LE PSAUTIER D'HERMOPHILE

ENVOYE A PHILALETHE

1754

Bibliothèque des Philosophes Chimiques

suivi du Dictionnaire élémentaire
à l'usage des jeunes disciples d'Hermès
1754
J.P. Joubert de la Salette
 






revu le 26 mai 2005


Préambule

On ne sait au juste qui a rédigé ce Psautier. A-t-il été écrit par Pierre-Joseph Joubert de la Salette ? Sont-ce des notes qui ont été compilées ? Voilà ce que nous ignorons. Il s'agit d'un traité spéculatif qui a le mérite de ne laisser dans l'ombre aucun point de l'oeuvre. C'est la raison pour laquelle il nous a paru faire oeuvre utile en nous efforçant de donner une note pour chacun des 150 § qui composent ce Psautier. Le Dictionnaire consiste en fait en des notes qui ne font que reprendre, parfois mal, certains des points importants des 150 §.
Qui était Pierre-Joseph Joubert de la Salette ? Un élève d'Etteilla dont nous avons fait déjà connaisance dans notre Tarot alchimique et qui est cité plusieurs fois par Fulcanelli et E. Canseliet. On doit à Joubert de la Salette un Dictionnaire synonimique du Livre de Thot, précédé d’un discours préliminaire, par un membre de la Société des interprètes de cet ouvrage, datant de 1791. On trouve des extraits de cet ouvrage dans Mathers, S. L. McGregor, Papus, et  Waite, A. E. (1888, 1909, 1911/2000), (James W. Revak, Ed. &  Trans.). Voici l'extrait suivant de ce site sur le tarot : http://www.villarevak.org/td/td_2.htm.
 
 

HISTORIC BACKGROUND


Portrait of Etteilla

 
Etteilla & His School of Disciples

One of the most important practitioners of the early esoteric Tarot (including a system of DMs), was French occultist Jean-Baptiste Alliette (1738-1791), also known as Etteilla (his surname spelled backwards).  In 1785, he published the first known book to treat divination by Tarot, Manière de se récréer avec le jeu de cartes nomées Tarots

[How to entertain yourself with the deck of cards called Tarot].  In it he assigned DMs to each of the Tarot cards (both upright and reversed orientations) and presented card spreads.  He published c. 1788 the first Tarot deck specifically designed—not for gaming—but for occult purposes, including divination.  Upon his death at age 53, he was succeeded by his disciples, including La Salette and D’Odoucet, who extended and further popularized their master’s teachings.

Illustration (above): Etteilla at work, frontispiece (detail) from Cour thèorique et pratique du Livre du Thot, 1790 (Decker, Depaulis & Dummett’s A Wicked Pack of Cards, pl. 4).

In 1791, Dictionnaire synonimique du Livre de Thot, précédé d’un discours préliminaire, par un membre de la Société des interpètes de cet ouvrage

[Thesaurus of the Book of Thoth, Preceded by a Preliminary Discourse, by a Member of the Society of Interpreters of This Work] was anonymously published; however, it has been attributed to Etteilla’s disciple La Salette.  Essentially, the work was a thesaurus or compendium of DMs for Tarot divination and served as a companion to Etteilla’s deck.  During the period 1804-1807, another disciple, D’Odoucet, published Science des signes, ou médecine de l’esprit

[Science of signs, or medicine of the mind], which included a summary of Dictionnaire synonimique with only minor divergences.

In 1909 the renowned French occultist Papus reproduced the synonyms or DMs found in Dictionnaire synonimique and Science des signes in Le Tarot divinatoire: Clef du tirage des cartes et des sorts

[Divination by Tarot: Key to Reading Cards and Lots].


Bien que le Psautier d'Hermophile ne forme qu'une compilation, c'est pourtant un traité où, nous l'avons dit, tous les points de symbolisme sont étudiés. On y trouve surtout cités le Cosmopolite[que l'auteur confond avec Sendivogius], Artephius, Flamel et la Tourbe.

Le texte est illustré - figures I à VII - de mss Richelieu Manuscrits occidentaux Français 138
Guillaume Fillastre, Toison d'Or, France, Paris, XVe-XVIe [Marque de possession postérieure, France, XVIe]. Les liens hyper-textes se rapportent aux sujets et sont donc rapportés uniquement au hasard des coïncidences avec nos sections, créant par là l'illusion d'un rébus sur le thème des Argonautes. Les figures VIII à XVII sont tirées de mss Richelieu Manuscrits occidentaux Français 137 Ovide, Métamorphoses (traduction anonyme), Belgique, Flandre, XVe [Marque de possession postérieure, France, XVIe]. Mêmes remarques pour les liens.


Tous les philosophes sont d'accord, que l'œuvre des sages qui est la composition de la pierre, peut être comparée à la création de l'univers. En effet, cet ouvrage de l'esprit et de la sagesse humaine, représente fort bien l'ouvrage de l'esprit et de la sagesse divine qui a créé le monde. Mais il y a cette différence, que Dieu créa toutes choses sans avoir besoin d'aucun sujet qui servit de matière ou d'instruments à son opération, alors que le philosophe a besoin d'une matière sur laquelle il travaille et du feu comme l'instrument et le conducteur de son ouvrage.


FIGURE I
( Commanditaire et Vertus )

II

L'art qui est le singe de la nature, comme la nature est le singe du créateur, travaille sur un certain chaos ou corps ténébreux et sépare d'abord la lumière des ténèbres et comme il ne peut pas créer cette matière, il la reçoit des mains de la nature et de son auteur ; et de cette matière, il en compose son grand ouvrage. Dès le commencement, le sage artiste n'a d'autre soin que de la préparer avec industrie, de séparer le subtil de l'épais et le feu de la terre, et de tirer de ce chaos une certaine humidité mercurielle, brillante et lumineuse qui contient tout ce qu'il cherche.

[par là s'affirment les couleurs de l'oeuvre qui sont à l'égal du spectre coloré obtenu quand on fait passer un fin faisceau de lumière au travers d'un prisme réalisé du verre le plus pur. Le corps ténébreux représente la CENDRE, c'est-à-dire des chaux minérale et métalliques ; le reste est une paraphrase de la Table d'Emeraude.]

III

Les éléments de la pierre qui sont l'eau et le feu sont contenus dans ce chaos. Le feu et cette eau sont le soufre et le mercure qui sont les deux agents de la pierre et matériaux nécessaires pour composer la pierre physique. Ces deux matières sont toutes choses, sont partout et en tout temps, mais il ne faut pas les chercher indifféremment partout, même en toute sorte de sujet, parce que la nature les a merveilleusement enveloppés ; ce qui a obligé tous les philosophes à dire et enseigner qu'il faut quitter toute sorte de nature étrangère et prendre la nature métallique, minérale et ce du mâle et de la femelle.

[Il n'est pas exact de dire que les éléments de la pierre sont l'eau et le feu, puisqu'il s'agit là des éléments du Mercure, eau ignée ou feu aqueux mais il est exact que l'EAU et le FEU contiennent les matières, dans un état de sublimation, qui formeront plus tard la pierre, lorsque sera venue l'heure de la volatilisation du dissolvant]

IV

Ce mâle et cette femelle sont le soufre et le mercure, l'agent et le patient, le soleil et la lune, le fixe et le volatil, la terre et l'eau ou le ciel et la terre contenus dans le chaos des sages qui est leur sujet primitif dans lequel ils sont conjoints ensemble naturellement, avant que l'artiste y ait mis les mains. Mais, s'il en veut faire quelque chose, il est nécessaire qu'il les sépare, qu'il les purifie et qu'ensuite il les réunisse d'un lien plus fort que celui que la nature leur avait donné. Et ainsi, d'un il fait deux et de deux, un, et par ce moyen, il est composé un chaos artificiel d'où sortent de suite les miracles du monde ou de l'art.

[L'auteur du Psautier, nous le verrons par la suite, est bien informé de la littérature alchimique, mais son langage ne dépasse pas le stade de la cabale habilement menée et nous resterons sur notre faim quant à la nature des substances à employer dans l'oeuvre. Retenons ici l'ambiguïté, relevée ailleurs, entre les matières cachées sous le voile d'expressions comme « agent et patient » ou comme « soufre et mercure ». Fulcanelli a bien fait voir qu'il s'agissait d'une seule et même substance dont la forme et la consistance dépend de la température à laquelle elle est portée. Pour ce qui est des quatre Eléments, rappelons que l'EAU et l'AIR - le ciel - forment la demeure du Mercure, tandis que le Soufre réside dans le FEU et la TERRE. Que l'étudiant se garde bien de confondre la prima materia avec la materia prima. La première n'est pas unique - il faut au moins trois matières de base pour l'oeuvre - ; en revanche, la materia prima est unique et doit se recueillir dans le ventre du dragon Ladon, celui-là même qui veille à l'entrée du Jardin des Hespérides. Il est exact de dire que les matières doivent être séparées au début du travail ; ou peut-être devrions-nous préciser, lors du premier oeuvre. Car il y a là une confusion qui a été faite, trop souvent, par les alchimistes. On ne sait trop, en effet, si, en parlant du traitement de leur « materia prima », le stade de l'oeuvre qu'ils évoquent : est-ce le premier oeuvre, le second ou le troisième ? Cela pose un problème qui n'a pas été résolu comme il se devait. ]

V

Du premier chaos ou sujet primitif, créé des mains de la nature, l'art sépare et purifie la matière et ôte par ce moyen toutes les impuretés qui sont les obstacles ténébreux opposés aux opérations lumineuses de la nature. Ainsi il engendre et fait sortir de ce chaos, Diane et Apollon ou bien la lune et le soleil qui naissent de Délos, c'est-à-dire par la manifestation des choses cachées. C'est la première opération où l'artiste compose l'or vif, ou le soufre des sages et leur mercure et leur argent-vif et les ayant unis tous deux, il en fait le mercure des sages dont le père et la mère sont le soleil et la lune.

[L'auteur brouille les pistes à loisir : le sujet primitif est-il la prima materia ou la materia prima ? S'agit-il là de la matière extraite de son gîte minier ou du résultat d'une matière déjà préparée ? Dans ce § V se pose à l'évidence la question de la confusion des Oeuvres. Rappelons que, dans notre conception, le 1er oeuvre correspond à la recherche et à la préparation des matières premières - il y en a au moins 3 ; le 2ème oeuvre est la confection du Mercure philosophique. Le 3ème oeuvre est consacré à la Grande coction. De ce point de vue, Diane et Apollon représentent les hiéroglyphes des Soufres et leur naissance se place après le régime de Saturne, à partir du gris - régime de Jupiter - lorsque Latone arrive à Délos, poursuivie par Typhon. Les choses cachées sont les Soufres dissous, c'est-à-dire sublimés, dans le bain des astres. Aussi bien devons-nous considérer qu'il ne s'agit nullement de la « première opération », puisque tout cela prend lieu dans le 3ème oeuvre, sauf à considérer comme beaucoup d'Adeptes l'ont fait, que le grand oeuvre débute avec la confection de l'Airain des Sages. L'Airain représente le premier état du Laiton qu'il faut blanchir ; par là sont évoquées les Laveures de Flamel, qui se font grâce au dissolvant universel qui est l'argent-vif. Cf. là-dessus Artephius.]

VI

Le mercure des philosophes est l'enfant du soufre et de l'argent-vif suivant la doctrine du Cosmopolite et de tous les sages. C'est ce mercure ou argent-vif des philosophes qui suffit à l'artiste avec le feu ; et de ce mercure seul, on peut faire un or véritable et bon à toute épreuve. Cet or, tout de feu et plein de vie, le faisant rentrer par une solution nouvelle dans son chaos et l'en faisant sortir derechef, on en compose un agent qui triomphe de toutes les impuretés métalliques et l'on peut le multiplier à l'infini, disent les sages.

[sur le Cosmopolite, cf. Alexandre Sethon et la Nouvelle Lumière Chymique ; les traités du Soufre et du Sel sont apocryphes ou compilés par Michel Sendivogius. A noter qu'un Traité du Sel, se basant sur les idées de Sethon, a été rédigé par le sieur Hesteau de Nuysement. Quant au mercure des philosophes, il s'agit du Mercure en son premier état ; il ne saurait être, par conséquent, l'enfant du soufre et de l'argent-vif : il s'agirait dans ce cas du Mercure philosophique ou double Mercure qui peut se prévaloir d'une telle ascendance. Sur la multiplication, on peut trouver une explication rationnelle. Il s'agirait d'une extension de la méthode du doublement - diplwsiV - ; la masse inépuisable - anekleiptoV maza - désignerait une opération semblable, poursuivie à l'infini : cf. R. Halleux, Alchimistes Grecs, t. I, p. 39, Les Belles Lettres, 1981. L'origine de cette multiplication ad perpetuum serait à trouver dans le papyrus de Leide, 7, 58 :

«L'asèm inépuisable se prépare ainsi : bel asèm, 1 statère ; ajoutez cuivre décapé de sa rouille, 2 statères ; fondez à nouveau 2 ou 3 fois. » ]

VII

Les philosophes parlent souvent de leur chaos auquel ils donnent divers noms, suivant leur dessein qui est de cacher leurs grands mystères à ceux qui en sont indignes. On appelle ce chaos, dit Philalèthe, notre arsenic, notre air, notre lune, notre aimant, notre acier sous diverses considérations. Il dit aussi que c'est un esprit volatil et un corps admirable formé du sang du dragon igné et du suc de la saturnie végétable, et ce chaos est comme la mère des métaux et un principe fécond dont on peut tirer tout ce que les sages recherchent et même le soleil et la lune, leur élixir.

[Lire Introïtus ; l'arsenic est envisagé comme « menstrue puant » ; il ne s'agit donc pas du principe Arsenic de Geber, semblable au SEL de Paracelse ou au CORPS de la tradition. Sur les autres dénominations du chaos, cf. Matière. Le sang du dragon igné est le même que celui du massacre des Innocents, allégorie chère à Nicolas Flamel ; le suc de la saturnie végétable est peut-être le principe SEL, c'est-à-dire le CORPS de la pierre. Ce chaos doit être compris comme la mère des métaux dans un sens large : c'est une matière en fusion, voilà tout. De nombreux alchimistes en ont parlé comme de leur humide radical métallique.]

VIII

Le chaos est le composé des sages. Philalèthe l'appelle eau, air et feu et terre minérale, car il contient en soi tous les éléments qui en doivent sortir, tous à leur rang quoiqu'on en voit que deux, à savoir la terre et l'eau, dit le Cosmopolite. Tous enfin se doivent terminer en terre, dit Hermès. C'est cet admirable composé dont parle Arnaud de Villeneuve dans sa « Lettre au roi de Naples » et qu'il appelle le feu et l'air des philosophes ou plutôt de la pierre qui est la matière prochaine ou cet air et ce feu et qui contient une humidité qui court dans le feu et qui est pierre et non pierre.

[On voit l'EAU, c'est-à-dire le Mercure et la TERRE qui est le Soufre. Sur la lettre au roi de Naples, cf. Semita Semitae, le Filet d'Ariadne de Batsdorff et le Triomphe Hermétique de Limojon de saint Didier. Le FEU est le principe Soufre sublimé dans le Mercure, raison pour laquelle on dit que le Mercure est constitué d'EAU et de FEU. Remarquez qu'ici l'expression « pierre et non pierre » ne désigne aucunement la prima materia mais la materia prima ; la nuance est remarquable.]

IX

Ce composé, selon Artéphius, et dans la « Vérité », est corporel et spirituel, car il participe du corps et de l'esprit, c'est-à-dire de la portion la plus moelleuse du corps et de l'esprit ou de l'eau, dit cet auteur. Et Flamel après lui, appelle ce composé Cambar, Duenech, mais Artéphius ajoute que son propre nom est eau permanente à cause qu'elle ne fuit point dans le feu et ne s'évapore point des corps, qu'elle embrasse et demeure inséparable avec eux. Ces corps, dit-il, sont le soleil et la lune qui sont changés en une quintessence spirituelle.

[Artephius, dans son Livre Secret, a dit beaucoup de choses fort utiles sur le dissolvant des Sages ; quant à la « Vérité », il doit s'agir du Code de Vérité ou Tourbe des Philosophes. Sur les mots Cambar et Duenech, cf. Artephius et Atalanta fugiens. La quintessence spirituelle n'est autre qu'une « rouille », d'où son nom de cabale, roia, c'est-à-dire grenade.]


FIGURE II
( Présentation du livre. Encadrement )

X

Les philosophes parlent diversement de ce composé. Les uns disent qu'il est fait de deux choses, comme Basile Valentin, les autres veulent qu'il soit fait de trois, comme Philalèthe qui enseigne que c'est un assemblage de trois natures différentes, mais d'une même origine. D'autres écrivent que le chaos dont nous parlons est semblable à l'ancien chaos qui est composé de quatre éléments qui commencent, dit Flamel, à déposer l'inimitié de l'ancien chaos pour faire leur paix et leur réconciliation. C'est la pensée d'Artéphius et tous ont dit la vérité sur cela.

[Albert Le Grand aurait rédigé sur le sujet un Composé des Composés ; Basile Valentin en parle comme de l'homme double igné ; Philalèthe est, comme d'habitude, à peu près incompréhensible - cf. Introïtus. Nous ajouterons que les trois natures différentes sont le Soufre, le Mercure et le Sel. On a tenté de brouiller les pistes en confondant ce premier chaos avec le chaos originel, comme l'attestent de nombreux traités alchimiques, cf. textes. La « déposition » des éléments hostiles de l'ancien chaos ressemble étrangement à une volatilisation...]

XI

Le terme de chaos est fort équivoque, néanmoins il se peut prendre en divers sens, car il y a un chaos général, créé de Dieu et dont il a tiré toutes les créatures, c'est-à-dire les trois règnes de la nature, animal, végétal, minéral et chaque règne a son chaos particulier et naturel qui est le sperme de chaque chose. Ainsi nous avons un chaos minéral produit des mains de la nature qui contient les deux spermes, masculin et féminin, soufre et mercure, lesquels, unis dans un même sujet, sont la première matière sur laquelle l'artiste doit travailler.

[Il est rare de voir aussi bien définis le Soufre et le Mercure : voilà qui mérite une mention spéciale. N'oublions pas que Soufre et Mercure ne sont qu'une seule chose, que l'on donne à interpréter en fonction de la forme et de la consistance.]

XII

Les sages ont un autre chaos qu'ils tirent dès le commencement et qu'ils composent d'un sujet que la nature leur présente, disent tous les philosophes après Morien, ne pouvant rien par delà, dès le commencement du magistère, dit Basile Valentin. Ils ont appelé cette substance sensible, mercurielle, sulfureuse et saline, faite de l'union des trois principes, lesquels on a mis proportionnellement, en dissolvant et coagulant, selon les diverses opérations de la nature que l'art doit imiter et selon la disposition de la semence ordonnée de Dieu.

[L'examen de plus de 55 textes hermétiques tend à privilégier la thèse d'un sel double entrant dans la composition de ce sujet originel - et original-. Les Entretiens de Calid à Morien ne révèlent rien qui ne soit pas du degré de la cabale hermétique la plus élémentaire mais ce texte est ancien et représente sans doute l'un des premiers traités médiévaux tardifs que les Arabes nous aient transmis. Sur ce sel double, consultez notre section sur Fontenay.]

XIII

Paracelse s'accorde avec tous les philosophes sur ce sujet, qui est la matière de l'art et leur fameux chaos, lorsqu'il dit que la matière de la teinture physique est une certaine chose qui se compose de trois substances par le ministère de Vulcain ; et il ajoute à cela, fort à propos, que ce composé peut être transmué en aigle blanc par le secours de la nature, et par l'aide de l'art. Raimond Lulle parle de ce chaos lorsqu'il dit que l'herbe blanche rassemblait deux fumées et croissait au milieu des deux.

[Le problème avec Paracelse est qu'il est fort probable qu'il n'a jamais été alchimiste... Son Trésor pourrait bien n'être qu'un texte apocryphe. Mais la matière de l'art dont il est question ici ne correspond pas à la prima materia mais à la materia prima, c'est-à-dire au dragon écailleux. L'aigle blanc évoque les sublimations ou Aigles de Philalèthe et se rapporte à l'élément EAU. Quant à l'herbe blanche, cf. notre commentaire de l'Atalanta fugiens à propos de la fumée blanche ; cf. aussi Calid. ]

XIV

L'abbé Synésius, le Cosmopolite et Philalèthe s'accordent avec tous les autres au sujet de cette matière, lorsqu'ils la placent au milieu du métal et du mercure, car elle n'est en effet ni l'un ni l'autre et participe de tous les deux. C'est un chaos ou un composé fixe et volatil tout ensemble, c'est ce que les philosophes appellent hylé ou la première eau et la première humidité radicale qu'ils tirent et composent du premier hylé naturel et minéral que la nature avait composé des éléments.

[sur Synesius, cf. prima materia et son Traité ; Cosmopolite - le 1er pour être précis - est Alexandre Sethon, à ne pas confondre avec Michel Sendivogius : on lui doit la Nouvelle Lumière Chymique, encore appelée les Douze Traités ou traité du Mercure ; le traité du Sel et le traité du Soufre ont été compilés par Sendivogius ; il n'est pas conforme à la doctrine alchimique que cette matière soit à placer entre le métal et le mercure : bien au contraire, c'est le Mercure qui tient lieu de moyen de liaison entre les deux extrémités du vaisseau de nature ; quant à l'humide radical métallique, c'est la forme élémentaire de l'eau minérale des Sages, qu'on appelle encore le Mercure philosophique. Le premier hylé est une sorte de guhr vitriolique, que l'on tire « es cavernes de la terre ». Strindberg en a parlé par incidence dans une lettre adressée à Jollivet-Castelot, cf. alchimie en Alsace-Lorraine et le mystère de l'argentaurum.]

XV

Un anonyme, suivant cette pensée qui est celle de tous les philosophes, dit fort à propos que cet admirable composé se fait par la destruction des corps, ce qu'Artéphius avait dit longtemps auparavant, et l'ouvrier, dans la doctrine de cet ancien philosophe, remarque que comme ce composé se fait par la destruction des corps, de même l'eau qui est l'âme, l'esprit, l'essence du composé ne se peut se faire que par la destruction du composé, dans lequel les âmes du corps sont liées, dit Artéphius.

[Artephius a parlé avant tout du Mercure philosophique : c'est le composé dont parle l'auteur ; la destruction des corps a trait à la liquéfaction des Soufres, objet de la dissolution initiale]

XVI

Nous n'avons besoin, dit Artéphius, que de cette âme ou moyenne substance des corps dissous, qui est subtile et délicate et qui est le commencement, le milieu et la fin de l'œuvre, de laquelle notre or et sa femme sont produits. C'est un subtil et pénétrant esprit, une âme délicate, nette et pure, un sel et baume des astres dit Basile Valentin. C'est, dit le même, une substance métallique et minérale provenant du sel et du soufre et deux fois née du mercure. C'est le haut et le bas qui ne sont qu'une même chose, comme enseigne Hermès. C'est là tout dans toutes choses, dit Basile Valentin ; c'est enfin l'air de l'air, dit Aristée.

[c'est d'une matière sublimée qu'il est ici question. L'âme représente en effet la teinture de la Pierre, disposée en forme de chaux dissoute dans le dissolvant ; on l'appelle encore baume ou huile. Sur Basile Valentin, cf. 1, 2, 3, 4, 5. Aristée esr l'auteur supposé de la Tourbe des Philosophes, autrement nommée le Code de Vérité.]

XVII

Le Cosmopolite, d'après Artéphius, appelle encore magnésie, notre chaos qui est composé disent les philosophes, de corps, d'âme et d'esprit. Son corps est une terre subtile, son âme est la teinture du soleil et de la lune et l'esprit est la vertu minérale des deux corps. Cet esprit mercuriel est le lieu de l'âme solaire et le corps solaire est ce qui donne la fixité qui avec la lune retient l'âme et l'esprit. De ces trois bien unis, c'est-à-dire du soleil, de la lune et du mercure se fait notre pierre ; mais auparavant, un composé doit être purifié dans notre eau.

[La magnésie fait référence à l'Aimant, voilé sous l'épithète de la constellation de l'Ourse. Il s'agit de la matière qui permet de capter l'Âme du Monde, autrement dit du Mercure dans lequel est dissous la chaux qui sert de teinture. C'est ce que l'auteur appelle la vertu minérale, qui représente une substance dégouttante - dégoûtante. Le composé à purifier est l'Airain et l'opération consiste à blanchir le laiton.]

XVIII

La purification de ce chaos est très nécessaire dit Artéphius. Elle doit se faire dans notre feu humide, par le moyen duquel on ouvre les portes de la justice et d'où l'on tire le mercure des philosophes de ses cavernes vitrioliques, comme parle Artéphius ; ou bien l'on en tire cette vapeur mercurielle très subtile et très spirituelle qui se revêt de la forme d'eau pour pénétrer les corps terrestres et les empêcher de combustion. C'est le dissolvant de la nature qui réveille un feu interne assoupi, menstrue très acide, fort propre à dissoudre le corps d'où lui-même a été tiré avec la doctrine de tous les sages.

[Ce chaos n'est pas la prima materia : il désigne le Composé pris dans son état initial, c'est-à-dire l'Airain qu'il faut dépurer ou si l'on préfère, le laiton qu'il faut blanchir. C'est donc au stade du Mercure que se place ce § XVII ; la relation à Artephius est explicite à cet égard. Le feu humide est appelé par les alchimistes leur feu aqueux ou leur eau ignée ; la Justice figure la chaux comme nous l'avons montré dans les sections sur le Tarot alchimique ou les Gardes du Corps de François II. On peut en rapprocher l'hiéroglyphe de la Force que l'on aperçoit sur le portail central de Notre-Dame. Mais ce n'est qu'une partie du vitriol mercuriel que l'on tire des gîtes miniers, en forme de guhr ; il y manque la partie alcaline car il ne faut pas oublier que le Mercure est un SEL. Toutefois, on se tromperait en y voyant le SEL central dont parlent les textes qui représente le CORPS de la pierre. Le menstrue très acide est nommé aussi « vinaigre très aigre » : on peut en rapprocher le dragon écailleux. Enfin, remarquons que ce dissolvant semble être tiré de la même minière que le corps qu'il dissout ; c'est une indication sur une pyrite alunifère.]

XIX

Tous les philosophes disent que leur mercure est enfermé et emprisonné dans le chaos du premier chaos minéral que la nature leur présente, et qu'il est tiré et mis en liberté par le secours de l'art qui vient aider la nature et qui commence où elle a fini. Elle-même lui donne la main et l'accompagne partout, à mesure que les esprits se tirent de l'esclavage du corps et se séparent des esprits les plus grossiers de la matière, qui demeurent au fond du vaisseau, comme dit Artéphius, et qui sont incapables de solution et tout à fait inutiles dit ce même philosophe.

[il n'est pas imposible que dans ces lignes se cache la séparation initiale et la préparation du vrai Caput de l'oeuvre. L'opération, selon notre hypothèse, consisterait à disposer ensemble de l'acide vitriolique obtenu de n'importe quel vitriol et d'un sel de potasse, comme le salpêtre ou le tartre : il se formerait du tartre vitriolé ou sulfate de potasse, qui demeure au fond du vaisseau et forme ce résidu qui est « inutile ». Les esprits formeraient alors l'acide azotique qui s'échapperait dans le récipient. Toujours selon notre hypothèse, cette opération serait une partie du véritable 2ème oeuvre, la préparation du Mercure. Le fait qu'Artephius ait écrit que la matière disposée au fond du vaisseau était sans importance et inutile revêt évidemment un grand intérêt.]


FIGURE III
( Chute des anges déchus. Annonciation. Athamas condamnant Phrixos. Fuite de Phrixos et Hellé. Aeétès au temple de la toison)

XX

Ce mercure, ainsi dégagé des liens de sa première coagulation contient en soi une double nature, à savoir une ignée et fixe, et une humide et volatile. La première qui lui est intérieure, est le cœur fixe de toutes choses, permanent au feu et très pur fils du soleil, lui-même feu essentiel, feu de la nature, véritable véhicule de la lumière et le vrai soufre des philosophes. La seconde nature qui lui est intérieure, le plus pur et le plus subtil de tous les esprits, la quintessence de tous les éléments, la première matière de toutes choses métalliques est le véritable mercure des sages.

[Il faut imaginer ici que l'on se situe non plus au 2ème mais au 3ème oeuvre, à une époque où les Soufres ont disparu dans le fondant : le coeur fixe de toutes choses représente le SOUFRE rouge ou teinture de la pierre ; paradoxalement, il ne s'agit pas de la chaux qui est « permanente » au feu puisque cet épithète doit être réservé au SOUFRE blanc, qui est le SEL de Paracelse ou l'Arsenic de Geber et de Fulcanelli. Quant à la quintessence des éléments ou « 5ème état » de la matière connue à l'époque des vieux philosophes, il ne peut s'agir que d'une chaux dissoute en une forme un peu comparable à de la lave en fusion. On y reconnait notre humide radical métallique.]

XXI

On peut distinguer quatre mercures différents, contenus dans notre chaos. Le premier peut être appelé mercure des corps, c'est le plus noble et le plus actif de tous, c'est la semence précieuse dont se fait la teinture des philosophes, et sans ce mercure que Dieu a créé, notre science et toute philosophie, selon le Cosmopolite, sont vaines. Le second est le bain et le mercure de la nature, le vase des philosophes, l'eau philosophique, le sperme des métaux dans lequel réside le point séminal. Le troisième est le mercure des philosophes qui se fait des deux précédents. C'est Diane et le sel des métaux. Le quatrième est le mercure commun non vulgaire, l'air d'Aristée, ce feu secret, moyenne substance de l'eau commune à toutes les minières.

[Enigme redoutable sur laquelle ont buté tant d'impétrants ! Le premier mercure est facilement reconnaissable : c'est le SOUFRE rouge à l'état de dissolution ignée, confondu par Philalèthe avec l'AIR des Sages. Sur Cosmopolite, cf. la Nouvelle Lumière Chymique ; le second est le bain des astres et la logique voudrait qu'il s'agisse du Mercure philosophique ou double Mercure. Le troisième est appelé Diane et c'est là que le bât blesse. Nous avons déjà insisté sur cette ambiguïté des textes : pour certains, Diane ne peut être prise que comme le SOUFRE blanc, soeur d'Apollon ou SOUFRE rouge ; pour d'autres, diane est prise comme la Lune cornée ou diane aux cornes lunaires - cf. en particulier la Monade Hiéroglyphique - et alors il s'agit du premier Mercure avant l'infusion des Soufres ; ce passage reste encore obscur malgré nos recherches. Dans la première acception, Diane serait le SOUFRE blanc, c'est-à-dire le SEL : il s'agirait d'alumine ou d'une matière silicato-alumineuse. Quant au mercure commun, le pseudo Lulle en parle dans sa Clavicule.]

XXII

Dans notre chaos tiré de la nature et composé des choses naturelles, ce philosophe remarque un point fixe duquel par dilatation se font toutes choses et puis par concentration toutes choses trouvent leur repos et une fixité permanente. C'est ce qui est arrivé dans le premier chaos du monde dont le verbe de Dieu a été la base et comme le point fixe et indivisible dont toutes les créatures sont sorties et où elles doivent retourner comme à leur centre. Il y a aussi un point fixe dans le chaos minéral créé par la nature et dans celui que l'art compose.

[Ce point fixe est double, semblable par là aux deux étoiles des alchimistes : il faut distinguer le SEL fixe central qui représente le Mercure et le SEL fixe incombustible - parfois confondu avec le premier - qui désigne la salamandre, cf. Fontenay. Il faut en rapprocher le point fixe où se rejoignent les méridiens ou pôle : les Adeptes en parlent comme de leur Aimant, par opposition à leur Acier, cf. Matière.]

XXIII

C'est de ce point fixe d'où sont sortis tous les métaux, leur éclat, et une émanation ou écoulement visible de cette lumière qui demeure cachée sous l'écorce de leur corps terrestre qui fait ombre à la nature, dit le Cosmopolite. Mais il est invisible parce que c'est un pur esprit engagé dans l'obscure prison des métaux, et que dans un corps métallique congelé, les esprits ne paraissent point et n'opèrent point que le corps ne soit ouvert.

[Ce paragraphe rejoint par son style celui des poètes Surréalistes ; l'ouverture des métaux consiste à leur transformation en chaux, c'est-à-dire en oxydes. Aussi Basile Valentin exhorte-t-il l'Artiste à rompre l'écorce et blanchir le laiton. Le renvoi à l'éclat des métaux, à leur caractère évidemment métallique résultant de cet éclat que l'on nomme  « métallique » est d'insoiration orphique et rejoint les préoccupations des astrologues sur la couleur des planètes. Il se trouve que l'on peut réliser des couleurs très variées selon le degré d'oxydation d'un seul métal : ainsi du cuivre, véritable caméléon. Il a dû paraître très étonnant aux premiers alchimistes d'obtenir tant de variétés colorées avec un seul métal : l'idée de la transmutation chimérique n'était alors que trop facile à implanter...  ]

XXIV

Les semences de toutes choses étaient contenues dans l'ancien chaos que Dieu a créé mais elles étaient en confusion, en repos et sans mouvement et, quoique les contraires fussent ensemble, ils ne se faisaient point la guerre. Les semences métalliques qui sont dans notre chaos y sont confuses, à la vérité, mais elles sont en paix et attendent les ordres d'un artiste habile qui dise Fiât Lux et qui, séparant la lumière des ténèbres fasse paraître la profondeur cachée, et développant le point fixe séminal, réduise les semences métalliques de puissance en acte et rende l'invisible visible, dit Basile Valentin.

[Ce Fiat Lux a été illustré par un texte anonyme : la Lumière sortant par soy-même des Ténèbres, attribué à Crasselame. Faire paraître la profondeur cachée, rendre visible l'invisible, dexu expressions qui expliquent pourquoi la comète fait partie du symbolisme, cf. humide radical métallique -]

XXV

L'ancien chaos était toutes choses et n'était rien du tout en particulier. Le chaos métallique produit des mains de la nature contient en soi tous les métaux et n'est point métal. Il contient l'or, l'argent et le mercure. La nature a commencé ses opérations en lui. La fin a été d'en faire un métal mais elle en a été empêchée en son corps, comme parfois elle s'arrête en chemin lorsque tâchant de faire un métal parfait, elle en fait un imparfait ; aussi, souvent elle n'en fait 'point du tout et se contente de nous donner un chaos.

[L'or, l'argent et le mercure ne doivent point être confondus avec les métaux vulgaires : l'or alchimique est une teinture appelée encore SOUFRE rouge qui doit être projeté en masse dans le CORPS de la Pierre, qui est l'argent ou premier Mercure ; Geber l'a appelé Arsenic, Paracelse l'a appelé SEL. Quant au mercure, il s'agit du moyen qui permet de conjoindre les deux extrémités du vaisseau de nature ]

XXVI

Dans ce chaos métallique naturel, sont contenus le ciel et la terre des philosophes, mais ils n'y sont point distingués ni séparés ; le haut y est comme le bas, et le bas comme le haut afin que l'artiste fasse les miracles d'une seule chose, dit Hermès ; les éléments se trouvant tous ensemble et confus sans distinction, sans action et sans ordre. Tout y est dans un certain silence et dans certaines ténèbres qui règnent dans le limbe des sages et qui forment une véritable image de la mort, sans aucune marque de vie et de fécondité ; ce qui n'empêche pas que cette terre catholique soit animée et qu'elle ait une vie cachée dit Basile Valentin.

[Religion et cristallogénie, telle est l'expression qui pourrait convenir pour résumer ce qu'écrit l'auteur. Le ciel et la terre sont contenus dans le vase de nature qui participe du firmament alchimique, appelé « limbe des sages ». Sur l'image de la mort, reportez-vous au retable d'Issenheim où Grünewald a su allier, précisément, les contraires, en des architectures de pénombre tout à fait extraordinaires]

XXVII

Le chaos général de la nature était un corps humide, obscur et ténébreux. Le chaos minéral qui contient les semences métalliques est un corps opaque, terrestre et ténébreux, plein de feu duquel le philosophe, par une dure séparation et purification, tire les matériaux dont il compose un chaos artificiel duquel il tire toutes choses et même la lumière et les luminaires métalliques ; et d'iceux, dissous par leur propre menstrue, il fait un autre composé, séparant toujours la lumière des ténèbres par l'esprit dissous du ciel, dit Basile Valentin. Il accomplit la création philosophique du mercure et de la pierre des sages, dit Philalèthe.

[Ce passage peut paraître absolument incompréhensible à un observateur étranger à l'alchimie ; d'ailleurs de tels passages sont mis à escient par les Philosophes et ils sont chargés, tels des gardes, de protéger les textes des regards scrutateurs des mercantis. L'auteur mentionne deux chaos, l'un humide et l'autre minéral qui contient les semences métalliques, c'est-à-dire les chaux. Le premier chaos, humide, paraît donc représenter le Mercure, c'est-à-dire l'instrument du feu des sages. C'est par lui que l'on tire la lumière des planètes et que l'on capte leurs couleurs ; bien sûr tout cela doit être compris avec un grain de sel...]

XXVIII

Le chaos minéral étant ouvert, le philosophe ayant séparé les éléments, les ayant purifiés et réunis ensuite en forme d'une eau visqueuse qui est le chaos ou composé philosophique, il a le bonheur de voir naître le soleil sortant du sein de Thétis, de le toucher, de le laver, le nourrir, le mener à un âge de maturité. Le sage voit les ténèbres avant la lumière, il en voit après la lumière, il en découvre encore qui sont avec la lumière. Il marie dans cette opération, dit Philalèthe, le ciel et la terre et unit les eaux supérieures aux inférieures.

[Par chaos minéral ouvert, on doit comprendre les métaux ouverts et mis en forme de soufres pour le moment corrompus ; c'est l'objet de la Grande coction que de les désagréger pour les réincruder en forme dépurée]

XXIX

De ce chaos, qui est notre première matière, le sage sait bien tirer un esprit visible qui soit néanmoins incompréhensible, dit Basile Valentin. Cet esprit est la racine de vie de nos corps, et le mercure des philosophes duquel on prépare industrieusement la liqueur par notre art, qu'on doit rendre derechef matérielle, la conduire par certains moyens d'un degré très bas à un degré de souveraine et parfaite médecine. Car, dit cet auteur, d'un Corps bien lié et solide au commencement, on en fait un esprit fuyant et de cet esprit fuyant, à la fin une médecine fixe.

[il faut entendre par incompréhensible : fou, insensé - anohtoV - par quoi ce signale ce premier Mercure, épithète d'Ajax. Cet esprit est l'humide radical métallique, seuil dans la dissolution infranchissable plus avant - la dissolution atomique - par les vieux alchimistes.]


FIGURE IV
(Péché originel. Expulsion du paradis. Travaux d'Adam et Ève. Argonautes chez Phinée. Harpyes fuyant Zétès et Calaïs. Argonautes conduits par la colombe. Aeétès au temple de la toison)

XXX

Le corps dont nous parlons et dont on tire cet esprit que Basile Valentin appelle une eau d'or sans corrosion, est si informe qu'il ressemble à un véritable chaos, un avorton et un ouvrage du hasard. En lui est entée et gravée l'essence de l'esprit dont il s'agit, quoique les traits en soient méprisables, ce qui fait que cette matière catholique est méprisée et payée à vil prix par ceux qui n'en connaissent pas la valeur. Mais si les ignorants la regardent avec mépris, les sages et les savants l'estiment uniquement et la considèrent comme le berceau et le tombeau de leur roi, dit Philalèthe.

[cette eau d'or, Zosime de Panopolis l'a appelée aussi eau de soufre, eau divine : c'est un polysulfure de calcium, cf. Livre de Crates, Chimie des Anciens, II ; on l'appelait autrefois le foie de soufre terreux, à ne pas confondre avec le foie de soufre qui est un polysulfure de potassium. On trouve une indication sur le foie de osufre terreux dans les Demeures Philosophales de Fulcanelli quand celui-ci nous parle des lampes perpétuelles. On retrouve dans ce § cette notion de peu de prix que revêt, aux yeux du profane, la matière première qui, selon nos conjectures, ne saurait être qu'une sorte de fange.]

XXXI

L'esprit ou mercure des philosophes qui se tire du corps dont il s'agit, se trouve dans le mercure vulgaire et dans tous les autres métaux. Mais, c'est un égarement de l'y chercher puisqu'il est plus proche et plus facile dans notre sujet où le mercure et le soufre se trouvent avec le feu et leur poids, et dans lesquels deux serpents ne s'embrassent que faiblement. Mais on ne peut rien faire sans un agent capable de dissoudre et vivifier le corps, manifester la profondeur cachée, débrouiller le premier chaos, faire sortir la lumière.

[c'est cette opération qui consiste à préparer le véritable régule étoilé d'antimoine, c'est-à-dire le Soufre dépuré ; les alchimistes se sont servis de l'analogie avec la comète, Monte Snyders en particulier ; son ouvrage, la Métamorphose des Planètes, n'est pas disponible.]

XXXII

Cette lumière sort du chaos avec le feu dont elle est revêtue. Ce feu extrêmement subtil, s'attache à l'air dont il se nourrit. Cet air embrasse l'eau, l'eau s'unit à la terre et tout cela donne un nouveau composé, lequel étant corrompu de nouveau dans la seconde opération, l'eau sort de la terre, l'air de l'eau et le feu ou le soufre des philosophes sort de l'air. Et ce feu, qui paraît en forme de terre, étant purifié sept fois devient un être qui a plus de force que la nature même n'en a. Cet esprit est l'air de l'air d'Aristée, c'est l'eau, le feu et la terre du chaos des vrais philosophes.

[ce § est assez difficile à décrypter : la lumière sortant du chaos ne peut être que le Soufre, d'autant que ce feu qui s'attache à l'air dont il se nourrit ne peut être que le laiton qui s'alimente de Lait de vierge, expression servant à désigner le Mercure à cette époque de l'oeuvre. Aussi, qu'est-ce que ce « nouveau composé » qui doit être corrompu dans la seconde opération ? Et ce feu qui paraît en forme de terre, ou ne devrait-on pas mieux dire, en forme de cendres ? N'y aurait-il pas un rapport avec la cendre que Fulcanelli décrit comme étant semblable au « poussier de charbon » et qui semble le résultat d'une opération faite par voie humide dans la préparation du dissolvant ? Sur Aristée, cf. la Tourbe.]

XXXIII

Ces quatre natures élémentaires ne sont qu'une même chose tirée du premier composé où elles étaient dans la confusion. Elles ne sont après cette extraction, qu'un être tiré des rayons subtils du soleil et de la lune, et c'est là le second composé dont la fécondité dépend des deux principes actifs, à savoir le chaud et l'humide. Ce composé est appelé air parce qu'il est tout volatil et c'est le vrai mercure des sages. C'est un feu dévorant et le plus actif de tous les agents. C'est un air épaissi, dont non seulement tous les métaux mais tous les mercures des métaux sont engendrés.

[Indubitablement, c'est le Mercure philosophique qui est évoqué et les mercures de métaux sont assimilables aux cendres ou à l'ouverture des métaux, sous forme liquide.]

XXXIV

Cet être unique composé de quatre substances, de trois ou de deux dont la troisième est cachée, dit Basile Valentin, est le vrai sceau d'Hermès du Cosmopolite, les colombes de Diane de Philalèthe. C'est l'air qu'il faut pêcher, selon Aristée, qu'il faut ensuite cuire, dit le Cosmopolite. C'est une seule essence qui accomplit d'elle-même le grand œuvre par l'aide du feu gradué qui en est la nourriture et un composé qui tient le milieu entre le métal et le mercure, dit Philalèthe. C'est l'enfant philosophique, né de l'accouplement du mâle et de la femelle vive, qui doit être nourri d'un lait propre.

[la troisième substance, qui est cachée, ne peut là encore qu'être le Soufre, seule matière à être véritablement corrompue... et corrompante. Le sceau d'Hermès que d'autres appellent le « sceau vitreux » d'Hermès a là aussi donné lieu à bien des pages : il nous paraît que c'est Michel Maier, qui, dans son emblème IX - cf. Atalanta fugiens - l'a le mieux décrit et défini : ce sceau est encore appelé la prison du poulet d'Hermogène, cf. Nouvelle Lumière Chymique.]

XXXV

Cet enfant des philosophes est au commencement plein de flegme dont il doit être purifié, comme dit Flamel, après la tombe. Il doit être ramené sept diverses fois à sa mère qui est la lune blanche, dit Hermès. Il doit être lavé, nourri et allaité du lait de ses mamelles et recevoir son accroissement et sa force par les imbibitions, dit Flamel, et perfectionné par les aigles volantes de Philalèthe. Ces aigles, comme il dit lui-même, se font par la sublimation et par l'addition du véritable soufre qui aiguise cet enfant d'un degré de vertu à chaque sublimation.

[Nous touchons là au faîte de l'oeuvre. D'abord, l'opération qui consiste à « guérir » le laiton - puisqu'il s'agit de lui - de son hydropisie, a été largement commentée par les Adeptes ; on citera Michel Maier et Lambsprinck. Quant à la Lune blanche, il s'agit du Mercure envisagé comme lait virginal, cf. § XXXII. Les Aigles volantes du Philalèthe restent encore l'une des énigmes les plus ardues de toute l'alchimie. Si l'on tient compte du fait que l'Aigle est la représentation de l'EAU, il se peut qu'il s'agisse d'additions de parts de Mercure dans le bain des Astres, mais alors on ne comprend plus que cette opération s'opère par la voie sèche... Quant à l'addition de parts de Soufre véritable, cela voudrait signifier que des parts de chaux métalliques seraient ajoutées au solvant des métaux...]

XXXVI

Cette sublimation philosophique renferme toutes les opérations des sages et cette sublimation, dans le sentiment de Geber, d'Artéphius, de Flamel et de Philalèthe, n'est autre chose que l'exaltation ou la dignification d'une substance, ce qui se fait lorsque d'un état vif et abject, elle est élevée à l'état d'une plus haute perfection. Ce qui n'empêche pas qu'on ne reconnaisse en notre mercure, un mouvement d'ascension dans le premier ouvrage, qui est la préparation du mercure, en quoi gît toute la difficulté ; le reste étant un jeu d'enfant et œuvre de femme.

[la préparation du Mercure semble être l'objet de la première partie de la Grande Coction, là où les substances sont mises à putréfier ; le reste a trait à la surveillance de l'eau permanente des Sages où cuit le Compost philosophal.]

XXXVII

La sublimation est, selon Geber, l'élévation d'une chose sèche avec adhérence au vaisseau, par le moyen du feu. Peu de gens ont compris cette définition, parce qu'il faut connaître la chose sèche, le vaisseau et le feu. L'auteur du commentaire des vers italiens du franciscain Marc Antonio Chinoi, paraît embarrassé sur ce sujet. Voici quel est le vrai sentiment de tout vrai philosophe : la chose sèche est notre aimant, qui attire naturellement son vaisseau qui est l'humide. Car le sec attire l'humide et l'humide tempère le sec et s'unit à lui par le moyen du feu qui participe de la nature de l'un et de l'autre.

[Marc Antonio est le traducteur italien de la Lumière sortant par soy-même des Ténèbres, ouvrage majeur et sous-évalué. Quant au sentiment du vrai philosophe, nous le décrypterons ainsi : la chose sèche peut fort bien être le SEL, c'est-à-dire cette matière - autrement appelée la salamandre des Sages - qui est la Lunaire des Artistes, par laquelle ils prennent au filet les poissons gras dont parle D'Espagnet dans son Oeuvre Secret d'Hermès. Le vaisseau serait alors la partie soufrée et liquide du Compost dont l'artifice est le Mercure, intercesseur, entremetteur entre le SEL et le SOUFRE.]

XXXVIII

Le vase et la chose sèche s'embrassent avec adhérence, parce que nature embrasse nature, comme il est dit dans la « Tourbe » et chez Artéphius et parce que le vaisseau tient lieu de femelle et la chose sèche lieu de mâle. L'un est le soleil et l'autre est la lune. L'un est l'or vif des sages et l'argent-vif des sages qui sont unis par le feu qui leur est propre, qui est de leur nature et qui est tiré d'ailleurs que de notre matière. Ce feu, ce vase et cette chose sèche sont trois et ne sont qu'un. Ils sont tous trois mercure, soufre et sel et sont tous trois dans un même sujet métallique.

[on a rarement parlé aussi bien des principes principiés de l'oeuvre : le vase - celui dit de nature - est la maison de verre qui renferme le Soufre et le Sel. C'est en même temps le Mercure, l'Hypérion de l'oeuvre et le scel de nature, le véritable sceau vitreux d'Hermès, celui dont parlait l'Adepte qui fit, à ce qu'il paraît, une transmutation réussie chez Helvetius, cf. Histoire de la Chimie, Hoefer. Que le vaisseau tienne lieu de femelle, rien donc d'étonnant : c'est le Lait virginal - cf. supra et Artephius - mais il est faux ou incomplet d'y voir toute la Lune des alchimistes. Car il y a deux principes femelles dans l'oeuvre : l'un de type purement mercuriel, qui est le vase de nature dont il est fait mention ici, et l'autre, qui représente le Soufre blanc - autrement appelé ARSENIC par Geber, SEL par Paracelse et CORPS par les alchimistes modernes - Fulcanelli, E. Canseliet. Le FEU ne peut donc être un principe pur de l'oeuvre mais il tient du Composé des Composés dont parle Albert Le Grand : ce n'est rien d'autre, d'ailleurs, que notre fondant antimonial.]

XXXIX

Ce sel, ce soufre, ce mercure qui sont le corps, l'âme et l'esprit, sortent tous les trois du chaos où ils étaient en confusion ou plutôt de la mer des philosophes. C'est là le trident de Neptune, qui ne sortirait pourtant point de ses profondes abysses, si Eole ne faisait, par ses vents, exciter des tempêtes sur la mer. C'est par le moyen de ces vents mercuriels, sulfureux et salins qu'on émeut la mer des philosophes jusque dans le centre, et qu'enfin, après que les parties sont d'accord, on marie Eole à la belle Cyané.

[Cyané se signale, au plan de la cabale, par sa correspondance avec l'adjectif « cyané » qui s'accorde avec les roches qui sont situées, selon les légendes, à l'entrée du Pont-Euxin : les symplegeades. Nous avons à de multiples reprises évoqué ces fameuses roches, rien qu'en citant Pernety. Le lecteur pourra se reporter à notre commentaire de l'Atalanta fugiens. ]


FIGURE V
(Crucifixion. Descente aux limbes. Ascension. Aeétès et les Argonautes. Jason semant les dents du dragon. Jason prenant la toison d'or. Fuite de Jason et Médée)

XL

Neptune n'est pas plutôt sorti du centre de la mer, qu'il apaise tous les vents et fait un calme général avec son trident, et puis rentre dans ces abîmes humides. C'est ce que Flamel a voulu dire dans sa sixième figure, où il dit que notre pierre est si triomphante en siccité que d'abord, dès que le mercure la touche, nature s'éjouissant de sa nature se joint à elle et attire son humide pour le joindre à soi par l'apposition du lait virginal dont il parle dans la quatrième figure.

[sur la 6ème figure, cf. notre commentaire des Figures Hiéroglyphiques, notes 151 à 156 - sur la quatrième figure, cf. notes 125 à  139. Par l'action de Neptune, on peut comprendre la préparation et la formation de l'eau permanente. Celle-ci se déroule, par allégorie, au signe du Verseau.]

XLI

Ce trident neptunien, ne saurait jamais sortir de la mer philosophique, si un trident venteux et vaporeux n'avait pénétré la mer pour tirer ce roi à triple couronne, nageant dans les eaux ; c'est dans cette occasion que le philosophe aiguise et excite le passif par l'actif ; que par les principes vivants, il ressuscite les morts, comme le dit Philalèthe et qu'un principe donne la main à l'autre, comme le dit le Cosmopolite ;après quoi, les principes mariés et élevés sont nourris de leur chair et sang propre, dit le Cosmopolite et Basile Valentin.

[le roi à triple couronne est le sujet de l'emblème XXXI de l'Atalanta fugiens ; on en trouve un équivalent iconographique dans l'emblème du Triomphe hermétique de Limojon de saint Didier.]

XLII

Le sec, embrassant le vaisseau qui le contient, étant monté au ciel par la sublimation philosophique et le sel terrestre étant devenu céleste, descend en terre pour aller sucer le lait de sa mère qui est la terre qui prend soin de nourrir l'enfant philosophique, lequel ayant pris sa nourriture et engraissé de ce lait succulent, remonte au ciel et par un moyen montant à diverses reprises et descendant de même, il prend la vertu des choses supérieures et inférieures.

[passage entièrement ésotérique ; on en retiendra l'allusion au Lait virginal ; l'enfant philosophique est le Laiton, 2ème état de l'Airain des Philosophes. On a une idée d'un mouvement de convection qui se fait au sein de la pâte en fusion... Tout cela se conçoit difficilement par la voie humide. ]

XLIII

C'est ici le ciel terrestre de Lavinius qui se perfectionne par ses ascensions et descensions. C'est le mariage du ciel et de la terre sur le lit d'amitié, selon Philalèthe. C'est là ce palais royal qu'on bâtit et qu'on enrichit par le flux et le reflux de la mer de verre, pour y loger le roi comme parle Basile Valentin, et sont les imbibitions de Flamel et le sceau de l'enfant dans le ventre de sa mère et de la mère dans le ventre de l'enfant, selon Démoragoras, Senior et Haly. La mère nourrit son enfant et l'enfant nourrit sa mère. Ainsi, ils s'aident l'un l'autre, s'augmen-tent et se multiplient comme dit Parmenides.

[l'auteur paraphrase de manière à peine voilée un passage du chapitre VI des Figures Hiéroglyphiques. Cf. note 133-134. Flamel écrit Hali. Senior est « Senior Zadith » qui serait, pour Fulcanelli, l'auteur de l'Azoth attribué au pseudo Basile Valentin. Quant à Hali, il doit s'agir de Khalid. ]

XLIV

Cette mère est la lune. L'enfant est le mercure des sages que l'on appelle crachat de la lune en « La Tourbe ». C'est cette lune qu'il faut faire descendre du ciel en terre comme dit Paracelse.
 Cette lune étant pleine ressemble au soleil et porte le soleil dans son sein. Ce mercure se charge de porter la teinture de son père et de sa mère et lors, ayant perdu toutes ses plumes, il tombe dans la mer et puis les eaux se retirent, dit Basile Valentin. Il se change en terre où sa force est entière, dit Hermès, ce qui comprend trois tours de roue, dit Riplée et les tours de mains de Basile Valentin dans le premier et le deuxième ouvrage de tout le magistère.

[Bien des choses sont dites ici qui ne sont pas évidentes. Que l'on dise que la mère est la Lune, c'est affirmer par là que Diane aux cornes lunaires préside à la destinée de l'oeuvre : elle constitue en effet l'hiéroglyphe du Mercure préparé. Quant au crachat de lune, appelé vulgairement « nostoc », il a fait l'objet de bien des contre sens où les apprentis ont été une fois encore confondus en illusion. On l'appelle encore flos coeli ; dans la Tourbe, c'est Pythagoras qui en touche un mot. Et l'on saisit son sens hermétique en lisant ces mots dans le Rosaire des Philosophes : «C’est l’or et l’airain des philosophes, la Pierre connue dans les chapitres, la fumée, la vapeur et l’eau, le crachat de lune qui est uni à la lumière du soleil.» On se bornera à dire qu'il s'agit du principe minéral de la Pierre et que les alchimistes l'ont nommé beurre de terre, archée céleste, graisse de rosée, vitriol végétal, outre les acceptions que nous avons reportées. Quant aux tours de roue, il s'agit des opérations qui consistent à putréfier, albifier et rubéfier.]

XLV

Ce mercure philosophique n'est autre chose que les dents du serpent que le vaillant Thésée, dit Flamel sèmera dans la même terre d'où naîtront des soldats qui se détruisent enfin eux-mêmes, détruisant par opposition, résolus en la même terre et laisseront emporter les conquêtes méritées. Cette apposition renferme toutes les opérations que les philosophes recouvraient de tant de voiles, et l'on voit dans cette occasion la vérité de ce qu'enseigne Flamel, que notre pierre se dissout, se congèle, se pourrit, se blanchit, se tue et se vivifie soi-même. C'est le sang du lion et la glue de l'aigle de Paracelse.

[Thésée est semblable à Cadmos ou encore à Jason. Les soldats qui se détruisent eux-mêmes font penser de façon irrésistible à un bouillonnement de la matière où deux irréductibles s'opposent avant que de ces deux ennemis, il soit fait un sel, qui est le Mercure. Quant à l'aigle de Paracelse, l'Anonyme d'Huginus à Barma en parle comme de « l'Electre de Paracelse » ; faut-il y voir une variation sur le thème de l'homme double igné de Basile ?]

XLVI

Ce sang du lion se trouve avec la glue de l'aigle profondément cachés dans notre sujet qui est l'élu de Colchos. Ils y sont naturellement comme dans leur propre sel qui leur sert de matrice et de minière, comme dit le Cosmopolite. Ils sont la véritable Toison d'Or gardée par des taureaux jetant feu et flammes par les narines, sur lesquels la belle Médée doit verser sa précieuse liqueur qui les abreuve et les endort, et par cette précieuse liqueur, les taureaux sont assoupis, la Toison est enlevée par Jason ou plutôt par ce menstrue philosophique, le corps est dissous et l'âme délivrée des liens du corps et elle est changée en quinte essence.

[Le sang du Lion représente le Soufre sublimé ; la glu de l'Aigle est peut-être l'aimant des Sages. Phrixus suspend la Toison d'or près de la ville de Colchos. Michel Maier s'est attardé sur cette allégorie dans l'emblème XXXVIII de l'Atalanta fugiens. On remarquera que Colchos est proche, par cabale phonétique, de Chalcos, sorte de minerai de cuivre où l'on peut reconnaître notre Airain. Sur Médée, cf. Introïtus, VII et Atalanta, XXXVI. Enfin, l'Âme est changée par le Mercure en quintessence, cf. Oeuvre secret d'Hermès de D'Espagnet.]

XLVII

Cette Toison est la semence métallique que Dieu a créée et que l'homme ne doit pas présumer de faire, mais qu'il doit tirer du sujet où elle est. Basile Valentin la décrit en ses termes: premièrement dit-il, l'influence céleste, par la volonté et le commandement de Dieu, descend d'en haut et se mêle avec les vertus et propriétés des astres. De celles-ci, mêlées ensemble, il se forme comme un tiers entre terrestre et céleste. Ainsi se fait le principe de notre semence, de ces trois se fait l'air, l'eau, la terre lesquels par le moyen du feu bien appliqué engendrent une essence de moyenne nature, un esprit incompréhensible et un corps visible.

[sur « l'Esprit incompréhensible », cf. § XXIV. La Toison d'or est la résine de l'or ou christophore. Le reste est à la limite de l'ésotérisme façon Table d'Emeraude.]

XLVIII

Cette semence métallique est le grain qui nous est nécessaire et qu'il faut chercher dans un sujet où la nature l'a pris fort près de nous. Ce sujet, dans le sentiment de tous les philosophes, est notre airain, notre or, notre pierre dont parlent Sendivogius, Philalèthe, Pythagore. Et nous obtiendrons cette précieuse semence, dit Basile Valentin, si nous rectifions tellement le mercure, le soufre et le sel que l'esprit et le corps soient unis inséparablement. Tout cela n'est autre chose que la clef de la vraie philosophie et l'eau sèche conjointe avec une substance terrestre, faite de trois, de deux et d'un.

[Cette semence métallique est ce CORPS dont Geber nous dit qu'il s'agit de l'Arsenic des Sages et Paracelse, le SEL. A noter que le Traité du Sel est une compilation que Michel Sendivogius a écrite selon des mss d'Alexandre Sethon.]

XLIX

Cette semence ou ce grain ne se tire d'aucun autre sujet que de celui que nous venons de nommer notre or, sans hyperbole et de ce même sujet, on ne peut le tuer que par dissolution et cette dissolution se fait de soi-même ou par le sujet qui lui est semblable ou plus proche. La nature l'a aussi pourvu d'un aide qui est de sa chair et de son sang. Ainsi que nous l'enseignons, le sperme masculin mis dans sa matrice y trouve un dissolvant de sa nature à la façon d'un aimant qui attire la semence du sperme qui est de sa nature et de son essence.

[L'or alchimique n'est pas l'or vulgaire ; E. Chevreul considérait pourtant que, en toute logique, les alchimistes avaient en vue de réaliser une sorte de ferment de l'or, à l'instar de la levure du pain.]


FIGURE VI
( Allégorie : Vertus du héros. Persée tuant la Gorgone)

L

La dissolution qui nous est nécessaire pour avoir ce bon grain ou semence est très difficile à faire, car elle ne peut se faire que par le moyen d'une liqueur précieuse qui est une eau d'or et un menstrue philosophique qui est de la nature du grain qu'on veut tirer de notre sujet par ce dissolvant ; et de la nature même du dissolvant qu'on demande et qu'on veut acquérir pour tirer
 ce grain pur ; où l'on peut voir comment notre art peut suivre et imiter la nature.

[cette eau d'or est nommée dans les textes anciens l'eau divine ou eau de soufre : il s'agit d'un polysulfure de calcium, appelé au Moyen Âge foie de soufre terreux, cf. réincrudation.]

LI

On peut remarquer que dans notre ouvrage, il n'y rentre rien d'étranger, car ce grain ou semence métallique, est de la nature du dissolvant qu'un anonyme appelle essenciel et ce dissolvant essenciel est de la nature de cet aimant métallique qu'un anonyme appelle menstrue minéral, uni au végétable et tiré par lui comme Ganymède par Jupiter. Et ces deux unis, qu'il appelle essenciel, servent pour dissoudre radicalement un corps qui est l'or, sans ambiguïté et celui-ci dissous, il apparaît qu'on tire un esprit pur par un esprit crud.

[c'est dire que le dissolvant est lui-même de la nature de la chaux, ce que dit sans ambages Fulcanelli dans le Mystère des Cathédrales. Ce dissolvant essentiel n'est autre que le Composé des composés ou quintessence des vieux auteurs. Sur Ganymède, cf. Atalanta, XLIII.]

LII

Ce sujet où nous cherchons la semence est un or philosophique et non pas l'or vulgaire et cela pour deux raisons. La première est que l'or vulgaire n'a point besoin d'ordure qu'il soit besoin d'ôter pour trouver ce grain ou cette semence métallique puisqu'il est tout pur et sans aucun mélange d'impuretés. La seconde raison est que l'or vulgaire est tout semence, et si on se servait de lui, il n'y aurait qu'à le réincruder, volatiliser et spiritualiser, de manière qu'il put pénétrer les corps et se joindre à eux par ses moindres parties. Si l'or avait cela, il serait la pierre.

[L'or n'ayant point « cela », il est évidemment difficile de penser s'en servir comme ferment pour la pierre orientée vers la transmutation d'un métal en or ; ce § est un exemple type de l'alchimie chimérique comme la fustigent les Rationalistes.]

LIII

Ceux qui ont dit qu'il fallait chercher la semence métallique ou le grain fixe dans l'or vulgaire ne sont pourtant pas éloignés de la vérité, pourvu qu'on les entende avec un grain de sel puisqu'il y est effectivement et qu'on peut l'y trouver par le moyen d'une eau philosophique dans laquelle il se fond, comme la glace dans l'eau chaude et dans laquelle il perd sa forme naturelle pour en prendre une nouvelle plus noble et plus excellente. C'est alors que le trésor caché est découvert, c'est le centre révélé.

[C'est l'opération dite de la réincrudation.]

LIV

La semence métallique que nous cherchons dans l'or des sages est un esprit subtil et pénétrant ; c'est une âme pure, nette et délicate, réduite en eau et en un sel, et ce baume des astres, lesquels étant unis ne font qu'une eau mercurielle. Or, cette eau doit être amenée au dieu Mercure qui est son père, pour être examinée. Alors le père épouse sa fille, et par ce mariage, ils ne sont plus deux mais une seule chose, qu'on appelle huile vitale ou incombustible et à la fin Mercure jette ses ailes d'aigle et déclare la guerre au dieu Mars.

[allégorie complexe où il est dit en substance que le Mercure doit se fixer à la fin de la Grande Coction : jeter ses ailes d'Aigles signifie se volatiliser si l'on tient compte que l'Aigle ressortir de l'EAU et non, comme on le croit souvent, de l'AIR. A partir de là, le sens est clair : le Rebis doit être guéri de son hydropisie. Cf. Atalanta fugiens]

LV

Le mercure, qui est le père de l'eau qu'on lui amène pour être son épouse, l'embrasse dans cette qualité pour la raison que cette eau est encore un mercure et de cette manière, il paraît qu'on amène mercure à mercure avec cette différence que le mercure qui est amené comme épouse est le mercure des sages qui est la mère du tout, le Thélème. Et celui à qui on l'amène est le mercure des corps, père du tout, le Thélème, père, enfant, frère, épouse, du mercure des sages. Ainsi, les natures se poursuivent et les parents se marient ensemble.

[il est difficile de rendre par des mots un processus dynamique. En somme, la formule EN TO PAN conviendrait volontiers à ce §. Et elle montrerait que le Mercure ou le Soufre peuvent n'être, comme l'a montré Fulcanelli, qu'une seule et même chose, selon la forme, la température et l'époque de l'oeuvre. En sorte que l'on comprend mieux comment le Mercure peut avoir des traits aussi protéiformes.]

LVI

Dans ce mariage philosophique, on conjoint mercure à mercure et on amène ainsi le feu au feu, aussi bien que mercure à mercure. On marie le feu au feu, car le mercure des sages porte ce feu ou le soufre dans son sein. Et le mercure des corps est encore tout plein de ce feu sulfureux qui brûle dans l'eau ; et dans cette rencontre, une nature apprend à l'autre à ne point craindre le feu et à se familiariser avec lui. Ainsi l'eau qui craignait le feu, apprend à rester avec lui et le mercure qui le fuyait devient son ami.

[§ restant incompréhensible si l'on ne possède pas des éléments de l'oeuvre : il est dit ici clairement qu'une substance doit être liquéfiée ; c'est ainsi qu'on apprend à un composé à ne pas craindre le feu tout en se transformant en eau. Ce composé, c'est le Soufre qui doit être dissous dans le Mercure qui, rappelons-le, est un fondant alcalin]

LVII

L'eau dont nous parlons ici est l'azot qui sert à laver le laiton et le laiton que nous devons laver est notre sujet ou notre airain ou or rouge, qu'il faut blanchir en rompant les livres. Cette eau céleste est tirée des montagnes du mercure et de Vénus, par adhérence du sec à l'humide par le moyen de la chaleur, et la chaleur unie à l'humide fait couler un ruisseau d'eau chaude sèche et humide. Cette eau est la grande ouvrière en notre art ; elle dissout les corps durs, subtilise l'épais et purifie les impurs comme la terre.

[l'AZOT ou AZOTH est la même chose que l'ADROP ou que le DUENECH ; il s'agit là de formulations différentes pour évoquer le Mercure ; l'airain est là pour Rebis. L'expression « rompre les livres » est une faute de traduction de « rumpite libros » qui signifie « rompre l'écorce », c'est-à-dire ouvrir la terre feuillée ou terre verdoyante des Sages. L'Artiste, tel saint Georges, terrasse alors le dragon ou Mercurius senex ; l'eau chaude sèche est cette poudre formée de borith ou de nitre philosophique : eau qui ne mouille point les mains de Basile Valentin]

LVIII

J'ai dit laton ou laiton car les philosophes ont leur laton aussi bien que leur laiton. L'un dit qu'il faut blanchir le laton qui est immonde, l'autre dit qu'il faut laver la terre qui est obscure et ceux qui ont confondu ces deux choses contenues dans ce rebis, n'ont pas moins erré que ceux qui ont cru que c'étaient deux choses d'une nature différente. Car, quoiqu'elles se trouvent dans le sujet qui est le chaos de l'art et qu'ils y soient comme mâle et femelle et que de leur semence doive sortir le fils du soleil et de la lune par leur union parfaite, ils ne sont qu'un en essence.

[le laton est le « laiton non net » des vieux auteurs. Les alchimistes ont encore appelés leurs matières du nom d'Airain qui devient ensuite Rebis ou homme double igné de Basile Valentin, cf. Douze Clefs de Philosophie - la terre est associée à la couleur noire, ce qui explique que dans leurs laveures ignées, les Adeptes entendent qu'ils blanchissent leur terre, ou pour être plus précis leurs cendres.]

LIX

Ce rebis ou chaos du lait ou ciel terrifié, ne peut servir de rien sans le secours du feu et de l'azot. Mais ces deux-là qui composent la liqueur de notre art, et qui font l'huile vitale, lui suffisent tant pour le laver et le purifier que pour le rendre fécond par la séparation des deux sexes et par leur réunion entière, car il en sort un fort bel enfant, après avoir ôté les ordures ; et cet enfant doit être nourri du sang de son père et du lait de sa mère et pour lors, ce sang et ce lait mêlés ensemble, prendront la couleur d'une quintessence dorée.

[le Mercure est un Mixte où intervient une partie physique qui est la chaleur proprement dite et une parti chimique qui possède les vertus d'un fondant alcalin, cf. Mercure - l'huile vitale est le Soufre ou Âme dissoute dans ce fondant. Le sang du père est le Soufre rouge. Ce soufre est en très petite quantité eu égard au volume total de la Pierre ; on l'obtient d'un vitriol pierreux ou de l'alun. La mère est d'interprétation plus délicate si l'on tient compte qu'il y a dans l'oeuvre deux Mercure. L'un, que nous venons d'évoquer est ce fondant qui sert de bain aux astres. L'autre Mercure, appelé par quelques alchimistes le 1er Mercure, correspond à la Toyson d'or : c'est le CORPS de la Pierre, résine silicato-alumineuse.]


FIGURE VII
(Allégorie : Magnanimité. Titus et son armée. Libération des prisonniers carthaginois. Pompée et Helvius Mancia. Philippe II de Macédoine accusé d'injustice. Exécution de Callisthénès. Diogène et Aristippe)

LX

Nous avons dans ce laton, dit un philosophe, deux natures mariées ensemble dont l'une a conçu l'autre et par cette conception, elle s'est convertie en corps de mâle et l'autre en corps de femelle, de sorte que l'on ne saurait distinguer l'une de l'autre par leurs vêtements extérieurs quoiqu'on doive les séparer pour les reconnaître et les réunir pour n'être plus qu'un inséparable, après les avoir dépouillés de tous leurs vêtements et les avoir réduits à la nudité naturelle. C'était auparavant deux corps en un ou l'androgyne des sages et après c'est Diane toute nue.

[Il n'est pas facile de trouver les correspondances si l'on n'a pas pour base la mythologie grecque. A partir du moment où l'on sait que Typhon, sous les ordres de Junon, a été envoyé pour pourchasser Latone et l'empêcher d'atterrir, on tient tout le dispositif formel du Mercure. et quand on sait que Diane précède Apollon lors de la parturition et que, de surcroît, Diane sert de parèdre à Latone, tout devient clair. Il faut ensuite aller « relire » certaines planches du Mutus Liber -]

LXI

Lorsque Diane est toute nue, Apollon de même, on les distingue facilement et rien n'empêche leur légitime conjonction pour la procréation du soleil qui est leur enfant. Mais, pour réveiller leur fécondité et les rendre propres à la génération, il a fallu les animer en les purifiant avec l'huile vitale qui est l'eau de la pierre, dit un philosophe. Il a fallu diviser le corps coagulé en deux parties pour en tirer cette huile vitale, ou ce lait destiné à la nourriture de l'enfant nouveau-né qui contient en soi les deux sexes et les assemble en unité de nature et d'essence.

[Autrement dit, il faut que les substances soient disposées en une autre forme que leur aspect premier ; il s'agissait au départ de matières porphyrisées et amorphes. Par le secours de l'esprit, elles se spiritualisent et prennent une disposition cristalline. Là est à notre sens le secret du processus alchimique. L'huile vitale représente le Mercure animé, c'est-à-dire le véritable Mercure philosophique]

LXII

Notre laton est rouge dans son commencement. Mais il nous est inutile si la rougeur ne se change pas pour faire place à la blancheur. Si on l'a une fois, il blanchit et il devient de très grand prix, enseigne d'Astin. Mais comme dit ce philosophe avec tous les autres, la première couleur qui paraît dans notre sujet est la noirceur, après laquelle vient la blancheur et ensuite se fait voir la rougeur claire et brillante et pour lors, dit la savante Marie, son obscurité s'étant retirée, ce laton se change en pur or et ce qui lui procure cette blancheur, et cette splendeur, est notre azot.

[Le texte semble envieux puisque le laton ne saurait d'abord être rouge. Mais si l'Artiste a en vue la minière de son laton, tel que le vitriol rubéfié ou colcothar, on peut l'envisager ainsi. Sur d'Astin, il s'agit de Jean Dastin, cf. 1, 2. Newton avait de ses ouvrages. Sur Marie, cf. le Dialogue de Marie à Aros. L'auteur semble confondre, à la fin du §, le Mercure et l'escarboucle des Sages.]

LXIII

L'azot qui a été formé du limon resté après la retraite des eaux du déluge, comme le serpent Python, est vaincu par les flèches d'Apollon qui sont les rayons de notre soleil ou par la force de notre airain qui enfin devient le maître et se faisant justice, rend le sec de première couleur orangée rouge. Il ôte même la robe blanche à l'azot qui en devient si changé qu'il prend la couleur et la nature de notre airain et tout se fait rouge, dit le docte Parménidès ; et c'est le signe que le Seigneur a fait son temps et qu'après le temps se fait l'éternité fixe et incorruptible.

[Interprétation délicate à formuler : l'Azoth est le Mercure philosophique ; les alchimistes parlent souvent du Déluge. Voyez là-dessus l'Atalanta XL. Fulcanelli aborde le thème du déluge pour nous parler des roches sédimentaires avec une allusion aux fossiles qu'on y trouve. On ne voit pas la relation entre ce qu'en disent les vieux alchimistes qui ne pouvaient pas savoir, à l'époque, que les empreintes de bélemnite provenaient d'animaux marins. Voyez encore l'Atalanta XXI sur le thème de l'EAU et du FEU pris comme équivalent « apocalyptique » du Déluge universel.]

LXIV

Apprenons ici de Morien qu'il faut bien laver ce corps immonde qui est le laton qui doit être desséché et blanchi parfaitement et l'on doit lui infuser une âme et lui ôter toute son ordure afin qu'après la mondification, la teinture blanche entre en lui. Car un corps étant bien purifié, l'âme entre d'abord dans ce corps ; et il ne s'unit jamais à un corps étranger ni même au sien propre s'il n'est pur et net, car les superfluités qui se trouvent dans nos corps, quoiqu'elles ne soient pas en grande quantité, empêchent leur union parfaite.

[cf. Entretiens de Calid à Morien. L'opération de blanchiment du laiton est marquée par les couleurs de la queue de paon ; ces couleurs comme les autres, doivent être comprises par l'esprit car elles ne sont pas perceptibles par le sens, cf. Jacques Tol.]

LXV

On ne lave le laton que pour le rendre propre d'embrasser sa latona et s'unir avec elle d'une Union indissoluble. Mais comme l'un porte le feu et l'autre contient l'eau, on doit bien purifier l'un et l'autre de leurs immondices naturelles. Il est vrai qu'ils se trouvent tous dans notre androgyne, mais comme c'est un chaos où les éléments sont plutôt confondus qu'ils ne sont unis, on ne saurait les unir fortement sans les purifier, ni les purifier sans les séparer, ni les séparer sans détruire le composé. Il faut les diviser en partie et séparer ainsi les éléments.

[Ce blanchiment qui correspond aux laveures ignées de Flamel a pour objet d'établir la conjonction radicale entre les deux extrémités du vaisseau de nature ; la latona est désignée ici comme Mercure. Ce terme n'est pas employé de façon classique par les alchimistes.]

LXVI

Comme notre pierre doit naître de ce chaos ou masse confuse dans laquelle tous les éléments sont confus, il est nécessaire de séparer la terre du feu et le subtil de l'épais, comme dit notre père Hermès, le subtil monte en haut avec l'air et l'épais demeure au fond avec le sel. Mais la terre contient le feu avec le sel de gloire et l'air se trouve avec l'eau. On ne voit pourtant que la terre et l'eau. Ôtez donc le phlegme de l'eau et la pesanteur de la terre, et les éléments seront purs et bien unis.

[Dans cette opération, on guérit le roi de son hydropisie : c'est le traitement de l'ascite appliquée à la Pierre des Sages. Michel Maier et Lambsprinck y font allusion. Sur le chaos, cf. Table d'Emeraude.]

LXVII

Cette union ou conjonction des éléments purifiés est la seconde opération de la pierre qui se trouve après la mondification, et la pierre se trouve parfaite si l'âme est fixée dans le corps. Mais comme ce n'est que le terme du premier ouvrage, la matière est bien parfaite et sera l'or vif et le soufre incombustible. Mais il n'est pas tingeant et l'on doit tourner la roue pour la seconde et troisième fois, avec le même soufre qui sert de ferment, mais le premier ouvrage fini, commence le second où la sublimation philosophique est nécessaire afin que le fixe soit fait volatil et le corps esprit.

[la mondification est l'ablution de la Pierre. Cette conjonction radicale est le premier terme de la Grande Coction et procure l'Airain dans son 2ème état, c'est-à-dire le Rebis. Les tours de roue forment l'un des secrets de l'oeuvre les mieux gardés : comment gérer le feu qui procure vie et mouvement à la masse mercurielle du Compost ? Cf. Mercure - Il semble que la sublimation soit comprise comme la phase ultérieure du 3ème oeuvre - la Grande Coction - quand l'Artiste doit assurer la permanence de son eau mercurielle : nous sommes ici, par cabale, dans le signe du Verseau, cf. zodiaque alchimique -]

LXVIII

Dans le premier ouvrage qui comprend plusieurs opérations, on ne travaille qu'à volatiliser le fixe et à fixer le volatil, ressusciter le mort et tuer le vif, et son terme est lorsque le tout est réduit comme en poudre fixe qui est l'or pur, meilleur que celui des minières. Sans lui, on ne saurait avoir la pierre quoiqu'il ne soit pas la pierre. La pierre est pourtant en lui comme dans son berceau. Il n'est pas l'or vulgaire, car il est plus pur et n'est qu'un pur feu en mercure. On peut néanmoins le fondre et le débiter pour or vulgaire, car il est or à toute épreuve.

[Ce § semble évoquer les cohobations philosophiques. Voyez le Vitriol de Tripied qui nous paraît être le seul auteur à avoir parlé charitablement de ce point de science. Il est vrai que la Pierre est en ce minéral comme dans son berceau puisqu'on y trouve aussi bien le Soufre blanc, l'un des éléments essentiels du Mercure et même parfois le Soufre rouge. Pline en a parlé, cf. chimie et alchimie. Néanmoins, lorsque l'auteur écrit qu'il faut « ressusciter le mort et tuer le vif », il nous semble que cela se rapporte à des opérations tardives durant la Grande Coction. Mais rien d'assuré là-dessus. En ce cas, le présent § se rapporte aux opérations, très peu développées par les alchimistes, de ce qui constitue selon nos conjectures le 2ème oeuvre.]

LXIX

Dans le second ouvrage qui est la multiplication de cet or, l'or est augmenté en quantité par l'addition de nouvelle matière et l'or sert de levain à sa propre multiplication par une simple digestion de ce levain avec la farine et l'eau métallique. On fait de l'or et le levain sert toujours de minière. Les philosophes procèdent encore autrement. Ils élèvent leur or ou levain en degrés et l'augmentent si bien en qualité qu'il surpasse l'or et devient teignant et fondant. C'est ce qu'on appelle pierre qui se multiplie à l'infini.

[Tous les traités d'alchimie insistent sur cette multiplication. On peut y voir une allusion à la « masse inépuisable ». Expliquons cela : on trouve une allusion à des procédés de multiplication dans le papyrus de Leyde. 7 et dans le papyrus de Stockholm. 8 - cf. Alchimistes Grecs, tome I, Robert Halleux, Belles Lettres, 1981. Le mot maza désigne en fait une galette d'orge. D'après Halleux, deux idées sont développées : d'une part la forme de la galette des lingots de métal et d'autre part l'idée d'une pâte qui lève, rejoignant les idées sur la croissance des minéraux. Le lecteur consultera le Bergbüchlein et le Dialogue de Marie à Aros où ces idées sont développées. Berthelot a évoqué cette maza dans son Introduction à la Chimie des Anciens. Deux points sont à soulever ; d'abord la relation à la galette qui est le point de départ, pour Fulcanelli, d'une longue allégorie où la galette des rois - à la frangipane, il ne s'agit pas de la galette des rois provençale - est comparée à un minéral feuilleté dans lequel l'Artiste trouve son Soufre rouge en forme de fève et est comparée aussi, par l'entrecroisement de sa surface, à la disposition que doit avoir le Mercure quand il a été canoniquement préparé - cf. Myst. Cath.. Maza est une masse de pâte où, par l'allégorie, on peut voir la masse du Compost ; ce n'est pas tout : mazagretaV désigne un mendiant - de maza et ageirw ou agrew -, littéralement masse recueillie en quêtant où il est facile de reconnaître le Mercure, éternel Wanderer de l'oeuvre. Par agrew, on peut en faire une masse de pâte recueillie en chassant ou en pêchant, image qui est familière aux étudiants qui sont au fait de l'iconographie, cf. poêle du Winterhur, le De Lapide Philosophorum, certains emblèmes de l'Atalanta fugiens. N'oublions pas aussi le filet dans lequel Héphaïstos prend au piège Aphrodite et Arès : on peut y voir la préparation des matières dans le 2ème oeuvre, dévolu au Mercure.]


FIGURE VIII
(naissance de Jupiter)

LXX

L'eau métallique, qui revivifie l'or fixé à la fin du premier ouvrage, est cette huile vitale dont parle un anonyme et qui est unie à l'essenciel, au minéral et eau végétable pour être comme elle est, le dissolvant radical de l'or. C'est cette huile dont les philosophes font bonne provision afin qu'elle ne leur manque pas au besoin, comme elle fit aux vierges folles. Cette huile est l'eau de la pierre tirée d'elle en la première opération dit le sage jardinier. Sans cette eau, rien ne se fait dans le second ouvrage et le premier ne se fait pas sans elle. Cette eau est un feu car elle le porte et sur elle est porté l'esprit du Seigneur.

[§ important pour la compréhension de la captation du Soufre rouge. E. Canseliet en parle comme d'une « vitreuse provision ». L'eau métallique est bien sûr le Mercure ; l'or fixé évoque l'or enté dont parle Fulcanelli dans le Myst. Cath. L'huile vitale est évoquée, à notre connaissance, que dans un seul traité : la Lumière sortant par soy-même des Ténèbres, attribuée à Crasselame Chinois avec un substantiel développement de Bruno de Lanssac. L'expression est trouvée au chapitre VII. Voici un extrait :

« ils sauront par théorie comment, par le moyen d'un esprit cru, on peut extraire un esprit mûr du corps dissous, et derechef l'unir avec l'huile vitale pour opérer les miracles d'une seule chose ou, pour parler plus clairement, quand ils sauront avec leur menstrue végétal,

[...] »

Il s'agit sans doute d'une relation à l'alkali fixe. La suite du texte évoque bien le fondant dont nous avons parlé déjà supra à plusieurs reprises. L'allusion aux vierges folles pourra être vue dans la section Gobineau de Montluisant où nous reprenons l'étude des Vices et des Vertus du grand portail de Notre-Dame, à Paris ; panneaux qui, rappelons-le, font la matière d'une grande partie du Myst. Cath. attribué à Fulcanelli. Voyez aussi le Traité du Sel, compilation probable de Michel Sendivogius sur des notes d'Alexandre Sethon. Que signifie ce passage ? Qu'il faut imbiber la matière de Mercure au fur et à mesure qu'il se volatilise ? Mais alors, ce serait admettre que l'on travaille par la voie humide, puisque dans la voie sèche, la matière est scellée dans le matras brasqué... Encore un mystère. Le sage jardinier est sans doute celui, Hortulain, qui a composé un traité expliquant la Table d'Emeraude.]

LXXI

En cette eau consiste le plus grand secret des sages. Nous avons dit que c'était l'eau de la pierre quoiqu'il soit vrai qu'elle n'est pas dans un sens l'eau de la pierre. C'est une eau mercurielle, mais ce n'est pas le mercure des philosophes. C'est plutôt le mercure du mercure de la nature, le bain-marie des sages, le feu humide et secret d'Artéphius, le vase des philosophes auquel la chose sèche adhère dans la sublimation. C'est le sperme des métaux, l'humide radical, l'eau philosophique d'Hermès qui suffit avec une seule chose. Cette eau lave le laton et dissout l'or parfaitement.

[On pourrait voir dans cette eau du polysulfure de calcium - l'Eau divine de Zosime -. Car elle a, dans une certaine mesure, le pouvoir de dissoudre l'or, cf. voie humide. mais ce serait compter avec trop de crédulité car jamais les alchimistes n'ont nommé leurs matières de façon explicite, ou alors ils ont employé tous les noms à la fois, en faisant des énumérations que n'auraient pas désavoué Georges Perec ou Jules Verne. Qu'il s'agisse d'eau de la pierre, on veut bien le croire ; c'est même de l'eau du sel de Pierre, c'est-à-dire du nitre. Mais là encore, il ne s'agit pas du salpêtre vulgaire. L'expression « mercure de nature » pourrait faire l'objet d'un traité complet. On s'est contenté d'en donner une esquisse dans la section Mercure de nature - cf. aussi blasons alchimiques pour une amorce. Sur Artephius, cf. son Livre Secret avec une importante étude de Chevreul. Sur l'humide radical, voyez la section qui y est consacrée. Il suffira d'ajouter que la chose sèche adhère tant avec le vase de nature qu'elle est appelée « vitreuse provision ». Certains y voient le Lait de Vierge.]

LXXII

La chose unique qui suffit à notre eau hermétique est la terre vierge qui contient les quatre éléments. C'est notre première matière, à savoir un corps solide et le commencement de l'œuvre, comme dit Basile Valentin. C'est cette chose si cachée et si précieuse dont se fait uniquement tout notre ouvrage et laquelle se perfectionne en elle-même n'ayant besoin que de la digestion, sans addition d'aucune chose étrangère. Cette chose est notre pierre qui n'a besoin que du secours de l'artiste. C'est cet airain que Dieu a créé, qu'on peut aider, en détruisant son corps crud et tirant le bon noyau.

[C'est presque une paraphrase de l'Introïtus de Philalèthe : « purges trois fois avec le feu, jette l'écorce et prends le noyau ». Basile Valentin dit ici qu'il faut « blanchir Latone et brûler ses livres » mais nous avons fait voir ailleurs que la traduction est impropre. Cette terre vierge s'appellera plus tard la terre des feuilles parce que l'or alchimique, qui y a été enté y produira de riches moissons.]

LXXIII

Si la dissolution de notre corps qui est l'airain susdit est nécessaire, la congélation de l'eau mercurielle resserrée dans les liens de la pierre saturnienne ne l'est pas moins et pour toutes les différentes opérations, la putréfaction est absolument nécessaire. Cette putréfaction se fait par le moyen d'une petite chaleur afin que la pierre se putréfie en soi-même et se résolve en sa première humidité, que son esprit invisible et tingeant où l'esprit de l'or est enclos dans le profond d'un sel congelé, soit mis au dehors et que son corps grossier étant subtilisé soit ainsi uni indivisiblement avec son esprit.

[Il y a là confusion car l'auteur donne à penser que l'airain devrait être dissous alors que, bien plutôt, l'airain est la première forme du Rebis, état de l'homme double igné de Basile dont la conjonction n'est point encore radicale. Dans un cas contraire, il faudrait admettre que cet airain est un composé qui n'a rien à voir avec le 3ème oeuvre, mais plutôt avec le second oeuvre lorsqu'on prépare le dissolvant qui fournira le vase de nature.]

LXXIV

II n'y a aucune autre eau sous le ciel qui soit capable de dissoudre notre airain, exceptée une eau très pure et très claire, laquelle dissout sans corrosion. Cette eau s'échauffe elle-même à la rencontre du feu qui lui est homogène. C'est l'eau dissolutive et permanente et la fontaine du rocher, dont les philosophes ont parlé diversement. Il ne faut pas s'étonner si cette eau dissout l'airain, parce qu'elle est de sa nature. Car l'airain est l'or sans ambiguïté et cette eau est une eau d'or laquelle transmue le corps en soi. En sorte que tout devient eau, et puis transmuée en corps, est corps.

[Cette eau dissolvante et non corrosive ne peut être que de nature saline : c'est le dissolvant. Notons encore cette ambiguïté sur l'airain qui, en toute logique, n'est pas à sa place ici.]

LXXV

II sort une eau de notre airain qu'Aristée appelle eau permanente. C'est elle qui gouverne le corps et qui pourtant est gouvernée par lui. Car elle le rompt, elle le brise et le corps la tue et la fait mourir. Elle le réduit en eau et lui la réduit en terre, mais il faut qu'ils soient mêlés ensemble par le feu d'amitié. Il faut continuer ce procédé jusqu'à ce que tout soit fait rouge. C'est ici l'airain brûlé et la fleur ou levain de l'or et par un prodige étonnant, cet airain est brûlé par l'eau et lavé par le feu, et on voit en tout cela, l'accord des éléments et l'accord de tous les philosophes.

[L'airain brûlé est encore appelé cuivre brûlé. Cf. là-dessus les symboles alchimiques. Dans la Tourbe, dont nous ne possédons, hélas, que la traduction fautive de Salmon, il est écrit :

« Et ayez patience, et ne vous ennuyez point, et l'abreuvez de son eau qui est sorti de lui, qui est eau permanente, jusqu'à ce qu'il soit fait rouge. Celui-ci est l'airain brûlé, et la fleur et le levain de l'or, lequel vous cuirez avec l'eau permanente qui est toujours avec lui, et digérez et cuisez jusqu'à ce qu'il soit desséché. »

On voit nettement que, dans ce système, l'airain brûlé n'est autre que le Rebis en formation, grâce au feu de nature qui constitue le Mercure.]

LXXVI

Les philosophes ont appelé l'eau dont nous venons de parler, un serpent qui mord sa queue. Mais les envieux, dit Parménidès, ont parlé de plusieurs sortes de manières d'eau, des bouillons et des pierres et des métaux, et qui entend cette doctrine entend ce qu'il y a de plus fin dans notre art et de plus difficile dans notre ouvrage et dans nos matières. Mais laissez tout cela et prenez l'eau vive puis la congelez dans son corps et son soufre qui ne brûle point et tout sera blanc.

[C'est un des points les plus curieux de l'oeuvre, celui qui fait qu'on se demande comment des générations d'impétrants ont pu être abusés par l'alchimie chimérique, là où les Adeptes n'ont jamais parlé que de la voie positive : celle de la transformation de pierres communes en pierres gemmes. Ce serpent est l'Ouroboros que l'on voit dans la Chrysopée de Cléopâtre, cf. Chimie des Anciens, Berthelot. C'est aussi l'un des points - ce mystère de l'eau vive - les plus poétiques et qui expliquent que le long poème de la Fontaine des Amoureux de science de Jean de Meung peut être considéré comme le précurseur de maintes oeuvres des  Surréalistes. ]

LXXVII

Tout sera blanc dit Parménidès et vous ferez notre nature blanche. Sachez, dit Aristeus, que tout le secret est l'art de blanchir. Or ce blanchissement est un pas fort difficile, dit Flamel. Il ne peut se faire sans eau, dit Artéphius. Car c'est elle qui lave le laton, c'est cette eau qui fut montrée à Sictus et que ce philosophe assure être pur vinaigre très aigre, qui a le pouvoir de donner la couleur blanche et rouge au corps noir et le revêt de toutes les couleurs qu'on peut imaginer, qui convertit le corps en esprit. C'est le vinaigre des montagnes qui défend le corps de combustion, car sur le feu, il se brûle sans ce vinaigre.

[Blanchir, c'est cuire et décuire en suivant un cercle sans fin ; voilà qui est équivalent à scander : Solve et Coagula. L'auteur cite successivement la Tourbe, le Livre Secret, les Figures Hiéroglyphiques et nomme Sictus. Ce Sictus est cité dans la Tourbe :

« Sachez tous investigateurs de l'art, que le fondement de cet art, pour lequel tout le monde pense, n'est qu'une chose, que les sages estiment la plus haute qu'aucune nature qui soit, mais les fols la croient la plus vile de toutes les choses. Vous êtes bien maudits, vous qui êtes fols, je vous jure si les Rois la savaient, jamais nul n'y viendrait. Pythagoras dit : Nommes là. Et il dit, c'est vinaigre très aigre qui rend le corps noir, blanc, et rouge et de toutes couleurs, et converti le corps en esprit. Et sachez que si vous mettez le corps sur le feu sans vinaigre, il se brûle et se corrompt, et sachez que la première humeur est froide. »

Ce vinaigre très aigre est le premier Mercure, avant l'infusion des Soufres. Il chauffe le CORPS sans réellement le brûler mais en le faisant changer de forme : d'amorphe, il devient cristallin.]

LXXVIII

Ce vinaigre très aigre est notre eau première et le vinaigre des montagnes, du soleil et de la lune ou plutôt de Mercure et de Vénus. C'est une eau permanente, car elle demeure constamment unie à notre corps ou à nos corps du soleil et de la lune lorsqu'elle les a dissous radicalement. Notre corps reçoit de cette eau une teinture de blancheur si spéciale et si éclatante qu'elle jette ceux qui la contemplent en admiration. Cette eau si blanche tient du mercure et du soufre. Elle est soleil et lune en dedans, comme le corps est en dehors. Elle blanchit notre airain et dissout le corps amiablement.

[C'est ce fondant alcalin que Marc-Antoine Gaudin a utilisé : il peut s'agir de sulfate de potasse qui se transforme en sulfure de potassium qu'un puissant agent minéralisateur. Vénus est cité car ce Mercure a des rapports avec un sel tiré d'Aphrodite.]

LXXIX

L'eau qui dissout notre corps si amiablement est une eau qu'on peut appeler la première quoiqu'il y en ait de plusieurs sortes qui l'aient précédée mais elles sont hétérogènes et ne sont point comptées dans notre ouvrage. Elles ne sont pas du nombre de nos menstrues homogènes comme est notre eau blanche première, dissolutive, qui est métallique, mercurielle, saturnienne, antimoniale, ainsi qu'en parle Artéphius. Cette eau blanchit l'or, c'est-à-dire notre laiton et le réduit en sa première matière qui est le soufre et le mercure, qui brillent comme un miroir.

[Les autres eaux hétérogènes sont celles que l'on jette et qui servent dans la préparation des premières matières, c'est-à-dire celles qui jouent un rôle dans la préparation des Soufres dépurés et du Mercure dans son ensemble. On peut en citer quelques-unes : celle qui intervient dans la dépuration du salpêtre, celle qui survient lors de la préparation de la chaux, celle encore lors de la séparation de l'alun, etc.]


FIGURE IX
(Vénus et Mars surpris par Vulcain)

LXXX

Ce soufre et ce mercure qui restent après la dissolution du corps crud et qui brillent comme une glace de cristal bien poli, sont tirés de ce corps crud par le moyen d'une eau ou fumée blanche, intérieurement mais qui est dans le commencement couverte de ténèbres, de l'abîme ; et ces ténèbres sont chassées par l'esprit du Seigneur qui se meut sur les eaux qui ont été créées avant l'arrangement des parties du chaos, lorsque le ciel et la terre furent faits. Cette eau première, dissolutive du corps, est une eau claire et sèche, c'est un mercure de la nature qui en dissolvant tire le mercure du corps.

[La fumée blanche est l'un des noms de l'argent vif des Sages. Et Michel Maier, dans l'emblème XXXVII de son Atalanta fugiens nous dit que trois choses suffisent pour le magistère : la fumée blanche, qui est l'eau, le lion vert ou airain d'Hermès et l'eau fétide. Par parenthèse, on voit qu'ici l'airain est désigné comme matière très proche du Mercure philosophique. Remarquons l'allusion au cristal et peut-être au gypse, pierre de Jésus ou du Levant, appelée aussi par les alchimistes leur Miroir du Monde. Le mercure du corps est évidemment l'humide radical du métal qui est ouvert par la clef de l'artifice de l'oeuvre.]

LXXXI

Ce mercure tiré du corps crud est grossier. Mêlé avec ce mercure ou eau dissolvante, il compose et fait le double mercure du Trévisan, l'or composé de Philalèthe ou le rebis des philosophes ou le poulet d'Hermogène ou le mercure des corps qui se dispose par degré à devenir le mercure des philosophes par le moyen du feu ou du mercure commun à toutes les minières. Or, ce mercure double blanc, d'une blancheur étincelante tiré par l'eau première, devient rouge s'il est simplement avec l'eau seconde qui est fort blanche au dehors et rouge au dedans.

[L'eau première, second et tierce sont des expressions employées par Albert le Grand, dans son Composé, ouvrage apocryphe. Limojon en parle aussi dans son Triomphe et dans sa Lettre. Bernard le Trévisan est nommé pour sa Parole Délaissée et un autre traité, entièrement spéculatif, nommé des Révélation des teintures des sept métaux. Quant au poulet d'Hermogène, il renvoie aux Douze Clefs de philosophie, cf. Clef X. On remarque, pour l'éclaircissement d'autres textes que « or composé », « rebis des philosophes », « poulet d'Hermogène » sont des homonymes spirituels du double Mercure, c'est-à-dire du Mercure philosophique. L'eau première semble être le premier Mercure et l'eau seconde, le Mixte Mercure - Rebis, le Compost philosophal.]

LXXXII

Cette eau seconde était ci-devant dans la première mais elle n'était pas imprégnée d'un feu céleste comme elle l'est dans la suite. Ainsi ces deux eaux ne diffèrent qu'autant que la première dissout le corps crud, lave le laton et volatilise une masse pesante de sa nature, et que mêlée à la première eau ou feu humide, devient volatile. Et l'eau première, mêlée avec une eau sèche se réduit en fumée, en eau limpide et en chaux vive, laquelle chaux vive est pleine d'un feu et d'un soufre philosophique et ainsi c'est cette eau seconde tirée de la première par le moyen du feu.

[Il est question de l'immersion des Soufres dans le premier Mercure et de la transformation de l'eau prime en eau seconde ; on dirait la même chose en exprimant que le Lion vert se transforme en Lion rouge. Quant à la chaux vive, il faut entendre par là la chaux métallique dissoute par ce loup dévorant qui est le Mercure. Notez qu'il n'est pas impossible que la chaux - stricto sensu - joue un rôle dans l'oeuvre par son pouvoir réducteur, au même titre que le charbon.]

LXXXIII

Ce feu fait que dans la sublimation philosophique, le sec monte et se perfectionne par son adhérence au vase. Cette adhérence rend le sec inséparable de l'humide et le feu inséparable de l'eau. Ainsi, se forme notre eau seconde des vertus supérieures et inférieures et c'est cette eau qui est le mercure des sages, le mercure animé que l'artiste peut élever en degrés et le pousser jusqu'à la plus haute perfection, et pour cet effet on n'a qu'à le nourrir des mamelles de la terre, qui est sa mère et faire téter souvent au fils d'Hermogène, le ramenant à sa mère.

[L'opération se déroule dans le signe de la Vierge - cf. Atalante et zodiaque alchimique. L'expression « mamelles de la terre » est employée par Alexandre Sethon dans ses Douze Chapitres, le Traité du Mercure. Michel Maier, dans son emblème V, en parle d'une façon à peine déguisée. On peut tâcher de donner une explication par cette citation de la Nature Dévoilée :

« Lors donc que le corrosif, comme étant un esprit volatil aigre et salin, ou un esprit de sel, attaque la terre, il s’y tue, s’y coagule, et devient corporel ou vitriolique, ou alumineux, suivant la qualité de la terre: la terre au contraire est dissoute; et ce qui reste de la terre que le corrosif n’a pu dissoudre entièrement, il l’a préparée, et rendue en partie plus subtile, onctueuse et gluante »

Tout est dit dans ce texte rare, l'Aurea Catena Homeri, traduit de l'allemand en 1723 par M. Dufournel.]

LXXXIV

On ramène aussi la mère à l'enfant lorsque le corps, composé du soleil et de la lune, du père et de la mère, du coq et de la poule, du soufre et du mercure par notre eau première, est amené au mercure des philosophes qui est l'œuf de ce coq et de cette poule, le fils du soleil et de cette lune et le mercure de ce soufre et de ce mercure. Car dans leur intime communication, le père et la mère sont élevés et sublimés en gloire, par la vertu de leur enfant, le laton est blanchi, fixé et rendu fusible. En sorte que l'enfant engendre son père et sa mère et il est plus vieux qu'eux.

[Là encore, complexe allégorie qui ne peut se comprendre si l'on ne sait pas ce qu'est le processus dit de la réincrudation. Rendre les corps « cruds », c'est les faire rajeunir ou les rendre en leur premier état. Or, l'enfant des philosophes est comme une pierre qui a mis plusieurs milliers d'années à se former dans les entrailles de la terre, par des sucs spéciaux dont nous parlons dans le Mercure de Nature. ]

LXXXV

Le mercure des philosophes a engendré son père et sa mère et lui, est engendré et tiré des choses où il est par le moyen d'un autre mercure élevé en degrés et d'une eau qui est pur vinaigre, lequel communique sa qualité acéteuse à son enfant et son enfant rentrant dans le ventre de sa mère lui déchire les entrailles, comme un vipéreau et enfin, après avoir sucé de son lait virginal, il l'adoucit comme nous voyons que le vinaigre commun distillé dissout l'acier et le plomb et par ce mélange du vinaigre il devient si doux qu'on l'appelle lait virginal.

[Les alchimistes ont coutume de dire que leur Mercure doit laisser place à plus jeune que lui ; ils expriment ainsi la nécessité de sa volatilisation progressive, gage de la fixité de leur Pierre. Il est nécessaire que l'étudiant comprenne bien que le Mercure est avant tout un SEL et qu'en aucune façon il ne « corrompt » les métaux à l'image de l'huile de vitriol ou de l'esprit de sel.]

LXXXVI

Tout le secret de ce vinaigre, qu'Artéphius appelle antimonial et que l'on peut appeler saturnien en raison de son origine, ou mercure à cause de son esprit congelé, plus précieux que tout l'or du monde, dit le Cosmopolite, consiste à savoir tirer par son moyen l'argent-vif doux et incomburant du corps de la magnésie, c'est-à-dire par cette eau première, une eau seconde, eau vive et incombustible et savoir la congeler ensuite avec le corps parfait du soleil qui se dissout dans cette eau, se couche à la façon d'une substance blanche et épaisse et congelée comme de la crème du lait.

[C'est toute l'opération de la Grande coction qui est résumée : l'eau première est ce vinaigre antimonial dont nous avons parlé supra ; l'eau seconde est le Mercure philosophique. Notez que l'auteur ne parle pas de l'eau tierce, évoquée par Albert le Grand. Quant au corps parfait du soleil, on peut l'entendre du Soufre blanc qui en constitue la résine : c'est la Toyson d'or de Trismosin. Sur Artephius, cf. Livre Secret. Sur la crème de lait, Fulcanelli, dans le Myst. Cath. fait observer la ressemblance entre les opérations philosophiques et le barattage. Sur le Cosmopolite, cf. Alexandre Sethon.]

LXXXVII

Ce mercure philosophique ou eau seconde blanche et congelée comme la crème du lait est tiré par le moyen d'une eau première ou vinaigre âcre et par le moyen d'une eau douce ou vinaigre doux. La première est mâle et tient du feu qui domine l'eau, le second est femelle et passif et tient de l'eau oppressée du feu étranger. Ce mâle est actif, cette femelle est passive, ils se joignent et s'embrassent tous deux pour produire l'eau seconde qui dissout l'or composé qui a été produit par l'union des deux, c'est-à-dire par notre double eau première au sens d'Artéphius.

[Les alchimistes ont exprimé cela dans de très nombreuses allégories que nous avons décrites et expliquées maintes fois : le rémora et la salamandre ; le coq et le renard ; le chien et le loup ; etc.]

LXXXVIII

Ce corps qui a été produit ou composé par notre eau première doit être résous ou dissous dans l'eau seconde, composée de ces deux aussi bien que le corps susdit, qui ne s'y résoudrait point s'il n'était de la nature du dissolvant. Mais si au lieu du composé, on ne met dans notre eau dissolutive seconde que le corps de l'or simple, elle le réduit bien en état d'améliorer les métaux, en quelque manière, comme dit Sendivogius après l'auteur du « duel chimique ». Mais si on joint le mâle et la femelle et que notre eau soit le dieu aidant, on trouve tout le secret des sages.

[§ difficile à interpréter ; il semble être question du Soufre dans lequel participerait l'eau première d'un côté, et de l'autre côté, l'eau seconde avec la Toyson de l'or. L'auteur paraît envisager un essai qui ne permettrait pas d'accéder au « secret des sages » tout en montrant néanmoins le bon chemin. La citation de Sendivogius ne peut aller qu'avec une référence au Traité du Sel ou au Traité du Soufre.]

LXXXIX

Tout le secret des sages consiste en cet ouvrage qu'Artéphius appelle blanchir le laton ou l'or des philosophes et le réduire en sa première matière, c'est-à-dire en soufre blanc et incombustible et en argent-vif fixe. C'est ainsi que l'humide se termine, c'est-à-dire, notre corps qui est l'or, se change dans cette eau première dissolvante ou soufre et argent-vif fixe, de sorte que cet or qui est un corps parfait, se change en réitérant cette liquéfaction et se réduit en soufre et argent-vif fixe, reçoit la vie et se multiplie en son espèce, comme il arrive dans les autres choses.

[Certains termes pourraient prêter à confusion : le Soufre blanc incombustible est le SEL : c'est la salamandre de Lisieux. L'argent-vif fixe est le Soufre rouge, dissous dans le Mercure ; il constitue la vitreuse provision d'E. Canseliet - cf. Alchimie expliquée sur ses Textes classiques - et nous le rapprocherions volontiers du dragon de Besançon.]


FIGURE X
(suicide de Pyrame)

XC

Cet or se multiplie donc par le moyen de notre eau, car le corps, qui est composé de deux corps qui sont le soleil et la lune ou Apollon et Diane, s'enfle dans cette eau, grossit, s'élève, croît et reçoit de cette eau première sa teinture d'une blancheur surprenante, et celui qui connaît notre eau hermétique, et la source d'où elle sort, connaît la fontaine du Trévisan et la pierre d'où Moïse tira l'eau qui suivait le peuple. Il sait changer le corps en argent médicinal qui peut perfectionner les autres métaux imparfaits car notre eau porte une grande teinture.

[Il est très rare de voir exprimer dans les textes alchimiques cette notion de « multiplication » ramenée à l'idée d'un accroissement. Michel Maier, dans l'emblème XXXII de l'Atalante a aussi donné un début de solution rationnelle à ce problème épineux de la multiplication. Sur la fontaine du Trévisan, cf. note 56 du commentaire de la Parole Délaissée. Est-il besoin d'ajouter que la teinture que tient l'eau permanente en solution n'a aucune vertu de transmutation mais par contre, un fort pouvoir de pénétration du Corps de la Pierre future ?]

XCI

La teinture qui est cachée dans notre eau est blanche et rouge, quoiqu'elle ne donne d'abord qu'une teinture de blancheur. Mais comme eau qui dissout et rompt le corps, la première qui paraît dans cette dissolution est la noirceur signe de putréfaction. En effet, il faut que le corps se pourrisse dans notre eau, qu'ayant passé par toutes les couleurs qui marquent son infirmité, elle prenne la couleur blanche fixe et puis la rouge de pourpre qui sont les marques essentielles d'une véritable résurrection, dans laquelle triomphent la vertu et le germe de notre levain.

[Rappel : noirceur = putréfaction ; blancheur = conjonction ; rougeur = cristallisation et assation. Cf. sur les équivalents couleur de l'oeuvre, Douze Portes de Ripley.]

XCII

Notre levain contient un esprit igné comme la chaux vive, d'où vient qu'il pénètre le corps par sa subtilité, qu'il échauffe par sa chaleur, et qu'il fait lever le germe qui n'était dans le corps qu'en puissance et ne serait jamais passé en acte sans l'addition de notre levain, dont la vertu peut se multiplier à l'infini en lui apposant une nouvelle matière qui prend la vertu du levain et devient aussi aigre que lui et encore davantage. Et à la fin, il s'en fait une puissante médecine qui tombe sur les imparfaits qui sont de sa nature et les délivre de toutes leurs impuretés.

[Un certain degré de redondance s'observe et qu'on trouve dans de nombreux textes ; à ce titre le Livre Secret d'Artephius est redoutable. La chaux vive des métaux n'a rien à voir avec le carbonate de calcium ; il s'agit de l'âme métallique qu'on appelle, depuis Lavoisier, oxydes. Le levain qui fait lever la pâte est le Mercure qui permet le « bourgeonnement » de la Pierre, après qu'un certain degré d'assation ait été atteint.]

XCIII

La pureté de notre levain l'empêche de se mêler à aucune chose qui ne soit pure et qui ne soit de sa nature mercurielle, et sa subtilité lui donne la clef pour entrer dans l'obscure prison des métaux et la force de retirer ses frères de l'obscurité et de l'esclavage. Pour cet effet, il se transforme auparavant en plusieurs différentes manières comme un prôtée. Il monte au ciel, comme s'il voulait l'escalader, comme une nouvelle escalade. Il descend en terre, comme s'il voulait pénétrer les abîmes et enlever Proserpine sur son chariot de feu et s'enrichir des richesses de Pluton.

[Sur Protée, cf. l'Atalanta fugiens où de nombreux points de son symbolisme sont développés et la section Soufre sur le cuivre que Marc-Antoine Gaudin considérait comme un véritable Protée, voulant parler de toutes les couleurs qu'on peut faire prendre aux sels de cuivre. On est certain que le levain dont il est question se rapporte au Mercure : lui seul a le pouvoir de forcer la serrure des prisons métalliques et d'en libérer l'âme à laquelle une nouvelle vie - par changement de conformation - doit être insufflée. Sur Proserpine et Pluton, cf. le rébus de saint Grégoire-du-Vièvre. ]

XCIV

On pourrait dire que ce levain, semblable à Vulcain, qui ayant épousé Vénus s'était embrasé du feu de son amant et ne respirait que ses embrassements. Mais, Jupiter le trouvant trop imparfait, lui donna un coup de pied et le jeta du ciel en terre. En tombant, il se cassa une jambe et il est demeuré boiteux depuis cette chute. C'est lui qui a composé ce rêt admirable par lequel Mars et Vénus furent attrapés et surpris sur le lit d'amitié ; C'est ce Vulcain que Philalèthe appelle brûlant, sans lequel le dragon igné et notre aimant ne peuvent jamais être bien unis ensemble.

[Vulcain ardent est cité par Philalèthe dans l'Introïtus ; on peut le comparer au trident de Poséïdon. Sur le dieu boiteux, cf. Atalanta, L.]

XCV

Le feu dont notre Vulcain est embrasé fut autrefois dérobé par Prométhée et porté sur la terre, ce qui fut cause que pour punition de ce vol, Prométhée fut enchaîné par Vulcain même sur le mont Caucase, et Jupiter a ordonné à un vautour de lui ronger le foie et le cœur qui renaissent toujours et pullulent par la vertu du vautour même, qui leur laisse la facilité de germer et renaître après leur mort, pour vivre d'une nouvelle vie, de manière que le vautour qui se repaît du foie et du cœur de Prométhée ne le dévore que pour le multiplier incessamment.

[Cette célèbre fable exprime bien le fait que le vautour n'est pas, comme on le croit trop souvent, un oiseau symbolisant la mort et ce n'est pas un hasard s'il s'agit de l'oiseau d'apollon, cf. Atalanta XLIII. Sur Prométhée, cf. humide radical et Fontenay.]

XCVI

Cette renaissance ou revification nous représente celle du phœnix qui trouve la vie dans sa mort, se vivifie par soi-même et sort plus glorieux de ses cendres. L'agent dont il est ici question et qui est d'une merveilleuse origine dans le règne métallique, suivant la pensée de Philalèthe, porte et allume le feu sur le bûcher, semblable à celui duquel il est sorti ci-devant. Ce bûcher et le phœnix s'embrasent ensemble, se réduisent en cendres desquelles sort un oiseau semblable au premier de même nature, mais plus noble que lui et qui croît de jour en jour en vertu, jusqu'à ce qu'il soit devenu immortel.

[Nous avons tout dit du phénix dans la section sur le Poème du Phénix, attribué à Lactance, et la section des blasons alchimiques. Redisons simplement que le phénix n'est pas séparable de la phase d'assation de la voie sèche. l'allégorie est inconcevable par la voie humide.]

XCVII

Ce phœnix qui renaît de ses cendres est le sel des sages et par ce moyen, leur mercure, dit Philalèthe. C'est le sel de gloire de Basile Valentin, le sel albrot d'Artéphius, le mercure double du Trévisan, lequel est embryon philosophique et l'oiseau né d'Hermogène. C'est l'eau sèche, l'eau ignée et le menstrue universel ou l'esprit de l'univers. La pierre des sages est rassasiée de cette eau qui ne mouille point. Elle en est formée afin de produire le lait de la vierge qui sort de son sein. Elle-même est le suc de la lunaire, c'est l'esprit et l'âme du soleil, le bain-marie où le roi et la reine doivent se baigner.

[Nous avons toute raison de croire que ce § est envieux ou, qu'à tout le moins, l'auteur n'a pas su, ici, comprendre les textes. La renaissance du Phénix n'intervient en effet que tard dans l'oeuvre ; elle est une caractéristique de la phase d'assation et de l'évaporation progressive du bain mercuriel. Sur le sel Alebrot, qu'on écrit aussi alembroth, cf. Atalanta, XXIX et Huginus à Barma sur une possible confusion du sel Alebrot des alchimistes avec le sel Alembroth des pharmaciens. Artephius, dans son Livre Secret, a écrit ceci du sel Alebrot :

« Elle transforme aussi les autres corps sous forme d’un sel fusible que les Philosophes ont appelé le " sel alebrot des philosophes ", meilleur et plus noble que n’importe quel autre sel, qui est totalement fixe et ne peut se dissiper dans le feu. »

Il se pourrait que ce sel fixe totalement réfractaire soit ce suc de la Lunaire qu'évoque l'auteur du Psautier. Mais il ne peut pas s'agir du double Mercure ; le phénix représente la Pierre déjà constituée à peine cristallisée. Il s'agirait, en ce cas, du résultat de l'albification avant la phase de rubification, mais ce n'est qu'une hypothèse. Dans l'esprit de l'auteur, le phénix semble être le double Mercure et le Lait de Vierge, ce qui va en contradiction de la plupart des textes.]

XCVIII

Ce sel est l'agent de la nature qui renverse le composé, le détruit, le mortifie et le réengendre souventes fois. Il contient en soi un feu contre nature, le feu humide, le feu secret, occulte et invisible. Il est le principe du mouvement et cause de putréfaction. C'est par ce dissolvant qu'on réduit l'or à sa première matière et tous les philosophes sont d'accord que le menstrue qui dissout radicalement le soleil et la lune doit conserver leur espèce et rester avec eux après la dissolution et par conséquent être de leur nature et se coaguler soi-même avec les corps qui ont été dissous et par leur vertu.

[On a bien par là une confirmation que le sel dont il est question est forcément le Mercure. Par conserver leur espèce, il faut entendre conserver sous forme pâteuse.]

XCIX

Dans cette dissolution du corps par l'esprit, se fait la congélation de l'esprit par le corps et l'esprit et le corps s'aident l'un et l'autre, dit Lucas, dans cette « Tourbe ». L'esprit, dit-il, rompt premièrement le corps afin qu'il l'aide après ; quand le corps est mort, abreuvez-le de son lait, et vous verrez que le corps congèlera l'esprit et qu'il se fera un de deux, de trois et de quatre. C'est alors que le mort est vivifié et que le vif meurt dans cette solution et congélation. Ainsi les philosophes commandent de tuer le vivant et de vivifier le mort et avant cela, le corps et l'esprit se pourrissent et se corrompent ensemble.

[Nouvelle redondance. Il est clair qu'il s'agit là de processus - on l'a déjà dit - dynamiques et qu'il est difficile de les rendre par la parole. Un représente le serpent Ouroboros ; deux, le Rebis ; trois, le Compost et quatre, la Pierre qui a en soi les éléments - ceci devant être compris par cabale, évidemment. ]


FIGURE XI
(Minyades méprisant Bacchus)

C

II n'y a point de parfait levain, où l'esprit et le corps ne se fermentent, ne s'aigrissent et ne s'échauffant ensemble par le moyen du feu interne et corrompant et d'une eau chaude qui aide et anime la chaleur du levain. C'est ce qui arrive au sujet de notre levain, de notre eau, de notre corps et de notre esprit. L'eau dont il est question est la première et même la seconde. Artéphius dit que le levain est tiré de l'or qui est le corps et le levain porte l'esprit corrompant ; ainsi l'eau, l'esprit et le corps composent ou fournissent la matière du levain.

[C'est l'amalgame philosophique, encore appelé Compost. Sur le levain, cf. § LXIX. Sur Artephius, cf. Livre Secret et le Trésor des Trésors de Grosparmy qui serait une traduction arrangée de la Clef de la Plus grande Sapience.]

CI

Comme nous avons plusieurs levains suivant les degrés de perfection où ils sont élevés par notre art, car la nature ne nous en donne point d'elle-même, aussi avons-nous plusieurs eaux, plusieurs corps et plusieurs mercures. Il n'y a pourtant qu'un levain parfait, qu'un seul corps et qu'une seule eau véritable qui est le mercure des sages philosophes, qui est un vrai feu. Selon Artéphius, ce feu est un soufre et le mercure est le soufre, l'eau et le feu. Ce mercure est donc l'eau tirée des rayons du soleil et de la lune, dit Sendivogius.

[Il s'agit d'Alexandre Sethon, qui en parle dans ses Douze Traités. La clef du problème se situe dans la question de la préparation du Mercure des philosophes - assimilable à l'eau première ou eau prime - et de la préparation du Mercure philosophique, ou eau seconde. L'eau tierce dont parle Albert le Grand ne semble pas devoir être retenue dans nos études.]

CII

Ce mercure ne saurait être tiré des rayons du soleil et de la lune qu'il ne soit double. Il ne saurait être tiré de ses cavernes vitrioliques sans tenir lieu de levain. Il ne saurait tenir du feu et de l'eau, du soleil et de la lune, du corps et de l'esprit sans être l'âme qui joint le corps et l'esprit, le médiateur du feu et de l'eau, et ce serait à tort que les philosophes lui donneraient tant de louanges si ce mercure n'était l'agent dans notre art et le dissolvant universel des corps.

[Certes, mais dans l'affaire, c'est l'Esprit qui joint le Corps et l'Âme ; les cavernes renvoient au vitriol romain, aussi appelé babylonien, parce que Rome était avant appelée Babylone. En grec, calkanqoV. R. Halleux, dans les Alchimistes Grecs, op. cit., écrit que Eris florem est une traduction fautive de calkanqoV. Littéralement, il s'agit de fleur de cuivre qu'il faut lire, par cabale, fleur d'airain ou de bronze. c'est donc déjà d'une matière évoluée dont parlent les Adeptes avec leur fleur d'airain. A noter que le mot calkiV désigne une sorte de chouette, cf. Atalanta, XXXIV pour les rapports de cabale hermétique. ]

CIII

Nous avons besoin de ce levain ou mercure pour les trois dissolutions nécessaires à l'œuvre des philosophes. La première regarde le corps crud pour en tirer l'esprit séparé de son corps, qui nous est nécessaire pour donner la vie aux morts et pour guérir les maladies. La seconde est la solution de l'or et de l'argent qui composent par leur union la terre minérale. La troisième dissolution est ce qu'on appelle emploi pour la multiplication, la première qui est spirituelle sert pour la fermentation du corps impur, la deuxième radicale du pur, et la troisième multiplicative du très pur.

[passage entièrement cabalistique : la première dissolution est la putréfaction ; la seconde est l'albification puisqu'il est question de l'Amalgame or-argent ; la troisième est l'accroissement de la pierre qui survient lors de l'assation. Le Breton dans ses Clefs de la Philosophie spagyrique dit aussi que dans l'oeuvre, il y a plusieurs putréfactions.]

CIV

On dissout le corps impur pour avoir l'esprit caché en lui et le mercure qui le dissout est la première clef qui ouvre la porte à la pierre. C'est ce mercure qui est préparé par notre art et qui est composé de matière vile et de peu de prix. Elle est sulfureuse et mercurielle, chaude et froide, sèche et humide. Elle contient la vertu styptique et astringente des métaux, dont parle Basile Valentin, deux fois née du mercure. Ce mercure contient un grand trésor, à savoir l'esprit du mercure et du soufre : la fleur et l'esprit de l'or ; il ouvre la porte de la maison de son père et de sa mère et ouvre l'entrée du palais du roi.

[Passage inspiré du Philalèthe, cf. Introïtus. Cette matière vile et de peu de prix peut être rapprochée du liqoV jrugioV ou pierre de Phrygie ; c'est évoquer Cybèle et la pierre noire de Pessinonte ; il s'agissait d'une pierre de couleur ocre, veinée de blanc qui, grillée au feu, prenait une couleur orange. Berthelot y voyait de l'alunite, cf. Chimie des Anciens, p.48 et Arch., p. 303 - Pline Hist. Nat. XXXVI, 36 ; Dioscoride, Mat. Méd. V, 140 dans une recette de préparation de la pourpre Leyde, 513, 518 et Holm. 692, 972, 1087]

CV

De la matière de cette première clef, l'art en forme une seconde par adaptation. La première est de toutes les couleurs, mais la seconde est blanche comme la laine et se précise beaucoup plus que la première. C'est elle qui ouvre la seconde porte et qui dissout la terre minérale dans laquelle est caché l'or des philosophes, le véritable soleil. Elle le fait paraître au jour sous plusieurs formes différentes, tantôt en terre, tantôt en eau et ouvre si bien toutes les serrures de ce palais royal qu'après l'avoir ouvert et fermé à diverses reprises, elle rencontre la pierre et l'élixir des philosophes.

[Passage plus spéculatif ; la coïncidence phonétique fait que la couleur - croma - est proche du métal découvert par Vauquelin dans des échantillons de plomb rouge où l'on pourrait avoir quelque raison d'y voir le dragon rouge des vieux alchimistes. La couleur blanche prise par la 2ème clef ne permet pas de donner de nom précis à la matière ainsi voilée. La laine, on le sait, nécessite un astringent du genre de l'alun...]

CVI

La troisième clef se forme de la matière de la première et de la seconde. C'est elle qui est la clef qui ouvre non seulement le cabinet où se trouve la pierre, mais encore la cassette de la pierre et la pierre même, afin qu'elle croisse et se multiplie en qualité et en quantité. Mais à chaque fois que la pierre est ouverte par cette clef rouge, il s'y fait une nouvelle dissolution et la terre devient eau ou bouillon gras et poreux, et l'eau devient terre. Il se fait corruption et à chaque fois une nouvelle génération et la pierre multiplie de dix degrés de qualité à chaque fois et cela jusqu'à sept fois.

[Cette 3ème clef semble correspondre à la rubification ; on ne saurait tirer quoi que ce soit d'autre de ce § énigmatique.]

CVII

Cette multiplication est la dernière parole des sages, comme la dissolution est la première, dit Flamel. La dissolution est le premier fondement ou le premier pas de la philosophie et la multiplication en est la fin, si on excepte la projection dans laquelle il se fait encore une dissolution radicale par la séparation et exclusion de l'impur et par la congélation du grain pur. Ainsi la dissolution est nécessaire au commencement de l'œuvre, au milieu et à la fin et après l'accomplissement de l'œuvre par la première, les corps durs deviennent mols comme de la crème ou comme de la gomme pesante, dit Morien.

[Cf. Entretiens de Calid à Morien ; la gomme est une matière omni présente dans les traités. Une variété de gomme, peut-être non sans rapport avec l'oeuvre, sert d'après Berzélius, à préparer un charbon qui coupe le verre, cf. Art de la Verrerie, de Melchior Peligot.]

CVIII

Les autres disent que par la dissolution, les corps secs sont réduits en eau sèche qui ne mouille point les mains, c'est-à-dire en mercure puis en semence, ensuite en esprit fixe et enfin en terre, laquelle est souvent réduite en eau mais par dissolution, et retourne en terre par congélation, monte et descend et de clarté en clarté est élevée à la dernière période de fixité et de fusibilité, et comme il faut pour toutes les opérations avoir une eau sèche et dissolvante comme la clef nécessaire présentée et préparée des mains de nature à l'artiste, plusieurs ont cru que ce dissolvant ou cette clef était le mercure vulgaire.

[l'eau sèche qui ne mouille point les mains est une invention remarquable de Basile Valentin ; expression là encore surréaliste, comme tant d'autres. André Breton le savait-il ?]

CIX

Tous les auteurs s'accordent en ce point, que le mercure vulgaire n'est point notre eau dissolvante, ni notre véritable mercure. La raison en est prise du côté de son impureté, qui ne lui permet pas de se mêler intimement et par les plus petites parties, avec les corps purs qui doivent être dissous, ni par conséquent de demeurer avec eux inséparablement après leur dissolution. Cette même impureté qui lui est naturelle ne lui donne pas le pouvoir de purifier les impurs que nous devons purifier dans leur dissolution, car celui qui doit purifier les autres doit être pur dit Philalèthe.

[Le mercure de près ou de loin n'a pas de rapport avec l'oeuvre. Les alchimistes s'en servent pour allégoriser leur argent-vif uniquement parce que c'est le seul métal qui coule - cado, cassito - à la température ambiante. Sur les principaux sels du mercure, cf. Huginus à Barma.]


FIGURE XII
(Arrivée de Bacchus à Thèbes)

CX

Outre la pureté qui manque au mercure, il lui manque une chaleur naturelle qu'il n'a pas pour être le mercure des philosophes qui dissout radicalement l'or, qui se change en or, après avoir changé l'or en soi par la dissolution. Ce défaut de chaleur vient de ce que c'est un fruit cm tombé de son arbre avant le temps, auquel la nature n'a pas adjoint son propre agent, mais comme il est demeuré impur, froid et indigeste, il a besoin d'un soufre lavé et incomburant que l'art lui ajoute pour le mûrir, réchauffer et le purger et sans ce soufre, l'art ne saurait perfectionner le mercure.

[on consulter les traités spéculatifs de Basile Valentin et de Bernard le Trévisan sur ces questions de pureté des métaux : Traité des Choses Naturelles et Supernaturelles ; Révélation de la teinture des Sept métaux, etc.]

CXI

Ce soufre pur et fixe qui perfectionne le mercure vulgaire dans la projection où il est transmué en or, doit être tiré des choses qui sont de la nature du mercure, autrement, il n'aurait pas le pouvoir de le pénétrer et de s'unir à lui intimement. Car, la nature ne s'unit qu'à la nature et repousse tout ce qui lui est étranger. Or, le mercure des philosophes contient ce soufre lavé et incomburant par lequel il est peu à peu digéré et changé en or et puis par une nouvelle régénération, changé et élevé en pierre fixe fondante, qui change le mercure vulgaire en or dans un moment.

[Il devient difficile de dégager le grain de l'ivraie. Il semble être écrit en substance que le Soufre doit être transformé dans la forme du Mercure, c'est-à-dire liquéfié, mou comme de la cire fondante ou comme de la crème. Et que ce soufre résiste au feu puisque, incombustible, il renaîtra de ses cendres, cf. Poème du phénix.]

CXII

On peut voir de ce que nous venons de dire, que Philalèthe a dit la vérité, lorsqu'il nous assure dans sa métamorphose que le mercure vulgaire et celui des sages ne sont point différents matériellement et fondamentalement l'un de l'autre ; car l'un et l'autre sont une eau sèche et minérale. Que les enfants de la science sachent donc, dit ce philosophe, que la matière ou mercure vulgaire peut et doit entrer en partie dans la matière du mercure des philosophes, de sorte que leur matière est homogène et qu'elles ne diffèrent ensemble que selon le plus ou moins de degrés de chaleur.

[On voit là comment les alchimistes mêlent adroitement le faux et le vrai. L'auteur du Psautier écrit exactement le contraire de ce qu'il a dit au § précédent. On trouve constamment de tels effets de miroir dans les vieux traités.]

CXIII

II est donc certain, pour parler de bonne foi et selon la doctrine de ce grand philosophe, que si l'on pouvait ôter au mercure vulgaire ce qu'il a de superfluités sulfureuses adustibles, d'aquosités, de terrestréités corrompantes, et si on pouvait lui donner la chaleur du soufre incomburant, c'est-à-dire une vertu spirituelle et ignée, les ténèbres de Saturne étant dissipées, on verrait sortir ce mercure tout brillant de lumière et ce mercure ne serait plus vulgaire. Ce serait celui des philosophes qui disent tous qu'étant déterminé comme il est, il ne peut être notre mercure sans perdre sa forme.

[... Et tout cela pour en tirer, au § suivant, une vérité hermétique. Mais plutôt que de vertu spirituelle, nous aurions employé l'expression « vertu sacrée » ou « vertu de grâce » pour parler du Soufre non comburant.]

CXIV

Le mercure vulgaire est un corps, celui des philosophes est un esprit, du moins le mercure vulgaire est corporel, mort, et celui des sages est spirituel et vivant. Le vulgaire est mâle et le nôtre est femelle ou du moins hermaphrodite. C'est une eau, le mercure vulgaire la contient mais elle est trop enveloppée dans son corps. Le mercure des philosophes est notre bénite semence, le vulgaire n'en est que le sperme qui la contient, mais on ne l'en peut tirer que par la dissolution qui se fait par notre mercure et dans lequel il perd sa première forme pour reprendre une forme plus noble et plus excellente.

[Il faudrait citer ici, pour comprendre le rôle très subtil que l'on fait jouer au Mercure, l'article que Berthelot consacre à Stephanus et au compilations du Chrétien et de l'Anonyme, dans son Introduction à la Chimie des Anciens - § XIX, p. 287. On trouvera une version à peine remaniée de l'article dans l'Idée Alchimique, Journal des Savants, livraison de février 1889. L'auteur du Psautier semble évoquer le second Mercure, celui qui contient les Soufres sublimés. Et lorsqu'il écrit que le mercure est « notre bénite semence », les alchimistes modernes, E. Canseliet notamment, lui répond « notre eau benoîte » pour bien faire voir l'un des points de l'artifice du Mercure, qui tient de la qualité d'une certaine eau de chaux. Certains ont feint de dire qu'il s'agissait - cf. Zosime - de l'Eau divine, c'est-à-dire de polysulfure de calcium, autrement appelé foie de soufre terreux. C'est évoquer Prométhée pour d'évidentes raisons sur lesquelles nous n'insisterons pas outre mesure, cf. § XCV.]

CXV

Je sais bien que le mercure vulgaire conservant sa forme dont il est spécifié, n'est pas la matière immédiate de la pierre et quand même il serait dépouillé de sa forme, il ne peut être changé en pierre qu'il ne soit fait mercure des sages, ni mercure des sages sans avoir été mortifié et revivifié ou engendré. Il n'est pas aussi le dissolvant de l'or et des autres métaux, qu'il n'ait été dépouillé de tout ce qu'il a étranger non métallique et corporel ; mais on peut dire dans la vérité qu'il est la plus aisée et la plus prochaine matière ou le sujet le plus propre à la projection philosophique.

[Ce Mercure est un agent de dissolution et de régénération ; il dissout quand il prédomine - Saturne - et il coagule, i.e. il fait cristalliser, quand il s'évapore - Zeus. Dans un cas, c'est la putréfaction et dans l'autre, la sublimation. Le loup des métaux prend là où le chien du maître rapporte, cf. Atalanta fugiens. ]

CXVI

On peut dire aussi en faveur du mercure vulgaire qu'il est la molle montagne dont parle Sendivogius et dans laquelle on peut fouir facilement avec l'agent des philosophes et y trouver l'eau vive et ignée ou le feu humide que nous cherchons, et l'ayant trouvé, en faire des merveilles. On peut dire encore en sa faveur qu'il peut être utile à l'œuvre si on peut lui ôter ce qu'il a d'impuretés et suppléer à ce qui lui manque de vertu ignée. Il dit de lui-même dans un dialogue qu'il est mercure mais qu'il y en a un autre qui ouvre les portes de la justice, dont il est le précurseur, symbole admirable d'un grand mystère.

[Cf. les Douze Traités et le Dialogue qui s'ensuit. Rappelons que le traité est d'Alexandre Sethon et non de Michel Sendivogius. On peut voir dans ce premier Mercure saint Jean Baptiste, précurseur du Christ, que les alchimistes entendent par leur matière - c'est-à-dire leur Soufre - tourmenté sur la croix - dans le creuset. C'est la raison qui explique pourquoi Jean pointe son index vers le Sauveur crucifié, dans le retable baroque d'Issenheim.]

CXVII

C'est un grand avantage du mercure vulgaire d'être la voie de son maître et le précurseur du mercure des sages qui, d'après le grand Philalèthe, vient délivrer ses frères les minéraux, métaux, végétaux, animaux et tous les corps naturels, de toutes leurs souillures originelles. Nous parlons toujours par paraboles et comparaisons, parce que la nature et sa science sont la source de tous les mystères et le symbole des plus hautes vérités. Par elles, on trouve l'explication, la prédiction et les manifestations de tout ce qui est occulte. Tel est l'effet de la savante sagesse, artiste de toutes choses et qui enseigne parfaitement la racine secrète des opérations merveilleuses, selon l'expression du roi Salomon, lui-même ainsi qu'il le dit, et décrit la sagesse triplement car elle reçoit trois sens mutuellement et également représentatifs l'un de l'autre et nous écrivons comme ce sage a écrit.

[Revoyez ici les traités spéculatifs de Basile et du Trévisan. On peut aussi lire la Chrysopée du Seigneur, apocryphe attribué à Ramon Lull.]

CXVIII

Les philosophes ont sans doute été dans cette pensée lorsqu'ils ont dit qu'on doit tirer un air par un autre air, un esprit par un esprit, prendre ou attraper un oiseau par un oiseau, comme parle Aristée. Les autres ont dit que par un esprit crud, on doit en extraire un qui fut digeste et cuit. Les autres ont dit qu'un menstrue végétal, uni au minéral et à un troisième menstrue essentiel, étaient nécessaires pour avoir le dissolvant universel ou mercure des philosophes, c'est-à-dire que ce troisième mercure a besoin d'un précurseur comme un Elie.

[Ce menstrue végétal est l'alkali fixe ; le minéral est une terre blanche qui forme du kaolin pur ; enfin le menstrue essentiel est la quintessence métallique, son Âme.]

CXIX

Ce fameux mercure, auquel les philosophes ont donné tant de louanges, mérite d'avoir symboliquement un précieux feu qui est dit l'esprit d'Elia et qui prépare les voies de son Seigneur. Le précurseur est de même nature que le Seigneur, mais celui-ci est infiniment plus noble car il est né d'une terre vierge et conçu d'un esprit céleste au lieu que le précurseur a été conçu en iniquité comme les autres corps métalliques, quoiqu'il ait été purifié dans la suite et lavé dans le centre de sa mère pour être rendu digne de préparer les voies du roi philosophique.

[Sur d'éventuelles relations à Jean le Baptiste, cf. la section qui s'y rapporte.]


FIGURE XIII
(Tirésias prédisant la fin de Narcisse)

CXX

Ce discours allégorique est tiré de la doctrine du savant Philalèthe, notre contemporain, et du fameux Sendivogius qui enseignent que tous les corps métalliques sont tous conçus en iniquité et malédiction dans le sein d'une terre corrompue et que l'or même tout pur qu'il est, aussi bien que le précurseur dont nous parlons, ont besoin du mercure des philosophes qui est conçu d'une terre vierge et formé de son sang très pur par un esprit céleste, source de beauté, de pureté et de lumière ; et aussi, quoiqu'il soit de nature corporelle, de la nature des autres, il les purifie par sa vertu.

[Cf. la Nature Dévoilée, supra. Sur Philalèthe, cf. Introïtus. Sur Sethon, cf. Douze Traités.]

CXXI

Le mercure des sages est à la vérité composé du corps, d'âme et d'esprit. Mais son corps, après avoir passé par toutes les opérations de l'art, comme par des tortures et des souffrances, son corps, dis-je, matériel est tout spiritualisé et ayant été élevé en gloire, il est d'une si grande vertu, sublimité, lumière et fixité qu'il peut être tout fixe et illumine tout et triomphe de tout ce qui est dans le règne métallique. Il sépare la lumière des ténèbres qui obscurcissent ses frères, esclaves de l'impureté et enfin, c'est un pur esprit qui attire à soi tout ce qui est pur.

[Il s'agit là du Mercure philosophique. Sur les souffrances endurées et la spiritualisation, cf. Ripley, Douze Portes. Sur la séparation, cf. la Lumière sortie par soy-même des Ténèbres, de Crasselame Chinois et enfin, les Leçons de Stephanus, notamment la Lettre à Théodore, cf. 1, 2,3.]

CXXII

Quelque noblesse que nous trouvions dans notre mercure, la semence dont il est fait et composé par notre art, n'est pas différente de celle dont tous les métaux sont composés ; et les corps métalliques, ne diffèrent l'un de l'autre que par le plus ou le moins de décoction et de pureté ; car la semence est la même, et ces superfluités introduites ou restées dans leur congélation, ne sont pas naturelles aux métaux et n'ont pas corrompu leur semence, qui est une portion de lumière céleste et incorruptible, qui luit dans les ténèbres et qui est pure dans les ordures.

[on osera le rapprochement entre le mot « ordure » et le mot « faecula » ou jaiklh, « tartre ». Curieusement, le mot jaiklh n'apparaît pas dans le dictionnaire Bailly - on ne connaît que le trux de l'oeuvre. Cela autorise, de manière inattendue, un trait de cabale sur l'assonance phonétique entre jaiklh et jaikoV qui renvoie à jaidroV : brillant, lumineux. La liaison de cabale entre le mot « brillant » et l'ordure, la lie va tout à fait dans le sens des textes où il est écrit que la matière première des alchimistes est « de nulle valeur » et qu'on peut la trouver jusqu'aux latrines. ]

CXXIII

L'or a la semence. Il est même toute semence métallique dont il a l'éclat, mais il n'est ni le mercure des sages, ni la pierre. Car quoiqu'il soit aussi pur que l'un ou l'autre, il n'a pas la subtilité de l'un ni la subtilité de l'autre. L'or est mort, mais il peut ressusciter que par la vertu du mercure des sages qui est son propre dissolvant et l'auteur de sa mort et de sa vie, qui le fait descendre dans les enfers et qui l'en retire pour le faire monter jusqu'aux cieux et lui procurer cette subtile fixité qu'il n'a pas de sa propre nature.

[Nous avons maintes fois insisté sur le fait que l'or alchimique n'a aucun rapport avec l'or du chimiste. C'est d'une chaux métallique qu'il s'agit : l'Artiste doit d'abord la dissoudre dans un bain approprié avant de la réincruder en une substance composite et plus noble que sa forme originelle.]

CXXIV

II y a cette différence entre l'or et le mercure des sages, que le premier est un ouvrage de la nature qui le fait dans les mines sans le secours de l'art et le second est l'ouvrage de l'art et de la nature, car il ne se trouve ni sur la terre, ni dessous. C'est un enfant que nous pouvons produire par extraction, c'est-à-dire en le tirant des choses où il est. Or, il se tire par artifice du soufre et du mercure de la nature, conjoints ensemble par l'entremise d'un tiers de même nature et étant tiré, il est matière prochaine de notre pierre.

[Voyez la section du Mercure de nature. Pour l'ouvrage de l'art, il s'agit là encore du Mercure mais l'auteur du Psautier se trompe. La Nature a son Mercure mais, à la différence de l'Artiste, elle agit par la voie humide : eau surchauffée, pression considérable, sels d'étain, voilà quelques ingrédients qui forment le véritable Mercure de la Nature. Voyez encore les travaux de Daubrée sur cette belle question ainsi que ceux de Delesse.]

CXXV

Dans une semaine, dit Philalèthe, ce mercure par simple digestion devient or philosophique, qui est la matière la plus proche de la pierre. C'est ce mercure qui suffit tout seul avec le feu ; voire, il est le feu lui-même. S'il y a quelqu'un dit-il, dans son dialogue, qui ait vu le feu caché dans mon cœur, il a connu que le feu est ma véritable nourriture, et plus l'esprit de mon cœur mange longtemps du feu, plus il devient gras. Ainsi, le serpent dévore sa queue et se mange lui-même et le feu et lui sont deux et un seul.

[Magnifique résumé de la Grande coction : il est bien vrai que l'Ouroboros de l'oeuvre doive se mordre la queue et s'auto détruire pour que le Soufre apparaisse et croisse. Quant à l'esprit gras, il rejoint l'huile vitale qui semble dominer la scène dans ce traité - cf. § LIV,LIX, LXI, LXX.]

CXXVI

La minière de notre mercure n'est pas autre chose que le soufre et le mercure joints ensemble, dit le Cosmopolite, car des deux se fait un, qui est le lait virginal, dit Arnaud de Villeneuve. Ce lait est notre mercure ou aigle blanc composé du composé, l'air de l'air, l'argent-vif de l'argent-vif, l'eau tirée d'une roche ou l'on voit une mine d'or et d'acier. On remarque ici les deux principes du mercure des philosophes. Son père est le soleil, élevé en degrés par notre art, et sa mère la lune blanche qui à la conception de ce fils, s'éclipse avec le soleil.

[Il serait intéressant de savoir le temps qu'a pris notre auteur pour résumer de façon si magistrale la matière de plusieurs traités en quelques phrases... Sur Arnaud de Villeneuve, cf. Semita semitae et le Sommaire du Rosaire. Le Composé du Composé est le titre d'un apocryphe attribué à Albert le Grand. L'expression « mine d'or et d'acier » est remployée des Douze Traités de Sethon : on la trouve, modifiée, dans l'Enigme Philosophique qui précède le Dialogue du Mercure, de l'Alchimiste et de la Nature. Notez que l'éclipse dont il est question résulte de la naissance du Phénix, c'est-à-dire de la Pierre, les deux Soufres étant réincrudés en un corps d'une forme nouvelle et de condition plus haute qu'auparavant.]

CXXVII

L'or et le mercure coulant sont la matière de notre œuvre, dit Philalèthe. Si ce philosophe parlait autrement, il trahirait sa pensée et son nom. Mais on peut ajouter à sa pensée que la matière de l'œuvre est le mercure seul et qu'on fait ce grand chef-d'œuvre de la nature et de l'art et tous les miracles qui l'accompagnent d'une seule chose, comme dit Hermès, c'est-à-dire du mercure des philosophes qui est l'or vif ou l'or embryonné et volatil qui se change en or par une petite chaleur mais non pas en pierre immédiatement. Mais enfin, tout ce qui la compose tire son origine de notre mercure.

[Les alchimistes disent que l'oeuvre est fait par le seul Mercure : EN TO PAN, cf. Chrysopée de Cléopâtre in Introudction à la Chimie des Anciens, Berthelot.]

CXXVIII

L'or sortant de notre mercure, comme le soleil du sein de Thétis, tout éclatant de lumière est appelé or vif autant du temps qu'il n'a pas passé par le feu de fusion, qui est la mort de nos
métaux, dit Basile Valentin. Or, cet or-vif est tout feu, ou le vrai feu de l'or très fixe et très pur, or balsamique, ennemi de corruption. Il contient en soi le sel, le soufre et le mercure ou plutôt, il est tout sel, tout soufre, tout mercure, mais en ces trois principes, il est tellement en unité et homogénéité qu'il est inaltérable et incorruptible et ne peut être décomposé que par les rayons du soleil qui est son père.

[sur Thétis, cf. Atalanta VI et XLIV pour une amorce de recherche sur cette complexe allégorie. L'or sortant du Mercure, c'est Pallas Athéna sortant tout armée du cerveau de Zeus dont la tempe est fendue par Héphaïstos ; c'est encore la flèche que le Sagittaire s'apprête à décocher. C'est enfin la licorne qu'on aperçoit sur l'une des façades de la Tour Rivalland.]

CXXIX

L'or vif est souvent appelé soufre vif. C'est ce soufre, dit Sendivogius, à qui les philosophes ont donné le premier rang, comme au principal des principes. C'est ce premier agent qui est tenu fort caché. Il est pourtant fort commun. Il est partout, disent-ils, et en toutes choses. Il est végétal, animal et minéral. Il est la vie de toutes choses et une portion de cette lumière qui fut faite commencement du monde. Il est le principe de toutes les couleurs, de toutes les congélations et de toute maturité, et sans ce soufre-vif, l'humide radical dans les végétaux serait tout à fait inutile.

[On insiste ici sur la nécessité qu'il y a - mais cela coule de source - que l'Artiste veille à bien mêler le Mercure et le Soufre ; autrement, il n'aurait qu'un Mercure fou comme Ajax ou qu'une Vierge folle, comme Fulcanelli en parle dans son Myst. Cath. L'or vif est ce rayon solaire igné que l'Artiste doit capter pour en garnir l'écrin approprié, i.e. la Toyson d'or.]


FIGURE XIV
( Cadmos et les Spartoi )

CXXX

Ce soufre ou or vif peut être considéré en trois états. Dans le premier, c'est un pur esprit qui se trouve en toutes choses qui est leur âme, leur vie et leur lumière. Il est comme un ciel terrifié et enveloppé dans tous les corps. Dans le second état, il est minéral, par conséquent spécifié dans les minéraux et enclos dans leur humide radical ; parce que c'est un feu, il agit sans cesse sur cet humide quand il est en liberté d'agir, et comme cet humide est un air, ce feu s'en nourrit dans le troisième état, il est foudroyant, victorieux et triomphant de tout ce qui lui résiste.

[C'est l'anamnèse du Soufre : il peut être dissous dans le Mercure où il s'y trouve sublimé.  Il peut encore participer d'un minéral dont il assure la coloration. Enfin, dans un état de quintessence, il forme ce rayon solaire et igné dont nous avons parlé au § précédent, pouvant être comparé à la corne de la licorne ou à une flèche. Voyez aussi l'humide radical métallique. ]

CXXXI

On peut encore, en accordant les philosophes, dire que l'or vif des sages peut être considéré comme agent et comme patient. Comme agent, c'est un esprit qui est toujours en action, qui donne le mouvement à toutes choses et qui est le principe et promoteur de la corruption et génération des composés. C'est un esprit de lumière toujours occupé à chasser les ténèbres et à séparer le pur de l'impur. Dans cet état, il est le mercure des sages, comme dans le lieu de sa domination où il commence à exercer les actes du roi.

[C'est un thème - celui de l'agent et du patient - que Fulcanelli s'est attaché à développer. Il a trouvé son équilibre dans l'analyse des deux gnomes de la cheminée hermétique du château de Terre-Neuve à Fontenay-le-Comte. L'agent, rappelons-le, est le Soufre rouge ou teinture de la Pierre.]

CXXXII

Ce feu ou ce soufre cesse d'agir quand il a consommé son propre humide, si on ne lui en fournit point de nouveau. Mais si on lui en donne, il recommence son mouvement et convertit encore cet humide en sa substance, tout autant qu'il le peut ; en achevant son mouvement dans l'art et sur l'art des sages, il convertit tout son humide radical en pur or qui est or vif mais patient. Ainsi, l'agent devient patient ; la première matière devient la deuxième, mais la seconde devient la première. Ce mercure qui était patient devient agent et redonne leur mouvement à notre or vif.

[Obstacle où l'impétrant peut venir buter. Dire que le Soufre consomme son humide radical, c'est dire qu'il se consomme lui-même puisque cette « consommation » nécessite forcément que ce Soufre soit porté vers un autre facteur. Il n'y a que le Soufre blanc vers lequel il peut se porter mais l'allégorie n'est pas claire et il y a ici un mystère qui paraît être du même ordre que celui des « multiplications ». Le maître mot semble être « croissance » qui nécessite un apport qu'on ne voit infusé que par la « vitreuse provision » dont parle E. Canseliet, cf. supra. Dans la version de Fulcanelli, le patient semble être la matière vers laquelle se porte « l'or » et il ne peut s'agir que du Soufre blanc ou Sel. ]

CXXXIII

Si l'or vif recommence son mouvement, il travaille avec plus de vigueur que la première fois, son terme se trouve plus noble, car à cette seconde fois, l'ouvrage se termine à un or plus excellent que n'est son grand-père et qui n'est pas son père et sa mère. Car l'élixir, qui est le ciel et la terre et le soufre incombustible et tingeant à tout épreuve, se trouve parfait à la fin de ce mouvement. Ainsi, l'or produit l'or du mercure et l'or et le mercure, le soleil et la lune produisent la pierre et en sont faits. Et l'on voit que les choses finissent par où elles ont commencé.

[§ spéculatif versant dans l'alchimie chimérique.]

CXXXIV

Les philosophes, d'un commun accord, ont dit avec raison que leur or vif n'est autre chose que le pur feu du mercure, c'est-à-dire la plus parfaite portion de la noble et pure vapeur des éléments ou bien ce feu inné et intrinsèque au mercure, à savoir passivement et en puissance dans le mercure vulgaire, activement en acte dans le mercure des sages. Cet or vif est comme une exhalaison et le mercure est comme la vapeur qui contient cette exhalaison. Or, la vapeur étant consumée par la chaleur de l'exhalaison, se change en une poudre qui imite la foudre tombant sur les métaux imparfaits.

[Le feu du Mercure est le Soufre qui y est sublimé ; il faut faire attention que ce n'est pas le vif-argent vulgaire qui est désigné par l'expression « mercure vulgaire » mais bien le premier Mercure, le même dont parle Lulle dans sa Clavicule. La foudre tombant sur les métaux les transforme en chaux.]

CXXXV

Cette noble vapeur des éléments est l'humide radical de la nature qui est partout et en toutes choses, et qui se trouve spécifié en chacune et particulièrement dans le mercure vulgaire, où cet humide radical spécifié et déterminé à la nature métallique en sort fort abondant. Et sans doute que si la nature toute seule ou aidée de l'art lui avait adjoint le feu inné ou agent intrinsèque, ou cette exhalaison qui tient du mâle, le mercure vulgaire serait le mercure des philosophes et ainsi pourrait devenir or, et par degrés, médecine aurifique.

[Retenons de ce § la seule allusion à l'humide radical métallique, sans verser dans la chimère de la « part de soufre » qui aurait pu échoir au vif-argent vulgaire. ]

CXXXVI

Ce soufre fixe ou feu métallique qui est en puissance dans le mercure vulgaire est bien actuellement dans l'or mais il n'y est pas en actes ou en actions à cause qu'il est placé sous de fortes barrières qui le mettent à couvert de la violence du feu élémentaire et rien ne peut rompre ces barrières que notre feu humide. Mais, pour trouver cet or vif, il faut le trouver (et le prendre) dans sa propre maison, qui est le ventre d'Ariès. Ce soufre ou or vif est le seul agent capable de dépouiller le mercure vulgaire de toutes ses impuretés et de digérer ce qui est indigeste et unir à soi ce qu'il a de pur.

[L'auteur du Psautier semble avoir bien lu les Douze Traités de Sethon puisque l'expression « ventre d'Ariès », employée d'ailleurs par Isaac Newton, s'y trouve.]

CXXXVII

Lorsque le mercure, c'est-à-dire l'humide et la froideur dominent à la chaleur et à la sécheresse qui sont le soufre, c'est ce qu'on appelle le mercure des sages qui est froid et humide au dehors et lorsque le chaud et le sec dominent le froid et l'humide, c'est l'or qui tient le mercure dans ces liens, sous la domination du soufre lequel ayant consumé tout son humide radical le change en soi, à savoir en or. Ainsi, l'or est tout soufre et tout esprit, il est aussi tout corps et tout mercure.

[Fulcanelli, dans le Myst. Cath. et dans les DM, II résume en disant que c'est tantôt la fleur, tantôt l'étoile, qui se manifestent à l'Artiste. L'étoile est la manifestation de l'eau métallique et la fleur, celle du Soufre quand il s'approche du Phénix.]

CXXXVIII

Les philosophes ont tous reconnu deux sortes de soufres ou d'agents naturels, l'un est extrême et sert de cause efficiente et mouvante au dehors, l'autre est cause interne et comme forme informante. La première ayant fait son opération se retire, disent Bonus et Zachaire, et pour lors c'est la putréfaction du métal. Le second est une portion ineffable de cet esprit lumineux contenu dans la semence qui est l'humide radical métallique et ce soufre est inséparable de son sujet qui est cette même semence ou humide radical qui a le sperme.

[Il semble que l'on puisse prêter à l'agent cette qualité de cause efficiente ; il s'agirait alors de la teinture. Et que la cause interne « forme informante » - belle expression - soit l'écrin de l'or alchimique, c'est-à-dire le Corps. Sur Bonus, cf. la Margarita Novella correctissima qui apparaît dans le volume V du Theatrum Chemicum et la Margarita Preciosa Novella qui se trouve dans le volume II de la Bibliotheca Chemica Curiosa éditée par Manget. Bonus est un auteur cité par Lacidius dans le Sommaire du Rosaire de Villeneuve, par Batsdorff dans le Filet d'Ariadne, par Michel Maier dans son emblème VII. Crasselame, ou plutôt Bruno de Lanssac en parle dans le commentaire très étendu sur la Lux Obnubilata. Chevreul parle de Bonus lorsqu'il critique le Cours de Philosophie hermétique en 19 leçons de Cambriel. Petrus Bonus a décrit une allégorie que nous avons rapportée dans les Figures Hiéroglyphiques de Flamel. Zachaire est l'un des plus grands alchimistes ; on en parle dans les sections sur Cambriel. Malheureusement, son traité, l'Opuscule de la Philosophie Naturelle des Métaux - in Salmon, t. II - n'est pas disponible. C'est l'un des rares auteurs qui parlent ouvertement de la préparation artificielle des pierres précieuses et des perles ; Cyliani l'évoque dans son Hermès Dévoilé. A noter que sa vie ressemble étrangement à celle de Bernard le Trévisan...Là encore, cf. Cambriel.]

CXXXIX

Cet esprit lumineux contenu dans la semence métallique qui est l'humide radical des métaux n'est autre que ce qu'on appelle la nouvelle lumière, l'air des philosophes. C'est ce même air, dont parle Aristée, écrivant à son fils ; cet air, dit-il, est le principe de chaque chose en son règne. Et pour cette raison, cet air est la vie et la nourriture des choses dont il est le principe ; ce qui a fait dire à tous les philosophes que l'air nourrit le feu inné. Ainsi l'air métallique inspire la vie au feu métallique, et lui fournit l'aliment, parce qu'il en est le principe.

[L'auteur donne ici son plein sens au titre de l'ouvrage d'Alexandre Sethon, la Nouvelle Lumière Chymique qui est l'autre nom des Douze Traités, encore appelé traité du Mercure. Il insiste sur cet Air des Sages, comme le nomme Philalèthe qui ferait croire, à tort, que les Adeptes utilisent la voie humide.]


FIGURE XV
( Construction de Thèbes)

CXL

L'air des philosophes n'est pas l'air commun, qui est la nourriture du feu inné dans toutes choses et sortes d'êtres. Mais c'est un air métallique qui est la nourriture du feu, du soufre minéral, lequel feu ou soufre est contenu dans le mercure des sages. Cet air métallique est une essence très subtile qui prend le corps d'une vapeur et se condense avec l'humide radical métallique pour servir de nourriture au feu minéral contenu dans cette vapeur grasse, qui est une essence aérienne qu'on peut appeler esprit ou air, et qui est la vie de chaque chose, et nécessaire pour l'œuvre.

[Que cet air ne soit pas commun, nous l'avions deviné. Qui irait croire que cet Air cache en fait un mélange pâteux, visqueux analogue à de la cire d'abeille fondue ou au suif d'une bougie ? Cette vapeur grasse est l'huile vitale dont nous avons parlé supra ; cette huile contient le Soufre rouge non comburant, sublimé en forme d'humide radical, c'est-à-dire de quintessence ou chaux étoilée.]

CXLI

Cette vapeur nécessaire à l'œuvre des sages, doit se chercher dans les corps métalliques, mais il faut une clef d'or, dit Aristée, pour ouvrir les portes de la justice. Cet air dont nous avons besoin est enfermé. On ne peut le tirer de sa prison que par le moyen d'un autre air homogène qui sert de clef. Sur quoi, on peut dire avec Philalèthe, que cette clef dorée qui ouvre la « Porte du palais fermé du roi », est notre acier qui est, dit ce philosophe, la véritable clef de l'œuvre, sans laquelle le feu de la lampe ne peut être allumé.

[Quelle est l'opération qui se cache derrière cette ouverture des portes de la Justice ? Il semble qu'une question de poids, de proportion, y intervienne et nous savons que cette opération se déroule - par cabale - aux signes de la Balance et de la Vierge - cf. zodiaque alchimique. Mais cela ne nous indique en rien ce qui se passe alors, dans l'athanor des Sages. Pour Philalèthe, la clef qui ouvre les portes de la Justice est l'Acier, opposé à l'Aimant. Ce que l'on peut comprendre en posant que si c'est l'Aimant qui a attiré l'âme du métal dans l'Air des Sages, c'est l'Acier qui l'en tirera, c'est-à-dire l'adamas. On en tire la conclusion que l'Acier ne peut être que le Corps de la Pierre dont la résistance - il s'agit d'un sel incombustible qui est la salamandre - vainc celle du Mercure qui enveloppe le Soufre rouge. Ce n'est là qu'une conjecture. On voit bien ensuite ce que peuvent avoir comme caractères allégoriques les détails techniques qui encombrent les traités, comme le feu de lampe, par exemple, qu'on retrouve dans le traité de Batsdorff, le Filet d'Ariadne.]

CXLII

Notre acier est la minière de l'or, un esprit très pur, un feu infernal et secret et le miracle du monde. Le système des vertus supérieures dans les inférieures, dit Philalèthe ; cet acier est la lumière de l'or et l'aimant d'où il vient est la lumière de l'acier. Mais il est certain, dit le Cosmopolite, que notre acier engendre notre aimant, ou du moins, contribue à sa génération et que notre aimant engendre ou fait paraître notre acier, ou disons avec moins d'envie, que notre air et notre aimant sont les deux principes de notre acier, de notre minière, de l'or et de leur lumière.

[On mesure bien que l'auteur du Psautier est un maître cabaliste qui se joue facilement de tous les arcanes de l'art, par le jeu de miroir que nous avons évoqué. Il paraît conforme à la logique de dire que l'Aimant est la matière qui, au départ, permet au Soufre de se sublimer - Isaac Newton était fasciné par cet Aimant et pensera l'avoir trouvé dans le régule étoilé d'antimoine, cf. études de symbolisme général. C'est donc un principe de dissolution. Il est opposé à l'Acier qui est le principe de fixation. Et en même temps, il est juste de dire que l'Acier est la minière de l'or alchimique, au sens où cet Acier - notre principe SEL ou Arsenic de Geber - va tenir enfermé et projeté en masse comme un écrin, le rayon igné qui est ce Soufre qui s'incarne. Voilà, quoi qu'il en soit, ce qu'il est résulté de nos recherches jusqu'à présent. Nous pouvons évidemment nous tromper.]

CXLIII

Cet aimant et cet air sont les deux premiers agents et les deux dragons dont parle Flamel, qui gardent la Toison d'Or et l'entrée du jardin des vierges Hespérides. Il les appelle soleil et lune, de source mercurielle et d'origine sulfureuse, lesquels par feu continuel s'ornent d'habillements royaux pour vaincre toutes choses métalliques, solides, compactes, dures, fortes, lorsqu'ils seront unis ensemble et puis changés en quintessence qui est un extrait de l'eau de la terre et du feu ; et c'est notre acier, ou notre mercure double du bon Trévisan.

[Et nous voyons notre auteur continuer à changer de formulation, tel un Protée. Cette fois, c'est au Mercure philosophique qu'est identifié l'Acier... Et l'Aimant, l'Air seraient la Lune et le Soleil. On conçoit sans peine que de tels textes soient non seulement rebutants, abscons mais que de surcroît, les pages semblent en tomber et le sol se dérober sous nos pas quand nous tentons d'y chercher un point d'appui : en un mot, ce sont des textes qui sont aussi fugitifs, aussi mobiles que le Mercure. Sur le Trévisan, cf. Parole Délaissée.]

CXLIV

Cette quintessence est avec le feu du soufre minéral, le sac de la saturnie et le lien du mercure et pour la faire, il faut, dès le commencement, prendre deux serpents et les tuer, les corrompre et engendrer, dit Flamel. Elle est l'eau sèche qui ne mouille point les mains ou bien c'est ce lait virginal d'Arnaud de Villeneuve, qui contient en soi les deux spermes masculin et féminin, préparés dans les reins de nos éléments. C'est l'humide radical des métaux, le soufre et l'argent-vif des philosophes, le double mercure, tiré de la corruption du soleil et de la lune.

[L'auteur connaît bien ses Classiques. L'expression de « reins de nos éléments » est remployée encore une fois des Douze Traités de Sethon. La saturnie est le vieux Mercure ; son sac peut être la coquille de l'oeuf philosophal, auquel cas il se rapporterait à la mérelle de saint Jacques de Compostelle - notre eau minérale, étoilée et métallique - ; quant au lien du Mercure, c'est encore l'un des secrets les plus gardés de l'oeuvre, l'un de ceux que les Adeptes se sont réservés. Une explication est cependant possible : dans les expériences de synthèse cristalline, on sait que le rendement optimal, c'est-à-dire la croissance cristalline donnant une masse maximale, dépend de la durée du bain et donc, du temps que met le Mercure pour s'évaporer. Il semble qu'en ajoutant un peu de silice, on parvienne à tenir au feu le Mercure mais il faut alors se prémunir contre un danger : celui qu'on ne parvienne pas à faire cristalliser la matière qui reste amorphe. C'est ce qui est arrivé dans les premiers temps où Marc-Antoine Gaudin avait utilisé du tartre vitriolé pour préparer du rubis. Quant aux deux serpents, ce sont ceux que l'on voit enlacés au caducée d'Hermès de l'une des figures du Livre d'Abraham Juif ; ils trouvent leur équivalent céleste : les Gémeaux, terme de la dissolution des Soufres.]

CXLV

Cet admirable composé renferme en soi l'eau et le mercure des philosophes, c'est-à-dire les quatre éléments. Il n'est ni lait ni mercure, dit l'abbé Synésius. C'est une chose imparfaite, dit Philalèthe. C'est le soleil et la lune des sages, dit le Cosmopolite ; le fils de notre aimant et du dragon igné qui a dévoré le serpent ; feu secret, fourneau invisible, première humidité des sages qui résulte de la destruction des corps, car en effet, l'eau seconde et dorée d'Artéphius se fait de la destruction du composé comme le composé se fait de la destruction des corps très chers.

[L'auteur s'évertue à brouiller davantage les cartes, s'il était possible. Mais il est des bornes infranchissables, là où commence l'écriture automatique. Sur Synesisu, voyez le Vray Livre du docte Abbé Sinesius. L'admirable composé doit être la Pierre : l'aimant est le Mercure, le dragon igné peut être assimilé à l'homme double igné de Basile Valentin ; dès lors, on peut effectivement considérer que le fils de l'aimant, le corps double dont la conjonction est radicale, fait fuir le serpent, c'est-à-dire fait s'évaporer le Mercure. Sur Artephius, cf. Livre Secret. On voit mal comment l'eau seconde - Mercure philosophique - se ferait de la destruction des corps puisqu'elle implique que ces corps aient été joints.]

CXLVI

La destruction de ce composé, dit l'anonyme, est la seconde clef de l’œuvre, le mystère des mystères et le point essentiel de notre science. C'est ce qui ouvre les portes de la justice et les prisons de l'enfer, dit le Cosmopolite ; c'est alors qu'on voit couler au pied du rocher fleuri, cette eau si fameuse chez les philosophes, laquelle se fait, dit Basile Valentin, par le combat de deux champions qui se donnent le défi. Car l'aigle seul ne doit pas faire son nid au sommet des Alpes, mais on doit lui joindre un dragon froid, dont l'esprit volatil brûle les ailes de l'aigle.

[On peut se poser la question : l'Auteur sait-il de quoi il parle ? De quel composé parle-t-il ? Et ne doit-on pas inverser plutôt la proposition ? L'onde étoilée et minérale qui s'épanche de ce rocher fleuri est à l'image du pied du chêne creux de Flamel, là ou sourd de l'eau claire de source et où il y a un beau roser fleuri - Fig. Hier. - Sur les deux campions de l'oeuvre, le lecteur n'aura que l'embarras du choix, cf. Douze Clefs de Philosophie. Une nouveauté : le combat de l'aigle et du dragon... D'habitude, l'Aigle combat un Lion. Voyez là-dessus Fontenay.]

CXLVII

La chaleur ignée de l'esprit du dragon faisant fondre la neige des montagnes, nous avons l'eau céleste dont il s'agit et dans laquelle le roi et la reine vont se baigner, dit Artéphius ; mais il faut que la terre reçoive son humidité perdue dont elle se nourrit. Il est donc nécessaire de réitérer ces préparations d'eau par plusieurs distillations afin que la terre soit souvent imbibée de son humeur et de cette humeur autant de fois tirée à l'imitation de l'Euripe, par un flux et un reflux admirable. Mais sans feu, il ne se fait aucune eau.

[Quasi - citation de la clef II des Douze Clefs de philosophie, par la relation à l'Euripe. Voyez aussi le traité, si singulier de Mathurin Eyquem, cf. supra. Le flux et le reflux - palirroia - évoque ces mouvements de cohobation successifs de la matière, ces convections, ses alternances de température caniculaire et de relative tempérance, cf. Mercure. Palin évoque aussi « à rebours », « tardenbulum », épithètes communs à Saturne et donc au premier Mercure. Nous n'insisterons pas sur la décomposition cabalistique de palirroia où l'on trouverait dans roia notre grenade. Il faudrait dès lors savoir en quoi un flux et un reflux sont nécessaires pour guigner la pomme d'or des Hespérides. Gageons qu'un autre saura le faire à notre place mais ce serait abuser de la cabale hermétique.]

CXLVIII

Comme on ne saurait tirer notre eau aérienne ou air aquatique sans feu, aussi ne saurait-on la digérer ou la perfectionner sans feu, ce qui fait dire à Hermès que le feu est le pilote du grand œuvre et à Artéphius que le feu est nécessaire au commencement, au milieu, et à la fin de notre ouvrage. Ce qui doit s'entendre du feu de putréfaction qui est nécessaire pour la génération, comme dit Morien. C'est ce feu putréfiant, que le Comte Bernard appelle chaleur du fumier et qui connaît bien ce feu, dit-il, a la conclusion de notre Saturne, qui est la blancheur.

[La gestion du calorique semble plus complexe : dissoudre n'est pas difficile. Selon Fulcanelli, un feu de 4ème degré à 1300°C suffit. Mais c'est tenir la distance puis décuire qui sont deux choses difficiles. On tient la distance en usant subtilement du lien du Mercure, cf. blasons alchimiques. Décuire est autrement difficile et c'est là où l'Artiste devra se souvenir du feu de roue et ne pas oublier que l'eau des sages est permanente. Qu'il prenne en contre exemple Phaéton - cf. humide radical métallique - car geler serait aussi funeste que brûler... donc, sortir du Pont-Euxin semble être facile ; mais s'engager dans le parcours d'Ulysse est une autre histoire.]

CXLIX

Cette conclusion de notre Saturne qui se fait par degrés est la « Lumière sortant des ténèbres » et cette lumière ou blancheur, ne sort que par ce feu qui cause sa putréfaction et qui est le feu contre nature, comme l'enseigne Artéphius, si nécessaire à la composition du magistère, dit Parménidès, à cause qu'il faut rompre et corrompre ce corps, pour en tirer l'âme et l'esprit et de cette manière, la mondification et ablution de la matière se fait par le feu, dit Calid, par ce même feu se fait l'éjection des ordures du composé.

[L'ouvrage de Crasselame sera effectivement de quelque secours à l'impétrant. Mais sortir des ténèbres n'est que le début et la route est rude, qui conduit aux divers régimes de planètes et de température. Mais ce n'est pas l'esprit que l'on tirera ; c'est le Corps et l'Âme. L'Esprit est destiné à se dissiper, progressivement. Sur Calid, cf. Entretiens. Sur artephius, cf. Livre Secret.]


FIGURE XVI
( Mercure et les filles de Cécrops. Métamorphose d'Aglauros)

CL

Le magistère des sages commence par le feu et s'achève par le feu. Ce feu est quelquefois humide et le bain du bain ou du fumier chaud ; quelquefois, c'est un feu chaud humide et froid et c'est le feu de lampe ; enfin, il est sec, chaud et humide, et c'est le feu des cendres blanches ou de sable rouge. Notre feu échauffe la fontaine des sages. Pour conclusion, ce feu est chaud, froid, humide et sec ou plutôt, c'est un esprit ou une quintessence, qui n'est ni chaude, ni sèche, ni froide, ni humide en soi. Dieu la donne aux sages ; qu'il en soit loué à jamais.

[Dernier § du Psautier où l'auteur nous parle une dernière fois des feux de l'oeuvre. Cf. Atalanta fugiens où nous commentons ce que les Adeptes entendent par feu innaturel, contre nature, etc.]
 


FIN
 

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DICTIONNAIRE ELEMENTAIRE À L'USAGE DES JEUNES DISCIPLES D'HERMÈS

[Ce n'est pas à proprement parler un dictionnaire mais des notes qui semblent placées dans un ordre chronologique dans les opérations du magistère. L'auteur parle du premier sujet qui est à la fois pierre et non pierre, un sel minéral et métallique où sont nos deux natures. Le feu est double : naturel, il attise le feu contre nature qui est notre Mercure et qui fait tourner la roue. La préparation du premier sujet consiste en une séparation - l'une des putréfactions de Le Breton - et une sublimation philosophique. La terre du sel tombe au fond du vase et doit être réservée pur plus tard car elle formera le Corps de notre Pierre. C'est l'opération de Persée, décapitant la Gorgone et libérant Chrysaor - soufre fixe - et Pégase - qui permet d'obtenir l'eau permanente. Le sang du dragon est le Soufre rouge dissous ; la saturnie végétale est le Mercure, accué de son Soufre. Le premier sujet - qui est le composé, à ne pas confondre avec le Rebis - est formé du Corps et de l'Esprit dont on peut donner les noms vulgaires : ALUN = ARCANUM + KAOLIN. Le chaos est l'ensemble des substances mises au feu et en voie de dissolution radicale. L'Artiste doit imiter la Nature, c'est-à-dire préparer une eau minérale qui soit brillante, étoilée et métallique. Cet Hylé ou premier sujet est la forêt de chênes qu'on aperçoit dans les gravures du De Lapide Philosophorum de Lambsprinck ; l'hylé est encore nommé Hyla, Iliaste ou Lylec, cf. Sinesius. Les mots chaos et forêt sont donc des homonymes pour les alchimistes. D'autres font de l'hylé l'eau primitive des Sages, auquel cas il faudrait y voir le dragon couvert d'écailles des vieux textes. Le second hylé paraît être le Mercure philosophique en lequel est l'Âme et le Corps. Ce chaos, dans cet état, est la Magnésie ou Aimant, opposée à l'Acier - Adamas - dans lequel on peut voir la pierre phrygienne, cf. supra. Plusieurs Mercure semblent exister ; l'un, nommé le premier Mercure, est le suc de la Lunaire et le SEL des philosophes : c'est la semence de l'or. Le second est le Lion vert ou vase de nature. Le troisième est le Mercure philosophique, résultant du mixage du Lion vert et des Soufres qui s'appellent ensuite les colombes de Diane - cf. D'Espagnet, Philalèthe. Le quatrième Mercure est l'état du 3ème quand il forme l'eau permanente et que l'oeuvre n'est plus qu'un jeu d'enfant ou un travail de fileuse. C'est alors, sans doute, qu'ont lieu les sublimations philosophiques qui doivent être, en fait, des précipitations au sein du Mercure qui font que, sept fois, tantôt la fleur, tantôt l'étoile, apparaissent aux yeux émerveillés de l'Artiste. C'est ce flux et ce reflux qui lui indiquent que Latone est prête d'accoucher de Diane puis d'Apollon. Dans l'opération du Mercure, le métal est réduit à son premier principe qui est l'humide radical métallique, probable quintessence des Anciens, correspondant à une forme de la matière qui n'est pas connue, habituellement dans la nature - nous parlons du temps de Platon ou d'Aristote : l'ioV des Grecs en dissolution. Le Mercure finit par mourir comme le cygne par ses propres plumes et il se dévore lui-même, tel l'Ouroboros de la tradition hermétique. C'est alors que paraît le phénix. Il y aurait bien d'autres choses à noter dans ce récapitulatif lapidaire que nous donnons mais le lecteur trouvera, annexé aux 150 § de cet ouvrage des commentaires qui, nous l'espérons, lui permettront de progresser.]


FIGURE XVII
( Phébus, Esculape et Chiron )

- Le premier sujet et le feu sont indispensables dans l'œuvre.
- De la préparation du premier sujet résulte une humidité mercurielle brillante et lumineuse.
- Il y a un sujet particulier propre à l’œuvre.
- Il faut tirer deux choses du sujet et puis les réunir par l'art.
- Il faut en ôter toutes les impuretés pour en faire sortir les choses cachées et tirer d'un chaos le soufre et le mercure, qui étant réunis, font le mercure des sages.
- Ce compost qui est le mercure des philosophes suffit, moyennant le feu, pour faire l'or. Celui-ci, rentré dans son chaos et sorti de ce même chaos, triomphe de toute impureté métallique et peut se multiplier à l'infini.
- Le premier chaos ou sujet est composé du sang du dragon et de la saturnie végétable.
- Le premier chaos ou sujet est le composé de sages et contient les quatre éléments.
- Le premier sujet ou le composé est corporel et spirituel.
- Le premier sujet ou chaos ou composé est fait de deux, soufre et mercure et des trois principes et des quatre éléments qui commencent à se concilier ensemble.
- Du chaos général dérivent ceux particuliers des trois règnes. Le chaos minéral qui contient le soufre et le mercure dans un même sujet est la première matière de l'artiste.
- Le chaos des sages se tire du même premier sujet ou première matière selon les diverses opérations de l'art, imitateur de la nature et d'après les dispositions de la semence ordonnée de Dieu.
- Le premier sujet est la matière de l'art qui se compose de trois substances par le ministère de Vulcain ou du feu.
- Cette première matière ou hylé qui est placée entre le métal et la minière est un chaos ou un composé de fixe et de volatil tout ensemble, que les sages appellent hylé ou la première eau, qu'ils tirent et composent du premier hylé naturel et minéral que la nature avait composé des éléments.
- Cette première matière ou composé se fait par la destruction du corps et l'eau (ou second hylé) qui en est l'âme, l'esprit et l'essence se fait par la destruction de cette première matière.
- On n'a besoin que de cette eau ou âme pour le commencement, le milieu et la fin de l'œuvre. Cette eau est deux fois née du mercure.
- Notre chaos, c'est-à-dire celui que tirent les sages du chaos primitif, s'appelle encore magnésie.
- Notre chaos doit être purifié dans notre feu pour en tirer le mercure philosophique revêtu de la forme d'eau, pour pénétrer, dissoudre les corps terrestres et réveiller le feu interne de la nature, assoupi en eux.

- Le mercure des philosophes est enfermé et emprisonné dans le chaos du premier chaos minéral que présente la nature. Il en est tiré et mis en liberté par le secours de l'art qui vient aider la nature et qui commence où elle a fini. Celui-ci l'aide à son tour à mesure que les esprits se tirent de l'esclavage du corps et se séparent des esprits grossiers de la matière qui restent inutiles au fond du vaisseau.
- Le mercure ainsi dégagé des lieux de sa première coagulation contient une double nature, à savoir : une ignée et fixe qui lui est intérieure, qui est le cœur fixe de toutes choses, permanente au feu et le vrai soufre des philosophes. L'autre humide et volatile qui est antérieure à la précédente, qui est la plus pure et la plus subtile de tous les esprits, la quintessence de tous les éléments, la première matière de toute chose métallique et le vrai mercure des sages.
- On distingue quatre sortes de mercure. Le premier est celui des corps qui est la semence précieuse dont se fait la teinture des philosophes, mercure créé de Dieu. Le second est le bain et le mercure de la nature, le vase des philosophes, l'eau philosophique, le sperme des métaux dans la graine (où réside le point séminal). Le troisième qui se fait des deux précédents est le mercure des philosophes. Le quatrième est le feu secret, moyenne substance de l'eau.
- L'ancien chaos créé de Dieu contenait en confusion et au repos les semences de toutes choses et les contraires y demeuraient en paix. Les semences métalliques comprises dans notre chaos y sont aussi en paix et attendent que l'artiste dise Fiât lux, en séparant la lumière des ténèbres, en réduisant la semence métallique de puissance en acte, en rendant l'invisible visible.
- L'ancien chaos était toute chose et n'était rien de particulier. Le chaos métallique produit par la nature contient en soi tous les métaux et n'est point métal. La nature commençait un métal en lui, mais empêchée dans son cours, elle ne vous a donné qu'un chaos.
- Le ciel et la terre des philosophes sont contenus en confusion dans ce chaos métallique. Il est une image de la mort et cependant la terre catholique a une vie cachée.
- Le chaos minéral ouvert, les éléments séparés, les éléments purifiés se réunissent en huile en forme d'eau visqueuse qui est ce chaos ou composé philosophique, et le soleil qu'il faut nourrir et laver sort du sein de la mer. Le sage marie le ciel et la terre et unit les eaux supérieures aux inférieures.
- De ce chaos ou composé philosophique qui est notre première matière, le sage en tire un esprit visible, qui néanmoins est incompréhensible, qui est la racine de vie du corps et le mercure des philosophes, dont la liqueur doit être rendue matérielle jusqu'à ce qu'elle arrive à un degré de souveraine et parfaite médecine.
- Ce corps dont on tire un esprit qui est une eau d'or sans corrosion, est informe et ressemble à un chaos, à un avorton ou un ouvrage de hasard. L'esprit qu'il contient est sous des formes méprisables, aussi fait-on payer à vil prix sa matière par les ignorants, tandis que les sages et les savants l'estiment uniquement parce qu'ils en connaissent la valeur.
- Cet être unique composé de deux substances dont la troisième est cachée est le vaisseau d'Hermès (les colombes de Diane) où l'air qu'il faut cuire est un milieu entre le métal et le mercure. C'est l'enfant philosophique, c'est une seule essence qui accomplit d'elle-même le grand œuvre, à l'aide d'un feu gradué qui en est la nourriture.
- Cet enfant doit être d'abord purifié de ses phlegmes et en huile ramené sept fois à sa mère qui est la lune blanche. Il doit être lavé, nourri et allaité du lait de ses propres mamelles et recevoir son accroissement et sa force par les imbibitions et être perfectionné par les aigles volants qui se font par la sublimation et l'addition du véritable soufre, qui aiguisé, en sort plus fort d'un degré à chaque sublimation.
- Cette sublimation fait toutes les opérations des sages. C'est l'élévation ou l'exaltation de la substance d'un état abject à l'état de haute perfection. On reconnaît en notre mercure un mouvement d'ascension dans le premier ouvrage, qui est la préparation du mercure, ce qui constitue toute la difficulté. Le reste n'étant plus qu'un jeu d'enfant et œuvre de femme.
- La sublimation est l'élévation d'une chose sèche avec adhérence au vaisseau, par le moyen du feu. La chose sèche étant notre aimant qui attire naturellement son vaisseau qui est l'humide, car le sec attire l'humide et l'humide tempérera le sec, s'unit à lui par le moyen du sec qui participe de la nature de l'un et de l'autre.
- Dès que Neptune est sorti du centre de la mer, il apaise tous les vents et fait un calme général avec son trident, c'est-à-dire que notre pierre ou la matière devient triomphante en siccité.
- C'est le ciel et la terre qui se marient sui le lit d'amitié et c'est le palais royal ; ce sont les imbibitions. C'est la mère qui nourrit son enfant et l'enfant qui nourrit sa mère s'aidant mutuellement pour augmenter et se multiplier.
 
 

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