SEMITA SEMITAE

LE CHEMIN DU CHEMIN

d'Arnauld de Villeneuve






revu le 3 mars 2004



Plan : introduction [Arnaud de Villeneuve - principaux ouvrages : de la pierre philosophale - de la préparation de la pierre philosophale - Epistola Arnoldi de Villanova super alkimia - Rosarius philosophorum - Novum Lumen - De Sigillis  - Flos florum  - De veneris - De Vinis - commentaire - Semita semitae [début - Pratique - Récapitulation] -

Cf. aussi le Sommaire du Rosaire d'Arnauld de Villeneuve -


Introduction

Arnaud de Villeneuve est né vers 1245 en France, comme l'attestent Symphorianus Campegius et Joseph de Haitze. Quant au lieu précis de sa naissance il est incertain. II étudia les langues mortes à Aix, là médecine à Montpellier. Il vint à Paris pour se perfectionner ; la rumeur populaire l'accusant de nécromancie et d'alchimie, il s'enfuit à Montpellier, où il fut bientôt nommé professeur, puis régent. En 1755 on montrait encore à Montpellier, sa maison portants sculptées sur la façade un lion et un serpent se mordant la queue. La soif d'apprendre le fait passer en Espagne, il professe quelque temps l'alchimie à Barcelone (1286) et apprend l'arabe. II visite ensuite les universités célébres d'Italie: Bologne Palerme, Florence. II revient à Paris, mais ses propositions hérétiques, ayant excité contre lui les théologiens, il s'enfuit prudemment en Sicile, où Frédéric Il le prit sous sa protection. Le pape Clément V atteint de la pierre, manda Arnauld de Villeneuve auprès de lui,. avec promesse de pardon. Arnauld s'embarqua pour la France (les papes siégeaient alors à Avignon). Mais en vue de Gênes il mourut, son corps fut enseveli dans cette ville (1313). Il eut pour amis et disciples Raymond Lulle et Pierre d'Apono.


FIGURE I
(portrait présumé d'Arnaud de Villeneuve)

Le lieu et la date de la naissance d'Arnaud de Villeneuve sont incertains ; on le suppose né vers l'année 1240, d'après F. Hoefer. Il y a plusieurs villes du nom de Villeneuve en France, en Espagne et en Italie. Il enseignait, vers la fin du XIIIe siècle, la médecine et l'alchimie à Barcelone, où il avait remplacé son maître Casamila. En 1285, il fut appelé auprès de Pierre III, roi d'Aragon, en qualité de premier médecin de la cour ; fonction qu'il ne conserva pas longtemps, car ses opinions peu orthodoxes lui attirèrent  l'excommunication de la part de l'archevêque de Tarragone. Il se réfugia à Paris, qu'il fut également obligé de quitter, parce qu'on l'accusait d'entretenir un commerce intime avec le diable, et de changer des plaques de cuivre en or. Il se retira à Montpellier, où il occupa, dit-on, pendant quelques années, une place de régent à la Faculté de médecine. De Montpellier, il se rendit à Florence, à Bologne, à Naples, à Palerme, où il se mit sous la protection de l'empereur Frédéric II, qui le combla de bienfaits. Le pape Clément V, atteint d'une maladie douloureuse [la pierre, équivalent de la colique néphrétique], réclama les soins d'Arnaud de Villeneuve, réputé alors le plus habile médecin du monde. Ce dernier s'embarqua aussitôt pour la France ; mais le vaisseau fit naufrage [il est incroyable d'observer le nombre de tous ces récits biographiques d'alchimistes, où l'on évoque des naufrages]. Arnaud périt en 1311, à un âge assez avancé. Son corps fut enterré à Gènes. Dans la même année, Clément V écrivit, pendant le concile général de Vienne, une lettre encyclique [Du Boulay, Hit. universit. ; Paris, t. IV] dans laquelle il conjure ceux qui vivent sous son obéissance de lui découvrir où est caché le traité de la Pratique de la médecine, écrit par Arnaud et dédié au souverain pontife [ce traité est probablement le même qui se trouve inséré dans l'édition des oeuvres complètes d'Arnaud, sous le titre de Practica summaria, seu Regimen magistri Arnoldi Villanova, ad instantiam pape Clementis]. Arnaud avait encouru la censure ecclésiastique pour quelques propositions, parmi lesquelles on remarque : la prédiction de la fin du monde pour l'année 1335 ; les bulles du pape sont l'oeuvre de l'homme ; la pratique de la charité est préférable aux prières, et même à la messe. D'après la réputation dont jouissait Arnaud de Villeneuve comme médecin et comme alchimiste, on aurait pu croire que c'était un prodige de science. Et c'est même là ce qu'on cherche à répandre de nos jours [Hoefer]. Car l'auteur de l'article Arnaud de Villeneuve, dans la Biographie universelle, dit :

"Il découvrit les trois acides sulfurique, muriatique et nitrique. Il composa le premier de l'alcool, et s'aperçut même que cet alcool pouvait retenir quelques-uns des principes odorants et sapides des végétaux qui y macèrent. On lui doit aussi les premiers essais réguliers de la distillation ; il fit connaître l'essence de térébenthine ; il proposa les premiers ratafias."

Or, toutes ces prétendues découvertes étaient connues longtemps avant Arnaud de Villeneuve. Hoefer, à la lecture des oeuvres d'Arnaud, pense que ce médecin était un charlatan qui exploitait la crédulité de ses contemporains. Les ouvrages d'Arnaud de Villeneuve se trouvent réunis dans l'édition de Venise, réimprimée en latin, à Bâle et à Lyon [Arnoldi de Villanova medici acutissimi Opera, nuperrime revisa, etc. Lugd, 1532, in-fol.]
 

ARNAUD DE VILLENEUVE,

extrait de : La Faculté de théologie de Paris et ses docteurs les plus célèbres : Moyen âge. Volume 3, par l'abbé P. Feret, chapitre V, Autres doctrines et décisions, première moitié du XIVe siècle.




Tout à la fois, philosophe, médecin, chimiste et alchimiste, théologien. Ce savant a vu le jour vers le milieu du XIIIe siècle. On le dit de condition pauvre. Le principal historien d'Arnaud lui donne pour pays natal,

« un village dans la Provence orientale, et au diocèse de Vence»

(La Vie d'Arnaud de Villeneuve, par Pierre Joseph de Haitze, Aix, 1719, in-12.p. 14. Nous y lisons cette emphatique dédicace : « A la durée des siècles pour l'honneur immortel de la Provence, féconde en grands hommes ; laquelle en Arnaud de Villeneuve a donné au monde un de ces génies de premier ordre dont les connaissances ont été universelles et réputées prodigieuses ; Pierre Joseph de Haitze, naturellement porté à diriger ses études à la gloire de son pays...». Achard, Hist. des hom. illust. de la Provenc., tom. II, p. 318, indique aussi le diocèse de Vence.).

Selon d'autres écrivains, il serait né dans un autre Villeneuve, soit en France

(M. Barjavel, Dictionn... de Vaucluse, art. Arnaud de Villeneuve, écrivait, de nos jours (1841), qu'Arnaud « paraît être né vers 1243 au bourg de Villeneuve situé à deux heures de Montpellier »),

soit en Catalogne ; car l'on sait qu'il y a, en deçà comme au delà des Pyrénées, plusieurs localités qui porte ce nom de Villeneuve (Villa nova) (Voir Antonio, Biblioth. Hisp. vet., tom. II, 1788, p. 112-113, les raisons en faveur de la France et celles en faveur de la Catalogne.). Les études d'Arnaud, les chaires par lui occupées, l'ordre de ses pérégrinations ne sont pas beaucoup mieux connus. Aix, Paris, Montpellier furent pour lui des centres d'instruction. L'Espagne et l'Italie attirèrent ses pas et les y fixèrent plus ou moins de temps. Comme médecin, il soigna en Espagne Pierre III d'Aragon et, en Italie, Charles II et Robert, rois de Naples. Il fut aussi, en cette qualité, attaché à la cour du pape Clément V. On lui donne des connaissances en grec, en hébreu, en arabe (Voir auteurs précédemment cités. Quant à Antonio, voir p.113-115.). Hâtons-nous d'aborder le sujet qui doit tout particulièrement nous occuper. Arnaud s'avisa de se croire prophète pour annoncer la venue de l'Antéchrist et la persécution de l'Eglise, c'est-à-dire la fin du monde qu'il plaçait entre 1300 et 1400 ou 1464 au plus tard. Il indiquait même, comme plus probable, l'année 1335. Il prétendait s'appuyer, en même temps, sur Daniel et la sibylle d'Erythres. De là son livre qui s'intitule : De Fine mundi, et qui fut fort mal accueilli dans notre grand centre universitaire. Arnaud, alors à Paris, prit la fuite. Le livre fut condamné, vers 1303, comme contenant ou sentant l'hérésie, par l'ordinaire et la Faculté de théologie

(Achard, Op. et loc. cit. ; Collect. judicior..., tom. I, par. I, p. 267 ; Hist. Univers. Paris., tom. IV, p. 12. La Collect. judicior., indique : « anno1303 », pour la condamnation du livre. C'est être trop positif, puisque parmi les articles d'accusation contre Boniface VIII, articles lus par Guillaume du Plessis dans l'assemblée du Louvre en juin 1303; se trouve mentionné ce fait de la condamnation du livre à Paris ; et on reprochait au pape d'avoir approuvé ce mauvais livre après l'avoir condamné lui-même. Voilà pourquoi nous n'avons pas cru devoir préciser).

Quant à l'auteur, devenu le protégé de Frédéric Ier d'Aragon, roi de Sicile, il mourut en mer, on 1311 ou 1312, lorsqu'avec l'assentiment de son royal protecteur il se rendait en France, près du pape qui, atteint d'une grave maladie, avait demandé les soins de ce médecin, déjà si apprécié de lui et réputé le plus grand savant du monde- [1315 est la date donnée par Pierre Joseph de Haitze (op. cit. p.89-90 et aussi par Achard (op. cit.) et Féraud (Biogr. des hom. remarq. des Basses-Alpes, art. Villeneuve (Arnaud de). Suivant le premier historien, les médecins ordinaires du pape « s'étaient inutilement employez » dans cette maladie. (Ibid.) La mort d'Arnaud aurait été « un coup de massue pour Clément VII ». Aussi ce pape serait-il décédé au commencement de l'année suivante. (Ibid.) Mais, avant de mourir, il avait fait adresser un bref aux évêques de la chrétienté, pour leur ordonner la recherche du traité d'Arnaud, la Pratique de la médecine (Ibid., p. 90-92). Nous trouvons dans Wadding ce passage du bref, et la date du document nous a fait adopter les années 1311 ou 1312 pour la mort d'Arnaud:

« Cum igitur dictus magister Arnoldus, morte praeventus, praefatum librum tradere nobis juxta hujusmodi promissionem nequiverit, fraternitati vestrae ac vestrum singulis in virtute obedientiae per apostolica scripta mandamus, quatenus omnes electos abbates, priores, decanos etc., moneant quod quicumque habet vel habere alium scit praedictum librum, revelari et ad nos transmitti curet, quod sub excommunicationis paena fieri jubemus. Datum Viennae idibus martii anno VII ». (Annal. Minor., an. 1312, cap. VII].

Ces vers terminent La Vie d'Arnaud de Villeneuve :

Si cupis infectos morbos evadere, lector,
Et differre tuo caniciem capiti ;
Si causas rerum divinaque dogmata scire,
Abdita naturae si penetrare datur ;
Arnoldi libros, quos Thomas nuper ab atris
Eduxit tenebris, nocte dieque lege.

Il s'agit ici de l'édition des œuvres d'Arnaud par Thomas Murchy, Lyon. 1304. Notons, en passant, qu'il y a eu plusieurs éditions depuis. Nous ne disons rien de la réputation d'Arnaud comme médecin. Mais en lui celle de chimiste a été exagérée. Nous lisons dans la Biographie universelle : Arnaud

« découvrit les trois acides sulfurique, muriatique et nitrique. Il composa le premier de l'alcool et s'aperçut même que cet alcool pouvait retenir quelques-uns des principes odorants et sapides des végétaux qui y macèrent. On lui doit aussi les premiers essais réguliers de la distillation ; il fit connaître l'essence de térébenthine ; il composa les premiers ratafias ». (Art. Arnaud de Villen.).

Mais M. Hoefer reprend à bon droit dans la Nouvelle Biographie générale :

« II y a là autant d'erreurs que de mots : toutes ces prétendues découvertes étaient connues longtemps avant Arnaud de Villeneuve, ainsi que je l'ai fait voir dans mon Histoire de la chimie... » (Art. Arnaud de Villen.).

Nous rencontrons, dans cette même Histoire de la chimie avec celle de la physique, Paris, 1872, p. 371, cette citation philosophique tirée d'Arnaud :

« La lune (argent) est intermédiaire entre le mercure et les autres métaux, comme l'Ame est intermédiaire (médium) entre l'esprit et le corps... L'âme est un ferment : de même que l'âme vivifie le corps de l'homme, ainsi le ferment anime la corps mort et altéré par la nature ».].

Ce n'est pas la seule erreur enseignée par Arnaud de Villeneuve. On en compte quatorze autres qui, avec celle de la fin du monde, furent condamnées à Tarragone, en 1317, par l'inquisiteur. Les quatre principales avaient pour objet : l'égalité de l'humanité du Christ et de sa divinité ; la condamnation de la profession religieuse ou, du moins, des religieux et de la philosophie ; la presque inutilité de la messe ; la supériorité des œuvres de miséricorde et de justice sur le sacrifice de l'autel [ Les propositions se lisent dans le Directorium inquisitorum d'Eymerick, par. II, quaest. XI ; dans Hist. Univers. Paris., tom. IV, p. 121 ; dans Collect. judicior...,tom. I, par. I, p. 268, où cependant la quatrième de la liste a été oubliée. Nous les reproduisons ici en français :

« La nature humaine prise par Dieu est dans tous ses biens égale à Dieu; et l'humanité dans le Christ est élevée jusqu'à la divinité et a autant de puissance qu'elle. Aussitôt que l'âme du Christ fut arrivée à la divinité, elle a su tout ce que la divinité sait, parce qu'autrement, comme l'on dit, elle n'eût pas formé avec elle une seule personne, et surtout parce que savoir est une circonstance qui appartient au suppôt individuel et non à la nature. Le diable a ingénieusement fait dévier le peuple chrétien de la vérité du Christ, et ainsi l'a conduit et amoindri jusqu'au point de ne lui laisser que la peau, c'est-à-dire une apparence religieuse conservée par l'habitude (ex usu) ; et la foi de ce peuple est telle que la foi des démons....Tous les moines (claustrales) sont hors de la charité et sont damnés ; tous les religieux (religiosi) falsifient la doctrine du Christ. Les docteurs en théologie ont mal fait de placer de ia philosophie dans leurs œuvres, condamnant l'étude de la philosophie et la philosophie elle-même.
La révélation faite à Cyrille est plus précieuse que toute Ecriture-Sainte. Les œuvres de miséricorde et de médecine (medicinae) sont plus agréables à Dieu que le sacrifice de l'autel. Celui qui fonde des bénéfices ou fait célébrer des messes après sa mort, ne fait pas une œuvre de charité, et par cela ne mérite pas la vie éternelle. Celui qui dans sa vie connaît une multitude d'indigents et surtout d'amis de Dieu, amasse et conserve son superflu pour fonder des bénéfices et faire dire à perpétuité des messes après sa mort, celui-là encoure la damnation éternelle. Le prêtre qui offre le sacrifice de l'autel et celui qui le fait offrir, n'offrent à Dieu rien du leur, pas même leur volonté. La passion de Jésus-Christ est mieux dans l'aumône que dans le sacrifice de l'autel. Dans le sacrifice de la messe. Dieu n'est pas loué par des œuvres, mais seulement de bouche. Dans les constitutions des papes, il n'y a d'autre science que celle des œuvres humaines. Dieu n'a point menacé de la damnation éternelle ceux qui pèchent, mais ceux qui donnent le mauvais exemple ».

Il en est une, avons nous dit, qui regardait la fin du monde. Elle est ainsi conçue :

« C'est en 1335 de l'incarnation de Notre-Seigneur qu'arriverait complètement et totalement (tolaliter et ex toto) la fin du monde. »

Nous voyons aussi dans le Directorium inquisitorum d'Eymerick, par. II, quaest. XXVIII, un certain nombre de livres du même auteur condamnés par le même inquisiteur. Au nombre de ces livres se trouve celui De Fine mundi.].

Arnaud de Villeneuve eut des disciples qui formèrent une secte sous le nom du maître. Les Arnaudistes eurent quelques succès en Espagne

[La première édition des œuvres d'Arnaud parut à Lyon en 1504... ; les éditions subséquentes ont paru, dans le même format, à Paris, 1509; à Venise, 1514; à Bâle, 1515 et 1585; à Lyon, 1520 et 1552 ». Nouv. Biograph. génér., art. cit., de M. Hoefer;. Hain, Repertor..., art. Arnaldus de Villanova, signale comme imprimés dans le XVe siècle : Breviarium practicae medicinae, Milan, 1483; Practica medicinae, Venise, 1494. 1497; Speculum medicinae, s. l. n. d.; De Arte cognuscendi venena, s. l. n. d.; De Virtutibus herbarum, Venise 1499; Liber de vinis, s. l. n. d. Relativement au commentaire sur le Regimen sanitatis de l'école de Salerne, voir Brunet, Manuel..., art. Villanova (Amaldus de), et Graesse, Trésor..., art. Regimen sanitatis et art. Villanova {Arnaldus de).].

Extrait du Miroir de la Magie - Histoire de la Magie dans le monde occidental

Kurt Seligmann, Fasquelle Editeurs, 1956, Paris  

Bien qu'il eût débuté comme praticien campagnard et qu'il manquât de culture littéraire,

Arnold de Villanova gagna une célébrité bien méritée. Deux rois et trois papes furent ses patients, ses admirateurs, ses défenseurs. Arnold avait naturellement besoin de protection du fait que les juges cléricaux, quoique prêts à admettre ses innovations médicales, n'appréciaient guère son originalité en matière de foi. On ne sait pas pourquoi il voulut à tout prix être plus qu'un grand savant, pourquoi il insista tant pour devenir aussi un conseiller spirituel. Sa prédication impressionna Jacques II de Portugal et le roi de Sicile, Frédéric II, frère de Jacques II. Les papes eux-mêmes furent obligés d'entendre ses sermons pour se faire soigner par lui. C'est qu'Arnold de Villanova avait la grande ambition de guérir non seulement les personnes, mais aussi les États et même l'Église. Il critiqua sévèrement la condition du clergé, et prédit l'avènement de l'Antéchrist et une fin rapide de ce monde corrompu, car il avait lu dans les étoiles qu'une catastrophe se produirait au milieu du quatorzième siècle. Arnold était aussi un grand voyageur. Nous le trouvons à Montpellier, à Valence, à Barcelone, à Naples, en Gascogne, en Piémont, à Bologne, à Rome et même sur le continent africain. Il fut souvent appelé à l'étranger en mission officielle, porteur de messages pour les rois et les papes. Il interpréta les rêves de Jacques et Frédéric, les alarmant tous deux par ses singulières prédictions. Jacques avait été troublé par une apparition nocturne de sa mère défunte. Il en fit part à Frédéric qui avisa son frère de lire les livres de Villanova. Le mage exhorta le roi à réformer l'administration de son pays. Il l'engagea à doter les hôpitaux et à donner des aumônes aux pauvres, ainsi qu'à proscrire les arts divinatoires et la sorcellerie ; il lui demanda d'exercer une justice égale pour le riche et le pauvre, et de diminuer les impôts. Il résuma ses arguments
en soulignant que le roi, pour préserver ses propres intérêts, devait céder à la volonté de son peuple. Dans ses œuvres, Arnold soutint la réalité de l'alchimie, et il réalisa une transmutation au Saint-Siège, en présence du pape Boniface VIII. Un témoin, Jean André, rapporte cet événement :

«De nos jours, nous avons eu au Saint-Siège maître Arnold de Villanova, une autorité en matière de théologie et de médecine. Il est, aussi, grand alchimiste et a soumis à l'examen toutes les baguettes d'or qu'il a produites.»

Villanova parlait le grec, le latin et l'arabe, et savait les mathématiques, la philosophie et la médecine. Il traduisit le traité de Costa ben Luca sur les ligatures physiques, recueil de talismans, charmes, herbes et pierres. Dans sa Désapprobation des sorciers, il énumère les remèdes contre la magie. Ils ne sont autres que ceux utilisés par les sorciers et dénotent par moments des influences gnostiques. En voici un exemple :

«... Prenez l'or le plus pur et faites-le fondre au moment où le soleil entre dans le Bélier. Plus tard, faites-en un sceau rond, et dites en même temps : " Lève-toi, Jésus, lumière du monde, tu es en vérité l'agneau qui efface les péchés du monde." ... Puis répétez le psaume Domine Dominus noster. Mettez de côté le sceau, et quand la lune est dans le Cancer ou le Lion, et le soleil dans le Bélier, gravez sur une face l'image d'un bélier, et sur le pourtour " arahel juda v et vii ", et ailleurs sur le pourtour, gravez les paroles sacrées : " Le Verbe s'est fait chair "... et au centre : " Alpha et oméga et saint Pierre. »

Nous rencontrerons des prescriptions de ce genre dans les grimoires publiés à une époque ultérieure. Le mélange d'éléments magiques et religieux qu'on y trouve avait un effet calmant sur ceux qui craignaient le châtiment éternel pour leurs opérations peu orthodoxes. De telles cérémonies et prescriptions choquèrent les autorités autant pour leur aspect religieux que pour leur côté magique, bien qu'Arnold prît soin d'y mêler des arguments passionnés contre la sorcellerie. La magie, disait-il, doit être exclue de la médecine ; les enchanteurs, les sorciers, les invocateurs d'esprits et les devins devraient être l'objet de la réprobation publique, puisqu'ils produisent des merveilles au moyen de caractères différents de ceux des sciences naturelles. Pourtant, pendant sa vie même — en 1305 — les inquisiteurs interdirent la lecture de ses livres. Et le conflit qu'il eut avec les dominicains de Catalogne ne fut pas le seul qui l'ait opposé aux autorités ecclésiastiques. Jacques l'envoya comme ambassadeur à Philippe le Bel. Quand Arnold arriva à Paris, on l'arrêta. Un ami influent le fit sortir de geôle dès le lendemain. Au cours du procès qui se déroula devant la faculté de théologie de Paris et en présence de l'évêque, il apprit quelles étaient les rancunes des théologiens à son égard, à cause de ses prophéties sur la fin du monde et de son traité sur le Saint Nom, où il semble ressusciter la vieille magie verbale du gnosticisme. Le verdict ordonna que ses écrits fussent brûlés en public. Arnold protesta auprès de Philippe le Bel et de Boniface VIII : on lui permit alors de quitter la France. Astucieusement, il essaya de mettre le pape de son côté en lui soumettant une copie expurgée de son œuvre. Mais les juges parisiens avaient prévu la manœuvre, ils firent parvenir à Sa Sainteté la version originale qu'ils avaient condamnée. Arnold fut mis en prison par le pape. Il dut abjurer ses erreurs devant un consistoire secret.  Le pape lui donna cet avis amical :

« Occupe-toi de médecine et délaisse la théologie, et alors nous t'honorerons.»

Boniface avait besoin de lui comme médecin, c'est peut-être pour cette raison qu'il montra une extraordinaire indulgence envers Arnold, qui avait déclaré que ses idées de réforme de l'Église lui venaient du Christ. Une telle communication avec le divin sans la médiation de l'Église aurait suffi à mener le coupable au bûcher. Sa fin aurait pu être tragique si le pape ne s'était justement trouvé malade. Arnold le guérit, reçut en récompense le château d'Anagni, et son prochain livre eut une audience favorable. Clément V était bien disposé à l'égard d'Arnold. En Avignon, l'illuminé obtint la permission d'exposer ses théories devant un sacré collège. Ses idées très tranchées lui aliénèrent l'estime de Jacques II de Portugal qu'il avait guéri en 1303. Dans son argumentation, le réformateur avait dénoncé vraisemblablement tous les gouvernements temporels, afin de se concilier le sacré collège. Il retourna chez Frédéric de Sicile et mourut en 1310, alors qu'il allait voir Clément V, à qui il portait un message du roi.

Telle fut la vie de cet homme extraordinaire que l'on range à bon droit parmi les magiciens, puisque, de son propre aveu, il se livra à des opérations magiques :

« L'opérateur humain peut découvrir de grandes choses en mettant à profit l'influence des étoiles. »

Comme les anciens Égyptiens, il choisissait ses heures pour récolter des simples. Il usait de signes cabalistiques et de toutes sortes de talismans pour soigner ses malades. Il ne rejetait pas la magie opératoire avec ses conjurations et ses prières peu orthodoxes. Selon la méthode de Galien (131—210), il préparait pour ses patients des décoctions désagréables. Le traitement qu'il avait mis au point pour les calculs du rein est terrible, et il fallut que la confiance que lui portait le pape Boniface fût grande pour que Sa Sainteté l'ait enduré. Sur un point important, Arnold différait tout de même de ses collègues scolastiques : malgré ses critiques des remèdes de bonne femme, il admettait que nombre d'entre eux avaient de l'effet. A la différence de Bacon et d'Albert le Grand, il prit la défense des méthodes empiriques et, dans une certaine mesure, sa curiosité peut se comparer à celle de Paracelse (1493—1541) qui s'instruisit auprès des barbiers, des chirurgiens, des sorcières et des vagabonds qu'il rencontra au cours de ses voyages à travers l'Europe. L'opposition des papes s'accentua avec l'expansion de croyances hérétiques que l'Église était incapable de déraciner. D'Orient, peut-être importée par les Croisés, l'hérésie dualiste s'infiltra pour de nombreuses années et, à partir du onzième siècle, les sectes prêchèrent ouvertement leurs théories en Italie, surtout en Lombardie où se rencontrèrent deux mouvements : d'une part, celui qui était né dans les ports maritimes de la France méridionale, et d'autre part celui d'Orient, qui avait atteint la vallée du Pô. En 1080, le pape Grégoire VII recommande encore la modération aux chefs temporels dans leur persécution des hérétiques et des sorcières. Mais de nombreuses sectes essaimèrent avec une vitesse inquiétante : les Pauliniens, les Bogomiles, les Cathares, les Paterins, les Vaudois, les Albigeois, les Tartarins, les Béghards, les Pauvres de Lyon. En 1209, le pape Innocent III ordonna une croisade contre les Cathares et les Albigeois. Les Croisés mirent à sac Béziers et Carcassonne et, malgré la protection du comte de Toulouse, les Albigeois furent battus à Muret et à Toulouse. Cette terrible guerre, à laquelle prit part le roi de France, se termina en 1229. Les Albigeois subirent une défaite militaire qui s'accompagna de persécutions cruelles, mais leur croyance demeura et, quelques années seulement après le traité de paix, une bulle papale fait allusion aux Lucifériens, qui adorent le principe du mal. La bataille entre l'Église et les dualistes se poursuivit pendant tout le treizième siècle. En 1233, Grégoire IX établit l'Inquisition, tribunal spécial de dominicains, destiné à lutter contre toutes les hérésies : on envoya au bûcher ceux qui passaient pour hérétiques. Mais les dualistes n'étaient pas de simples hérétiques ; ce n'étaient que les membres d'une confession indépendante du christianisme orthodoxe. En 1274 eut lieu le premier « exemple» de condamnation d'une sorcière par l'Inquisition. Elle fut brûlée à Toulouse, centre du mouvement cathare. Puis, en 1318, 1320, 1331 et 1337, furent publiés d'autres édits du pape contre la sorcellerie et l'hérésie. L'exemple montré par l'Église fut suivi plus tard par des autorités séculières, mais la persécution massive fut à son point culminant pendant les seizième et dix-septième siècles, lorsque l'exécution des sorcières fut devenue un facteur économique.
 

Principaux ouvrages :

Rosarium philosophorum, de Lapide philosophorum, Novum lumen, Flos florum, Semita semitae Speculum alchimiae, de Sublimatione Mercurii, Epistola ad Robertum Regem, Testamentum novum. Tous ces traités se trouvent dans les éditions de ses oeuvres complètes: Opera omnia Arnoldi de Villanova 1 vol. in-folio. Lyon (I520). Idem (1532). Bâle (1585). Argentinae (1613).

Voici quelques commentaires sur les différents ouvrages d'Arnaud :

1)- De la pierre philosophale - Speculum alchimiae [Manget, Bibl. chimic., t. I]

Voici comment l'auteur s'exprime sur la pierre philosophale :

"Je te dirai, mon fils, ce que c'est que la pierre philosophale. Le soleil, la lune, l'agate, sont des pierres. Mais nos pierres à nous sont mortes sous la terre : elles n'opèrent rien par elles-mêmes ; il faut que l'industrie des hommes s'en mêle, pour que l'on parvienne à en faire de l'or ou de l'argent véritable. Notre pierre philosophale est naturelle : d'abord elle agit comme la nature ; ensuite Hermès le père des philosophes, auquel seul il faut croire, l'appelle naturelle ; enfin, la matière dont se compose se rencontre dans la nature. Tout ce qui se trouve autour du disque de la lune se compose de quatre éléments, dont les uns sont secs et froids, les autres humides et chauds. Rapelle-toi qu'il y a sept planètes. Le mercure est froid et humide, à cause de la lune ; chaud et sec, à cause du soleil. C'est pourquoi il tient à la fois de la nature de l'eau, de la terre, de l'air et du feu. Sois attentif, mon fils : prête l'oreille, écoute les paroles des philosophes, et tu auras le secret du grand oeuvre."

Nous ne voyons pas qu'Arnaud se montre dans cette citation envieux ou méprisant envers autrui. Au contraire, c'est avec raison qu'il enseigne que la pierre philosophale existe dans la nature. Si l'on en doutait, il faudrait consulter notre section du Mercure de nature pour être convaincu de la véracité des dires d'Arnaud.

2)- De la préparation de la pierre philosophale

"Sache, mon fils, que dans ce chapitre, je vais t'apprendre la préparation de la pierre philosophale : ce secret ne vient pas de moi ; je le tiens en partie de mon frère et d'un certain moine allemand. Je te dirai d'abord que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois en une seule personne. Comme le monde a été perdu par la femme, il faut aussi qu'il soit rétabli par elle. Par cette raison, prends la mère, place-là avec ses huit fils dans un lit ; surveille-là ; qu'elle fasse une stricte pénitence, jusqu'à ce qu'elle soit lavée de tous ces pêchés. Alors elle mettra au monde un fils qui préchera ; des signes ont apparu dans le soleil et dans la lune. Saisis ce Fils, et châtie-le, afin que l'orgueil ne le perde pas. Cela fait, replace-le sur son lit ; et lorsque tu lui verras reprendre ses sens, tu le saisiras de nouveau pour le donner à crucifier aux Juifs. Le soleil étant ainsi crucifié, on ne verra point la lune ; le rideau du temple se déchirera, et il y aura un grand tremblement de terre. Alors il est temps d'employer un grand feu ; et l'on verra s'élever un esprit sur lequel beaucoup de monde s'est trompé. Le disciple dit : Maître, je ne comprends pas. A quoi le maître réond : Ne dosi-je pas, à l'exemple des philosophes, te cacher le secret des secrets ? Cependant, pour l'amour de toi, je serai plus clair : Nettoie les pierres de la terre, nettoie-les encore, et la chose sera bonne. Si tu comprends maintenant les paroles des philosophes, tu auras le secret de l'oeuvre. Sache donc que le Fils qui vient d'être crucifié sera bientôt ressuscité de smorts ; et comme il a une âme, il faudra chauffer davantage ; car il se nourrit de feu seulement. Aussi les philosophes l'ont-ils appelé Salamandre ; car celle-ci se nourrit égaleemnt de feu. Le disciple demande : Comment est-il possible que le froid et l'humide puissent se nourrir de feu, puisque l'un et l'autre tiennent de la nature de l'eau, et que l'eau est contraire au feu ? Le maître répond : Ne vois-tu pas que le vin est chaud, tandis que le vinaigre, bien qu'il dérive du vin, est froid ? Eh bien ! il en est de même de notre pierre ; car, quoiqu'elle soit froide de sa nature, elle acquiert le caractère du feu, en raison de son commerce avec le feu."

Ici, Arnaud donne des indications sur le dauphin de l'oeuvre en insistant sur le fait qu'il existe un certain sel incombustible sur lequel nous avons écrit à de nombreuses reprises [cf. Fontenay].

3)- Epistola Arnoldi de Villanova super alkimia, ad regem Neapolitanum [Lugd., 1532, in-fol.]

La Lettre sur l'alchimie, adressée au roi de Naples, est un logogriphe dans le genre de celui qui précède. En voici quelques fragments :

"Et apprends bien, Ô roi, que les sages ont dit : il existe une pierre composée de quatre natures, qui sont le feu, l'air, l'eau et la terre. C'est une pierre ordinaire quant à son aspect. Le mercure est l'élément humide de cette pierre ; l'autre élément est la magnésie, qui ne se rencontre pas vulgairement [...] Et remarque bien, ô roi, que la terre blanche est appelée pierre blanche, et que la tere rouge est appelée pierre rouge parfaite ; et la terre blanche est convertie en terre rouge, sans que l'on n'y ajoute rien. [...] Et remarque bien, ô roi, que les philosophes ont dit : Faites fondre le corps, et calcinez-le jusqu'à ce qu'il se change en eau. C'est là notre composé, qui se liquéfie et se solidifie."

Tous ces éléments sont bien connus de l'apprenti alchimiste. La magnésie désigne l'aimant, c'est-à-dire le Mercure ; la pierre blanche représente la terre de Chio ou de Samos et constitue le corps de la pierre ; la terre rouge - la terre adamique - est la Soufre rouge qui doit être infusé dans le Mercure.

4)- Rosarius philosophorum [Artis auriferae, etc., 2 vol. ; Basil., 1610. Manget, Biblioth. chemic., t. I]

Le Rosaire des philosophes, ouvrage rare et recherché, passe pour l'un des principaux ouvrages d'Arnaud de Villeneuve. En voici quelques extraits :

"Le mercure est composé d'une terre blanche, subtile, sulfureuse, et d'une eau claire et limpide. La solidification parfaite et la transformation des métaux s'opèrent par l'action de la chaleur, aidée du travail de la nature pendant mille ans. [...] Les extrêmes ne se touchent que par un intermédiaire. La terre ne se convertit pas en air, à moins d'avoir passé préalablement par le milieu de l'eau. L'air et l'eau sont les éléments moyens ; le fer et la terre sont les éléments extrêmes. L'eau est froide et humide ; le feu est chaud et sec ; la terre, froide et sèche ; l'air, chaud et humide. C'est ainsi que l'eau et l'air s'unissent dans l'humidité ; le feu et la terre, dans la sécheresse. [...] Sur la préparation de l'élixir : Prenez trois parties de limaille d'argent pur ; triturez-là avec une fois autant de mercure, jusqu'à ce qu'il en résulte une matière pâteuse comme du beurre (amalgame) ; faites-la digérer dans un mélange de vinaigre et de sel commun, et soumettez le tout à la sublimation [Hoefer nous dit qu'il se produit dans cette opération du sublimé corrosif par décomposition de l'acétate par le chlorure de sodium]."

Arnaud de Villeneuve parle, dans son Rosaire, d'un soufre rouge fixé aux parois de la chambre dans laquelle on vaporise de la mine de soufre ordinaire. Hoefer se demande s'il ne s'agirait pas de sélénium... Voici comment Arnaud termine le Rosaire :

"Cache ce livre dans ton sein ; ne le révèle à personne, et ne le mets point entre des mains impies ; car il renferme le secret des secrets de tous les philosophes. Il ne faut point jeter cette perle aux porcs, car c'est un don de Dieu."

La dernière phrase fut, plus tard, adoptée par les Rose-Croix cmme la devise de leur société, qui avait autant de secrets à cacher que le Rosaire d'Arnaud de Villeneuve [Hoefer].

5)- Novum Lumen [Manget, B. ch., t. I]

La Lumière nouvelle traite des différents degrés de calcination auxquels il faut soumettre l'oeuf philosophal. Il y est question de l'oxyde de mercure, appelé pierre rouge [Hoefer] :

"Par une forte chaleur, on obtient, dans cette cendre de mercure, une pierre rouge."

On peut douter du sens précis à accorder à cette phrase. Il se peut fort bien qu'Arnaud ait eu en vue, non pas le mercure vulgaire, mais bien plutôt le Mercure philosophique. La pierre rouge serait donc la pierre philosophale. Mais ce n'est là qu'une hypothèse.

6)- De Sigillis [Opera omnia, etc.]

C'est, selon Hoefer, de l'astrologie appliquée à l'alchimie. L'influence des astres, l'invocation de la divinité trouvent une large part dans ce traité. Certaines opérations doivent se faire à l'époque où le soleil entre dans le signe de la Balance, et après la lune du Capricorne. Cet écrit a contribué à faire accuser de magie Arnaud...

7)- Flos florum [Manget, t. II, Theat. chim., t. II. Le mss n° 7353 de la bibliothèque royale contient une vieille traduction française de ce traité, sous le titre de Glorieuse marguerite de maistre Arnaud de Villeneuve]

La Fleur des fleurs traite de la composition élémentaire des corps :

"L'homme n'engendre que des hommes, le cheval produit des chevaux ; de même aussi les métaux ne proviennent que de leur propre semence. Or, celle des métaux est d'une essence particulière. C'est pourquoi il est impossible de faire des métaux avec du sang de chèvre, avec des oeufs, avec de l'urine et avec des végétaux. Quelques-uns admettent quatre âmes ou éléments : le soufre, l'arsenic, le mercure et le sel ammoniac, parce qu'ils s'élèvent comme des esprits pendant la calcination. D'autres ont voulu préparer des métaux en traitant le mercure par la chaleur, et ils n'ont rien obtenu. Cela se conçoit ; car la semence de l'homme n'engendre point de fruit, à moins qu'elle ne soit émise dans les conditions les plus favorables à la reproduction. La lune est l'intermédiaire entre l'esprit et le corps. L'âme est un ferment ; de même que l'âme anime le corps de l'homme, ainsi le ferment anime le corps mort, et altéré de la nature. [...] La glace ou la neige se convertit en eau, au moyen de la chaleur. L'eau existe donc avant la glace et la neige. Or, tous les métaux peuvent se changer en mercure ; donc le mercure existe avant eux. [...] La multiplication des métaux est possible ; car tout être qui naît et qui croît est apte à se multiplier. Les plantes en sont un exemple, car d'une seule graine en peuvent naître mille ; un seul arbre donne un nombre infini de scions, qui sont susceptibles de donner naissance à autant d'arbres. Or, les métaux naissent et croissent dans la terre ; ils peuvent donc, comme les plantes, se multiplier à l'infini."

Et Hoefer d'ajouter que l'assimilation des corps minéraux aux êtres vivants était un des arguments favoris des alchimistes de l'école mystique spéculative d'Alexandrie. Et que cet argument se trouve, dans les écrivains du Moyen Âge, reproduit sous toutes les formes. Et pourtant ! Que de choses justes dit Arnaud. Pour peu que l'on accepte notre doctrine, qui est celle des pierres gemmes, il apparaît évident que sous l'influence d'agents minéralisateurs [que les alchimistes appellent d'un mot, archée de la Nature], on peut assister à une véritable végétation minérale. Redonnez à l'esprit son vrai nom de Mercure, à celui d'âme, le Soufre ou teinture de la pierre ; alors tout deviendra clair et il n'y aura plus de doute. S'il était besoin, aidez-vous de notre section du Mercure de nature.

Nous passerons sur la Practica Summaria qui est un traité de magie plutôt que d'alchimie, pour aborder :

8)- De veneris [opera omnia]

Hoefer  nous apprend que ce qu'écrit Arnaud, dans ce traité, est déjà connu dans Pline, Dioscoride et Galien.

9)- De Vinis [Lugd., 1532, in-fol]

La préparation de l'eau-de-vie, des huile essentielles, essence de térébenthine et des vins médicinaux était également connue, comme on l'a rappelé plus haut, longtemps avant Arnaud de Villeneuve, qui cherche, d'après F. Hoefer, à en faire un grand secret. Hoefer cite une préparation d'or potable qui n'était, semble-t-il, qu'une teinture alcoolique de romarin, ou d'autres plantes aromatiques. Pour l'or potable, consultez la section sur la voie humide.

Hoefer passe ensuite sur quantité de traités attribués à Arnaud, et notamment sur le Semita semitae, jugé insignifiant, et démontrant le divorce, irréductible, entre la raison raisonnée, habitée par un excès de rationnalisme et ce que nous appellerons la raison réaliste, sous tendue par un paramètre fondamental que ne prend pas en compte la Science : la part d'irrationnel immanente contenue dans l'activité humaine et liée au « merveilleux vrai » : ce « merveilleux vrai » résulte d'inter-actions complexes entre la Nature et la projection de la psyché de l'opérateur, elle-même résultat d'imbrications du conscient rationnel - analyse de ce que l'on appelle le « réel » - et de l'inconscient, imaginaire. En somme, l'alchimie apparaît comme un exemple particulier de singularité de l'espace-temps de l'opérateur, où sentiment - nous dirions volontiers : émotion - et raison s'entrelacent, un peu comme on écoute une musique dont on sent, de façon parfaitement inconsciente, que nous la comprenons tout autant que nous l'aimons, sans être capable de réduire cette information à un dénominateur commun. D'où l'allusion à la notion de singularité.

Je dois à l'obligeance de M. Mathias Macé des renseignements de première main touchant à l'origine catalane d'Arnaud de Villeneuve [Arnau de Vilanova ], extraits de Noticias médicas nº 3.795 Junio de 2001, Miguel Ángel Arribas. Voici ce texte. Un lecteur pourra peut-être m'en donner la traduction :

La aportación española a la alquimia medieval esta representada por un ilustre médico: Arnau de Vilanova (c.1238- 1311) Valenciano de nacimiento (1238) y catalán de adopción -no es momento de referirnos a la eterna, y por otra parte inútil, discusión sobre su verdadero origen-, Arnau de Vilanova, una de las más ilustres mentes de la ciencia médica de todos los tiempos, iniciaría sus estudios en Valencia junto a los frailes predicadores dominicos. Junto a ellos adquirirá unos profundos conocimientos de latín, hebreo y árabe
que le van a permitir, años más tarde, trasladar a la medicina occidental los saberes médicos árabes, traduciendo algunas obras médicas de Avicena, Costa ben Luca, Abu-I-Salt, Alkendi, etc., pero sobre todo recopilando los textos procedentes de la Escuela de Traductores de Toledo. Muy pronto -hacía 1260- buscará en la justa fama de la Escuela de Medicina de Montpellier la correspondiente formación médica. Allí alcanzará el grado de magíster y encontrará como esposa a Agnés Blasi, hija de unos ricos
comerciantes de la ahora ciudad francesa y por entonces perteneciente al reino de Aragón.
Con el título y su joven esposa regresa a ejercer su profesión en Valencia, ciudad en la construye su casa y profesa como religiosa dominica, María, su única hija. Allí trabajará hasta que en 1281 el rey Pedro III le llama a incorporarse como médico a su corte, Arnau llegará a ser maestro docente en Mont?pellier (1299) y médico de los reyes de Aragón, Nápoles y Sicilia y de los papas Bonifacio VIII, ClementeV y Benedicto XI. La merecida fama de Arnau se basa en su vasta producción médica y científica que versan sobre una gran variedad de temas: medicina, cirugía, farmacia, astrología, higiene, etc. Será precisamente su afición a la higiene, la que le mueva a redactar varios tratados sobre esta materia, destinados a sus pacientes más distinguidos, entre los destacan: Comentario al Régimen Salern itanoyel Régimen desanidad escrito para cuidar de la salud de Jaime II de Aragón. Pero, tras este esbozo biográfico, vamos a recordar a un Arnau de Vilanova que aparte de su faceta de gran médico cultiva la astrología y va a dotar a la Alquimia de un importante contenido filosófico. De sus conocimientos de la constitución de los metales, básicos para todo alquímico, habla elocuentemente este apartado de su
Medicinalium introductionum speculum:

"..hay sustancias desprovistas de sabor, como los cristales y las perlas, pero que en otras el gusto no puede percibirlo a causa de la firmeza de contextura (...) y esto ocurre por la dureza y solidez de su composición, como pasa con el hierro y el estaño. Pues nos consta que el azufre y el mercurio, de que están constituidos, tienen sabor. Pero, sin embargo, a causa de la firmeza de su mezcla y de la dureza del compuesto, no pueden separarse y mezclarse con la humedad de la saliva"

A su pluma se deben los opusculos Gathena aurea y Testamentum contenidos en su Praxis medicinalis y los siguientes escritos alquímicos y astrológicos: Rosarius philosophorum -sin duda el más completo tratado alquímico de Arnau-, Novum lumen, Flos florum, De lapide philosophorum, Perfectum magisterium, dedicado al rey de Aragón, Epistola super Alchimia escrito por Arnau con destino al rey de Nápoles, tres poemas de marcado simbolismo alquímico titulados Carmina y los Capítula astrologiae..
Varios pontífices también son destinatarios de diversos escritos de Alquimia. Así se sabe de el titulado Semita sem itae dedicado por Arnau de Vilanova al papa Benedicto XI y de dos textos, la Práctica y las Questiones tan essentiales quam accidentales escritos para el papa Bonifacio VIII. Será este último pontífice -interesado por los temas alquímicos-, a quien Arnau de Vilanova tratará con éxito una litiasis utilizando

"un sello fabricado con oro por Aman bajo la influencia de la constelación de Leo, que fue aplicado sobre la zona lumbar del papa" (Juan A. Paniagua, 1994.)

Además de esta importante y numerosa obra escrita, parte de la cual puede que sea falsamente atribuida a Arnau, autores como Hoeffer y Berthelot le otorgan la obtención de sustancias como el alcohol etílico, la esencia de trementina y el ácido clorhídrico. De sus grandes conocimientos alquímicos dice Tomás Murchi:

"penetraba en los secretos de la Naturaleza, poseía la verdadera alquimia y hacía láminas de oro no inferiores al oro más perfecto"

Un testimonio al que viene a sumarse el de Juan de Andrea, un gran canonista del siglo XIV, contemporáneo de Arnau que en el libro IV de sus Comentarios al Speculum de Durand, comenta:

"en los meses de mayo a octubre del año 1301, residió en la corte de Roma, el Maestro Arnau de Vilanova, que fabricó allí barras de oro purisimo"

Arnau de Vilanova, máxima figura de la Medicina y Alquimia medieval española, moría el 6 de septiembre de 1311, a setenta y ocho años de edad, cuando el barco en el que viajaba con destino a Aviñón hacía escala en Genova.



Commentaire du Chemin du chemin : il s'agit d'alchimie spéculative où les principes sont toutefois assez clairement énoncés. Arnauld traite ici surtout du 3ème oeuvre et parle de façon évasive de la préparation du Rebis et du Compost. Il commence à évoquer le Mercure comme un ferment qu'il faut soumettre à la chaleur sulfureuse, un peu telle qu'elle chauffe les entrailles de la Terre ; les métaux peuvent se résoudre en leur Mercure [c'est-à-dire qu'ils peuvent être ouverts]. Villeneuve évoque plusieurs fois Morien [Entretiens de Calide à Morien] ainsi que la Tourbe. Son traité se termine par une Pratique où l'on perçoit des points de similitude avec la Clavicule du pseudo-Lulle ; il évoque surtout la sublimation et semble parler de la voie humide.

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Ici commence le Chemin du Chemin traité court, bref, succinct, utile à qui le comprendra. Les chercheurs habiles y trouveront une partie de la Pierre végétale que les autres Philosophes ont cachée avec soin.

Père vénérable, prête-moi pieusement l'oreille. Apprends que le Mercure est le sperme cuit de tous les métaux [il s'agit donc du levain propre à assurer la croissance de la Pierre ; notez qu'ici il s'agit du Mercure philosophique considéré comme Compost où circule le Soufre]   ; sperme imparfait quand il sort de la terre, à cause d'une certaine chaleur sulfureuse [ici, il n'est point question de Dieu mais directement d'un composé sulfuré ou sulfaté ; la chaleur sulfureuse évoque directement les exhalaisons dont parle Elie de Baumont, cf. Mercure de Nature. Notez que ce sperme imparfait de la Terre renvoie à la géénration des métaux et des minéraux, cf. Bergbüchlein et le Légende de Seyfried le cornu]. Suivant son degré de sulfuration, il engendre les divers métaux [si on lit minéraux au lieu de métaux, on pourrait lire une préfiguration géniale des travaux de Daubrée sur les principes minéralisants] dans le sein de la terre. Il n'y a donc qu'une seule matière première des métaux, suivant une action naturelle plus ou moins forte, suivant le degré de cuisson, elle revêt des formes différentes [par là s'exprime presque l'idée du pouvoir de minéralisation de certains sels tels que le sulfate de potasse ou les fluorures. La matière première des métaux est leur humide radical appelé métallique]. Tous les Philosophes sont d'accord sur ce point. En voici la démonstration : Chaque chose est composée des éléments en lesquels on peut la décomposer. Citons un exemple impossible à nier et face à comprendre : la glace à l'aide de la chaleur se résout en eau, donc c'est de l'eau. Or tous les métaux se résolvent en Mercure

[bien sûr, c'est le type même de raisonnement par induction qui est -au plan scientifique rigoureusement sans valeur, mais l'analogie reste à nos yeux valable, à partir du moment où est évoquée la fusion du métal, correspondant à un changement dans la forme de la substance ; notez que ce raisonnement par induction est typique de la philosophie grecque : cf. Timée et Phédon] ;

donc ce Mercure est la matière première de tous les métaux. J'enseignerai plus loin la manière de faire cette transmutation [au sens d'un changement de forme], détruisant ainsi l'opinion de ceux qui prétendent que la forme des métaux ne peut être changée. Ils auraient raison si l'on ne pouvait réduire les métaux en leur matière première, mais je montrerai que cette réduction en la matière première est facile et que la transmutation est possible et faisable. Car tout ce qui naît, tout ce qui croît, se multiplie selon son espèce, ainsi les arbres, les hommes, les herbes [Alexandre Sethon dans son traité du Mercure ne dit pas autre chose, mais là où il lui faut dix pages, il faut deux lignes à Arnauld]. Une graine peut produire mille autres graines. Donc il est possible de multiplier les choses à l'infini. D'après ce qui précède, celui qui analyse les choses verra que si les Philosophes ont parlé d'une façon obscure, ils ont dit du moins la vérité. Ils ont dit en effet que notre Pierre a une âme, un corps et un esprit, ce qui est vrai [nous rappelons que l'Esprit est assimilé au double Mercure, le Corps, à la terre vitrifiable ou alumineuse et l'Âme à la teinture métallique assurée par une « chaux » métallique ou un sulfate métallique. Dans ce traité, Arnauld considère manifestement que cette Âme constitue le « sperme » des métaux, c'est-à-dire le ferment ou Or alchimique]. Ils ont comparé son corps imparfait au corps, parce qu'il est sans puissance par lui-mème [ce Corps est celui de Diane aux cornes lunaires] ; ils ont appelé l'Eau un esprit vital [il s'agit du Soufre acué du Mercure], parce qu'elle donne au corps, imparfait en soi et inerte [le Soufre blanc ou SEL], la vie qu'il n'avait pas auparavant et qu'elle perfectionne sa forme [c'est l'infusion de l'Âme dans le Corps et la cristallisation]. Ils ont appelé le ferment âme [Soufre rouge], car ainsi qu'on le verra plus loin, il a aussi donné la vie au corps imparfait, il le perfectionne et le change en sa propre nature.
Le philosophe dit :

« Change les natures et tu trouveras ce que tu cherches. »

[le pseudo-Hermès écrit dans la Table d'Emeraude qu'en « rectifiant », on trouvera ce que l'on cherche ] Cela est vrai. Car dans notre magistère nous tirons d'abord le subtil de l'épais, l'esprit du corps [spiritualiser ce qui est corporel, c'est dissoudre ce qui est ferme ; ou enfin, volatiliser le fixe], et enfin le sec de l'humide, c'est-à-dire la terre de l'Eau, c'est ainsi que nous changeons les natures [par là sont envisagées des opérations chimiques par calcination, sublimation, etc. Les alchimistes tirent certes l'esprit du corps, c'est-à-dire réqlisent une sublimation, mais c'est pour mieux le réincruder ensuite ] ; ce qui était en bas nous le mettons en haut, de sorte que l'esprit devient corps, ensuite le corps devient esprit. [paraphrase de la Table d'Emeraude] Les philosophes disent encore que l'on fait notre Pierre d'une seule chose et avec un seul vaisseau [« Un le Tout », telle est la maxime des grands Adeptes : il s'agit du vaisseau de nature, composant et vase du composé, tout à la fois] ; et ils ont raison. Tout notre magistère est tiré de notre Eau et se fait avec elle. Elle dissout les métaux eux-mêmes, mais ce n'est pas en se changeant en eau de la nuée, comme le croient les ignorants [allusion à la Rosée de mai que nous abordons dans la section sur les blasons alchimiques]. Elle calcine et réduit en terre : elle transforme les corps en cendres, elle incinère, blanchit et nettoie, selon ce que dit Morien [les Entretiens du roi Calid à Morien] :

« L'Azoth et le feu nettoient le Laiton, c'est-à-dire le lavent et lui enlèvent complétement sa noirceur. »

[l'azoth représente le disolvant universel ; nous en parlons sous cette forme dans la section du rébus de St Grégoire ; le laiton est l'amalgame ou hydrargyre philosophique, sans relation avec le sublimé corrosif. B. Valentin ne dit pas autre chose ; la porte alchimique de la villa Palombara porte la même inscription : « AZOTH ET IGNIS DEALBANDO LATONAM VENIET SINE VESTE DIANA » : L'Azoth et le Feu en blanchissant Latone, paraîtra Diane sans vêtement. C'est l'une des sentences les plus célèbres des alchimistes].

Le laiton est un corps impur, l'azoth c'est l'argent-vif. Notre Eau [il s'agit du Mercure philosophique] unit des corps différents entre eux, s'ils ont été préparés comme il vient d'être dit ; cette union est telle que ni le feu ni aucune autre force ne peut les séparer par la combustion de leur principe igné. Cette transmutation subtilise les corps, mais ce n'est pas là la sublimation vulgaire des simples d'esprit, des gens sans expérience, pour lesquels sublimer, c'est élever. Ces gens-là prennent des corps calcinés, les mêlent aux esprits sublimables, c'est-à-dire au mercure, à l'arsenic, au soufre etc., et ils subliment le tout à l'aide d'une forte chaleur [Arnauld se montre ici particulièrement charitable et dissocie les sophismes des souffleurs et des illuminés des véritables opérations philosophiques].

Les corps calcinés sont entraînés par les esprits et ils disent qu'il sont sublimés. Mais quelle n'est pas leur déception, quand ils trouvent des corps impurs avec leurs esprits plus impurs qu'auparavant ! Notre sublimation ne consiste pas à élever ; la sublimation des Philosophes est une opération qui fait d'une chose vile et corrompue (par la terre) une autre chose plus pure [« Le monde est corrompu...» est une autre maxime des Philosophes : nous renvoyons le lecteur à la section sur le rébus de St Grégoire et au complexe Vénus-Aphrodite ó Gaïa]. De même quand l'on dit communément :

« Un tel a été élevé à  l'Episcopat...»,

par élevé on entend qu'il a été exalté [Lambsprinck dans son De Lapide philosophorum ne dit pas autre chose quand il assure que : « Si la fortune voulait, de Rhéteur tu deviendrais Consul. Si aussi elle voulait, de Consul tu deviendrais Rhéteur » ; peut-être quelque cohobation est-elle évoquée par ces paroles sybillines]

et dans une position plus honorable. De même nous disons que les corps ont changé de nature, c'est-à-dire qu'ils ont été exaltés, que leur essence est devenue plus pure ; on voit donc que sublimer est la même chose que purifier; c'est ce que fait notre Eau [cette eau permanente résoud les métaux en leur humide radical métalique et elle transforme le chaos en corps cristallins].
C'est ainsi que l'on doit entendre notre sublimation philosophique sur laquelle beaucoup se sont trompés. Or, notre Eau mortifie, illumine, nettoie et vivifie ; elle fait d'abord apparaître les couleurs noires pendant la mortification du corps [c'est la  putréfaction qui survient dans la dissolution des corps], puis viennent des couleurs nombreuses et variées, et enfin la blancheur [régime de la Lune ou déalbation ; la transition entre le NOIR et le BLANC est perçue différemment selon les auteurs : Pernetty y voit la couleur grise du régime de Jupiter ; d'autres y voient les couleurs irisées de la queue de paon, où réside peut-être l'explication d'une allégorie fort mystérieuse : la tête de corbeau]. Dans le mélange de l'Eau et du ferment du corps, c'est-dire du corps préparé

[dans son étude sur l'alchimie d'Isaac Newton, B.J. Dobbs pense que Robert boyle et Newton virent sans doute des composés semi-métalliques instables, selon que le feu fournissait momentanément plus ou moins d'énergie],

une infinité de couleurs apparaissent [ce sont les couleurs de la queue de paon qui correspondent à la période de conjonction de la matière où des phénomènes  irisés semblent survenir]. C'est ainsi que notre Magistère est tiré d'un, se fait avec un, et il se compose de quatre et trois sont en un [le Mercure, le Soufre et le Sel pour les trois ; ils forment les COMPOSES des COMPOSES d'Artephius ; le nombre quatre exprime le SIMPLE du SIMPLE qui comprend quatre natures. On peut ainsi se risquer aussi à une hypothèse sur le nombre 7, formé de 4 + 3 qui forment 1.]. Apprends encore, Père vénérable, que les philosophes ont multiplié les noms de la Pierre mixte pour la mieux cacher. Ils ont dit qu'elle est corporelle et spirituelle, et ils n'ont pas menti, les Sages comprendront

[c'est le combat des deux natures qui se trouve ici exprimé : le fixe et volatil, telle est l'allégorie des combats du Lion et de l'aigle, du coq et du renard, du rémora et de la salamandre ; le point important à saisir ici, à la lecture d'autres textes, est que le Mercure est promis à la mort par volatilisation et devra « laisser place à plus jeune que lui »].

Car elle a un esprit et un corps ; le corps est spirituel seulement dans la solution et l'esprit est devenu corporel par son union avec le corps [c'est très bien dit : le corps est dissous dans le Mercure -entendez les deux chaux métalliques- et c'est la volatilisation de ce Mercure qui permettra la cristallisation de la Pierre]. Les uns l'appellent ferment, les autres Airain.

[Il semble bien qu'Arnauld veuille parler ici de l'Esprit : le Mercure agit comme une sorte de « conducteur » qui impose sa loi pour ainsi dire mais qui est promis à disparaître ; il doit, dans ce sens, être dissocié de « l'Aimant » de Philalèthe qui désigne une autre substance, vraisemblablement le Corps où l'Âme doit être infusée. L'Airain est désigné d'habitude comme une forme primitive du REBIS ; quant au ferment, il s'agit - selon Chevreul - de l'or alchimique.].

Morien dit :

« la science de notre Magistère est comparable en tout à la procréation de l'homme. Premièrement, le coït

[c'est la mise en présence des deux natures métalliques ; cette phase correspond à la putréfaction des vieux auteurs et à l'éclipse du soleil et de la Lune. Le Rosaire distingue quatre sous-périodes dans la conjonction].

Secondement, la conception

[c'est à cette époque de l'oeuvre que doivent apparaître des couleurs sur la nature et la forme desquelles on ne peut que se perdre en conjectures...on verrait des irisations ; plusieurs alchimistes disent que cette conception est marquée par une étoile ou un signe éclatant mais ils parlent par allégories].

Troisièmement, l'imbibition

[c'est le temps de la fermentation qui semble débuter au régime de Vénus].

Quatrièmement, la naissance

[c'est le début de l'accrétion, c'est-à-dire du début de la coagulation de l'eau mercurielle].

Cinquièmement, la nutrition ou alimentation »

[c'est l'accroissement des cristaux ; il convient à cette époque de l'oeuvre de diminuer de façon très progressive la chaleur]. Je vais t'expliquer ces paroles.

- Notre sperme qui est le Mercure [il s'agit ici comme au début du Mercure philosophique], s'unit à la terre, c'est-dire au corps imparfait, appelé aussi Terre-Mère  (la terre étant la mère de tous les éléments) [il s'agit ici du Soufre blanc, appelée aussi terre de Chio, terre de Samos, terre cimolienne. Il est possible que ce Corps imparfait désigne donc le SEL des Sages, par opposition au CORPS parfait, qu'évoque le pseudo-Lulle dans la Clavicule et qui désigne expressément l'Or]. C'est là ce que nous entendons par le coït.

- Puis lorsque la terre a retenu en soi un peu de Mercure, on dit qu'il y a conception [il faut entendre par Mercure, celui qui est physique ou corporel comme en parle le pseudo-Lulle dans la Clavicule]. Quand nous disons que le mâle agit sur la femelle, il faut entendre par là que le Mercure agit sur la terre. [c'est-à-dire que le Soufre sublimé, qui est l'AGENT, exerce une action sur le PATIENT qui représente le pricnipe terreux] C'est pourquoi les Philosophes ont dit que notre magistère est mâle et femelle et qu'il résulte de l'union de ces deux principes [la résine de l'Or et le Soufre rouge].

- Après l'adjonction de l'Eau, c'est à-dire du Mercure [le Mercure philosophique], la terre croît et augmente en blanchissant, on dit alors qu'il y a imbibition.

- Ensuite le ferment se coagule, c'est-à-dire qu'il se joint au corps imparfait, préparé comme il a été dit, jusqu'à ce que sa couleur et son aspect soient uniformes, c'est la naissance, parce qu'à ce moment apparaît notre Pierre [c'est cela qui correspond au début de la coagulation de l'eau mercurielle, moment où le BasileuV de l'oeuvre apparaît : le petit roi ] que les Philosophes ont appelée : le Roi, comme il est dit dans la Tourbe

« Honorez notre Roi sortant du feu, couronné d'un diadème d'or; obéissez-lui jusqu'à ce qu'il soit arrivé à l'âge de la perfection, nourrissez-le jusqu'à ce qu'il soit grand. Son père est le Soleil, sa mère est la Lune ; la Lune c'est le corps imparfait. Le Soleil c'est le corps parfait. »
[plusieurs alchimistes ont consacré des chapitres entiers à cette phase de l'oeuvre, ainsi Michel Maier y consacre-t-il les emblèmes XXIV et XXXI de son Atalanta fugiens. ]

- Cinquièmement et en dernier lieu vient l'alimentation, plus il est nourri, plus il s'accroît. Or, il se nourrit de son lait, [il s'agit du Lait de Vierge, l'une des grandes trouvailles d'Artephius. Cette opération semble se placer dans le signe de la Vierge, cf.zodiaque alchimique ] c'est-à-dire du sperme qui l'a engendré au commencement. Il faut donc l'imbiber de Mercure, jusqu'à ce qu'il en ait bu deux parties, ou plus si c'est nécessaire.
 
 

S'ENSUIT MAINTENANT LA PRATIQUE






Passons maintenant à la pratique, comme je l'ai annoncé plus haut. Et d'abord tous les corps doivent être ramenés à la matière première pour rendre la transmutation possible. Je vais ici te démontrer tout ce qui a été dit plus haut. Je te prie donc, ô mon fils, de ne pas dédaigner ma Pratique, parce qu'en elle se cache tout notre Magistère, comme je l'y ai vu dans ma foi occulte. Prends une livre d'Or, réduis-la en limaille très brillante [le Soufre rouge ou principe de teinture] ; mêle-la avec quatre parties de notre Eau purifiée [l'Eau divine ou eau de soufre de Zosime ; il s'agit là du Mercure vulgaire appelé aussi Mercure commun ; mais ce n'est pas du vif-argent], en la broyant et en l'incorporant avec un peu de sel et du vinaigre, jusqu'à ce que le tout soit amalgamé. L'or ayant donc été bien amalgamé, mets-le dans une grande quantité d'Eau-de-vie, c'est-dire de Mercure [il s'agit là du Mercure commun] et mets-le tout dans un Urinal sur notre centre purifié [c'est le Mercure philosophique, c'est-à-dire le « milieu qui a autorité ou plein pouvoir »  ; fais au-dessous un feu très-lent pendant un jour entier; laisse alors refroidir, et quand ce sera froid, prends l'Eau et tout ce qui est avec, filtre à travers une toile de lin [linon, c'est-à-dire filet de chasseur ou de pécheur : c'est le loup hermétique que les alchimistes ont fait passé pour la stibine ou loup gris. C'est encore le filet de Jean d'Espagnet par lequel on arrive à prendre les poissons gras - le Soufre - tandis que les poissons argentés filent au travers des mailles, cf. Oeuvre Secret d'Hermès ], jusqu'à ce que la partie liquide ait passé à travers le linge. Mets à part ce qui restera sur le linge, recueille-le et l'ayant mis dans une nouvelle quantité d'Eau bénite dans le même vase que ci-dessus, chauffe un jour entier, puis filtre comme précédemment. [il doit s'agir des cohobations philosophiques où le produit s'enrichit et s'accroît au fur et à mesure des imbibitions mais l'opération semble allégorique. La seule façon rationnelle de tourner le problème serait de considérer que l'on recueille le Soufre réincrudé au fur et à mesure de sa production pour accroître la salinité d'une solution] Recommence ainsi jusqu'à ce que tout le corps soit converti en Eau, c'est-à-dire en la matière première qui est notre Eau. [le pseudo-Lulle décrit la même opération dans la Clavicule. Il est très malaisé de dire si l'opération décrite se place au 2ème oeuvre - qui est la préparation du Mercure - ou s'il s'agit d'une opération allégorique qui se déroule durant la Grande Coction]
Ceci fait, prends toute cette Eau, mets-la dans un vase de verre et cuis à feu lent jusqu'à ce que tu voies la noirceur apparaître à sa surface ; tu enlèveras les particules noires avec adresse [en effet, ces opérations réitérées sur lesquelles insistent tous les auteurs pourraient être la dépuration du salpêtre où une boue noire vient à la surface du composé ; elle serait formée de matières organiques sur lesquelles nous n'avons pu obtenir aucun renseignement palpable]. Continue jusqu'à ce que tout le corps soit changé en une terre pure. Plus tu recommenceras cette opération et mieux cela vaudra. Recuis donc, en enlevant la noirceur, jusqu'à ce que les ténèbres aient disparu, et que l'Eau, c'est-à-dire notre Mercure, apparaisse brillante [dans le cas où cette hypothèse serait valable, le Mercure ou du moins l'un de ses composants, ne pourrait être que du salpêtre. Mais il ne s'agit pas du Nitre des alchimistes]. C'est alors que tu auras la terre et l'Eau. Ensuite prends toute cette terre, c'est-à-dire la noirceur que tu as recueillie ; mets-la dans un vaisseau de verre, verse par-dessus de l'Eau Bénite, en sorte que rien ne dépasse la surface de l'eau, que rien ne surnage et chauffe à feu léger pendant dix jours ; puis broye et remets de nouvelle Eau ; recuis la terre ainsi coagulée et épaissie sans ajouter d'eau. Cuis enfin à feu.violent toujours dans le même vase, jusqu'à ce que la terre devienne blanche et brillante. [Il est malaisé de dire ce que Villeneuve avait en vue : a priori il pourrait s'agir de la transformation d'une terre noire, par calcination, en une terre blanche. Dans ce cas, il pourrait s'agir de l'alkali fixe - voir sections tartre vitriolé et carbonates - ] Ayant donc blanchi et coagulé notre terre, prends l'Eau de vie qui a été épaissie à l'aide d'une légère chaleur par la terre coagulée, cuis-là à un feu violent dans une bonne cucurbite munie de son chapiteau, jusqu'à ce que tout ce qu'il y a d'Eau dans le mélange ait passé dans le récipient et que la terre calcinée reste dans la cucurbite. Prends alors trois parties pour quatre d'un ferment, c'est-à-dire que si tu as pris une livre du corps imparfait ou d'or, tu prendras trois livres de ferment, c'est-à-dire de Soleil ou de Lune [il y a là un rébus alchimique : les alchimistes enseignent qu'il faut prendre 3 parties du corps imparfait pour 1 partie du corps parfait ; et encore ces proportions paraissent-elles inexactes]. Il te faudra d'abord dissoudre ce ferment, le réduire en terre et répéter en un mot les mêmes opérations que pour le corps imparfait. Alors seulement tu les uniras, tu les imbiberas avec l'Eau qui a passé dans le récipient, et tu cuiras pendant trois jours ou plus. Imbibe de nouveau, recuis et recommence cette opération jusqu'à ce que ces deux corps restent unis, [ce passage est redondant avec un autre où le REBIS a déjà été préparé ; le ferment, rappelons-le, est le Soufre sublimé dans le Mercure ; le corps imparfait est le Soufre blanc - le SEL ou ARSENIC ou CORPS -. Quant aux opérations et réitérations, elles semblent tout à fait allégoriques] c'est-à-dire ne fassent plus qu'un. Tu pèseras. Leur couleur n'aura pas changé. Alors tu verseras sur eux l’Eau déjà nommée, peu à peu, jusqu'à ce qu’ils n'en absorbent plus. Dans cette union des corps, l'Esprit s'incorpore à eux [il s'agit donc du Mercure] et comme ils ont été purifiés, il se change en leur propre nature. C'est ainsi que le germe se transforme dans les corps purifiés, ce qui n'aurait pas eu lieu auparavant à cause de leur grossièreté et de leurs impuretés. L'esprit croît en eux, il augmente et se multiplie.[il manque ici la page 17 de l'exemplaire de la BNF. J'exprime ici ma gratitude à l'internaute qui m'a communiqué la page manquante et avec elle, l'ensemble du traité d'Albert Poisson]
 
 

RÉCAPITULATION



Maintenant, Père vénérable, je reviendrai sur ce que j'ai dit en l'appliquant aux préparations des Philosophes anciens et à leurs enseignements si obscurs, si incompréhensibles [partie semblable au résumé de la Clavicule]. Cependant pèse les paroles des Philosophes, tu comprendras et tu avoueras qu'ils ont dit la vérité.

- La première parole de notre Magistère ou de l'oeuvre est la réduction du Mercure (le corps), c'est-à-dire la réduction du cuivre ou d'un autre métal en Mercure [c'est l'humide radical métallique. Il s'agit en fait de ce que le pseudo-Lulle - cf. Clavicule -  appelle le Mercure physique ou corporel, de complexion chaude et sèche ; autrement dit, il s'agit de l'AGENT]. C'est ce que les Philosophes appellent la solution, qui est le fondement de l'Art, comme le dit Franciscus :

« Si vous ne dissolvez les corps, vous travaillez en vain.»

[c'est là où nous disons que la PUTREFACTION est la SOLUTION de la CONJONCTION] C'est de cette solution de laquelle parle Parménide dans la Tourbe des Philosophes. En entendant le mot de solution, les ignorants pensent de suite à l'Eau des nuées. Mais s'ils avaient lu nos livres, s'ils les avaient compris, ils sauraient que notre eau est permanente, [cette permanence, gage de la stabilité du Compost, survient à partir du signe de la Vierge, dans l'ordre des travaux, cf. zodiaque alchimique] et que séparée de son corps elle devient dès lors immuable. Donc la solution des Philosophes n'est pas l'Eau de la nuée, mais c'est la conversion des corps en Eau de laquelle ils ont d'abord été procréés, c'est-à-dire en Mercure. De mème la glace se change en l'eau qui lui avait d'abord donné naissance. Voici donc que par la grâce de Dieu tu connais le premier élément qui est l'Eau et la réduction de ce même corps en la matière première [l'Eau est le dissolvant universel des anciens alchimistes].

- La seconde parole est « Ce qui se fait de la terre ». C'est ce que les Philosophes ont dit « L'Eau sort de la terre ». Tu auras ainsi le second élément qui est la terre [il s'agit d'une substance qui perd son eau de cristallisation ; il est là encore très malaisé de savoir si ces paroles correspondent à une allégorie - auquel cas nous sommes renvoyés à un stade tardif du 3ème oeuvre ; sinon, il s'agit de la préparation du Soufre blanc et cette seconde parole est celle de la préparation d'une terre alumineuse].

- La troisième parole des Philosophes est la purification de la Pierre. Morien dit à ce sujet:

« Cette Eau se putréfie et se purifie avec la terre, etc.»

Le Philosophe dit :

« Unis le sec à l'humide; or, le sec c'est la terre, l'humide c'est l'Eau.»

Tu auras déjà l'Eau et la terre en elle-même et la terre blanchie avec l'Eau. [la dernière proposition nous ramène à la phase de déalbation ; auquel cas, on doit admettre que dans un 1er temps, la TERRE est faite EAU ; puis que l'EAU sort de la TERRE ; et que cette opération doit être réitérée (3ème parole)]

- La quatrième parole est que l'Eau peut s'évaporer par la sublimation ou l'ascension. Elle redevient aérienne en se séparant de la terre avec laquelle elle était auparavant coagulée et jointe; et tu auras ainsi la Terre, l'Air et l'Eau [il s'agit là encore d'un passage qui ne peut être compris que par cabale : l'EAU et l'AIR forment le Mercure ; qu'est-ce donc que cette TERRE ?]. C'est ce que dit le Philosophe dans la Tourbe :

« Blanchissez-le et sublimez à un feu vif jusqu'à ce qu'il s'échappe un esprit qui est le Mercure. C'est pour cela qu'on l'appelle oiseau d'Hermès et poulet d'Hermogène. »

[On reconnaît là les signes distinctifs de la  maison du Poulet  : les alchimistes donnaient différents noms à l' oeuf philosophique . Selon Flamel, il était nommé : sphère, lion vert, prison, sépulcre, fiole, cucurbite, maison du poulet [ le poulet d'Hermogène ], chambre nuptiale, etc. La paille du poulet d'Hermogène n'est rien d'autre, en somme que la cendre de l'oiseau divin qui fait du nid son Mercure. L'Oiseau d'Hermès est le nom que les alchimistes donnent au Mercure philosophqiue. ils l'appellent aussi Faysan ou Oie. D'autres l'appellent le Poulet d'Hermogène [ Artéphius, Livre Secret ]. Quant à Hermogène, Pernety nous dit qu'il s'agit du...

« Nom que Basile Valentin a donné au mercure des Philosophes, comme principe, et père de la pierre des Sages. Ce savant homme a composé le symbole de sa dixieme Clef de l’oeuvre Hermétique, d’un triangle qui renferme deux cercles concentriques; à I’angle droit est la figure mythique du Soleil, à l’angle gauche celle de la Lune, à l’angle du bas celle de Mercure. Sur chaque figure et au milieu du cercle sont des mots hébreux que je n’entends pas. Au-dessus du côté qui forme le haut du triangle est écrit : je suis né d’Hermogene; le long du côté gauche : Hyperion m’a choisi, et le long du côté droit : sans Jamsuph je suis contraint de périr. » [Dictionnaire]

paroles que l'on peut comprendre en postulant qu'Hermogène signifie « né d'Hermès », donc « né du Mercure » ; Hypérion est la « couverture qui protège le Soufre ». C'est le nid que le phénix dépose devant les portes sacrées du temple de la ville d'Hypérion. Notez encore que Fulcanelli a écrit qu'Hypérion avait porté la pierre (des philosophes ) dans son ventre ; il faudrait donc établir un rapport entre le VENT  et Hypérion.]

Vous trouverez au fond une terre calcinée, c'est-à-dire une force ignée, c'est-à-dire de nature ignée. Tu auras donc les quatre éléments, la terre, le feu et cette terre calcinée qui est la poudre dont parle Morien :

« Ne méprise pas la poudre qui est au fond parce qu'elle est dans un lieu bas. C'est la terre du corps, c'est ton sperme et en elle est le couronnement de I'OEuvre. ».

Ensuite avec la terre susdite mets le ferment, ce ferment que les Philosophes appellent l'âme : et voici pourquoi : de même que le corps de l'homme n'est rien sans son Âme de même la terre morte ou corps immonde n'est rien sans ferment, c'est-à-dire sans son âme. Car le ferment prépare le corps imparfait, le change en sa propre nature comme il a été dit. II n'y a pas d'autres ferments que le Soleil et la Lune, ces deux planètes voisines se rapprochant par leurs propriétés naturelles. C'est ce qui fait dire à Morien :

« Si tu ne laves pas, si tu ne blanchis pas le corps immonde et que tu ne lui donnes pas d'âme, tu n'auras rien fait pour le Magistère. L'esprit est alors uni à l'âme et au corps, il se réjouit avec eux et se fixe. L'eau s'altère, et ce qui était épais devient subtil. ».

[le corps immonde ou corps imparfait est la TERRE, c'est-à-dire le CORPS ; Morien dit qu'il doit être dépuré et joint au Soufre]

Voici ce que dit Astanus dans la Tourbe des Philosophes :

«L'esprit ne se joint aux corps que lorsque ceux-ci ont été parfaitement purifiés de leurs impuretés. Dans cette union apparaissent les plus grands miracles, car toutes les couleurs imaginables se montrent alors et le corps imparfait prend d'après Barsen la couleur du ferment, tandis que le ferment lui-même demeure inaltéré. »

[le Corps imparfait, c'est-à-dire le patient, prend la teinte du Soufre ou âme, c'est-à-dire de l'agent ou Corps parfait]

Ô Père plein de piété, que Dieu augmente en toi l'esprit d'intelligence pour que tu poses bien ce que je vais dire: les éléments ne peuvent être engendrés que par .leur propre sperme. Or ce sperme c'est le Mercure. Considère l'homme qui ne peut être engendré qu'à l'aide du sperme, les végétaux qui ne peuvent naître que d'une semence, autant qu'il en faut pour la génération et la croissance. Il en est, qui croyant faire pour le mieux, subliment le Mercure, le fixent, l'unissent à d'autres corps, et cependant ils ne trouvent rien. Voici pourquoi : un sperme ne peut changer, il reste tel qu'il était; et il ne produit son effet que lorsqu'il est porté dans la matrice de la femme. C'est pourquoi le Philosophe Mechardus dit :

«Si notre Pierre n'est pas mise dans la matrice de la femelle, afin d'y être nourrie, elle ne s'accroîtra pas. »

[le REBIS ne peut s'accroître que lorsqu'il a été disposé dans le vase de nature. C'est en ce sens qu'il faut comprendre que la Piere est issue du poulet d'Hermogène où les alchimistes voient ce vase unique de l'oeuvre]

O mon Père, te voilà donc selon ton désir, en possession de la Pierre des Philosophes.

 Gloire à Dieu.

 Ici se termine le petit traité d'Arnauld de Villeneuve, donné au pape, Benoit XI, en l'an 1303.