre, ou bien sur dix huit marcs de plomb ou étain, ou sur quinze marcs d'argent vif commun échauffé dans un creuset, ou congelé avec le plomb.  Mais faut qu'ils soient premièrement bien fondus et échauffés, et verrez bien tôt après toute votre matière couverte d'une écume bien épaisse, puis quant elle aura fait son opération, il vous semblera que le creuset ait éclaté. Lors, ferez refondre votre matière et la trouverez convertie en fin or. Mais si d'aventure n'avez gardé le poix susdit, vous ne trouverez point vos matières, comme en .rien changées de leur première couleur,  Par quoi les faudrait passer par une grande coupelle, sans y mettre du plomb, et dans trois heures après, la coupelle aura consommé tout ce qui n'avait été parfait par faute de n'y avoir mis assez de notre divine oeuvre. Et le reste demeurera au-dessus tout net, lequel passerez par le ciment royal durant l'espace de six heures, et trouverez tout l'or qu'aura été converti par l'aide de notre grand roi, aussi fin que l'or minéral. Et c'est le moyen que Raymond Lulle a appris en son Codicille, lequel apprend le second en son Testament, comme s'ensuit.

La façon de user de notre divine oeuvre sur les perles et sur les rubis.

Pour faire les perles rondes et de telle grandeur qu'on voudra, faudrait nettoyer et rafraîchir  notre grand roi, incontinent après que ses bonnes compagnies lui ont apporté ceste belle enseigne blanche semée de ce grand croissant, sans attendre la fin du siège. Et quant aura été rafraîchi une fois seulement, en prendrez deux ou trois onces. Car c'est le mercure que Raymond Lulle appelle exubéré, lequel mettrez sur les cendres dedans un petit alambic bien propre et bien fermé, pour le distiller à fort petit et lent feu, du commencement. Et quand ne distillera plus par ce feu, changerez le récipient, lequel ; bien luté lui donnerez bon et fort feu tant qu'il ne distille plus. Puis prendrez ceste seconde liqueur et la mettrez dans un nouveau alambic, pour la distiller bien proprement dedans un bain marie par trois fois l'un après l'autre remettant chacune fois ce qu'aura distillé sur les fèces qui seront visqueuses et se dissoudront chacune fois avec la dite eau en peu de temps. Mais à la tierce fois, ferez distillez le tout par cendres. Puis prendrez ce qui sera distillé et la mettrez en un nouveau alambic pour le distiller bien proprement par bain par quatre fois, mettant toujours les fèces à part, tant que votre eau qui sera distillée soit très claire et luisante en blancheur comme de perles orientales, de laquelle userez comme ensuit : Mettez les perles qui soient bien claire, mais tant menues que voudrez au fond d'une petite cucurbite. Et mettez de votre eau au dessus, de l'épaisseur d'un dos de cousteau, et la couvrires très bien de sa chape, et dans trois heures après, les perles se fondront en pâte blanche. Mais au dessus viendra une liqueur claire, laquelle viderez doucement par inclination, sans rien troubler ni sans mètre de ladite pâte dans un autre alambic. Lequel étant bien couvert et luté, mettrez dans le bain comme si la vouliez sublimer par trois jours puis l'ôterez. Ce fait, faites faire un moule d'argent tout creux et rond, parti par le milieu et doré au dedans, de la rondeur et de la grandeur que voudrez vos perles, y faisant un petit trou par le milieu de l'entre deux, afin qu'un petit fil d'or comme le poil en puisse passer, et remplir la moitié du moule de la dite pâte avec une spatule d'or puis l'autre tout incontinent, et mettrez bien le dit fil au milieu dans la moitié de son trou.  Et fermerez très  bien le moule en passant et repassant le fil par son trou afin que soient bien percées. Puis l'ouvrires et mettrez une perle dessus une plate d'or et la couvrirez d'un couvercle d'or, sans les toucher des mains, faisant sécher à l'ombre sans que le soleil y touche. Et quant aurez fait ainsi toutes vos perles et qu'elles seront bien séchées, les enfilerez dans le dit fil d'or sans les toucher des mains. Et mettrez le dit fil dans un tuyau de verre fait comme un roseau qui ait un petit trou dans l'un bout et l'autre tout ouvert.  Lequel pondérez dedans un materas où sera la liqueur sublimée sans qu'il y touche, puis lutez très bien le tout afin que rien ne exhale, et le mettrez à l'air par huit jours sans que le soleil y touche, puis au soleil par trois jours, remuant votre matière de trois en trois heures également, et par la vapeur de la dite liqueur, les perles seront parfaites.
De même façon pourrez faire les rubis de telle forme et grandeur que voudrez, y procédant par même moyen avec le mercure rouge, après  l'avoir nettoyé et rafraîchi une fois seulement.

La façon de user de notre divine oeuvre sur les corps humains pour les guérir des maladies et les conserver toujours en santé.

Pour user de notre grand roi pour recouvrer la santé il en faut prendre un grain pesant après sa sortie et le faire dissoudre dans un vaisseau d'argent et de bon vin blanc, lequel se convertira en couleur citrine, puis le faire boire au malade un petit après la minuit, et il sera guéri dans un jour si la maladie est d'un seul mois. Et si elle est de un an, il sera guéri dans onze jours. Et s'il est malade de fort longtemps, il sera guéri dans un mois, et en usant chacune minuit comme dessus. Et pour demeurer toujours en bonne santé, il en faudrait prendre au commencement de l'automne et sur le commencement du printemps en façon d'électuaire confit. Et par ce moyen, l'homme vivrait toujours joyeux et en parfaite santé jusqu'à la fin de ses jours que Dieu lui aura ordonné, comme ont écrit les philosophes. Lesquelles admirables opérations ils ont attribué à notre divine oeuvre pour la grande et exubérante perfection que notre bon Dieu lui a baillée par notre décoction, afin que par ce moyen les pauvres et vrais membres de notre seigneur Jésus Christ en soient soulagez et nourrit. Auquel soit louange et gloire aux siècles des siècles.

Ainsi soit il.
Fin du présent opuscule 1560

Tout ce que dessus a été écrit de la propre main de l'auteur dans Basie où il séjourna un mois, traversant les Allemagnes,
D. Zecaire

Avertissement
Faut que à la fin de ce livre y ait une douzaine de feuillets en blanc sans y avoir riens fors en tête ; au lieu où aux autres il y a Premier traité, mettrez en lettres assez grosses ce mot, s'entend : Restituta.
Et au douzième feuillet au lieu milieu d'icelui mettrez ce qui s'ensuit en fort grande lettre HEC DESIDERANTUR QUE MORS SOLA DECLARAVIT
Finis coronat opus