
Livre de
la Sainte Trinité, XVe siècle
Les
Récréations
hermétiques forment un texte sur le grand oeuvre
qui est original à plusieurs titres :
- c'est un traité rédigé au XIXe
siècle, et dont l'auteur est resté anonyme ;
- ce traité a été dans les mains du chimiste Eugène Chevreul qui le
possédait, comme quantité d'autres, dans sa riche
bibliothèque du Muséum
d'Histoire Naturelle ;
- il est probable que Fulcanelli s'est inspiré de plusieurs
passages de ce traité anonyme, passages que nous avons
relevés et qui semblent se situer dans le Mystère des
Cathédrales ;
- le ton est superposable à celui de maints traités :
c'est une synthèse bien ordonnée, mêlant
adroitement des éléments d'alchimie positive et
d'alchimie chimérique ;
-
ce traité est cité plusieurs fois, tant par Fulcanelli
que par Eugène Canseliet, notamment dans son Alchimie
expliquée sur ses Textes classiques et dans ses Deux Logis alchimiques.
A ce titre, il peut être lu avec un certain profit par les disciples d'Hermès.
Les
sciences éprouvent comme les choses les
vicissitudes du temps, et dégénèrent plutôt
que d'acquérir de l'accroissement.
Les hommes à systèmes, accueillis de toutes parts,
ont semé le désordre dans
le vaste champ de l'imagination, et les fleurs les plus bizarres en ont
été le
produit : ces fleurs ont pris enfin une telle faveur que les
meilleurs livres,
les plus beaux discours sont réputés sans valeur, s'ils
n'en sont ornés.
La
science dont toutes les autres dérivent,
celle de la Nature, est tombée dans un tel discrédit, que
l'on frappe
aujourd'hui de ridicule tous ceux que l'on y sait livrés.
Au
moyen des lois de l'affinité, on prétend
résoudre tous les problèmes ; les Eléments sont ou
multipliés ou anéantis ; et
ceux qui les admettent sans restriction sont placés, avec ceux
qui en ont
traité, au rang des ignorants, ou des hommes hors de sens. [rappelons que Berthelot était opposé
à la théorie atomique]
Sans
repousser les affinités, bases de la
nouvelle Philosophie chimique, je les crois du moins inutiles au but
qu'un
véritable ami de la vérité se propose d'atteindre.
J'entends parler ici de la
connaissance des causes premières sur lesquelles toute science
doit s'asseoir,
et qu'on affecte de mépriser comme certain Renard de la Fable,
qui faisait si
des raisins qu'il ne pouvait prendre : au surplus ces lois de
l'affinité que les savants modernes font tant valoir,
bien qu'elles
ne conduisent point à la source de notre admirable
fontaine de vie [il
s'agit du Mercure animé],
sont loin d'être l'objet de nouvelles découvertes : j'en
appelle à tous ceux
d'entre eux qui ont de la bonne foi ; et étaient du moins
reconnues par le
fait, quand elles ne l'étaient pas encore par les mots.
Les
Eléments ont un Centrum Centri que tous les
yeux ne peuvent apercevoir ; et ils ont
de plus un Centrum Commune dont les
prétendus savants n'osent approcher, crainte de dévoiler
leur turpitude (la
lumière). [ce
centrum centri est symbolisé par le signe solaire : il s'agit du
SOUFRE, envisagé comme principe mais
pas comme le soufre vulgaire]
Cette
chaleur caustique, accompagnée de
lumière, que l'on appelle communément feu, n'est pas
l'Elément de ce nom, dont
les sages ont voulu parler. On prend en cette circonstance les effets
pour la
cause, et on va plus loin que les rhéteurs, qui prennent au
moins la partie
pour le tout. [il s'agit
en fait d'un principe de chaleur pontique dont les Sages nous disent
qu'est exclu tout acide, toute eau forte, etc. Les alchimistes
l'appellent le solvant des métaux et il leur permet de
préparer l'humide radical
métallique]
Le feu est un fluide éminemment subtil,
procédant directement de la lumière et que l'on nomme,
tantôt Electrique, tantôt Galvanique ou Magnétique
etc., suivant ses diverses modifications, ou plutôt, c'est la
lumière elle-même dérivée de sa source et
dont elle demeure détachée. Il n'est ni froid ni chaud,
et la chaleur ou le froid ne sont point des corps, quoi qu'en dise M.
Azais, mais de simples effets du mouvement ou du repos. [il ne s'agit point en effet de corps mais,
comme le dist très bien Chevreul, de propriétés
organoleptiques de la matière, c'est-à-dire d'effets
psycho sensoriels par lesquels nous croyons voir la
réalité, alors qu'elle ne correspond qu'à nos
perceptions, cf. Chevreul]
Le mouvement seul produit la chaleur
avec toutes ses conséquences bonnes ou mauvaises, ce dont chacun
est en état de faire l'application ; et le feu en raison de sa
plus grande subtilité, est aussi propre à recevoir
l'impulsion et à la commuter aux autres corps.
l'Air,
l'Eau et la Terre ne sont que les
conséquences immédiates et successives de la formation du
feu. La Lumière
détachée de son foyer, accumulée par perte de
mouvement et refoulée par une
nouvelle et continuelle émission de sa substance, s'est
donnée à elle-même
différentes formes dont nous avons fait la distinction. Dans le
langage, les
plus simples de ces formes ont été appelées
Elémentaires. [sur
les Eléments appliqués à l'alchimie, cf. l'Atlas
de Chevreul, in Idée
alchimique, V]
La
Lumière, principe de vie et de mouvement,
peut être considérée comme l'acte unique de la
création ; tout le reste n'en
est que la conséquence. C'est ce qu'a voulu démontrer Hermès, lorsqu'il dit dans sa Table
d'Emeraude : « Ce qui est dessus est semblable a. ce
qui est dessous, et ce qui
est dessous est semblable à ce qui est dessus, pour faire au
moyen de
ces deux choses, le miracle d'une
seule chose. »
Le
Tout en toutes choses de B.
V. [En To Pan de la Chrysopée de
Cléopâtre, cf. Chimie des Anciens, Berthelot]
n'est qu'une citation abrégée de cette proposition et de
la vérité qu'elle
renferme que tous les sages de l'antiquité ont reconnue,
l'Univers signifiant
l'unité retournée ou renversée en a reçu sa
dénomination. Je puis citer encore
à l'appui de mon assertion, l'Evangile de saint Jean, où
il est dit : « la lumière était dans
les ténèbres, et les
ténèbres ne l'ont pas emprise » [cf. La Lumière sortant par
soy-même des Ténèbres, de Crasselame
avec un commentaire de Bruno de Lanssac] ; car
son application morale ne fait que
justifier le fait qui lui a servi de base.
Les substances gazeuses et aériformes sont de
nature chaotique plutôt qu'élémentaires, et
s'inversent facilement en l'Élément dont elles se
rapprochent le plus. Les Météores de toute espèce,
sans excepter les aérolithes ou pierres d'Air [cf. la pierre noire de Pessinonte que tient
Cybèle - symbole de l'athanor - dans sa main, voyez nos Symboles],
prennent d'elles leur origine, cependant leur forme est toute
aérienne, et fait voir qu'elles sont sous la dépendance
de cet Élément ; mais, comme tout ce qui luit n'est pas
OR, tout ce qui a la légèreté et l'apparence de
l'air, n'est pas air : c'est le Médium dont
ces substances tiennent leur forme à qui cette
dénomination appartient. [c'est pourquoi Philalèthe a
écrit un chapitre dans son Introïtus, nommé l'Air des Sages]
L'Eau,
même celle des pluies et de la Rosée [sur la rosée des Sages, voyez Mutus Liber
et nos blasons alchimiques],
n'est qu'un composé de substances gazeuses auxquelles le feu et
l'action de la
lumière ont donné la forme d'eau ; mais c'est la forme et
non la substance
qu'il faut considérer ici comme Élément, or
j'entends par forme ce qui en fait
le lien, et qui fait aussi celui de tous les corps, même du
verre. [le verre est
omni présent dans tout le symbolisme alchimique ; ce n'est pas
pour rien quand on songe que la matière de la pierre n'est qu'un
oleum vitri au 3ème oeuvre, cf. vitraux alchimiques de Bourges
- sur le verre, voyez l'Art de la
Verrerie de Loysel et Douze Leçons sur la Verrerie
de Péligot]
La Terre que nous cultivons n'est pas non plus
l'Elément que nous lui faisons représenter. Elle n'est au
fait qu'un grand amas de débris des corps des trois
Règnes dans le chemin de la destruction [allusion aux produits de dégradation
des feldspaths, dont le dernier représentant n'est autre que
l'argile, cf. études sur le métamorphisme de Daubrée et de Delesse ainsi que notre Mercure de nature ] ;
il est vrai de dire qu'elle contient quelques portions de la terre
première et élémentaire, car indépendamment
de celle que l'eau lui fournit sans cesse, elle en reprend
elle-même la forme par sa destruction journalière. Ainsi
la fin de toutes choses ressemble à son commencement et la
mort devient le principe d'une nouvelle vie : c'est ce que les anciens
ont reconnu et expérimenté, et qu'ils nous ont
représenté sous la forme du serpent qui mord sa queue,
pour en perpétuer le souvenir. [le serpent Ouroboros immortalisé par
la couverture des Origines de l'Alchimie de
Berthelot]

FIGURE I
(serpent Ouroboros, extrait de la Chimie des Anciens, Berthelot)
Lors
donc que vous lisez quelque traité des
anciens sur l'étude de la Nature, n'entendez pas pour
élément les substances
crues, indigestes et mortifères que je viens de vous signaler,
mais
recherchez-en le Centrum Centri par
quelques procédés ingénieux et de votre propre
fonds [le
secret est de revivifier le mort, c'est-à-dire de redonner vie
aux chaux métalliques ; le dissolvant des métaux est ce
moyen de résurrection, que les alchimistes ont appelé
leur Mercure] ;
car les sages le veulent
ainsi, tant pour empêcher les abus, que la profanation de cette
science, au
moyen de laquelle la société pourrait être
bouleversée et anéantie. Ne craignez
donc pas de vous livrer à l'étude de notre science, et
employez pour
l'approfondir et en connaître les mystères, tous les
efforts du raisonnement,
puisqu'il n'y a que ce moyen pour sortir du labyrinthe dans lequel vous
vous
êtes peut-être légèrement engagé.
N'attendez surtout aucune preuve de nos
dires, car personne ne sera tenté de vous en administrer : je
veux parler de
cette preuve irrévocable que donne l'expérience mais
puisque d'autres l'ont
acquise par les seuls moyens que je vous donne, ne
désespérez pas du succès ;
j'ose même vous le garantir, si vous vous décidez à
suivre mes conseils et à ne
pas vous en écarter : car je vous enseigne la droite voie et
veux vous sortir
des pas perdus dont la route est partout semée.
«
Retournez
les éléments, dit Aristote, et
vous trouverez ce que vous cherchez ». [parabole
du Déluge que connaissent les disiciples d'Hermès.
Fulcanelli y consacre plusieurs pages dans sa trilogie :
littéralement, retourner les éléments,
c'est-à-dire revenir sur ses pas ou anastrojh : c'est l'objet de la réincrudation ]
Cette proposition, l'une
des plus
importantes ayant mis les esprits en mouvement, chacun s'est mis
à la recherche
d'une matière première pour arriver à ce but
pensant bien que les Éléments
isolés ne pouvaient y conduire, tandis qu'un corps qui en
était tout composé,
et encore dans son état de simplicité, était le
seul qu'on pouvait
raisonnablement mettre en oeuvre pour chercher le point de perfection.
A
force
de chercher, quelques-uns l'ont enfin rencontré ; mais ne
trouvant rien dans la
Nature capable de le dissoudre, malgré sa simplicité et
ne pouvant en extraire
les éléments par aucun autre moyen, ils
s'avisèrent de remonter vers leur
source commune y ayant puisé, ils vinrent enfin heureusement
à bout de leur
dessein.
Soyez donc assuré que sans l'eau ignée
composée de la pure lumière du Soleil et de la lune, [c'est l'eau étoilée et
métallique, celle dans laquelle, à force de travail, le
premier signe que verra l'Adepte sera cette alternance où la
matière se fait astre ou fleur] il vous
sera impossible de vaincre les nombreux obstacles qui se
multiplieront encore à vos regards, lorsque vous tenterez le
passage de ce fameux Détroit [il s'agit d'une allusion au voyage des
Argonautes, dans l'épisode des Symplegades ou roches
cyanées qui signalent la fin de la putréfaction, cf.
Pernety, Fables Egyptiennes et
Grecques] qui conduit à la mer des
sages, cette eau que quelques-uns nomment avec raison esprit universel
et que l'Anglais Dikinson a suffisamment fait connaître, est
d'une si grande vertu et pénétration, que tous les corps
qui en sont touchés, retournent facilement à leur premier
être [humide radical métallique].
J'ai déjà fait connaître que ce
n'était pas l'eau de pluie ni de Rosée qui convenait
à cette opération, j'ajouterai ici que ce n'est point non
plus l'eau d'une espèce de champignon appelé
communément Flos Coeli ou Fleur du Ciel et
que l'on prend fort improprement pour le Nostoch des
anciens, [nous avons
déjà vu ce nostoc à de multiples reprises : il est
cité par Fulcanelli, E. Canseliet et Pierre Dujols dans son Hypotypose
; il faut y voir l'allégorie du crachat de Lune ou écume
blanche qui cache le secret de la captation du Soufre blanc, cf.
commentaire à l'Atalanta fugiens]
mais une eau admirable tirée par artifice des rayons du soleil
et de la lune. Je dirai encore que les sels et autres aimants qu'on
emploie pour tirer l'humide de l'air, ne sont bons à rien dans
cette circonstance et qu'il n'y a que le seul feu de Nature dont on
puisse ici se servir utilement. [ces propos sont bien sûr envieux
puisque l'alkali végétal est de toute
nécessité] Ce feu renfermé
au centre de tous les corps a besoin d'un certain mouvement pour
acquérir cette propriété attractive et
universelle qui vous est si nécessaire, et il n'y a dans le
monde qu'un seul corps où il se trouve avec cette condition,
mais il est si commun qu'on le rencontre partout où l'homme peut
aller ; c'est pourquoi j'estime qu'il ne vous sera pas difficile de le
rencontrer. [les deux
corps dont entend parler l'auteur sont nommés par les
alchimistes Aimant et Acier ; ils font l'objet de l'une des
allégories de Cyliani dans son Hermès
Dévoilé, cf. Matière]
M. Bruno de Lansac, auteur du commentaire sur
l'ouvrage ayant pour titre La lumière sortant des
ténèbres, dit savamment que le feu
vit d'air et que c'est aux lieux où l'air abonde le plus qu'il
faut chercher le Soufre des sages ; car il appelle cette eau
indifféremment soufre ou mercure, d'autant qu'elle contient l'un
et l'autre et qu'elle jouit de leurs propriétés. [ce n'est point autre chose que dit
Fulcanelli lorsqu'il écrit que les alchimistes parlent de leur
matière comme du SOUFRE ou du MERCURE selon la forme qu'elle affecte ; il
parle bien entendu du Mercure animé, i.e. philosophique]
Ce n'est cependant pas tout à fait à la lettre qu'il faut
prendre ces paroles. Je recommande seulement de suivre attentivement
cet auteur lorsque passant en revue les Règnes de la Nature il
fait une démonstration précise de l'emploi et de
l'utilité de cet élément pour l'entretien de
chacun d'eux. Ce chapitre bien médité sera d'un grand
secours aux amateurs de la science, et je ne puis trop les engager
à en faire l'objet d'une étude particulière.
J'ai dit que la lumière était la
source commune, non seulement des Éléments, mais encore
de tout ce qui existe, et que c'est à elle, comme à son
principe, que tout doit se rapporter. Le Soleil et les Etoiles fixes
qui nous l'envoient avec tant de profusion en sont comme les
générateurs ; mais la Lune placée
intermédiairement, l'attrempant de son humidité, lui
communique une vertu générative au moyen de laquelle tout
se régénère ici-bas.
Tout
le monde sait aujourd'hui que la
lumière que la lune nous envoie, n'est qu'un emprunt de telle du
Soleil, à
laquelle vient se mêler la lumière des autres astres. [passage cité par E. Canseliet dans
son Alchimie expliquée sur
ses Textes classiques. C'est apparemment Canseliet qui a
attiré l'attention sur ce texte anonyme]
La
Lune est par conséquent
le réceptacle ou foyer commun dont tous les philosophes ont
entendu parler :
elle est la source de leur eau vive [cf. Atalanta, XLV].
Si donc vous voulez réduire
en eau les
rayons du Soleil, choisissez le moment où la lune nous les
transmet avec
abondance, c'est-à-dire lorsqu'elle est pleine, ou qu'elle
approche de son
plein : vous aurez par ce moyen l'eau ignée des rayons du Soleil
et de la Lune
dans sa plus grande force [cf. zodiaque
alchimique].
Mais
il est encore certaines dispositions
indispensables à remplir, sans lesquelles vous ne feriez qu'une
eau claire et
inutile.
Il
n'est qu'un temps propre à faire cette
récolte des esprits astraux. C'est celui où la Nature se
régénère ; car à cette
époque l'atmosphère est toute remplie de l'esprit
universel. Les arbres et les
Plantes qui reverdissent, et les Animaux qui se livrent au pressant
besoin de
la génération, nous font particulièrement
connaître sa bénigne influence. Le
printemps et l'automne [l'attention est appelée sur les
trois premiers signes de l'oeuvre : voyez l'emblème du Triomphe
hermétique de Limojon] sont
par conséquent les saisons que
vous devez choisir
pour ce travail ; mais, le printemps surtout est
préférable. L'été, à cause des
chaleurs excessives qui dilatent et chassent cet esprit, et l'hiver
à cause du
froid qui le retient et l'empêche de s'exhaler, sont
hors-d'oeuvre. Dans le midi
de la France le travail peut être commencé au mois de mars
et repris en
septembre [c'est-à-dire
que la dissolution commence au Bélier et qu'elle finit dans la
Balance ; cf. notre schéma du zodiaque
et des époques propices pour l'oeuvre] ;
mais à Paris et dans le reste du royaume, ce n'est
au plutôt qu'en
avril qu'on peut le commencer et la seconde sève est si faible
que ce serait
perdre son temps que de s'en occuper en automne.
Il faut savoir maintenant que l'influence astrale se
fait préférablement sentir vers le Nord ; que c'est vers
le Nord [allusion aux
Septs boeufs de labour qui entourent l'étoile du Nord,
allégorie très souvent employée dans les textes,
voir commentaire de l'Atalanta fugiens ; il y a aussi
une référence à l'Aimant]
que se tourne constamment l'aiguille aimantée, et que c'est
aussi vers le Nord que les fluides Electrique, Galvanique
et Magnétique portent tous leurs efforts, c'est donc aussi vers
cette région que vous tournerez votre appareil, car
l'expérience a prouvé que de tout autre côté
vous ne trouveriez point cet esprit.
Il
faut aussi que le ciel soit pur et qu'il
n'ait point de vent, autre que la fraîcheur agitée de la
nuit, [arcana nox, cf. blasons alchimiques sur la rosée de
mai et le symbolisme de Zeus] car sans cela on
n'obtiendrait qu'un esprit très faible et incapable d'action.
On
peut commencer le travail aussitôt que le
soleil est couché, et le continuer toute la nuit; mais, il faut
le cesser
lorsqu'il se lève, car sa lumière disperse l'esprit, et
on ne recueille plus
qu'un flegme inutile et nuisible.
Les
Philosophes ont tenu jusqu'ici ces
choses très secrètes ; ils n'en ont parlé que fort
obscurément, et toujours
sous le voile de l'allégorie. D'Espagnet [L'Oeuvre Secret d'Hermès,
la Philosophie
Naturelle Restituée], le
Cosmopolite [Alexandre Sethon, la Nouvelle
Lumière Chymique ou Douze Traités ; cf aussi
le Traité
du Sel apocryphe] et
quelques autres ont
fait des descriptions ingénieuses de la saison de printemps.
Nicolas Flamel, pour désigner la
région du Nord, a feint un voyage à Saint-Jacques de
Compostelle, [là
encore Fulcanelli a bien fait voir que ce voyage était
parfaitement fictif ; sur le pseudo flamel, cf. Figures Hiéroglyphiques,
le Désir
Désiré, l'Alchimie de Nicolas flamel ou
Testament] d'où il est revenu avec un
médecin juif converti [il s'agit de Maître Canches ou
Mercure qui meurt dans de grands vomissements]
qui, après lui avoir enseigné les plus grandes
particularités de l'oeuvre, mourut à Orléans
où il le fit enterrer à Sainte-Croix.
On
voit au ciel la Voie Lactée qui
court du midi
vers le Nord où elle forme deux
branches dont la direction est variable en raison du mouvement de la
terre, et
dont la Boussole suit la variation. Cette voie lactée est
appelée vulgairement
le Chemin de Saint-Jacques, parce que les pèlerins la
désignent ainsi, et
qu'elle leur sert de guide pendant la Nuit pour leur grand voyage ;
elle est
aussi le guide du philosophe Hermétique qui la reconnaît
dans le midi où elle
prend sa source, et la suit vers le Nord où est son Embouchure.
Le médecin juif
converti est le Mercure qu'il trouve sur sa route, et qui comme on le sait, révèle
tous les
secrets de l'Art, quand on en est
possesseur. [Fulcanelli
a dû lire ce texte car on trouve dans le Myst. Cath. une histoire absolument
semblable. Rappelons que Chevreul avait ce mss dans sa
bibliothèque du Jardin des Plantes, cf. fonds Chevreul]
Flamel le désigne comme médecin, parce qu'il
purge les métaux de
leur lèpre et qu'il est vraiment une médecine. [c'est là que les Adeptes ont
placé l'antimoine comme « faux ami ». Ce
métalloïde trouve encore ses partisans... Newton y a
consacré une grande partie de ses propres études, cf. symboles et mss
alchimiques de Newton] Il en en
fait un juif converti,
parce que la Lumière prend sa source en Orient et qu'il en fait
un juste
emploi. Enfin, il le fait mourir à Orléans et enterrer
à Sainte-Croix pour
annoncer sa fixation : ce que la Croix marquant les quatre points
Cardinaux de
l'atmosphère montre plus positivement. C'est donc un mensonge de
l'auteur du
livre ayant pour titre Hermippus
Redivivus [il
s'agit d'un traité qui ne figure pas dans les grands recueils :
de Johann Heinrich COHAUSEN : Hermippus
redivivus, ou le triomphe du sage sur la vieillesse et le
tombeau; contenant une

méthode
pour prolonger la vie & la vigueur
de l'homme; traduction de l'anglois, d'après le docteur
Cohausen, &
la seconde édition de Londres. Par de la place. Paris
[Bruxelles]: Maradan 1789] tendant à
accréditer son système
imbécile, que la citation qu'il
a faite du prétendu voyage de N. Flamel et qu'il ose appuyer de
la relation qui
lui en fut faite par deux Adeptes se disant ses amis et affirmant
sa longue
existence.
B.V. fait dire à Adolphe [il s'agit d'un passage tiré de l'Azoth]
sortant d'un souterrain à Rome, et tenant à la main le
petit Coffret de plomb renfermant la figure parabolique du vieil Adam :
«
Dans
mon extrême ravissement,
je regardai au
midi où sont les chauds lions, et puis je me tournai au Nord
où sont les Ours.
»
Saint
Didier, auteur du Triomphe Hermétique,
dans sa
Lettre
aux disciples d'Hermès, dit que
«
l'étude
de
cette science est comme un
chemin dans les sables où il faut se conduire par
l'Étoile du Nord ».
Cette
Etoile a toujours été considérée comme
le guide certain de notre philosophie, et c'est elle qui conduisit les
bergers
à la Crèche où reposait le Sauveur du monde.
Il y a des ouvrages intitulés L'Étoile ou philosophe du Nord,
mais l'abus qu'on fait de cet emblème un trop
grand nombre
d'auteurs pseudonymes, pour se donner du relief et se faire rechercher,
l'ont
couvert de tant de défaveurs qu'il a beaucoup perdu de son prix.
[là encore, autre
passage sur lequel Fulcanelli a beaucoup glosé, de même
que Canseliet. Cette transposition du monde chrétien au domaine
de l'hermétisme a connu son heure de gloire au temps de
l'alchimie médiévale et a été repris
ensuite par les scolastiques de la Renaissance, comme Marcile Ficin et
Pic de la Mirandole. Cf. la Chrysopée du Seigneur du
pseudo-Lulle ; voir aussi notre saint
Jean Baptiste ou notre retable
d'Issenheim]
Sachez
toutefois que l'esprit astral étant
le père nourricier de la pierre, il en faut recueillir une
grande quantité.
Cette récolte ne peut se faire en une seule fois, c'est pourquoi
on y emploiera
tout le temps que durera le travail qui est au moins de trois
années [c'est-à-dire
trois années hermétiques lesquelles ne correspondent pas
au temps « légal ». Il semble qu'il faille y lire
trois jours hermétiques] ; car il
ne faut pas s'en tenir à ce que disent les auteurs sur les
temps, leurs
discours n'étant que des tissus d'énigmes ou
d'allégories dont je donnerai
ailleurs l'explication. Revenons au principal Sujet de la Philosophie.
Tous
les sages s'accordent à dire, et c'est
une vérité incontestable, que l'oeuvre se fait d'une
seule
chose à laquelle on
n'ajoute rien d'étranger et dont il n'y a rien à
retrancher que les immondices
et superfluités. C'est ainsi que s'exprime B. Trévisan ;
et son dire qu'il a
emprunté aux philosophes qui l'ont précédé,
a été soutenu et répété unanimement
par tous ceux qui l'ont suivi. [ce qui aurait tendance à signifier
le contraire, quoique le Trévisan fasse partie des Adeptes les
moins envieux. Nous avons fait voir dans notre Fontenay
que ne rien ajouter à la matière équivaut à
avoir un Mercure « blanc »... dont on ne pourrait rien
faire si l'on n'y mêlait pas, précisément, les
rayons du soleil et de la lune. Cela a fait l'objet d'analogies
mythologiques avec des fables tirées de Diane, cf. symboles]
Bien des gens, entendant mal cette unité de la pierre, mettent dans un vaisseau qu'ils nomment un oeuf philosophique, une seule matière de leur choix, qu'ils tiennent sur un feu de lampe ou tel autre qu'ils imaginent, et attendent ainsi vainement sa dissolution. D'autres font des amalgames, et ne sont pas mieux avisés. Ils ne font aucun progrès par beaucoup de raisons dont voici les principales :
1) - Ils
travaillent sur matière morte ; et quand ce sera sur le
véritable sujet de la
philosophie, le vase et le feu ne lui sont pas proportionnés. [allusion au vase de nature ainsi qu'aux
poids]
2)
- Ils ignorent que
depuis le commencement
jusqu'à la fin du travail, notre matière est double je
veux dire qu'elle a un
agent et un patient sans lesquels il n'y aurait aucune action dans le
vaisseau que l'agent fait office de
mâle, et le patient celui de femelle, et que tous les deux
ensemble, bien que
séparés par leur Nature, ne constituent qu'un seul corps
qui est nommé à cet
effet Rebis ou deux choses en une. [c'est un des points les plus importants de
l'oeuvre qui se trouve exposé. Là encore, on croirait
lire les Mystères des
Cathédrales de Fulcanelli. Le concept d'agent et de
patient est fondamental chez lui. L'agent étant assimilé
au rayon solaire igné et le patient, au Sel, c'est-à-dire
au Soufre blanc]
3) - Enfin,
leur travail est tout à fait en sens inverse de celui de la
Nature ; car ils ne savent ni dissoudre, ni putréfier, ni
distiller, ni sublimer, ni aucune de nos opérations. Cependant
ils ne laissent pas d'entreprendre, se disant à eux-mêmes
: cet oeuvre est celui de la Nature à qui nous n'avons besoin
que de prêter la main, c'est à elle de l'achever. Marchant
ainsi en aveugles, et avec tant de confiance, ils ne peuvent manquer de
se heurter à chaque pas qu'ils font dans un si obscur
dédale. [même
remarque, avec des procédés de style que l'on retrouve
chez E. Canseliet.]
Nous lisons dans l'Evangile qu'il ne vient pas de Lys sur des Ronces, ni de figues à la place de raisins ; que telle est la semence, et tel sera le fruit ;mais qu'un mauvais arbre ne peut produire de bons fruits, et que, pour cela, il doit être coupé et jeté au feu ; mais ces raisons ne les touchent point, et ils n'en sont pas moins persuadés de réussir. Cependant voyant la mauvaise fin de leur travail, ils devraient s'amender et reconnaître leur faute ; mais, bien loin de là, ils l'attribuent à quelque accident qu'ils n'ont pu prévoir, et se remettent avec plus de courage encore à leur sot ouvrage. Mais, laissons ces ignorants s'enfler à loisir de vaines fumées et ne nous occupons plus que du choix d'une matière due et de sa préparation.
Il s'agit moins de passer en revue les substances
des trois Règnes, que d'examiner leur composition, pour
savoir de quoi elles ont été formées. A la
première vue, cette difficulté paraît
insurmontable. Elle est grande, à la vérité,
mais pas autant qu'on pourrait se l'imaginer ; car :
1) - Nous
n'avons
besoin pour ce travail, ni
d'Alambic, ni de Cornues, encore moins de Sels, d'Esprits ardents,
acides ou
Corrosifs etc. [cela est
faux pour le travail du 2ème oeuvre où l'on
prépare les éléments du Mercure]
2) - Nous
savons au
surplus que toutes les
choses de ce monde ont une même origine, et qu'elles ne
diffèrent entre elles
que par le mélange des Éléments, mais tels
que je les ai dépeints plus haut.
Il ne nous reste
plus en troisième lieu qu'à
rechercher exactement le point de leur formation.
Considérez que le Ciel et la Terre ont
premièrement existé ; que le Ciel servant d'agent ou de
mâle, et la Terre de patient ou de femelle ont donné
naissance à toutes choses. [C'est là une des grandes
vérités hermétiques. Son application à
l'alchimie est immédiate : le Ciel symbolise le Mercure
où est dissout le Soufre ou teinture. La Terre représente
le réceptacle ou Toyson d'or de
Gédéon ; c'est le SEL de Paracelse ou l'Arsenic de Geber.
C'est le CORPS de Fulcanelli.] Cependant ils
n'étaient pas distincts l'un de l'autre, et ils ne
formaient d'abord qu'une masse ténébreuse et
abominable ; mais la lumière en ayant été
séparée, et les deux en ayant été
établis, la masse s'ébranla et donna signe de vie. Les
Éléments furent formés, l'Univers et tout ce qu'il
renferme parut ensuite ;et cet ordre si admirable de choses subsiste
depuis cette époque, et demeurera ainsi jusqu'à ce qu'il
plaise au Souverain Médiateur de le changer.
La vie telle qu'on voudra la considérer,
n'est qu'un combat de deux substances, ou un échange continuel
de lumière et de ténèbres, l'une de ces substances
prend alternativement la place de l'autre, et fait tantôt
fonction de mâle et tantôt de femelle ;de manière
que quand il plaît au divin auteur, tout se change en une pure
lumière ou tout retourne dans les ténèbres
cimmériennes [ombre
cimmériennes, cf. Fulcanelli, Demeures
Philosophales, t. II, p. 140 et t. I quand il écrit
« les monts cimmériens
». Voir aussi certains détails du voyage des Argonautes,
notamment lorsqu'ils partent de Crête et les paroles de Denis
Zachaire quand il évoque la grande éclipse de Soleil et
de Lune dont parle Lulle], ce qui fait voir que
la lumière et les ténèbres ne sont qu'une
même chose, changée de forme et de valeur par le
développement ou le resserrement de la substance, que de
là provient un attrait mutuel d'où ressort, avec le
mouvement, l'inversion élémentaire de la substance.
Qui
habet aures audiendi, audiat
Considérez
maintenant que de la même manière
et de la même matière dont le monde a été
créé, l'oeuvre des sages est mis au
jour, et que c'est pour cette raison qu'il a reçu le nom de
petit monde ou Microcosme.
Ainsi, je vous ai dit en peu de paroles tout ce que vous avez
à faire pour
cette grande entreprise.
Prenez donc la terre première qui n'est
qu'une pure lumière environnée de ténèbres,
et réduisez-là en ses principes avec la pierre
arrachée sans mains du sommet de la montagne, afin de
reconnaître en elle trois substances distinctes qui sont le sel,
le soufre et le mercure, lesquelles étant adroitement
conjointes avec les deux dont la matière est formée,
à savoir le Ciel et la Terre, forment une Quintessence admirable
dont les vertus sont infinies et incompréhensibles. [tout ce § est tissé de cable et
il commence par une phrase où résonne deux mille ans
d'hermétisme. Cette terre première ou terre adamique
n'est autre que la minière du Soufre blanc : c'est cette pure
lumière, cette blancheur immaculée qui faisait toute
l'importance de l'ancienne terre de Chio ou de Samos, cf. chimie et alchimie. Quant à la
pierre arrachée au sommet de la montagne, elle se rapproche de
celle résultant des exhalaisons que signalent Pline dans son Hist. Nat., de « cette pierre
qui est non pierre », bref de cette matière vitriolique
où l'on peut voir un guhr, cf. Vitriol de Tripied.]
Cette pierre
merveilleuse apparut en songe à
Nabuchodonosor Roi de Babylone, et vint briser et réduire en
poudre une grande
statue qu'il voyait debout devant lui, et dont la tête
était d'or le plus pur,
la poitrine, les épaules et les bras d'argent le ventre et les
cuisses
d'airain, les jambes de fer et l'argile
y était amalgamée avec de la semence humaine, mais qui ne
leur était point
adhérente, non plus que le fer ne peut être
mêlé avec l'argile. [Babylone renvoie au vitriol romain - cf. Atalanta, XXV - puisque Rome peut
être assimilée à Babylone]

FIGURE III
Nabuchodonosor
justement effrayé de cette
vision, manda tous les mages de son Royaume, et exigea d'eux, sous
peine de
mort, qu'ils devinassent son songe et en donnassent une juste
interprétation
; aucun d'eux n'en put venir à bout. Il n'y eut dans tout le
Royaume qu'un
jeune homme nommé Daniel et rempli de l'esprit de Dieu, qui
pût satisfaire à sa
demande (Daniel, chap. 2, v. 18).
Ce songe peut être appliqué tout entier
à l'oeuvre des sages, et lui servir de figure Parabolique. On
verra, par exemple, dans les Mages de Babylone, la tourbe des faux
savants s'efforçant en vain d'entendre la science, voulant
néanmoins persuader qu'ils la possèdent, et conduisant
dans des sentiers perdus ceux qui se livrent à eux de trop bonne
foi :dans Daniel un fils de la sagesse, à qui tous les secrets
de la Nature sont connus, et qui peut donner une saine et
véritable explication.
La statue sera
notre Arbre Métallique [il s'agit de l'Arbore solari, cf. Fontenay] depuis
son sommet jusqu'à sa racine dans laquelle sont encore confondus
Saturne,
Jupiter et Mercure comme métaux de première origine [en
fait, ces trois planètes, plus que des métaux, sont les
hiéroglyphes de certains médiateurs salés, ce
qu'on oublie trop. Voyez plutôt en Saturne le signe d'un sulfure
ou d'un sulfate ; en Jupiter quelque chaux minérale ou
métallique. Enfin, en Mercure l'a forme sous laquelle ces chaux
doivent être apprêtées]. Le
fer et l'argile mêlés
avec de la semence humaine représenteront l'Oeuvre de Nature
figuré de main
d'homme ; et la Pierre coupée sans mains du haut de la montagne,
et venant
briser les pieds de la statue et la réduire en poudre
impalpable, sera prise ou
pour la foudre que lance Jupiter, ou pour la faux de Saturne que vous
devez
échanger adroitement contre le trident de Neptune, [c'est
la ronde ou le carrousel, si l'on préfère, des
éléments de l'oeuvre, qui est par là nommé
: le zodiaque permet de
résoudre le problème, appliqué au microcosme de
l'alchimiste] moyennant une
certaine clé
que je vous donnerai, jusqu'à ce que Pluton s'en montrant
jaloux, et soufflant
du fond de ses cavernes montre à son tour sa puissance, en
desséchant les eaux,
et réduisant l'arbre en cendre ou poussière que vous
sèmerez et dont il viendra
beaucoup de pierres précieuses. [Tout
est dit ici. C'est la phase d'assation de la voie sèche qui
marque la trace de Pluton ou si l'on préfère, de Ploutos,
car du désert, naîtra la Jérusalem céleste,
cf. humide radical métallique]
Les Anciens,
jaloux de leur secret, ont parlé
de la matière sous ses divers aspects, afin de tromper la
crédulité des gens
avares et des ambitieux qui ne rêvent que puissance et
dévastation. Ils ont confondu
avec le sujet de la philosophie leur première matière qui
ne s'obtient qu'après
beaucoup de temps et de longs travaux. N'étant nullement
participant de leur
envie, j'ai voulu vous faire toucher du doigt ce sujet tant
recherché et l'ai
mis exprès tout nu devant vos yeux, pour vous dispenser de le
chercher plus
longtemps. J'espère que vous me saurez gré de ma
franchise, et que vous en
tirerez le parti le plus avantageux, en vous prévenant toutefois
d'ajouter à
mes paroles un petit grain de sel, pour vous les rendre plus sensibles.
Ferrare peint ce
sujet comme une pierre qui
n'est pas pierre, qui est dure et molle, et qui n'est d'aucun prix ;
mais si
vous voulez m'en croire vous vous attacherez davantage à ce
qu'en a dit le
comte de Trévise, car il s'est montré moins envieux que
personne, ayant peint
ce sujet très au long dans son Arca
Aperta
(B. Husson signale
que l'auteur fait une confusion et rétablit la citation exacte
de « La Lumière sortant par
soi-même des Ténèbres »
où il est question de l'Arca
Aperta. Voici la citation : « Le comte Bernard,
défendant de prendre pour l'oeuvre philosophique les animaux,
végétaux et minéraux, ajoute : et les
métaux seulement comme s'il voulait dire les métaux qui
sont restés seuls et sans agent, ainsi que l'explique l'auteur
du livre intitulé Arca
Aperta, ayant fait une description très
étendu des matières qui ne sont pas propes à notre
oeuvre, dans son ouvrage.»),
et ayant fait une description très
étendue des matières qui ne sont pas propres à
notre oeuvre, dans un autre ouvrage. Je vous donnerai ensuite le
conseil de l'illustre commentateur de la Lumière sortant des
ténèbres, M. Bruno de Lansac : «
Choisissez,
dit-il, une matière qui ait le brillant métallique
»
(B.
Husson rétablit encore la citation exacte de Bruno de Lansac :
« Il faut
prendre surtout que l'essence métallique y soit non seulement en
puissance, mais
en acte, et qu'il y ait une splendeur métallique »),
[le brillant
métallique ne signifie pas forcément le métal,
mais l'éclat.]
et j'y ajouterai qu'elle ne soit point
métal, ni minéral, autrement elle ne servirait de
rien. Vous saurez au surplus que ce brillant n'est que le cachet de la
matière et ce qui la décèle aux yeux du sage, et
vous prendrez garde de prendre le fruit au lieu de la racine ; car non
seulement il est non mûr, mais dans une hypothèse
opposée, il ne vous donnerait encore qu'un sauvageon dont vous
ne tireriez aucun parti.
La dissolution
est la première chose qu'il
vous faut entreprendre, car il faut délier le corps pour mettre
les ennemis aux
prises. Or le feu et l'eau vous seront ici grandement
nécessaires, d'autant que
ces éléments sont déjà ennemis de leur
Nature et ne demandent qu'à essayer
leurs forces.
L'esprit, dont je vous ai parlé plus haut,
est un feu vaincu par l'eau dont vous vous servirez à cet effet.
[Ici, quelques
explications sont nécessaires, faute de quoi rien de
compréhensible : l'esprit est vu dans le sens de Mercure
animé ; le feu représente le Soufre, vaincu par l'eau ou
premier Mercure - de la voie commune -. Notez que le Mercure participe
de l'EAU et du FEU. Mais c'est qu'alors, le Soufre y a
été infusé et, en conséquence, il est dit
philosophique. Au lieu que le Mercure commun - mais non point vulgaire,
là est l'a nuance - procède de l'EAU et de l'AIR. Voyez
là-dessus l'Atlas de Chevreul, in Idée alchimique, V]
Vous en emplirez le Vase de Nature [qui contient l'olei vitri]
et vous le distillerez à feu très lent pour le
déflegmer. Vous trouverez au fond quelque chose de fixe que vous
vous garderez d'en retirer. Vous verserez dessus de nouvel esprit dans
la même proportion, et vous continuerez ainsi la distillation,
jusqu'à ce que le vase n'en puisse plus contenir, et que tout
demeure fixe au fond. En continuant le feu au même degré,
vous apercevrez bientôt dans votre vaisseau quelque agitation en puissance, mais aussi en acte, et
qu'il y ait une splendeur métallique.
Agitation
causée par un petit vent
de Sud-ouest [cf. commentaire de l'Atalanta fugiens sur les vents de
l'oeuvre] laquelle sera suivie d'une pluie fort
agréable
à la vue. Le vent et la pluie allant toujours
croissant vous ne verrez plus dans le vaisseau que comme une mer qui
sera de
plus en plus agitée jusqu'à ce qu'enfin les
éléments pacifiés, tout rentre dans
l'ordre de la Nature. Mais le jour a fait place à la Nuit,
l'obscurité
s'agrandit et le vaisseau est d'un noir parfait. Cette Nuit est la
cinquantième, et elle a paru triple aux matelots à cause
de la fatigue qu'ils
ont essuyée. Le jour commence à poindre, l'horizon est
clair et sans nuage ; la
journée sera magnifique.
Cette manière de s'exprimer est commune
à presque tous les auteurs anciens, et il n'est pas rare de
trouver des lecteurs qui prennent ces discours à la lettre. Le
vent et la pluie sont pour eux des réalités, et leur
crédulité embrasse pour eux les plus petits
détails de l'allégorie. Celle-ci, que je vais remettre
dans le sens droit, leur facilitera l'intelligence des autres.
Le vase de Nature
est la terre préparée
qu'il faut abreuver de son esprit. Elle est dite un vaisseau, et elle
l'est en
effet, puisqu'elle contient. L'esprit qu'on lui ajoute n'est point une
chose
étrangère puisque tout est sorti de lui, et que notre
terre en est formée ;
c'est pourquoi il est dit de faire rentrer l'enfant dans le ventre
de la mère
: ce qui ne se peut faire qu'en lui déchirant les entrailles. [cette
opération est l'une des grandes opérations - au propre -
de l'oeuvre et c'est celle de la dissolution. La période de
réparation est celle dite de la réincrudation]
Il
faut aussi que
notre terre soit divisée dans ses plus petites
parties pour mettre
au jour ses grandes richesses, et cela arrivera ainsi, si vous
l'abreuvez
souvent de son esprit et que vous la laissiez autant de fois
dessécher. Dans cette
opération, le flegme s'évapore, mais l'esprit demeure et
s'incorpore avec la
terre qu'il salifie jusqu'à ce que la saturation soit
complète ; alors l'esprit
qu'on ajoute ne pouvant plus être contenu réagit sur celui
que la terre a fixé
et l'oblige de se dissoudre, ainsi que ferait le sel ; c'est pourquoi
cette
dissolution est comparée à une mer ; et parce que
l'esprit qu'on ajoute est
joint à une humidité altérante et corrompante, il
résulte de son mélange un
mouvement de fermentation qui est suivi de putréfaction, et par
conséquent de
régénération, parce que la fermentation
change les corps de Nature, et dans la
putréfaction, ils ne font qu'échanger leurs
vêtements contre de nouveaux et
d'autant plus riches et brillants, que l'Esprit moteur est d'une
origine plus
relevée. [mais
ici le secret est gardé. Car tout ce qu'énonce l'auteur
n'est concevable que par la voie humide, alors que nous savons que
celle-ci ne mène soit qu'à une impasse, soit aux
dissolutions auriques, cf. notre voie humide]
Ce que la
Matière peut contenir d'humidité,
sans la déverser au dehors, voilà la mesure [poids
de nature à comparer au poids e l'art : les Adeptes estiment que
le poids de nature n'est connu que de Dieu. Mais l'humidité dont
il est question n'a rien à voir avec de l'eau vulgaire : c'est
d'eau ignée ou, si l'on préfère, de feu aqueux
qu'il est question... Aussi y aurait-il quelque intérêt
à rapprocher ce famaeux poids de nature de la mesure du feu. E.
Canseliet assure qu'ici, l'observation des gammes mélodiques
n'est pas à négliger] à
observer pour les imbibitions,
et ce que nous appelons le poids de Nature.
La matière servant de vase, sert
également de fourneau, puisque l'esprit que vous y introduisez
est un feu naturel qui la cuit et la digère pour me servir,
jusqu'au bout, des expressions philosophiques.
Il ne faut pas moins de cinquante ablutions ; car chaque ablution jusqu'à la parfaite dessiccation, est comptée pour un jour naturel ou philosophique ; de manière que nos jours peuvent durer une semaine suivant la saison, la qualité et la quantité de matière soumise au travail. Le grand secret des Sages pour abréger le temps, est de diviser la matière, pour que les jours aient moins de longueur.
Quoique nous ne nous servions point de feu vulgaire
pour nos opérations, il est néanmoins certain que
nous avons besoin d'une température assez élevée
pour que l'évaporation puisse se faire et que la matière
ne languisse pas, et ne se perde. Il est par conséquent utile et
indispensable, pendant l'hiver, et dans le lieu du travail, de faire un
peu de feu, mais non assez pour que la matière en soit
échauffée, ce qui serait pis que de n'en point avoir ;
parce que l'esprit serait chassé et ne pourrait être
remplacé. Il ne faut pas que la température passe quinze
degrés de Réaumur (18° C). [là encore, ceci ne peut être
réaliste. Chasser l'esprit, en langage hermétique,
revient à brûler les fleurs, faute d'avoir perçu la
mesure nécessaire : c'est en quelque sorte une faute de
goût]
Lorsqu'on a ainsi opéré et que la
matière se dissout, elle noircit à mesure. On ne lui
ajoute dans ces divers temps que l'esprit nécessaire pour
entretenir son feu fermentatif ; et quand la matière
commence à fermenter, il faut l'abandonner à son
propre feu, jusqu'à la blancheur parfaite où elle
arrive d'elle-même.
La matière n'est pas liquide comme un brouet,
mais épaisse et noire comme de la poix ou du cirage de bottes ;
elle se boursoufle, s'élève dans le gobelet, donne
desbBulles que l'on compare à des yeux de poisson et qu'il ne
faut pas crever, car elles contiennent l'esprit animateur. [cf. nos symboles
: c'est l'un des points les plus obscurs de la tradition]
Après la
fermentation, la matière s'affaisse
; elle est alors luisante comme de la poix, et du plus beau noir ;
c'est le
signe de la putréfaction que l'on nomme tête
de corbeau. Elle se
dessèche ensuite peu à peu et passe à la couleur
gris de cendre. Bientôt un
cercle capillaire de la plus éclatante blancheur paraît
autour du vaisseau. Ce cercle s'élargit de plus en plus
jusqu'à ce que le tout
soit d'une blancheur
parfaite. [il
s'agit des fameux régimes de couleur qui sont l'un des
mystères les plus épais du magistère. Il est
remarquable que Chevreul n'est point perçu l'importance de ces
couleurs, lui, qui, pourtant, a tant oeuvré dans ce domaine, cf.
biographie... Là encore, rien de
réel ne paraît exister et tout doit se comprendre par
l'entendement : c'est ce que suputait Fulcanelli. Aussi y verrons-nous
des étapes symboliques de l'oeuvre. Nous avons
déjà eu l'occasion de dire que ce cercle capillaire - les
couleurs de la queue de paon - distingue le début de la
conjonction radicale des principes, telle que le laisse à
entendre le texte du Rosaire.]
Avant que cette blancheur arrive, il paraît quelques couleurs sur la matière, parmi lesquelles domine la verte, mais elles ne sont pas très prononcées, et ne sont que passagères et de peu de durée. On les compare néanmoins à l'Iris ou arc-en-ciel. Ce n'est que dans les opérations subséquentes qu'elles ont un caractère très prononcé.
Vous avez passé en revue, sans vous en
apercevoir, nos différentes espèces de feux, le
premier, jusqu'à la fermentation, est appelé bain-marie,
ou de mer, parce qu'il n'opère, en quelque façon, qu'une
dissolution saline [l'attention
est apportée sur le carbonate de
soude ou natron ainsi que sur le sel admirable de Glauber ou
sulfate de soude]. Le second est appelé
chaleur de fumier, et vous en savez maintenant la raison. Le
troisième est appelé feu de cendres ; et le
quatrième enfin feu de réverbère. [le fumier appelle l'étable ; c'est
une indication sur le salpêtre. Le
feu de cendres parle de lui-même : il évoque la cendre des
végétaux et renvoie à l'alkali fixe outre qu'il évoque le feu des cendres,
c'est-à-dire le Mercure animé]
Nous avons encore d'autres espèces de feux, mais qui
connaît les premiers, connaît indubitablement tous les
autres. D'ailleurs nous les signalerons au passage.
Vous remarquerez ici que ce travail ressemble
à celui des jardiniers qui arrosent leurs jardins.
Qu'arrive-t-il en cette circonstance ? La terre végétale
qui, comme je vous l'ai observé dès le commencement,
n'est formée que de débris des corps, s'altère et
se décompose par sécheresse et humidité
récessives, et fournit un sel et un esprit dont la Plante se
nourrit par le moyen de l'eau qu'elle absorbe et qui est le conducteur.
Je reviens
à la matière blanchie et qui est
encore bien éloignée du but où vous devez la
conduire.
Néanmoins, la principale serrure est ouverte,
il n'y a plus qu'à pénétrer dans le sanctuaire,
mais toujours avec précaution pour ne point faillir, et
être obligé de s'arrêter en si beau chemin.

FIGURE IV
(poste de Bourges : l'ouverture de l'oeuf philosophal ; les Gémeaux de l'oeuvre -
cliché Alain Mauranne)
Cette poudre blanche ou matière
régénérée est le Mercure encore enfant, et
à qui il faut donner des ailes d'aigle à la tête et
aux talons, c'est-à-dire depuis les pieds jusqu'à la
tête, pour qu'il puisse voler, et s'élever à la
plus haute région qui est le Ciel. Il faut le sublimer autant de
fois que dans sa dissolution dans l'esprit astral, il laissera une
terre en arrière qui se précipitera et qu'il vous faudra
recueillir avec beaucoup de soin. Philalèthe appelle ces
sublimations des aigles [voir
l'Air des
Sages] ; d'autant que le mercure
acquiert chaque fois une grande subtilité, et il compare la
terre que le Mercure jette en arrière, à la queue que
laisse le mercure vulgaire derrière lui, tant qu'il n'est pas
assez purifié. « Lavez, dit-il votre mercure et le purifiez
par sel et vinaigre, jusqu'à ce qu'il ne laisse plus de queue
derrière lui, en coulant sur une surface plane.
» Nous saurons bientôt ce qu'il entend par sel et vinaigre
et nous en avons déjà un aperçu.
Lorsqu'on dissout
le Mercure dans l'esprit
astral, et qu'on a séparé la terre par décantation
et lotion, pour n'en rien
perdre, on pose la dissolution dans un lieu frais, et il se fait un
dépôt de
trois sels savoir, l'un cotonneux, qui nage à la superficie et
qui est le
mercure ; le second qui est aiguillé et de nature du Nitre, et
qui est entre
deux eaux ; et le troisième qui est un sel fixe et
minéral qui se
dépose au fond. [il
semble qu'ici il soit fait référence au 2ème
oeuvre, lors de la préparation du Mercure et des Soufres. La
préparation du Soufre blanc peut être effectuée par
de l'alun et du vitriol : une poudre blanche se dépose, qui est
une terre fixe dont la nature n'était encore pas connue du temps
de Lemery, cf. chimie et alchimie]
Dans l'état où l'on voit ici le
Mercure, il tirerait la teinture des végétaux, et en
ferait une médecine. Il est médecine lui-même, car
si on en mettait la valeur d'un grain au pied d'un arbre presque
mort et qu'on l'arrosât, il reprendrait une nouvelle vigueur ;
mais ce serait manger son blé en herbe que d'en rester là
; il faut poursuivre le travail.
Quant aux deux autres sels, ils se réduisent
en mercure semblable au premier, en continuant l'opération. A
cet effet, quand les sels ont été séparés,
on dissout la seconde espèce dans l'esprit astral pour en
arroser le sel fixe, le dissoudre, le faire fermenter et
putréfier : et comme il ne serait pas en assez grande abondance
pour terminer l'opération, on achève les imbibitions avec
le Mercure dissous, et on procède comme la première fois,
par les poids de nature. [par
esprit astral il faut entendre dissolvant des métaux ; il s'agit
du Mercure commun ou Lion vert]
Le poids, si on y
fait attention, diffère
ici du premier, car la terre n'avait besoin que d'être
abreuvée ; mais ici il
faut que le sel soit dissout et fixé jusqu'à ce qu'il ne
puisse plus recevoir
d'humidité, qu'il fermente, qu'il pourrisse et donne les
mêmes résultats que
ci-dessus, c'est-à-dire un Mercure que vous laverez et dont vous
séparerez la
terre pour la joindre avec la première.
Pour sublimer le
Mercure, vous le séparerez
en deux, vous dissoudrez une moitié par l'esprit astral, et vous
ferez par son
moyen des ablutions sur la Partie fixe, ainsi que
je viens de vous enseigner. Vous continuerez vos ablutions
jusqu'à dissolution
parfaite, et vous laisserez ensuite fermenter et putréfier
comme auparavant.
Vous avez ici le mercure du second aigle ; si vous
allez ainsi jusqu'au septième, inclusivement, ce mercure sera
très propre à dissoudre l'or, et il le dissoudra sans
chaleur ni ébullition, et à la manière dont la
glace fond dans l'eau chaude ; vous le conduirez jusqu'au
neuvième inclusivement, et vous lui donnerez toute l'exaltation
dont il est susceptible pour pouvoir opérer de plus grandes
choses. Mais, je vous préviens que si vous vouliez allez plus
loin, il dissoudrait jusqu'aux silex par le simple contact et vous
ne trouveriez plus de vase pour le contenir. [nous versons ici dans la partie totalement
chimérique de l'alchimie]
A chaque sublimation ou aigle, vous séparerez
la terre noire féculeuse comme la première fois, et vous
la joindrez à la première pour en faire l'usage que je
vous indiquerai au second travail ; car le premier a été
employé tout entier à la façon de notre mercure :
mais c'est celui qui exige le plus de temps. Il est aussi le plus
difficile, c'est pourquoi il est comparé aux travaux d'Hercule, [sur les travux d'Hercule, cf. Fontenay et le château de Charles de Lorraine]
dont il n'est au surplus que la juste application : et lorsqu'il est
terminé, le reste n'est plus regardé que comme un ouvrage
de femme et un jeu d'enfant. Il ne s'agit plus en effet que de laver le
laiton, ou de faire une impastation, ce qui s'applique fort bien ou aux
femmes qui s'occupent de lessive, ou aux enfants qui font des boulettes
et des bonshommes d'argile ou de terre détrempée. Lavare et impastare, in hoc consistet magisterium
sapientum.
Le temps de cette
grande et importante opération
est d'environ deux années communes. Et lorsqu'elle
est terminée,
l'apprentissage de notre maçonnerie, car il n'est que celle-ci
de vraie, cet
apprentissage finit, il fait place au compagnonnage dont les
épreuves sont
beaucoup moins longues, et moins rudes.
Vous avez enfin entre les mains ce Mercure universel
dont les sages ont tant parlé, par son moyen, vous pouvez
attaquer la Nature jusqu'au coeur, et extraire les médecines ou
teintures des trois Règnes, en leur donnant en même temps
une fixité et perfection qu'elles ne pouvaient avoir. Ce
Mercure est véritablement la force de toutes forces dont a
parlé le savant Hermès Trismégiste, c'est le
dragon igné qui détruit toutes choses, l'esprit-de-vin,
ou plutôt l'eau-de-vie de Raymond de Lulle [cf. Clavicule et Chryspoée du Seigneur],
et le vinaigre du Cosmopolite [Nouvelle Lumière
Chymique]. Il dissout et fixe en même
temps, car il provient de l'union de deux feux en opposition l'un de
l'autre, bien qu'ayant une même origine. Le premier est un feu
acide et froid, c'est celui qui dissout et produit la fermentation ; le
second est alcalin et chaud, il produit la putréfaction et fixe
le composé. C'est pourquoi B.V. à la fin de ses Douze
clefs vous avertit de bien distinguer le froid
d'avec le chaud, dans l'application de vos feux.
Ce n'est pas pourtant que la chaleur fermentative
provienne de l'alcali plutôt que de l'acide, puisqu'elle n'est
qu'un simple effet du mouvement, comme vous avez dû le remarquer
au commencement de ce traité ; mais parce que la présence
de cet alcali la détermine et la conserve pendant la
putréfaction. [le
Mercure est un sel alkali]
Le Mercure n'étant qu'une demi-génération, il faut procéder maintenant à l'exaltation du Soufre. Ainsi que l'ont fait Flamel et Le Trévisan, vous Pouvez prendre de l'or en feuilles et en extraire la teinture en la projetant dans votre Mercure que vous aurez dissout auparavant. Cette voie n'est pas la plus noble, mais elle est la plus courte ; ce n'est qu'une teinture particulière qu'on obtient, mais le mercure l'universalise dans le travail et la conduit au même résultat.
Il est bien plus noble sans doute de tirer de la
matière cette teinture universelle. Vous prendrez donc toutes
vos terres provenant des aigles, et vous procéderez avec elles
par de nouvelles imbibitions avec l'esprit astral, jusqu'à ce
qu'elles rougissent et qu'elles soient d'un rouge-brun. C'est ce que
les philosophes appellent la calcination. Le Mercure dissous et
projeté dessus fera l'extraction de la Teinture, au moyen de
laquelle vous pourrez procéder au Mariage Philosophique qui fera
la perfection de l'oeuvre, et terminera les travaux, sauf la
multiplication qui n'en est que la répétition
abrégée.
Cette Teinture est la couronne du Roi que vous devez
tirer des cendres, pourquoi le sage Pythagore et après lui
plusieurs ont répété « Ne
méprisez pas les Cendres, parce que la couronne du Roi s'y
trouve renfermée. » C'est de là que
provient la coutume de conserver la cendre des morts. B.V. dit
sans sa préface « que la couronne
du Roi soit de très pur or » ; et ailleurs
il dit : « C'est
une couronne tirée des cendres. » [c'est l'une des formules les plus exactes
pour qualifier le travail de l'alchimiste] L'or
est cette teinture dont nous parlons, et la cendre est la terre des
aigles que vous avez mise à part. [on conçoit ainsi que l'or est le SOUFRE et que la cendre est la matière
même du Mercure dont on fait les AIGLES
du Philalèthe]
Il faut aussi que vous sachiez que le Mercure, qui
fait l'extraction de cette Teinture, est appelé Eau sèche
qui ne mouille pas les mains, parce que, bien qu'il ne soit qu'un sel
qui ne mouille point, il a seul la vertu de dissoudre tous les corps,
ainsi que l'eau fait des sels et des gommes. [c'est une indication précieuse sur
la forme sous laquelle se présente le Mercure. Fulcanelli, dans
sa trilogie, a bien fait voir qu'il s'agissait d'un sel ; ce sel est
aussi le SCEL de l'oeuvre, ce qui n'est pas - notez-le bien - une
allégorie mais l'exacte vérité]
En apparence, l'eau est dite un dissolvant, mais, au fait, elle ne fait
que diviser. La dissolution n'a lieu dans toute la nature qu'au moyen
de la fermentation, tandis que le Mercure en dispense dans les
mêmes occasions ; mais dans les choses plus élevées
où la présence de l'eau est de nul effet, et en remplit
les fonctions, et ne fait comme elle, que séparer les corps ou
substances pour les mettre aux prises, et leur faire subir la
fermentation, seule cause de dissolution. Au surplus la dissolution
n'est elle-même qu'une division plus étendue des corps, ou
une disjonction absolue, et le mélange exact de toutes
leurs parties. Il arrive en cette circonstance que les parties
disjointes et d'une nature opposée entre elles venant à
se rencontrer, se heurtent et se livrent une espèce de combat
auquel nous avons donné le nom de fermentation, [il s'agit du combat des deux natures, l'une
d'origine sulfureuse, l'autre d'origine mercurielle ou plutôt
lunaire ; l'une est encore appelée SOUFRE
ROUGE ou teinture et l'autre, SOUFRE BLANC, cf. chimie
et alchimie] après quoi elles
s'unissent de nouveau, mais après s'être purgées de
ce qui leur était étranger qui cause la corruption, et
empêche que l'union soit parfaite ; mais après son
entière séparation, l'union est si intime que tous les
efforts de la Nature pour les séparer seraient nuls et
insuffisants. Ainsi seront les corps et les âmes des justes
après le jugement et leur purification.
Après l'extraction de la Teinture, il reste
en arrière une terre réfractaire que nous appelons terre
damnée, parce que, comme le péché, elle est cause
de mort et de souffrances. Il faut la rejeter avec soin, car c'est elle
qui empêche l'ingrès de la teinture, et qui cause ici-bas
l'antipathie et l'inimitié parmi les êtres.
L'ébullition
qui accompagne ordinairement la fermentation
est figurée dans nos livres comme un combat entre deux champions
dont l'un doit
surmonter l'autre, et le mettre à mort ; mais il ne faut
pas prendre [cela]
tout à fait à la lettre. Cette ébullition ne doit
être attribuée qu'au
dégagement des gaz qui cherchent à se mettre en
équilibre, soit par mixtion,
soit par extension.

FIGURE V
(l'image du Lion vert ; Demeure de Besançon, Boulot -
cliché Alain Mauranne)
De même, lorsque nous parlons de Sceau
Hermétique ; il ne faut pas l'entendre de la clôture
exacte du vase : clôture imbécile et qui serait plus
nuisible qu'utile, attendu qu'elle empêcherait la manipulation
aussi bien que la séparation et conjonction des substances dans
les temps et proportions dues. Nous appelons ainsi la réunion de
plusieurs substances en une seule, de manière à ne
pouvoir plus les séparer : car chez nous, ou dans notre langage,
ouvrir est la même chose que dissoudre, et fermer, la même
chose que fixer. Nous avons sept sceaux correspondant à sept
corps planétaires, et qui connaît l'un, connaît tous
les autres.
Nous nous servons
aussi de beaucoup de termes
familiers à la chimie vulgaire ; il faut que l'on sache, une
fois pour toutes,
que distiller, cohober, sublimer, calciner, réverbérer,
incérer etc. ne sont
chez nous depuis le commencement jusqu'à la fin qu'une seule et
même
opération, laquelle consiste à dissoudre et coaguler, ce
qui est la même chose
que mouiller et dessécher, et que le moindre apprenti sait
faire. [c'est par
coction et décocotion fractionnée que procède
l'alchimiste, cf Mercure]
Maintenant que vous avez la solution des Enigmes
principales qui obscurcissent notre langage et en empêchent ou
retardent au moins l'intelligence, je vais vous expliquer ce que c'est
que notre mariage philosophique entre Beya et Gabertin. Vous devez savoir à
présent que la Teinture rouge, qui est le Soufre fixe des
philosophes, et qu'ils appellent tantôt Lion, tantôt
esprit-de-vin ou vinaigre très aigre, et quelquefois orpiment
fait ici fonction de mâle et est appelé Gabertin. Le
Mercure ou la Teinture blanche qu'ils nomment Lune, argent,
Eau-de-vie, vinaigre, arsenic, magnésie, Terre feuillée
etc. fait ici l'office de femelle et est appelée Beya. [toutes les appellations sont ici
mêlées en u réseau inextriquable : le Lion est
l'hiéroglyphe du Mercure soit non préparé, et il
est alors dit vert, soit préparé et alors il s'agit du
Lion rouge. Le vinaigre très aigre d'Artephius est la forme première
de ce Mercure, très pontique, qui correspond au Mercurius senex
de Jung. Quant à la Lune, elle correspond au crachat de lune ou
à l'écume blanche et il s'agit de la terre qui tombe dans
l'opération du traitement de l'alun par le vitriol.]
Il faut savoir encore que ces deux substances,
soufre et Mercure que le petit paysan appelle les deux
fleurs, [sur le petit
paysan, cf. 1, 2, 3, 4] ne constituent
ensemble qu'un seul Mercure, dit hermaphrodite, ou plutôt
androgyne, qui signifie mâle et femelle ;
que dans l'opération que je vais décrire, elles en font
alternativement les fonctions ; que par conséquent ils ont
souvent donné à l'un et à l'autre les mêmes
noms, mais particulièrement celui de Mercure, en faisant
pourtant une petite différence essentielle à
connaître ; ils mettent alors devant le nom de Mercure le mot
premier, pour exprimer la teinture blanche. ils nomment celle-ci Lion
Vert, et le Soufre Lion Rouge. S'ils nomment le Mercure eau-de-vie,
vinaigre, arsenic, magnésie, Lune, argent, ils nomment [même remarque que
précédemment : le vinaigre très aigre n'a jamais
signifié que le premier Mercure ; nous avons insisté
plusieurs fois sur la confusion, par ailleurs, entre le Soufre blanc
obtenu d'un produit de vertu mercurielle et le Mercure proprement dit.
Confusion qui tient, au vrai, de ce qu'un corps, au demeurant fort
répandu, est un Mixte contenant le Soufre blanc et l'une des
parties principales du Mercure, cf. Fontenay]
par une juste comparaison et proportion la Teinture rouge,
Esprit-de-vin, le vinaigre très aigre, orpiment,
réalgar, or vif, Soleil etc.
Pour dernière observation, je vous ferai
remarquer que le mercure n'est qu'un sel inverti en cette substance
mercurielle ; que le Soufre lui-même n'est jamais sans Sel, non
plus que le Sel sans Mercure, ce qui vous fait voir jusqu'à
l'évidence trois substances en une, lesquelles substances
nous appelons, pour notre commodité. Sel, Soufre
et Mercure. [notez que nous n'avons pas
rédigé de section spécifique sur le Sel ; on
trouvera cependant maints détails sur ce composé dans chimie et alchimie et dans bien d'autres
pages]
Pour procéder au mariage philosophique, vous
séparez en deux votre Teinture Rouge, et vous en laissez
dessécher une partie, mettant l'autre à part pour le
besoin. Combien de gens ont failli, pour avoir ignoré cette
précaution ! Ils ont cru que blanchir le rouge, et rougir
le blanc, n'était qu'une Suite ordinaire et nécessaire de
la marche du grand oeuvre, et que tout cela se faisait de
soi-même. Qu'ils sachent donc que le rouge est nourri du blanc et
le blanc du rouge ; que le blanc est pris pour le lait dont on nourrit
l'enfant nouveau-né, ou pour la Robe virginale. Quant au rouge,
il exprime ou l'augmentation du feu, ou le changement de
vêtement, il est pris par quelques-uns pour le Manteau Royal. [autre secret des plus importants de
l'oeuvre, qui rejoint le mystère des couleurs. Jamais aucun
adepte n'a exprimé clairement l'opération masquée
par cette « partition » de la Teinture. Canseliet a
parlé, dans son Alchimie
expliquée sur ses Textes classiques, de « vitreuse provision », ce qui
doit signifier que le Soufre, noyé dans l'oleum vitri - qui est
le vase de nature - doit en être peu à peu
séparé, mais ce n'est qu'une conjecture]
Vous procéderez donc aux imbibitions sur une
moitié de votre Soufre, que vous aurez laissé
dessécher, avec le Mercure blanc, suivant les poids et
mesures dont vous avez déjà fait usage, et continuerez
ainsi jusqu'à une complète saturation et que la
matière demeure liquide au fond du vaisseau, c'est-à-dire
boueuse. Si vous avez bien opéré, vous obtiendrez en
quarante jours la dissolution du corps à la suite de laquelle
viendront la fermentation et la putréfaction. [sur ces 40 jours, cf. humide radical métallique]
Dans la fermentation, la matière se
boursoufle, s'élève et fait un petit bruit comme celui
d'une fourmilière ; et lorsque la putréfaction veut
arriver, la matière s'affaisse et noircit. Ce n'est que
lorsqu'elle est arrivée à la noirceur parfaite,
nommée tête du Corbeau, qu'elle est en pleine
putréfaction. C'est là seulement la première
matière de notre oeuvre, matière qu'on ne trouve nulle
part sur la terre des vivants, qu'on ne crée pas cependant, mais
qui est dite avoir volé au-dessus de nos
têtes, à cause que le mercure ayant été
sublimé neuf fois, le Soufre s'est encore
élevé par-dessus.
Les philosophes prennent la dissolution pour le
règne de Mercure ; c'est pendant ce Règne que s'allient
entre eux nos principes métalliques, mais il est ici comme
hors-d'oeuvre ; ce n'est ici qu'au Règne de Saturne ou pendant
la noirceur qu'ils commencent à compter, ou qu'ils prennent le
commencement de l'oeuvre, parce que les trois principes sont
liés d'une manière irrévocable et que le Sceau
d'Hermès est accompli. [par tradition, les textes évoquent
le sommet d'une montagne où prend lieu la conjonction radicale
des matières ; la couleur est alors violette - allusion à
ioV, chaux des métaux]
C'est le vase de Nature qu'il faut fermer et non un oeuf de cristal ou
de tout autre matière ; et la clôture ne s'entend pas de
la gorge d'un vase pour que l'air n'y puisse pénétrer,
mais de la jonction intime du Sel et du Soufre et du Mercure, de
manière que l'on ne puisse plus les séparer par tel art
que ce soit. [Batsdorff,
dans le Filet
d'Ariadne, disserte de ce scel de nature]
Il n'y a besoin d'aucun feu externe pour arriver
à la blancheur, la matière en se desséchant y
arrive d'elle-même. D'abord, elle prend la couleur de gris
cendré que l'on compare à l'Étain, et que l'on
appelle le sceau de Jupiter ; ensuite elle arrive par degrés
à la blancheur ; mais avant d'y arriver on aperçoit
circulairement sur la matière diverses couleurs, rouges, jaunes,
bleues et vertes que l'on compare à l'iris ou arc-en-ciel, et
que d'autres appellent la queue du Paon. Ces couleurs, qui ne durent
guère, sont remplacées par une pellicule d'un brun
noirâtre qui se strie par dessiccation et laisse voir la
matière sous une couleur grise : bientôt après, on
aperçoit sur les bords du vase un cercle capillaire d'une grande
blancheur ; alors, le Règne de Jupiter, qu'annonçait la
couleur grise, et que les philosophes comparent au feu de cendres,
finit, pour faire place à celui de la Lune. Ce cercle s'agrandit
successivement jusqu'à la blancheur parfaite de la
matière que les philosophes appellent avec raison Lune ou
Argent, puisqu'un poids de cette médecine blanche projeté
sur 10 d'argent, et ensuite sur 100 d'un autre métal imparfait,
transmue celui-ci en argent plus pur que celui des mines.
L'argent que l'on
emploie en cette
circonstance, tient ici lieu de ferment, et sans lui il n'y aurait pas
de
transmutation, c'est dans ce sens qu'il faut entendre ce que disent les
Sages :
que sans or, aucun or n'est faisable ; ils entendent parler du ferment.
[Chevreul a fait voir
toute l'analogie qu'il y avait entre ce ferment et la pâte de
levain, cf. idée alchimique.]
Cette terre
blanchie a l'aspect d'une poudre
brillant de diamant et est divisée en petites lames : ce qui est
cause que les
sages l'ont nommée leur terre feuillée dans laquelle ils
recommandent de semer
leur OR, elle n'est comme l'on voit qu'une
demi-génération, c'est pourquoi il
faut continuer le travail si l'on veut arriver à la perfection. [Fulcanelli écrit qu'il faut «
enter » l'or et les textes comparent sa maturation à celle
des épis de blé, cf. Théâtre
de l'Astronomie Terrestre d'Edward Kelly]
Il faut donner
à cette terre la culture
nécessaire avant d'y semer l'or, autrement il ne fructifierait
point.
On recommence
donc les imbibitions avec le
mercure blanc, selon la mesure antérieurement observée. A
l'aide d'un feu bien
observé, la matière se subtilise de plus en plus, se
couvre de verdure, après
quoi elle commence à jaunir et prend une couleur orangée
qu'elle ne pourrait
plus dépasser si le feu n'était augmenté.
Cette verdure
tant chantée par les poètes,
et si recommandée par tous les philosophes est le règne
de la belle Vénus,
auquel succède celui de Mars qui est la couleur orangée.
Vous vous souvenez d'avoir fait deux parts de votre teinture Rouge : vous venez de blanchir la première, il faut maintenant la rougir. Prenez donc la Teinture mise en réserve, dissolvez-la en projetant dessus du mercure philosophique et procédez avec cette Teinture aux imbibitions, jusqu'à ce que la matière arrive à un beau rouge pourpré et foncé de pavot.
Telle est la
médecine du premier ordre, tant
au Blanc qu'au Rouge, laquelle guérit toutes maladies lorsqu'on
en use sans
addition de métal, dans un véhicule approprié au
mal, selon la prudence
requise, et qui avec l'addition, comme ferment, des deux métaux
parfaits,
transmue en or ou en argent tous les métaux imparfaits, tels que
le cuivre, le
plomb, l'étain etc.
Auparavant que de
tenter une projection, il
faut essayer la matière sur une lame de cuivre rougie au feu. Si
elle fond sans
fumée elle est dans l'état désiré,
autrement il faudrait continuer le feu.
La Multiplication n'est autre chose que la
répétition de tout l'oeuvre, à partir du
mariage philosophique. Il faut seulement avoir le soin de partager
en deux sa matière dans le cercle de la blancheur et dans celui
de la rougeur, afin de pouvoir procéder aux imbibitions sur la
moitié restante avec des parents d'un même sang. Le
Mercure aussi bien que la teinture Rouge dans leur premier état,
seraient ici trop imparfaits pour pouvoir s'allier à notre
médecine.
Vous aurez soin,
à chaque dissolution par le
Mercure, de séparer une terre damnée qui se
précipite et que vous rejetterez
avec d'autant moins de scrupule, qu'elle est absolument
réfractaire, et qu'elle
empêche l'ingrès de la matière dans les
métaux .
Avec toutes les
conditions que j'ai décrites
ci-dessus, sans en rien omettre, vous arriverez sûrement au but
si désiré de la
Philosophie.
Toutefois, ne
cherchez pas à outrepasser le
nombre sacré de neuf, car la matière, si fixe
qu'elle soit, aurait acquis une
si grande fluidité et dilatation, qu'aucun vase ne pouvant la
contenir, elle
serait entièrement perdue.
Sur ce, mon
frère, remerciez Dieu de la
grâce qu'il vous a faite, ainsi que je le remercie de vous avoir
été utile dans
vos desseins, s'ils sont droits, et que vous demeuriez dans les
sentiers du
bien.
FIN
(Du
même auteur anonyme) [dans ces scholies, l'auteur parle à
mots couverts des matières de l'oeuvre. Ainsi, de la scholie 4 où il est question de l'argile ; de
la 6, où il est question d'alkali ;
de la 10, où le Soufre rouge
est mentionné ; suivie de la 11,
où la terre alumineuse est mentionnée comme terre
première, ce qui n'est pas faux ; allusion au marbre à la
14 ; scholie 21,
allusion à l'acier magique, cf. Nouvelle Lumière
Chymique de Cosmopolite ; 35
: rosée du ciel, cf. blasons
alchimiques ; 42 : allusion au
SEL par la mention de l'acide et de l'alkali ; 55 : le charbon est évoqué,
corps réducteur par excellence... Le reste des scholies est un
fatras indigeste qui reprend des éléments du corps du
texte sans plus d'intelligence. ]
1 e
Tout
était eau dès le principe : l'Univers et tout ce qu'il
renferme est sorti des Eaux.
2 e
L'Eau
est un composé de divers principes, si cela n'était
pas, elle n'éprouverait pas de fermentation ni de
putréfaction.
3 e
L'Eau
fermentée, pourrie et desséchée forme un limon que
l'on peut appeler Eau sèche.
Ce Limon,
cette Eau sèche,
c'est l'argile
dont le Colosse du monde a
été formé.
5e
L'Argile
est une Terre onctueuse, grise et pesante dont on fait la Brique.
6e
L'alcalescence et non la graisse forme son
onctuosité, et la rend savonneuse.
7e
C'est ce
qui la rend miscible avec les corps gras, mais non d'une façon
intime : à la moindre chaleur, la graisse se sépare.
8e
L'Argile
n'est donc pas formellement un Alcali ; mais il a une qualité
voisine de sa nature. Il tient l'intermédiaire.
9e
Il passe
souvent à l'état de craie ou de chaux, mais
imparfaitement, il conserve en plus ou moins grande partie sa forme
première.
10e
Les
terres jaunes, rouges, vertes, etc. sont de cette Nature, mais avec
addition de Teinture minérale.
11e
Cette
Teinture est produite par mutation, d'une partie de la terre première en vitriol de la
nature du fer ou du cuivre.
12e
La double
action de l'Esprit aérien et de l'esprit minéral,
opèrent ces diverses mutations.
13e
L'Esprit
Astral, aérien et universel introduit dans ce sujet, suivant sa
pureté, lui donne une forme plus ou moins noble.
14e
La pierre, le marbre, les
sels, les Cristaux et les Minéraux tirent leur origine de cette
Terre.
15e
L'Argile
est la matrice naturelle
et
première du monde entier : l'Esprit astral en est la semence
16e
L'Esprit
astral est sans
équivoque la
lumière du Soleil et des astres dont l'air et les deux sont
remplis.
17e
Dans
notre système
terrestre, le soleil est
le père de cet esprit, la Lune en est la mère.
18e
La Lune
est dite la mère
de l'Esprit astral,
parce que sa Lumière vivifique tire sa source du Soleil.
19e
Cependant
tous les astres y
joignant leur
lumière, son véritable nom est l'Esprit universel.
20e
Il faut
que cet esprit qui est un
feu, soit
dissout par un autre feu, et devienne Eau.
21e
On
recueille cet Esprit dans la
grande mer
des sages qui est l'air, par le moyen d'un acier
magique qui est d'une
même
nature.
22e
Le feu
central renfermé
dans tous les corps
est un acier magique.
23e
Ce mot
magique vous fait voir que
ce n'est
point un véritable acier, mais qu'on ne l'appelle ainsi que par
comparaison.
24e
Tous les
corps qui ont vie
attirent l'air
pour leur nourriture. Le règne animal est celui où cette
attraction se fait le
plus visiblement.
25e
Aussitôt
que l'esprit
astral est attiré, il
est réduit en eau dont les sages
font
leur feu secret.
26e
Quoique
tous les temps soient
propres à
cette attraction, le printemps est la saison la plus convenable,
ensuite
l'automne.
27e
A ces
deux époques, la
Nature se régénère,
et l'air est plus chargé de cet esprit vital.
28e
La Lune
étant la
mère de cet esprit, ce
n'est que quand elle luit qu'elle nous le donne.
29e
Par
conséquent, plus sa
lumière est grande,
plus cet esprit est abondant.
30e
La Terre
est ronde, et son
mouvement est
d'occident en orient.
31e
L'esprit
repoussé vers les
Pôles par ce
mouvement, et ne trouvant son repos que vers le Nord, il s'y
réfugie.
32e
Le Nord
étant sa patrie,
c'est dans cette
région de l'atmosphère qu'on doit en faire la
récolte.
33e
Aussitôt
que le Soleil
paraît sur l'horizon,
il chasse l'esprit, il faut cesser le travail.
34e
Esaû vendit à Jacob son droit d'aînesse pour un plat de lentilles, il faut diviser ainsi sa terre.
35e
Il faut
faire pleuvoir sur cette
terre la
rosée du ciel, c'est-à-dire
l'esprit, et qu'elle en soit
imbibée.
36e
Que la
terre ne soit ni trop
abreuvée, ni
pas assez, mais qu'elle demeure mouillée.
37e
Ce que la
terre peut contenir
d'humidité,
est le poids de nature. La terre qui contient est le vase.
38e
Il ne
faut rendre l'eau à
la terre qu'après
sa parfaite dessiccation.
39e
Mouiller
et dessécher,
composent le jour
naturel.
40e
Chaque
humectation est
appelée cohobation,
et chaque dessiccation distillation.
41e
A chaque
imbibition, le feu
centrai retient
du feu Secret la portion spirituelle, le flegme se dissipe
entièrement.
42e
Ou
plutôt l'acide et
l'Alcali ne conjoignent
pour ne plus se séparer, à cause de la conformité
de leur Nature.
43e
Tant que
l'Alcali domine, dure le
règne de
sécheresse : mais l'acide prédominant à son tour
fait régner l'humidité.
44e
La
prédomination de
l'acide entraîne la
dissolution du corps, et amène la fermentation.
45
e
Cette
fermentation n'est qu'un
combat entre
l'acide et l'alcali pendant lequel ils se tuent l'un l'autre.
46e
L'acide a
pourtant
surmonté le fixe
puisqu'il l'a amené à dissolution ; mais le fixe a aussi
vaincu l'esprit volatil
qui demeure sans action.
47e
De
l'acide et de l'alcali
réunis se forme
une nature androgyne ou hermaphrodite.
48e
La
fermentation achevée,
la Putréfaction
vient à la suite, et met le Sceau au premier travail.
49e
Il y eut
50
Néréides ou déesses des humidités
50 filles de Danaùs qui épousèrent les 50 fils
d'Aegyptus.
50e
Il faut
50 ablutions de l'esprit
sur la
terre, ou 50 mariages de l'acide et de l'alcali, du ciel avec la terre,
pour
obtenir la dissolution.
51e
L'alcali
faisant fonction de
femelle, surmonte
49 fois son mâle qui est l'esprit ; mais, à la 50e
les forces venant
à lui manquer, il demeure conjoint.
52e
On cesse
les ablutions
aussitôt que la
fermentation se présente. On compare ce feu au bain-Marie.
53e
La
chaleur augmentant dans la
putréfaction
est comparée à celle du fumier.
54e
Ce n'est
que dans la
putréfaction que la conjonction
est opérée. Les principes renfermés dans une seule
substance ne peuvent plus
être séparés, et c'est ce qu'on appelle Sceau
Hermétique.
55e
Du charbon
qui est noir on fait
de la cendre
grise, et de cette cendre on tire un sel par continuation du feu.
56e
Le corps
noirci par
putréfaction devient
gris et est comparé aux cendres, ensuite blanc et est le vrai
sel de nature où
le salpêtre des sages, c'est-à-dire le Sel de leur pierre.
57e
Les sages
comparent encore leur
matière au
savon, parce que indépendamment de ses
propriétés particulières elle est comme
le savon composée d'un alcali auquel la graisse du Soufre est
jointe.
58e
Dans la
cendre, disent les sages,
est
renfermé le Diadème de notre jeune roi ; dans la terre
restante, après
l'extraction du sel, est le soufre.
59e
Le soufre
se manifeste dans cette
terre par
sa coction avec notre esprit ou feu Secret.
60e
Les
philosophes appellent, feu
externe,
l'administration de l'esprit au corps, de l'acide à
l'Alcali ou l'excitation
produite entre le sel et l'humide.
61e
Geber
définit la
sublimation l'élévation par
le feu d'une chose sèche avec adhérence au vaisseau, pour
exprimer la
putréfaction et exaltation de la substance, le feu, la chose
sèche, et le vase
étant ensemble une même chose.
62e
Le sel
des sages a besoin
d'être exalté pour
devenir leur mercure. Ils comptent neuf sublimations.
63e
Les
sublimations se font comme le
premier
travail, par l'administration du feu externe.
64e
Le
mercure doit être fait
par le Mercure,
c'est-à-dire, que le feu doit être de même substance
que le corps soumis au
travail.
65e
Pour que
cela soit ainsi, il faut
dissoudre
dans l'esprit une partie du sel pour faire les Imbibitions.
66e
A cet
effet, on fait, à
chaque sublimation
deux parts de son Sel, l'une demeure sèche, et on dissout
l'autre pour
imbiber.
67e
Il se
fait ainsi une nouvelle
dissolution,
fermentation et putréfaction d'autant plus prompte que le
sel est plus élevé en
dignité.
68e
Ces
sublimations que
Philatèthe nomme ses
aigles, ne peuvent outrepasser le nombre de neuf.
69e
A chaque
sublimation du Sel de
nature ou mer
cure, il se sépare toujours, au moyen de la dissolution, un peu
de terre qu'il
faut réunir à la première.
70e
Ce sont
toutes ces terres
réunies que l'on
met avec notre esprit, pour avoir le soufre.
71e
Dans
cette coction, il n'y a ni
dissolution,
ni fermentation, ni putréfaction à attendre, le corps ne
fait que rougir de
plus en plus et arrive à une couleur brune qui est la
dernière.
72e
Pour
avoir cette Teinture couleur
de sang
qui est l'or solaire, ou le vinaigre très aigre, ou esprit de
vin de R. Lulle
etc. il faut verser dessus la terre rouge, le Mercure philosophique
à hauteur
de deux ou trois doigts ; alors elle se sépare doucement et
surnage le mercure
comme une Quintessence.
73e
Lorsqu'on
dissout avec l'esprit
astral, le
sel qui est le mercure, il faut mettre la dissolution dans un lieu
frais, le
mercure se rassemble alors sur la superficie de l'esprit sous forme de
crème,
mais c'est un sel, ou une eau sèche qui, bien que liquide ne
mouille pas les
mains.
74e
Il reste
dans l'esprit deux
sortes de sels
autres que le mercure : savoir un sel nitreux et un sel fixe.
75e
En
faisant subir à ces
sels le travail des
aigles, et les travaillant l'un par l'autre, ils arrivent tous deux
à une forme
parfaite mercurielle.
76e
Il y a
deux voies pour avoir le
soufre ; la
voie humide, et la voie sèche.
77e
La voie
humide est celle que je
viens
d'enseigner, c'est la plus longue, mais la plus noble, à
cause des difficultés
vaincues.
78e
La voie
sèche, telle que
Flamel et B.
Trévisan l'on suivie, mène au but ; quoique
particulière.
79e
Elle
consiste à
séparer la Teinture de l'or
commun avec le mercure du 7e aigle.
80e
On gagne
ainsi sur le temps deux
sublimations du mercure et la coction entière de la terre des
aigles.
81e
Quand on
a procédé
par la voie humide, il
faut rejeter la terre qui reste après l'extraction de la
Teinture. C'est une
terre damnée et dommageable.
82e
Quelle
que soit la voie que vous
suiviez, il
faut procéder au mariage du Soufre et du Mercure.
83e
Ce sont
de Nouveaux Cieux et une
Nouvelle
Terre que vous allez marier ensemble, et qui produiront une nouvelle
Jérusalem
avec un roi très puissant.
84
Prenez
une partie de votre Soufre
ou
Teinture laissez-la sécher et il s'en formera une terre t douce
et agréable au
toucher, d'un rouge brun.
85e
Faites
avec le Mercure vos
imbibitions,
comme à la première opération, en suivant le poids
Nature.
86e
Après
40 Imbibitions qui
sont réputées 40
jours le corps se dissoudra, fermentera et pourrira.
87e
Ce sont
ces deux Teintures, l'une
rouge
l'autre blanche que le Petit Paysan nomme ses deux fleurs et que
d'autres ont
appelées Grande et Petit Lunaire
88e
Il faut
amener cette teinture
rouge à la
blancheur par imbibitions avec le mercure.
89e
Ces
imbibitions doivent
être faites de
manière que la terre demeure ferme, quoique mouillée.
90e
La
Science demeure dans les
principes ; mais
l'art consiste à savoir dissoudre et pourrir.
91e
Celui-là
est passé maître qui a atteint le
degré de putréfaction, car quoique ce soit le plus bas de
l'oeuvre, il est
réputé le plus élevé à cause des
difficultés qu'il présente pour y arriver.
92e
Le
principal pas est fait pour
arriver à la
blancheur qui est une médecine souveraine contre toute
sorte de maux.
93e
Ce n'est
pas qu'il ne reste
quelques
difficultés à vaincre, mais elles ne sont pas
insurmontables.
94e
On
n'arrive pas de suite à
la blancheur, il
faut auparavant dissoudre et noircir.
95e
Il faut
que ce soit une
dissolution
radicale, que le corps soit réduit en ses plus menues parties
bien qu'il ne
soit pas semblable à de l'eau fluviale ou semblable.
96e
C'est
à tort que quelques philosophes ont parlé de noircir
le blanc, car quoique la blancheur sorte de la noirceur, c'est
néanmoins le
rouge qui 1'a blanchi et le même par conséquent qui
1e noircit.
97
Au
surplus cette noirceur est un
voile
ténébreux qui couvre la blancheur aussi bien que la rouge.
98e
On
appelle la dissolution le
Sceau de
Mercure le bain-Marie, le bain du Roi. Quant à la
putréfaction dont la noirceur
est le symbole, c'est le fumier de bouc ou de cheval, et le Sceau de
Saturne.
99
e
La
dissolution est prise par les
uns pour la
première matière des sages, et la
putréfaction par les autres, eu égard à la
réunion essentielle et inséparable des deux
substances.
100e
Quoi
qu'il en soit, la
dissolution est
proprement le chaos des sages, dans lequel le Ciel et la Terre sont
renfermés,
et la putréfaction est leur principe matière.
101e
Ce n'est
qu'au bout de 40
imbibitions que le
corps se dissout, fermente et pourrit.
102e
On
appelle Tête de Corbeau,
Saturne ou Plomb
des philosophes cette première noirceur.
103e
Comme au 1er
travail
on cesse
d'administrer le feu externe lorsque la dissolution est entière.
104e
La
matière se conduit par
son propre feu
jusqu'au cercle de la blancheur qui est la lune des philosophes, Diane,
Latone
ou le Laton blanchi.
105e
La
blancheur commence par un
cercle
capillaire qui s'étend de jour en jour jusqu'au centre ; mais
avant d'arriver à
la blancheur, la matière passe du noir au gris qui est la
couleur intermédiaire
et qu'on nomme le feu de cendre, et le Sceau de Jupiter.
106e
Le
passage du gris au blanc est
marqué par
l'apparition de plusieurs couleurs, parmi lesquelles domine la verte :
ce qui a
fait donner à la blancheur le nom de Lion vert.
107e
Les sages
nomment ces couleurs
Iris, ou
Queue de Paon.
108e
On
compare ce travail
jusqu'à la blancheur,
au feu de Réverbère.
109e
La
blancheur, que nous avons dit
être le
règne de la Lune, n'est qu'une demi-génération.
Les sages l'appellent terre
feuillée pour deux raisons principales.
110e
Une c'est
que quand on la regarde
de près,
elle ressemble à des feuilles de Talc brillant.
111e
Second
c'est que la
putréfaction où elle
vient de passer est le symbole de l'hiver pendant lequel la terre est
couverte
de feuilles dont une nouvelle terre se forme au printemps, laquelle
terre est
appelée terre des feuilles.
112e
La
matière ne pouvant
aller plus loin par
son propre feu, il faut recommencer le feu externe.
113e
Pour se
préparer d'avance
à la
multiplication, il faut séparer en deux la matière.
114e
On en met
une part de
côté, et on conduit
l'autre à la rougeur, en continuant le travail.
115e
On
reprend donc ici le travail
des
imbibitions avec le mercure, observant les poids de Nature.
116e
Il faut
comme la première
fois que la terre
demeure entière au fond du vaisseau.
117e
La
matière perd peu
à peu sa blancheur et
arrive à une couleur verte que l'on compare au Vitriol, et que
l'on appelle le
Sceau de Vénus.
118e
Par la
continuité du feu,
elle acquiert une
couleur jaune safranée qui est le Sceau de Mars.
119e
La
matière ne pouvant par
le même degré de
feu acquérir une plus grande rougeur, il faut l'augmenter.
120e
On
augmente le feu en imbibant le
corps avec
; mercure Rouge mis en réserve.
121e
On
continue cette manière
jusqu'à ce que la
matière ait acquis un Rouge brun.
122e
Avant
d'arriver à cette
rougeur foncée, elle
passe une belle couleur de pourpre.
123e
La
matière arrivée
au rouge brun très foncé,
est vrai OR fluide des sages, leur soleil, leur médecine
universelle.
124e
Sauf les
multiplications, il n'y
a plus de
difficultés à vaincre.
125e
On
possède deux
médecines ; l'une blanche et
l'autre rouge pour guérir toute maladie.
126e
Ces deux
médecines ne sont
pas seulement utiles
aux hommes, mais aux végétaux et aux minéraux.
127e
Un arbre
presque mort
arrosé d'eau dans
laquelle sera dissout un seul grain pesant de cette médecine,
reprendra vie,
fleurira, et fructifiera.
128e
On fait
avec cette
médecine une infinité de
merveilles au-dessus du pouvoir naturel.
129e
Si vous
projetez un grain de la
médecine
blanche sur dix de bon argent, le tout sera médecine, dont
un grain en
transmuera 100 de métaux imparfaits, en argent meilleur que
celui des mines.
130e
Un grain
de médecine rouge
projeté sur de
bon or en fusion, fera de l'or dans la même proportion.
131e
Pour
faire des perles plus
grosses et plus
belles que les naturelles, on n'a besoin que d'en dissoudre avec
le mercure et
de les mouler ensuite.
132e
On
augmente de même
manière le poids et la
beauté du Diamant et des pierres précieuses.
133e
On fait
des Rubis artificiels,
bien plus
éclatants que les naturels, par addition de teinture Rouge.
134e
Mais il
n'y a que Dieu seul qui
puisse
rappeler les corps de la mort à la vie.
135e
La
teinture Rouge est le
septième et le
dernier Sceau d'Hermès qui appartient au Soleil.
136e
On
procède à la
multiplication avec des
parents d'un même sang.
137e
On
appelle parent d'un même
sang les teintures
blanche et rouge d'une même opération.
138e
Le
mercure qui n'a pas
été accouplé avec la
teinture rouge, n'est pas propre à multiplier.
139e
Les
médecines blanche et
Rouge du 1er
degré sont parents d'un même sang, et peuvent
multiplier.
140e
C'est
dans cette intention qu'on
sépare les
médecines en deux, dans les Cercles de la blancheur et de la
rougeur.
141e
On
procède à la
première multiplication en
prenant une part de teinture rouge qu'on dissout avec la blanche
mise en
réserve.
142e
Il faut
auparavant dissoudre la
blanche avec
le mercure pour procéder aux imbibitions.
143e
On
recommence alors le premier
travail avec
les mêmes conditions et observant le poids de Nature.
144e
Le pur
séparé de
l'impur abrège chaque fois
de moitié le temps de l'opération.
145e
La
projection de cette seconde
médecine se
fait sur 100 d'argent ou d'or, comme ferment, et ensuite sur mille des
métaux
imparfaits.
146e
Le poids
et la vertu de la
médecine augmentant
de dix à chaque multiplication, une once, de la neuvième,
transmutera un
million en très pur métal d'or ou d'argent.
147e
La vertu
de cette médecine
est si grande
qu'elle peut en un instant changer de face toute la Nature sublunaire.
148e
C'est
pour que les
méchants n'en approchent
pas que les sages la tiennent si cachée.
149e
Passé la
neuvième
multiplication la médecine
ne peut plus être contenue ; elle flue à travers le verre,
comme l'huile à
travers le papier.
150e
L'oeuvre
entier s'achève
en
150 jours,
excepté les multiplications qui peuvent conduire à deux
cents.
FIN.