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-
. La chaîne est représentée par la
†. Les
médaillons sont liés au livre de la façon suivante
: en haut, trois attaches figurent la Trinité ; en bas, quatre
attaches figurent la quaternité. Examinons le médaillon
de l'arbre philosophique :
; idem à droite pour le
.
On lit : LEO .
RUBENS . VIRIDIS
.
et la
est entourée des deux lions : le
lion vert et le lion rouge. À droite, on distingue une sorte de
griffon. Près de l'arbre, un aigle, qui indique
l'opération que l'Artiste doit mener : la dissolution,
complémentaire de la sublimation. Rappelons que ces deux
opérations se confondent - in fine - dans la
conjonction. Sur l'arbre, voir Aurora
consurgens, I et Mylius, Philosophia Reformata.
Van Lennep ajoute :
présentait des rapports
étroits avec le phénomène de projection [l'individuation]. solutio The soule for sooth is his sulpher not burninge |
A calido & humido primo ex
illis pasce quoniam debilis sum |
nigredo & leniter digestus animatus sum exalta me grassioribus |
et
sont mis en coction prolongée [solutio]. Les esprits
s'élèvent des corps morts [cf. Donum Dei et Rosarium
philosophorum]. Van Lennep écrit :
qui sont ajoutées au contenu du
récipient.
Ces médaillons sont à rapprocher de ceux du Donum Dei
dont il existe plusieurs versions [voir
gravures, notamment version Mylius, VI à IX].
Notons que ces opérations ne correspondent pas vraiment à
des
processus opératoires bien déterminés : il s'agit
là de pures synthèses mentales. Le
contenu des autres vases est mis en recirculation ainsi que semblent le
montrer les autres médaillons ; l'albedo va succéder
à la nigredo.
qui s'anime. Au centre, le médaillon de l'albedo
se rapporte à la résurrection : c'est d'abord Diane qui
naît de la Terre. Les mythographes disent qu'ici, Latone,
parvenant à Délos, accouche d'abord d'Artémis puis
d'Apollon. Signalons que le texte entourant les médaillons est
souvent corrompu; de nombreuses variantes sont connues, notamment pour
le RS de Cambridge [Wormald et
Giles] et d'Edimbourg [Moncrieff],
voir Van Lennep [Alchimie, pp. 428 et 430 ; «
grossioribus » semble indiquer la multiplication].
,
le crapaud est décrit comme un batracien chthonien
. Mais il tient sa résidence dans une terre
fangeuse, boueuse, marquée par la corruption et d'où
montent des émanations sulfureuses qui laissent peu de doute sur
son origine plutonienne et primitive. Aussi l'emblème
V de
l'Atalante fugitive déclenche-t-il involontairement quelque
effroi, devant cette vision surréaliste - là encore -
d'un crapaud suçant le sein d'une Vierge [on a déjà vu image aussi
sordide : revoyons les barbons s'abreuver aux seins de la Vierge
dans l'Aurora consurgens, figure VIII].
Dans le cas présent, le sein est remplacé par un matras
retourné, d'où s'écoule quelque liquide nourricier
rappelant l'aqua permanens ou Lait de Vierge [cf. Turba, De Chemia de Senior et Artephius]. Chez Norton, le
crapaud est placé aux racines de l'arbre ; on notera qu'ici
c'est le premier symbole que l'Artiste démiurge ait sous les
yeux. Il est ainsi fondamental de voir que la corruption est bien
à la base du grand oeuvre dans le petit monde des alchimistes
à l'instar de ce qu'elle est dans notre monde matériel,
déshabité par le spirituel. C'est
précisément le point de liaison qui peut être
trouvé entre l'alchimie séculaire [prise à tort pour une
protochimie élémentaire, ce dont Jung a toujours eu
à l'esprit de même, dans un registre très
différent, que l'Adepte Fulcanelli] et la philosophie de
notre époque : redonner du sens au spirituel. Nous pensons que
la lecture de Réponse
à Job [Jung,
trad. Buchet-Chastel] peut utilement contribuer à
l'analyse de ce regard, tout à la fois mélancolique,
perspicace et désabusé, de l'Artiste face à son
oeuvre qu'il peut initier sans pouvoir en contrôler
l'élément principal :
. Le temps lui échappe, en effet, et avec le
temps, c'est aussi la mesure ; c'est la raison pour laquelle les textes
s'accordent quant au fait que si le poids de l'Art est connu de
l'alchimiste, le poids de
nature lui échappe par définition. C'est ce qui
sépare le spirituel
du temporel
. Le seul moyen d'obvier à cette
impossibilité est de provoquer un conflit entre ces deux grands
ennemis : l'espace et le temps. L'alchimie trouve ce moyen dans
l'arcane du feu ou †.
Nous terminerons ce premier point par la devise qui court sur les deux
branches du vase distillatoire ou pélican :
et le
des philosophes. Plus bas, encadrant l'entrée
embrasée
du
fourneau, nous trouvons ce texte (5), sur quatre
colonnes
:| Of the Sonne take the
light The Red gum that is so bright And of the Moone do also The which gum they both trowe The philosophers Sulphur vive This I call it without strife Kybright and Kebright it is called also And other names many more Of them draw a white tincture And make of them a marriage pure |
Between the
husband and the wife Espowsed with the water of life But of this water thou must beware Or else thy work will be full bare It must be made of his own kind Mark thou now in thy mind Acetum of philosophers men call this A water abiding so it is The maidens milk of the dew That all the work doth renew |
The Spirit of
life it is called also And other names many more The which causeth our generation Betwixt the man and the woman Soe looke thou no division Be there in the coniantion Of the Moone and of the Sonne After the marriage is begun And all the while they be a wedding Give him to her drinking Acetum that is good and fine Better to them then any wine |
Now when this
marriage is done Philosophers call this a stone The which hath great nature To bring a stone that is pure Soe he have kindly nourishing Perfect heate & decoction But in the Matrix when they be put Looke never the vessel be unshut Till they have ingendred a stone In all the world is not such a one |
| Du soleil prenez la
lumière, La gomme rouge qui est si éclatante, Et de la Lune faites aussi, De laquelle gomme ils tous deux parés, Le Soufre philosophique vif, Ceci je l'appelle sans mensonge, On les appelle aussi Roi et Reine éclatants, Et de plusieurs autres noms, D'eux extrais la teinture blanche, Et fait d'eux un mariage pur, |
Entre
le mari et la femme, Epousés par l'eau de la vie, Mais de cette eau vous devez prendre garde, Ou autrement votre travail sera pure perte, Elle doit être faite de leur propre genre, Gardez-le bien à l'esprit, Les hommes l'appellent l'Acetum des philosophes, Elle est une eau permanente, Le lait de vierge de la rosée, A qui l'oeuvre doit tout son renouvellement, |
On
l'appelle aussi l'esprit de la vie, Et de beaucoup d'autres noms, Laquelle provoque la génération, Entre l'homme et la femme, Mais voyez qu'il n'y ait point de division, Dans la conjonction, De la Lune et du Soleil, Dès que le mariage est commencé Et pendant qu'ils feront mariage, Donnez à boire le mâle à la femelle, Acetum qui soit bon et fin, Meilleur pour eux que tout vin, |
Puis lorsque ce mariage est
consommé, Le Philosophe l'appelle une pierre, Laquelle a grande nature, Amener une pierre qui est si pure, Qu'il a nourri patiemment, Chaleur parfaite et décoction, Mais dans la matrice quand elles sont mises, Ne laissez jamais le verre non fermé, Jusqu'à ce qu'il aient engendré une pierre, De part le monde il n'y a pas une pierre semblable |
. Ce texte est attribué à Richard
Carpenter et figure dans Ashmole [Theatrum
Chemicum Britannicum, pp. 275-277]. Van Lennep signale que les
exemplaires d'Oxford et de Yale comportent ce texte mais il omet
l'exemplaire de la Huntington
Library. En voici le texte :
et
sont liés au
. L'eau est présente sous deux formes : d'abord
l'eau typhonienne du Mercure commun puis l'aqua permanens dans la phase
qui correspond à la grande coction. Il faut noter que le texte
de Villa Nova donne Pyr purgat
et pas Air
purgat, ce qui est plus logique puisqu'il s'agit des
deux éléments du feu aqueux ou eau ignée. L'esprit
est
omniprésent, associé à la dissolution : on peut en
voir la meilleure formulation dans la figure 8
du Rosarium philosophorum.
Ce spiritus est consubstantiel au Mercure là encore et il n'est
pas du tout évident de faire la part des choses entre la portion
qui
« pénètre » et celle qui est «
pénétrée. » Il s'agit d'un processus
dynamique et c'est là le point fondamental. C'est aussi ce qui
explique que de nombreux textes n'apportent - au propre comme au
figuré - que fort peu de lumière sur cette phase de
l'oeuvre sans que, pour autant, on puisse accuser leurs auteurs
d'être « envieux ». Ainsi que Jung l'a montré,
les alchimistes atteignaient là les limites conceptuelles d'une
description
à caractère purement physique et projetaient [de façon inconsciente et
numineuse] des contenus de la psyché dans
la matière ou, du moins, dans les états que la
matière adoptait, c'est-à-dire dans sa forme. Van Lennep signale
que sur la version du RS de Yale se trouve :
et on disait même qu'il filtrait la lumière des astres en
absorbant leurs rayons. L'Église, depuis longtemps, en a fait la
représentation de la Luxure [cf. l'emblème
V de l'Atalanta
fugiens]
et lui a fait jouer un rôle essentiel dans le culte du diable ;
toutefois, on a reconnu que derrière cette apparence ruineuse
pouvait se cacher un coeur pur souillé, toutefois, d'amertume :
on en a fait des âmes malheureuses. Voilà tout le secret
hermétique de ce batracien. Il se rapproche de l'aigle puisque
les légendes notent son insensibilité à la
lumière : son regard fixe dénote une indifférence
aux rayons du
.
Indifférence à la lumière, soit ; non point
à la chaleur puisqu'elle le tue très rapidement. Ainsi
n'est-ce que de façon toute relative qu'il faut le rapprocher de
la salamandre qui est tuée par le froid. Fait capital : le
crapaud purifie
; c'est vrai de l'aqua permanens des
alchimistes que l'on pourrait tout aussi bien nommer « eau de
crapaud » [rappelons qu'on
la nomme eau divine ou eau de soufre qui sont pour les disciples
d'Hermès des expressions semblables]
À droite, l'animus à figure d'ange
, intercesseur entre terre et ciel. Au centre, Saturne
présidant à la dissolution et soutenant
la colonne du temple d'albâtre de Zosime [il s'agit d'un temple monolithe
décrit par Zosime, cf. prima materia
et Aurora consurgens, I. Jung
consacre un chapitre des Racines de
la Conscience à ce Gnostique]. Jung ouvre son Mysterium conjunctionis avec
cette citation :
,
}
s'affrontent, tandis que pour d'autres, ils s'attirent. La
contradiction n'est qu'apparente. Fulcanelli a montré que
sulphur
et mercurius
ne forment, au fond, qu'une seule et même substance, selon la
forme qu'elle emprunte. Eh bien ! Il en est de même de ce pouvoir
relationnel antagoniste ou agoniste que subissent nos principes.
Sont-ils élémentaires ? Alors, ils s'affronteront [voir l'Aurora consurgens, figure III] ; sont-ils
principiés [cf. Artephius] ? Alors, ils
commenceront à s'attirer, sous l'influence de l'Ouroboros et de
la circulation permanente de l'aqua viva [voir Aurora consurgens, figure I]. Une ébauche du
vase de nature nous est offerte avec un quadratum
d'où sont lancés aux coins des sortes de pilastres,
surmontés de matras avec des phylactères indiquant les
quatre Éléments. Éléments qui sont
disposés
sous forme primitive, non engagés avec
l'agent
et le patient
,
retenons le sulphur et le mercurius
de l'angle inférieur. Le quadratum
est posé à l'angle supérieur mais
la †
n'apparaît pas, alors qu'en toute logique - et bien que le Sel
soit incombustible - elle aurait dû figurer].
[anima] ; du
spiritus sanctus
développé par l'ange ; enfin du spiritus corruptus ou
diabolus représenté par
embrassant la colonne centrale. Retenons que cette colonne joue le
rôle de transfert vers le monde supérieur, après
que la dissolution a joué [voir
infra].
Nous trouvons un exemple de ce phénomène de transfert
dans une aquarelle illustrant un ouvrage d'Alexander Roob.
; noir =
; blanc =
; orange =
]. Dans une première enceinte, le couple
{
,
}
porteur des clefs de l'oeuvre. Puis, trois enceintes. Dans la
première, on remarque un corps allongé qui
représente la dissolution : de ce corps s'échappe
un esprit [spiritus abscondus]
qui est le même que celui du De Alchimia [Codex Vossianus 29, fol. 99].
Par ailleurs, on aperçoit le Bélier, premier signe du
triangle de
des Chaldéens [Trinité].
Succède une enceinte avec le deuxième signe de feu : le
Lion. Puis une troisième enceinte où l'on devine le
Sagittaire. Au centre, un arbor
vitae,
embrasé, d'où émerge une Virgo paritura ; l'arbre
philosophique est couvert de fruits. À cette trinité
s'ajoute une quaternité indiquée par les
Évangélistes formant le Tétramorphe. Van Lennep
écrit en parlant de l'arbre du RS :
[présent
dans le RS, embrassant la colonne qui fait accéder à
l'autre monde, celui de la sphère du Lion et, enfin, du
Sagittaire]. Quant à la projection, elle est
placée sous la domination de
qui assure la maîtrise du Sagittaire. Pour en revenir à
cette trinité, on voit qu'elle présente des
caractères atypiques : on n'y décèle pas la figure
du Pater. La Trinité est réduite à un corps de
gloire [l'Adam primordial dans
l'amande], à un ange [intermédiaire mercuriel
entre le
et la
] et à un principe ambigu : la
dissolution doit, quoi qu'il en soit, précéder la
sublimation ou dépuration. L'ambiguité est toute dans
l'opposition du Bien et du Mal [que
l'on peut rapporter à celle entre Zeus
et Cronos
]. Opposition vaincue par la force de la †. Dans Aïon, Jung consacre le
chapitre V au Christ, symbole
du Soi [trad.
Albin Michel, 1983]. Il semble que l'on puisse, dans l'analyse
du RS, déplacer la proposition dans le sens de Dieu, symbole du Moi.
Voilà qui exige une explication. Il paraît évident
que l'alchimie dans sa formulation générale, et ici, le
RS en particulier, véhicule une conception où l'esprit se
projette dans un ailleurs qui renvoie à une certaine
manière de narcissisme. Narcisse, faut-il le rappeler, avait une
soeur qui lui ressemblait et qu'il aimait follement. La jeune fille
vint à mourir et pour ne pas perdre le souvenir de son image,
Narcisse se contempla dans une fontaine et mourut de consomption car il
en fut proprement pétrifié. N'est-ce pas là,
envisagé d'un autre plan, ce qu'éprouve l'alchimiste en
contemplant son monde intérieur qui n'est qu'une image ? Et
n'est-ce pas en ce Cronos, son image que contemple le démiurge
du RS ? On serait tenté de le croire. Mais, chose
singulière, Jung ne parle pour ainsi dire jamais de Narcisse
dans ses ouvrages. Pourtant, l'étymologie, le rattachant
à narkh,
la narcose par extension, aurait dû avertir le magicien de
Küsnacht qu'il se trouvait devant une autre énigme de
Bologne [par
référence à celle dont il parle dans le Mysterium conjunctionis, I, partie
2, les Paradoxes, chap. 3, pp. 89-126].
La légende rapporte que Narcisse meurt penché au miroir
d'une source et que de là naît la première fleur
appelée de son nom. Un exemplaire du RS montre cette fleur qui,
au vrai, n'est pas un narcisse, mais dont la présence est
emblématique.
et d'autre part à provoquer
l'induction de la réincrudation [imagination renaturalisée, que
l'on peut lier avec le processus d'individuation qui parcourt l'oeuvre
de Jung].
Nous assistons, dans ces deux opérations, étroitement
mélées, aux apparitions alternées de
l'étoile et de la fleur, signalées par Fulcanelli.
Bachelard poursuit en assurant que :
, auréolé de sa gloire. Il est
accompagné de l'animus
[peristera,
la colombe] et, dans ces
conditions, on ne voit pas en quoi
. Cette vapeur de soufre [qeioV proche de qeion = Dieu]
où esprit et trace impure du corps mort sont mixés porte
le nom de premier Mercure ou Mercure de la voie commune ou même
Mercure commun [ce qui a
été cause de maints errements d'impétrants qui ont
confondu le vif argent avec l'argent vif, voir ce que nous en disons in
Huginus
à Barma]. On peut en rapprocher pelloV [couleur sombre ou cendré]
et la
cendrée que l'on peut voir en deux occasions
dans le mois lunaire [entre la
nouvelle lune et le premier quartier ; entre le dernier quartier et la
nouvelle lune]. On voit que cette couleur grisâtre [cendre = tejra, spodoV] est
celle des morts [solutio].
Elle indique - du moins est-ce là ce que disent les textes
alchimiques - que nous sommes au régime de
[qui annonce la
projection, par delà le transfert, voir Pernety, Fables Égyptiennes et Grecques].
et de
.
Les autres planètes participent à cette dissolution en
tant qu'elles sont les hiéroglyphes des autres matières
du feu secret dont est préparée l'eau ignée. [cette question de la collaboration des
sept planètes est un point de cabale hermétique qui n'est
pas encore bien éclairci. Jung y consacre plusieurs pages dans
son Mysterium conjunctionis,
t. II]. Ce n'est pas ici la conversion des
éléments qui est consacrée [contrairement à la fontaine
carrée
], mais bien la
métamorphose des planètes, pour remployer le titre du
traité de Monte Snyders. Cette métamorphose passe
nécessairement par une opposition, un combat dont on trouve la
trace depuis Zosime jusqu'à la Turba :
des philosophes. Le combat réduit les corps en
poudre, ce que rappelle Fulcanelli dans le Mystère des Cathédrales
quand il assure que la matière doit être réduite
à l'état de poussier de charbon, ce qui veut dire en
cendre dont le signe est
. Mais on trouve déjà
semblable exhortation chez Stephanus d'Alexandrie :
[mixte que l'on
peut faire naître de vitri oleum
et
de †,
dont nous reparlerons au chapitre
7].
Au-dessus,
et son foudre; Vénus portant
sa croix et le feu [la figuration
est absolument remarquable car Vénus porte trois flèches
: elles dessinent une étoile qui, elle-même, peut donner
trois †
différentes : les deux croix crépusculaires ont une barre
verticale {
Lucifer,
Hesperus} et la croix du zénith sans barre
verticale -
ioV ou
AZOTH - qu'il
faut comprendre vue par le
dessous,
cf. Aurora consurgens.].
Lucifer annonçant l'aurore explique que ce soit elle qui porte
la flambeau [josjoroV]. Tout en haut,
et
. Au centre, la fontaine mercurielle avec l'agent [Soufre rouge,
sulphur
: BasileuV]
et le patient [Soufre blanc, SEL
:
]. Le double Mercure s'enroule autour de la
colonne [arbor vitae]
couronnée d'une statue mercurielle. Dans le RS, les
hiéroglyphes planétaires affectent la forme d'un
heptagone. L'attention est attirée par le magnifique arbor vitae,
couronné d'un basileuV,
entouré d'un mandala écarlate ; l'enfant résultant
de la parturition alchimique est enserré par une forme
féminine dont le corps, à sa partie inférieure,
évoque quelque animal diabolique du monde infernal. Van Lennep
écrit de cette partie :
. De même le faîtage de
l'arbre est singulier et ressemble davantage à un ensemble de
tubercules qu'à des feuilles. Le symbolisme sexuel
apparaît assez évident. Au début du XIIe
siècle, la parenté du Christ prend la forme de
l’arbre de
Jessé : depuis le corps de Jessé, personnage biblique,
endormi, surgit le tronc de la famille de Marie, qui fait de la Vierge
une descendante de David. notons que dans le cas présent,
Jessé est remplacé par la figure de Cronos
et que c'est une colonne de pierre qui sert de tronc
porteur pour l'ensemble du dispositif mercuriel [voir Zosime et son temple
d'albâtre in Jung, Racines de
la Conscience]. Au sommet de l’arbre de
Jessé,
telle une fleur incomparable, s’épanouit le buste de la
Vierge
tenant son Enfant dans les bras [tel
n'est pas le cas dans le RS : ce n'est
pas la Vierge que nous voyons, mais une figure à demi
chimérique tenant à la fois du divin et du démon].
Du sang royal coule donc dans les veines de Jésus... Le
modèle de l’arbre de la parenté du Christ,
l’arbre de
Jessé, a d’abord été appliqué aux
familles
royales. L’arbre de Jessé est un des ancêtres de
l’arbre
généalogique : ce dernier lui doit son arborescence. Le
modèle de l’arbre de Jessé a d’abord
été
appliqué aux familles royales. Dès le XIIIe
siècle, les rois sont figurés en médaillons
accrochés à un arbre, l’ancêtre juché
au
sommet, ses descendants de plus en plus bas sur le tronc. Pour le RS,
les médaillons figurent en somme les hiéroglyphes
planétaires [ce qui est
particulièrement évident dans l'arbre
philosophique de la
Philosophia
Reformata de Mylius]
: il s'agit de la généalogie de l'or alchimique qui a
pour parents {
,
}, pour parrain et marraine {
,
} qui lui accordent le baptême de la fontaine
mercurielle ; comme aïeuls {
,
}. L'ordonnateur de la cérémonie sur les
fonts baptismaux est bien sûr
. Le trait marquant de cette singulière
parenté est la consanguinité
qui, dans l'Art sacré, porte le nom d'humide radical métallique. Il
s'agit là d'une spécificité alchimique qui tire
son origine des anciens mythologèmes égyptiens et grecs.
Quoi qu'il en soit, la connexion entre le symbolisme chrétien de
l'arbre de Jessé et sa contre-partie alchimique est facile
à trouver dans l'iconographie. Dans le recueil Pandora, on trouve ceci :
au
,
c'est-à-dire le mouvement conduisant à la sublimation.
L'oeuvre d'Hermès fait ainsi
apparaître, par le biais de l'Artiste démiurge,
l'âme ailée hors du tumulus. Nous voyons donc que le sens
à accorder au narcissisme est très particulier puisqu'il
peut déboucher sur un ailleurs où se confondent
l'âme intérieure du démiurge et l'EN TO PAN divin [ou transcendantal selon que l'on ait un
point de vue gnostique ou stricto sensu religieux].
C'est là, à notre sens, que se situe la clef de
voûte de tout le processus spirituel de l'alchimie. En effet, la
transcendance renvoie à l'Absolu qui, par définition, est
le BIEN [quel que soit le point
de vue où l'on se place car il s'agit du lieu où
s'exprime la plus puissante numinosité]. On peut y voir
le spiritus sanctus
dans le sens d'un logos [à
l'instar de ce que Jung nomme le Christ logos pour le
différencier soigneusement du Christ incarné voire
historique]. La position du démiurge [i.e. la figure humaine dans le RS]
se situe à la liaison entre
et
, à la croisée †
de la voie. Voie royale s'il en ait : elle conduit au lapis. Voie
tortueuse non moins, qui mène l'âme à l'instar d'un
psychopompe jusqu'à la terra
alba foliata [terre
blanche feuillée] : c'est là que Cadmos
sème les dents du dragon [archétype
du spiritus abscondus qu'on aperçoit crachant le feu et le
crapaud sur l'un des rouleaux du RS].
Pour en revenir au démiurge, nous commenterons quelques
réflexions de Jung, extraites du symbole de la transsubstantation.
. L'un des buts de l'alchimiste est de
capter cette chaux du métal alors qu'elle est encore vive et
d'en faire un rayon igné
, avant qu'elle ne vienne à
s'éteindre. Dans cette double opération, de captation
d'abord [transfert] par
dissolution puis de teinture [projection]
ensuite par coagulation, nous pouvons voir la lutte de deux principes,
l'un de destruction
, l'autre de génération
, lutte médiée par la † [cf. aurora
consurgens, II]. Ainsi, faire passer la materia prima des ténèbres
à la lumière consiste, exactement comme dans la Passio Christi,
à
détruire le métal amorphe [crucifixion, cf. retable
d'Issenheim] pour le réincruder ensuite [surrection du corps glorieux,
cf. réincrudation] sous une
espèce cristalline. L'ordre, le logos, transparaissent sous les
dehors de l'arbre : Le Moyen Âge a souvent eu recours à
cette figure, moyen aisé et ancien de classer les vices ou les
vertus par exemple [cf. Gobineau et les médaillons du portail
central de Notre-Dame]. Là encore, nous retrouvons les
deux faces du sens spirituel. La contre partie de l'Alchimitisches
Manuscript de Basel peut être trouvé dans
les Miscellanea d'Alchimia
:
et l'espace
, l'un d'ailleurs
succédant à l'autre : c'est donc bien d'une
véritable genèse qu'il s'agit et c'est avec raison que
les Adeptes comparent leur prima materia
à un chaos. Expliquons cela : dans la dissolution, la
matière change de forme et cette métamorphose implique
nécessairement le recours au temps ; dans la coagulation, le
dissolvant de la matière se volatilise et celle-ci vient
à coaguler : c'est une modification dans l'espace d'un
état qui existait déjà en toute virtualité
après que la dissolution ait eu fait son oeuvre. [on peut mettre en doute l'affirmation de
René Guénon qui confond Solve et Coagula dans sa Grande Triade (Gallimard, 1957) : il
admet seulement la possibilité de l'assimilation, là
où il est évident qu'il s'agit de la projection]
L'esprit de
l'opérateur est alors le siège de sentiments
partagés tenant du désir, de l'expectative et de
l'espoir. Ainsi, tout comme la matière se trouve pour ainsi dire
plongée dans une sorte de bulle germinative [voir l'arbre du Mercurius
redivivus, in Samuel Norton, Alchymiae complementum et perfectio],
la psyché se trouve placée en dehors de la sphère
habituelle de la conscience, dans un état présentant des
rapports avec la transe et l'extase [dont seule l'impression ressentie
à la musique sans doute peut donner une relation valable ou un
équivalent éidétique recevable]. Ceci, en
particulier, semble vrai des Gnostiques parmi lesquels il faut ranger
Zosime de Panopolis [voir Jung,
les Racines de la conscience]
et des néo-gnostiques post paracelsiens, où il faut
ranger Gerhard Dorneus [voir M.L.
von Franz, l'Imagination active,
trad. la Fontaine de Pierre, 1989 où l'auteur commente l'oeuvre
de l'alchimiste Gerhard Dorn, en particulier le De Tenebris contra Naturam et Vita brevi,
in Theat. Chem., 1602, vol. I, pp. 457-472].
Deux éléments permettent de ranger Dorn parmi les auteurs
les plus radicaux et les plus idéalistes : son refus de la
quaternité
qu'il assimile à un
quadricornus serpens [où
il faut voir le Mal] comparé à la trinité
:
de feu où trois
idéogrammes occupent une situation angulaire :
,
et
[qui n'est pas
représenté exactement comme notre symbole mais dont il
paraît légitime de le rapprocher]. La marque de
cette triade est
à l'évidence la † marquant la
dissolution. La dissolutio
ou nigredo est
donc absolument équivalente à la Passio comme on l'a
noté supra. Elle est
l'unique moyen permettant d'aboutir à cet état qui est la
sublimatio ou albedo.
De cette triade, nous savons bien que les composants ne sont point
égaux quant à leur compliance à se dissoudre :
ou animus
est le principe qui, par essence, est dissous autant qu'il dissout. Le
sulphur
ou anima
ne résiste pas à la dissolution dès lors qu'on l'a
extirpé du corps où il gît. Seul le corpus
résiste à ce pouvoir résolutif puisqu'il demeure,
en principe, incombustible mais on lui accorde un certain degré
de liberté, liberté toute relative car pourvu qu'un
certain artifice - bien connu de Fulcanelli - parvienne à le
maintenir visqueux, il restera, telle la licorne, dans le giron de la
trinité. Tel
n'est pas le cas du Diable :
jusqu'à sa totale disparition, obtenant par là le lapis
cristallisé à l'état de pureté. Ajoutons
que dénué d'esprit ne signifie pas dénué
d'âme :
et l'on ne peut
imaginer pire état de dissolution. Pour autant, c'est ce venin
de serpent qui va procurer l'âme qui est destinée à
se projeter en masse [parabole de
la chute de l'ange] dans le Sel [ou corpus]. Dans le RS, c'est
bien un
qui contient la fontaine inférieure [et où l'on peut voir le serpens
quadricornus, i.e. contenant les quatre éléments],
celle qui contient la
triade et d'où s'élève la colonne de pierre.
Le passage où Dorneus parle de ce serpent est repris par Jung :
l'ait émasculé ? Pour d'autres :
,
}
; son ambiguité est signalée en ce qu'il s'agit d'un
symbole chthonien : bouche d'ombre s'ouvrant au ponant pour avaler le
soleil en le recrachant au levant [voir
d'ailleurs ce soleil défiguré en forme de crapaud dans le
RS].
On a écrit que le triomphe de Phébus était celui
de la conscience sur l'inconscient mais cette réflexion est
sommaire : il n'y pas irruption abrupte mais transition et interaction
; et ce,
dans la mesure où la psyché est le siège de
mouvements convectifs incessants où surrection et
engloutissement établissent une sorte de massa confusa [interactions MOI - SOI]
qui est à l'identique de la parabole où Cadmos
sème les dents du dragon qu'il vient de vaincre. Par chute de
l'homme, il faut deviner la dissolution de l'esprit qui, jadis,
était la seule façon qu'on ait eu de signifier [faire prendre forme matérielle]
l'inconscient [dont l'expression
immédiate consiste dans le
transfert et la projection : nous en sommes plus ou moins conscients
puisque ce sont ces états qui nous éloignent de notre
condition purement matérielle] ; on comprend que cette
dissolution ne pouvait alors être comprise que comme le Mal. Ces
deux serpents ne sont autres que le sulphur
et le Soufre blanc ou Sel
. Ce déluge est celui que signalent les textes
et qui est l'aqua permanens.
Quant au souffle émis par les serpents, il correspond à
ce que nous appelé le spiritus
corruptus dans l'Aurora
consurgens, II [voir figure 8 du Rosarium
Philosophorum]. Jung consacre le chapitre 7 de sa Psychologie du Transfert
à cette gravure et lui donne comme titre : l'Ascension de l'Âme.
Nous avons déjà exprimé nos doutes quant à
nommer anima
cette substance éthérée pour la bonne raison que
l'on ne saurait tirer l'âme d'un corps qui n'a jamais
vécu, ce qui est stricto
sensu le cas du couple élémentaire {
,
}
où les principes n'ont pas encore été
animés. Ce faisant, quand Jung écrit qu'il faut voir dans
cette substance une fonction de relation, nous y voyons le transfert
dont nous estimons qu'il est lié, dans le processus alchimique,
à Cronos
. Jung ajoute :
ou Echion dont la génération subit
douleurs et affliction [penqoV] : c'est une
évocation indirecte du massacre des Innocents [voir les images du Livre d'Abraham
Juif ]. Odaeos tire son origine de oudaioV [qui sort de terre, en parlant d'une
source] : il s'agit donc d'un symbole de
.
CqonioV incarne
. Péloros [pelwroV] signifie à
la fois « d'une grandeur prodigieuse » qui lui fait toucher
, élément auquel il est évidemment
lié et aussi monstrueux [en
parlant d'un dragon] ou puissant [en évoquant Zeus].
Il ressort de ces analogies que deux éléments
acquièrent des caractères se raccordant au
Bien {
,
}, tandis que les autres {
,
}
se raccordent au Mal. On remarque que les
éléments associés à l'Introversion sont
l'EAU et la TERRE tandis que ceux liés à l'Extraversion
sont le FEU et l'AIR. Reste le cinquième élément
qui, en toute logique, est lié à la quintessence : il
s'agit d'Hypérénor [Uperhnwr, i.e. fier de
sa force, orgueilleux] qui doit être associé
à l'idéogramme
.
La Force, l'orgueil, voilà vertu et vice bien connus des
disciples d'Hermès : l'orgueil symbolise en alchimie
l'opposition entre le sel fixe central et les parties volatiles de la
matière ; quant à la force, il s'agit du Lion, symbole
mercuriel double. Basile Valentin a écrit là-dessus des
paroles
qui semblent définitives :
] dans cet homme double igné [Basile Valentin nomme ainsi le Rebis].
Il est temps d'en revenir au problème majeur du Bien et du Mal
dont l'analyse peut seule rendre compte de cette conception ambivalente
de l'hermaphrodite des alchimistes.
et l'esprit, le mercurius
. Mais chose étrange ! Alors que l'esprit semble
doué d'une existence permanente [l'aqua permanens],
l'âme n'a pas d'existence a priori mais doit être pour
ainsi dire construite de toute pièce. Comme Platon le suppute,
elle est alors douée d'immortalité ; mais à peine
est-elle préparée que l'esprit vient à manquer par
dissipation. L'âme se trouve alors lestée d'un corps
dans lequel nous retrouvons le SEL des alchimistes. Dans la phase
intermédiaire où l'âme n'est pas encore
infusée dans le corps par projection
du fait que le spiritus corruptus n'a pas
encore accompli sa révolution dans le Mercurius par transfert
,
on peut estimer que la matière des Adeptes est dans
l'état qui est appelé hermaphrodite ou Rebis. On peut,
dans cette forme, lui apposer l'hiéroglyphe du Mercurius
: en effet, il rend bien compte de ce que la
matière est double [Taurus]
et de ce qu'elle est dissoute ou visqueuse †. D'où
cette
allégorie des boeufs de labour et de la charrue dont le soc [qui n'est autre que la croix]
laboure la terre adamique afin de préparer la terra alba foliata.
Dans cete opération, notre Artiste Cadmos doit s'efforcer
d'assurer son attelage, de dresser la bête noire et la bête
blanche, bref de domestiquer les pulsions du corps
et du coeur dans son état primitif de
sulphur
. On se tromperait en pensant que le
Bien se situe du côté du Cor leonis. L'attelage de
Cadmus [ou de Phébus, ou
de Jason peu
importe] se compose de deux bêtes dont l'une, le corps,
est docile [en ce sens qu'il est
incombustible : c'est la salamandre]
tandis que l'âme demande à être modelée et
vient à peine, comme nous l'avons vu, de sortir de terre.
L'âme primitive est Echion [cf.
supra]
qui est de nature ignée et de forme
éthérée. Elle est issue en droite ligne du Chaos
et son état tient encore du serpent puisqu'on y trouve
encore point d'esprit qui y soit mêlé. Aussi cette
âme est-elle comme folle et incontrôlée : c'est
à l'Artiste d'y insuffler le logos régulateur,
c'est-à-dire le Mercure ou Vicaire. [voir chapitre
7 sur le fou et le logos]. C'est uniquement par ce
moyen [l'artifice de Fulcanelli]
qu'il parviendra à l'harmonie dans l'agencement de sa
hiérogamie. Le secret des Sages consiste ici à faire d'un
un
[quadratura
circuli, voir Jung, les Racines de la
Conscience] puis, d'y inscrire un
.
quand elle entre en contact avec
: une variation brutale. Envisagée sous le point de vue de la
philosophie naturelle, cette déflagration porte un nom : le
tonnerre et il est en relation avec
. Ève [dont
le caractère aérien paraît évident]
est donc comme projetée d'Adam. Mais encore ne l'est-elle que de
façon médiate et ne doit-elle en rien, in fine, son
origine à Adam. Elle ne doit son origine qu'au premier moteur [Arch]
qui a poussé Adam hors la terre [voyez le Splendor Solis où une
magnifique planche montre la naissance d'Adam]. La
collaboration des quatre éléments est nécessaire
pour extraire le dragon babylonien de la matière où il se
cache d'où, peut-être, cette idée fantasmatique de
Dorneus sur l'équivalence entre quadratum et Diable. Quoi qu'il
en soit, on trouve, de manière surprenante, une indication sur
la nature diabolique de l'arcane mystérieux : en effet, l'un des
piliers qui soutient la première fontaine, celui de gauche,
présente l'inscription suivante :
et
. Aussi est-ce dans le RS un heptagone qui sert de
réceptacle au couple {
,
}.
sous l'aspect de l'Assomption de
la Vierge]. C'est dans cette terre vierge que Cadmos introduit
l'or enté ou or mussif qui n'est, certes pas, le métal
vulgaire. La croissance du Rebis s'accomplit dans l'heptagone du RS,
à l'étage supérieur. Le
et la
occupent le centre de cette scène où le
couple alchimique paraît, avec à gauche, le second Adam et
à droite, Ève. Que représente le second Adam ?
montre un Adam nimbé et éclatant [rappelant
le moment où il est comme surgi de terre entraînant une
déflagration, un souffle, où l'on peut voir - par cabale
- la genèse d'Ève]. Il représente,
à ce titre, l'arcane du
qu'il n'est auparavant qu'en
puissance :
seule la dissolution, le passage au creuset †, le
transformera en
sulphur
ou second Adam.
pour la foudre [cf. supra];
ensuite la parabole de la boîte de Pandore d'où seule
l'Espérance - Hesperus
- ne s'enfuit point. Jung
poursuit en assurant que l'homme spirituel est lié au corps par
Pandora et :
et l'anima
[voir
Lambsprinck, figure I in Musaeum
Hermeticum].
Il paraît peu probable que l'anima puisse constituer un lien
entre le corps et l'esprit puisque, dans le phénomène du
transfert [dissolution],
c'est un spiritus corruptus qui
s'élève alors que dans le phénomène de
projection [réincrudation],
on assiste à une
séparation d'entre l'esprit et l'âme, par sublimation du
Mercure. Il y a un texte des plus curieux du corpus
alchimique là-dessus et que Jung n'a point manqué de
commenter dans son Mysterium
conjunctionis, t. I, au chapitre Luna. Nous en avons dit
quelques mots
naguère : il s'agit de l'Introïtus de
Philalèthe :
et cette libération s'opère par la
médiation de l'aqua permanens qui, dissolvant la terre aride,
permet ainsi son ouverture [il
s'agit d'une variation sur le thème de l'humide radical métallique].
Le larron est donc ce spiritus
corruptus que l'on aperçoit à la figure 8 du Rosarium philosophorum. Il semble qu'ensuite,
Philalèthe passe à la description de la phase
ultérieure où la coagulation progressive de l'eau
mercurielle survient. C'est donc le
Mercure qui tient lieu de ligamentum
ou plutôt, comme
le dit Fulcanelli, de moyen [tiers
agent] pour conjoindre les deux extrémités du
vaisseau de nature :
et
.
Dans ces conditions, c'est l'animus qui emprisonne l'âme dans le
réseau du corps, c'est-à-dire dans le cristal : les
cristaux [voir M. Eliade, le Chamanisme, Payot, 1951]
serviraient d'esprits auxiliaires [ne
perdons pas de vue qu'il s'agit du corps minéral du lapis ou
SEL
; il exerce une action synergique
à celle opérée par le Mercurius
sur le sulphur
] ce qui
équivaut à en faire des centres de projection [voir Aurora
consurgens, II]. Ce lien, on le trouve dans la mythologie
sous l'espèce de la thériomorphose [exemple : les lions de Cybèle,
Atalante et
Hippoménès, cf. Atalanta fugiens]. Un
peu plus loin, Jung cite le texte de l'Aurora consurgens [voir le texte in M.L. von Franz, trad.
la Fontaine de Pierre, 1982] :
paraît. Ce Rebis est formé des soufres
rouge et blanc que constituent les corps des luminaires {
,
} et qui contractent alors une forme principiée.
Mais il y a une autre substance double dans l'oeuvre des philosophes,
qui est beaucoup plus subtile que le Rebis : elle est constituée
du corps dissous de la Lunaire et d'une partie
du Mercure ; c'est
Philalèthe qui en a parlé dans un petit traité,
tout à fait surréaliste là encore : EXPÉRIENCES
SUR LA
PÉNÉTRATION DU MERCURE DES SAGES POUR LA PIERRE, PAR
LE RÉGULE DE MARS, OU FER, TENANT DE L'ANTIMOINE, ET
ÉTOILÉ, ET PAR LA LUNE OU L'ARGENT [tome IV de la Bibliothèque des
Philosophes chimiques, pp. 138-148].
Qu'est-ce au juste que cette substance binaire ? Nous proposons d'en
faire le négatif du Rebis, son ombre en quelque sorte, dans la
mesure où son existence est virtuelle ; là encore, la figure 8 du Rosaire sera utile pour se faire
une idée du problème : dans un tombeau [le creuset qui est fait de la
même substance que la pierre] gisent deux corps [le Roi et la Reine qui sont les
luminaires éclipsés] ; du tombeau
s'échappe une petite créature [spiritus corruptus] qui s'en va
rejoindre une masse nuageuse [assimilable
au Chaos du premier Mercure]. Nous aborderons
ultérieurement cette partie parce qu'elle se rapporte
très directement à la suite du RS. Pour l'heure, il nous
faut dire encore quelques mots sur le deuxième Adam et sa
relation avec l'Adam primordial.
des alchimistes] parle d'elle-même. Le filius philosophorum
sort de l'arbor vitae,
c'est-à-dire de la
[on remarque qu'il s'agit du même filius qui apparaît
au sommet de l'arbre au premier panneau du RS].
L'élément
chthonien [racines] se
double évidemment d'un élément aérien
[faîtage].
Voilà où se niche, stricto sensu, la relation entre les
deux Adam. Le couple primordial chassé du Paradis trouve son
équivalent alchimique qui est celui de l'or enté au sein
de la terra alba foliata.
Adam jaillit ainsi de l'arbre sacré dont l'écorce s'est
craquelée sous la poussée du souffle d'Ève qui
s'échappe et se dissipe. Dans l'Enchiridion de
D'Espagnet, on trouve ceci qui illustre bien notre commentaire :
. Résumons donc : l'esprit
subtil représente la fumée blanche d'Artephius : c'est le Soufre blanc ou
; l'âme céleste est le Soufre rouge ou
teinture dont la forme dissoute est le sulphur
. Adonis, Attis et Osiris, trois têtes sous le
même voile pourrait-on dire en parodiant Fulcanelli [dans le Myst Cath., il parle ainsi de
Déméter, Isis et Coré - Perséphone].
Le second Adam aura un destin ambigu dans la mesure où il
donnera la vie en mourrant : la légende rapporte en effet qu'il
fut culbuté par un sanglier [voir emblème
XLI de l'Atalanta fugiens] et
cela même au moment où Aphrodite se portait à son
secours : du sang d'Adonis naîtront des anémones,
première fleur du Printemps qui signale la renaissance du
.
[ Aphrodite, voulant secourir
Adonis se pique à une épine de rosier, et son sang
s'écoulant sur les roses blanches -ALBEDO - les
métamorphose en roses rouges - RUBIGO.]
Perséphone put alors récupérer l'âme
d'Adonis qui descendit au Tartare, ce qui indique la
réincrudation du
: on voit que la chute de
l'âme [c'est de cela qu'il
s'agit] coïncide avec l'animation du lapis et le processus
d'individuation tel que Jung le comprend à partir des textes
alchimiques. La descente de l'âme dans le corps semble donc
consubstantielle [dans le
contexte alchimique] de la naissance du Mal mais la conclusion
que l'on en tire est fautive : ce n'est pas le corps mais bien
l'âme qui est la cause du Mal. En effet, l'âme fait, par
essence, partie de l'UN [unus
mundus] que les alchimistes ont assimilé à leur
aqua permanens. Dans le grand oeuvre et en particulier dans la grande
coction [la méditation si
l'on prend à la lettre la
Tabula
smaragdina], l'Artiste joue son rôle
démiurgique et
va provoquer une schizogénie en diminuant l'énergie
interne du système ; en d'autres termes, il va diminuer la
température de son creuset : dans ces conditions, l'aimant des
Sages attirera le chalybs sous l'influence d'une attraction naturelle
que d'aucuns appellent le désir. C'est
ainsi que dans l'UN se
produit une rupture qui aboutit - si l'on prend l'exemple de la
psychologie - à une disjonction entre le Moi [anima] et le Soi [animus]. Disjonction qui tire
son origine de la survenue d'une singularité dans le Ça :
l'Autre [voir Aurora consurgens II pour des
explications sur le Ça]. Manifestement, le désir
procède d'un affaiblissement du Soi [animus, i.e. spiritus
] ou dissipation de l'esprit Mercure [symbole du père] : il
s'agit donc
de la survenue d'un véritable potentiel d'irrationalité
consécutive à la formalisation d'une matière qui,
jusque-là, n'était que virtuelle comme du reste le
sulphur
: c'est le corps ou
qu'il faut voir dans cette matière que les
Sages ont appelé leur Aimant et qui est caché dans le
Mercure [unus mundus].
L'idéogramme complet s'écrit
[anima
consurgens]. Ce désir est immanent et procède
d'une tendance naturelle de l'âme à la projection ; cette
projection est en principe contenue par le Soi ; seule la
présence d'un élément attracteur AUTRE est capable
de vaincre la barrière de potentiel du Soi, à l'instar de
ce qui se passe en mécanique ondulatoire
: c'est une forme
« d'effet tunnel » psychique dont l'analogue alchimique est
la projection du
dans le réseau du monde
: nous voici placés au soir de l'oeuvre, face
à Hesperus, qui est la véritable Auro hora. Le Mal peut ainsi
être défini comme la possibilité pour le Ça [identifié au quadratum]
d'initier un attracteur
permettant de vaincre
l'opposition du Soi [plomb
mercuriel] au Moi
[Sel, Mercure et
Soufre sont identifiés au trivium et l'ensemble forme l'heptagone].
Plotin a stigmatisé cette
ambivalence du Soi :
]
est affectée d'un état oscillatoire,
posant comme
fondement qu'un effet peut survenir sans cause. Nous reviendrons
là-dessus lors de l'examen du panneau inférieur du RS.
Néanmoins, nous pouvons dès à présent poser
en conjecture que le Moi
possède une tendance
naturelle à la chute [à
comprendre comme dissolution,
par cabale : cado, cassito et cassis, casque, voir en recherche car nous avons maintes fois
abordé ce point]; en ce sens on pourrait presque
affirmer que le Moi obéit à la loi de la gravitation
universelle, le Soi constituant le centre [pour l'alchimiste, le Vicaire, le
fédérateur] autour duquel est organisée
l'orbite du Moi. Le couple {
,
} est lui-même immergé dans le Ça
ou unus mundus
qui correspond au sensorium
Dei de Newton [rappelons
que le Ça est défini comme tout ce qui est
extérieur à la psyché : il s'agit de la
réalité objective - qui est l'objet de la philosophie naturelle - et
dont l'existence est indépendante
de la psyché, du moins dans la philosophie naturelle
pré-relativiste et surtout pré-quantique].
comme l'écrit Jung [Psychologie et Alchimie, trad. fr.,
p. 529, § 497] et ces plumes :
et
, envisagée sous le point de vue
de l'humain tandis que l'ange l'est sous celui du divin [le symbolisme est le même : il
exprime l'accord entre animus et anima dont le point d'orgue, si l'on
peut dire est
ioV ou venin].
Les Indiens, par exemple, disposent des plumes autour d'un
plus ou moins croisé afin de préserver
des cauchemars [spiritus
abscondus : dreamcatcher qu'il faut rapprocher de l'auréole des
saints, image solaire qu'on retrouve en outre dans l'aspect des
prêtres d'Isis, symbole chthonien majeur]. Ce pouvoir
rayonnant qui éloigne toute obscurité fait partie des
archétypes jungiens, se rattache au mandala et bien sûr au
. Enfin, la plume renvoie à Thémis dont
nous savons toute l'importance en alchimie. De là, transition
facile à faire avec la bouche d'ombre du Collricke
d'où jaillit le serpent à plumes, c'est-à-dire
Mélusine. Mixte où dominent les traits de la
viscosité [nécessaire
à l'entretien du
] qui, seule, garantit la
progression du sulphur
vers l'état de l'anima
où la conscience se cristallise dans
l'individuation [réincrudation].
Le désir est le vecteur de cette transition de phase où
le MOI s'affranchit de la tyrannie du SOI. Sous le nom de Draco, ce
serpent réunit les eaux du dessus et celles du dessous ; que
l'on n'y voit pas d'eau vulgaire : il s'agit d'eau
étoilée, métallique, d'éclat et de
vivacité argentine tenant à la fois des lumières
[
+
] et
[
+
]. Force, protection, moyen de
locomotion de l'esprit [mobilis
in mobile], telles sont les qualités que l'on
reconnaît à la plume alchimique : on pourrait presque
parler du Verbe de Dieu. C'est aussi le duvet ou lit douillet des
colombes de Diane [voir
Philalèthe, Introïtus]. C'est
encore l'aspect adopté par certains minéraux fragiles
à la fois « pierre et non pierre » comme l'alun de
plume [voir chimie et alchimie]. Si l'on va
loin dans le temps, en Egypte, nous trouvons en la femme à la
plume, Maât, dans laquelle on peut trouver
l'équivalent
et l'épouse de Rê ou
: tous deux, dans le temple cosmique ou athanor, disposent de leur
pavillon doré : ce
que les égyptiens
appellent Maât, c'est l'interaction des forces qui assurent
l'ordre
universel, de ses éléments constitutifs essentiels [mouvement céleste, saisons,
jour, aurore]. Les alchimistes nomment cohobation ce
mouvement convectif incessant. On comprend que le point de liaison
entre ces vieux archétypes et l'alchimie se situe au
fléau de la balance, moment de la pesée de l'âme et
de la naissance d'Adonis.
est posté au sommet de l'arbre, dans l'heptagone : sa tendance
innée à l'expansion est manifestée par le
caractère éclatant de la bulle où il est
disposé, rappelant l'amande où on l'observe
déjà, alors qu'il séjourne - panneau
inférieur du RS - dans le quadratum
. À sa rencontre, se dégageant du
faîtage, apparaît l'AUTRE incarné par le
mi serpent, mi
où l'on voit les traits
de Lucifer.
].
| Sur
le sol il y a une colline, Ainsi qu'un serpent dans une source, Sa queue est longue et ses ailes déployée, Prêt a s'envoler par les côtés, Réparez le puits promptement, Afin que les serpent ne s'en échappe, Car si il s'en allait, Vous perdriez la vertu de la pierre, Où est le sol que vous devez ici connaître, Et la source qui est si claire |
Et
quel est le dragon avec la queue, Ou autrement le travail sera de peu d'utilité, La source doit donner de l'eau claire, Prenez bien garde à ceci, votre feu, Le feu avec l'eau brillante devra être brûlé, Et l'eau avec le feu devra être lavée, La terre sur le feu doit être mise, Et l'eau avec l'air doit être unie, |
De
cette façon vous ferez la putréfaction, Et amènerez le serpent à la Rédemption, En premier il doit être noir comme un corbeau, Et au fond de sa tanière il devra être étendu, Gonflé comme un crapaud étendu sur le sol, Avec des vésicules le couvrant de toutes parts, Elles doivent éclater et s'étaler pleinement, Et c'est par cet artifice que le serpent est mis à mort, Il doit briller de plusieurs couleurs, Et devenir aussi blanc qu'un os, |
Avec
l'eau en laquelle il était, Lavez le parfaitement de son péché, Et laissez le boire légèrement, Et cela devrait le rendre beau et blanc, Laquelle blancheur doit demeurer, Voyez ici est l'accomplissement final, De la pierre blanche et de la pierre rouge, Voyez ici la vrai manière d'opérer. |
prépare l'albedo et le rubigo. Les deux lions sont bien connus : il s'agit d'Atalante et Hippoménès
qui gardent le char de Cybèle, déesse primitive qui tient
en sa main cette pierre noire
contenant le feu
du ciel
. Revenons encore sur les rapports entre
le viel Adam et le second Adam.
ou mercure selon la forme qu'il adopte, forme tributaire de la
température de la matière pour un stade donné de
l'oeuvre, compte tenu de la dissipation du dissolvant.
dans le RS. On peut y apercevoir
le vieil Adam ou Mercurius senex qu'évoque Jung dans son Psychologie et Alchimie.
Il se confond avec le crapaud du RS, animal visqueux et composé
au dire des Anciens d'une terre grasse. On trouve encore ce passage
dans l'Aurelia occulta
[texte correspondant à l'Azoth, chap. Matière première]
:
dont le premier état est
[animus].
Elle consiste en l'animation de la matière [là où les alchimistes
voient celle de leur
]. Elle trouve son origine
alchimique dans la connaissance qu'Adam [comme
élémentaire] a eu d'Ève [
primordiale],
narrée en substance dans la Deuxième Parabole de
l'Aurora consurgens
[texte pseudo aquinate],
intitulée : du
Déluge des eaux et de la Mort que la Femme a introduite et
chassée.
qui est dépeint dans la première partie de ce texte qui
dépasse largement, d'ailleurs, les limites de l'alchimie [l'Aurora
consurgens est congénère du Cantique des Cantiques, cf. AC, I].
Pour ce qui concerne le domaine réservé de l'Art
sacré, il suffira d'insister sur le sens à donner aux
dernières phrases de la parabole, en particulier : « Prive-le
de son humidité corruptrice et augmente-le de son
humidité connaturelle
par laquelle apparaîtront sa perfection et sa vie. »
L'humidité corruptrice est l'équivalent du premier Adam [spiritus corruptus] que l'on
voit s'échapper du tombeau à la figure
8 du Ros. Phil.
L'humidité connaturelle augmentée se voit ici
dotée des caractères rendant possible la naissance du
second Adam ou phénix [figure 17 du Ros. Phil.]
en ayant à l'esprit que le cercueil et le lit nuptial
désignent le même objet. De même, remarquons que la
bouche d'ombre de l'athanor, dans le RS, au sommet de l'arbor vitae,
s'est transformée - à hauteur des deux lions - en
l'ouverture d'un puits clair mettant ainsi, littéralement en
lumière, le déplacement du Moi par rapport au Soi,
provoqué par le désir. [voir saint Thomas d'Aquin, Summa, I-II, q. 28, art. 5 : «
Ainsi
l'homme est au plus haut degré parfait et amélioré
par l'amour de Dieu,
mais il est blessé et détérioré par l'amour
du péché... la liquéfaction
provoque un ramollissement
du coeur où le coeur se montre prêt à ce que la
chose aimée pénètre en lui. »]
Voilà qui explique in fine le découplement qui intervient
entre le Soi envisagé comme l'instrument du transfert [sous l'espèce du couple {
,
}] et le Moi, compris comme
l'immanence de la projection [le
couple {
,
}], cf. Mysterium conjunctionis, I, Luna, p. 231. Jung ajoute
que chez Dorneus, le Mercure constitue le véritable Adam
hermaphrodite [De Genealogia mineralium, Theat.
Chem., I, p. 568-592]
et Kunrath précise qu'il est engendré du Chaos sans
péché de la matière. On lui prête encore une
forme de quadratum
augmentée de la quinta
essentia nommée ciel firmamental ce qui contribue
à
expliquer le symbolisme de l'arbor
vitae. On le désigne encore comme l'homme sortant
du fleuve [allusion au
Déluge évoqué dans la Deuxième Parabole de
l'Aurora consurgens, voir l'image 8 du Splendor
Solis] ArchlauV.
Abraham Eleazar en parle comme de l'Adam Cadmon [Uraltes Chymisches Werk].
Il est particulièrement instructif de voir la coïncidence
entre ce concept de l'anthropos ou Moi et le Soi, marquant la
dualité irréductible - quoique labile - affectant le
couple {
,
}.
Il semble que l'on puisse esquisser une solution à ce
problème de dualité si l'on considère le
schéma proposé par Jung [Symbolique
de l'Esprit, le dogme de la
Trinité, p. 163]
où, par l'entremise d'une substance [l'arcane], à la fois
qualifiée de divisible et d'indivisible [dualité essentielle où
l'on peut voir un petit résonateur, cf. supra],
il introduit le transfert du Même [Moi] à l'Autre [que nous comprenons comme une
singularité surgissant ex nihilo du Ça]
; précisément, c'est bien le concept de l'Autre qui donne
accès à cette idée du second Adam. Jung extrait ce
passage du Timée
qui abonde dans le sens de nos réflexions :
. Ce n'est pas tout : on y devine encore un couple
d'opposés formé du corps de la Lunaire [le Sel
ou corps] et du Mercure [cf. supra].
Une figure « trine » se dégage
[où l'on
aurait ajouté un point central dans le cercle luciférien]
où la substance indivisible prend la forme de la † et constitue le
milieu
ou moyen permettant de conjoindre {
,
} à l'état principié. Jung
poursuit :
qui forme le corps du lapis, et par extension la
partie terrestre du filius
philosophorum. Il nous semble que le point fondamental
à souligner est que le Mercure acué de son Sel [Mercure philosophique]
domine le Soufre et détermine sa projection. C'est
peut-être en cela que l'on peut tenter le rapprochement entre
Ève et Marie que tente M.L. von Franz, à la fin de son
commentaire de la Parabole : 
] tandis que la susbtance indivisible est le
Soi [animus
]. Le second niveau est cet espace où
les anges chutent [susbtance
intermédiaire, milieu permettant de conjoindre les opposés]
et désigné comme triton
eidoV : c'est là où s'expriment les
principes alchimiques, alimentés par l'instrument de dissolution
[l'épée] et
de fixation [croix] en
admettant des relations entre les deux, selon la formule Solve et Coagula et le
processus dynamique [assimilation
de René Guénon, individuation de Jung]. Le
troisième niveau est chthonien [incarnation]. À ces
trois niveaux se superposent les couleurs correspondantes : nigredo,
albedo et rubigo. On en arrive à cette notion capitale que le
lieu de la totalité
- constitution de
l'Être - est aussi celle de la privatio boni. Jung
écrit à cet égard :
- constitue ce médium permettant l'esquisse
d'un contact ou à tout le moins d'un regard vers cette
Jérusalem céleste qu'est la transcendance, «
Ailleurs radical » qui porte le même nom dans toutes les
langues : l'Absolu. Observons donc que la contradiction
inhérente au concept de la privatio boni [et qu'on trouve en alchimie à
deux reprises, d'abord dans la dissolution
- sricto sensu, assomption du spiritus corruptus - puis dans la
réincrudation, moment de la chute de l'ange - anima consurgens
] consiste en cette dualité animus -
anima où s'exprime en toute virtualité l'opposé
{divisible - indivisible}. Cette dynamique propre à la
psyché implique un véritable état ondulatoire
où il est fatal que le principe de projection -
- passe la limite du « puits de potentiel
» que lui oppose le transfert -
. Dans ce débordement, les vecteurs psychiques
symbolisés par l'épée et la croix se
révèlent des images éidétiques faciles
à manipuler, pour percevoir des analogies tangibles. Ouvrons
à présent Psychologie
et Alchimie :
] a jugé à propos pour
l'Âme [anima
dissoluta
] de lui assigner en tant qu'enclos, lieu de son orbite. Le point de rupture que nous signalons supra se situe à l'instant où
l'âme parvient à imaginer en dehors de la raison ;
elle a alors accès à un domaine qui, en principe, est
réservé à Dieu : la réalité que nous
nommons le Ça. Le chemin vers le Mal se situe peut-être de
ce côté-là : la transgression que l'âme
commet par projection dans le Ça... situation où l'homme
est le singe de Dieu [on ne
saurait toutefois trouver en cela un
péché : en effet, l'essence de l'âme - où le
Moi conscient trouve son appui - procède de l'expansion alors
même que le Soi
- l'ombre du Moi - est
affecté de ce que certains nomment le « transconscient
» permettant la mise en oeuvre de ce véritable «
effet tunnel » schizogène d'où résulte le Mysterium conjunctionis des
opposés {
,
}]. 
]. Du moins au temps
de la réincrudation [de la
projection] ; car telle Pallas Athéna, là voici
qui sort tout armée du crâne de Zeus, fêlé
par Héphaistos. Aussi est-ce à raison que Jung cite ce
passage de Sendivogius :
est « intérieurement
lourd, visible et solide. » Aussi bien faut-il
être prudent, dans le commentaire que Jung donne de Sendivogius,
de ne pas le prendre au pied de la lettre quand il assure :
est destiné à acquérir un pouvoir
plus grand que le spiritus
et non point sur le corps.
Ce qui est encore une fois logique puisque le mercure est
destiné à se dissiper, seul moyen de faire en sorte que
le Soufre coagule, c'est-à-dire que les corps puissent
être conjoints. Que le
, ensuite, prenne le pas sur
le corps
est vrai dans la mesure
où c'est ce rayon igné qui orientera le lapis dans le
sens indiqué dans la section Soufre.
Ce que nous venons de décrire pour l'alchimie opératoire
se conçoit aisément pour l'oratoire : le démiurge
du RS contemple son oeuvre par l'imagination active [par projection]. Il est
lui-même cet Adam kadmon [voir
figure] en tant que
précurseur de l'anqrwpoV
jwteinoV [homme de
lumière] que l'on trouve chez Zosime [il semble que l'on puisse trouver
l'origine du mot adech chez Dorneus in Theophrasti
Paracelsi libri V De vita longa (p. 178) - citation de Jung in Synchronicité et Paracelsica,
p. 243, note 65 : « l'Adech est
l'invisibilis homo sans doute identique à l'Aniadus et à
l'Edochinum = Enochdianus. »]. Que recouvre Adam
kadmon ? Le rêveur certainement :
et
sous leur apparence transfigurée de
et
[forme principiée ou si l'on
préfère passée au creuset] soient
conjoints. La mort du Soi
est, en terme de psychologie, assimilable à la mort du père,
c'est-à-dire à
[qui conditionne ce qui est de l'ordre
du transfert, cf. Aurora
consurgens, II]. Dès lors, il est possible
d'examiner la figure de l'arbor vitae d'un
oeil nouveau, à la lumière de cet extrait du Brihadaranyaka Upanishad :
. Sa lumière semble
dispensée en forme de larmes de sang rouge
et blanc. Plus bas,
la terre en forme de mer sur laquelle est juché un
oiseau, aigle à tête d'homme, chimère
couronnée où l'on peut voir l'esquisse d'un
phénix [il s'agit d'un
aigle ainsi qu'il est inscrit sur les huit petits phylactères
entourant la sphère]. De larges phylactères
encadrent d'abord le
et contiennent le texte suivant :| Prenez
le père, ce Phoebus si fier, Qui siège si haut en majesté, Avec ses rayons et son éclat si brillants, En toutes places qu’il puisse être, Car il est le père de toute chose, Maintenant la vie des plantes et des racines, Et qui force la nature au printemps, Avec la femme début de l’apaisement, Car il est esclave de toute douleur, Pour déterminer ce travail prospère, Prenez garde à ce savoir, Je le dis au savants et aux clercs, Et Homogénie est son nom, Que Dieu fit de ses propre mains, Et Magnésie est sa dame, Comprenez bien. Maintenant je dis ici pour commencer, Pour vous enseigner une voie facile, Car autrement vous gagnerez peu, Prenez bien note de ce que je dis, |
Divisez
donc Phoebus en plusieurs parts, Avec ses rayons qui sont si brillants, Et par lesquels la nature est convertie, Laquelle est le miroir de toute chose, Ce Phoebus qui a plein de noms différents, Bien qu’il est difficile de tous connaître, prenez exactement le même, Philosophes de la pierre, vous devez le connaître, Par conséquent je vous conseille avant de commencer, Sachez vraiment ce qu’il doit être, Et ce qui est épais faites le subtil, Car il sera dès lors bien préparé, Comprenez bien ce que je dis, Et prenez bien note de ceci, Ou de votre travail vous ne recueillerez rien Et vous aurez grand chagrin, Comme j’ai déjà dis notre science, Plus d’un nom j’aimerai qu’elle ait, Certain derrière certain devant, Comme les philosophes aime lui donner, |
,
} désignant l'anima consurgens et l'animus. Le texte qui
encadre le soleil est abscons. Néanmoins, on peut relever
plusieurs choses : d'abord Homogenie est certainement une corruption
pour Hermogenia [poulet
d'Hermogène, voir Douze Clefs de philosophie]
: la Clef
X de Basile Valentin donne : « NATVS SUM EX HERMOGENE
». Magnesia désigne le Mercure acué de son sel. Il
faut se servir de Phoebus [Apollon]
en sorte de le conjoindre avec Pallas Athéna qui constitue le sulphur comburens. C'est
donc, en pratique, une variation sur le thème de l'Apollon
pythien [victoire sur le serpent
Python = surrection de Délos] que nous avons sous les
yeux [cf. supra].
La manière d'acuer le Mercure de son Sel est exposée dans
la Nature à
découvert, du Chevalier Inconnu [traité dont il existe un
exemplaire à la Bibliothèque de l'Arsenal (1669). Il a
été réédité au XVIIIe
siècle par Pierre-Jean Fabre]
à sa
après que la
dissolution [nigredo] ait
été consommée, par sublimation et par projection.
Observons d'abord que la
qui porte l'avis hermetis [oiseau
d'Hermès] est
aussi une
. Voilà qui rappelle singulièrement ce
qu'écrit Jung au chapitre Sal du Mysterium conjunctionis [I, 5. A et B, § 228, trad. Albin
Michel 1980]. Le Sel - que Jung notons-le prend pour le natron
- est une substance qui participe évidemment de l'eau [en tant qu'il s'agit d'une partie du
corps mercuriel, que l'on peut extraire des Salicornia] mais
qui participe non moins de la terre si l'on réfléchit au
fait qu'il est le symbole de la salamandre, c'est-à-dire du
soufre non comburant, autrement dit du corps lapidaire. Au passage,
notons que Jung se trompe en affirmant que le Sel [intégré comme
élément de la triade classique] a
été « découvert » par Paracelse :
Djabbir le connaît et le nomme Arsenic ; dès les origines
de l'Art sacré, il semble que toute cette doctrine était
déjà en place [voir
Mercure philosophique]. La
confusion, on le voit, est vite établie entre le sel spirituel [sal
spirituale de Basile Valentin] qui ne désigne pas
autre chose que le
et le suc de la Lunaire [la Lune en son dernier quartier
] qui est cette salamandre issue du
sang de Méduse [voir Gardes du corps]. Dans le cas
présent, il s'agit de l'humide
radical des matières premières dont l'Artiste doit
disposer. Cet humide radical métallique est ce ferment
évoqué par le Chevalier inconnu, le même dont parle
Chevreul dans son étude sur Artephius.
Il peut être vu dans notre panneau du RS sous forme de ces rayons
lumineux réduits à des larmes rouge et blanche : ce sont
les corps réduits en leurs matières premières,
sous l'effet de l'Aimant [du
Mercure]. Revenons à l'aigle. Il est inséparable
des sublimations philosophiques qui incarnent, pour ainsi dire, les
assauts mercuriels portés sur la substance grave [le lion]. Nous avons dans le RS
un exemple rare d'aigle à tête humaine masculine : il
s'apparente à la harpie qui, d'habitude, possède un corps
d'aigle et une tête de femme ; le symbolisme de la harpie est
connu : elle ravit l'âme des morts et les emporte dans le
Tartare. Au plan de la cabale, elle se rapporte à la
période de dissolution ou nigredo. On comprend qu'elle n'aurait
pas sa place dans ce panneau de l'oeuvre où s'exprime le
thème de l'anima consurgens
. Il ne peut donc s'agir d'une harpie ; on
connaît en revanche une représentation d'aigle à
tête d'homme couronnée sur des chapiteaux romans : il
s'agit de Nabuchodonosor [Nebucadnetsar]. Voyons cela.
[Adam kadmon]
et
ou si l'on préfère de la transition entre l'homme
primitif, terrestre, et l'homme spirituel. Tel est le sens de la
leçon de Daniel. La statue de Nabuchodonosor parcourt
littéralement le ciel intérieur de la psyché et
l'on y retrouve les planètes [à l'exception notable de
et
]. L'arbre mutilé
représente le métal ouvert : ces deux songes ne
constituent qu'une variation sur un thème dont parle Berthelot
dans les Origines de l'alchimie.
Un autre épisode de la vie de Nabuchodonosor avait
déjà retenu l'attention de Jung [il en parle dans Psychologie et Alchimie, § 449
et dans les Métamorphoses de
l'Âme] : il s'agit des trois hommes que le roi
avait fait jeter dans la fournaise d'un feu ardent ; légende qui
n'est pas sans rappeler d'ailleurs l'allégorie du massacre des
Innocents qu'évoque Flamel sur son arche érigée au
cimetière des Innocents [cf.
Fig.
Hiér.].
alchimique - permet ce miracle dans l'unus mundus [il s'agit du vase de nature,
scellé de l'anneau royal ou sceau vitreux d'Hermès].
Daniel joue ici le rôle de l'intercesseur entre le ciel et la
terre dans sa position de devin, ce qui représente un
trait
mercuriel. Il y a plus : on peut
montrer qu'il y a un rapport entre Daniel et le feu
représenté par l'esprit caché dans la
matière, comme l'extrait suivant de Jung donne à
l'entendre. Or, nous ne trouvons que deux symboles qui puissent
satisfaire à cette analogie : la nigredo au début de
l'oeuvre [putréfaction]
et la phase d'assation précédant la réincrudation [anima consurgens
]. Ce feu caché explique-t-il le texte
inscrit dans le petit phylactère [gardez-vous de la bouche du
cholérique...]
permettant l'évolution de
l'adech comme second Adam ou homme éveillé : c'est le
passage de l'amorphe au cristal. Notons d'autres points qui se
rapprochent du symbolisme chrétien, tels que l'exprime
l'iconographie, notamment les tourbillons consumant les bourreaux : ne
peut-on voir là cette scène où Grünewald,
dans son retable d'Issenheim, pose
le Christ en gloire ?
en liaison avec la privatio boni, cf.
§ 3. Jung voit dans le « quatrième » le fils de
Dieu ou filius philosophorum
et évoque également Agni,
flamme du sacrifice, tout autant sacrificateur que victime [Métamorphoses
de l'Âme, trad. Georg, pp. 288-289, Pochothèque, ].
Ce double aspect rappelle encore le
qui joue ce rôle dual de purificateur [dissolution, SOLVE par
l'épée] et de
libérateur [coagulation,
COAGULA par la †]
; il faut noter que dans le texte de la Bible [Ancien Testament, livres
prophétiques; dans sa version grecque de la Septante (LXX) ce
livre est enrichi d'additions importantes : la prière d'Azarias,
le cantique des trois jeunes hommes dans la fournaise, le récit
de Suzanne; celui de Bel et le Dragon], il n'est question que
de
trois personnages et non de quatre... Quant au feu [rayon igné], ce n'est
pas tant l'esprit caché que l'âme qui y est assujettie.
N'oublions pas que dans le domaine de l'alchimie, l'esprit n'est jamais
qu'un moyen. Pas un but. Le but ultime est la réincrudation de
l'âme par transformation d'un certain facteur comburant [cf. figure 8
du Ros. Phil.]
résultant de l'ouverture du métal et dont le devenir est
exprimé par l'hiéroglyphe
.
Il ne sera cependant pas impossible de retrouver le quadratum
si l'on veut bien revenir sur les
représentations thériomorphes de Nabuchodonosor
qui lui manque quand il manipule son
dont, au vrai, il n'est jamais que le serviteur.
L'arbre est donc in media
terrae et projette son ombre sur la
. Il s'agit d'un ensemble organisé, loin de la
massa confusa
formée par la prima materia [Nabuchodonosor] du Chaos
originel [assimilé
à l'Adam kadmon]. 
]. Jung a stigmatisé ce processus :
puis
à un stade plus évolué]
avant le passage à la dépuration [anima consurgens
]; le stade intermédiaire où
s'exprime la formule alchimique SOLVE
ET COAGULA passe
par la Mélusine paracelsienne. Ainsi ces paroles de saint Jean
sont-elles appropriées à notre sujet :
. Van Lennep ajoute :
, a inspiré
quantité de textes alchimiques : on en a fait la terre adamique
ou terre rouge et elle fait l'objet de l'une des allégories les
plus curieuses de l'oeuvre : le renversement des pôles qui
signale le Déluge. Le symbole se complète dans cette
image du Livre de la Sainte
Trinité d'un
croissant lunaire à concavité inférieure où
nous retrouvons l'hiéroglyphe inversé du mercurius
qui est aussi la signature de Diane
aux cornes
lunaires. Ce symbole se trouve dans la Monade Hiéroglyphique
de John Dee [figure XVI] et
sur la porte
alchimique de la villa Palombara à Rome [cf. réincrudation].
On lit, au-dessous du
symbole : FILIUS NOSTER MORTVVS VIVIT REX AB IGNE REDIT
ET CONIVGO
GAVDET OCCVLTO [NOTRE FILS MORT
VIT. LE ROI REVIENT DU FEU ET PAR LE MARIAGE CACHÉ SE
RÉJOUIT]. D'après E. Canseliet [Deux
Logis alchimiques, Pauvert, 1978],
il s'agirait
d'une allégorie touchant Latone parturiante. On relève
d'autres éléments : le Christ est cloué sur la
lettre de son nom : c.
Et la barre verticale de la † ainsi
formée donne
les deux premières lettres ci.
Voilà
qui n'est pas sans
évoquer ce que dit Jung dans son symbole de la transsubstantation
[Racines
de la Conscience, p. 256 in Pochothèque]
à propos du rite byzantin où l'on procède à
un partage de l'hostie en quatre parties, les quatre morceaux
étant désignés par les phonèmes :
. Ici, le sens est différent : il s'agit de
rendre fixe le volatil et d'infuser l'âme au corps. Sur le sens
à donner à l'ensemble de la scène [le panneau du RS], nous
trouverons des éléments de réponse dans un
écrit attribué à Ripley, la Cantilena Riplaei [in Opera Omnia Chemica, cum Praefatione
a Ludovico Combachio (Kassel, 1649)] :
",
c'est-à-dire sous ses rayons : le RS les exhibe en forme de
larmes [voir supra].
Leur couleur double implique une association dans laquelle nous pouvons
distinguer le sulphur
et le sal
. Ce passage des exercitationes in Turbam philosophorum laisse
à l'entendre :
est manifestement pris pour le
. Toutefois, l'expression de soufre philosophique est
là pour aider à comprendre que la matière est dans
un état sublimé et que cette sublimation [animus
] est le fait même du
. Donc, Mercure et Soufre sont interchangeables dans ce
contexte et, du reste, tel semble bien être le sentiment de
Fulcanelli [voir Myst. Cath.]
C'est ce que laisse entrevoir cette image
tirée du Theatrum
Chemicum Britannicum qui est une vision très
simplifiée
du RS : on remarque les Soufres [agent
et patient] qui se font face comme les gnomes de la
cheminée alchimique à Fontenay-Le-Comte.
Le démiurge distille la rosée de mai sur la scène
du théâtre et le couple est pris dans une pose qui a
quelque rapport avec les vases distillatoires que l'on aperçoit
dans le Coelum Philosophorum
de Philippe Ulstade [voir le Char Triomphal de
l'antimoine]. C'est un autre exemple de fontaine
alchimique. L'aqua permanens prépare la venue de la
: elle est présente dans le RS sous cette forme
double de globe terrestre et aqueux. Quant au
,
légèrement obscurci par
les nuées, il répand à profusion ses rayons : dans
le Recueil
stéganographique de Beroalde de Verville, sur
Poliphile [Le
tableau des riches inventions couvertes du
voile des feintes amoureuses, qui sont représentées dans
le Songe de
Poliphile desvoilées des ombres du songe et subtilement
exposées, M. Guillemot, Paris,
1600],
et
sont interprétés comme "
flammes et larmes".
ou Soufre blanc [Sal].
On l'appelle encore l'Arsenic [Artznei],
toyson de l'or, christophore ou corps du lapis. On peut voir dans le
la promesse de ce sulphur
que l'Artiste espère
réincruder en le projetant en masse dans le
: l'aigle à tête royale est
l'équivalent du caput
corvinis par lequel se signale la fin de la dissolution.
Il est en effet important de comprendre que ces termes [dissolutio, albificatio, coagulatio,
assatio, etc.] ne désignent pas tant des
états de la matière que des transitions de phase, des
moments de l'oeuvre ; seul donc le concept de transformation parait
porteur de sens. Toutes ces transformations que relatent les textes
passent de même que des figures en image... Il ne s'agit de rien
d'autre que de manifestations d'un noyau de la psyché -
transition du Soi et du Moi - formant la part obscure et
tutélaire de notre être. Les alchimistes n'avaient pas la
plus petite idée de ce que recouvraient leurs travaux du point
de vue de la nature chimique et ils ont ainsi, comme nous l'avons dit
ailleurs, contribué à leur insu à l'essor de la
proto chimie. Ne pouvant nommer ce qu'ils voyaient en termes
rationnels, ils étaient conduits tout naturellement à
associer des images et des mots qui ne faisaient que retracer les
contours flous et irrationnels de l'époque qui était la
leur : on ne peut donc en aucune façon, au plan historique, leur
faire le reproche d'avoir été obscurs ou flous. Jung a
parfaitement intégré cela à son Mysterium conjunctionis
[voir surtout tome I,
chapitre Sel]. Cette ombre est en filigrane dans l'oeuvre du
magicien de Küsnacht : elle est aussi furtive que le
et se comporte comme un anima rector. Elle
résulte de la confrontation de l'animus
et de l'anima
dans un processus de
quête dans le Ça [voir
supra].
est exalté dans le signe du Bélier [nous n'accordons ici nos vues qu'avec
l'hermétisme et nullement avec les postulats de l'astrologie].
Cette exaltation est assez visible sur l'avant dernier panneau du RS
où les « larmes de
» témoignent de
l'activité calorique et nutritive qui est exercée par le Lac virginis. Plus
qu'Arès [qui correspond au
dragon babylonien, i.e. vitriol romain],
c'est à
Ariès qu'il est fait allusion :
, Ariès est le Sel ou
; aussi lorsque Jung dit en note [Paracelsica,
p. 247, note 114] que le loup va dans le sens de
l'interprétation [Ares en
tant qu'Aquaster], faut-il être prudent : le loup des
alchimistes représente pour certains l'antimoine saturnin d'Artephius [les larmes de Saturne] mais il
représente aussi, à un stade plus tardif, le grappin ou
frein qui annonce la coagulation de l'eau mercurielle [il s'agit du lien du Mercure, du
ligamentum mais ce point n'est pas encore bien éclairci].
Or, si le loup
dévorant les métaux que l'on aperçoit sur l'une
des Douze
Clefs de Basile Valentin peut être
considéré comme l'hiéroglyphe de l'Iliaster, il
semble bien que celui pouvant symboliser l'Aquaster [aqua permanens] soit à
rechercher du côté d'Ariès
et le Soufre blanc ou toyson d'or
qui constitue Ariès :
. Cette cendre forme une
véritable vitri oleum
dont les cabalistes ont fait le V.I.T.R.I.O.L.
alchimique et fait la transition avec tout ce qui se rapporte au
travail du verrier [voir :
Peligot, Douze Leçons sur l'art de la verrerie
et Loysel, Essais
sur l'art de la verrerie]. Blaise de Vigenère
ajoute :
mais qui n'est nullement le sel de sapience : le sel
des alchimistes est leur salamandre, qui s'oppose dans les derniers
temps de l'oeuvre au rémore dont parle Savinien de Cyrano
Bergerac [voir E. Canseliet,
Etudes de symbolisme alchimique, Pauvert]. Le sel est
tiré de l'esprit [intelligence]
mais en tant qu'il est incombustible - contrairement au sulphur
- il y est proprement conjoint sans s'y dissoudre au
point de disparaître dans la nigredo. C'est la raison pour
laquelle les textes ont toujours été obscurs sur le point
de savoir ce qui ressortissait du Mercure et du Sel [voir le symbole dual de la
].
C'est aussi l'une des raisons pour laquelle cette substance est
nommée « sel de sagesse », caractère qu'elle
partage avec le sable. En définitive, on comprend fort bien ces
dernières réflexions d'un vieux texte sur notre sujet :
; la projection n'a pas lieu.
Aussi l'Artiste ressemble-t-il alors à un sagittaire dont
Mercure [l'arc] serait
sans ferment [la flèche]
pouvant féconder la terra
alba foliata. Mais le point le plus élevé,
peut-être, de la cabale hermétique semble être
atteint ici :
au sens où il n'y séjourne pas comme
].
Et il est le premier dont Latone accouche : autrement dit, on peut
établir d'après le Gloria Mundi que le Sel ou
est Diane. En effet, Diane est liée à la
[les alchimistes
évoquent Diane aux cornes lunaires] ; c'est une
déesse vierge [terra alba
foliata] ; elle est armée d'un arc [l'instrument de la projection : Diane
sert de parèdre à Latone quand elle accouche d'Apollon,
c'est-à-dire du sulphur en cours de réincrudation]
; Nausicaa est comparée par Homère à Diane [Nausicaa = la Sagittaire qui chasse le
sanglier, épithète de
dans les textes, cf. la légende d'Adonis in Atalanta
fugiens]. Voici le cartouche
qui termine ce panneau du RS| Dans
la mer sans lie, Se tient l’oiseau d’Hermès, Dévorant ses ailes changeantes, Et se stabilise lui-même, Lorsque toute ses plumes ont disparues, Il se tient toujours là comme une pierre, |
Il
est maintenant blanc et rouge, Et tout autant la pierre pour accélérer la mort, Tout cela sans fable, Tous les deux dur et mou et malléable, Comprenez bien et correctement maintenant, Et remerciez Dieu de cette vision. |

et le souffle du vent mercuriel est
le nom que lui donne Flamel. Si l'on en croit Diodore de Sicile - en y
mettant un grain de sel - le lapis [dont on sait que l'un des noms est topazoV] se
trouverait dans une île de la mer Rouge nommée Ophiode ou
île serpentine. Cette région du golfe persique a permis
à Fulcanelli de décocher un petit trait de cabale
à
propos de « Persée, vu comme poisson de la mer
Rouge » [DM, II, p. 36 - sur la mer Rouge,
cf. Atalanta
XXXI]. Il est question de la mer Rouge dans les
Paraboles de l'Aurora consurgens
:
acué de son
. Nous devons voir la surrection de Délos dans
ce champ fleuri qui surgit des profondeurs de l'eau typhonienne...
C'est dans le Mysterium
conjunctionis que Jung a consacré un long
paragraphe à la mer Rouge dans le chapitre Sel [tome I, pp. 250 - 261]. Il la
compare à l'eau benoîte, celle-là même
qu'évoque E. Canseliet à plusieurs reprises [voir Études
de symbolisme].
Classiquement, si l’eau de source symbolise la
vie,
l’eau de la mer est un
symbole de la mort qui renvoie au
mystère de la croix : aussi faut-il comprendre la sortie
d'Égypte et la traversée de la mer Rouge comme une
indication
sur la fin de la nigredo et la fuite du Léviathan. C'est ce que
semble indiquer en susbtance Jung en citant Rosinus ad Euthiciam :
ou ioV, le venin. Cuire le
poison a le même sens que préparer le
dont la projection procure le lapis. Jung cite un
autre texte du pseudo Aristote, Tractatus ad
Alexandrum Magnum, De lapide Philosophico [Theat. Chem., vol. V, pp. 787-799]
où le serpent mercuriel ioV
est placé sur un char à quatre roues qui évoque
d'une part le Char triomphal de l'antimoine
du pseudo Basile Valentin
et, d'autre part, la série des planches du Splendor solis, avec des
cartouches représentant des chars tirés par des animaux
différents, selon le stade de l'oeuvre. Jung commente ainsi :
: ganoV
désigne, en effet, un liquide brillant et limpide, «
étamé » où l'on peut voir l'aspect en
« yeux de poisson » dont les Adeptes attendaient la
survenue avant d'être sûrs que la conjonction des principes
était consommée. Cet aspect brillant ou
étincelant, c'est
aussi la manifestation de l'occulte, dans le sens de centre invisible
où l'on retrouve notre Adam kadmon, l'adech :
et
, appelés à mêler la
différence de leurs conditions et à chanter les jeux sans
fin de la passion du
animé.
intervient par le rapt de GanumhdhV. Ce qui signale
d'abord l'acte de projection
qui en résulte, d'où il procède que nous sommes
bien sur la piste du
[même conjecture pour Io qui
représente la
; par parenthèse, il y a
lieu de noter que le père d'Io - Iw - Inachos, fils
d'Océan et de Téthys, fut choisi un jour par Héra
et Poséidon comme arbitre : ils se disputaient le pouvoir de la
contrée que Poséidon arrosait. Eh bien ! Inachos se
déclara en faveur d'Héra. De dépit,
Poséidon l'assécha. Grâce lui soit rendue
puisqu'ainsi il a permis l'assation.
Elle guérit le Roi de son hydropisie, voir Atalanta XLVIII et Lambsprinck, figure XIV]. Jung est revenu à
plusieurs reprises sur ce thème mystérieux des yeux de
poisson :
qu'est placé l'ensemble de ce tableau [le traducteur des Racines de la conscience, Yves Le
Lay, assure que l'étain, en tant que métal utilisé
pour effectuer des soudures, renvoie à la conciliation des
natures et à y voir le lapis dans lequel sont rassemblés
les sept yeux - assimilés aux vertus - qui sont aussi les sept
planètes, op. cit. p. 594, n. 109]. Van Lennep voit dans
la sphère emplumée la pierre philosophale, ce qui n'est
pas d'une évidence immédiate... Il nous semble plus
rationnel d'évoquer la vieille légende du dreamcatcher [l'attrape rêve]. Elle va
en droite ligne de l'entrelacs proposé par Jung dans ses Métamorphoses de l'Âme et ses
symboles [Georg,
1953]. Hélas, Jung n'évoque point cet aimant
spirituel... Pourtant, il semble que seul le contenu
archétypique de cette légende rende pleinement justice
à cette sphère
emplumée qui supporte le roi aigle.
Voici cette légende, selon la tradition Sioux Lakota :
levant qui chasse les cauchemars ? Daniel éclaire le roi et lui
apprend qu'aveuglé par l'orgueil [voir vices et vertus in Gobineau], il perdra sa couronne
pendant sept périodes [qui
correspondent aux métaux des sept pilastres de l'heptagone du RS].
Il lui apprend aussi que les royaumes terrestres seront détruits
et que seul l'esprit subsistera [il
peut s'agirt de la parabole du déluge].
dans lequel un
est inscrit, composé de trois
sphères colorées en rouge, blanc et noir qui
représentent les trois stades du processus [nigredo - albedo - rubigo]. Des
anneaux de chaîne lient ces sphères. La
semble embrasser le
et, dans la version du RS de la Welcome Library [voir n° 9],
la lune entoure presque
entièrement le soleil. Le disque lunaire est soutenu par un
dragon qui se mord la queue tout en tenant la lune dans sa gueule : on
y voit le serpent Ouroboros. Ce dragon
à queue serpentine est juché sur une antimonium
ailée [antimoine
spirituel ou saturnin], séparée en deux par une
ceinture équatoriale : en haut, la
; en bas,
. On retrouve les trois
sphères incluses dans le
qui sont amorphes et
plongées dans le liquide
. Plus bas, un large
phylactère en trois parties présente les séquences
des Verses et se continue,
dans sa partie médiane, par une
longue hampe inférieure : l'ensemble Lune - serpent - terre
ailée rappelle la forme de l'hiéroglyphe mercuriel et se
rapproche de l'un des dessins que l'on aperçoit dans l'Alchimie
de Flamel de Denis Molinier
Ce dessin est
d'ailleurs récurrent. Le schéma de la terre ailée
est un grand classique de l'iconographie [voir Lorenzo
Lotto]. Le RS se termine par deux personnages sur lesquels
nous reviendrons ultérieurement [voir chapitre
7]. Nous allons dans un premier
temps étudier le dispositif supérieur. Tous les
éléments en sont connus ; ils ont été
passés en revue dans la présente section au chapitre 3 et dans l'Aurora consurgens, II. Toutefois,
leur disposition est telle qu'elle met en lumière, de
façon remarquable, les trois agents fondamentaux qui
représentent l'étendue de la psyché.
Naturellement, l'artiste à qui l'on doit cette disposition
n'avait aucunement conscience qu'il profilait ainsi des acteurs qui se
verraient, à trois siècles de distance, investis d'une
telle envergure spirituelle : il s'agit donc de figures qui nous
ramènent au concept d'archétype, en ce qu'elles expriment
des associations spirituelles immanentes. Si nous reprenons les
correspondances dont nous avons esquissé les contours au chapitre 3, il est
facile d'établir en première approximation que : MOI = {
,
} - SOI = {
,
} - ÇA = {
,
†}
. La
psychologie moderne
établit que le ÇA est une sorte de continuum
indifférencié où la pulsion est dominante dans les
premiers temps de la vie. Ultérieurement, le ÇA peut
arriver à dominer un SOI déficient : l'inflation résultante du MOI peut
alors provoquer, en pathologie, des accès
de
mégalomanie, exemple typique d'une psycho-névrose parmi
les plus répandues [à
un stade fruste de cette pathologie mentale, les symptômes
peuvent être compatibles avec une existence normale en apparence
et ne donner lieu qu'à des conduites de type dictatorial
accompagnées d'une boulimie de possession]. Le
ÇA,
nous
l'avons vu, peut aussi être défini comme tout ce qui
ressortit de l'ÊTRE, c'est- à-dire des objets sans rapport
avec la psyché mais dont le MOI peut avoir soit la notion
empirique, soit la connaissance plus ou moins objective. Du ÇA
émergent, lorsque le MOI est devenu autonome et
équilibré avec le SOI, des stimulations incessantes dont
l'intensité peut varier de la « dormance » à
l'apparition de singularités par lesquelles se distingue et
prend corps l'AUTRE. Nous avons vu que, dans le domaine restreint
à l'alchimie,
on pouvait donner au ÇA l'apparence du
. Dans le RS, le corps du lapis est
représenté par l'antimonium
ailée [alabastrum]
sur laquelle l'Ouroboros prend assise.
Par là, on pourrait croire que le Soi est l'UN si l'on pose en
conjecture que :
Sur ce panneau du RS de la Welcome
Library, on voit
en bas l'équivalent de la partie qui correspond au RS de la Huntington Library. On
devine en particulier que cette structure
ternaire prend aussi le sens de quaternité si on la
considère comme une double dualité : d'une part le couple
{
,
}; d'autre part, le couple {
,
} formant alliance entre le
dragon babylonien et l'antimonium
ailée. En bas donc, de ce panneau, les
éléments de la série mercurielle ; en haut les
éléments de la série soufrée, i.e. du
lapis. Avec cette ambiguité « résiduelle »
en toile de fond du symbolisme alchimique, du Sel dont la nature est
double, procédant de
et de
.
On constate ainsi que le MOI est identifié au Soufre rouge ou
teinture de la pierre mais que sa forme peut être solaire [au sens de lumineuse] ou
rubéfiée [au sens
de rouge et chaude] ; le SOI et équivalent au Mercure
acué de son Sel en sachant que ce même Sel
fait la transition entre MOI et SOI [et si l'on reprend la mythologie, Diane
sert de parèdre à Latone lorsqu'elle accouche d'Apollon].
Examinons à présent le ÇA. Un détail que
l'on voit mal sur cette image du Welcome Institute saute aux
yeux sur l'exemplaire de la Huntington
Library : c'est que le dragon perd du sang,
c'est-à-dire par cabale l'âme. Ce sang qui est un poison,
un venin [ioV =
],
se dilue dans la partie inférieure de la terre antimoniée
pour former le compost philosophal où les trois principes des
alchimistes sont préparés en vue de la sublimation [opération des Aigles de
Philalèthe, voir Air des Sages].
L'antimonium constitue ce « vinaigre très aigre »
dont Artephius et les acteurs de la
Turba
vantent les mérites dans l'oeuvre des Sages. C'est cette massa
confusa, ce chaos, qui forme la substance du ÇA :
de cette
profusion de courants de convection, animés par l'esprit du
démiurge [voir premier
panneau du RS et chapitre 1]
émerge lentement une étroite bande de terre sèche
que les hermétistes nomment Délos [voir Gardes
du corps] et que les psychologues appellent le MOI. Cette
île où Latone trouve refuge sort de la mer typhonienne [le tissu du ÇA dont la trame est
ourdie par la mère, voire la grande mère] mais
une petite partie est en
surrection, à l'instar d'un iceberg : il faut par là
considérer toute la partie immergée qui constitue le SOI
et qui se situe en dehors du champ de la conscience. Le Sel, qui est
partout sauf dans cette portion de terre sèche, forme le liant [COAGULA = fonction sulfureuse]
en même temps que le héraut, l'informateur [SOLVE = fonction mercurielle],
de cet univers. En dernière analyse, et selon une vue qui se
rapporte à la phylogénie du processus alchimique, le SOI
semble se développer à partir de la matrice de l'instinct
animal propre au ÇA et au MOI. À partir de là, le
SOI se développe et oppose une barrière aux interactions
primitives du ÇA et du MOI : les alchimistes disent alors que la
période de nigredo est terminée. On doit donc non
seulement envisager ce tableau d'un point de vue structural, dynamique
dans l'espace
mais, plus encore, dynamique dans le
temps
. Le médiateur de cette
énergétique est le ÇA qui cache en son sein † [voir Aurora
consurgens, II] où il initie et entretient le feu.
Vient
ensuite la phase de maturation que les alchimistes nomment albedo. Elle
est marquée essentiellement par le développement du MOI,
c'est-à-dire le mûrissement du
grâce au Lait de Vierge [Lac virginis des vieux auteurs].
La médiation de cet accomplissement est le fait du ÇA [processus de transfert régi par
] . Le SOI intervient en tant que spiritus sanctus et joue le
rôle de vase de nature pour le sulphur. Là encore, il ne
faut pas négliger l'aspect dynamique des échanges entre
MOI et ÇA, d'où la singularité portant le nom
d'AUTRE va émerger, entraînant la troisième phase
qui est celle de l'individuation, précédée de la
projection [régie par
]. Pour finir, nous souhaiterions donner ces
quelques lignes de Freud :
: il s'agit d'une opération qui est beaucoup
plus rapide que le transfert [d'où
cette idée de temps s'opposant à l'espace],
médié par l'opérateur
. Le transfert est metajorein et implique un
transport spirituel, à l'opposé de la projection
où « l'injection » corporelle est implicite... Mais
nous touchons aux limites de l'interprétation où la
connexion analogique est encore possible entre alchimie et psychologie.
ailée [antimonium]
et
qu'il la féconde en ses principes [
,
,
]. On ne peut pas, ici, faire l'économie du
rapprochement avec la figure du Christ dont le flanc est blessé
par la lance de Longin [notons
que ce geste est salvateur pour le Christ puisqu'il est destiné
à abréger ses souffrances]. Il se trouve que ce
rapprochement se trouve lié au concept de l'aimant.
=
. Le corps est inscrit dans l'esprit :
c'est le problème de la quadratura
circuli de Dorneus, que nous avons évoqué
à plusieurs reprises. Comment faire en sorte que
d'éléments considérés comme en soi [
,
,
,
], on parvienne à
préparer une terre
où soit inclus un
feu inextinguible
? Les alchimistes ont
découvert qu'il fallait réaliser la coïncidence des opposés.
C'est Nicolas de Cues qui a cru tenir la solution par un système
d'isopérimètres se basant sur une diminution constante de
la valeur des rayons [voir http://www.ens-lsh.fr/labo/cerphi/theses/nicolle.htm].
C'est du reste là que nous touchons au point de rupture
où semble s'affirmer la victoire conceptuelle des Gnostiques
alchimistes face au dogme théologique conduisant à
refuser au UN le statut de nombre. Ces opposés, nous les voyons
réunis par les idéogrammes posés en
égalité : la coïncidence passe par la dissolution du
composé en forme d'ioV
.
Par analogie, on peut montrer que cette conjonction radicale passe
aussi par une monade spirituelle qui pose l'homme au centre de la
triade : terre - esprit - ciel. Dans ces études sur Paracelse,
Jung écrit :
est assimilé au ciel intérieur, c'est-
à-dire au SOI. Quoi qu'il en soit, le problème de la
quadrature conduit en fait bien souvent à formuler 4 en 3 + 1,
posant un autre problème dont Jung a aussi beaucoup
étudié : le quatrième, dans lequel il avait
été conduit à voir le Diabolus. C'est un truisme
que d'insister sur ce fait, que la Passio Christi est tout
autant une corruption qu'une renaissance, ainsi que la tradition des
Évangiles l'atteste. Toutefois, au plan symbolique, certaines
subtilités peuvent être relevées qui vont nous
aider dans la reconnaissance de la Trinité en ce dernier panneau
du RS.
]. Éros et Mélusine ne
sont ainsi que des variations sur le thème d'un
archétype,
le désir, dont l'origine tient à l'expansion naturelle du
MOI. Une autre conclusion est que le désir étant partout,
on est en droit d'y voir un rapport avec le principe SEL des
alchimistes [et avec le ÇA
de la pysché], symbolisé par l'idéogramme
, qui constitue en fait le sujet de l'Aurora consurgens, texte qui
commence par un chapitre sur le sel de sagesse [II.
Ce qu'est la Sagesse, in M.L. von Franz, op. cit. où deux
vieux traités sont cités par Mme von Franz qui en disent
long sur leur importance : le De
Chemia de Senior et le Consilium
Conjugii, voir Theatrum
Chemicum, vol. V] . Il est clair que le désir
ressortit de la teinture, du Soufre rouge et que le Sel agit à
son égard comme un aimant ; reconnaissons que ces
réflexions sont un rien triviales ; elles n'en expriment pas
moins une
vérité sous laquelle se cachent des archétypes et
mythologèmes assez importants pour qu'ils puissent constituer la
matière même de la schizogénie qui d'un
côté laisse l'anthropos seul [le MOI isolé ne semble pas d'une
grande viabilité], tel un corps mort et de l'autre
mène à la vie par accès à l'AUTRE,
du domaine du ÇA. Ce pouvoir d'attraction peut se traduire selon
:
+
<-->
+
. La
est l'aimant de
tout comme
est l'aimant pour
: ces éléments s'attirent naturellement
deux à deux [voir Cristallogénie
et Idée alchimique, V]
bien que l'on connaisse des phénomènes de transfert [
+
en forme de vapeurs, de nuées ;
+
en forme de terre liquide ou lave] et des
phénomènes de projection
à sens physique [on notera
que ces projections résultent en général d'un
élément privatif qui vient à manquer en sorte de
faire « cristalliser » le processus de projection : ainsi,
la pluie résulte de
-
; la terre, de
-
; la foudre est un processus plus complexe qui
résulte d'interactions entre
,
et
; la force de l'air ou vent est sous
la dépendance des trois autres éléments. La
est en apparence l'élément le plus
stable mais elle est soumise aux tourments des trois autres
éléments qui l'érodent ou la fissurent].
On remarque que, des quatre éléments, le couple {
,
} est passif alors que {
,
} est actif. Des quatre éléments, c'est
qui paraît immuable;
et
sont les deux éléments qui sont «
mutables » [au sens de volatiles, susceptibles de
disparition ou de modification rapides, à mettre sous le compte
de
, impliqué dans le transfert], au lieu
que
et
ont une portée spatiale [sous la médiation de
], l'un s'adaptant à l'autre par
imitation [
s'adapte à la forme de la
par adaptation passive; les deux ont un
caractère fixe, en dépit des permutations de
].
Le couple passif trouve son complémentaire alchimique dans le
patient qui désigne le Soufre blanc ou matrice de la pierre
tandis que l'agent, qui oriente la pierre, autrement
dit sa lumière
[voir Paracelse], est
dépendant du Soufre rouge
ou teinture. Jung ajoute :
vient se mêler avec le
ou calx
metalli où il forme le compost. L'humide radical
qui résulte de ce commerce du fixe et du volatil est à
l'image de l'adech ; l'évolution vers la créature vivante
supérieure, qui doit mener à l'individuation [l'auto information ou réincrudation] est la
transition vers le second Adam, médiée par le coup de
lance que Lilith vient de lancer au vieil Adam. Nous avons tout
à l'heure employé l'expression « espace
d'un instant fugitif ». Revenons-y : les
alchimistes ont trouvé une manière de lier l'espace au
temps, ce qui a donné lieu à des travaux initiés
par Jung [voir Aïon, op. cit.] et
poursuivis par M.L. von Franz [voir
Nombre et Temps, la Fontaine de
Pierre, trad. 1978]. Ces travaux ont mis en évidence le
lien qui existait entre des manifestations de la psyché et le
comportement des objets physiques élémentaires, où
s'exerce un phénomène que Jung a qualifié de
synchronicité [voir Synchronicité et Paracelsica,
op. cit.]. La manifestation de ce phénomène passe
en général par le biais de la lumière et c'est
là, tout particulièrement, que l'alchimie - par son
langage - rejoint la physique : les Adeptes disent dans leurs textes
que tout l'art consiste à rendre manifeste l'occulte. Crasselame
a même écrit un poème, Lux
Obnubilata, etc., où le thème se
trouve
développé. Et cette lumière a ceci de particulier
qu'elle est - à l'égale d'Atalante
- éminemment fugitive puisqu'elle ne dure que le temps d'un
éclair [le regard de
l'aigle]. Par analogie, tout semble indiquer qu'il faut
établir un rapport entre le véritable « coup
de foudre » imposé par Mélusine au
viel Adam et un idéogramme représentant la monade
alchimique dont nous avons parlé dans l'Aurora consurgens, II.
dans Arès.
à
[De Vita longa, Sudhoff III, p. 283].
Rulandus [Lexicon Alchimiae, réed.
Georg
Olms Verlag, 1987] explique que l'éclair a ici le
même sens que le mot fulmen [on
voit l'allusion à Fulcanelli par fulgur] qui implique
une dépuration : il s'agit, si l'on préfère, d'une
sublimation à comprendre comme une «
élévation. » Jung estime que la foudre :
. Mais cet usage est trompeur comme
Fulcanelli l'a montré dans ses Demeures philosophales. En
revanche, le phénomène de captation par l'Aimant des
Sages correspond à une vérité hermétique :
il illustre le phénomène d'imprégnation que nous
voyons décrit à la figure 8
du Ros. Phil.
où se manifeste le
logos que la Passio Christi
symbolise par la †.
Nous avons vu que cette croix manifeste per essenciae la
présence
de la Trinité : le corps [le
métal] est mis au creuset [crux, la croix] afin
d'être dépuré et que le spiritus corruptus [l'esprit cagastrique de Paracelse]
en soit chassé [Philalèthe
le nomme le larron] pour qu'il soit rapporté, in fine,
en une
anima
renouvelée. Cette scène
est très forte
d'affects où la psyché se trouve être le
siège de projections dont la puissance numineuse tient de
l'extase et du sacré. Le corps mort est appelé cendre par
les alchimistes et ceux-ci sont formels :
- ioV -
portée à son degré ultime de corruption. L'Artiste
va alors s'efforcer de multiplier l'effet des trois principes, en sorte
que ce venin se transforme en
: en effet :
=
2. Cette opération
passe par la conjonction de la susbtance primitive [humide
radical] des luminaires {
,
}, substance qui se trouve dans l'efflorescence de sels
métalliques colorés [anqemwnion = antimonium]
qui signalent leur présence par les couleurs de la queue de
paon, avec ces formations ocellées qui ont constitué
longtemps un mystère pour les impétrants : yeux, roues,
Christ, †.
Nous
voici reportés à ce passage
d'Ézéchiel :
celle du Tétramorphe : il voit d'abord, venant du
Septentrion [Borée]
une nuée orageuse [
-
-
] accompagnée d'une lumière
éclatante. Une matière ressemblant à de l'airain
poli y brille [on retrouve cette
substance qui a le brillant nacré des yeux de poisson des textes
alchimiques]. Quatre faces humanoïdes apparaissent dans le
songe d'Ézéchiel : ce sont les Évangélistes
sous l'aspect thériomorphe :
que l'on aperçoit en haut de cette partie du RS. Le
a en lui les éléments de la Trinité {
,
,
} : ils sont unis ce qui signifie qu'ils sont,
répétons-le, principiés c'est-à-dire
croisés [non
séparés, mêlés dans la substance mercurielle].
Le
rayonne en plein et manifeste [voir chapitre 3]
le pouvoir naturel d'extraversion du MOI, freiné dans son
mouvement par le SOI. La
que le dragon babylonien tient dans sa
gueule est la représentation du SOI en tant qu'animus [le
formant l'anima]. Jung revient sur Ézéchiel dans
un dernier passage :
en voie de dépuration [anima]. Le dragon à
queue serpentine joue le rôle du Mercure qui le nourrit de son
sang, de sa substance : équivalent du Lac virginis des textes. Le
disque ailé se retrouve fréquemment avec le serpent,
à cause du caractère cyclique de l'Ouroboros : en
Égypte,
le dieu-soleil, Râ, est un disque avec un serpent lové
autour de lui. Dans un second temps, le serpent, porteur de la
lumière du monde spirituel, a été identifié
à Lucifer
ou josjorwV. Dès lors,
il a été rapporté à Satan,
le 4ème que Jung évoque dans sa Symbolique de l'Esprit.
Toutefois, le disque ailé se retrouve également chez les
Hittites et l'on peut se poser la question de savoir si ce symbole ne
pourrait pas être lié à Assur,
représenté armé d'un arc tendu [Sagittaire] et prêt
à décocher une flèche, au milieu d'un disque
ailé. La sphère ailée se retrouve dans l'imagerie
alchimique, comme dans l'Occulta
philosophia [Azoth]
du pseudo Basile
Valentin.
n'encadre pas vraiment le
, chose pourtant bien visible dans
d'autres versions comme celle de la Wellcome Library.
On trouve encore la sphère ailée dans l'Aurum hermeticum de
Balduinus [Aurum superius et inferius aurae superioris
et inferioris hermeticum, Francoforti, Leipzig, 1675 repris dans
la Bibliotheca chemica curiosa, t. II, pp. 856-875] qui se
reflète dans la fons
vitae. On trouve enfin ceci dans Basile Valentin :
qui se décompose en
et †.
Le premier signe est celui du vitriol [vitri oleum ou huile de verre : c'est
le vase de nature]; quant à la croix, elle est
l'hiéroglyphe du creuset [crux]
qui affirme la puissance du feu.
Ce feu est formé par le dragon à queue
serpentine dont la matière nutritive [le sang du
dragon
ou zandarith, alias sandaraqh]
abreuve les composants du lapis qui se
situent dans la partie inférieure et aquatique de la terre
hermétique. Ce « sang dragon » par cabale est le Lac virginis qui assure la
nutrition du Rebis :
. La chair du lapis, on l'a dit maintes fois, n'est
autre que le corpus ou principe SEL - assimilé par certains au
lion porte or [voir Pernety,
article zodiaque].
Quant au sang, il s'agit du sulphur
en voie de réincrudation. La citation finale de
notre extrait est tirée de la Tabula smaragdina et
exprime que la matière est d'abord sublimée [revoir figure
8 du Ros. Phil.]. Ce Soufre solaire est tiré du
Mercure souvent symbolisé par l'un des oiseaux de la
volière d'Hermès [voir
le pélican supra; on en trouve un
exemple dans l'imagerie en tant qu'allégorie du Christ in Jacob
Boschius, Symbolographia,
Augsburg, 1702].
] est une indication sur le cercle qui
symbolise le Bien. À l'inverse l'équerre [qui s'apparente à la
par ses phases où se manifestent des ruptures] est une
indication surle quadratum
ou Terre qui correspond
à la corruption et donc au Mal. L'unique moyen de lier le compas
et l'équerre est la croix [lieu
unique où objet
et sujet
coïncident dans le mystère de la Passion †, c'est-à-dire de la dissolution].
On comprend, par conséquent, qu'il y ait stricte
équivalence entre l'image de Longin perçant de sa lance
le flanc du Christ et celle de saint Georges [ou saint Michel] terrassant le
dragon. Voyons cela de plus près. Posons d'abord que le dragon
est le symbole du Père [voir
notre tarot alchimique où il
est facile d'observer qu'il s'agit de la lame de l'Empereur; voir
encore la nona figura du De Lapide Philosophorum de
Lambsprinck, in Musaeum Hermeticum,
p. 359 : le Roi triomphe du dragon chthonien et porte la
]. La psychologie admet qu'il s'agit du symbole
du SOI ; dans le processus d'individuation, le MOI doit s'affranchir du
frein naturellement exercé par le SOI en sorte d'établir
un rapport avec le ÇA [i.e.
l'Autre]. Cet affranchissement, le christianisme en a fait, par
la Rédemption, la clef de voûte de toute sa doctrine et la
Passio Christi
permet - en sa singularité - de trancher le noeud gordien de la quadratura circuli. C'est
ce qu'en psychanalyse on nomme le :
ou ioV [venin, rouille]. 
l'apparente au vitriol ou vase de nature. Ces deux
parties nous semblent être à l'image du YIN et du YANG, exactement comme nous
en avons parlé dans l'Aurora
consurgens, I. Le principe YANG
exprime en effet l'activité céleste [foudre, tonnerre] où
l'on peut voir comme une translittération de Zeus :
. Il symbolise alors le sulphur
ou dragon rouge [voir
IAMSUPH in Douze
Clefs de Basile Valentin]. Par son sulphur [sandragon], il délivre
la vie aux principes de l'oeuvre qui germent dans le Lac virginis. Cette autre
partie est aquatique et s'apparente au YIN, où la
thériomorphose en fait un [ou
deux] poissons ou encore un serpent d'eau. Il s'agit alors de
qui est congénère du mercurius
.
qui se consume lui-même : le
sang du dragon est l'eau hylienne qui renferme le
caché, comme l'écrit juste un peu plus
loin Jung; elle rejoint par là l'Iliaster et l'Aquaster de
Paracelse.
ce qui laisse peu de doute
à l'interprétation. Le miracle de la réincrudation
est
permis par cette manne céleste ou élixir de vie [jarmakon
zwhV] que tant d'impétrants ont confondu avec la
pierre philosophale ou son équivalent liquide : cet
élixir est le liquide de nutrition du Rebis dont
l'équivalent chrétien semble résider dans la
Transsubstantiation, mystère sacré qui n'est jamais
qu'une projectio ex spiritu
[voir Racines de la conscience].
En définitive, quel est donc le but poursuivi par l'Artiste
démiurge ? Révéler une
, équarrir sa
à partir de la materia prima prise en
état de nigredo
; le moyen consiste à se
servir des outils de la trinité que sont
et
. Le schéma général obéit
à ce genre de figure :
en forme de radix avec une
ébauche de l'arbor vitae
[qui est en rapport avec le globe
ailé] ; le dragon à la queue de serpent ; l'aigle
bicéphale [on peut
considérer que la couleur blanche de l'aigle s'apparente au fait
que, sur le RS, l'aigle dévore ses plumes, où la cabale
permet de voir le passage de la nigredo à l'albedo]. Shall
you
tell with plaine declaration, (375)Where, how, and what is my generacion: Omogeni is my Father, And Magnesia is my Mother: And Azoth truly is my Sifter, And Kibrick forfooth is my Brother: The Serpent of Arabia is my name, The which is leader of all this game : That fometyme was both wood and wild. And now l am both meeke and mild; The Sun and the Moone with their might, Have chaftifed me that was fo light: My Wings that me brought, Hither and thither where I thought Now with their might they downe me pull, And bring me where they woll, The blood of myne heart I wiss, Now causeth both Joy and blisse : And dissolveth the very Stone, (376) And knittech him ere he have done ; Now maketh hard that was lix, And caufeth him to be fix. Of my blood and water l wis, Plenty in all the World there is. It runneth in every place; Who it findeth he hath grace: In the World it runneth overall, And goeth round as a ball: But thou underftand well this, Or the worke thou shalt miss. Therefore know ere thou begin, What he is and all his kin, Many a Name he hath full fur, And all is but one Nature: Thou muft part him in three, And then knit him as the Trinity: And make them all but one, Loe here is the Philosophers Stone. The Bird of Hermes is my name, (a) Eating my wings to make me tame. In the Sea withouten lesse, Standeth the Bird of Hermes: Eating his Wings variable, And thereby maketh himselfe more stable; When all his Fethers be agon, He standeth still there as a stone; Here is now both White and Red, And also the Stone to quicken the dead, All and fume withouten fable, (377) Both hard, and nesh and malliable Understand now well aright, And thanke God of this fight. TAKE thou Phoebus that is so bright, (b) That sitteth so high in Majesty; With his beames that shineth soe light. In all places where ever that he be, For he is Father to all living things, Maynteyner of Lyfe to Crop and Roote, And causeth Nature forth to spring; With his wife being soote, For he is salve to every sore, To bring about thys precious worke; Take good heede unto his lore, I say to learned and to Clerk, And Omogeny is my Name: Which God shaped with his owne hand, And Magnesia is my Dame; Thou shalt verily understand, Now heere I shall begin, For to teach thee a ready way : Or else litle shalt thou wyn, Take good heed what l say; Devide thou Phoebus in many a parte; With his beames that byn so bright, And thus with Nature him Coarte, The which is mirrour of all light: This Phoebus hath full many a Name, Which that is full hard for to know; And but thou take the very same, The Philosophers Stone thout shalt not know, Therefore I councell ere thou begin: (378) Know him well what it be, And that is thick make it thin; For then it shall full well like the. Now understand well what I meane, And take good heed thereunto, The worke shall else litle be seene: And tourne thee unto mikle woe, As I have said in this our Lore, Many a Name I wiss it have, Some behinde, and some before; As Philosophers of yore him gave. On the Ground there is a Hill, (c) Also a Serpent within a Well: His Tayle is long with Wings wide, All ready to fly on every side, Repaire the Well round about, That the Serpent pas not out; For if that he be there agone, Thou loosest the vertue of die Stone, What is the Ground thou mayst know heere, And also the Well that is so cleere : And eke the Serpent with his Tayle Or else the worke shall litle availe, the Well must brenne in Water cleare, Take good heede for this thy Fyre, The Fire with Water brent shal be, And Water with Fire wash shall be, Then Earth on Fire shal be put, And Water with Air shal be knit, Thus ye shall go to Putrefaccion, And bring the Serpent to reduction. First he shal be Black as any Crow, (379) And downe in his Den shall lye full lowe: I swel' d as a Toade that lyeth on ground, Burst with bladders sitting so round, They shall to brast and lye full plaine, And thus with craft the Serpent is flaine: He shall shew Collours there many a one, And tourne as White as wil be the bone, With the Water that he was in, Wash him cleane from his sin: And let him drinke a litle and a lite, And that shall make him faire and white, The which Whitnes is ever abiding, Lo here is the very full finishing: Of the White Stone and the Red, loe here is the true deed. |
Je
dois vous dire par explication claire, Où, comment et quelle est ma génération, Omogeni est mon père, Et Magnésie est ma mère, Et Azoth vraiment est ma sœur, Et Kibrick en vérité est mon frère, Le Serpent d'Arabie est mon nom, Qui est le meneur de tout ce jeu, Qui quelquefois est à la fois bois et sauvage, Et maintenant je suis à la fois humble et doux, Le Soleil et la Lune avec leur puissance, M'ont purifié moi qui été si léger, Mes ailes qui m'ont amené, Ici et là où je pensais, Maintenant avec leur puissance me terrassent, Et m'amènent où elles veulent, Le sang de mon cœur j'espère, Maintenant apporte à la fois joie et béatitude, Et dissout la vraie pierre, Et le noue plus avant qu'il a fait, Maintenant faites dur ce qui était mou, Et le faites devenir fixe, De mon sang et mon eau je désire, Il y a abondance dans le monde entier, Il coule en chaque lieu, Qui le trouve possède la grâce, Il coule partout dans le monde, Et va, rond comme une boule, Mais vous, entendez bien ceci, ou vous manquerez l'oeuvre. Par conséquent sachez avant de commencer, Ce qu'il est ainsi que son espèce, Plein de nom il a pour sûr, qui tous, se résolvent en un : Nature, Vous devez le partager en trois, Puis le dresser en une Trinité, Et n'en faire plus qu'un, Voyez voici la Pierre Philosophale. L'oiseau d'Hermès est mon nom, Dévorant mes ailes pour me faire docile. Dans la mer sans lie, Se tient l’oiseau d’Hermès, Dévorant ses ailes changeantes, Et ainsi se stabilisant lui-même, Lorsque toute ses plumes ont disparues, Il se tient immobile comme une pierre, Il est maintenant blanc et rouge, Et tout autant la pierre pour accélérer l'opération, Tout cela doit être réduit en vapeur sans en ôter quoi que ce soit, Tous les deux dur, et mou et malléable, Comprenez bien et correctement maintenant, Et remerciez Dieu de cette vision. Prenez ce Phoebus si lumineux, Qui siège si haut en majesté, Avec ses rayons qui brillent de façon si éclatante, En toutes places qu’il puisse être, Car il est le père de tous les êtres vivants, Maintenant la vie des plantes et Racine de tout, Et qui impose à la nature le printemps, Avec sa femme débute l’éclipse, Car il est esclave de toute occultation, Pour parfaire ce grand oeuvre, Prenez garde à ce savoir, Je le dis au savants et aux clercs, Et Homogénie est son nom, Que Dieu fit de ses propre mains, Et Magnésie est sa dame, Comprenez bien. Maintenant je dis ici pour commencer, Pour vous enseigner une voie droite, Car autrement vous gagnerez peu, Prenez bien note de ce que je dis, Divisez votre Phoebus en plusieurs parts, Avec ses rayons qui sont si brillants, Et cela par la Nature le transforme, ce qui constitue le miroir de toute lumière, Ce Phoebus a plein de noms différents, Qu’il est difficile de connaître tous, prenez exactement le même, Philosophes de la pierre, vous devez le connaître, Par conséquent je vous conseille avant de commencer, De savoir vraiment ce qu’il est, Et ce qui est épais faites le subtil, Car il sera dès lors bien préparé, Comprenez bien ce que je dis, Et prenez bien note de ceci, Ou de votre travail vous ne recueillerez rien Et vous aurez grand chagrin, Comme j’ai déjà dis notre science, A plus d'un nom que j'ai oublié, Certains derrière certains devant, Comme les philosophes aiment lui donner, Sur la Terre il y a un mont, Ainsi qu'un serpent dans une source, Sa queue est longue et ses ailes déployées, Prêt a s'envoler de tous côtés, Faites un enclos autour de la source, Afin que le serpent ne s'en échappe, Car s'il venait à le faire, Vous perdriez la vertu de la pierre, Ce qu'est la Terre vous devez ici le savoir, Et également la source qui est si claire : Et quel est le dragon avec sa queue, Ou autrement le travail sera de peu d'utilité, La source doit donner de l'eau claire, Prenez bien garde à ceci, votre feu, Le feu avec l'eau brillante devra être brûlé, Et l'eau avec le feu devra être lavée, La terre sur le feu doit être mise, Et l'eau avec l'air doit être unie, De cette façon vous ferez la putréfaction, Et amenerez le serpent à la Rédemption, En premier il doit être noir comme un corbeau, Et au fond de sa tanière il devra être étendu, Gonflé comme un crapaud étendu sur le sol, Avec des vésicules le couvrant de toutes parts, Elles doivent éclater et s'étaler pleinement, Et c'est par cet artifice que le serpent est mis à mort, Il doit briller de plusieurs couleurs, Et devenir aussi blanc que des os, Avec l'eau en laquelle il était, Lavez le parfaitement de son péché, Et laissez le boire légèrement, Et cela devrait le rendre beau et blanc, Laquelle blancheur doit demeurer, Voyez ici est l'accomplissement de tout, De la pierre blanche et de la pierre rouge, Voyez ici la vraie manière d'opérer. |
c'est de voir que ses rayons ne
parviennent pas au but]
qui est à voir dans le
servus fugitivus. Attardons-nous sur le fer à cheval : c'est un
symbole que nous avons déjà rencontré et qui
manifeste l'importance du travail de la forge. Voilà qui nous
renvoie à Vulcain - Héphaistos dont l'idéogramme
est † [voir supra].
Ce n'est pas tout : la forme du fer à cheval rappelle un C [c],
première lettre de cristou.
Et aussi le croissant de
. Ce symbole traditionnel de porte
bonheur renferme donc des trésors en matière d'arcane
hermétique puisque nous tenons avec lui, le feu secret
, la matière qui doit souffrir la passion
et le signe mercuriel de la fertilité, passant
d'abord - nécessairement - par le trépas. Il est, du
reste, assez fréquent de voir côte à côte les
fer à cheval et les instruments de la passion et nous serions
même tentés d'y voir la figure d'un « christ
forgeron » bâtisseur
de son Église.
Comme dans l'histoire de l'humanité, c'est à l'âge
de bronze de son oeuvre [albedo]
que l'Artiste utilise cet instrument,
c'est-à-dire pour son Rebis ou Airain. Par ailleurs, on voit des
opposés à la lutte : le fer est synonyme de force dure,
époque de l'oeuvre marquée par l'eau typhonienne avant
que, le déluge ne s'épuisant, nous en venions à la
période de l'aqua permanens [assimilable au Lac virginis].
Toutefois, on peut inverser cette succession si l'on considère
que l'âge de fer aboutit à la coagulation dont l'âge
d'airain n'est que l'avant dernier terme. Et dans la tradition
biblique, le fer ou
[qui
participe du vitriol
et d'une certaine forme de sulphur
] s'oppose à
; mais cette opposition est factice puisqu'on sait que,
grâce à son filet, Héphaistos peut en faire un SCEL.
Et n'est-ce pas une pierre faite de ce
coagulé que Cybèle tient dans à
la main, sur son trône où Atalante
et Hippoménès sont attelés ? Un autre type
d'opposés est manifeste dans le RS : on a vu que d'un
côté, à son bâton, le Fou a disposé un
fer à cheval, c'est-à-dire l'objet constitué ou
coagulum. De l'autre côté, une pointe qui apparaît
dans certaines versions comme une flèche, suivie d'une sorte de
rouleau où l'on peut aussi deviner un objet mis en forme de
pelote. Dans certaines versions, on l'a dit, ce personnage du wanderer est seul, par
exemple dans l'exemplaire de Hamburg localisé à la
British Library de Londres. Il semble implorer
le ciel, c'est-à-dire par transfert, le père,
celui-là même que l'on voit dans notre exemplaire. Il
réclame, tel Job, la communication de la vérité et
la connaissance de Dieu [par
cabale le Soufre, voir assonance qeion - qeioV]. Cette
projection de lui-même, par delà la matière est
l'oeuvre du spiritus sanctus
[l'esprit Mercure de Jung, voir
Symbolique de l'Esprit]
où les principes des philosophes
se trouvent transcendés, c'est-à-dire en forme
principiée [voir Livre d'Artephius]. Cette
véritable extravasation du conscient hors de la sphère
habituelle ou normative est ce que Jung nomme l'imagination active ; on
peut imaginer que c'est d'elle d'où Job tire la force de dire
à Yahvé :
attend en son SOI [animus
] en quoi il se réfère au
des alchimistes. Sur la suite, voyez saint Jean Baptiste car la question
centrale de la rédemption y est inscrite, c'est-à-dire
celle de la réconciliation des opposés que nous avons
analysée à la 3ème partie du RS [voir chapitre
5]. N'en doutons pas, le problème fondamental est
évidemment celui du divin dans l'homme [voir sous le titre éponyme un
ouvrage de lettres de Jung, présenté par Michel Cazenave,
Albin Michel, 1999] et la question fondamentale est : Dieu
a-t-il fait l'homme à son image, ou n'est-ce pas bien
plutôt l'homme qui a fait Dieu à son image ? La
réponse à cette question est tranchée par bien des
gens qui, libres penseurs,
s'imaginent qu'ils sont - par définition - des penseurs libres mais à qui
échappent le concept de transcendance, seule voie d'accès
que la conscience ait trouvé dans la quête du Bien.
Nous sommes ici confrontés à ce que Jung a appelé
« l'expérience d'un sacré
immédiat et le plus souvent sauvage »
qui
est la définition même du numineux. Il semble bien que
cette partie finale du RS soit comme un rébus compris entre le
temps [l'alchimiste situé
à gauche] et l'éternité [l'esprit divin, le roi situé
à droite]. Nous tenons ainsi les deux aspects
fondamentaux de l'alchimie, compris sous l'angle de la lumière
qui occupe, on l'a vu, un rôle fondamental dans le symbolisme. La
figure du Roi, à droite, se trouve dans un nombre important de
traités; on en trouvera en bibliographie
une liste non exhaustive. Si l'on devait donner un exemple, parmi tant
d'autres, c'est certainement la série de la Preciosia
Margarita Novella de Bonus qui retiendrait notre
attention. En effet, on y trouve les deux aspects de ce que Jung
définit d'une part comme la guérison du roi [Mysterium
conjunctionis, t. I, Cantilena
Riplaei, trad. fr. pp.
34-95] et d'autre part comme le côté obscur du roi
[idem, pp. 96-110]. Ce
côté obscur est situé dans le monde de Draco et, en
même temps, il n'est pas sans rapport avec le Christ :
, son symbole consacré en alchimie [Jung tient cet animal pour le Mercure
alors que la tertia figura du De Lapide Philosophorum de
Lambsprinck donne à entendre le contraire du fait de la
présence du cerf, animal mercuriel].
En liaison avec cette pointe, le sabot fait voir d'une part le rayon
solaire igné ou s'exprime la révélation divine;
d'autre part le symbole de fécondité spirituelle qui
résulte du frappement du rocher d'où s'écoule
l'eau de la source d'Hippocrène [créée autrefois par
Pégase, qui est considéré par les
théologiens avertis comme étant une ombre de la licorne].
Il paraît raisonnable d'admettre que le bâton de
pèlerin est porteur des symboles de
[par le sabot] et de
[par la pointe].
Le bâton lui-même forme l'équivalent de la tige du
caducée d'Hermès et le rouleau représente le
double
. Ce n'est là qu'une
conjecture. Quoi qu'il en soit, ce Riplaei Equitis Aurati
s'inscrit dans la longue lignée des pèlerins plus ou
moins illuminés où l'on est en droit de voir avant tout
le
symbole de l'inconscience ou de la vanité [comprise comme l'impossibilité
d'arriver à trouver le chemin sûr, la bonne voie].
Ceci ne semble vrai que pour les exemplaires où le Roi
n'apparaît pas. Il fait pendant à l'illuminé et
tempère son état d'agitation, bien visible sur ce rotulum hieroglyphicum.
Jung
consacre d'ailleurs le chapitre 7 de son Mysterium conjunctionis
à la Relation du
symbole du Roi avec la conscience [t. II, pp. 124-135] en
évoquant la Cantilena
Riplaei. Il convient de parler non seulement de
conscience mais d'éveil, et ce dans le sens d'individuation.
À cette occasion, Jung revient sur ce jeu de miroir entre
lumière et réflexion où
et
impriment leur rayons dans l'étendue de
l'arcane mystérieux. Tantôt visible, tantôt
invisible, la
est le vecteur idéal des
transformations inconscientes de la psyché et aussi des
évolutions du roi de l'oeuvre alchimique. Si nous reprenons
à grand trait certaines des gravures de Petrus Bonus, dans sa Pretiosa
Margarita novella, nous observons que le roi est mis
à mort par l'épée [SOLVE]. Cette mort exprime la
nigredo
: la materia prima est tirée
du gîte minier [voir figure XXII de l'Aurora consurgens ou la planche V du Splendor Solis]. On sait
que le vieux roi est l'un des symboles de la
materia prima, en tant que
radix ipsius,
comme le dit le pseudo Platon :
dont l'illuminé implore l'attente par ce geste
désespéré dont sa main gauche est
agitée ? Le soleil des alchimistes serait-il donc tout
aussi insaisissable que leur mercure ? En ce cas, nous serions en droit
d'y trouver, par leur conjonction, le secret de l'anima consurgens
. Relevons ces dernières lignes :