DIAMANTS ET PIERRES PRÉCIEUSES - I -

PAR

LOUIS DIEULAFAIT

PROFESSEUR DE GÉOLOGIE ET MINÉRALOGIE À LA FACULTÉ DES SCIENCES DE MARSEILLE

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TROISIÈME ÉDITION ILLUSTRÉE DE 150 VIGNETTES SUR BOIS
PAR BONNAFOUX, SELLIER, MARIE, ETC PARIS LIBRAIRIE HACHETTE ET Cie 73, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 73

1887 Droits de propriété et de traduction réservé.


partie I - II -


revu le 8 janvier 2012




Préambule : nous donnons ici le texte d'un ouvrage qui va nous permettre de parachever, par l'exemple et l'illustration, notre dessein de l'alchimie : cette tentative d'interprétation du grand oeuvre de manière rationnelle par la préparation - grâce à des méthodes dites de nature - des pierres gemmes. Cette section trouve donc son pendant hermétique principalement dans la section Soufre, chimie et alchimie ainsi que Mercure philosophique.


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PRÉFACE


A côté des notions scientifiques proprement dites se rapportant aux pierres précieuses, il en est un grand nombre d'autres qui ne sont pas moins intéressantes, et qu'il importe tout autant au public de connaître. Nous avons consacré plusieurs chapitres à leur exposition. Les pierres précieuses n'ont plus aujourd'hui d'autre usage que celui de servir à la parure et à l'ornement. A l'aide des écrits de l'antiquité, du moyen âge et de la Renaissance, nous avons montré quelle idée on s'en faisait et quel rôle considérable elles ont joué dans des temps plus anciens. Parmi les milliers de contes, de légendes, etc., dont les pierres précieuses ont été le prétexte, nous en avons cité un certain nombre. Nous avons écarté ceux qui n'auraient offert qu'un intérêt de curiosité, et choisi, au contraire, ceux qui portaient avec eux un enseignement ou un éclaircissement. Dans le chapitre IV et le chapitre V, il était indispensable de faire entrer quelques éléments de cristallographie ; sans cela ces deux chapitres si importants perdraient une grande partie de leur valeur. Nous avons rendu ces notions aussi courtes que possible, mais en même temps nous leur avons conservé le caractère essentiellement scientifique. Vouloir vulgariser la science en la dépouillant, comme on le fait si souvent, de ce qui constitue son essence même, ce n'est pas la vulgariser, mais la défigurer et la travestir. Le chapitre consacré aux pierres fausses ne sera pas un des moins utiles. Les faits qu'il renferme portent avec eux leur enseignement : les personnes qui achètent des pierres précieuses sauront en faire leur profit. Un chapitre est consacré à l'exposition des méthodes à l'aide desquelles les savants modernes ont pu reproduire la plupart des pierres précieuses. Ces méthodes et les beaux résultats obtenus par leur emploi sont restés jusqu'ici confinés dans les recueils scientifiques et dans les traités spéciaux. Nous sommes heureux d'avoir eu l'occasion de les vulgariser le premier. [nous avons été amenés à produire sur ce site maints extraits de ces Mémoires dont parle l'auteur] Il n'y a dans ce livre aucune gravure de fantaisie. Toutes reproduisent, autant qu'il est permis à la gravure de le faire, les objets qu'elles rappellent. Nous avons apporté tout le soin possible à cette partie de notre travail, car, si la gravure est un des plus puissants instruments de vulgarisation, c'est à la condition expresse de reproduire exactement la nature. Enfin, nous nous sommes constamment efforcé de placer les faits dans leurs relations naturelles, de manière à faire connaître et à résumer, par cette exposition même, un côté notable de l'évolution de l'esprit humain, dans l'ordre intellectuel et dans l'ordre scientifique.

Louis DIEULAFAIT.

I

Pierres précieuses. - Leur origine. - Nature et position géologique des terrains dans lesquels on les rencontre. - Caractères physiques, propriétés optiques et électriques des pierres précieuses. - Caractères extérieurs. - Notion de la lumière et de la chaleur sur les pierres précieuses.

Nous comprendrons dans cet ouvrage, sous la dénomination de pierres précieuses, d'abord toutes les substances minérales qui, par leur dureté, leur éclat, leur couleur, leur rareté, etc.. ont de tous temps attiré l'attention des hommes. [voilà qui mériterait une étude psychologique spéciale, se rapportant aux propriétés organoleptiques, évoquées par Chevreul dans ses multiples études, sur le rôle - sans doute lié à la sécrétion d'endorphines - exercé par les effets de scintillement lumineux. On sait que la musique procure un effet semblable] Nous examinerons ensuite, dans un chapitre spécial, un certain nombre de productions dont la composition et l'origine n'ont rien de commun avec les pierres précieuses proprement dites, mais qui, dans la parure et l'ornement, remplissent exactement le même rôle que ces dernières. En contemplant la prodigieuse richesse de la nature, il semble que le nombre des pierres précieuses devrait être illimité; mais, comme nous le verrons, il est loin d'en être ainsi. Disons toutefois qu'il n'est pas possible de tracer une limite précise entre les pierres précieuses les plus communes et les pierres ordinaires. Nous retrouvons là un cas particulier de la grande loi formulée, il y a plus d'un siècle déjà, par l'illustre Linné : Natura non facit saltus (la Nature procède pas à pas). [avant Linné, Michel Maier, l'auteur de l'Atalanta fugiens, l'un des fleurons de la littérature alchimique, avait déjà donné cette citation, implicitement il est vrai, dans son bel emblème LXII] Toutes les pierres précieuses sont transparentes ou au moins translucides. Nous pouvons déjà conclure de cette remarque que leur matière constituante doit être homogène dans chacune d'elles tout en variant dans de larges limites suivant les espèces. Cette homogénéité, on le comprend très bien, ne pourrait être obtenue par le mélange, à l'état solide, des divers éléments, quel que fût d'ailleurs l'état de pulvérisation auquel on aurait amené chacun d'eux. [cela renvoie à l'or potable qui n'était en général que de l'or porté à un état très fin de division sans qu'il se fût agi d'une solution à proprement parler. C'est là où gît l'un des plus hauts secrets de l'alchimie : obtenir la conjonction RADICALE des principes de l'oeuvre par la médiation d'un tiers-agent] Il faut de toute nécessité qu'ils aient été gazeux ou liquides. Pour atteindre ce but, la nature possède une multitude de moyens, mais qui peuvent être facilement ramenés à trois procédés généraux.

- 1° Fusion directe de la substance par l'action seule de la chaleur.
- 2° Dissolution de la substance à l'aide de substances étrangères, soit à froid, soit à chaud.
- 3° Rencontre à l'état de vapeurs des substances destinées à devenir les éléments de la pierre.

[voir là-dessus notre Mercure philosophique. Les substances étrangères prennent une dimension hermétique dans la mesure où, par cabale, l'étranger renvoie au mythe de Diane - Artémis, cf. nos Symboles]

Au point de vue de la formation, les pierres précieuses se divisent donc naturellement en deux classes.

- La première comprend les pierres produites par fusion directe, par cristallisation dans un excès de leur substance fondue, par la volatilisation de leurs éléments, en un mot, par l'intervention directe de la chaleur. [intervention directe de l'élément FEU d'Empédocle et de Platon, cf. Idée alchimique, V]
- La deuxième renferme les pierres qui ont pris naissance au sein d'une dissolution dont l'eau était en général l'un des éléments constituants. [idem pour l'élément EAU : il résulte de cela que, tout naturellement, les éléments EAU et FEU, réputés grands ennemis - cf. le Sermon sur la Mort de Bossuet, participent directement de la nature du dissolvant des alchimistes]


FIGURE I
volcans éteints formant la chaîne des Puys, en Auvergne


Il résulte de là que les substances précédentes se rencontrent, les unes dans les parties de notre globe qui ont subi une si haute température, et les autres dans les parties qui n'ont jamais supporté cette température, ou, ce qui revient au même ici, dans des terrains complètement refroidis à l'époque où ils ont fourni à l'eau les éléments des pierres dont nous nous occupons. Maintenant, les parties de notre globe qui ont subi l'action du feu peuvent-elles actuellement être distinguées de celles qui n'ont pas éprouvé cette action ? Très facilement. Quand on considère les substances qui constituent la partie solide de notre globe, on reconnaît immédiatement deux grandes divisions : la terre dans le sens agricole du mot, et les pierres, qu'elles soient plus ou moins séparées ou à l'état de roches continues. Le moindre examen montre, en outre, que cette terre est formée elle-même, en grande partie, de pierres de plus en plus petites, et, il ne faut pas un grand effort pour arriver à penser, ce qui est vrai, que cette terre et les pierres ont la même origine. Si donc on enlève par la pensée, de la surface du sol la terre, dont l'épaisseur est du reste extrêmement faible, on voit que la partie solide de notre globe est exclusivement composée de roches, en prenant ce mot dans son sens vulgaire. Ces roches se divisent en deux grandes classes. Les unes ont été produites à l'état de matières fondues, comme les laves des volcans modernes, tandis que les autres ont été formées par les mers, les fleuves et les lacs des époques anciennes, de la même manière que nous voyons les dépôts s'effectuer sous nos yeux par les eaux de la période actuelle. Les premières sont appelées roches ignées (ignis, feu), les autres roches sédimentaires. D'après leur mode de formation même, ces deux grandes classes de roches doivent se distinguer facilement. C'est en effet ce qui a lieu. Les premières, poussées de l'intérieur de la terré à l'état pâteux, sont venues s'étendre à la surface du sol, sans montrer, le plus souvent, dans leurs différentes parties, aucune espèce de disposition régulière.
La planche figure 1, donnant une vue des pays volcaniques de l'Auvergne, met en évidence, mieux que toutes les descriptions possibles, le fait que nous signalons ici. Bien que le dessin, comme toujours, ne reproduise que très imparfaitement la nature, on comprend cependant que les masses représentées, ont dû se soulever de l'intérieur de la terre, et sont venues, en, formant de vastes cônes, s'épancher à la surface du sol. Sous l'influence du retrait produit par le refroidissement, la matière fondue s'est fendillée, et il en est résulté un ensemble de fragments parfois en apparence assez réguliers. Tout le monde connaît les colonnes basaltiques des contrées volcaniques, et celles de l'Auvergne en particulier. Elles ont pour origine la cause dont nous parlons. Malgré leur grande réputation, ou peut-être même à cause de cela, les basaltes en grandes colonnes sont assez rares, mais ce qui l'est infiniment moins, c'est le fendillement de la masse fondue dans toutes ses directions. La planche figure 2 donne une idée excellente de cette disposition, et peut être considérée comme représentant bien le type généralement offert par les terrains ignés. En passant des terrains ignés aux terrains sédimentaires, l'aspect général change complètement.


FIGURE II
pic du Sancy, en Auvergne


Déposés au fond des eaux par assises parallèles, ils ont, après leur émersion, conservé cette disposition. Sans doute les révolutions et les mouvements du sol ont, dans une foule de points, singulièrement détruit l'horizontalité des bancs, mais peu importe; le parallélisme des différentes couches n'en persiste pas moins, et leur disposition par assises successives demeure presque toujours parfaitement reconnaissable.


FIGURE III
type des terrains sédimentaires


La figure 3 explique et justifie ce que nous venons de dire, et sa comparaison avec les deux planches précédentes [1, 2] achève de faire ressortir la profonde différence d'aspect que présentent les terrains ignés et les terrains sédimentaires, même à une grande distance, et pour les yeux les moins exercés. En France, les terrains ignés sont concentrés dans quatre régions bien distinctes, la Bretagne, les Vosges, l'Auvergne et la partie méridionale du département du Var. Cette dernière, de beaucoup la moins étendue, offre un intérêt scientifique tout à fait exceptionnel, comme nous le montrons dans la Description et Ia Carte géologique du Var.
Dans les temps anciens comme de nos jours vivaient des myriades d'animaux et de végétaux qui ont laissé leurs débris dans les sédiments des différentes époques. Ce sont ces restes que les naturalistes désignent par le nom de fossiles. La vie étant absolument incompatible avec la haute température des terrains ignés, à l'époque de leur formation, ils ne renferment et ne peuvent renfermer la moindre trace de fossiles. La présence ou l'absence de fossiles dans un terrain constitue donc un deuxième et excellent caractère pour reconnaître son origine. Nous reproduisons quelques-uns des types de fossiles animaux et végétaux répandus dans les différents terrains sédimentaires. Les êtres représentés dans les figures 4, 5 et 6 se


FIGURE IV - V - VI
algues - Calymene Blumenbachii - Acanthodes


rencontrent dans les terrains les plus anciens, ceux qu'on a appelés terrains primaires. Ils sont en général très différents des êtres actuels par leurs formes extérieures, mais ils s'en éloignent bien plus encore quand on vient à les examiner en détail. On comprend, du reste, qu'à ces époques si prodigieusement reculées, les conditions générales de la vie devaient être tout autres qu'elles ne sont aujourd'hui. Ceux que représentent les figures 7, 8 et 9 appartiennent à des terrains plus récents, les terrains jurassiques et les terrains crétacés.


FIGURE VII - VIII - IX
Coniopteris Murrayana - Terebratula diphya - Tetragonolepis


Aux terrains crétacés succède la formation tertiaire, dans laquelle on rencontre les animaux représentés par les figures 10, 11 et 12; c'est là seulement que commencent à apparaître des animaux rappelant beaucoup ceux de la période actuelle, et dont les figures 13 et 14 nous donnent deux types caractéristiques. Enfin, après la formation tertiaire vient la formation quaternaire, qui renferme des animaux tout, à fait analogues à ceux de la période actuelle.


FIGURE X - XI - XII
Cerithium hexagonum - Cyprea elegans - Lebias cephalotes


- Si maintenant on demande à la chimie, quelle est la composition générale de ces deux grandes classes de terrains, on obtiendra cette réponse dont la simplicité a une véritable grandeur : ce qui domine surtout dans les terrains sédimentaires (à l'exception des plus anciens), c'est le calcaire; ce qui domine surtout dans les terrains ignés, c'est la silice et l'alumine. [on voit posés d'emblée les grands acteurs du grand oeuvre alchimique NATUREL - cf. notre Mercure de nature - du moins vus dans l'optique que nous défendons de l'alchimie, entièrement rationnelle et où, pour autant, nous n'omettons aucun point du symbolisme le plus orthodoxe] Ainsi donc : stratification des couches, présence et souvent abondance extrême de fossiles, grande prépondérance de l'élément calcaire, voila qui caractérise les terrains sédimentaires ; absence complète de stratification, absence complète de fossiles, grande prépondérance de l'élément siliceux et alumineux, voilà qui caractérise les terrains ignés. [autrement dit : l'EAU renvoie au calcaire ; le FEU renvoie à la silice et à l'alumine. Or, la cabale hermétique va nous permettre, cf. infra, de mettre une étiquette conforme à l'esprit des vieux traités alchimiques, derrière cette nomenclature moderne]


Xiphodon gracile

Anoplotherium commune
FIGURE XIII - XIV

Ceci établi, si l'on recherche quelle est la composition des pierres précieuses, on verra que la plupart de celles qui méritent réellement ce nom sont surtout formées de silice et d'alumine, ou bien de l'une de ces deux substances. Il ressort, dès lors, des faits généraux établis plus haut, et de la composition des pierres précieuses, qu'elles doivent se rencontrer le plus souvent dans les terrains ignés, ou dans les débris qui en proviennent. C'est ce que l'expérience vérifie complètement. Il semble d'après cela naturel de conclure qu'une contrée sera d'autant plus riche en pierres précieuses qu'elle offrira un plus grand développement de terrains ignés. D'une manière absolue la chose est possible ; mais au point de vue pratique, c'est-à-dire de la rencontre réelle des pierres précieuses, il est un autre élément qui joue un rôle de premier ordre, c'est l'état plus ou moins grand de désagrégation éprouvée par les roches ignées. On comprendra en effet que les pierres précieuses étant seulement de très rares exceptions dans la masse des terrains, il est nécessaire que des quantités énormes de ces derniers soient réduits en fragments assez petits pour que les pierres précieuses apparaissent. On sait que, sous l'influence des agents atmosphériques, les roches même les plus dures se désagrègent peu à peu. Cette action toutefois n'a joué qu'un bien faible rôle dans les productions des sables et dans la formation des terres arables. Notre terre, dans les anciens âges, a été soumise à plusieurs révolutions d'une extrême violence. Leurs principaux effets, après un nombre prodigieux de siècles, sont encore aujourd'hui parfaitement reconnaissables. Le dernier de ces grands mouvements correspond à ce que les géologues appellent la période quaternaire. [on peut avoir une bonne idée de l'importance de ces phénomènes de désagrégation en examinant les travaux de Jacques Joseph Ebelmen sur les feldspaths et leur dégradation] A cette époque relativement peu éloignée des temps actuels, des masses d'eau couvraient de vastes espaces, des montagnes de glace, dont les glaciers actuels des Alpes ne sont que de faibles restes, ont envahi tout notre hémisphère jusque dans les zones les plus tempérées ; des courants d'une violence inouïe, et dont les plus grands fleuves de notre époque peuvent à peine donner une idée, ont sillonné la terre. Sous l'influence de ces agents dont les actions prodigieuses concouraient toutes à un même but, la destruction et le broiement des roches se sont opérés sur des espaces immenses et sur des épaisseurs considérables. Or c'est précisément dans les débris de roches ignées dont la réduction en sable remonte à cette époque que l'on rencontre un grand nombre de pierres précieuses et la première de toutes, le diamant. Mais, de ce que les terrains diamantifères sont des alluvions relativement très modernes, il ne faut pas en conclure, comme on l'a fait souvent, que le diamant et les autres pierres précieuses qui l'accompagnent soient aussi d'origine assez récente. En effet, ce qui est récent, c'est la réduction des roches à l'état d'alluvion, mais ces roches elles-mêmes, et par suite les pierres précieuses qu'elles renferment, sont souvent extrêmement anciennes ; dans bien des cas même, elles sont antérieures à la formation des premiers terrains sédimentaires.

CARACTÈRES PHYSIQUES DES PIERRES PRÉCIEUSES

PESANTEUR ET ACTIONS MOLÉCULAIRES

Poids spécifiques. - On sait que les différents corps n'ont pas, souvent à beaucoup près, le même poids sous le même volume : un morceau de plomb, par exemple, sera bien plus lourd qu'un morceau de bois de dimensions égales. Si on détermine le poids d'une substance et le poids d'un même volume d'un autre corps pris pour terme de comparaison (c'est l'eau distillée qui a été choisie), qu'on divise le poids du premier corps par celui du second, on aura un nombre qui exprimera combien de fois et de portions de fois le corps considéré est plus ou moins lourd que celui auquel on veut le rapporter : le nombre ainsi obtenu est le poids spécifique du corps. Quand les substances sont bien définies et toujours les mêmes, comme c'est le cas pour la plupart des pierres précieuses, ce caractère est extrêmement important, puisqu'il permet très souvent de prononcer sans hésitation entre plusieurs pierres qui pourraient être confondues par l'oeil. C'est ainsi, par exemple, qu'on distinguera immédiatement le diamant du zircon, puisque le poids spécifique du premier est 5,4, et celui du second 4,4. Nous ne parlerons pas ici des procédés aussi simples que précis à l'aide desquels on détermine le poids spécifique des corps; ils sont parfaitement connus, et d'ailleurs on les trouve décrits dans tous les traités de physique. [cette question du poids semble avoir traversé l'esprit des vieux alchimistes comme en atteste la BALANCE que l'on voit sur de nombreuses gravures, telle que celle du Mutus Liber ou celles de Michel Maier, cf. Aureae Mensae. N'oublions pas que Thémis joue à cet égard un rôle des plus importants dans la symbolique hermétique.]

Dureté. - II faut se garder de confondre; comme on le fait souvent, la dureté avec la résistance à l'écrasement et au choc. Certains grès qui s'émiettent entre les doigts n'en sont pas moins des corps très durs. La dureté d'une substance est

« la résistance qu'elle oppose à l'ac
tion de la rayer en ligne droite avec une pointe telle qu'une aiguille d'acier on bien la partie anguleuse d'un autre minéral qu'on passe avec frottement sur la surface du premier. » (M. Delafosse.)

Il est à peine besoin de faire remarquer que la dureté est, pour les pierres précieuses, une qualité indispensable. Si, en effet, une pierre n'était pas très dure, les frottements réitérés auxquels elle est constamment soumise la dépoliraient bien vite, et dès lors sa transparence, son éclat, ses feux, etc., en un mot, tout ce qui fait sa valeur disparaîtrait avec le poli. C'est grâce à cette dureté jointe à l'inaltérabilité de la
matière que des pierres dures parfaitement taillées, il y a des milliers de siècles, par les artistes égyptiens. sont arrivées intactes jusqu'à nous, et constituent aujourd'hui des documents du plus haut intérêt, puisqu'elles nous permettent de constater combien, dans ces temps si reculés, les arts et la civilisation, dont ils ne sont que la manifestation, étaient déjà avancés. [cf. Mercure philosophique]

Fusibilité. - La fusibilité est la propriété que possèdent les corps bolides de passer à l'état liquide, quand on les soumet à une température suffisante. Pour les pierres précieuses en particulier le point de fusion s'abaisse à mesure que la composition de la pierre devient plus complexe. Aussi le diamant, corps simple, est absolument infusible. - Le rubis, le saphir, la topaze, corps binaires, ne fondent que sous l'action du chalumeau à gaz hydrogène et oxygène. [cf. section Soufre] - Les silicates simples, corps ternaires, entrent en fusion à une température déjà bien moins élevée. - Enfin les silicates multiples n'offrent plus, à ce point de vue, aucune résistance sérieuse. [cf. travaux de Frémy et Feil sur la synthèse du rubis] La température de fusion des différentes pierres précieuses, se trouvant liée d'une manière assez remarquable avec la dureté de ces mêmes pierres, constitue un bon caractère pour les reconnaître.

PROPRIÉTÉS OPTIQUES

Réfraction. - Quand un rayon lumineux se propage dans un milieu homogène, il suit une marche rectiligne.Tout le monde a été témoin du phénomène représenté dans la figure 15, un rayon de soleil pénétrant par une petite ouverture dans un lieu suffisamment obscur. [c'est le point de départ de la photographie ou plutôt de l'héliographie, cf. la Vérité sur l'Invention de la Photographie] Tout le monde surtout a été frappé du spectacle parfois magnifique que présentent les rayons solaires s'échappant en brillants faisceaux à travers les ouvertures d'un amas de nuages (fig. 16).


FIGURE XV
Marche d'un rayon lumineux dans un milieu homogène


Mais quand un rayon lumineux passe d'un milieu dans un autre, il n'en est plus généralement ainsi, il éprouve une modification extrêmement remarquable. Il est plus ou moins écarté de sa direction primitive. On désigne ce phénomène sous le nom de réfraction (de refractum, brisé). Il suffit de plonger un bâton dans l'eau pour produire l'effet dont il s'agit d'une manière très prononcée. Quand on regarde à travers une lorgnette les acteurs sur le théâtre, on ne les voit pas à leur véritable place; les rayons émanant d'eux et qui viennent peindre leur image sur notre rétine traversent, en se réfractant, c'est-à-dire en se déviant de leur route primitive, les verres de la lunette. La quantité dont les rayons lumineux sont déviés en traversant un corps diaphane varie beaucoup. Cette différence dans la réfraction est généralement en rapport avec des différences dans la nature et la composition des corps, mais ce n'est pas là le seul élément qui intervienne


FIGURE XVI
Rayons de soleil à travers les ouvertures des nuages


dans la production complète du phénomène. Des considérations et des expériences dans les détails desquelles nous ne pouvons entrer ici, montrent que le pouvoir réfringent d'une substance est dans un rapport intime avec sa constitution moléculaire. C'est ainsi, par exemple, que le spath d'Islande et l'aragonite réfractent la lumière de quantités inégales, bien que la composition chimique de ces deux corps soit identiquement, la même, étant formés l'un et l'autre par du carbonate de chaux pur : seulement dans les deux cas, la constitution moléculaire est très différente.

Double réfraction. - II est, parmi les corps transparents, une classe très nombreuse de substances qui possèdent une propriété extrêmement curieuse, c'est de montrer deux images d'un même objet. [cf. section sur la réincrudation où nous discutons de ce point dans le chapitre consacré à la fluorine ; cf. aussi vases murrhins in Idée alchimique, VI] Ainsi, qu'on prenne un cristal de spath d'Islande, qu'on le place sur une feuille de papier blanc portant des caractères ou des signes quelconques (fig. 17), on verra immédiatement deux images de chaque point se produire, et de plus toutes les deux seront déviées. Les corps qui montrent cette propriété possèdent ce qu'on appelle la réfraction double, ceux qui ne la possèdent pas ont la réfraction simple. Quand un corps, cristallisé ou non, est parfaitement homogène dans toutes ses parties, et que ses éléments sont disposés dans tous les sens d'une manière uniforme, on comprend que la lumière doit se propager


FIGURE XVII
Double réfraction du spath d'Islande


régulièrement en le traversant, qu'il ne peut y avoir qu'un seul rayon à la sortie, et par suite une seule image.Les corps cristallisés appartenant au système cubique se trouvent dans ces conditions, aussi n'offrent-ils jamais le phénomène de la double réfraction, quelle que soit la direction suivant laquelle la lumière les traverse. Mais si l'on prend un cristal appartenant à un système quelconque autre que le système régulier, il en est tout autrement. La disposition moléculaire n'étant plus la même dans tous les sens, il y aura certaines directions suivant lesquelles la lumière ne se propagera plus dans une direction unique, et on obtiendra alors les effets de la double réfraction. Seulement, dans ce cas, on verra encore des effets très différents, suivant que le corps sur lequel on opère appartiendra à un système plus ou moins éloigné du système régulier.Comme les pierres précieuses les plus estimées sont cristallisées, on comprend combien le caractère dont nous venons de parler peut être utile pour les distinguer, quand on suit à l'avance, comme on le sait aujourd'hui, si une pierre donnée possède la réfraction simple ou double. Mais, à cause des faibles dimensions que présentent toujours les pierres précieuses, il faut opérer d'une certaine façon pour arriver à faire naître d'une manière bien nette le phénomène de la double réfraction, quand la pierre est réellement biréfringente. En effet, si l'on regarde un objet à travers deux faces parallèles, comme nous l'avons indiqué pour le spath d'Islande, l'épaisseur sera infiniment trop faible pour que l'oeil aperçoive deux images; mais si l'on regarde ce même objet à travers deux faces inclinées l'une sur l'autre, de manière à former un prisme (en employant ce mot dans le sens optique), le résultat sera tout différent. Prenons, par exemple, une petite pierre taillée en brillant, sur la nature du laquelle on aurait quelques doutes. Le diamant, appartenant au système cubique, possède la réfraction simple; mais les corps avec lesquels on peut le confondre, rubis, saphir, topaze, zircon surtout, etc., possèdent la réfraction double. On place la pierre à la hauteur de l'oeil, en la tenant d'une main; de l'autre, on prend un corps de petite dimension, une épingle par exemple, et on le fait mouvoir lentement de l'autre côté de la pierre jusqu'à ce que l'oeil l'aperçoive. Si la pierre est biréfringente, voici ce qui va se passer : les rayons se bifurquent en entrant dans la pierre, et au point d'émergence dans l'air, ils ne seraient pas suffisamment écartés pour qu'on puisse, en ce point, constater leur séparation, si l'épingle est très rapprochée; mais en l'éloignant peu à peu, on voit bientôt le dédoublement se produire de la manière la plus évidente. Si on fait l'expérience le soir ou dans l'obscurité, on peut, au lieu d'une épingle, regarder la lumière d'une bougie placée à une certaine distance, après avoir disposé les choses de manière à ce que la bougie, complètement soustraite aux courants d'air, donne une flamme bien pure et bien régulière ; le phénomène sera exactement le même, et on aura l'aspect présenté par la figure 18. Si le phénomène de la double réfraction se produit, on en conclura, sans hésiter, que la pierre essayée n'est pas un diamant.


FIGURE XVIII
Aspect d'une bougie vue à travers un cristal biréfringent
(La pierre doit être beaucoup plus rapprochée de l'oeil que ne l'indique la figure.)


Polarisation. - C'est un fait parfaitement connu que, si un faisceau lumineux tombe sur une surface plane et polie, il se réfléchit; mais ce qui l'est beaucoup moins, c'est que si l'on présente au rayon ainsi réfléchi une première fois sous un certain angle, un deuxième miroir plan incliné, il y aura certaines positions pour lesquelles ce rayon ne sera plus réfléchi par le deuxième miroir. La lumière a donc éprouvé, par sa première réflexion, une modification profonde : c'est cette modification qu'on a désignée sous le nom de polarisation par réflexion. Mais en traversant certains cristaux la lumière éprouve exactement les mêmes changements, c'est-à-dire que les rayons émergeant du cristal ne se réfléchissent plus quand on les fait tomber avec une certaine incidence sur lin miroir plan, et qu'ils sont devenus complètement impuissants à traverser certains cristaux, d'ailleurs d'une translucidité parfaite, quand on leur présente ceux-ci suivant une direction déterminée. On a alors la polarisation par réfraction. La réfraction double et la polarisation sont liées, dans les cristaux, de la manière la plus intime. Sans entrer dans l'étude de ces deux grandes manifestations, qui touchent aux questions les plus élevées de la physique et de la mécanique rationnelle, nous dirons, ce qui est suffisant pour notre sujet, que tous les corps biréfringents traversés par un rayon de lumière polarisée et séparés de l'oeil par certaines substances cristallisées, présentent des phénomènes de coloration magnifiques, tandis que les substances à réfraction simple ne montrent rien de semblable dans les mêmes conditions. Il est donc très facile, à l'aide de l'un des mille polariscopes dont la science dispose aujourd'hui, de s'assurer en un instant, si une pierre précieuse possède ou non la
double réfraction.

Dichroïsme, polychroïsme. Astérie. - Les phénomènes désignés par les expressions précédentes se rattachent complètement à la réfraction et à la polarisation de la lumière; tous indiquent que les substances qui leur donnent naissance ne sont pas constituées d'une manière identique dans toutes leurs parties..

PROPRIÉTÉS ÉLECTRIQUES

D'une manière générale, tous les corps peuvent acquérir l'électricité par le frottement : seulement, les uns gardent pendant un temps plus ou moins long l'électricité, comme engagée entre leurs pores, tandis que les autres la perdent instantanément. Les premiers sont des corps isolants, les autres des corps conducteurs. Les pierres précieuses appartiennent à la première catégorie, mais elles montrent des différences très grandes dans le temps pendant lequel elles restent électrisées, et ce caractère, entre des mains exercées, peut fournir des indications très utiles pour les distinguer les unes des autres. Il existe quelques pierres précieuses qui possèdent la très curieuse propriété de s'électriser quand on vient de les chauffer. La tourmaline est particulièrement dans ce cas. Les pierres précieuses frottées avec la même substance, généralement un morceau de drap, prennent les unes l'électricité positive, les autres l'électricité négative.
Quant à la tourmaline et aux substances qui s'électrisent, par la chaleur, elles montrent en général l'électricité positive à l'une de leurs extrémités et l'électricité négative à l'autre.

CARACTÈRES EXTERIEURS

On désigne ainsi la propriété que possèdent les pierres précieuses d'être plus ou moins facilement traversées pur les rayons lumineux.
- Elles sont transparences quand, interposées entre l'oeil et un objet, elles laissent voir avec netteté tous les contours de cet objet. Exemple, le diamant.
- Elles sont demi-transparentes quand les objets vus au travers sont un peu confus. Exemple, l'émeraude.
- Elles sont translucides quand on ne peut plus rien distinguer en les plaçant devant l'oeil, alors cependant
que la lumière les traverse encore d'une manière évidente. Exemple, la calcédoine.
- Enfin, elles sont opaques quand aucun rayon lumineux ne peut plus les traverser. Exemple, le jaspe.

ÉCLAT

« Les minéraux manifestent beaucoup de différence entre eux relativement à la manière dont la lumière se comporte à leur surface; sous ce rapport il y a lieu de distinguer deux effets différents, l'éclat et la couleur, qui sont l'un à l'autre ce qu'est le timbre au son dans un
instrument de musique. La couleur ne dépend que de la nature des rayons réfléchis ; l'éclat tient à leur intensité et à certaines modifications particulières de leur teinte qu'on ne saurait définir; il dépend de la structure du corps, du mode de texture et du plus ou moins de poli de sa surface. L'éclat en général est, comme la transparence et la couleur, susceptible de gradation ; il est plus ou moins vif, plus ou moins terne et disparaît entièrement dans les variétés dont l'aspect devient mat, lithoïde ou terreux.
» (M. Delafosse.)

[les alchimistes ont souvent comparé leur art à la musique. Ce n'est pas sans une raison profonde qui relève d'une part de ces timbres différents qu'évoque Delafosse et d'autre part des analogies entre les planètes, les constellations et les notes des différentes gammes qu'évoquent les Anciens, cf. introduction à l'Atalanta fugiens]

Éclat adamantin. - II est intermédiaire entre l'éclat métallique et l'éclat vitreux; il est propre à quelques cristaux, au zircon, mais surtout au diamant.

Éclat nacré ou perlé. - C'est un mélange de l'état argentin et de l'éclat vitreux, rappelant, comme son nom l'indique, la nacre de perle. Certaines variétés de corindons possèdent cet éclat d'une manière très prononcée.

Éclat soyeux. - II est dû à des libres droites très serrées et d'égale grosseur. Il rappelle beaucoup certaines étoffes moirées.

Éclat gras. - Les pierres qui possèdent cet éclat sont en général des pierres vitreuses, mais qui semblent toujours, même dans les cassures les plus fraîches, avoir été imprégnées d'huile.

Éclat résineux. - II tient le milieu entre l'éclat gras et l'éclat vitreux. L'opale présente généralement cet aspect.

Éclat vitreux. - II rappelle tout à fait la cassure du verre. Cet éclat appartient en général aux corps dont le pouvoir réfringent n'est pas considérable.

ACTION DE LA LUMIÈRE ET DE LA CHALEUR SUR LES PIERRES PRÉCIEUSES

Quand on expose aux feux du soleil, pendant un certain temps, les pierres précieuses les plus rares, particulièrement le diamant, et qu'on les porte ensuite dans l'obscurité, elles restent lumineuses et produisent ce qu'on a appelé le phénomène de la phosphorescence. Ce curieux effet persiste assez longtemps, mais il s'affaiblit peu lieu, et finit par disparaître complètement. Les effets produits par la chaleur sur les pierres précieuses sont plus remarquables encore que ceux que détermine la lumière. La chaleur agit du reste de deux manières bien différentes. Elle modifie la constitution élémentaire de la pierre en écartant ses molécules, mais cela d'une manière toute mécanique; ou bien elle produit dans la pierre une véritable réaction chimique. Dans le premier cas, les modifications, seront temporaires et, à la longue, les choses reviendront à leur état primitif ; dans le second cas, les effets produits seront permanents. Comme exemple de ce dernier, cas, nous citerons une pratique dont l'origine se perd dans l'antiquité, et qu'emploient encore généralement les lapidaires de notre époque [cf. Lapidaires grecs et chinois]. C'est celle qui consiste, à soumettre une pierre colorée (diamant, topaze, etc.), à une température plus ou moins élevée. Presque toujours, dans ces conditions, la pierre se décolore d'une façon permanente. Une communication extrêmement remarquable de M. Fremy à l'Académie des sciences nous servira d'exemple pour le premier cas,

« MM. Halphen ont l'honneur de présenter à l'Académie un diamant du poids de 4 grammes environ, présentant un phénomène qui n'a jamais été observé, du moins à leur connaissance. Cette pierre est, à l'état normal, d'un blanc légèrement teinté de brun. Lorsqu'on la soumet à l'action du feu, elle prend une teinte rosée très nette, qu'elle conserve pendant huit à dix jours, et qu'elle perd peu à peu pour revenir à sa coloration normale primitive. Cette modification peut être réalisée indéfiniment ainsi que le retour à l'état primitif; car la pierre soumise à l'Académie a subi cinq fois cette épreuve. Le phénomène en question a frappé une première fois l'attention d'un observateur qui essayait sur ce diamant, et par hasard, l'action prolongée du feu. Des expériences faites depuis sur d'autres diamants n'ont pas produit le même résultat. Cette question de coloration des diamants a une importance que l'Académie appréciera facilement quand elle saura que la pierre présentée en ce moment à son état normal a une valeur de 60 000 francs, et que son prix, à l'état de coloration rosé, si cette couleur était permanente, serait de 150 à 200 000 francs. » (Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LXII. 1866).

II

Coup d'Sil général sur les pierres précieuses depuis l'antiquité jusqu'à Ia création de la chimie moderne. - Idées admises chez les anciens et au moyen âge sur la nature et les propriétés des pierres précieuses.

En voyant ce qui se passe autour de nous, et en lisant, les annales des temps anciens, on constate que les objets brillants ont toujours été recherchés par l'homme. II est, donc certain que les pierres précieuses en particulier ont dû être recueillies et employées comme parure dès le berceau de l'humanité. C'est du reste ce que nous verrons d'une manière incontestable dans le chapitre IX de ce livre. Les pierres précieuses n'ont plus aujourd'hui en Europe d'autre usage que celui de servir à la parure et de fournir quelques instruments à l'industrie [actuellement le rubis joue un rôle de premier plan dans l'industrie des lasers]. Mais, dans des temps plus anciens, elles avaient un rôle bien autrement important. On leur attribuait les propriétés les plus merveilleuses soit dans l'ordre physique (guérison des maladies, etc.), soit dans l'ordre métaphysique (influence sur les actions, les sentiments des individus, etc.). [nous rejoignons en plein la métaphysique propre à l'alchimie, avec les propriétés organoleptiques attribuées à la pierre philosophale : action sur le corps humain, richesse, etc. Nous avons déjà eu l'occasion de noter le très étroit parallélisme que l'on observe entre ces propriétés merveilleuses attribuées aux pierres précieuses et les doctrines alchimiques. Cf. Idée alchimique II là-dessus]
Si l'on considérait isolément, et à notre point de vue moderne, les opinions des anciens à ce sujet, on éprouverait la plus pénible impression en voyant à quel profond égarement l'esprit de l'homme peut arriver ; mais quand on suit à travers les âges Ia filiation des idées, on reconnaît que les opinions dont il s'agit, tout en restant parfaitement fausses, procèdent le plus souvent d'un point de départ vrai. Avide de s'élever au-dessus de la sphère où il était confiné, l'esprit de l'homme a dès les premiers temps tâché de soulever le voile qui dérobait l'avenir à sa vue; architecte pauvre et inexpérimenté, il n'en a pas moins essayé d'élever un temple à la Vérité ; mais, les matériaux lui faisant défaut, il a cherché dans l'hypothèse ce qu'il n'aurait dû demander qu'à l'expérience. De là les erreurs profondes que l'on rencontre, dans toutes les parties des connaissances humaines, aussitôt qu'on remonte un peu le cours des âges. Cependant, chaque siècle apportant son contingent de faits positifs, les différentes parties de la science se sont successivement constituées. Pour nous, hommes modernes, qui avons l'immense bonheur d'arriver à l'heure où des matériaux suffisants se trouvent réunis et mis à notre disposition, ayons la plus profonde reconnaissance pour ces temps anciens, pour ce moyen âge surtout, pendant lequel se sont élaborées, au sein de la persécution la plus violente et la plus incessante, la plupart des grandes idées dont nous voyons le
développement à notre époque, et dont l'action, de plus en plus prépondérante, conduit l'humanité vers de meilleures destinées. [ces points d'histoire des sciences sont abordés dans l'Idée alchimique, I] Avant de jeter un coup d'Sil rapide sur l'histoire des pierres précieuses depuis l'origine de l'homme jusqu'à notre époque, il est nécessaire de rappeler quelques idées générales trop peu connues ou trop oubliées aujourd'hui.

« Un fait qui domine toute l'histoire ancienne, c'est l'alliance étroite de la religion avec la science. Cette alliance est un des caractères distinctifs de l'antiquité. On y trouve la solution de bien des problèmes soulevés par l'esprit humain. » (F. Hoefer, Histoire de la chimie p. 7 Paris, imp. Didot, 1866 2e ed. - cf. les quinze articles de critique que Chevreul a consacré à cet ouvrage fondamental)

Parmi les glandes idées fausses ou méconnues admises par les anciens, il en est deux qui méritent toute l'attention de l'historien et du philosophe, parce qu'elles permettent de résoudre une foule de difficultés isolément inexplicables. et à lier, avec une logique remarquable,


FIGURE XIX
Scarabée égyptien taillé dans une pierre dure


étant donné le point de départ, l'ensemble général des faits physiques et métaphysiques dépendant de notre univers. La première consistait a considérer l'homme (microcosme) comme une réduction en miniature de l'univers (macrocosme) entier, et à admettre, comme conséquence, que les différentes parties du corps de l'homme avaient, dans l'ensemble de l'univers, leurs correspondants. La deuxième était cette conception de l'âme du monde [cf. introduction à une histoire de la magie de Salvestre par Chevreul où ces idées sont discutées et aussi sur Newton et Chevreul] dont les âmes des êtres animés né seraient que des parties.

« Au moment de la dissolution du corps, disent les philosophes indous, l'âme, atmâ, très différente du principe purement vital, se réunira, si elle est pure, à la grande âme universelle paramâtmâ d'où elle est émanée ; si elle est impure, elle sera condamnée à subir un certain
nombre de transmigrations, c'est-à-dire à animer successivement des plantes ou des animaux on même à être incarcérée dans quelque corps minéral jusqu'à ce que, purifiée de toutes ses souillures, elle soit jugée digne du moucti, de l'absorption dans la Divinité
» (Hoefer, Histoire de la chimie, p. 28).

Ainsi les minéraux comme les animaux et les végétaux étaient, pour ces philosophes, des êtres vivants.Ils admettaient encore que le monde est un animal réunissant les deux principes actif et passif. C'est là, du reste, une des idées les plus fondamentales et les plus généralement admises non seulement dans l'Inde, mais dans presque tous les systèmes de philosophies anciennes. De l'Inde ces idées passèrent en Egypte, d'où elles furent plus tard transportées en Grèce par Platon, Pythagore, etc. [cf. Idée alchimique, IV. On voit très nettement se profiler l'origine des quatre Éléments d'Empédocle] Restées confinées dans l'Orient de l'Europe pendant de longs siècles, elles reparurent, avec un certain éclat, vers le commencement de l'ère actuelle, dans les écrits des philosophes de l'école d'Alexandrie ; mais c'est surtout au moyen âge qu'on les vit régner en souveraines, quand les alchimistes les eurent transportées dans le domaine minéral. [cf. introduction à l'alchimie] On s'explique alors très facilement comment, à l'aide de ces idées, les anciens ont été conduits à admettre, d'une manière générale, l'influence directe de l'univers sur l'homme, et même l'influence de telle ou telle substance, portion de l'univers, sur la partie du corps de l'homme qu'ils considéraient comme lui correspondant plus particulièrement. [ces idées ont perduré jusqu'à l'astrologie judiciaire aujourd'hui, cf. notre zodiaque alchimique et notre astrologie. Nous n'adhérons aucunement avec ces idées évidemment fausses] Si maintenant nous examinons quelles étaient les idées des anciens sur la nature des pierres précieuses, on verra qu'elles devaient jouer nécessairement un rôle considérable. Les pierres précieuses produites par l'influence de la chaleur, du froid, de l'humidité, de la sécheresse, etc., empruntaient leurs éléments aux parties les plus pures, aux sucs les plus rares et les plus élaborés des eaux et


FIGURE XX - XXI
Figurines égyptiennes en pierres dures


des minéraux. Par la beauté de leurs formes, la splendeur de leurs couleurs, elles devaient être et étaient en réalité considérées comme des productions d'une pureté incomparable, comme un résumé de tout ce que la nature renfermait de plus parfait. De là à douer ces merveilleux produits de propriétés en rapport avec l'idée qu'on se faisait de leur nature et de leur origine, il n'y avait qu'un pas à faire; il fut fait.

« Il ne serait pas sans intérêt de suivre l'histoire des gemmes à travers celle de l'humanité, depuis l'éphod d'Aaron jusqu'à la croix pastorale de monseigneur l'archevêque de Paris; depuis les offrandes de rubis, de saphirs, d'émeraudes, de diamants, de topazes, de sardoines, d'améthystes, d'escarboucles, de pierres d'aimant dans les temples de Jupiter et des autres divinités païennes, jusqu'aux richesses de même nature qui, avant le seizième siècle, s'étaient accumulées dans ce qu'on appelait


Cornaline égyptienne gravée


Bague égyptienne en cornaline
FIGURE XXII -XXIII

le trésor des basiliques chrétiennes. On conserve encore à Rome une émeraude du Pérou envoyée en hommage au pape après la conquête de ce pays. On doit cependant remarquer que ces précieux dépôts provenant de la piété des fidèles n'ont pas toujours été fidèlement respectés. Lorsque la réformation de Luther et de Calvin dans les pays allemands, et plus tard, la Révolution française dans les pays restés catholiques, transmirent aux autorités civiles la possession de ces richesses votives, on a pu constater que bien des substitutions frauduleuses avaient été opérées, et que le strass avait bien souvent remplacé la gemme primitive. » (M. Babinet.) [sur l'éphod, cf. saint Jean Baptiste - sur les strass, cf. section sur la voie humide. Remarquez que Babinet semble donc faire remonter l'origine du strass à une assez haute antiquité. Voilà qui mériterait d'être approfondi]

Tout en admettant volontiers l'opinion précédente, il faut bien reconnaître que les pierres précieuses fausses étaient, dans les siècles précédents, très employées pour l'ornementation des édifices religieux. C'est même à cause de cet emploi que le P. Kircher a écrit, sur leur préparation, un traité assez étendu et fort clair qu'il suffirait de suivre encore aujourd'hui pour obtenir de très bons résultats. [sur le père Kircher, cf. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14. Kircher fut l'un de ces philosophes qui poussa le plus loin l'analogie entre le SON et la LUMIÈRE. Sa pensée revêt donc, pour la cabale hermétique, un intérêt tout particulier. En témoigne cet extrait, par exemple, du Musurgia Universalis :


P. Athanasius Kircher (1602 - 1680) - A. Frölich sculpsit
BNF Richelieu Musique fonds estampes Kircher 002.
1 estampe : eau-forte et burin ; 15,5 x 10 cm


Le son se répand tout autour comme la lumière et en lignes droites. À la rencontre des corps impénétrables il se réfléchit. Il se réfléchit à angles égaux comme la lumière. Si les corps sont pénétrables, il les pénètre, en souffrant comme la lumière une réfraction qui le détourne un peu de son chemin. Comme la lumière rencontrant un corps concave, le son se réfléchit en un point où sa réunion forme aussi un foyer de résonance, c'est à dire un écho. On fait des lunettes de longue vue. On fait des lunettes de « longue ouïe », c'est à dire des trompettes parlantes soi disant d'Angleterre ou du chevalier Morland. On fait des microscopes pour distinguer les plus petits objets. On fait des cornets qu'un sourd met à son oreille. [...] Le son et la lumière consistent également dans les trémoussements insensibles des corps sonores & lumineux, & du milieu qui les transmet [...]

Notons que Newton avait également développé une correspondance entre les couleurs du prisme et les tons de la gamme. Kircher a joué aussi un rôle non négligeable dans le développement de la photographie, en ce qu'il décrit, avec la lanterne magique, l'ancêtre de la camera obscura de Nicéphore Niépce. Cf. Ars Magna Lucis et Umbrae, 1646. Le père Kircher a proposé une distribution des pierres précieuses en fonction des lieux du zodiaque dans son OEDIPUS AEGYPTIACUS, Rome, 1652

BÉLIER Améthyste - BALANCE Calcédoine - TAUREAU Grenat - SCORPION Onyx - GÉMEAUX Chrysoprase - SAGITTAIRE Émeraude - CANCER Topaze - CAPRICORNE Calcédoine - LION Béryl - VERSEAU Saphir - VIERGE Grenat - POISSONS Jaspe
]

« Les pierres précieuses ont été de tout temps en grande estime, et le seront sans doute tout autant dans les siècles à venir. Lorsque aux somptuosités des cours de l'Orient et des citoyens romains enrichis des dépouilles


FIGURE XXIV - XXV
Bagues égyptiennes avec tablettes en pierres dures à tourillons, gravées sur les deux faces.


du monde, on compare notre luxe moderne, nous avons l'infériorité sur bien des points, excepté pour les diamants. Si dans une des brillantes réunions des Tuileries on apprécie la valeur des diamants, même en défalquant les parures en strass, on trouve que notre richesse française, quoique plus disséminée, ne le cède en rien à la richesse romaine tant vantée. » (M. Babinet.)

La mythologie de l'Inde parle des pierres précieuses en termes qui montrent qu'on leur attribuait, dès les plus anciens âges, une estime générale. Dans les chants et les ballades de ce pays il est souvent fait mention de ces belles productions. En Égypte, on rencontre souvent dans les tombeaux, avec les momies remontant à une époque extrêmement reculée, un certain nombre de pierres précieuses parfaitement taillées et parfaitement gravées. Les figures 19 à 25 reproduisent quelques types de cette époque reculée. Ils ont été dessinés sur les originaux du musée égyptien du Louvre. La figure 22 est à ce point de vue tout particulièrement remarquable, c'est une cornaline rouge portant des caractères gravés avec la plus grande netteté. Tout porte à croire que les moyens mis en oeuvre par les anciens Égyptiens pour graver les pierres dures ne différaient pas sensiblement de ceux qu'on emploie aujourd'hui. Les conquérants du Mexique trouvèrent, entre les mains des Incas, une multitude de gemmes taillées et gravées représentant des animaux et d'autre objets; d'après les traditions de ces peuples, ces pierres remontaient a une époque très reculée. Parmi les documents anciens que nous possédons sur les pierres précieuses, nous citerons d'abord ceux que renferme la Bible.

A diverses reprises ce livre extraordinaire fait mention des pierres précieuses: mais ce qu'il nous fournit de plus remarquable, à ce point de vue, c'est la description du pectoral du grand prêtre Aaron. Cet ornement portait douze pierres précieuses dont chacune était dédiée à l'une des douze tribus d'Israël. Nous reproduisons ici la disposition que les interprètes ont assignée à ces douze pierres, et les noms et les correspondances de chacune d'elles.

DISPOSITION DES DOUZE PIERRES DU RATIONAL d'AARON d'après l'opinion des plus célèbres rabbins.




[cf. aussi saint Jean Baptiste] Il est peine besoin de dire que les interprètes sont très loin d'être d'accord sur les noms modernes qui doivent correspondre aux termes hébreux. L'éloignement des temps, et surtout l'absence d'une description suffisante, ne permettent même pas d'espérer qu'on puisse jamais savoir, d'une manière exacte, à quelles gemmes se rapportent la plupart de celles dont la Bible fait mention. L'Exode nous apprend encore que l'éphod d'Aaron était orné de deux onyx montés en or, sur lesquels étaient gravés les noms des douze tribus d'Israël. Nous trouvons donc là une liste importante de pierres précieuses, mais surtout la preuve qu'a cette époque si reculée, les hommes savaient polir et môme graver les pierres dures. Il n'y a là, du reste, rien d'étonnant, après ce que nous avons dit des Égyptiens. On rencontre dans les livres de Job quelques notions de métallurgie, et les noms de quatre pierres précieuses. Ce sont là des faits à citer, mais qui ne justifient nullement l'opinion des interprètes, qui ont voulu voir dans Job un grand métallurgiste, et qui n'ont pas craint de présenter les livres qu'on lui attribue comme une école de physique. [quoi qu'il en soit, on sait l'influence extrême des doctrines chrétiennes sur le symbolisme alchimique, cf. à titre d'exemple saint Jean Baptiste, le retable d'Issenheim, la Chrysopée du Seigneur, les vitraux de Bourges, etc.] On retrouve encore dans la Bible les noms d'un certain nombre de pierres précieuses, les unes en prenant ce mot dans un sens moderne, les autres au moins assez rares, mais dont la correspondance avec les pierres actuelles n'a pu être établie d'une façon bien certaine. Il faut citer d'abord la pierre dabir qui, ajoutée plus tard au rational du grand prêtre, était, selon toute probabilité, analogue à celles qui s'y trouvaient déjà. On rencontre ensuite la pierre abel ou abela, sur laquelle on déposa l'arche, après qu'elle eut été rendue par les Philistins, la pierre de Top ou Tophis, qui lançait du feu, la pierre de Moïse, d'où sortit l'eau dans le désert, et que le P. Roxo dit sérieusement exister dans l'église de Saint-Marc à Venise, la pierre betyle sur laquelle dormit Jacob. Nous arrivons, sept cents ans après Moïse, au règne de Salomon qui, comme on le sait, fit construire le fameux temple de Jérusalem. Il est bien probable que certaines parties devaient être ornées de pierreries, cependant le livre consacré a sa description n'en fait pas mention. Deux autres productions extrêmement remarquables, composées moins d'un siècle après Salomon, l'Iliade et l'Odyssée, [pour un essai d'interprétation hermétique des récits homériques, cf. nos commentaires à l'Atalanta fugiens] nous font connaître plusieurs faits métallurgiques du plus haut intérêt. La description du bouclier d'Achille, et celle de la corbeille dont Alexandra fit présent à Hélène, nous révèlent une industrie déjà très avancée. Homère montre aussi au nombre des objets qui composent la parure de Junon de brillantes pierres précieuses. C'est, du reste, un fait parfaitement connu que les Grecs se servaient de pierres précieuses gravées pour leurs sceaux. Plusieurs intailles grecques sur turquoises, onyx et même sur rubis sont arrivées jusqu'à nous, comme on le verra dans le chapitre IV. Dès les premiers temps de son apparition sur la terre, l'homme a été sujet à la maladie et à la mort : c'est dire que la médecine est aussi ancienne que l'humanité. Il est vraisemblable que les premiers médicaments ont été empruntés au règne végétal, et plus tard au règne animal. Quant aux substances minérales, on ne songea à les employer en médecine que beaucoup plus tard. C'est seulement, en effet, quelques années après la prise de Troie, qu'on vit apparaître les premiers essais de médecine empirique dans lesquels figurent des produits minéraux.
On avait cru remarquer que certaines terres, généralement alumineuses, administrées de diverses façons, produisaient sur les malades des effets salutaires, ce qui, dans certains cas, pouvait être vrai. On confectionna, avec ces terres, des bols qu'on vendait sous des noms divers, mais rappelant en général le lieu d'origine. L'idée fit son chemin, et l'emploi de ces bols prit une extension considérable. Ce fut alors que les prêtres des différentes divinités, qui savaient si bien exploiter l'ignorance publique au profit de leur influence et de leurs intérêts, s'emparèrent de la fabrication et de la vente exclusive de ces bols. Pour atteindre plus sûrement leur but, ils apposèrent, un cachet spécial sur ces bols pendant qu'ils étaient encore malléables. C'est de là qu'est venue l'expression de terre sigillée (sigillum, cachet), appliquée à ces substances qui se trouvent encore aujourd'hui dans la plupart des pharmacies. [cette terre sigillée est appelée par les alchimistes la terra lemnios ou terre rouge signée. Elle voile l'identité du CORPS de la pierre, cf. 1, 2, 3, 4, 5, 6. A noter que c'est peut-être dans les manuscrits alchimiques de Newton que cette terre dévoile son secret...] L'une des plus célèbres était la terre de Lemnos, vendue par les prêtresses du temple d'Éphèse, et qui était marquée du sceau de la déesse Diane, une chèvre [rappelons le symbolisme de la chèvre Amalthée rapportée à l'alchimie, cf. Figures Hiéroglyphiques du pseudo Flamel]. Aussitôt que les minéraux furent compris dans la classe des médicaments, ils acquirent une grande importance. Aussi est-ce surtout dans les écrits des médecins qu'on
rencontre, à partir de l'époque dont nous parlons, les documents les plus utiles sur les minéraux et les pierres précieuses en particulier. A côté de la minéralogie sacrée des Hébreux, de la minéralogie poétique, de la minéralogie médicale, il faut placer la minéralogie astronomique, dont l'origine remonte aux Chaldéens.
Le Maure Abolays nous a laissé le catalogue des pierres connues de cette nation. Elles étaient, en supprimant les redites, au nombre de 325. L'ouvrage d'Abolays, traduit par Jehuda Mosca, vers le milieu du treizième siècle, nous montre ces 325 pierres réparties entre les douze signes du zodiaque, suivant les rapports que l'on supposait exister entre les différentes pierres et chacune des constellations. [au plan de la cabale hermétique, il faut rapprocher ces réflexions de ce que les alchimistes désignaient par «  l'humide radical métallique »  : on parvient alors à élaborer une cartographie complète des rapports entre l'alchimie et l'astronomie, sous le rapport des planètes et des constellations, cf. zodiaque alchimique ] Plus tard, une seule pierre fut plus spécialement consacrée à chaque signe du zodiaque, et, par suite, à chaque mois de l'année. Comme ces différentes pierres sacrées avaient, pour leur possesseur, une foule de propriétés bienfaisantes pendant que la constellation à laquelle elles appartenaient se montrait sur l'horizon, on trouva un moyen bien simple de rendre cette action permanente. On prit les douze pierres sacrées et on les disposa toutes dans une amulette. De cette façon celui qui la portait était toujours sûr d'avoir avec lui la pierre sacrée correspondante à la constellation visible, quelle que fût l'époque de l'année. [ces procédés s'apparentent à ceux dont parle Frances Yates dans son Giordano Bruno et la Tradition hermétique (Dervy, 1985) à propos des attributs « talismaniques » des pierres et des mandalas] Voici le nom de ces douze pierres avec leurs correspondances :

Hyacinthe ou grenat      Verseau          Janvier.
Améthyste                     Poissons         Février.
Jaspe                            Bélier               Mars.
Saphir                           Taureau          Avril.
Agate                            Gémeaux         Mai.
Émeraude                     Cancer            Juin.
Onyx                              Lion                Juillet.
Cornaline                       Vierge            Août.
Chrysolithe                    Balance          Septembre.
Aigue-marine                 Scorpion        Octobre.
Topaze                          Sagittaire       Novembre.
Rubis                             Capricorne     Décembre.

[on voit que cette liste diffère quelque peu de celle proposée par Anathasius Kircher. Cette liste diffère aussi de celle de Henri Corneille - Agrippa (la Philosophie Occulte ou la Magie, 1565). Pour des relations plus approfondies, on consultera avec profit la notice au Damigeron - Evax de Robert Halleux, in les Lapidaires Grecs, p. 220 (Les Belles Lettres, 1985)  ]

Il est infiniment probable qu'il faut chercher dans les douze pierres du pectoral du grand prêtre d'Israël l'origine de cette superstition. Les Juifs du reste en avaient une autre bien plus extraordinaire encore, et qui montre bien comment les choses les plus manifestement fausses se maintiennent pendant un temps infini, quand elles se trouvent placées sous l'égide sacrée des idées religieuses. Ils croyaient que, le jour d'une de leurs fêtes, quand le grand prêtre demandait au Très-Haut la remise des péchés de toute la nation, si le pardon était accordé, certaines pierres sacrées paraissaient très brillantes, tandis que, si le pardon était refusé, elles devenaient noires. Certainement ce n'était pas là une illusion de la nation juive. Il est évident que ces effets se produisaient, mais sans la nécessité d'une intervention de la Divinité. On comprend qu'il existait, pour obtenir ce résultat, une foule de moyens. Il suffisait, par exemple, de disposer d'une certaine façon les pierres par rapport au peuple et par rapport à la lumière qui les éclairait, à augmenter beaucoup, à diminuer ou même à supprimer cette lumière. Dans tous les cas, c'était un procédé aussi simple qu'ingénieux de maintenir complètement la nation dans la main du grand prêtre ; mais il fallait avoir la foi robuste des anciens âges pour croire à l'origine surnaturelle de ces manifestations. Il est vrai que quand on songe à beaucoup d'autres choses que le lecteur voudra bien reconnaître en regardant autour de lui, nous n'avons peut-être pas le droit de condamner bien haut la croyance juive que nous venons de rappeler. Hérodote, né 484 ans avant Jésus-Christ, cinq siècles après Homère, nous a laissé un grand nombre de documents, souvent très précieux, sur les substances minérales connues à son époque ; mais on ne rencontre dans ses récits aucune nouvelle substance appartenant à la classe des pierres précieuses. Dans les poèmes d'Orphée, attribués aussi à Onomacrite et qui, dans tous les cas, remontent à 450 ans avant Jésus-Christ, on trouve déjà la preuve que les Grecs attribuaient aux pierres précieuses des propriétés surnaturelles. Dans le siècle suivant, Platon, dont la vaste intelligence embrassa tant d'idées supérieures, fut amené à examiner l'origine des pierres précieuses. Il admit que, véritables êtres vivants, [ce genre d'idées saugrenues était encore définie au XIXe siècle positiviste, cf. Cristallogénie. Naturellement, les Amoureux de science voient les choses de façon différente et l'Esprit ne leur laisse pas Lettre morte] elles étaient produites par une espèce de fermentation déterminée par l'action d'un esprit vivifiant descendant des étoiles. Il décrivit le diamant, qu'il distinguait déjà des autres pierres précieuses, comme étant un noyau formé dans l'or, et supposa que c'était la partie la plus noble et la plus pure qui s'était condensée en une masse transparente. Aristote, né juste un siècle après Hérodote, ne s'occupe qu'incidemment des minéraux à la fin de ses quatre livres des météores, et ne fournit sur eux aucune lumière nouvelle. Théophraste, disciple d'Aristote, a écrit un traité sur les pierres, dont une partie seulement nous est parvenue. Malgré les lacunes considérables qu'il présente et dont les unes sont l'oeuvre du temps, et les autres dues à l'auteur, on voit figurer dans Théophraste un certain nombre de substances minérales importantes inconnues jusqu'à lui. On trouve aussi dans cet écrivain une idée qui, prise en soi, est tout à fait singulière : il divise les pierres en deux catégories, les pierres mâles et les pierres femelles [il y a là préfiguration des doctrines alchimiques, en ce que certaines « pierres » ou certains minéraux sont décrits comme étant le patient ou l'agent, selon qu'elles représentent le principe de teinture ou selon qu'elles représentent le support de la teinture. C'est là l'un des secrets de l'alchimie, dont Fulcanelli - à mots couverts - a beaucoup parlé dans sa trilogie.] : mais en se reportant à ce que nous avons dit plus haut. il n'y a là rien qui ne soit en harmonie avec les idées générales des anciens. Malgré la grande valeur des écrits de Dioscoride, qui vivait dans le premier siècle de notre ère, ils ne nous fournissent, au point de vue minéralogique, aucun document important. Mais à un autre point de vue ils nous intéressent vivement, puisque c'est lui qui a surtout développé cette idée que les pierres précieuses possèdent une multitude de vertus secrètes, idée admise sans contestation par tous ses successeurs jusqu'à une époque très rapprochée de nous, et qu'on trouve même encore aujourd'hui répandue parmi les habitants des régions montagneuses de l'Espagne et de l'Arabie. Mais, peu d'années après Dioscoride, nous voyons apparaître une Suvre hors de toute comparaison avec ce qu'on avait fait jusque-là, l'Histoire naturelle de Pline Dans cette Suvre, l'une des plus précieuses que nous ait léguées l'antiquité, on trouve un chapitre exclusivement consacré aux pierres précieuses. Nous aurons l'occasion d'y revenir dans les chapitres suivants. A partir de Pline, il faut franchir dix siècles et arriver aux Arabes pour voir apparaître des documents nouveaux sur les minéraux et les pierres précieuses. C'est dans les écrits de Gerbert [il doit s'agir plutôt de Djabir ou Geber, et non pas du pape qui s'intéressait à l'alchimie et qui se nommait Sylvestre II ... A noter que certains textes comme le Verbum dimissum donnent Gerber pour Geber] et d'Avicenne qu'on les rencontre tout d'abord. [cf. prima materia] Ce dernier acquit de son vivant une réputation immense, et, bien qu'elle fut due autant à son savoir-faire qu'à sa science, elle se maintint sans rivale pendant plusieurs siècles. On trouve dans les écrits d'Avicenne un traité sur les pierres qui renferme des résultats d'une grande importance. Le chapitre consacré à l'origine des montagnes mérite surtout d'être signalé. C'est là, en effet que le savant arabe, tout en conservant la forme hypothétique,
expose, avec une grandeur de vue et une clarté extraordinaires, la théorie des soulèvements, celle du neptunisme, du plutonisme et le mode de formation des alluvions, en devançant ainsi de huit siècles les résultats de la science moderne. Deux cents ans après Avicenne apparut l'une des plus grandes figures du moyen âge, Albert le Grand. Parmi les immenses travaux que nous devons directement à cet homme de génie, ou du moins à son initiative et à sa direction, il faut citer ici un Traite des minéraux dont notre illustre chimiste, M. Dumas, a dit :

« Ce qui caractérise le traité De rebus metallicis, c'est l'exposition savante, précise et souvent élégante des opinions des anciens ou de celle des Arabes : c'est leur discussion raisonnée où se décèle l'écrivain exercé en môme temps que l'observateur attentif. » (Dumas, Philosophie chimique, p. 22. Paris, 1832)

C'est dans ce traité qu'Albert le Grand s'occupe des pierres précieuses. Tout en faisant une part considérable aux propriétés extraordinaires de ces belles productions, il fait connaître avec soin un certain nombre d'entre elles, et indique des méthodes permettant d'obtenir plusieurs pierres précieuses fausses.
Une autre grande gloire du moyen âge, l'ami et le disciple d'Albert le Grand, saint Thomas d'Aquin, dont les prodigieux travaux surpassent encore en étendue ceux de son maître, a écrit un traité de la Nature des minéraux dans lequel on rencontre quelques passages très curieux, notamment sur la fabrication artificielle
des pierres précieuses. Nous y reviendrons dans le chapitre IX. En parcourant les écrits d'Arnault de Villeneuve, de Raymond Lulle, de Paul de Canotanto, d'Isaac le Hollandais [cf. section Cambriel], etc., on rencontre un certain nombre de documents sur les minéraux et les pierres précieuses; mais ils n'offrent rien de nouveau à signaler. On atteint ainsi la fin du quinzième siècle et on sort du moyen âge. Au seuil de la Renaissance on trouve un homme singulier, Jérôme Cardan (né en 1501), qui nous fournit de précieuses indications. Plusieurs ouvrages de Cardan, publiés après sa mort, renferment certainement une foule de choses bien extraordinaires ; mais dans son traité de la Subtilité que nous avons étudié avec soin, on trouve beaucoup d'idées qui attestent chez leur auteur une grande intelligence et, sous des dehors bonhomme, une véritable sagacité. Cardan désigne sous le nom générique de pierres gemmes toutes les pierres brillantes, et réserve le nom de pierres précieuses pour celles qui sont rares et de petites dimensions. Il divise ensuite les pierres précieuses en trois classes : celles qui sont brillantes et transparentes, le diamant; celles qui sont opaques comme l'onyx ; celles qui sont formées par la réunion des deux précédentes, comme le jaspe, etc. C'est, à très-peu de chose près, la classification employée par Caire trois siècles après Cardan. D'après notre auteur, les pierres précieuses sont engendrées par les sucs qui distillent des pierres dans les
cavités des rochers « de la même manière que l'enfant est engendré du sang maternel » [ces considérations sont là encore très proches des doctrines alchimiques, cf. notre Mercure de nature. Notez que Cardan a entre autre participé à l'invention de la photographie, puisqu'il eut l'idée de remplacer le stenope d'Aristote par une lentille, - voyez la figure XV - et cf. section sur l'Invention de la Photographie où nous assimilons la lentille, dispositif multiplicateur, au Lion vert des alchimistes. Mais


Jérôme Cardan (1501 - 1576)

 Cardan fut encore astrologue et on affirme même qu'il se laissa mourir de faim pour faire coïncider la date de son décès avec celle qu'il avait déterminée sur son horoscope !
Sur les pierres précieuses et Cardan, consulter :  CARDANO, Gerolamo [1501-1576] ca. 1576 : De geminis et coloribus in Opera omnia, 10 vol., vol. II, cap X, De geminis et coloribus (Lyon, 1663)]. Le diamant, l'émeraude, l'opale procèdent, de l'or, le saphir de l'argent, l'escarboucle, l'améthyste, le grenat, du fer. Cardan énumère ensuite les défauts que peuvent présenter les pierres précieuses, et à ce sujet il fait une réflexion remarquable. Dans les pierres précieuses, dit-il, les défauts sont en réalité moins communs que dans les animaux et les végétaux, et cependant elles semblent plus rarement que ces derniers en être dépourvues. C'est que les défauts sont d'autant plus apparents dans les pierres précieuses qu'elles sont plus brillantes et plus rares. La même raison fait que les hommes savants nous paraissent avoir plus de vices que le commun des mortels ; mais c'est là une illusion et une erreur. La splendeur de leurs noms et l'éclat de leur renommée rendent seulement leurs défauts beaucoup plus apparents, tandis que le populaire ignorant dissimule ses vices à la faveur de son obscurité. Il faut remarquer que Cardan, qui avait mené la vie la plus désordonnée, défendait surtout sa propre cause en défendant celle des savants en général. On admettait encore complètement, au temps de Cardan, que les pierres précieuses étaient des êtres vivants.

« Et non-seulement les pierres précieuses vivent, mais elles souffrent la maladie, la vieillesse et la mort. »

II parle ensuite des diverses propriétés des pierres précieuses. L'hyacinthe préserve du tonnerre, de la peste et fait dormir. Cette dernière qualité lui avait déjà été attribuée par Albert le Grand. Sans rejeter précisément ces idées, Cardan nous dit qu'il porte ordinairement une pierre d'hyacinthe même très grande, et qu'il ne s'est jamais aperçu qu'elle contribuât à le faire dormir. Il ajoute aussitôt, il est vrai, avec une naïveté parfaite, que son hyacinthe n'a pas la couleur du véritable et qu'il doit être loin du très bon. On admettait encore que l'hyacinthe faisait devenir riche, augmentait la puissance, fortifiait le cSur, portait la joie dans l'âme, etc. Il parle ensuite de la turquoise qui, montée dans un anneau, préserve le cavalier de tout accident, s'il vient à tomber de cheval ; mais il se hâte d'ajouter :

« J'ai une belle turquoise dont on m'a fait cadeau, seulement il ne m'est jamais venu à l'idée d'essayer son pouvoir, et je n'ai garde, pour l'expérimenter, de faire une chute de cheval. »

Le saphir, dit encore Cardan, possède un grand nombre de propriétés et en particulier celle de guérir la mélancolie. C'est bien possible. On assure qu'à notre époque le saphir et les autres pierres précieuses ne sont pas absolument dépouillées de cette propriété. On cite même des cures instantanées obtenues par l'exhibition faite à propos de l'une de ces belles productions [il s'agit évidemment de belles manifestations de l'effet placebo, partagé avec les médicaments pourtant actifs]. Ces quelques exemples suffisent pour donner une idée des propriétés attribuées aux pierres précieuses par l'antiquité ou le moyen âge. Nous les compléterons par la remarquable appréciation suivante, empruntée à M.Babinet :

« Pour toutes les cures de maladies nerveuses et morales, où l'imagination peut avoir une grande influence, les gemmes étaient certes un remède souverain. En disant à un malade qu'une émeraude placée sous le chevet de son lit devait le guérir de l'hypocondrie, éloigner le cauchemar, calmer les palpitations du cSur, égayer l'imagination, apporter la réussite dans les entreprises, dissiper les peines de l'âme, on était sûr du succès par la croyance seule du malade à l'efficacité du remède. L'espérance de la cure dans ces affections est la cure elle-même, et, dans toutes les nombreuses circonstances où le moral a eu de l'influence sur le physique, la cause imaginaire devait produire un effet très réel. Enfin, cette éternelle déception de l'esprit humain, qui n'enregistre que les guérisons et qui ne met pas en ligne de compte tous les cas où les moyens curatifs ont manqué le but, contribue à maintenir la croyance aux vertus occultes des pierres précieuses. Il n'y a pas un demi-siècle que l'on envoyait encore emprunter dans les familles riches des pierres montées en anneaux pour les appliquer sur les parties malades. Quand le bijou devait être introduit dans la bouche pour cause de mal de dents, de mal de gorge ou de mal d'oreille, on avait soin de le retenir par une ficelle assez forte, pour éviter qu'il ne fût avalé par le malade. II est inutile de dire qu'aujourd'hui si l'on demande ce que sont devenues toutes ces croyances incontestables pour nos pères, on répondra qu'elles sont allées, avec les influences lunaires, si puissantes au temps de Louis XIV, prendre place dans le magasin immense des erreurs de l'esprit humain. »

II nous reste maintenant à dire quelques mots de l'ordre que nous avons suivi dans la description particulière des pierres précieuses. Malgré toutes les discussions auxquelles on s'est livré à ce sujet, et le grand nombre de classifications présentées par les différents auteurs qui se sont occupés de la question, il n'existe et ne peut exister de classification générale et naturelle des pierres précieuses. Et la raison en est bien simple : ces substances étant ce qu'on peut appeler des cas particuliers dans la nature, il n'est pas possible de les ranger en série. En prenant un ou quelques-uns de leurs caractères généraux, la forme cristalline, la réfraction simple ou double, la composition, la valeur commerciale relative, etc., le géomètre, le physicien, le chimiste, le commerçant pourront facilement établir une classification qui réponde plus ou moins complètement à leur but; mais ce ne sera pas une classification naturelle. Sans discuter ni critiquer les différentes méthodes proposées, nous adopterons dans ce livre la classification basée sur la composition chimique des corps dont nous aurons à nous occuper. C'est, sans aucun doute, celle qui convient le mieux au travail actuel tel que nous l'avons conçu. Que l'on place en effet, sur une table un échantillon de chacune des pierres précieuses aujourd'hui connues, on pourra les séparer immédiatement, à l'aide de la composition chimique, en trois groupes parfaitement tranchés et d'ailleurs tout à fait inégaux à tous les points de vue. Le premier ne comprend qu'une seule pierre; le charbon est son principe constituant : c'est le diamant.
Le deuxième, de beaucoup le plus important, renferme les pierres à base d'alumine, les saphirs, les rubis, les topazes, les émeraudes, etc. Le troisième comprend les pierres à base de silice, les opales, les agates, etc.
Ainsi charbon, alumine et silice, [c'est nous qui soulignons dans la mesure où voilà citées les trois substances fondamentales dont usent les alchimistes, sous leur dénomination vulgaire. Notez toutefois qu'il n'est pas question d'imaginer un seul instant que les alchimistes pouvaient obtenir du diamant. Non. En revanche, le charbon, comme la chaux, leur fournissaient l'indispensable agent de réduction sans lequel le feu de leur fourneau n'aurait servi à rien : c'est un autre des secrets, très réservés celui-ci, de l'alchimie] voilà dans l'ordre d'importance les trois substances qui fournissent aux pierres précieuses la presque totalité de leurs principes constituants. Les trois chapitres suivants seront consacrés à l'histoire des pierres précieuses comprises dans chacune de ces trois divisions. Avant d'aborder cette étude, nous devons ici expliquer deux expressions qu'on emploie encore beaucoup aujourd'hui quand il s'agit de pierres précieuses; ce sont celles de pierres orientales et pierres occidentales.
Primitivement on appliquait ces mots dans leur sens littéral, et, par suite, on croyait que les pierres précieuses de premier ordre ne se rencontraient jamais que dans les contrées de l'Orient. Il suffit de lire les livres des anciens et ceux du moyen âge pour trouver partout cette opinion, et les raisons, naturellement fantastiques, à l'aide desquelles on prétendait les justifier. Ces deux expressions restées dans le langage commercial [et aussi dans le langage symbolique des Amoureux de science] n'indiquent plus les lieux de provenance des pierres auxquelles on les applique, mais simplement la distinction à établir entre les deux catégories de valeurs très inégales existant généralement pour chaque genre de pierre précieuse. Dans chaque genre l'espèce qui a la plus grande valeur est appelée orientale; celle qui a la plus petite valeur est l'espèce occidentale, [les alchimistes ont conservé cette distinction quand ils appellent à eux leur Chien du Corascène ou leur Chienne d'Arménie, cf. Artephius et l'Atalanta fugiens, emblème XLVII] quels que soient d'ailleurs, dans les deux cas, les lieux de provenance.

III

Diamant

Le diamant qui, depuis longtemps, occupe le premier rang parmi les pierres précieuses, a été connu dès la plus haute antiquité. Le nom adamas que les Grecs lui avaient donné se retrouve aujourd'hui plus ou moins altéré, mais toujours reconnaissable, dans la plupart des langues de l'Europe et, par suite, de l'Amérique pour désigner cette gemme. Ce mot adamas signifie dans la lange grecque indomptable. [le mot adamas a une tout autre signification pour l'hermétiste. Il désigne la terre rouge qui permet la préparation du soufre ou teinture, cf. en recherche] La dureté excessive du diamant justifie parfaitement cette dénomination; mais nous voyons, par la Iecture des ouvrages de l'antiquité, que les anciens, procédant par induction, avaient prêté au diamant plusieurs autres propriétés qu'il ne possède nullement, celle de ne pouvoir s'échauffer sous l'action du feu, et surtout celle de résister sans se briser au choc du marteau. C'est ce que nous enseignent Lucrèce et Pline, pour ne pas remonter plus haut.

......... adamantina saxa
Pruna acie constant, ictus contemnere sueta
.

« L'essai de tous ces diamants, dit Pline, se fait sur une


FIGURE XXVI
Vue d'un district diamantifère du Brésil


enclume, à coups de marteau; et ils repoussent tellement le fer qu'ils le font sauter de côté et d'autre, et que l'enclume se casse même quelquefois. » (Pline, Hist. nat, livre XXXVII)

On voit par là, d'une manière d'autant plus évidente que la question est plus restreinte, comment les erreurs les plus faciles à détruire se maintiennent vivantes à travers de longues suites de siècles toutes les fois qu'une classe suffisante d'hommes est intéressée à leur conservation. Qu'avaient à faire les anciens pour s'assurer que le diamant se brise et même assez facilement sous le choc du marteau ? Ce que font journellement les lapidaires modernes pour se procurer de l'égrisée. Mais il aurait fallu pour cela sacrifier un diamant et, dès lors, perdre le prix qu'on avait mis à son achat; c'eût été, en outre, dépouiller le diamant d'une propriété admise par tout le monde comme réelle, et, par suite, diminuer la valeur de ce corps. Cette opinion des anciens s'est maintenue pendant très longtemps. Ainsi, en 1476, après la bataille de Morat, les Suisses s'étant emparés de la tente de Charles le Téméraire, y trouvèrent, entre autres richesses, un certain nombre de diamants. Pour s'assurer, ils le croyaient du moins, que ces pierres étaient de vrais diamants, ils les frappèrent à coups de marteau et de hache, persuadés qu'ils devaient résister s'il s étaient véritables, et nécessairement ils les mirent en pièces. Les diamants les plus anciennement connus des Romains paraissent avoir été fournis par l'Ethiopie; mais, bien avant l'époque à laquelle écrivait Pline (On sait que Pline périt, l'an 79 de notre ère, victime de son dévouement pour la science en observant l'éruption du Vésuve. Voir à ce sujet l'excellent livre de MM. Zurcher et Margollé : Volcans et tremblements de terre. (Collection de la Bibliothèque des merveilles.)), on les tirait, déjà de l'Inde. Jusqu'au dix-huitième siècle on ne connut de mines de diamants qu'aux Indes, dans l'empire du Mogol et dans l'île de Bornéo. Mais, à cette époque, la découverte de terrains diamantifères au Brésil, dans la province de Minas Géraès, après avoir, il est vrai, jeté une profonde perturbation dans le commerce des diamants, changea complètement cet état de choses. Aujourd'hui c'est le Nouveau Monde qui fournit presque exclusivement les diamants au commerce européen, surtout depuis la découverte des mines de Bahia, qui, pendant un certain temps, ont été extrêmement riches. En 1859, on avait signalé la présence du diamant dans l'Oural, mais depuis lors il n'en a plus été question On en a également rencontré quelques indices dans la Caroline du Sud et dans nos possessions françaises d'Afrique. On trouve quelquefois le diamant isolé de toute substance étrangère. Il est alors très brillant, mais c'est là l'exception. Généralement il est recouvert d'une croûte opaque, dure, appelée cascalho, et qui ne permet pas à la lumière de se transmettre. Il est bien probable qu'elle est tout à fait étrangère au diamant, non seulement par sa nature, mais aussi par son origine. Les diamants se rencontrent le plus souvent dans des sables, des alluvions provenant de la désagrégation de roches anciennes qui ont été transportées par les eaux à des distances souvent assez grandes des lieux où elles auraient primitivement été formées. Pour extraire les diamants dans les mines de cette nature, on a longtemps procédé de la façon suivante : On transportait les sables et les terres diamantifères dans un espace entouré de murs percés de petites ouvertures à la partie inférieure, et on versait sur ces sables de l'eau qui entraînait les parties les plus fines. Si les dépôts


FIGURE XXVII
Premier lavage des sables diamantifères au Brésil


exploités étaient très sableux, une seule opération suffisait. Mais s'ils étaient mêlés avec des quantités notables d'argile ou de terres analogues, il fallait, quand le lavage n'enlevait plus rien, laisser complètement sécher le résidu et le battre ensuite à plusieurs reprises avec des pilons de bois, puis le traiter, dans un appareil tout à fait analogue au van qui sert pour les céréales, de manière à isoler le plus possible les parties fines qui, ne renfermant rien de précieux, auraient singulièrement gêné la recherche définitive du diamant. Nous reproduisons, d'après un dessin original, une vue d'un district diamantifère du Brésil (fig. 26). Aujourd'hui, de grandes compagnies, disposant de capitaux considérables, exploitent les mines de diamants.
Des appareils de lavage et de séparation, à la hauteur des progrès de l'industrie contemporaine, ont remplacé les anciennes méthodes, mais le buta atteindre est toujours le même : concentrer dans un résidu sableux et aussi petit que possible la totalité des diamants renfermés dans les dépôts traites. Nous donnons la vue d'un district diamantifère du Brésil où s'exécute un premier lavage (fig. 27). Les ouvriers étendent ces résidus sur une aire et, commençant à une extrémité, ils s'avancent lentement vers l'autre, de manière à ce que tout le sable leur passe entre les mains. La surveillance devient alors extrêmement rigoureuse, car, si les ouvriers peuvent dérober un diamant, ils n'y manquent pas, et, malgré toute l'attention des agents, il se produit encore bon nombre de soustractions. Pour arriver à ce but,  les travailleurs ne reculent devant rien. Aussi l'un des moyens les plus ordinaires, employés par eux, consiste à avaler les diamants qu'ils rencontrent. Tavernier a vu, dans l'une des mines de l'Inde, un pauvre diable qui, pour s'approprier un diamant, l'avait enfoncé, de manière à le dissimuler complètement, dans le coin de son oeil. Or, comme ce diamant était du poids de deux carats, qu'il était, selon toute probabilité, entouré d'une certaine quantité de gangue [...] Bien que les mines de l'Inde aient cessé d'envoyer leurs produits en Europe depuis l'exploitation sur une grande échelle des gisements de l'Amérique, l'Orient n'en reste pas moins digne de toute notre attention dans la question qui nous occupe, puisque tous les beaux diamants aujourd'hui connus (l'Étoile du Sud exceptée) sont venus de ces contrées. [l'Etoile du Sud est le titre éponyme d'un beau roman de Jules Verne, publié en 1884 et dans lequel le héros réussit la synthèse - bien sûr impossible - d'un diamant noir de dimension remarquable. A cette occasion, Jules Verne cite les travaux de Fremy sur la synthèse des pierres précieuses ] Nous empruntons tout ce que nous allons dire sur les diamants de l'Inde, au Voyage si remarquable et si précis de Tavernier (Voyage en Turquie, en Perse et aux Indes (1679)), en citant, autant que nous le pourrons, le texte même de l'auteur.

« La première des mines où je fus est sur le territoire du roi de Visapour, dans la province de Carnatica, et le lieu s'appelle Raolconda, à cinq journées de Golconda et à huit ou neuf de Visapour. II n'y a que deux cents ans environ que cette mine a été découverte.Tout autour du lieu où se trouve le diamant, la terre est sableuse et pleine de rochers et de taillis à peu près comme aux environs de Fontainebleau. Il y a dans ces rochers plusieurs veines, tantôt d'un demi-doigt, et tantôt d'un doigt entier, et les mineurs ont des petits fers crochus par le bout, lesquels ils fourrent dans ces veines pour en tirer le sable ou la terre qu'ils mettent dans des vaisseaux, et c'est ensuite parmi cette terre qu'on trouve le diamant. Mais, parce que ces veines ne sont pas toujours droites, et que tantôt elles montent et tantôt elles baissent, ils sont contraints de casser ces rochers en suivant néanmoins la trace des veines. Après qu'ils les ont toutes montées et qu'ils ont ramassé la terre ou le sable qui y peuvent être, alors ils se mettent à les laver par deux ou trois fois, et cherchent parmi cette terre ce qu'il peut y avoir de diamants. C'est à cette source où se trouvent les pierres les plus nettes et les plus blanches d'eau. Mais le mal est que, pour tirer plus aisément le sable de ces roches, ils donnent de si grand coups d'un gros levier de fer que cela étonne le diamant et y met des glaces. A sept jours de Golconde, tirant droit au levant, il y a une autre mine de diamant, appelée Garri dans la langue du pays et Couleur en langue persienne. Il n'y a que cent ans que cette mine a été découverte par un pauvre paysan qui bêchait. »

La troisième mine visitée par Tavernier se trouve dans le royaume de Bengala; elle est située près d'un gros bourg appelé Soumelpour, mais, en réalité, cette mine n'est autre chose que le lit même de la rivière de Gouel. Pendant la saison des pluies, la rivière entraîne beaucoup de sable diamantifères qui se déposent dans les parties moins inclinées, comme aux environs de Soumelpour, mais il est très probable que les diamants sont pris par les eaux au milieu des montagnes, loin des lieux où on les recueille. Tavernier, parlant des moyens de visiter les mines et de la manière dont se fait le commerce des diamants, nous trace un tableau qui ne répond nullement à ce qu'on lui avait dit en Europe avant son départ, et, quand on a lu son récit, on reste très convaincu que les commerçants banians (On désigne sous ce nom la caste commerçante parmi les Hindous) et même les représentants du roi sont d'assez honnêtes gens. Sans doute les marchands indiens font tout ce qu'ils peuvent pour dissimuler les défauts de leur marchandise. Ainsi une pierre montre-t-elle une glace un peu apparente,

« ils se mettent à la cliver, c'est-à-dire à la fendre, ce à quoi ils sont beaucoup plus stylés que nous. S'il y a quelques petites glaces en quelques points, ou quelque petit sable noir ou rouge, ils couvrent toute la pierre de facettes, afin qu'on ne voie pas les défauts qu'elle a, et, s'il y a quelques glaces plus petites, ils couvrent cela de l'arête d'une des facettes. »

Parmi les habitudes et les faits curieux racontés par Tavernier nous citerons les deux suivants :

Un jour, sur le soir, un banian, assez mal couvert. n'ayant qu'une ceinture autour de son corps et un méchant mouchoir sur la teste, vint m'aborder civilement et s'asseoir auprès de moy. En ce pais-la on ne prend pas garde au vêtement, et tel qui n'a qu'une méchante aune de toile autour de ses reins ne laisse pas quelquefois de tenir cachée une bonne partie de diamants. Je fis de mon côté civilité au banian, et, après qu'il eut esté quelque temps assis, il me fit demander par mon trucheman si je voulais acheter quelques rubis. Le trucheman dit qu'il me les falloit montrer, et alors il tira quantité de petits drapeaux de sa ceinture, dans lesquels il y avoit environ une vingtaine d'anneaux de rubis. Après les avoir bien regardez, je lui fis dire que cela estoit trop petit pour moy et que je cherchois de grandes pierres. Néanmoins, me ressouvenant que j'avois esté prié d'une dame d'Ispahan de lui apporter un anneau de rubis d'environ une centaine d'écus, j'achetay un de ces anneaux qui me coûta à peu près quatre cents francs. Je sçavois bien qu'il n'en valoit pas plus de trois cents ; mais je hasarday volontiers cent francs de plus dans la croyance que j'eus qu'il n'étoit pas venu me trouver pour ces rubis seulement, et jugeant bien à sa mine qu'il désiroit estre seul avec moi et mon trucheman pour me montrer quelque chose de meilleur. Comme le temps de la prière des mahométans approchoit, trois des serviteurs que le gouverneur m'avoit donnés s'y en allèrent, et le quatrième, demeurant pour me servir, je trouvay le moyen de m'en défaire en l'envoyant pour nous aller chercher du pain, où il demeura assez longtemps, car tout le peuple de ce pays-là estant idolâtre, ils se contentent de ris sans manger de pain, et quand on en veut avoir, il le faut faire venir d'assez loin, d'une forteresse du roy de Visapour où il n'y a que des mahométans. Ce banian se voyant donc seul avec moi et mon trucheman, après avoir fait beaucoup de façons, tira sa toque et détortilla ses cheveux qui, selon la coutume, estoit liez sur sa teste. Alors je vis sortir de ses cheveux un petit morceau de linge, où estoit enveloppé un diamant pesant 48 ½ de nos carats, de belle eau, formé d'un cabochon, les trois quarts de la pierre nets, hormis un petit chevron qui estoit à costé et qui paroissoit aller un peu avant dans la pierre, l'autre quart n'estoit que glaces et points rouges. Comme je considérois la pierre, le banian, voyant l'attention que j'y apportois : « Ne vous amusez pas, me dit-il, à la regarder maintenant, vous la verrez demain matin à loisir quand vous serez seul. Quand un quart de jour sera passé (c'est ainsi qu'ils parlent), vous me trouverez hors du bourg, et si vous voulez la pierre, vous m'apporterez l'argent, » et il me dit alors ce qu'il en vouloit. Car il faut remarquer en passant, qu'après ce quart de jour les banians, tant hommes que femmes, rentrent dans la ville ou le bourg où ils demeurent, estant allez dehors tant pour satisfaire aux nécessités ordinaires de la nature et pour se laver ensuite le corps que pour les prières que leurs prostrés leur font faire. Le banian m'ayant marqué ce temps-là, parce qu'il ne vouloit pas que personne nous vît ensemble, je ne manquay pas de l'aller trouver et de luy porter la somme qu'il avoit demandée, à la réserve de deux cents pagodes que je mis a part, Mais enfin, après m'estre un peu débattu du prix, il fallut que je lui donnasse encore cent pagodes. A mon retour à Surate, je vendis la pierre a un commandeur hollandais sur lequel j'eus un profit honneste. Trois jours après avoir acheté cette pierre, il me vint un messager de Golconda de la part d'un apoticaire nommé Boëte. Je l'avois laissé à Golconda pour recevoir et garder une partie de mon argent, et au cas que le Chercef payât en roupies, pour les changer en pagodes d'or (D'après les indications de Tavernier, le poids de la pagode d'or était le même que celui de la demi-pistole de France). Le lendemain qu'il eut reçu le payement, il lui prit un si grand dévoiement du ventre qu'il en mourut dans peu de jours. Par la lettre qu'il m'écrivoit, il me faisoit sçavoir sa maladie, et qu'il avoit receu mon argent, qui estoit tout dans une chambre dans des sacs cachetés ; mais qu'il ne croyoit pas vivre plus de deux jours, m'exhortant de hâter mon retour parce qu'il ne croyoit pas que mon argent fût bien en sécurité entre les mains des serviteurs que je lui avois laissez. Si tost que j'eus receu cette lettre, je fus voir le gouverneur pour prendre  congé de luy; de quoi il fut étonné et me demanda si j'avois employé tout mon argent. Je luy répondis que je n'en avois pas employé la moitié, et que j'avois bien encore vingt mille pagodes. Il me dit que, si je voulois, il me les feroit employer, et qu'aucunement je ne perdrois rien sur ce qu'il me feroit acheter. De plus il me demanda si je voulois lui faire voir mon achat, bien qu'il ne l'ignorât pas, parce que ceux qui vendent sont obligés de luy déclarer tout, à cause des deux pour cent qui sont deus au roy par ceux qui acheptent. Je lui montray donc ce que j'avois acheté, et lui dis ce que tout m'avoit coûté, ce qui se rapporta au livre du banian qui reçoit les droits du roy. En même temps, je lui payay le deux pour cent pour les droits du roy, ce qu'ayant receu, il me dit qu'il voyoit bien que les Frangins estoient gens de bonne foy. Il en fut encore mieux persuadé, lorsque, tirant la pierre de 48 ½ carats : Seigneur, luy dis-je, cela n'est point sur le livre des banians, et il n'y a personne dans le bourg qui ait sceu que je l'ai achetée, ny toy-même ne l'aurais jamais sçû, si je ne te l'avois dit. Je ne veux pas frauder les droits du roy, voilà ce qui lui revient selon ce que m'a coûté la pierre. Le gouverneur parut fort surpris, et tout ensemble fut édifié de mon procédé; il m'en loua fort, et me dit que c'estoit agir en honneste homme, et qu'il n'y auroit aucun marchand du pais, ni mahométan, ni idolâtre, qui eu useroit de même, quand il croiroit qu'on ne sçauroit rien de ce qu'il auroit acheté. Sur cela il fit venir les plus riches marchands du lieu, et leur ayant raconté la chose, leur commanda d'apporter les plus belles pierres qu'ils pouvoient avoir; ce que trois ou quatre firent, et ainsi j'employay mes
vingt mille pagodes dans une heure ou deux.


Le second fait que nous allons citer est non seulement en dehors des habitudes, mais très probablement des aptitudes des peuples européens. Il nous montre en effet que les principaux négociants qui, dans l'Inde, réunissent d'abord les diamants, sont des enfants dont le plus âge n'a pas plus de 16 ans.

II y a du plaisir à voir venir tous les matins les jeunes enfants de ces marchands et d'autres gens du pays, depuis l'âge de 10 ans jusqu'à l'âge de 15 ou 16 ans, lesquels vont s'asseoir sous un gros arbre qui est dans la place du bourg. Chacun a son poids de diamant dans un petit sac pendu à un de ses costés, et de l'autre, une bourse attachée à sa ceinture, où il y a tel qui aura dedans jusqu'à six cents pagodes d'or. Ils sont là assis en attendant que quelqu'un leur vienne vendre quelques diamants, soit du lieu même ou de quelque autre mine. Quand on leur apporte quelque chose, on le met entre les mains du plus âgé de ces enfants, qui est comme le chef de la bande; il regarde ce que c'est et, le mettant dans la main de celui qui est auprès de lui, cela va de main en main jusqu'à ce qu'il revienne à la sienne, sans qu'aucun d'eux dise un mot. Il demande ensuite le prix de la marchandise pour'.en faire le marché s'il est possible, et si par hasard il l'achète trop cher, c'est pour son compte. Le soir venu, tous ces enfants font une réunion de tout, ce qu'ils ont acheté et, après, regardent- leurs pierres et les mettent à part selon leurs eaux, leurs poids et leur netteté. Puis ils mettent le prix, sur chacune, à peu près comme elles se pourraient vendre aux étrangers, et, par ce dernier prix, ils voient combien il est plus haut que le prix de l'achat. Ensuite, ils les portent à ces gros marchands qui ont toujours quantité de pierres à assortir, et tout le profit est partagé entre ces enfants, celui-là seulement qui est le premier d'entre eux ayant un quart pour cent de plus que les autres. Tout jeunes qu'ils sont, ajoute Tavernier, ils savent si bien le prix de toutes les pierres que, si l'un d'eux a acheté quelque chose et qu'il veuille perdre demi pour cent, un autre lui rend son argent.

Le diamant est connu sous trois états moléculaires différents, formant une série graduée des plus remarquables. Il est cristallisé, cristallin et amorphe.

- Le diamant cristallisé est le diamant par excellence, celui qui sert à la parure quand il a été taillé.
- Le diamant cristallin ne peut se tailler; il porte dans le commerce le nom de bord : on le réduit en poudre
pour tailler les diamants cristallisés.
- Le diamant amorphe, d'une couleur gris d'acier, est tout à fait opaque. Taillé, il n'aurait aucune utilité; on
le réduit en poudre comme le précédent. Il sert aux mêmes usages, bien que, à poids égal, il produise moins
d'effet. Il est désigné dans le commerce sous le nom de diamant carbonique, carbone et carbonate.

Les diamants, dans l'état naturel, prennent le nom de diamants bruts. Le commerce principal de ces diamants a surtout pour marché Rio-de-Janeiro. C'est là que les mineurs viennent apporter, par lots, aux maisons françaises, anglaises et hollandaises qui y sont établies ad hoc, la presque totalité des bruts qui arrivent. en Europe. On estime que le Brésil exporte annuellement pour vingt à vingt-cinq millions de francs de diamants bruts. Le diamant se vend toujours au poids. L'unité de poids pour toutes les pierres précieuses est la carat, valant 4 grains des anciens poids, ce qui fait qu'en France le carat vaut en milligrammes 0g,205,5. Le carat est universellement employé dans le commerce de la joaillerie, mais il n'est pas rigoureusement le même dans tous les pays.

Brésil. . ........          0g, 205,750
Angleterre. ...... . .  0g, 205,409
Hollande. ...... ....    0g, 205,409
Espagne. . ........     0g, 205,393


Le carat se divise en 1/2, 1/4, 1/8, 1/16, 1/32, 1/64 de carat. Le jeu de poids d'une balance de joaillier doit contenir depuis le poids de mille carats jusqu'à ces fractions. La balance employée dans le commerce des pierreries est une simple petite balance qui se tient à la main, et, cependant, telle est l'habileté du lapidaire, dit M. Helphen, qu'à 1/64 de carat près, la balance de l'essayeur ne le trouvera jamais en défaut. Les diamants cristallisés bruts valent de 90 à 100 francs le carat pour les parties assorties de telle façon qu'elles ne renferment pas de diamants dont le poids soit supérieur à un carat. Au-dessus de ce poids, c'est une tout autre affaire. En effet, une règle émise il y a près de deux cents ans, par Tavernier, et « que confirme généralement la pratique commerciale » (M. Helphen), est celle-ci : les prix de deux diamants sont dans les mêmes rapports que les carrés de leurs poids. Ainsi, aujourd'hui, une pierre de belle eau, bien taillée, sans défauts, etc., du poids d'un carat, valant environ 500 francs, une pierre de deux carats vaudra quatre fois plus, c'est-à-dire 2,000 francs; une de trois carats vaudra neuf fois plus, c'est-à-dire 4,500 francs. Malgré l'autorité si grande de M. Helphen, il est certain que la règle précédente, vraie au temps de Jeffries et de Tavernier, n'est plus applicable aujourd'hui. Nous plaçons ici un tableau qui nous permettra d'établir l'exactitude de l'assertion précédente, et qui nous fournira quelques autres résultats remarquables. C'est un tableau donnant les prix des diamants, en 1606, en 1750, en 1865 en 1867.


FIGURE XXVIII
Valeurs comparatives des diamants en 1606, 1750, 1865, 1867


Les prix du tableau précèdent se rapportent à des diamants de premier choix et sans aucun défaut. Ce sont, on le comprend, les seuls qui puissent servir à une comparaison comme celle que nous voulons établir. On voit immédiatement que la règle de Tavernier est complètement en défaut. En effet, le diamant d'un carat valant 529 francs, un diamant de deux carats vaudrait quatre fois plus, c'est-à-dire 2,116 francs, tandis qu'il ne se vend que 2,017 francs; un diamant de trois carats vaudrait neuf fois plus, c'est-à-dire 4,761 francs, tandis qu'il ne se vend que 5,529 francs; un diamant de cinq carats vaudrait vingt-cinq fois plus, c'est-à-dire 15,125 francs, tandis qu'il ne se vend que 8,825 francs. L'application de la règle de Tavernier conduirait, comme on le voit, à assigner aux diamants un prix bien supérieur à celui qu'ils ont réellement dans le commerce. Un autre point qui frappe tout d'abord l'attention à l'inspection du tableau précédent, c'est l'abaissement extraordinaire du prix des diamants au milieu du dix-huitième siècle. Enfin ce tableau nous montre encore que le prix des diamants était, d'une manière absolu, il y a deux cent soixante ans, à peu près le même qu'en 1867. Mais, en tenant compte de la grande différence dans la valeur de l'argent aux deux époques, on voit que le diamant était beaucoup plus cher au commencement du dix-septième siècle qu'il ne l'est aujourd'hui. Les gros diamants sont excessivement rares. Les lapidaires et les amateurs estiment que, sur dix mille diamants, il s'en trouve à peine un du poids de dix carats, c'est-à-dire ayant les dimensions suivantes :


FIGURE XXIX
Dimensions d'un brillant de 10 carats


Les anciens ne pouvaient même pas soupçonner la véritable nature du diamant. Pour avoir quelques notions à ce sujet, il fallait que les bases de la chimie moderne fussent établies, ou que, tout au moins, le phénomène complexe de la combustion eût reçu sa véritable explication. Le diamant, le plus dur des corps alors connus, placé par l'ensemble de ses propriétés à la tête de la liste des pierres précieuses, devait nécessairement être considéré comme étant de la même nature qu'elles. C'est tout au plus s'il était permis de le regarder, ainsi qu'on l'a fait jusqu'au milieu du siècle dernier, comme la pierre formée de matières pure par excellence (Dans un livre classique, le Dictionnaire de physique du P. Paulin, imprimé en 1761, l'auteur, homme d'ailleurs fort instruit, s'exprime ainsi au sujet de la nature du diamant : « Les physiciens prétendent que ses parties élémentaires sont la terre la plus pure et la plus divisée, le feu le plus pur et l'eau la plus limpide. » - Si l'histoire des sciences ne peut qu'être d'accord avec ce commentaire de l'auteur, en revanche la cabale hermétique est parfaitement en harmonie avec cette note. Absolument inaccessible aux alchimistes, le diamant ne pouvait qu'être disposé qu'avec la TERRE, le FEU et l'EAU les plus dépurés.). L'induction si souvent citée de Newton n'avait pas, à beaucoup près, la portée qu'on lui a attribuée [cf. là-dessus l'article sur Newton et Leibniz de Chevreul sur ces notions d'inductivisme et de positivisme]. Le premier fait important relatif à la nature du diamant fut établi par BoyIe, et remonte au milieu du dix-septième siècle. Le savant anglais montra que, sous l'influence d'une forte chaleur, le diamant disparaissait. Un peu plus tard, en 1694, Cosme III, grand-duc de Toscane, fit soumettre, à Florence, un diamant à l'épreuve du feu, en employant pour source de chaleur celle du soleil concentrée sur le diamant à l'aide d'un miroir concave. Cette expérience fut dirigée par les deux savants : Averani, précepteur du prince Jean Gaston, fils de Cosme, et Targioni, membre de l'académie del Cimento. Les spectateurs ne tardèrent pas à constater, avec stupéfaction, que le diamant diminuait peu à peu, et, au bout d'un certain temps, ils le virent complètement disparaître. Cette expérience, répétée plus tard à Vienne par un autre grand-duc, François-Etienne de Lorraine devenu empereur d'Autriche sous le nom de François Ier, en remplaçant la chaleur du soleil par le feu d'un fourneau, donna exactement le même résultat. Près d'un siècle après l'expérience de Florence, d'Arcet, Rouelle, Macquer, [sur ces savants, cf. Chevreul critique de Hoefer] etc., soumirent, en France, le diamant, à l'action du feu. Le 26 juillet 1771, ces savants firent à Paris une expérience qui fut tout un événement; un beau diamant fourni par un amateur distingué, Godefroi de Villetaneuse fut brûlé dans le laboratoire de Macquer, et l'étrangeté de ce résultat fut, pendant un certain temps, l'objet des conversations dans tous les rangs de la société. Il fallait bien accepter le fuit de la disparition du diamant sous l'influence de la chaleur, mais pour l'expliquer chacun apportait son opinion. Pour les uns, il avait été brûlé, pour les autres, il avait été seulement volatilisé. Au milieu de la discussion survint un nouveau personnage, Le Blanc, célèbre joaillier du temps. Sans tenir compte des expériences de Florence, de Vienne et de Paris, il affirma que le feu était sans action sur le diamant. Il appuyait, il est vrai, cette opinion sur son expérience personnelle. Il avait, disait-il, exposé fréquemment
des diamants à l'action d'une haute température pour faire disparaître certaines taches, et jamais le feu n'avait produit la moindre détérioration sur les diamants soumis à son action. Voulant du reste apporter des faits à l'appui de son assertion, il prit un diamant, l'entoura d'un mélange de chaux et de poussière de charbon, l'introduisit dans un creuset, et exposa le tout à l'action d'un feu violent. Au bout de trois heures on arrêta l'expérience, et on examina l'intérieur du creuset. Mais on trouva seulement la petite loge que le diamant avait occupée. Quant à celui-ci, il avait complètement disparu. Cette expérience exécutée dans le laboratoire de Rouelle y avait attiré un grand nombre de personnes, les unes appartenant à la science et les autres au corps des joailliers. [par parenthèse, cette expérience prend complètement en défaut le procédé utilisé par le héros de Jules Verne pour préparer l'Étoile du Sud. Quel roman Jules Verne n'eut-il pas produit s'il avait compris que les alchimistes n'avaient jamais eu pour but que de préparer les gemmes orientales !] Déjà les savants étaient persuadés par les expériences antérieures que le diamant disparaissait sous l'action de la chaleur; aussi accueillirent-ils par des bravos et des battements de mains la disparition du diamant de Le Blanc « qui se retira sans son diamant, mais non convaincu. » Bien que le jour commençât à se faire sur la question, il s'en fallait de beaucoup qu'elle fût résolue. Ainsi un des hommes qui devaient bientôt se placer au premier rang des créateurs de la chimie moderne, l'illustre et malheureux Lavoisier, Cadet et Macquer préparèrent sur ce sujet de nouvelles expériences. Mais alors un habile lapidaire. Maillard, vint soutenir devant ces savants les idées de Le Blanc en prétendant, comme son confrère, que le feu était sans action sur le diamant. Il vint, comme le dit Lavoisier,

« avec un zèle vraiment digne de la reconnaissance des savants, nous proposer de soumettre trois diamants qu'il avait apportés à telle épreuve qu'on jugerait à propos ; il consentait qu'ils fussent tourmentés par le feu le plus violent et aussi longtemps qu'on voudrait, pourvu qu'on lui permit, comme à M. Le Blanc, de les enfermer à sa manière. Maillard prit un fourneau de pipe à fumer, y mit ses trois diamants, les entoura de charbon bien pressé, recouvrit la pipe avec un couvercle en fer, et enferma le tout dans un creuset rempli de craie, après l'avoir recouvert d'un enduit siliceux. On soumit le tout à une température telle, qu'au bout de quatre heures la masse du creuset était complètement ramollie et prête à couler. On arrêta alors le feu.  »

Nous laissons Macquer lui-même exposer les résultats de cette importante expérience.


« Cependant M. Maillard, qui n'avait jamais vu ses diamants à une si rude épreuve, prenait toutes les précautions possibles pour les retrouver, et ramenait avec soin les cendres et les larmes de matières fondues qui étaient tombées de la grille du fourneau pendant l'opération. Je ne ferai nulle difficulté d'avouer ici que, malgré l'espèce d'inflammation du diamant de la réalité de laquelle je m'étais assuré très positivement, et qui devait m'ouvrir les yeux, ou me faire suspendre au moins mon


FIGURE XXX
Disposition de l'expérience de Maillard


jugement sur les procédés des joailliers, j'étais pourtant très convaincu, par les expériences précédentes, que le diamant devait se détruire dans tous les cas, pourvu qu'on lui appliquât un degré de feu assez fort et assez long; et, d'après la violence du feu de quatre heures qu'avaient éprouvé les trois diamants de M. Maillard, j'étais si persuadé qu'ils étaient entièrement détruits, comme celui de M. Le Blanc, que, voyant M. Maillard ramasser avec soin, comme je l'ai dit, les cendres du fourneau, je lui dis en plaisantant que s'il voulait absolument retrouver ses diamants, il ferait beaucoup mieux de faire ramoner la cheminée, et de les chercher dans la suie plutôt que dans la cendre. Mais ce petit triomphe fut aussi court qu'il avait été anticipé. Il ne dura tout juste que le temps qu'il fallait pour le refroidissement du creuset de M. Maillard. Ce creuset ne formait plus, avec son enduit, qu'une masse presque informe d'une matière vitrifiée, brillante, lisse et compacte. On le cassa avec précaution, on retrouva dedans le petit creuset de terre de pipe bien entier, la poudre de charbon dont ce dernier avait été rempli, qui était aussi noire que quand on l'y avait mise; enfin nous apperçûmes les trois diamants tout aussi sains qu'ils étaient avant l'épreuve; ils avaient conservé leur forme, les vives arêtes de leurs angles, et jusqu'à leur poli; aussi, en les reposant avec des balances d'essai très-justes, soit ensemble, soit séparément, nous trouvâmes qu'ils n'avaient rien perdu de leur poids. La seule différence qu'on pût appercevoir était qu'ils avaient une teinte noirâtre, mais elle n'était que superficielle, or M. Maillard les ayant fait nettoyer sur la meule, ils redevinrent aussi brillants et aussi blancs qu'ils l'étaient avant cette épreuve. »

Des diamants, préparés par Maillard et soumis pendant vingt-quatre heures à l'action de l'énorme température d'un four à porcelaine, résistèrent comme les précédents. Des expériences analogues furent faites en différents points de l'Europe, et on obtint tantôt l'un, tantôt l'autre des résultats précédents. Les faits restèrent inexplicables jusqu'au moment où les phénomènes principaux de la combustion étant établis, on reconnut que le diamant avait disparu toutes les fois qu'il avait été chauffé en présence de l'air, tandis qu'il avait complètement résisté et n'avait même éprouvé aucune modification quand, à l'aide d'un corps comme la poudre de charbon, la chaux, etc., il avait été soustrait à l'action de l'air pendant qu'on le chauffait. La question arrivée à ce point ne pouvait plus tarder d'avoir une solution définitive. [Deux remarques : point 1 : l'Adamas des Anciens, le diamant des Modernes, est le corps le plus dur - ou l'un des plus durs qui soient. Néanmoins, il peut-être brûlé et disparaître sous l'effet d'une forte chaleur. Chose qui n'arrive point au rubis ou à l'alumine qui est le corps le plus infusible qui soit. Le diamant, substance excessivement dépurée, est donc aussi très fragile et, s'il ne peut être rayé, du moins il peut être brisé ou brûlé : on voit les relations de cabale entretenues avec l'alchimie : les Artistes n'avaient pas en leur pouvoir de préparer ce corps, des plus purs qui soient, mais ils disposaient de tout moyen de le détruire. Point 2 : c'est l'un des secrets - nous l'avons dit, es mieux réservés - qui est avoué dans ces lignes qui, il faut le dire expressément, n'ont RIEN à voir avec l'alchimie : le pouvoir des agents de réduction, en premier lieu le charbon.] Deux des créateurs de la chimie, Lavoisier en France et Humphry Davy en Angleterre, la fournirent bientôt en effet.

« Qu'est-ce que le diamant ? C'est ce qu'il y a de plus précieux et de plus cher au monde. Qu'est-ce que le charbon ? C'est la matière usuelle la plus commune, et une de celles que l'on trouve en dépôts immenses dans les entrailles de la terre en même temps que les plantes, les arbres de toute espèce en contiennent une inconcevable quantité. L'argent peut à peine payer le diamant car si l'on imagine un diamant pur du poids d'une pièce de 25 francs, il pèsera environ 120 carats, et vaudra au minimum 4 millions de francs, tandis que un poids pareil de charbon n'aura, même avec les pièces de cuivre les plus petites, aucune valeur assignable. Et cependant le diamant et le charbon sont identiques : le diamant n'est que du charbon cristallisé. » (Babinet.)

Tout le monde connaît ce gaz piquant qui se dégage des boissons fermentées, cidre, bière, vin, etc., ce gaz, car c'est encore lui, que l'on introduit artificiellement dans l'eau de Seltz et les limonades gazeuses ; il est formé par la combinaison du charbon avec l'un des éléments de l'air (l'oxygène), et il a été appelé par les chimistes acide carbonique [cet acide carbonique correspond vraisemblablement à l'esprit universel dont parlaient les anciens chimistes, cf. salpêtre]. Or ce composé se produit toutes les fois qu'on brûle du charbon ou des substances qui en contiennent au contact de l'air, et jamais, bien entendu, il ne s'en forme la moindre trace si la substance qui brûle ne renferme pas de charbon. Quand le grand fait que nous venons de formuler fut bien établi, il devint très facile de savoir si, dans le diamant, il y avait du charbon, et même si c'était là son seul principe constituant. La première partie de la question fut résolue par Lavoisier à l'aide de l'expérience représentée figure 31.


FIGURE XXXI
Combustion du diamant par Lavoisier


Une cloche remplie d'oxygène fut renversée sur la cuve à mercure; une coupelle placée a l'extrémité d'une petite colonne reçut le diamant, et une lentille convergente concentrait la chaleur du soleil sur le diamant placé à son foyer. Le diamant disparut, et on constata alors que le ballon qui, au commencement de l'expérience, ne renfermait pas trace d'acide carbonique, en contenait une grande quantité après la disparition du diamant. Donc le diamant renfermait du charbon au nombre de ses éléments. Davy alla plus loin. Dans des expériences analogues à la précédente, il montra que la combustion du diamant dans l'oxygène donnait seulement naissance à de l'acide carbonique. Donc le diamant ne renfermait pas autre chose que du charbon. Quelques doutes sur ce dernier point continuèrent encore de subsister; mais ils ont complètement disparu depuis la publication (1841) du grand travail de MM. Dumas et Stass sur l'équivalent du carbone. Dans leurs expériences ces deux savants brûlèrent un grand nombre de diamants, mais ils firent disparaître une erreur dont le maintien eût été pour la science une véritable calamité (Celle qui affectait l'équivalent du carbone). L'importance capitale des résultats obtenus par MM. Dumas et Stass justifie complètement l'emploi du combustible si exceptionnel mis par eux en usage dans celte circonstance. Il est très probable que le diamant absolument pur est exclusivement formé de carbone. Mais il faut bien remarquer que ces diamants sont on ne peut plus rares.

« Tous les diamants que nous avons brûlés ont laissé un résidu, une cendre, si l'on peut s'exprimer ainsi. Ce résidu consiste tantôt en un réseau spongieux d'une couleur jaune rougeâtre, tantôt en parcelles jaune paille et cristallines, tantôt en fragments incolores et cristallins aussi.... Cette portion du diamant qui n'est pas du carbone pur ne consiste pas en parcelles adhérentes à la surface du cristal brûlé ou mêlé avec eux. Nous avons retrouvé les mêmes résidus dans des combustions, faites sur des cristaux très gros, bien lavés et bouillis longtemps avec de l'eau régale. Ces matières minérales appartiennent donc au cristal lui-même. » (MM. Dumas et Stass.)

Ces mêmes savants, ont trouvé que les résidus de la combustion du diamant variaient de 1/500 à 1/2000 du poids du diamant employé. On croyait que le diamant ne se consumait qu'avec une extrême difficulté. C'est encore une erreur. MM. Dumas et Stass ont reconnu que ce corps brûle très facilement dans l'oxygène, bien plus facilement par exemple, que certains charbons qui se forment dans les hauts fourneaux pendant le traitement du minerai de fer. Voici du reste comment on peut s'en assurer, tout en exécutant une des plus jolies expériences de la chimie. Elle nous a été signalée par un des physiciens français les plus autorisés et les plus habiles, M.Morren, doyen de la faculté des sciences de Marseille. On prend un fil de platine et, à l'aide d'un petit cône en bois, on lui donne la disposition suivante (fig. 32, à gauche)



FIGURE XXXII - XXXIIII
combustion du diamant dans l'oxygène



On fixe dans un bouchon l'extrémité supérieure du fil et on place dans le petit récipient le diamant à brûler. Un flacon rempli d'oxygène est à la portée de la main. A l'aide du chalumeau on élève jusqu'au rouge blanc la température du diamant et de son support, et on plonge rapidement le tout dans le flacon
d'oxygène. Le diamant s'allume aussitôt, et continue à brûler, mais avec un éclat fixe et  infiniment plus vif que celui qu'on obtiendrait avec une autre variété de charbon. De plus, la combustion est très lente, de sorte qu'on peut se faire passer, de main en main, d'un bout à l'autre de l'amphithéâtre, le diamant en ignition, sans que le phénomène si remarquable qu'il présente éprouve d'interruption (fig. 33, à droite). M. Morren a aussi constaté que lu diamant brûle par couches, car si on arrête la combustion à une période quelconque, on voit que ce qui reste du diamant n'a pas éprouvé le moindre changement, comme l'attestent les triangles à arêtes vives et les plans réguliers, dépendant, de la manière la plus évidente, les uns et les autres du système cristallin spécial au diamant. C'est là un point très important, puisqu'il paraît exclure toute idée de fusion pour le diamant.

DIAMANTS EXCEPTIONNELS

Nous allons maintenant, passer en revue les diamants les plus célèbres, donner leurs dimensions exactes, et, autant que le permet le dessin, reproduire les dispositions de leurs tailles. L'Asie est la patrie des pierres précieuses et en particulier des diamants. C'est elle qui a fourni, ainsi que nous le verrons par la suite de ce chapitre, la plupart des diamants hors ligne. D'un autre côté, on sait à quel point le goût du luxe est porté chez les Asiatiques : c'est donc dans cette partie du monde que nous devons rencontrer les diamants les plus volumineux. Disons toutefois que, depuis quelques aimées, on a découvert, dans l'Afrique méridionale, de très riches gisements de diamants. Une population qui dépasse aujourd'hui 50,000 individus, est venue chercher fortune dans ces placers d'un nouveau genre. Les premiers arrivants ont naturellement exploité les couches superficielles qui qui n'ont pas lardé à être épuisées; aujourd'hui c'est à l'aide d'excavations artificielles pénétrant en moyenne à quinze mètres, mais allant parfois jusqu'à trente, qu'on recherche le diamant au Cap. La terre désagrégée et piochée par les ouvriers est mise dans des paniers, puis élevée jusqu'à la surface du sol, à l'aide de cordes passant sur des poulies; cette terre, mise d'abord en tas, est ensuite traitée d'après la méthode que nous décrirons plus loin en parlant des dépôts diamantifères de l'Inde.
Un point très important à signaler, c'est que, d'une manière générale, les diamants du Cap sont d'une eau moins pure et d'une limpidité moins parfaite que ceux de l'Inde ; ils ont, dès lors, moins de valeur que ces derniers, à dimensions et à poids égaux. Nous commençons la description des diamants célèbres en citant ce que dit Tavernier de ceux du Grand-Mogol.

« La première pierre qu'Akel-Kau me mit dans la main fut ce grand diamant qui est une rose fort haute d'un côté. A l'arête d'un bout il y a un petit cran et une petite glace dedans. L'eau en est belle, et il pèse 280 carats. Quand Mirgimola, qui trahit le Grand-Mogol son maître, fit présent de cette pierre à Cha-Gehan auprès duquel il se retira, elle était brute, et pesait alors 787 ½ carats, et il y avait plusieurs glaces. Si cette pierre avait esté en Europe, on l'aurait gouvernée d'une autre façon, car on en aurait tiré de bons morceaux, et elle sérait demeurée plus pesante. Ce fut le sieur Hortensio Borghis, Vénitien, qui la tailla. De quoi il fut assez mal récompensé, car, quand elle fut taillée, on lui reprocha d'avoir gâté la pierre qui aurait pu demeurer à plus grand poids, et, au lieu de le payer de son travail, le roi lui fit prendre dix mille roupies, et il lui en aurait fait prendre davantage, s'il en eût eu d'autres. Si le sieur Horlensio Borghis eût bien su son métier, il aurait pu tirer de celte grande pièce quelques bons morceaux, sans faire tort au roi et sans avoir tant


FIGURE XXXIV
Diamant du Grand - Mogol


de peine à l'égriser; mais il n'était pas un fort habile diamantaire. Après avoir beaucoup contemplé cette belle pièce et l'avoir remise entre les mains d'Akel-Kau, il me fit voir un autre diamant de fort bonne forme et de belle eau, avec trois autres diamants à table, deux nets, et l'autre qui avait des petits points noirs. Chacun pesait de 48 à 50 carats, et le premier 54 ½ carats. Ensuite il me montra un joyau de douze diamants, chacun pesant de 15 à 14 carats, et tous roses. Dans le milieu, il y avait une rose en cSur, de belle eau, avec trois petites glaces. Cette rose pesait de 50 à 55 carats. Plus un joyau de dix-sept diamants, moitié tables moitié roses, dont le plus grand ne paraissait pas peser plus de 6 à 7 carats, excepté celui du milieu, qui allait bien à 14 carats. Toutes ces pièces sont de la première eau, nettes, de bonnes formes, et les plus belles qu'on puisse trouver. »

La figure 34 représente le gros diamant du Mogol. Il a, comme on le voit, la forme d'une moitié d'oeuf. Il

 
FIGURE XXXV
Diamant du rajah de Matum


est estimé 12 millions de francs. Il paraît que le célèbre Nadir Schah s'en est emparé, et qu'il est aujourd'hui en Perse. On connaît encore le beau diamant appelé Agrah qui pesait brut 645 5/8 carats. Tavernier l'estimait 25 millions. L'un des diamants les plus célèbres est celui du rajah de Matum, à Bornéo. Il pèse brut 518 carats. Il a, comme le montre la figure 35 qui donne ses dimensions exactes la forme d'une poire assez régulière. Ce diamant est, pour le rajah et les populations du pays, une espèce de palladium auquel seraient attachées les destinées de l'empire. En outre, l'eau dans laquelle il a été trempé passe pour guérir toute espèce de maladie. On comprend, dès lors, le prix attaché à cette pierre. En effet, en 1820, M. Stewart fut député par le gouverneur qui résidait à Batavia, auprès du rajah, et lui offrit, en échange de son diamant, 150,000 dollars (environ 777,000 francs), deux bricks de guerre très bien armés et une grande quantité de poudre et de munitions de toute espèce. Le rajah refusa. L'Inde a encore fourni un autre gros diamant que possède le roi de Golconde, le fameux Nizam qui, brut, pesait 540 carats, et était estimé 5 millions de francs (fig. 36).


FIGURE XXXVI
Le Nizam


France. - L'un des diamants les plus célèbres du monde appartient à la France, c'est le Régent qui, à des dimensions considérables, réunit au suprême degré toutes les qualités que l'on recherche dans ces magnifiques productions. Il fut trouvé dans la mine de Partoul, à quarante-cinq lieues au sud de Golconde; brut, il pesait, 410 carats. Sa taille demanda deux ans de travail et coûta 125,000 francs. Il se trouva alors réduit à 156 carats 14/16; mais il n'y avait qu'à s'applaudir du résultat malgré la grande diminution du poids; la taille était parfaite. On lit partout que ce diamant brut avait été acheté à Madras par le grand-père de William Pitt, alors qu'il était commandant du fort Saint-Georges; qu'il l'avait payé 512,500 francs, et que, en 1717, il fut acheté pour la somme de 5,575,000 francs par le duc d'Orléans, régent de France pendant la minorité de Louis XV. Voici maintenant le curieux récit, fait par Saint-Simon, de l'achat de ce diamant, et on voit que les choses y sont présentées d'une tout autre façon.


FIGURE XXXVII
Le Régent

Par un événement extrêmement rare, un employé aux mines de diamants du Grand-Mogol trouva le moyen d'en voler un d'une grosseur prodigieuse. Pour comble de fortune, il put s'embarquer et atteindre l'Europe avec son diamant. Il le fit voir à plusieurs princes dont il passait les forces, il le porta enfin en Angleterre où le roi l'admira sans pouvoir se résoudre à l'acheter. On en lit un modèle de cristal en Angleterre, d'où l'on envoya l'homme, le diamant et le modèle parfaitement semblable à Law, qui le proposa au régent pour le roi; le prince en effraya le régent, qui refusa de le prendre. Law, qui pensait grandement en beaucoup de choses. vint me trouver consterné et m'apporta ce modèle. Je pensai, comme lui, qu'il ne convenait pas à la grandeur du roi de France de se laisser rebuter par le prix d'une pièce unique dans le monde et inestimable ; et que plus il y avait de potentats qui n'avaient osé y penser, plus on devait se garder de le laisser échapper. Law, ravi de me voir parler de la sorte, me pria d'en parler à Mgr le duc d'Orléans. L'état des finances fut en obstacle sur lequel le régent insista beaucoup; il craignait d'être blâmé de faire un achat si considérable, tandis qu'on avait tant de peine à subvenir aux nécessités les plus pressantes, et qu'il fallait laisser tant de gens en souffrance. Je louai ce sentiment. Mais je lui dis qu'il n'en devait pas user pour le plus grand roi de l'Europe comme d'un simple particulier, qui serait très répréhensible de jeter cent mille francs pour se parer d'un beau diamant, tandis qu'il devrait beaucoup et ne se trouvait pas en état de se satisfaire; qu'il fallait considérer l'honneur de la couronne, et ne pas laisser manquer l'occasion unique d'un diamant sans prix qui effaçait tous ceux de l'Europe; que c'était une gloire pour la régence qui durerait à jamais, qu'en quelque état que fussent les finances, l'épargne de ce refus ne les soulagerait pas beaucoup, et que la surcharge ne serait pas très perceptible; enfin je ne quittai point Mgr le duc d'Orléans que je n'eusse obtenu que le diamant serait acheté. Law, avant de me parler, avait, tant représenté au marchand l'impossibilité de vendre son diamant au prix qu'il avait espéré, le dommage et la perte qu'il souffrirait en le rompant en divers morceaux, qu'il le fit venir enfin à 2 millions de francs avec les rognures en outre qui sortiraient de la taille. Le marché fut conclu de la sorte. On lui paya l'intérêt de 2 millions jusqu'à ce qu'on pût lui donner le capital, et, en attendant, on déposa pour 2 millions de pierreries en gage.

La figure 37 donne la forme et les dimensions du Régent. A part sa grande valeur commerciale et artistique, le Régent a individuellement une histoire des plus dramatiques.

« Le Régent, dit M. Rabinet, avant l'époque du vol des diamants de la couronne, eut cependant l'honneur d'être présenté au peuple, ou, si l'on veut, à la populace du temps. Voici comment on avait organisé cette exhibition. Une petite salle basse avait été disposée de manière à permettre aux passants d'entrer facilement et de demander, au nom du peuple souverain, à voir et à toucher le beau diamant de l'ex-tyran. Alors, par un petit guichet semblable à ceux qui servent à recevoir le prix des places dans un théâtre, on passait au citoyen ou à la citoyenne en guenilles le diamant national, retenu dans une solide griffe d'acier avec une chaîne de fer fixée en dedans de l'ouverture par laquelle on le présentait aux visiteurs. Deux hommes de police déguisés en gendarmes, fixaient à droite et à gauche leurs yeux de lynx sur le possesseur momentané de la merveille de Golconde, lequel, après avoir soupesé dans sa main une valeur estimée 12 millions dans l'inventaire des diamants de la couronne, reprenait à la porte sa hotte et son crochet pour continuer d'explorer les balayures vidées aux portes des maisons. J'ai plusieurs fois obtenu la permission d'assister aux visites des diamants de la couronne, et j'ai toujours eu la négligence de ne pas en profiter. « Comment ! monsieur, me disait un pauvre ouvrier jardinier, vous n'avez pas eu dans la main le Régent, de France; mais moi et tous mes amis nous l'avons vu et touché tant que nous avons voulu pendant la Révolution. Cet homme me disait qu'on laissait entrer dans la pièce basse en question un nombre quelconque de visiteurs, mais qu'en cas de bruit il n'eût pas fait bon se trouver là dedans. »

Lors du vol des diamants de la couronne, en 1792, le Régent éprouva des péripéties toutes particulières. Nous reproduisons ici ce curieux épisode, tel que l'a donné M. Breton dans la Gazette des Tribunaux.

L'inventaire des diamants de la couronne fait, en 1791, aux termes d'un décret de l'Assemblée constituante, venait à peine d'être terminé, au mois d'août 1792, lors de la dernière exposition publique qui avait lieu le premier mardi de chaque mois, depuis la Quasimodo jusqu'à la Saint-Martin. Après les journées sanglantes du 10 août et du 2 septembre, ce riche dépôt fut naturellement fermé au public, et la Commune de Paris, comme représentant le domaine de l'Etat, mit les scellés sur les armoires dans lesquelles étaient déposés la couronne, le sceptre, la main de justice et les autres ornements du sacre; la chapelle d'or léguée à Louis XIII par le cardinal de Richelieu avec toutes ses pièces enrichies de diamants et de rubis, et la fameuse nef d'or pesant 106 marcs, plus une quantité prodigieuse de vases d'agate, d'améthyste, de cristal de roche, etc. Dans la matinée du 17 septembre, Sergent et les deux autres commissaires de la Commune s'aperçurent que pendant la nuit, des voleurs s'étaient introduits en escaladant la colonnade du côté de la place Louis XV et l'une des fenêtres donnant sur cette place. Ayant ainsi pénétré dans les vastes salles du Garde-Meuble, ils avaient brisé les scellés sans forcer les serrures, enlevé les trésors inestimables que contenaient les armoires, et disparu sans laisser d'autres traces de leur passage. Plusieurs individus furent arrêtés, mais relâchés après de longues procédures. Une lettre anonyme adressée à la Commune annonça qu'une partie des objets volés était enfouie dans un fossé de l'allée des Veuves, aux Champs-Elysées ; Sergent se transporta aussitôt avec ses collègues à l'endroit qui avait été fort exactement indiqué. On y trouva, entre autres objets, le fameux diamant le Régent et la fameuse coupe d'agate-onyx connue sous le nom de Calice de l'abbé Suger, et qui fut ensuite placée dans le Cabinet des Antiques de la Bibliothèque nationale. Toutes les recherches faites à cette époque ou postérieurement n'ont pu faire juger si ce vol eut un but politique, ou bien s'il faut l'attribuer simplement à une spéculation faite par des malfaiteurs vulgaires dans un moment où la police de sûreté était tout à fait désorganisée. Les uns disaient que le produit de ces richesses était destiné à stipendier l'armée des émigrés, d'autres, au contraire, prétendaient que Pétion et Manuel s'en étaient servis pour obtenir l'évacuation de la Champagne, en livrant le tout au roi de Prusse. Enfin on alla jusqu'à prétendre que les gardiens du dépôt l'avaient volé eux-mêmes, et Sergent, dont nous venons de parler, fut surnommé Agate, à cause de la manière mystérieuse dont il avait retrouvé la coupe d'agate-onyx. Aucune de ces conjectures plus ou moins absurdes n'a jamais reçu la moindre sanction juridique. Voici toutefois un fait dont j'ai été témoin avec toutes les personnes qui assistaient à la séance de la cour criminelle de Paris, lors de la mise en jugement, dans le courant de l'année 1804, du nommé Bourgeois, et d'autres individus accusés d'avoir fabriqué de faux billets de la Banque de France. Un des accusés qui avait servi dans les Pandours, et qui déguisait son véritable nom sous celui de Baba, avait d'abord nié tous les faits mis à sa charge. Il fit aux débats des aveux complets, et expliqua les procédés ingénieux employés par les faussaires. Ce n'est pas, a-t-il ajouté, la première fois que mes aveux ont été utiles à la société, et, si l'on me condamne j'implorerai la miséricorde de l'Empereur. Sans moi Napoléon ne serait pas sur le trône; c'est à moi seul qu'est dû le succès de la campagne de Marengo. J'étais un des voleurs du Garde-Meuble; j'avais aidé un de mes complices à enterrer dans l'allée des Veuves le Régent et d'autres objets reconnaissables dont la possession les aurait trahis. Sur la promesse que l'on me fit de ma grâce, promesse qui fut exactement tenue, je révélai la cachette. Le Régent en fut tiré, et vous n'ignorez pas, messieurs de la cour, que ce magnifique diamant fut engagé par le Premier consul entre les mains du gouvernement batave pour se procurer les fonds dont il avait le besoin le plus urgent après le 18 brumaire.Les coupables furent condamnés aux fers, Bourgeois et Baba, au lieu d'être conduits au bagne, furent retenus à Bicêtre où ils moururent. J'ignore si Baba donna d'autres renseignements à la suite de l'anecdote que je viens de rapporter, et qu'on peut-lire aussi dans le Journal de Paris de l'époque.


Un autre beau diamant est l'Impératrice-Eugénie. Il est taillé en brillant et pèse 51 carats (fig. 38). Un troisième diamant très célèbre, ayant longtemps appartenu à la France, c'est le Sancy, Mais on est loin d'être d'accord sur l'identité du diamant qui porte ce nom. Suivant les uns, il aurait été rapporté de Constantinople par un ambassadeur de ce nom qui l'aurait payé 600,000 francs; suivant d'autres, il ornait le casque de Charles le Téméraire, qui le perdit à la bataille de Granson. Trouvé par un soldat, il fut vendu pour deux francs à un moine qui, à son tour, le céda pour trois francs. Il


FIGURE XXXVIII - XXXIX
L'Impératrice-Eugénie.  - Le Sancy


disparut alors, mais en 1589, ou le voit faire partie des pierreries d'Antoine, roi de Portugal. Ce prince le donna en gage à de Sancy, trésorier du roi de France, qui Finalement en devint acquéreur pour la somme de 100.000 livres tournois. Il resta longtemps dans la famille de Sancy, à laquelle Henri III l'emprunta. Il était destiné à servir de gage pour la levée d'un corps de Suisses; mais le domestique chargé de porter ce diamant au roi fut attaqué, mis à mort, et on crut le diamant perdu. A force de recherches on finit par découvrir que le domestique avait été assassiné dans la forêt de Dôle, et que, par les soins du curé, il avait été enterré dans le cimetière du village. « Alors, dit le baron de Sancy, mon diamant n'est pas perdu. » En effet, on le retrouva dans l'estomac du malheureux et fidèle serviteur qui l'avait avalé au moment où il vit qu'il allait succomber (fig. 39). D'après l'inventaire de 1791, le Sancy pesait 55 12/16 carats. Outre son poids considérable, ce diamant offre encore un intérêt spécial à cause de sa taille toute particulière, dont nous aurons à parler dans le chapitre X. Ce diamant disparut en 1792. Après plusieurs pérégrinations il est arrivé aujourd'hui en Russie. On l'estime un million de francs : mais, d'après M. Helphen, si bon juge en ces matières, ce prix est exagéré. Avant la révolution, la France, avec le régent et le Sancy, possédait un grand nombre de diamants et une foule d'autres pierres précieuses : l'ensemble était désigné sous le nom de diamants de la Couronne. D'après l'estimation qui fut faite en 1791 par une commission de joailliers, sur la demande de l'Assemblée nationale, la France possédait en 1774, 7,482 diamants. Dans les années suivantes il y eut quelques variations. C'est cette magnifique collection qui fut volée en 1792. L'empereur Napoléon Ier fit rechercher et racheter dans toute l'Europe ces objets précieux. Le succès fut complet, car l'inventaire fait en 1810 mentionne un nombre de diamants considérable, dont la valeur totale est même supérieure à celle de l'ancienne collection. Un autre inventaire fait en 1832 constate une augmentation nouvelle, puisque le nombre des pierres est de 64,812 et leur valeur totale estimée 20,900,260 francs, tandis que, en 1812, elle était seulement de 17 millions. Depuis lors la collection des diamants français s'est encore accrue : elle a reçu en particulier, comme nous l'avons dit, le magnifique brillant de 51 carats, l'Impératrice-Eugénie.

Brésil. - Le Brésil étant la seconde patrie des pierres précieuses, il est naturel qu'il en possède de grandes quantités. Aussi estime-t-on a plus de 100 millions de francs la valeur de celles que renferme le trésor de cet empire. Parmi les principaux diamants de ce pays, celui qui taillé en pyramide, orne la poignée d'or de la canne de Jean VI, est estimé 872,000 francs. Le Brésil a fourni encore les 20 diamants, qui forment les 20 boutons du pourpoint de cérémonie de Joseph 1er : chacun d'eux valant 125,000 francs, l'habillement complet représente une somme de 2 millions et demi de francs ! Mais la merveille parmi les productions du Brésil, c'est l'Étoile du Sud. [cf. supra concernant le roman de Jules Verne] Ce diamant extraordinaire fut trouvé en 1855, à la fin du mois de juillet, aux mines de Bogagan, par une pauvre négresse. Il pesait brut 257 carats et demi; il a été acheté par M. Helphen.

« II présente la forme d'un dodécaèdre portant un biseau obtus sur chaque face. Il est aplati sur un côté; ses faces mates sont légèrement rugueuses par des stries dont quelques-unes, disposées d'une manière régulière, offrent la trace des clivages octaédriques propres au diamant ; les autres stries forment une espèce de sablé très fin; assez analogue à la disposition désignée par le mot de chagriné propre à la peau des squales. Cette disposition ôte au diamant la transparence qui lui est propre; de telle sorte qu'il est simplement translucide à la manière d'une glace dépolie. Sa densité déterminée par M. Helphen, est 3,529. Dès les premiers moments de son apparition dans le commerce, le diamant que nous décrivons a fixé l'attention des lapidaires qui, pour le distinguer des diamants connus, l'ont surnommé l'Étoile du Sud. Par la taille ce diamant perdra à peu près la moitié de son poids; il sera réduit alors environ à 125 carats. Ce poids le placera encore au rang des quatre ou cinq diamants connus les plus précieux. » (M. Dufrénoy.)


FIGURE XL
L'Etoile du Sud avant et après sa taille


Aujourd'hui ce beau diamant est taillé. Il est d'une pureté irréprochable, blanc et prenant par réfraction une teinte rosée assez notable, mais agréable. L'Étoile du Sud a été taillée à Amsterdam dans l'établissement spécial de M. Coster. Dans le chapitre VII de ce livre nous ferons connaître en détail ce magnifique établissement, unique en son genre, et, à l'aide de très exactes figures, nous montrerons par quelle série d'opérations passe un diamant, comme l'Étoile du Sud brute, pour arriver à constituer l'Etoile du Sud taillée. L'Étoile du Sud a été dessinée à l'état brut sous ses différentes faces par un homme de la plus grande compétence, notre illustre minéralogiste, M. Dufrénoy. Nous reproduisons, ici les figures données par ce savant en mettant à coté celle de l'Étoile du Sud après la taille, c'est-à-dire telle qu'elle est aujourd'hui. C'est le meilleur exemple qu'il soit possible de choisir pour donner l'idée de la différence si grande, à tous les points de vue, qui sépare un diamant brut d'un diamant taillé (fig. 40). Parmi les diamants qui ont le Brésil pour origine, nous citerons encore les trois gros diamants du roi de Portugal. Le premier est appelé diamant du roi de Portugal. Il fut trouvé dans un endroit nommé Cay-de-Mérin, près de la petite rivière de Malhoverde. Mawe dit qu'il pèse 1680 carats. Les diamantaires du Brésil l'estiment 7 milliards 500 millions ! Seulement... on pense que c'est une topaze ! Dès lors les milliards et les millions disparaîtraient. Personne ne voit ce diamant, qui d'ailleurs est conservé brut. Il est bien évident que c'est là plus qu'il n'en faut pour confirmer le public dans son opinion, que cette pierre n'est pas un diamant. Rien, du reste, ne serait plus simple que de décider la question; il suffirait d'exposer un instant cette substance à l'action de la meule d'un diamantaire pour qu'il ne pût rester aucune espèce de doute. Si l'on ne fait pas ce simple essai, c'est qu'il y a probablement pour cela de bonnes raisons. Les deux autres diamants n'inspirent pas les mêmes doutes. Le premier pèse 215 carats; l'autre, étant plus plat, est un peu moins pesant. Ces deux belles pierres furent trouvées à l'est de la province de Minas Geraès, dans la rivière d'Abayle, par trois hommes bannis dans l'intérieur.

Angleterre. - La couronne d'Angleterre est très riche en beaux diamants ; mais la pièce capitale est le


FIGURE XLI
Le Ko-hi-noor avant la retaille


fameux Ko-hi-noor (montagne de lumière). -C'est, si l'on en croit la légende, le plus ancien diamant connu, puisqu'il était déjà porté par Karna, roi d'Agra, qui vivait 3001 ans avant notre ère !

« Notez ce chiffre précis, dit M. Babinet; nous dirons avec lui : A cela, je n'ai rien à objecter ; je me porte même garant de cette curieuse assertion, car qui me démentira dans ce témoignage ? »

Quelle que soit d'ailleurs son antiquité, on le trouve d'abord dans les trésors du schah Shouja, ex-roi de Caboul, et il passa, par voie de conquête, dans les mains de Rundjett-Sing. Ce despote fastueux, qui portait déjà pour 75 millions de diamants dans le harnais de son cheval, fit placer le Ko-hi-noor sur le pommeau de sa selle. Devenu la propriété de la compagnie des Indes, il a été offert par elle à la reine d'Angleterre. Il pesait 186 ½ carats et était estimé 3 500 000 francs ; mais il avait une mauvaise forme. Il a été retaillé, et ne pèse plus que 102 ¾ carats anglais. Les deux


FIGURE XLII
Le Ko-hi-noor après la retaille


figures 41 et 42 le montrent avant et après cette dernière opération. Le Ko-hi-noor est une pierre hors ligne, mais son épaisseur ne répond pas à son étendue; aussi son jeu n'est-il pas très prononcé. Outre le Ko-hi-noor et un grand nombre de perles fines, la couronne de la reine Victoria porte 497 diamants, dont le prix est évalué à plus de 2 millions de francs. Un autre diamant bien connu est le Piggott, qui fut rapporté des Indes par le comte de ce nom ; son poids est de 81 ¼ carats. Il fut mis en loterie, en 1801, pour la somme de 750 000 francs. Plus tard, il devint la propriété du pacha d'Égypte, qui le paya la même somme. On ne sait quel est aujourd'hui son possesseur (fig. 43).


FIGURE XLIII - XLIV
Le Piggott - Le Nassac


Le Nassak ou Nassac est de forme triangulaire avec des facettes courbes. Conquis pendant les anciennes guerres sur le territoire des Mahrattes, il était autrefois la propriété de la compagnie des Indes, et pesait alors 89 ¾ carats. Acheté, en 1818, par MM. Rundell et Bridge, il fut plus tard vendu aux enchères publiques quand ces négociants se retirèrent des affaires. Le marquis de Westminster, auquel il appartint ensuite, l'a fait retailler. Il ne pèse plus aujourd'hui que 78 5/8 carats, mais il a infiniment gagné comme forme et comme jeu. Il est estimé de 7 à 800 000 francs.

Russie. - Le pays le plus riche actuellement en beaux diamants est probablement la Russie.


FIGURE XLV
Surface des roses comparées à leur poids


Outre les collections spéciales de diamants, il existe, dans le trésor de cet empire, trois couronnes complètement formées de diamants. La première, celle d'Ivan Alexiowitch, en contient 881 ; celle de Pierre le Grand, 847 ; celle de Catherine la Grande, 2536. Parmi les gros diamants russes, le plus remarquable est l'Orlow. Il pèse 193 carats. Il a, comme le montre la figure 46, la forme d'une moitié d'oeuf C'est un des ornements du sceptre impérial. Ce beau diamant est originaire de l'Inde. Il formait, il y a environ un siècle et demi, l'un des yeux de la fameuse idole de Seringham dans le temple de Brahma : l'autre oeil était un diamant de même ordre.


FIGURE XLVI
l'Orlow


Ce fait, sans aucun doute bien connu dans le pays, suggéra à un soldat français en garnison dans nos possessions de l'Inde, au commencement du dix-huitième siècle, l'idée d'arracher les yeux à la célèbre idole. Il s'éprend en apparence d'un beau zèle pour la religion hindoue, et gagne à tel point la confiance des prêtres
qu'on lui confie la garde du temple. Il choisit son temps, et, pendant, une nuit d'orage, il enlève l'un seulement des diamants, l'autre n'ayant pas voulu sortir de l'orbite. Il s'enfuit à Madras, où il vendit pour 50000 francs, à un capitaine de navire anglais, le diamant dérobé. Apporté en Angleterre, il fut acheté 500 000 francs par un marchand juif. Celui-ci, plus tard, le vendit à Catherine II pour 2 250 000 francs et une pension viagère de 100 000 francs. Un autre beau diamant russe est celui qu'on appelle le Schah, et qui a appartenu aux anciens sophis de Perse. Il est d'une très belle eau, et pèse 95 carats. La figure 47 montre parfaitement la forme toute particulière de cette belle pierre. Le troisième gros diamant russe est la Lune de montagne. Il fut acheté pour 50,000 piastres à un chef


FIGURE XLVII - XLVIII
Le Schah. - L'Étoile polaire


afghan par un négociant arménien nommé Schafnass, qui le garda pendant douze ans. Il envoya alors un de ses frères à Amsterdam pour essayer de le vendre. Après de longs pourparlers, il fut acheté par la Russie moyennant 45 0000 roubles d'argent (1 800 000 francs) et des lettres de noblesse pour le vendeur. La Russie possède encore un beau brillant rouge rubis du poids de 10 carats. Il fut acheté 100 000 roubles (400 000 francs) par l'empereur Paul Ier. Signalons enfin en Russie un diamant superbe, l'Étoile polaire, taillé en brillant et pesant 40 carats. Il appartient à la princesse Youssopoff (fig. 48).


FIGURE XLIX
Surfaces des brillants comparées à leur poids. - Les lignes
verticales indiquent l'épaisseur de la pierre.


Autriche. - Le plus beau diamant autrichien est le Grand-Duc de Toscane. Il est un peu jaune, taillé à neuf pans, et couvert de facettes formant une étoile à neuf rayons. Ce diamant appartenait à Charles le Téméraire, qui le perdit à la bataille de Granson. Trouvé par un soldat, il fut vendu par un marchand génois à Ludovic Sforza, duc de Milan. Il devint ensuite la propriété du pape Jules II, qui en fit présent à l'empereur d'Autriche. Ce diamant était, à Granson, accompagné d'un autre plus petit que Charles le Téméraire portait à son cou. Il fait aujourd'hui partie des pierreries qui ornent la tiare du pape à Rome. Le Grand-Duc de Toscane pèse 159 ½ carats (fig. 50).


FIGURE L
Le Grand-Duc de Toscane


Égypte. - L'Égypte possède un très beau brillant de 40 carats qui porte le nom de Pacha d'Égypte. Il a coûté 700 000 francs (fig. 51). On cite en Hollande un diamant de 56 carats, estimé 260 000 francs, et un autre, dans le trésor de Dresde, qui pèse 31 carats ¼. Un diamant complètement noir fut vendu par M. Bapst à Louis XVIII, pour la somme de 24 000 francs ; mais il ne fut jamais livré. Il avait une couleur bistre très foncée, était taillé très mince, et possédait un éclat superficiel très remarquable. Pour clore la liste par une exception au milieu de ces brillantes exceptions de la nature, nous citerons le diamant bleu de M. Hope. Son poids de 44 1/8 carats le place au second rang pour les dimensions ; mais sa couleur bleue du plus beau saphir, jointe a l'éclat adamantin le


FIGURE LI - LII
Le Pacha d'Égypte. - Diamant bleu de Hope


plus vif, en fait véritablement une pierre sans pareille. Il a été payé 450 000 francs. De l'avis des hommes compétents, il vaut davantage (fig. 52).

GRAVURE SUR DIAMANT

Malgré sa dureté prodigieuse, le diamant a été gravé. On en voyait un à l'Exposition universelle de 1867 dans la section italienne. Il avait été gravé au seizième siècle par Jacopo ou Come de Trezzo. Il était enchâssé dans un anneau d'or cylindrique et uni, a l'aide d'un chaton mobile à tourillons. Les tableaux (figures 45 et 49) indiquent, pour les brillants et pour les roses, les rapports des poids et des grandeurs.



Notes complémentaires :

sur Jacques Babinet, souvent cité par Louis Dieulafait : extrait de http://micro.magnet.fsu.edu/optics/timeline/people/babinet.html


Jacques Babinet was a French physicist, mathematician, and astronomer born in Lusignan, who is most famous for his contributions to optics. Among Babinet's accomplishments are the 1827 standardization of the Ångström unit for measuring light using the red cadmium line's wavelength, and the principle (bearing his name) that similar diffraction patterns are produced by two complementary screens.

After initiating his studies at the Lycée Napoléon, Babinet was persuaded to abandon his legal education for the pursuit of science. Formally educated at the École Polytechnique, which he left in 1812 for the Military School at Metz, Babinet was later a professor at the Sorbonne and in 1840, elected as a member of the French Academy of Sciences. In addition to his brilliant lectures on meteorology and optics research, Babinet was also a great promoter of science, an amusing and clever lecturer, and a brilliant and entertaining author of popular scientific articles. Unlike many of his contemporaries, Babinet was beloved by all for his kindly and charitable nature.

Babinet was interested in the optical properties of minerals throughout his career. He designed and created many scientific instruments utilized to determine crystalline structure and polarization properties, including the polariscope and a goniometer to measure refractive indices. The Babinet compensator, an accessory useful in polarized light microscopy, was built with twin, opposed quartz wedges having mutually perpendicular crystallographic axes, and is still widely employed in microscopy. This design avoids the problems inherent in the basic quartz wedge, where the zero reading coincides with the thin end of the wedge, which is often lost when grinding the plate during manufacture.

Expanding his fascination of diffraction to meteorology, Babinet spent a significant amount of time in the study of rainbow optics. His astronomical research focused on Mercury's mass and the Earth's magnetism, while his inventions included valve improvements for air pumps and a hygrometer. In geography and hydrogeomorphology, the Baer-Babinet Law helps to explain and predict directionality in the course of rivers. Babinet's cartography work includes homalographic projections where the parallels are rectilinear and meridian lines are elliptical.

En français, cf. http://www.bibliotheque.polytechnique.fr/patrimoine/collectionhomme/Babinet.html

Doté d'une grande culture littéraire et destiné à une carrière juridique, Babinet entre à l?Ecole polytechnique en 1812. Sorti de l?Ecole de Metz, il prend part au siège de Metz en 1814 et quitte l'armée à la Restauration (1815). Professeur de physique dans des établissements secondaires, il devient examinateur de sortie pour la géométrie et la géodésie à l'Ecole polytechnique pendant trente-trois ans, jusqu'en 1864. Il supplée les physiciens Savary, au Collège de France en 1838 et Pouillet à la Faculté des sciences. Il est astronome adjoint au Bureau des longitudes et il remplace Dulong (1801) à l'Académie des sciences en 1840. On lui doit de nombreux travaux sur l'optique et sur les phénomènes météorologiques. Il invente un système de projection homalographique pour dresser les cartes. Il perfectionne l'hygromètre à cheveu et invente un polariscope, un goniomètre et un photomètre.
Arsène Houssaye dira de lui qu'il est : « Le plus spirituel des savants et le plus savant des gens d'esprit ». Son talent de vulgarisateur lui valut une grande popularité.