Contrastes, couleurs, teintures, blanchiment, mordançage
revu le 5 septembre 2008
Plan : introduction - contraste simultané des couleurs - contraste successif - traitement [rouissage - désuintage - tissus - rasage - grillage - blanchiment - dégraissage - décoloration - soufrage - décreusage] - teinture - mordants [alunage - alumine - étain - fer - organiques] - teinture rouge [garançage - rouge Andrinople - rouge écarlate - rouge du Brésil] - teinture bleue [bleu indigo - bleu de Prusse - bleu campêche] - teinture jaune [jaune quercitron - bois jaune - jaune fustet - chromate] - teinture bleue et rouge [cramoisi - amarante - violet] - teinture jaune et bleu [vert-dragon, vert de Saxe] - teinture rouge, jaune et bleue [bronze - olive - marron - noir - noir Sedan - noir de Genève - noir de Caunes]Introduction Le lecteur pourra trouver étonnant que nous donnions ici une section sur le contraste des couleurs et la teinture de la laine et des étoffes. Pourtant, les teintures, le traitement de la laine ont des rapports étroits avec des tours de main, des substances qui sont nécessaires à l'alchimiste. Le lecteur contemporain sera peut-être surpris qu'un site consacré à l'alchimie et à l'astrologie - fussent-elles considérées dans une perspective rationnelle - réserve également une place aux documents relatifs à la technique de la teinture ou du mordançage. Cela est moins singulier qu'il pourrait sembler au premier abord. On trouve en effet dans les premiers écrits médiévaux, où sont transmises les techniques d'art en usage à cette époque, la description des procédés considérés comme règles de base par les artistes du temps, souvent associés de la façon la plus étroite à la transmission des sciences naturelles. Ces deux éléments figurent en étroite corrélation dans ces écrits, non point toujours sous la forme systématique moderne de leurs délimitations et subdivisions respectives, mais souvent en un avoisinement fortuit. Nous trouvons là, justement, des particularités caractérisant l'artisanat médiéval : il s'appuyait sur de très nombreuses traditions, non seulement artisanales, mais aussi relatives aux sciences naturelles, les unes et les autres ayant été fréquemment associées dès leur origine, dans l'Antiquité. L'association du traditionalisme et de l'empirisme, qui caractérise, au Moyen Âge, l'exercice d'un métier d'art a vu se pénétrer et se confondre l'un avec l'autre ces deux courants traditionnels, au cours du renouvellement et des transformations relatives que leur apportaient les générations qui les recevaient successivement C'est ainsi que se constituèrent des recueils où ces acquis furent rassemblés sous forme de compilations, destinées à être transmises par écrit pour l'enseignement dans les ateliers. Des techniques du Moyen Âge, nous passons immédiatement aux techniques du XIXe siècle avec ce texte de Jules Pelouze [Traité de chimie générale, analytique, industrielle et agricole par Théophile-Jules Pelouze et Edmond Fremy, V. Masson et fils, Paris, 1865]CONTRASTE SIMULTANÉ DES COULEURS
Avant de faire connaître les principes généraux de la teinture, nous présenterons un résumé des travaux importants que M. Chevreul n publiés sur le contraste simultané des couleurs. On est resté jusqu'à ces derniers temps dans l'impossibilité de déterminer d'une manière fixe le classement des innombrables nuances que présentent les objets naturels, ou des modifications de couleur que les arts leur font subir. On avait pris le parti de les comparer à des couleurs types qui elles-mêmes pouvaient éprouver des variations. On avait ainsi l'amarante, le rose rouge, le cerise ; les couleurs de feu, de grenade, de langouste, de chair, de capucine, de souci, d'orange, de brique, de marron, de ventre de biche ; le mordoré, le jonquille, le cassis, l'olive, la tannée, le fauve; le vert-canard, le vert-bouteille, le vert-perroquet, le vert-pré, le vert naissant, le vert d'osier, le vert-émeraude, le vert-ceillet ; les nuances bronze, tête de nègre, savoyard, pensée, gris de lin, etc.
Souvent les dénominations des couleurs types ne présentaient à l'esprit aucun rapport avec les couleurs. Nous citerons le bleu de roi, le bleu Marie-Louise, le bleu de France, le bleu de Berlin, le bleu d'azur; le pourpre, le cramoisi, le rouge écarlate, le rouge d'Andrinople ou des Indes; le vert russe, le vert américain, le vert céladon, etc.M. Chevreul, en étudiant l'influence que les couleurs produisent sur l'organe de la vue, a établi des points de départ beaucoup plus précis. Nous parlerons d'abord des types invariables auxquels peuvent être rapportées toutes les couleurs que la nature et les arts produisent. Ces couleurs types peuvent être disposées dans un certain ordre et former la table chromatique hémisphérique.
Pour construire cette table, on divise la circonférence d'un cercle en 72 parties égales, et de chacun de ces points on mène des rayons jusqu'au centre ; chacun de ces rayons est divisé en 21 parties égales. On trace des cercles concentriques au cercle primitif et passant par chacun de ces points : la figure se trouve ainsi divisée en 1512 surface, dont 72 triangulaires comprises entre le centre et la plus petite des circonférences. Sur trois divisions de la circonférence également espacées entre elles, c'est-à-dire contenant vingt-trois autres divisions dans l'intervalle, on inscrit les noms des trois couleurs que l'on appelle simples ou primitives, le rouge, à la droite duquel on place le jaune, puis le bleu.
Sur la division qui sépare en deux parties égales l'espace compris entre le rouge et le jaune, on écrit orangé ; de même entre le jaune et le bleu, vert ; entre le bleu et le rouge, violet. Enfin, entre le rouge et l'orangé, rouge orangé ; entre l'orangé et le jaune, orangé jaune ; ainsi de suite, jaune vert, vert bleu, bleu violet, violet rouge.
Entre chacun de ces points, il reste cinq divisions auxquelles on donne des chiffres comme il suit :
Entre le rouge et le rouge orangé:
Le 1er rouge, Le 2ème rouge, Le 3èmerouge, Le 4èmerouge, Le 5èmerouge.
Entre le rouge et l'orangéLe 1er rouge orangé, Le 2ème rouge orangé, Le 3ème rouge orangé, Le 4ème rouge orangé, Le 5ème rouge orangé.
On divise de même l'espace compris entre chaque couleur inscrite sur la circonférence du cercle extérieur.
Ces diverses couleurs, inscrites au nombre de 72 sur la circonférence de la table, portent le nom de nuances, et les différences qu'elles présentent entre elles sont des différences de nuances. Toutes les nuances comprises entre deux couleurs simples ou primitives sont dites binaires ou composées, car elles contiennent dans leur constitution les deux couleurs simples dans des proportions qui varent avec leur éloignement de l'une ou de l'autre. Exemple:
L'orangé, placé à distance égale du rouge et du jaune, produira sur l'oeil l'impression du mélange de ces deux couleurs dans des proportions égales. Le rouge orangé, placé de même entre le rouge et l'orangé, produira sur la vue l'effet du mélange de chacune de ces deux couleurs par parties égales ; et par conséquent si l'on voulait le rapporter à des proportions rigoureuses, le rouge orangé contiendrait ¾ de rouge et ½ de jaune. Mais nous ne considérons les couleurs que sous le rapport de leur action sur l'organe de la vue, et non sous le rapport du mélange pondéral que l'on pourrait faire des couleurs.
Le même raisonnement est applicable à toutes les nuances. Le vert est un mélange de jaune et de bleu ; le violet est un mélange de bleu et de rouge. Ce que nous venons de dire est suffisant pour faire comprendre ce que l'on entend par nuance.
Pour former avec ces couleurs un ensemble de types invariables, M. Chevreul a rapporté les couleurs primitives à celles qui leur correspondent dans le spectre solaire et dont la délimitation est déterminée par les raies de Fraunhofer, raies que l'on observe dans le spectre dilaté, et qui occupent toujours la même position relativement aux diverses nuances.
Chacune des 72 nuances de la table circulaire peut varier dans l'intensité de sa couleur, c'est-à-dire qu'elle peut être plus ou moins foncée. Ces variations d'une même nuance seront indiquées sur les surfaces comprises entre deux rayons voisins où cette couleur se trouve. Ainsi la première petite surface, en partant du centre, qui est un triangle dont le sommet est au centre, sera occupée par du blanc. La seconde surface, comprise entre le premier cercle et le second, sera couverte par une très-faible quantité de couleur de la nuance correspondante, de sorte qu'elle aura l'apparence d'un blanc légèrement teinté. La troisième surface, comprise entre le second et le troisième cercle, sera un peu plus foncée, mais toujours de la même nuance ; et ainsi de suite, en augmentant l'intensité de la couleur, on arrivera à la dernière surface voisine de la circonférence dont la couleur sera si foncée, qu'elle semblera presque noire. Enfin, à l'extérieur du grand cercle de la table, on suppose noir. L'ensemble de cette dégradation d'une même nuance est appelé gamme ou dégradation, et les parties de cette gamme se nomment tons. Ces tons, sous le point de vue optique, sont également espacés ou distincts entre eux, c'est-à-dire que l'intensité du cinquième ton, par exemple, est à celle du sixième comme cette dernière est elle-même à celle du septième ton.
Chacune des 72 nuances de la table est dégradée en 20 tons, puisque les surfaces triangulaires ayant pour sommet le centre de la table sont blanches dans toutes les gammes. Le premier ton de chaque dégradation ne commence qu'entre le premier cercle et le second ; le second ton entre le second cercle et le troisième, toujours à partir du centre. Les tons compris, dans chaque gamme, entre deux cercles, sont dits à la même hauteur. On voit donc que les gammes de la table, dégradées en 20 tons, forment 1440 couleurs d'intensité ou de hauteur différente. Elles prennent le nom de couleurs franches, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas rabattues ou rompues, comme on dit en teinture ou en peinture, par du gris qui en diminue l'éclat. Mais il est très rare que la nature présente les objets colorés dans cet état de pureté, et la table que nous venons de décrire serait très-incomplète si elle ne donnait pas tous les changements qu'éprouve chacune des gammes franches par son mélange avec des proportions plus ou moins grandes de gris.
C'est dans la partie hémisphérique de la table que nous trouverons tous ces tons.
Supposons que l'on fasse passer un plan perpendiculaire à la table circulaire précédente, par l'axe de la gamme rouge que nous prendrons pour exemple ; que l'on décrive sur ce plan une série de 21 demi-cercles correspondants à ceux de la table horizontale et ayant même centre et mêmes rayons que ceux-ci ; enfin, que l'on divise la demi-circonférence du plus grand de ces cercles en 19 parties égales pour mener des rayons vers le centre.
Si l'on construit ainsi la figure, on remarquera que l'axe du dixième secteur de ce demi-cercle sera perpendiculaire à la table horizontale ; il sera divisé comme les gammes de la table horizontale en 21 parties par les cercles concentriques. Convenons de regarder ce secteur comme une gamme de gris divisée en 21 tons comme il a été expliqué pour les gammes de la table horizontale, l'ensemble de ces tons formant la dégradation du blanc au noir en passant par le gris, dans les mêmes conditions d'équidistance de tons que dans les gammes ordinaires.
Considérons actuellement les 9 autres secteurs ou gammes comprises dans le plan vertical à partir de l'axe de la gamme rouge de la table horizontale jusqu'à la gamme de gris, et regardons ces gammes qui s'éloignent du rouge pour se rapprocher du gris, comme perdant de la première couleur pour prendre du gris dans la proportion de leur éloignement de la première gamme et de leur rapprochement de la seconde. La transition ici est tout à fait semblable à celle dont nous avons déjà parlé plus haut, en examinant le passage clurouge au jaune par l'orangé au moyen de 23 gammes intermédiaires, mais ici il n'y en a que 9 pour que le rouge passe au gris. Ainsi, la première gamme du plan vertical voisine du rouge contiendra 9/10ème de rouge et 1/10ème de gris ; la deuxième gamme en s'éloignant du rouge contiendra 8/10ème de rouge et 2/10ème de gris, et ainsi de suite. Si nous considérons un ton de cette gamme, par exemple le sixième, il contiendra 8/10ème de rouge du sixième ton de la gamme rouge et 2/10ème de gris du sixième ton de la gamme grise.
Si l'on fait la même opération pour les 72 gammes franches, on reconnait que trente-six plans verticaux passant par le centre contiendront toutes les gammes rabattues de chacune des gammes franches, et la gamme de gris : ainsi un de ces plans cortiendra les dix-huit gammes rabattues de deux gammes franches opposées sur le même diamètre de la table horizontale, plus la gamme grise.
Les axes de toutes les gammes rabattues au même degré, par exemple de celles à 1/l0ème de gris, peuvent, dans toutes les nuances, être regardés comme des génératrices d'un cône dont le sommet est au centre de la table et dont l'axe est vertical. En opérant de même pour les gammes rabattues à 2/10ème, à 3/10ème, à 5/10ème, etc., de gris, on aura un ensemble de cônes à même sommet, même axe et génératrices égales, qui formera, avec le cercle des couleurs franches, la table chromatique hémisphérique contenant toutes les nuances et tous les tons que la nature peut présenter dans leurs différents états de pureté ou d'éclat. En nombrant les nuances et les tons qu'elles contiennent, nous trouverons:
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Enfin la gamme de gris, qui n'est qu'une dégradation du blanc au noir, sans influence de couleur ou de nuance. On voit que la détermination du ton d'une couleur quelconque se résumera en une formule peu compliquée.
Supposons que l'on veuille rassortir un toit d'une couleur donnée, on cherchera d'abord dans la table des couleurs franches à quelle nuance il peut appartenir. Si c'est aux gammes rouges, jaunes ou bleues ; s'il contient deux de ces couleurs, on le cherchera dans les gammes qui sont composées de leur mélange. Enfin, la gamme trouvée, on déterminera facilement le ton semblable à l'échantillon, en parcourant cette gamme depuis son ton le plus clair jusqu'au plus foncé. Dans ce cas, la formule qui exprimera ce ton sera, par exemple, 2R07, deuxième gamme du rouge orangé, septième ton.
Si maintenant, ce qui arrive ordinairement, la couleur que l'on veut classer n'a ni la pureté ni l'éclat des couleurs franches, on cherchera sa nuance correspondante parmi les couleurs rabattues. Cependant la première observation n'en sera pas moins utile, c'est-à-dire que si la couleur contient du rouge, on cherchera sa semblable dans les gammes rouges rabattues ; si elle contient du jaune, on cherchera dans les gammes jaunes rabattues, etc. ; enfin,on déterminera la hauteur du ton, comme nous l'avons fait pour une couleur franche. Dans ce cas, la formule la plus compliquée sera 2R07 4/10ème, deuxième gamme du rouge orangé, septième ton rabattu à 4/10ème de gris.
Occupons-nous maintenant du mélange et du contraste des couleurs.
On sait que la lumière blanche se décompose au moyen du prisme en diverses couleurs, que l'on peut rapporter à trois principales couleurs simples qui sont : le rouge, lejaune et le bleu, et que le mélange de trois rayons lumineux, colorés chacun d'une de ces trois couleurs, reproduit la lumière blanche.
En teinture et en peinture, le mélange dans des proportions convenables des trois couleurs primitives simples donne du gris plus ou moins foncé, suivant le degré d'intensité des trois couleurs élémentaires.
Le même résultat est encore obtenu lorsqu'on mélange une couleur simple et une couleur binaire (composée de deux couleurs simples) ne contenant pas la couleur simple avec laquelle elle est mélangée. Ainsi, on obtient du gris avec:
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bleu |
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bleu |
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jaune |
Le vert, le violet et l'orangé sont dits complémentaires du rouge, du jaune et du bleu, et réciproquement.
Une couleur complémentaire d'une autre couleur est donc celle qui, mélangée avec elle dans une proportion convenable, donne du gris.
En raison de la disposition donnée à la table chromatique, ces complémentaires se trouveront avec facilité, puisque deux gammes complémentaires l'une de l'autre parmi les couleurs franches contiendront toujours un diamètre du cercle, et deux gammes complémentaires dans les couleurs rabattues seront contenues dans un des plans normaux passant par le centre de la table. Pour que ces deux-gammes soient complémentaires, il faut aussi qu'elles soient rabattues au même degré.
Le rôle des couleurs complémentaires est d'une grande importance dans la teinture ; il permet en effet de faire des couleurs rabattues sans ajouter de noir aux couleurs franches, mais leurs complémentaires dans une proportion plus ou moins grande, suivant que l'on veut rabattre plus ou moins complétement la couleur ou arriver à du gris par neutralisation complète.
La théorie de l'azurage des blancs et celle du noir sont également basées sur les effets produits par le mélange des couleurs.
Des couleurs juxtaposées s'influencent réciproquement d'une certaine manière, tant sous le rapport du ton que sous celui de la nuance, et l'ensemble de ces phénomènes a été appelé contraste des couleurs. Il se divise en :
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de ton |
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Nous donnerons quelques explications sur ces différents effets, dont la connaissance est indispensable pour les arts qui emploient les couleurs, et particulièrement pour la teinture et la fabrication des toiles peintes. Lorsque deux tons différents d'une même gamme sont juxtaposés, lec parties des deux tons qui avoisinent la ligne de contact sont modifiées. Ainsi, le ton clair est plus clair qu'il n'est réellement, et le foncé est plus foncé. Cet effet diminue à mesure qu'on s'éloigne de la jonction des deux tons.
Lorsque deux nuances différentes sont juxtaposées, chacune d'elles est, surtout dans les parties voisines de la ligne de contact, influencée de la complémentaire de l'autre. Ainsi le gris, le blanc ou le noir, placés à côté du rouge, le font paraître verdâtre près de la ligne de contact ; le jaune le rend violet ou lilas ; le bleu le rend orangé ou roux.
Lorsque deux couleurs sont placées à côté du gris, du blanc ou du noir, la complémentaire qui s'ajoute à chacune d'elles en modifie la nuance ; le contraste est appelé alors simultané et mixte.
Exemple : Le rouge placé à côté du jaune sera violeté par la complémentaire du jaune, et le jaune sera verdi par la complémentaire du rouge.
Si, dans les deux couleurs juxtaposées, il y a une couleur commune aux deux, elle tend à s'affaiblir.
Exemple : Jaune et vert. Le jaune sera plus orangé à cause du rose que lui donne le vert, et le vert plus bleu par le violet que le jaune lui apporte. Mais le vert sera un peu rabattu par le violet qui l'influencera, et qui, contenant du rouge, neutralisera une partie correspondante du vert et formera du gris.
En résumé, on voit que deux couleurs complémentaires, juxtaposées, devront s'embellir et se conserver réciproquement dans la nuance qui leur est propre, puisque les couleurs d'influence viendront encore rehausser l'éclat de chacune d'elles.
Lorsque l'on a regardé pendant un certain temps une couleur, et qu'ensuite onporte les yeux sur du gris, on le voit teinté de la complémentaire de cette couleur, de vert par exemple, si l'on a regardé du rouge, etc.
Le blanc et le noir sont également influencés comme le gris. Si, au lieu de gris, de blanc ou de noir, c'est une autre couleur que l'on regarde aprés avoir fixé la première, la complémentaire de celle-ci s'ajoute à la seconde et la modifie suivant la loi du mélange : ainsi du bleu, regardé après avoir longtemps fixé du vert, sera violeté par le rouge, que cette seconde couleur lui communiquera.
Ces principe, étant une fois établis, nous donnerons quelques-unes de leurs applications.
Les dessins blancs, sur des fonds de couleurs foncées, sembleront plus vifs que sur des fonds plus clairs.
Si l'on veut produire des dessins blancs sur des fonds colorés, par exemple sur un fond vert, il faut que ces dessins soient légèrement verdâtres, pour former du gris en neutralisant la complémentaire rose que leur donnera le fond : s'ils étaient blancs, ils paraîtraient roses.
Lorsque l'on regarde longtemps une couleur rouge très-éclatante, telle que le rouge d'Andrinople ou le rouge écarlate qui est fixé sur une assez large surface, on voit, à mesure que l'oeil se fatigue, la couleur, dont la pureté et la vivacité charmaient d'abord, se ternir peu à peu, et faire place à une nuance briquetée très-différente de la première. Cet effet est dû à la disposition que prend l'oeil, à voir la complémentaire du rouge, qui est le vert ; cette couleur s'ajoutant au rouge, en rabat une partie, ce qui donne lieu à une teinte brique. Cette explication est si vraie, que la vue fatiguée par du rouge, portée sur tous autres objets, les voit modifiés par du vert, jusqu'à ce que l'oeil se soit reposé par l'observation de couleurs variées.
Ces phénoménes,dont nous pourrions donner d'innombrables exemples, avaient été aperçus depuis longtemps, et des explications plus ou moins satisfaisantes en avaient été données par plusieurs observateurs; mais c'est à M. Chevreul qu'appartiennent leur coordination et leur classement.
TEINTURE
On désigne, sous le nom de teinture, l'art qui a pour objet de fixer les matières colorantes sur les fils ou sur les tissus d'une manière uniforme.
L'impression n'esten réalité que l'art de la teinture localisée, c'est-à-dire exécutée sur certaines parties seulement des tissus ou des fibres.
Nous allons examiner ici d'une manière tout à fait superficielle les principales opérations pratiquées dans ces deux genres d'industries; renvoyant pour de plus amples détails aux ouvrages spéciaux publiés sur chacune d'elles.
Les substances qui subissent les opérations du filage et du tissage sont d'origine végétale, comme le lin, le chanvre et le coton, ou d'origine animale, comme la laine et la soie.
Pour rendre ces substances propres à la fabrication des étoffes et à recevoir les matières colorantes, on les soumet à divers traitements dont voici l'exposé.
Rouissage et teillage du chanvre et du lin. - Le lin et le chanvre se composent d'une partie ligneuse recouverte de fibres allongées, qu'une résine insoluble dans l'eau fait adhérer entre elles avec une certaine énergie. Avant de pouvoir filer ces fibres, il est indispensable de les détacher de la tige et aussi de les dissocier, en détruisant par le rouissage la résine qu'elles renferment.
Dans ce but, on sépare du chanvre et du lin, lorsqu'ils viennent d'être cueillis, les graines, qui se détachent facilement par la dessiccation à l'air ; puis on place les fibres dans des pièces d'eau, souvent sans écoulement, et on les y laisse plongées pendant quelques semaines, jusqu'à ce qu'il se manifeste un commencement de fermentation presque putride, si l'on en juge par le dégagement gazeux qui s'opère et par l'odeur désagréable et insalubre des routoirs. Il est important de ne pas laisser cette fermentation durer trop longtemps, car après avoir opéré la décomposition de la substance résineuse, elle pourrait altérer la solidité des fibres textiles. On retire les bottes du routoir, on les laisse sécher à l'air, et l'on sépare les fibres des chènevottes au moyen d'un appareil appelé broie. Cette seconde opération porte le nom de teillage.
Il est probable que dans le rouissage il se développe de l'ammoniaque qui réagit sur la substance résineuse des fibres et la dissout. On peut du reste opérer le rouissage en soumettant les plantes textiles à l'action faible des alcalis, ou en plongeant les tiges dans une eau très-légèrement acidulée avec de l'acide sulfurique ; on a soin dans ce cas de débarrasser les fibres de l'eau acidulée par de nombreux lavages à l'eau pure.
Depuis quelques années on suit en France, et particulièrement dans le Nord, un procédé nouveau de rouissage basé sur l'emploi de l'eau tiède. Grâce aux perfectionnements apportés par MM. Scrive de Lille, cette opération ne demande plus que quarante-huit heures, et, sous le rapport de la salubrité et du rendement, s'exécute avec beaucoup d'avantage.
On a essayé d'enlever la substance résineuse par des moyens mécaniques qui auraient eu l'avantage de prévenir l'altération des fibres et les émanations insalubres des routoirs ; mais ces moyens sont inefficaces. A l'oeil, le chanvre et le lin ainsi préparés ont une apparence satisfaisante ; mais si on les touche, comparativement avec des filasses rouies, on reconnaît facilement qu'ils n'ont pas autant de douceur et de moelleux, et qu'ils doivent encore contenir de la substance résineuse. Les tissus qui en proviennent sont secs ; ils perdent sensiblement de leur poids au lessivage, et présentent tous les inconvénients des toiles creuses.
En Belgique et en Allemagne, dans les localités éloignées d'eaux propres au rouissage, on expose le chanvre sur la terre à la rosée et à la lumière. Sous l'influence de ces deux agents et de l'air, il se fait une désagrégation par une sorte de combustion lente de la matière résineuse qui réunit les fibres ligneuses, et au bout d'un certain temps on peut regarder le chanvre comme convenablement roui. Ce procédé présente pourtant plusieurs inconvénients : la matière résineuse est irrégulièrement détruite dans les différentes parties qui ne peuvent être placées dans les mêmes conditions d'humidité et d'exposition à la lumière, et il reste dans les filaments des matières solubles qui, n'étant séparées que dans les opérations de lavage que l'on fait subir au chanvre après la filature et le tissage, laissent une toile d'un tissu lâche qui ne présente plus une résistance suffisante.
Dans certains pays chauds, et notamment au Brésil, on opère le rouissage dans le sable humide.----
Le coton est de la cellulose à peu près pure ; on ne lui fait subir aucune préparation avant de le filer.
Désuintage de la laine. - La laine, dans l'état où, l'agriculteur la livre au commerce, est imprégnée d'une substance graisseuse connu sous le nom de suint et qu'il importe de lui enlever. Le traitement auquel on la soumet a reçu le nom de désuintage.
Four désuinter la laine, on la lave d'abord (avant ou après la tonte des moutons) pour enlever les matières solubles qui lui sont adhérentes ; puis on la plonge et on la remue pendant un quart d'heure dans de l'eau à 40° ou 50°, contenant le quart de son poids d'urine ammoniacale ; au bout de ce temps, on la met dans des paniers qu'on porte dans une eau courante pour enlever la combinaison ammoniacale soluble qui a dû se former. Souvent les laveurs de laine se contentent de l'action de l'eau de suint ou de celle d'une petite quantité de savon.
La laine fine contient plus de suint que la laine commune. M. Chevreul a reconnu qu'une laine peut perdre au désuintage 56 pour 100 de son poids. Les laines communes, suivant M. Thenard, contiennent le quart de leur poids en suint, et celle de mérinos les deux tiers.
La laine ainsi désuintée a été étudiée par M.Chevreul sous le rapport de sa composition. Cet illustre chimiste a reconnu que. lorsqu'on la fait digérer successivement dans de l'alcool et de l'éther, elle perd 17 pour 100 de son poids ; que cette perte est due à la dissolution d'une substance grasse, essentielle à la laine, qui est composée par le mélange d'une matière grasse, solide et cristalline, fondant à 60°, avec une autre matière grasse, liquide à 15°. Ces deux corps gras désignés sous les noms de stéarérine et d'élaérine, supportent sans s'acidifier l'action des alcalis, tandis que la laine, traitée à chaud par des dissolutions concentrées de potasse ou de soude, donne naissance à un acide azoté.
En poussant plus loin ses investigations, M. Chevreul a reconnu qu'une dissolution de carbonate de soude, dans laquelle a digéré de la laine traitée comme il vient d'être dit, donne des traces évidentes de sulfure de sodium, car un sel de plomb noircit lorsq u'on le verse dans cette dissolution, et l'acide sulfurique en dégage de l'acide sulfhydrique. A cette démonstration de la présence du soufre dans la laine, déjà si évidente, M. Chevreul ajoute ces nouveaux caractères : La laine, traitée d'abord par un alcali faible, laisse dégager de l'acide sulfhydrique lorsqu'on la fait bouillir ensuite avec un acide faible ; mise en ébullition avec un sel de plomb, elle se colore en noir; enfin elle se colore en brun lorsqu'on la plonge dans une eau tenant en suspension de l'acide stannique ou quelques-unes de ses combinaisons salines.Il est à remarquer que, pour obtenir ces résultats d'une manière sensible, il est nécessaire que la laine ait subi l'action d'un alcali faible. M. Chevreul pense donc que le soufre fait partie essentielle de la laine, et que sa présence ne devient appréciable que lorsque, par l'action de l'alcali, les autres principes de la laine ont subi un commencement de séparation.
Dans la teinture sur laine, il est important de ne pas confondre la laine provenant d'animaux vivants avec celle qui vient d'animaux morts ou malades ; cette dernière se prête moins facilement aux opérations de la teinture.
DÉGRAISSAGE ET BLANCHIMENT DES TISSUS DESTINÉS A LA TEINTURE
ET A L'IMPRESSION
Tissus végétaux. - On procéderait immédiatement à la décoloration des tissus destinés à la teinture, si l'on n'avait à agir que sur le ligneux et la matière colorante. Mais l'expérience a démontré que la fibre ligneuse contient encore une portion de cette substance résineuse qui n'a pas été complétement enlevée par le rouissage : le filage et le tissage, opérés au moyen d'un mélange appelé parement, destinéà parer la chaine, apportent encore dans les fils et les tissus une certaine quantité de corps gras, de gélatine, et quelquefois aussi d'amidon et de farine. Toutes ces substances, étrangères au ligneux et à la matière colorante, doivent donc être soigneusement enlevées pour que le blanchiment soit efficace.
On a donné à cette opération le nom de dégraissage ou de lessivage. Mais on est obligé de s'occuper avant tout d'un traiteraient préliminaire qui a pour but d'enlever les poils ou les noeuds qui peuvent se trouver à la surface des tissus.
En effet, ces aspérités pourraient non seulement rendre le blanc inégal, mais occasionner plus-tard des accidents fàcheux dans la teinture ou l'impression, en se soulevant et en mettant à découvert des parties blanches.
C'est pour ces motifs que l'on soumet les tissus aux opérations du rasage et du grillage.
Rasage. - On rase les étoffes au moyen d'une machine nommée tondeuse, dontla pièce principale est un cylindre, tournant avec une grande vitesse sur son axe, et armé de couteaux en hélice qui séparent le duvet.
Grillage.- Après le rasage, les tissus subissent ordinairement une opération destinée à enlever tout le duvet qui peut avoir échappé au rasage ; on la nomme grillage. Pour griller une étoffe, on la fait passer très-rapidement sur une table métallique chauffée au rouge blanc, ou bien on l'expose au-dessus de tubes de plomb, percés de trous presque capillaires, d'où s'échappe une flamme continue alimentée par de l'alcool en combustion ; souvent aussi on la présente à la flamme du gaz de l'éclairage.
Quel que soit le procédé employé pour le grillage, il exige de la part de l'ouvrier de la dextérité et de l'intelligence. Le tisserand de toiles communes grille ses étoffes en passant sur les pièces tendues une poignée de paille enflammée.
Blanchiment sur le pré.- Le procédé de blanchiment le plus anciennement connu, et qui est encore pratiqué dans beaucoup de localités, surtout pour les tissus de chanvre et de lin, consiste à soumettre les tissus à l'action réitérée de l'air, de l'eau, de la lumière et de lessivages alcalins. Les toiles sont étendues sur une prairie. Si elles subissent pendant quelques jours l'action simultanée de la lumière solaire, de l'air et de l'eau, on remarque que le principe colorant se modifie assez promptement, et au moyen de lessivages combinés avec l'exposition sur le pré, on parvient à obtenir un tissu parfaitement blanc.
Ce procédé, qui offre sans doute l'avantage de conserver à la fibre toute sa force, et surtout de ne lui faire perdre que très-peu de son poids, exige malheureusement un temps très-long, souvent jusqu'à sit mois. Il nécessite en outre une énorme main d'oeuvre, et oblige le fabricant à engager une grande partie de ses capitaux à l'achat de vastes terrains à l'entour de son établissement. C'est pour ces motifs qu'on a généralement abandonné ce procédé.Lessivage au savon de résine. - En se fondant sur l'action qu'exercent les bases alcalines sur les résines, les corps gras et les matières colorantes naturelles des étoffes écrues, on a essayé de dégraisser les fils et les tissus en employant la soude et la potasse : mais on a bientôt reconnu que ces bases altèrent les tissus. Depuis plusieurs années, on emploie une dissolution de colophane dans la soude pour enlever aux cotons une matière particulière sur laquelle les acides ou les alcalis n'ont qu'une faible action. Les toiles blanchies par cette méthode présentent, après la teinture, un fond beaucoup plus blanc que celles qui ont été blanchies sans addition de colophane.
La lessive au savon de résine est en général formée de 300 litres d'eau, 39 kilogrammes de colophane et 33 kilogrammes de sel de soude.
La base qui est principalement employée est la chaux, qui, à l'abri de l'air, n'exerce aucune action sur la fibre ligneuse.Dégraissage à la chaux.- Cette opération s'exécute dans des appareils de bois fermés, à l'abri de tout contact d e l'air et chauffés à la vapeur au moyen d'un tube plongeur partant d'un générateur voisin.
Par ce lessivage, qu'on répète un certain nombre de fois, les corps gras sont saponifiés et les tissus se trouvent débarrassés de toutes les substances solubles qui constituaient le parement, ainsi que d'une certaine quantité de matière colorante naturelle. Mais les savons calcaires qui se produisent sont en partie insolubles et restent adhérents aux fibres. Pour les enlever, on détache mécaniquement, par plusieurs lavages, l'excès de chaux; on plonge les tissus dans de grandes cuves contenant de l'eau acidulée par de l'acide sulfurique ou de l'acide chlorhydrique. Cette opération se fait ordinairement à froid; mais on obtiendrait de meilleurs résultats si l'on élevait la température du bain à 70° ou 80° (M. Persoz). Les savons calcaires sont décomposés, leurs acides gras restent mélangés avec les fibres ; dans cet état, on lave soigneusement les tissus ; on les soumet dans des appareils à lessiver, à l'action d'une dissolution de carbonate de soude, qui convertit les acides gras en savons solubles : ceux-ci dissolvent la résine, et, après plusieurs lavages, les tissus et les fils sont prêts à être décoloré.
De nos jours on opère généralement le lessivage soit à la chaux, soit au sel de soude, dans différents systèmes d'appareils à haute pression, clans lesquels la saponification des matières résineuses s'effectue d'une manière beaucoup plus prompte et plus complète.
Décoloration par le chlore et l'hypochlorite de chaux.- Vers l'année 1785, Berthollet proposa l'emploi du chlore pour décolorer les fils et les tissus de nature organique végétale. Cette belle découverte ne fut pas d'abord appréciée à sa juste valeur. Berthollet avait conseillé l'emploi du chlore en dissolution ; mais, à cette époque, les procédés de dégraissage étaient encore inconnus ; de plus, l'action du chlore sur les substances organiques avait été peu étudiée, aussi les fabricants n'obtenaient-ils assez souvent que des tissus inégalement blanchis et souvent altérés.
Pendant longtemps, d'après les indications de Berthollet, les fils et les tissus étaient soumis à l'action alternative des lessives et du chlore dissous dans l'eau jusqu'à leur complète décoloration ; le célèbre chimiste pensait que l'oxygène du chlore, que l'on considérait alors comme de l'acide muriatique oxygéné, agissait sur la matière colorante en lui enlevant de l'hydrogène, et que la matière colorante ainsi modifiée avait acquis la propriété de se dissoudre dans les alcalis. Cette théorie ne peut plus être admise, puisqu'il est prouvé que le chlore est un corps simple ; mais le fait de la décoloration des fibres ligneuses par le chlore est resté acquis à la science et à l'industrie. L'explication donnée par Berthollet conserve néanmoins toute sa valeur, car la présence de l'eau est nécessaire dans cette réaction ; le chlore sec n'agit pas en effet sur des toiles complétement sèches, à moins cependant qu'on ne fasse intervenir la lumière.
On admet généralement aujourd'hui que le chlore agit sur les matières colorantes, décompose l'eau en formant de l'acide chlorhydrique et de l'oxygène à l'état naissant qui se porte sur la matière colorante. Dans cette hypothèse, l'action du chlore sur la matière colorante peut être assimilée à celle de l'oxygène ou de l'eau oxygénée sur ces mêmes substances.
Depuis plusieurs années, on a substitué au chlore, dans le blanchiment des fils et des tissus, l'hypochlorite de chaux ; mais ce sel n'ayant aucune action sur les matières colorantes, il est nécessaire de faire intervenir l'acide carbonique de l'air ou tout autre acide pouvant se combiner avec la chaux et dégager l'acide hypochloreux. Seulement, comme ce dernier acide agit très-énergiquement, surtout à une température élevée, sur les fibres, lors même qu'il est étendu d'eau, toute l'attention des fabricants doit être portée sur cette action.
L'hypochlorite de chaux employé au blanchiment doit être dissous dans l'eau. Souvent l'hypochlorite de chaux du commerce contient du chlorate de chaux qui s'attache aux tissus, et lorsqu'on les plonge dans un bain acide il se produit de l'acide chlorique qui altère les tissu. surtout aux points saillants et ouvragés.
La dissolution d'hypochlorite de chaux n'est pas toujours employée, dans les ateliers de blanchiment, au même degré de densité ; elle agit avec lenteur lorsqu'elle est étendue d'eau de manière à marquer 1° ou 2° à l'aréomètre ; mais alors elle présente l'avantage de ne pas altérer les tissus.
Lorsque la dissolution d'hvpochlorite de chaux a pénétré intimement les tissus, on les expose à l'action de l'acide carbonique de l'air en les laissant étendus dans l'atelier sur des cailloux siliceux, ou bien on les plonge dans un bain acidulé d'acide sulfurique, ou mieux encore d'acide chlorhydrique: dans l'un et l'autre cas, l'acide hypochloreux est éliminé et il agit sur la.matière colorante. Les tissus sont plongés ensuite dans un bain alcalin qui dissout la matière colorante que l'acide hypochloreux a modifiée. Cette opération peut être recommencée un certain nombre de fois, suivant le degré de blancheur qu'on désire obtenir, ou suivant le besoin des opérations de teinture subséquentes. II ne faut point perdre de vue que le passage au chlore ne doit avoir lieu et ne peut produire d'effet utile que lorsque les opérations du lessivage sont complétement terminées, et que la fibre, déjà débarrassée des matière grasses et résineuses, ne contient plus que la matière colorante seule.Tissus de laine. - On fait subir aux tissus écrus deux opérations, le grillage et le dégorgeage.
Le grillage s'exécute de la même manière que pour lestissus végétaux, mais à plusieurs reprises.
Le dégorgeage a pour but d'enlever à la laine la graisse et les autres impuretés dont elle peut être souillée, telles que les substances qui ont servi à encoller la chaîne. A cet effet, après avoir traité les pièces par l'eau bouillante pour faire disparaître le parement, on les manoeuvre pendant vingt-cinq minutes dans un bain de carbonate de soude marquant 1°,5 à l'aréomètre et chauffé à 35°. On enlève ensuite au savon, à la main, les taches qui peuvent rester, puis on recommence le dégraissage au carbonate. Enfin on rince dans l'eau tiède.
Ce traitement est suffisant pour les pièces qui sont destinées à la teinture. Celles qui doivent servir à l'impression demandent à être nonseulement dégraissées et dégorgées, mais aussi blanchies. On leur fait donc subir une dernière opération qui porte le nom de soufrage.
Soufrage.- Le soufrage consiste à exposer les tissus humectés à l'action d u gaz acide sulfureux produit par la combustion du soufre. Le soufrage se pratique ordinairement en fabrique dans des chambres bien calfeutrées, de 5 mètres de côté sur 6 d'élévation ; les tissus sont disposés avec soin pour que toutes leurs parties soient en contact avec le gaz. Du soufre brûlant dans des capsules est introduit dans ces chambres par des ouvertures pratiquées aux angles inférieurs de la pièce, et la combustion est entretenue au moyen d'ouvertures à clapet placées aux angles supérieurs du bâtiment, par lesquelles on renouvelle l'air.
On a proposé de substituer au gaz acide sulfureux une dissolution de cet acide dans l'eau, qui aurait l'avantage de ne pas laisser dans les pores de l'étoffe du gaz acide sulfureux qui se change, à la longue, en acide sulfurique et détermine l'altération et la décoloration de l'étoffe. Mais ce procédé, proposé il y a près d'un demi-siècle par Oreilly, n'a reçu encore aucune application.
On passe les petites pièces de laine et de soie au soufre, en les suspendant dans des paniers coniques entourés de toile et placés au-dessus de fourneaux dans lesquels on brûle de la fleur de soufre.
Décreusage, dégommage, cuite de la soie. - La soie, telle que l'animal la fournit, est soumise au dévidage, puis à la filature ; mais comme elle contient environ un quart de son poids d'une matière cireuse qui la rend terne, la colore souvent en jaune et lui donne de la roideur, il faut. avant de la soumettre à la teinture, la débarrasser de cette substance en la traitant par les liqueurs alcalines.
Cette opération, que l'on nomme décreusage de la soie, est délicate et demande de grands soins, car si la liqueur était trop alcaline, la soie s'altérerait; aussi emploie-t-on généralement le savon, qui agit moins rapidement, il est vrai, que les alcalis libres, mais qui ne peut, comme ces derniers, dissoudre la soie ou en amoindrir la solidité.
Les quantités de savon employées varient suivant que la soie est jaune ou blanche. A Lyon, on fait bouillir pendant quatre heures 4 parties de soie jaune avec 1 partie de savon dissous dans l'eau; la soie éçru-blanc est soumise à deux ébullitions, l'une de quinze minutes et l'autre de quatre heures. Dans chaque opération, on emploie 30 parties de savon pour 100 parties de soie.
Comme une aussi longue ébullition altère ordinairement la soie, on peut substituer à ce traitement, après une macération d'une demi-heure, une ébullition d'une heure dans 15 parties d'eau contenant une quantité de savon qui varie avec la teinte que l'on veut obtenir.(M. Roard.)
Lorsque la soie écrue a été soumise aux opérations précédentes, on la plonge pendant dix à quinze minutes dans une eau contenant 15 grammes de carbonate de soude par pièce ; on immerge les soies dans une eau légèrement acidulée d'acide sulfurique, et l'on termine en lavant la soie à l'eau chaude, puis à l'eau froide.
La soie ainsi préparée est en état de supporter les teintes foncées.
Le décreusage pour la soie sur laquelle on doit appliquer les couleurs claires se divise en deux opérations distinctes : le dégommage et la cuite.
Le dégommage s'exécute de la manière suivante. La soie écrue est mise dans des poches et plongée dans un bain d'eau de savon composée de telle sorte que la proportion de savon qui s'y trouve dissous soit à la proportion de la soie qu'on y introduit comme 1 est à 4. Ce bain, qui, au moment de l'immersion de la soie, doit accuser une température de 80°à 90°, est ensuite maintenu en ébullition pendant deux heures. Au bout de ce temps, on retire la soie des poches, et après l'avoir tordue à la cheville, on la soumet à la cuise.
Cette opération consiste à remettre la soie dans les poches et à la faire bouillir pendant deux heures avec la même quantité de savon.
Pour amener à l'état de blancheur parfaite les soies qui sont naturellement jaunes, on les passe dans un bain d'eau régale extrêmement étendue, ou, comme le pratique M. Guinon à Lyon, dans une eau additionnée d'un peu d'acide sulfurique nitreux. Dans les deux cas, on blanchit complétement la fibre, sans l'altérer en aucune façon.---
Nous reproduisons textuellement un article publié sur le dégraissage, à l'occasion du blanchiment :
« Le dégraissage, le nettoyage à fond et la mise à neuf de toute espèce d'objet d'habillement, constituent une branche très imiportante de l'art du teinturier dégraisseur. Il ne s'agit plus ici d'enlever telle ou telle tache sur une étoffe, il faut faire plus encore, il faut donner à telle ou telle pièce d'habillement le lustre qu'elle a perdu. Or, il va sans dire que les mêmes procédés ne sont pas indistinctement applicables à toutes les étoffes ; chacune, au contraire, exige en quelque sorte une manutention à part et bien distincte. Les étoffes de coton, de chanvre et de lin, blanches ou de bon teint, se nettoient tout simplement dans u n bain de savon, que l'on maintient à une douce chaleur après avoir enlevé les taches.
» Les étoffes de coton colorées se nettoient généralement de la même manière ; mais on les passe rapidement dans un bain d'eau de rivière, auquel on ajoute quelques pincées d'alun en poudre ou quelques gouttes d'acide acétique, sulfurique ou citrique, pour neutraliser l'action alcaline du savon ; on rince ensuite les étoffes à l'eau claire et on leur donne le lustrage et l'apprèt convenables. Les robes, fichus et autres objets d'indienne et de mousseline, guingamp, etc., sont nettoyés de la même manière, puis travaillés dans des baquets à fouler, rincés à grande eau, passés dans un bain saturé d'acide acétique, séchés, apprêtés à la colle de fécule, et lustrés. Les tulles et dentelles sont lavés dans plusieurs bains de savon, en ayant la précaution de les placer dans un sac de canevas pour ne point les tirailler ; puis on les soumet à l'action de la vapeur d'eau. L e crêpe noir est nettoyé dans le fiel de boeuf purifié et porté à la température de l'eau tiède. Les voiles, gazes, blondes et satins blancs sont macérés ordinairement dans un bain de savon blanc ; puis passés deux ou trois fois dans un autre bain très-chaud ; on les soumet ensuite à l'action du gaz sulfureux; enfin on rince les étoffes dans une eau colorée par une dissolution de carmin, d'indigo et de cochenille pour les azurer ; on les presse dans un sac à tordre, et on les fait sécher rapidement. On nettoie aussi le satin blanc an moyen de la craie en poudre très-fine. Ainsi, on place l'étoffe sur une table recouverte d'une couverture de laine, et on la saupoudre au fur et à mesure qu'on la nettoie, en la frottant avec une brosse de flanelle; au moyen de la mie de pain, on rend ensuite à l'étoffe la fraîcheur qu'elle a perdue.
» Les casimirs, les mérinos, les cachemires, les châles brodés, et généralement tous les tissus légers de laine, soie et coton, sont dégraissés tout simplement dans une décoction chaude de saponaire, puis drapés, calandrés ou passés à la presse à vis ; on termine les châles en frisant la frange encore humide avec un fer à dent légèrement chauffé.
» Les collets de velours et les parements d'habits se traitent de la même manière que les étoffes de soie ; mais lorsque la crasse est très considérable, on la frotte rudement avec un gros linge enduit de beurre, d'huile, ou mieux encore d'ammoniaque liquide, et on lave à l'essence de térébenthine ou de citron. Pour relever les poils du velours, on en place l'envers sur une plaque de métal trouée comme une écumoire, et on l'expose ainsi à l'action d'un courant de vapeur d'eau; on brosse en même temps les poils avec une brosse de chiendent.
» Pour remettre à neuf les chapeaux de peluche de soie pour homme, voici comment on procède. On fait dissoudre 2 à 3 parties de carbonate de soude du commerce dans 400 parties d'eau bouillante ; on passe rapidement la peluche dans ce bain à deux ou trois reprises différentes, et on la presse avec la main pour en extraire la plus grande partie de l'eau alcaline ; on rince à l'eau claire, puis on presse dans un sac à tordre ; on l'étire et l'on fait sécher à l'air libre après l'avoir étendue sur un châssis. Lorsque la peluche est sèche, on pose la carcasse ou galette du chapeau sur une forme ordinaire, et on l'enduit d'une couche légère de vernis à la gomme laque dissous dans l'alcool, puis on applique dessus la peluche que l'on y fait adhérer en passant un fer chaud; il ne reste plus qu'à lustrer. Cet apprêt consiste à mettre le chapeau tout monté sur sa forme, sur une espèce de tour, et à le placer entre deux tampons de velours de laine; il se polit en tournant sur lui-même avec une vitesse extrême.
» Quant aux gants de peaux d'agneau ou de chevreau, il suffit, pour les nettoyer, d'imprégner d'un peu d'eau un morceau de flanelle qui ne soit pas trop claire et de la passer légèrement sur du savon en poudre, puis on frotte avec cette flanelle les doigts de gants, que l'on a eu la précaulion de tendre sur des bâtons faits exprès, et la saleté s'y attache immédiatement.
» Pour les chapeaux de paille, on commence par les débarrasser de toute espèce d'ornements, et lorsqu'ils sont tiquetés par suite de l'humidité,on les fait tremper pendant deux ou trois heures dans une eau acidulée avec l'acide oxalique ou le sel d'oseille. On les place ensuite dans des formes de bois blanc, puis on les pose à plat sur une table, et on les frotte partout avec une éponge imprégnée d'une légère dissolution de potasse marquant environ un degré ; puis on repasse ces chapeaux à l'eau acidulée en frottant avec une éponge pour détruire la teinte jaune de la paille, on leur fait prendre un bain de savon et on les expose ensuite au soufrage. Enfin, pour donner le dernier apprêt aux chapeaux, on les mouille bien uniformément avec une éponge imbibée d'un liquide tiède, formé de gélatine blanche, d'un peu d'alun et de savon blanc, et on les repasse avec un fer chaud, en mettant une feuille de papier entre la paille et le fer.
» Le damas, les levantines, les florences, les pékins, et généralement toutes les soieries délicates sont nettoyées à l'aide d'une éponge fine avec une composition chaude formée de savon gras, de fiel de boeuf, de miel et d'alcool, à peu près par portions égales, et modifiée par une suffisante quantité d'eau. Pour les étoffes de soie brodées en couleurs, on emploie la même composition avec moins de fiel de boeuf, qui ternit les couleurs ; de plus, on substitue au savon gras le jaune d'oeuf, qui éclaircit au contraire les couleurs.
» Pour rendre à l'or et à l'argent l'éclat et le brillant, il suffit de faire dissoudre dans de l'eau du savon blanc, de manière à en former une pâte épaisse, que l'on pose avec un pinceau sur les objets de cette nature (broderies, épaulettes ou autres) ; on la laisse sécher, et on l'enlève ensuite en frottant avec un petit pinceau de poils de sanglier.
» Pour un habit ou une redingote de drap, de casimir ou flanelle, etc., de couleur bon teint et foncée, quand les taches ont été enlevées par les procédés que nous avons précédemment indiqués, on mouille partout l'habit également, en le frottant rapidement dans les sens des poils, avec une brosse rude que l'on trempe dans du fiel de boeuf, ou mieux dans de l'ammoniaque liquide étendue de 8 à 12 parties d'eau tiède. Lorsqu'il est bien brossé et nettoyé, on le rince à l'eau claire et on le laisse égoutter. Cela fait, il s'agit de donner au drap l'apprêt et le brillant du neuf : pour cela, on fait bouillir de la graine de lin et un peu de bois d'Inde (ou toute autre matière colorante, selon le principe de. la couleur de l'habit), jusqu'à ce que la composition file comme le blanc d'oeuf et soit légèrement colorée. On passe cette composition au travers d'un linge pour la purifier, et, avec une brosse demi-rude, on l'étend uniformément et dans le sens du poil sur toutes les pares de l'habit.. Cette opération terminée, avec les deux mains on étire bien le vêtement sur toutes les coutures, et on le fait sécher sur un demi-cerceau. Quand il est sec, on pose dessus un linge bien propre, mouillé avec de l'eau de savon, et on le repasse avec un fer chaud ; alors, l'habit est lustré et apprêté à neuf. Lorsque quelques parties de l'habit sont trop usées, on fait rassortir la couleur du drap, et on les remplace par un morceau neuf; puis avec le chardon à cardes, on fait sortir une partie du poil dont on recouvre les coutures. Lorsque quelques portions de fhabitsont couvertes d'une crasse épaisse, on les soumet préalablement à l'action de la vapeur d'eau pour amollir cette crasse et la disposer à se dissoudre plus facilement.»---
Les parties les plus volatiles de l'huile de houille distillée soit seule, soit avec de l'acide sulfurique, sont employées depuis quelques années. sous le nom de benzine, pour dégraisser les étoffes.
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Les tissus qui ont été blanchis sont destinés à recevoir une seule et même couleur sur toute l'étendue de leur surface, ou bien à être chargés de dessins à une ou plusieurs couleurs. Dans le premier cas, c'est à la teinture proprement dite qu'ils doivent être livrés ; dans le second cas, ils sont soumis à l'impression.
Toutes les opérations que l'on fait subir à une fibre textile ou à mi tissu pour les teindre reposent sur le principe suivant:
Lorsqu'une matière colorante en dissolution passe sur~un tissu ou sur une fibre textile, elle s'y arrête d'elle-même par une simple affinité, ou bien elle exige, pour s'y fixer, l'emploi d'un agent intermédiaire, nommé mordant, qui présente une certaine affinité pour le tissu et forme avec la matière colorante une combinaison insoluble.
Il est rare que l'affinité des matières colorantes pour les tissus soit assez grande pour que la combinaison résiste aux lavages ; aussi procède-t-on au mordançage afin de mettre l'étoffe en contact avec la matière colorante.
Mordants.- Le mordant est, comme nous l'avons dit, un agent qui doit avoir, pour principales propriétés de former avec les matières colorantes et les tissus une combinaison qui soit le moins possible altérée par l'air, le soleil, l'eau pure ou l'eau de savon ; de ne pas abandonner un acide qui puisse attaquer les tissus; d'être composé de manière que l'oxyde qui doit entrer en combinaison se sépare facilement de l'acide ; d'être incolore, lorsqu'il s'agit d'appliquer 1e mordant sur des étoffes auxquelles on veut donner des teintes qui tiennent de la couleur propre de la matière colorante, ou de ses modifications par les acides ou les alcalis.
Les mordants incolores les plus employés sont : l'alun, l'acétate d'alumnie, les chlorures d'étain ; les mordants colorés sont : l'acétate, le sulfate de fer, la noix de galle, les sels de cuivre, de manganèse et de chrome.L'alun est de tous les mordants celui dont on fait le plus d'usage ; voici comment on pratique l'alunage des différentes fibres textiles.
Alunage. - Pour opérer l'alunage, on élève ordinairement la température du bain dans lequel on plonge les tissus. La soie cependant doit être alunée à froid. Avant d'aluner la laine, et pour éviter qu'elle ne retienne quelques portions de matière grasse, on la fait bouillir pendant une heure dans de l'eau de son ; on la dégorge, puis on la maintient pendant deux heures à peu près, en la remuant fréquemment, dans une dissolution bouillante de 250 parties d'alun pour 8500 parties d'eau. On ajoute à l'alun de la crème de tartre qui agit sur le carbonate de chaux que l'eau tient en dissolution, et probablement aussi par voie de double décomposition en convertissant une partie de l'alun en tartrate d'alumine, dont la base abandonne plus facilement son acide que l'alun pour se combiner avec les fibres. La laine ainsi alunée doit être abandonnée pendant deux jours à elle-même pour favoriser la combinaison du mordant avec l'étoffe.
Ainsi que nous l'avons dit, l'alunage de la soie se fait à froid. La soie, maintenue pendant quinze ou seize heures dans une dissolution contenant 1/60ème d'alun, est retirée au bout de ce temps et lavée avec soin. Ce bain peut servir plusieurs fois en ajoutant de temps en temps de l'alun pour remplacer celui qui est absorbé. Cependant, comme la soie abandonne dans cet alunage quelques portions de sa substance, il arrive un moment où le bain exhale une odeur putride, et alors il ne peut plus servir que pour l'alunage de couleurs foncées.
L'alunage du coton, du chanvre et du lin s'opère en plongeant ces tissus dans de l'eau tiède qui tient en dissolution 1 partie d'alun, saturé de carbonate de soude, pour 4 parties de tissu ; au bout de vingt-quatre heures, on retire les étoffes du bain pour les teindre et les laver à l'eau courante.
On emploie pou l'alunage assez généralement l'alun du commerce ; mais comme ce sel contient une certaine portion de fer, il ne peut convenir pour obtenir des teintes claires, telles que le jaune de gaude : on lui substitue alors l'alun de Rome ou tout autre alun dont la pureté aura été préalablement constatée.Mordants d'alumine. - Onprépare l'acétate d'alumine destiné au mordançage en décomposant l'alun par l'acétate de plomb ; les quantités de ce dernier sel que l'on doit employer pour cette décomposition sont variables. Il paraît que, dans différentes opérations de teinture, il importe que le mordant d'acétate d'alumine retienne une certaine quantité de sous-sulfate d'alumine dissous par l'acide acétique.
Comme on se sert de l'acétate de plomb pour produire des mordants d'alumine, il importe que cet acétate soit exempt de cuivre et de fer ; les cristaux doivent être très-blancs : ils contiennent du cuivre ou du fer s'ils sont azurés ou chamois. Comme il importe de s'assurer de la pureté du sel de plomb pour certaines teintures délicates, M. Persoz conseille de traiter 10 grammes d'acétate de plomb, en dissolution très concentrée, par 3 grammes d'acide sulfurique étendu de pareille quantité d'eau ; lorsque le sulfate de plomb est formé, on étend d'eau, on décante, ou filtre et l'on fait évaporer la liqueur jusqu'à siccité pour chasser l'acide acétique; on essaye ensuite le résidu avec l'acide sulfhydrique et le cyanoferrure de potassium en observant les précautions ordinaires de l'analyse.
Pour la préparation de l'acétate d'alumine, on a substitué avec économie, dans beaucoup de circonstances, le pyrolignite de plomb à l'acétate de plomb ; on emploie aussi quelquefois l'acétate de soude.Mordant d'étain. - Le protochlorure d'étain est surtout employé dans le mordançage en raison de l'affinité de sa base pour les tissus, qui est telle, que l'oxyde d'étain se substitue en presque totalité à l'alumine contenue dans une laque alumineuse déjà fixée sur une étoffe ; cette affinité est d'autant plus forte que le protochlorure est décomposé par l'eau en sel acide soluble et en sel basique qui se combine avec le tissu. Pour éviter l'altération que fait éprouver aux étoffes, et surtout au coton, l'acide chlorhydrique mis en liberté dans cette décomposition, M.Persoz a proposé d'employer un acétate alcalin qui fonctionne à la manière d'une base.
Le bichlorure d'étain sert surtout à fixer sur les tissus la couleur écarlate de la cochenille et quelques couleurs de garance ; il est employé dans les applications des couleurs sur les tissus, et surtout de celles qui s'opèrent à la vapeur.Mordant de fer. - Onfait un grand usage comme mordant, pour les teintures foncées, de l'acétate de fer, dont la base, comme l'alumine, abandonne assez facilement l'acide pour se combiner avec les tissus. Ce sel peut être préparé, comme l'acétate d'alumine, au moyen du sulfate de fer et de l'acétate de plomb ; mais on l'obtient généralement en disant agir directement l'acide acétique sur de vieilles ferrailles placées dans des tonneaux.
Mordants organiques. - Beaucoup de matières colorantes qui ne forment point de laques avec les oxydes métalliques, notamment les couleurs artificielles dérivées de l'aniline et d e l'acide phénique, se combinent avec une grande facilité avec la soie et la laine, tandis qu'elles ne présentent aucune affinité pour le coton.
Pour rendre cette dernière fibre apte à prendre la couleur, on est obligé de la charger d'abord de mordants organiques particuliers. Le plus souvent on animalise le coton, c'est-à-dire qu'on le foularde dans une solution d'albumine et qu'on le soumet ensuite au vaporisage. D'autres fois on a recours à une solution de gluten dans la soude caustique, au tannin, ou au mordant huileux. On prépare ce mordant en faisant réagir sur deux parties d'une huile grasse, ½ partie d'acide sulfurique concentré. On dissout le produit dans 8 parties d'alcool, et on l'ajoute à un bain aqueux dans lequel on manoeuvre le coton à la température de 40°.
Le tissu est retiré et séché, sans avoir subi de lavage.
Il existe encore plusieurs autres mordants, tels que le savon et certains acides.
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L'opération de la teinture se fait ordinairement en plongeant les fibres textiles mordancées dans une dissolution de matière colorante dont la température est élevée graduellement, ou portée à l'ébullition, et en les y laissant pendant un certain temps.
Lorsque la matière colorante est insoluble dans l'eau, on la combine avec un agent chimique qui la dissout. Dans cet état, elle peut pénétrer dans l'intérieur des fibres, et, en faisant intervenir un corps qui dégage la matière colorante de sa combinaison, elle reprend l'état solide, et se fixe dans l'intérieur du tissu, dans lequel elle avait pénétré à l'état de dissolution ; il est possible pourtant qu'en devenant gélatineuse, la matière colorante ait une légère affinité pour l'étoffe,et se fixe en petit, quantité à sa surface (indigotine de cuve, carthamine).
D'autres fois, on a recours à des dissolvants particuliers qui abandonnent ensuite la matière colorante, dont l'affinité pour le tissu surmonte alors la force de dissolution du liquide (matière colorante de l'orcanette, orcanine ; matière colorante de l'orseille, orcéine ; matière colorante du roucou, bixine).
Dans le cas le plus simple, les matières colorantes se dissolvent dans l'eau, et se fixent sur les tissus lorsqu'on élève la température du bain (racine de noyer, brou de noix, etc.).
La teinture des fibres textiles peut s'opérer sur les fibres, soit directement, soit après les avoir converties en fils ou en tissus ; mais l'action mécanique qu'elles ont subie dans cette conversion les rend bien moins propres à la teinture ; leur couleur est moins riche et moins solide, et dans le commerce, on fait une grande différence entre les étoffes teintes en fibres et celles teintes en pièces.Il reste à faire connaître les propriétés de la garance, de la cochenille, des bois de Brésil et de santal, et de la fuchsine.
Garançage.- La teinture en rouge sur lin et sur coton, au moyen de la garance, consiste à plonger une étoffe mordancée dans un bain de garance : la force du mordant, le temps d'immersion, la température, la quantité de garance, varient suivant les teintes qu'on veut obtenir. Il est indispensable d'élever la température du bain très-graduellement jusqu'à l'ébullition ; car si l'on faisait bouillir le bain immédiatement, il serait impossible de teindre d'une manière régulière.
La garance, pour donner une teinte vive et solide, doit contenir, suivant M. Persoz, une certaine quantité de craie ; si elle a été récoltée sur un terrain siliceux, comme la garance d'Alsace, on doit en ajouter au bain, à moins que l'eau n'en contienne une certaine proportion. Cette addition doit être faite avec précaution ; un trop grand excès de craie enlèverait au bain une portion de sa matière colorante, en affaiblissant son pouvoir tinctorial. On fait usage, dans beaucoup de fabriques, d'eau distillée obtenue au moyen de la condensation de la vapeur des machines.
Le garançage sur laine réclame toutes les précautions que nous venons d'indiquer pour obtenir un beau rouge franc.
On y procède au moyen de deux opérations. L'une, appelée bouillon, a pour but de mordancer l'étoffe, qu'on fait bouillir à cet effet pendant trois heures dans un bain contenant pour 100 kilogrammes de laine, 25 kilogrammes d'alun et 6 kilogrammes de tartre, et qu'on laisse séjourner pendant sept ou huit jours dans un endroit humide et fermé, après l'avoir retirée du bain.
L'autre, désignée sous le nom de rougie, s'opère en. plongeant l'étoffe dans un bain contenant 50 parties de garance d'Avignon pour 100 de laine. Cette opération exige toute l'activité et l'attention de l'ouvrier pour présenter presque au même moment toutes les parties de l'étoffe au bain de garance et éviter les vergetures. Il faut s'arrèter au moment où le bain va entrer en ébullition pour éviter la fixation du principe jaune de la garance ; on termine en lavant soigneusement l'étoffe sortant du garançage. Suivant M. Dumas, on obtient une couleur rouge plus vive et plus brillante en ajoutant au bain de garance quelques kilogrammes de composition écarlate.Rouge d'Andrinople. - C'est avec la garance qu'on obtient le rouge turc ou d'Andrinople. Les tissus sont plongés dans un bain blanc : ce bain, composé d'huile d'olive, d'eau et de carbonate de soude, dans la proportion de 2 parties de ce sel pour 100 d'huile, doit laisser, sous l'influence de la chaleur, à la surface de la toile, une huile modifiée qui présente la propriété d'attirer en teinture à la façon d'un mordant. Lorsque le tissu a été convenablement foulardé dans le bain, on le laisse reposer pendant dix à douze heures, puis on le met sécher à une température de 60° ; on réitère cette opération deux ou trois fois, et l'on termine en dégraissant le tissu au moyen d'une dissolution de carbonate de potasse à 2°.
Le tissu doit ensuite être soumis à l'engallage oit mordançage, qu'on effectue avec une décoction de noix de galle et une dissolution d'alun portées à la température de 70° ; on le plonge ensuite dans un bain de craie chauffé.
Amené à ce point, le tissu est soumis à un premier garançage, auquel on procède en le plongeant dans un bain de garance tiède, où on le maintient durant trois heures ; pendant le dernier quart d'heure seulement, le bain doit être bouillant. On retire l'étoffe et on la lave soigneusement.
On la soumet ensuite à un second engallage ou alunage, à l'action d'un second bain de craie et de garance, puis on procède aux avivages. Le premier avivage est donné aux tissus au moyen d'une ébullition en vase clos, pendant huit heures, dans un bain qui tient en dissolution du savon et du carbonate de potasse, en quantité égale au quart du poids du savon : dans le second et le troisième avivage, on substitue le chlorure d'étain au carbonate de potasse, et enfin on termine en passant l'étoffe au bain de son et en l'exposant à l'air.Ecarlate.- Cette couleur rouge est donnée aux tissus par la cochenille. Avant d'exposer le procédé qu'on emploie pour teindre une étoffe en écarlate, nous donnerons le moyen dont on se sert pour préparer le mordant spécial de cette couleur. Ce mordant est un composé de chlore et d'étain, combiné ou mélangé à d'autres sels dont la composition varie suivant le procédé de fabrication. On emploie les proportion, suivantes
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On verse l'acide azotique sur le chlorhydrate d'ammoniaque réduit en poudre et l'on ajoute l'étain par petites portions, pour éviter l'élévation de température de la liqueur ; puis on verse l'eau lorsque la dissolution est complète.
Le bichlorure d'étain est la base de cette préparation. Cependant on ne peut nier que les autres sels, et l'excès d'acide non saturé, n'agissent également sur la matière colorante de la cochenille employée pour faire l'écarlate.
Voici le procédé employé pour obtenir cette belle couleur :
Les fils de laine sont mis en macération pendant deux jours dans un lait de chaux contenant une quantité de chaux vive égale au quart environ du poids de la laine, et 200 litres d'eau. Ces fils sont retournés de temps en temps, puis retirés et lavés.
On procède ensuite à la première opération appelée bouillon.
Dans une chaudière d'étain de 500 litres, on met, lorsque l'eau est portée à l'ébullition, 2kg,500 de crème de tartre en poudre, puis environ 0kg,100 de cochenille. On fait bouillir quelques minutes, et l'on ajoute 1kg,250 de la dissolution d'étain décrite plus haut. Enfin on y plonge 10 kilogrammes de fils de laine qui sont maintenus dans le bain au moyen de bâtons placés dans les écheveaux et dont les deux bouts s'appuient sur les bords de la chaudière. Une partie des fils restent donc hors du bain, ce qui produirait des inégalités de fixage sur l'étoffe, si l'on ne les retournait pas souvent bout pour bout:ce qui s'appelle lisser. Les bâtons portent le nom d e lissoirs.
Après une heure ou deux, on enlève la laine et l'on fait un nouveau bain appelé rougie, qui est porté à l'ébullition; on y ajoute 0kg,500 de cochenille réduite en poudre et 0kg,500 de dissolution d'écarlate. On y passe la laine jusqu'à ce qu'elle soit d'une belle couleur, et que le bain soit tiré, c'est-à-dire jusqu'à ce que la matière colorante qui y était dissoute soit entièrement fixée sur l'étoffe. On retire ensuite le tissu, on le laisse refroidir; on le lave et on le sèche.
Parmi les diverses matières fixées comme mordants sur l'étoffe, l'acide stannique joue le principal rôle, sa combinaison avec la carmine étant d'un beau rouge vif. Les acides tartrique, chlorhydrique et azotique donnent à cette couleur une nuance jaune que le lavage à l'eau peut modifier.
On peut faire l'écarlate avec un seul bain ; mais, dans ce cas, la couleur n'a pas cette nuance violacée qui semble glacer le fond rouge vif, et lui donne un aspect remarquable.
On obtient des modifications de l'écarlate, le ponceau, les nacarats et les cerises, en faisant entrer dans les bains du curcuma, du bois de Brésil ou de la cochenille ammoniacale.Rouge de Brésil. - On obtient encore une belle couleur rouge au moyen du bois de Brésil. Le procédé pour teindre en rouge avec ce bois est le même que celui de la garance ; mais le rouge qui se produit est détruit par un acide et vire à l'amarante par l'action des alcalis.
Les couleurs données parle bois de Brésil sont surtout employées sur soie ; elles sont peu stables.
TEINTURE EN BLEU
Bleu d'indigo.- L'indigo est une des substances employées pour produire la couleur bleue. D'après ce que nous avons indiqué sur la nécessité de rendre solubles les matières colorantes, pour qu'elles entrent en combinaison avec les fibres textiles, on doit concevoir que l'indigo, étant tout à fait insoluble, doit subir une modification pour être employé dans la teinture. Nous avons dit que ce corps peut, en s'hydrogénant en présence des bases, passer à l'état d'indigo blanc soluble dans les alcalis, et redevenir indigo bleu par son contact avec l'air ou avec d'autres corps, tels que le chlore, qui lui enlèvent de l'hydrogène. C'est sur ce principe qu'est basé l'art de monter les cuves dans lesquelles on plonge les tissus destinés à recevoir le bleu d'indigo.
La cuve vitriolique est composée de 400 litres d'eau, 20 kilogrammes d'indigo, 46 kilogrammes de protosulfate de fer et 20 kilogrammes de chaux éteinte. Le sel ferreux est décomposé par la chaux ; il abandonne son oxyde, qui passe à l'état de peroxyde en décomposant l'eau, tandis que l'hydrogène de celle-ci se porte sur l'indigo ; ce dernier, amené à l'état d'indigo blanc, se combine avec la chaux et forme une espèce de combinaison saline soluble.
Pour procéder à cette opération, on réduit l'indigo en poudre impalpable ; on éteint soigneusement la chaux et l'on dissout à l'avance le sulfate de fer ; ces substances sont projetées dans la cuve dont on élève la température au moyen d'un jet de vapeur.
Dans certaines fabriques, on brasse vivement ce bain pour faciliter l'action chimique et déterminer la précipitation du sulfate de chaux. M. Persoz pense qu'on arrive plus promptement au but par l'intervention de la chaleur, qui prévient l'introduction de l'air dans la cuve, et, par suite, la précipitation de l'indigo.
L'opération est terminée au bout de dix à douze heures ; vingt-quatre heures après, le sulfate de chaux et l'excès d'oxyde de fer sont précipités : la liqueur qui les surnage est claire, d'un beau jaune, et, si on la laisse exposée à l'air, elle ne tarde pas à se couvrir d'une pellicule à reflets cuivrés d'indigotine régénérée, appelée fleurée. Dans cet état, la cuve est disposée pour la teinture. On doit, si l'on ne s'en sert pas tout de suite, la tenir à l'abri du contact de l'air, et, à mesure qu'on en fait usage, il faut la nourrir par l'addition de nouvelles substances destinées à remplacer celles que la teinture a absorbées ou modifiées. Les matières destinées à hydrogéner et à dissoudre l'indigotine portent le nom de brevet ; il devient nécessaire de les ajouter aux cuves qui ont été aérées par le travail de la teinture, afin de désoxyder et de dissoudre de nouveau l'indigotine précipitée.
Dans un atelier de teinture, on élève plusieurs cuves à différents degrés de force, de manière à faire passer les tissus successivement dans chacune d'elles, suivant la teinte que l'on veut obtenir.
Après chaque immersion dans la cuve, on expose le tissu à l'air ou dans une eau aérée, pour que l'indigo blanc puisse absorber l'oxygène, et l'on réitère la trempe jusqu'à ce qu'on ait obtenu la teinte qu'on recherche. ll est important de nettoyer les tissus après chaque cuvage, en les trempant dans une dissolution très légère de savon ou de carbonate de soude, et de les faire sécher à l'ombre pour préserver l'indigo de l'influence solaire.Les étoffesde laine, avant de passer à la cuve d'indigo, doivent être dépouillées d'unecertaine quantité de matière grasse qui empêcherait la fixation de l'indigotine. On les fait bouillir dans un sac de toile avec du son, dont la quantité est égale au quart du poids de la laine. Au. bout d'un quart d'heure, on retire les laines qui sont lissées et en les replonge pendant une heure environ dans ce bain ; elles sont ensuite retirées, lavées et alunées. Cette opération est nommée éblouissage.
Pour la teinture de la laine en bleu, on procède autrement que pour le lin et le coton. L'hydrogénation de l'indigo s'opère au moyen de cabstances organiques végétales hydrogénées, telles que le pastel, la vouède et la garance ; de là les noms de cuves de pastel, de vouède, etc.Cuve de pastel. - Pour monter une cuve de pastel, on introduit dans une cuve de la garance, du son et de la chaux ; après quelque temps d'ébullition, on ajoute le pastel, puis on pallie la cuve, en la remuant avec un râble.
Au bout de quatre heures, on pallie de nouveau, en ayant le soin, dans les intervalles, de maintenir, au moyen de couvertures épaisses, la cuve à l'abri du contact de l'air. Le bain, pendant quelque temps, ne se fait remarquer que par sa couleur brune et par l'odeur que lui ont communiquée les substances, dont il se compose. On continue de pallier toutes les trois heures à peu près, et, au bout de vingt à vingt-quatre heures, une odeur ammoniacale se développe, la liqueur devient jaune et à la surface se manifestent des bulles, il se produit en même temps une couleur bleue qui annonce l'oxygénation de l'indigo du pastel. C'est dans ce moment qu'on verse l'indigo convenablement broyé dans le bain, dont les éléments entrés en fermentation peuvent fournir à l'indigo l'hydrogène qui le transforme en indigo blanc, tandis que la chaux et l'arnmoniaque, que le bain peut encore contenir, les font entrer en dissolution. Après trois heures de séjour de l'indigo dans la cuve, on ajoute une quantité de chaux.à peu près égale à la première, on pallie et:on laisse la cuve en repos, pendant trois heures.On remarque alors à la surface du bain une pellicule cuivrée abondante ; laliqueur a un aspect rouge prononcé ; sa transparence accuse un vert-émeraude qui disparait pour faire place à la couleur bleue. L'odeur de .la cuve est fortement ammoniacale ; dans ce cas elle est légèrement rebutée, et c'est alors qu'on y plonge pendant une heure .les étoffes disposées pour recevoir la teinture ; on les retire ensuite pour les exposer à l'air (éventer). On reproduit, suivant le besoin, cette immersion qui donne à chaque fois une teinte plus foncée, dont on peut atteindre les limites appelées bleu d'enfer.
On suit pour la cuve de vouède les mêmes procédés que pour la cuve de pastel ; on attribue aux tissus teints dans la première cuve plus de brillant que ceux teints dans la cuve au pastel, et à celle-ci, plus de durée qu'à la cuve de vouède.
On appelle cuve d'Inde celle pour laquelle on emploie des cendres gravelées (carbonate de potasse), de la garance, du son et de l'indigo. Après avoir fait bouillir pendant deux heures le son et la garance, on ajoute les cendres gravelées qui doivent encore supporter une ébullition d'une heure et demie ; puis enfin, l'indigo broyé et délayé dans l'eau de la cuve ou dans une dissolution alcaline à 6°. On maintient la cuve fermée à une douce température ; on pallie toutes les huit heures jusqu'à ce que la liqueur ait acquis une belle couleur jaune, et présente à sa surface cette écume bleue cuivrée dont nous avons déjà parlé.
La cuve d'Inde dure moins longtemps que celle de pastel ; on est souvent obligé de la reprendre et d'y ajouter du son, de la garance et de l'alcali pour réduire l'indigo qui s'est précipité, tandis qu'une cuve de pastel bien dirigée peut durer plusieurs mois, en y teignant matin et soir.
Les bleus de cuve sont quelquefois remontés par des matières colorantes autres que l'indigo, c'est-à-dire que l'on avive leur couleur ou qu'on la fonce dans un but d'économie.
L'orseille donne au bleu de cuve une nuance violette qui lui est très favorable.
Le bois de santal est également employé, mais il durcit beaucoup la laine.
Le bois de Campêche, qui donne avec les sels de cuivre un composé bleu insoluble, augmente l'intensité du ton des bleus faits à la cuve, et permet d'économiser l'indigo ; mais, comme ce composé n'est pas bon teint, il ne tarde pas à se détruire et à altérer la pureté de la nuance de l'indigotine.Bleu au bleu de Prusse. - L'indigo n'est pas la seule substance dont on se serve en teinture pour obtenir les couleurs bleues; pour la teinture de la laine, de la soie et du coton, on fait usage du bleu de Prusse qu'on forme sur la fibre par différents procédés.
Les soies en écheveaux doivent être d'abord bien dégorgées de leur savon de cuite par plusieurs rinçages et battages ; elles sont tordues et plongées à froid dans un bain dans lequel on a versé une dissolution de sulfate de peroxyde de fer ; elles y sont lissées de cinq en cinq minutes, pendant les premiers temps de leur immersion, pour que l'absorption du sel de fer se fasse uniformément. (M. Chevreul.)
On sort ensuite les écheveaux du bain, on les exprime et on les lave avec soin dans une grande quantité d'eau. On fait ensuite un bain dans lequel on met 1/500ème de cyanoferrure de potassium, et lorsque le sel est dissous, on y plonge les fils en employant les mêmes manipulations que ci-dessus. La soie prend d'abord une teinte d'un vert sale ; puis, au bout d'une heure, on enlève les écheveaux et l'on verse dans le bain environ d'acide chlorhydrique pur.
On mélange et l'on replonge les soies qui prennent rapidement une belle nuance bleue ; on lisse environ pendant deux heures ; on lave, on tord à la main, puis à la cheville, et, lorsqu'on ne fait pas subir à ces couleurs de nouveaux bains, on sèche.
On avive ces bleus, qui peuvent être trop verdàtres, en les laissant macérer plus ou moins longtemps dans l'eau. Une certaine quantité de cyanoferrure de potassium qui verdissait la nuance s'en sépare par dissolution.
Des eaux dites crues, calcaires ou légèrement alcalines, augmentent, l'intensité de la teinture ; enfin une très-légère solution de carbonate d'ammoniaque produit un ton violacé, qui peut nuire à la couleur en la rendant trop ardoisée, si l'on exagère les proportions.
Une exposition à l'air pendant quelques jours embellit les bleus simplement lavés.
En ajoutant dans le bain de sel de fer au maximum une certaine quantité de protochlorure d'étain, les bleus prennent une très-belle nuance. Le cyanoferride de potassium et le perchlorure de fer donnent de magnifiques couleurs. C'est ainsi qu'on obtient une belle teinte connue sous le nom de bleu Raymond.
On n'emploie pas le mordant ferrugineux pour la teinte des laines on plonge l'étoffe dans un bain de cyanoferrure de potassium qui contient une certaine proportion d'acide tartrique, de chlorure d'étain et de sel marin; au moyen d'une élévation de température, le cyanoferrure passe à l'état de bleu de Prusse, qui se fixe sur l'étoffe avec l'oxyde d'étain.
Pour teindre les mérinos en bleu de France, on peut employer encore le procédé suivant. Le bain est composé de cyanoferride de potassium, d'acide sulfurique et d'alun. La pièce est déposée sur un tourniquet de manière à recevoir alternativement pendant trois heures l'action du bain et de l'air à une température commençant à 35°, pour étre élevée au bout de la dernière heure à 100°. C'est à ce moment qu'on ajoute au bain une certaine proportion de protochlorure d'étain. L'étoffe teinte doit être lissée jusqu'à ce qu'elle soit froide, puis on l'avive, après le lavage, dans un bain d'alun, d'acide sulfurique et d'étain.Bleu de Campêche. - Le bois de Campêche, dans lequel M. Chevreul a découvert l'hématine, fournitaussi une couleur bleue qu'on applique sur le coton, la soie et la laine, mais qui est considérée comme de petit teint.La fixité de la couleur bleue du campêche dépend surtout, quant au coton, de la nature des mordants, qui sont alumineux ou ferreux.
Pour teindre sur laine au bois de Campêche, on fait bouillir légèrement l'étoffe pendant une heure et demie dans un bain de tartre et d'alun, puis on verse dans ce bain une décoction de campêche, dont on détermine la fixation sur le tissu au moyen d'une quantité convenable de sulfate de cuivre, qui a la propriété de former, avec le bois de Campêche, un précipité bleu.
Indépendamment de cette teinture bleue faux teint, on teint encore la laine en demi bon teint : on commence par donner à l'étoffe un fond d'indigo bleu de ciel, qu'on retire avec la couleur bleue du campêche, et l'on avive au moyen d'un bain contenant du chlorure d'étain, de l'alun et du tartre rouge; quelquefois on substitue le sulfate de cuivre au chlorure, mais l'avivage précédent est plus expéditif et donne des nuances plus vives.
Pour obtenir de beaux bleus sur soie et sur laine, on a recours au carmin d'indigo, au bleu de Lyon et à l'azuline.
TEINTURE EN JAUNE
Pour produire la couleur jaune, on emploie le plus ordinairement la gaude, le quercitron, le bois jaune, le fustet, la graine de Perse, le chromate de plomb, l'acide picrique.
La gaude (lieseda luteola) est plus souvent employée que les autres substances tinctoriales jaunes, parce qu'elle supporte plus facilement l'action des alcalis sans passer au rouge terne et sans s'altérer; elle donne aussi une couleur dorée fraîche, qui n'a pas la fixité des couleurs produites par la garance et l'indigo, mais qui supporte l'action de l'air plus longtemps que les jaunes obtenus à l'aide des autres substances tinctoriales. La gaude est appliquée à la teinture du coton, de la laine et de la soie. Pour la teinture du coton, on mordance avec de l'acétate d'alumine ; pour les autres fibres, on emploie l'alun et le tartre rouge.
Les jaunes sur laine s'obtiennent en faisant bouillir rapidement la gaude pendant vingt minutes environ dans l'eau, qui,dissout la matière colorante. On retire de l'eau les bottes de gaude, puis on emploie de la laine préparée à la chaux et mordancée, comme nous l'avons,dit, avec un quart d'alun et une moindre proportion de tartre. On obtient ainsi des jaunes vifs et solides.Jaune au quercitron.- La décoction de quercitron (Quercus nigra) sert à produire sur des tissus de laine et de coton, préalablement mordancés avec le chlorure d'étain et l'alun, une teinte jaune qui se dégrade assez facilement en passant au roux; cette couleur s'applique aussi à la vapeur, en épaississant avec la gomme arabique une décoction de quercitron alunée.
Jaune au bois jaune (Morus tinctoria). - Le bois jaune, dont on fait un grand usage en teinture pour obtenir des teintes composées, ne donne pas des résultats satisfaisants, quant à la couleur jaune, en raison de la réaction que lui font subir les alcalis.
Le bois jaune contient une proportion de tannin telle, qu'on se dispense de mordancer les étoffes de laine que l'on se propose de teindre avec le bois jaune, en raison de l'action chimique qu'exerce le tannin sur l'étoffe et la matière colorante.
On ne doit se servir de cette matière colorante que pour des couleurs composées, à cause de sa facilité à prendre une teinte rousse à l'air. Le bois jaune sert à faire des verts et est employé dans les noirs.Jaune au fustet.- La partie ligneuse du Rhus cotinus est en très grand usage dans les fabriques d'indiennes ; sa matière colorante se rapproche beaucoup des deux précédentes, mais elle en diffère essentiellement par sa propriété de former un beau pourpre avec les alcalis et de précipiter en rouge orangé par les acétates de cuivre et de plomb.
Jaune au chromate.- Pour appliquer le chromate de plomb sur les tissus, il suffit de plonger pendant un quart d'heure une étoffe dans une solution faible de sous-acétate de plomb à 55° ou 60°, de la laver avec soin et de l'immerger dans une dissolution de chromate de potasse peu concentrée ; au bout de dix minutes, l'étoffe est teinte en jaune. Si l'on plonge ces étoffes teintes dans une dissolution d'acide acétique, elles perdent tout ce que leur couleur avait d'incertain pour acquérir une nuance très-belle de jaune-citron.
Comme on fait maintenant un grand usage de ce procédé de teinture, on l'a varié en substituant l'acétate neutre ou l'azotate de plomb au sous-acétate ; on obtient ainsi immédiatement une belle couleur bouton d'or.
Si l'on passe ces étoffes teintes au chromate de plomb dans une eau de chaux, on obtient un sous-chromate de plomb qui a une couleur orangée.
On emploie enfin l'acide picrique pour la teinture de la soie et quelquefois de la laine.L'art de la teinture serait bien restreint s'il n'avait pour objet que l'application des trois couleurs que nous venons d'étudier; mais indépendamment de leur dégradation, on obtient par leur combinaison des couleurs composées, remarquables par la variété et le brillant de leurs teintes.
Cramoisi. - Bien que l'on n'emploie pas de bleu pour obtenir le cramoisi en teinture, la nuance rouge bleuâtre de cette couleur doit la faire placer parmi celles qui tirent sur le violet. Les laines préparées à la chaux mordancées avec un quart de leur poids d'alun et un huitième de tartre, sont lavées et plongées dans un bain bouillant auquel on a ajouté un vingtième du poids de la laine de cochenille pulvérisée, et un peu de tartre pour faciliter la dissolution de la matière colorante. On lisse les étoffes jusqu'à ce qu'elles aient acquis le ton désiré.L'amarante participemoins du rouge que le cramoisi ; c'est en effet en combinant le rouge avec une plus grande proportion de bleu qu'on l'obtient : on emploie ordinairement un bain de campêche mordancé à l'alun, au tartre et au chlorure d'étain ; on termine par un lavage dans un bain de cochenille.
Le violet résulte de la combinaison du rouge et du bleu de campêche : on commence par teindre en bleu les tissus, puis on les passe successivement dans deux bains de cochenille mordancés avec l'alun et le tartre.
Aujourd'hui on fait presque exclusivement usage des violets d'aniline.
C'est en modifiant les proportions de bleu et de rouge qu'on obtient les couleurs composées: lie-de-vin, lilas, gris-lapis, fleur-de-pensée et pourpre
COULEURS COMPOSÉES DE JAUNE ET DE BLEU
Les verts peuvent se faire en deux fois, ou en une seule opération. On les obtient toujours par le mélange du bleu et du jaune purs.
Si le premier tirait sur le violet et le second sur l'orangé, on n'obtiendrait qu'un vert rabattu, c'est-à-dire dont la vivacité et la fraîcheur ne seraient pas les plus grandes possibles : il suit de là que toute couleur contenant du rouge et qui entre dans la composition du vert doit en altérer la pureté.
On peut teindre en vert au moyen d'un bain de bleu plus ou moins foncé, d'un alunage et d'un autre bain en jaune de gaude.
La teinture en un seul bain consiste à aluner, puis à teindre dans un bain contenant une décoction de bois jaune à laquelle on a ajouté du carmin d'indigo.
Les laines qui doivent être teintes en vert dans un seul bain sont préparées au carbonate de soude. On les passe pendant une heure ou une heure et demie dans un bain à 75° ou 80°, contenant en carbonate de soude le quart du poids de la laine. Il ne faudrait pas que la température s'élevât jusqu'à l'ébullition, à cause de l'action dissolvante que les alcalis exercent sur la laine. On retire les écheveaux, on les laisse refroidir, on les lave, puis on les alune pour les teindre.Le vert-dragon, qui est considéré comme le point de départ de la nuance verte, s'obtient en plongeant les tissus de laine dans une cuve de bleu ; la pièce bien lavée est plongée ensuite dans une décoction de bois jaune mordancée à l'alun et au tartre, dans laquelle,après l'addition d'une très-légère portion de bleu de Saxe, elle doit bouillir pendant trois heures ; on termine cette opération en mettant la pièce dans un bain de campêche qui lui donne la nuance vert-dragon. Cette nuance est encore plus belle lorsqu'on ajoute au bain une petite quantité de sulfate de cuivre ou de protosulfate de fer.
Le vert de Saxediffère du précédent par une couleur plus claire et plus brillante. On l'obtient en plongeant le tissu dans un bain mordancé à l'alun et au tartre, dans lequel on a fait bouillir pendant un quart d'heure une quantité de bois jaune dans le rapport de 500 grammes par pièce ; ce bain reçoit ensuite un peu de composition de Saxe qui le teint légèrement en vert. L'étoffe doit être maniée vivement, pour la répartition égale de la couleur, et maintenue pendant deux heures dans le bain porté à l'ébullition ; on termine en plongeant les tissus dans un second bain pareil au premier, mais dans lequel on a fait entrer trois fois plus de bois jaune.
Ainsi, toutes les nuances de vert peuvent être obtenues avec le bois jaune et le bleu de Saxe, qui est une dissolution de 40 parties d'indigo dans 60 parties d'acide sulfurique.
COULEURS OBTENUES PAR LE MÉLANGE DU ROUGE, DU JAUNE ET DU BLEU.
Par le mélange de ces trois couleurs primitives, on réalise des nuances qui peuvent être classées en raison de la couleur primitive dominant. Ainsi le jaune produira le bronze, l'olive et les nuances diverses qui en découlent.On obtient le bronze en plongeant la laine dans un bain de gaude, du bois jaune, d'alun et de tartre, qu'on maintient en ébullition pendant trois heures : la laine est retirée de ce bain et portée à la cave où on la laisse pendant six jours ; on la lave, on lui donne le fond de jaune et de rouge au moyen d'un bain dans lequel entrent une nouvelle proportion de gaude et de la garance ; on réitère le lavage et l'on plonge la laine dans une cuve de bleu.
L'oliveexige que la laine reçoive d'abord un fond de bleu, puis on la soumet pendant quatre heures à l'ébullition dans un bain contenant de l'alun, du sumac, du bois jaune, de la suie et du campêche ; après l'avoir retirée du bain, on y ajoute une petite proportion de protosulfate de fer et l'on replonge de nouveau le tissu dans le bain. On obtient par les mêmes procédés, le vert de myrte, le réséda, la noisette et d'autre nuances dans lesquelles le jaune domine.
Le marronparticipe surtout de la couleur rouge. On obtient cette nuance en préparant un bain de gaude et de bois jaune mordancé avec l'alun et la crème de tartre : après une ébullition de trois heures dans ce bain, l'étoffe est portée à la cave pour y rester huit jours ; on lave et l'on garance l'étoffe avec une légère ébullition ; la .laine est ensuite passée à une cuve de bleu, d'où on la retire lorsqu'elle est suffisamment nuancée. Pour obtenir une nuance plus foncée, on ajoute au bain, après le garançage, du campêche, du sumac, du sulfate de protoxyde de fer et l'on y maintient la laine à l'ébullition pendant deux heures. C'est en suivant un procédé à peu près semblable qu'on obtient les couleurs cannelle, brun et terre d'Égypte.
Le brun marron se produit en maintenant la laine pendant trois heures dans un bain bouillant composé de noix de galle, de bois de santal, de Brésil jaune et de garance, et en ajoutant après cette première opération, appelée engallage, du bois de Campêche et du sulfate de profoxyde de fer.
Le noir, formé par la réunion des trois couleurs primitives, se produit par le mélange de l'indigo, de plusieurs substances susceptibles de donner du jaune, et de tannin, de noix de galle, de sumac, de sulfates de fer et de cuivre, d'acétates de cuivre et de fer, de crème de tartre, etc.
Le noir de Sedan est considéré comme le plus beau et le plus durable. On le donne aux étoffes qui ont reçu d'abord un fond bleu dans des cuves d'indigo ; l'étoffe, soigneusement lavée, est portée dans un bain de sumac et de campêche, où elle doit subir une macération de trois heures, à 80° ou 90°. Au bout de ce temps, on la retire pour verser dans le bain du sulfate de protoxyde de fer, dans la proportion de 335 gramme par mètre d'étoffe : celle-ci, plongée dans le bain, doit y subir pendant une heure l'action d'une température de 38°. Après avoir répété trois fois cette opération, on obtient le noir avec toute son intensité.
On teint sur plusieurs points de la France des étoffes de laine en noir petit teint, moins solide que celui de Sedan et de Louviers. La base de bleu est donnée par le bois de Campêche et les sels de peroxyde de fer; c'est surtout pour ce genre de teinture qu'il faut employer des substances riches en tannin, telles que la noix de galle, le sumac, etc. Dans quelques fabriques, on emploie beaucoup plus de matière colorante, et l'on fait usage du verdet, dans la proportion de 1 partie de ce sel pour 100 d'étoffe.
Dans le noir de Genève, on emploie du sulfate de cuivre dans le rapport de 3 pour 100 d'étoffe.
Le noir de Caunes, dont on a fait un secret, se prépare comme les noirs précédents ; seulement on ajoute dans le premier bain du sulfate de zinc qui a la propriété de précipiter la dissolution de campêche en bleu.
Depuis quelques années, on se sert, pour obtenir des noirs d'une grande solidité, d'un bain de bichromate de potasse chauffé vers 40° ou 50°, et dans lequel on fait passer les étoffes teintes en campêche et en fer. Le bain doit être extrêmement faible. Ce noir est des plus beaux et des moins coûteux.
Noir sur soie. - C'est au moyen d'une combinaison de fer au minimum et de tannin qu'on obtient cette nuance ; pendant longtemps on a employé la noix de galle pour l'engallage.
M. Michel a substitué à la noix de galle un extrait de bois de châtaignier, qui produit de très-bons résultats et qui offre sur la noix de galle une économie de 50 pour 100. L'engallage s'opère dans des cuves de cuivre dans lesquelles on laisse plonger pendant quatre heures la soie, qui en sort avec la nuance jaune nankin. C'est dans cet état qu'on la plonge, après l'avoir lavée, dans le bain de sel de fer élevé à la température de 90°.
Les sels de fer employés sont le sulfate de protoxyde et le pyrolignite ; le bain contient en outre de la limaille de fer et du sulfate de cuivre. Le bain, après avoir reposé quelque temps, abandonne au fond de la chaudière des substances pesantes inutiles à la teinture ; mais il tient en suspension le tannate de fer qui s'est produit. On lui donne la densité nécessaire au moyen de la gomme et de la dextrine. Les sels de fer décomposés abandonnent leur acide : pour prévenir leur réaction sur la soie, on ajoute au bain une certaine quantité de sous-acétate ou d'oxyde de plomb.
La soie, en sortant de ce bain, a une couleur rousse qui passe bientôt au noir par l'exposition à l'air. Pour obtenir une belle nuance, on est souvent obligé de recommencer jusqu'à cinq ou six fois cette opération.
On donne quelquefois au noir sur soie un reflet bleu au moyen du bleu Raymond et d'une teinte de violet et de jaune.
Pour la teinture en noir du lin et du coton, on procède généralement comme nous l'avons indiqué pour la laine. Cependant on obtient aussi un noir foncé en plongeant les tissus dans une décoction de parties égales de noix de galle et de campêche, et en les soumettant pendant deux ou trois heures à l'action d'un bain à 90°, dans lequel on a fait dissoudre 1/15ème de pyrolignite de fer. En réduisant de moitié les proportions de noix de galle, de campêche et de pyrolignite, on obtient le gris et toutes ses dégradations.
Les différentes matières qui entrent dans la teinture en noir jouent un rôle dont on peut expliquer l'influence, soit pour la production de la couleur noire elle-même, soit pour sa stabilité.
L'acide gallique et le sel de fer au minimum donnent un composé soluble susceptible de pénétrer dans l'intérieur des pores de l'étoffe et d'y déposer, au contact de l'air, des flocons d'un bleu violet qui, à proprement parler, constituent le fond du noir.
Il faut modifier cette couleur qui est trop violette. C'est dans ce but que l'on emploie le sumac, le bois jaune et la gaude qui, indépendamment de la matière astringente, qu'ils peuvent contenir dans une plus ou moins grande proportion, et qui produit du noir avec le sel de fer, donnent une matière jaune qui détruit la couleur violette du noir.
Pour conserver au noir sa stabilité et empêcher que la destruction des acides organiques qui le constituent ne lui fasse prendre une teinte rousse due à l'oxyde de fer mis en liberté, on lui donne avant la teinture en noir un pied de bleu de cuve, dont la couleur neutralise l'orangé de l'oxyde de fer.
Enfin l'emploi du sulfate de cuivre et du campêche qui, comme nous l'avons vu aux bleus remontés, donnent une couleur bleue, produit le même résultat que l'indigo.
Il est probable que la crème de tartre, que l'on emploie dans la composition du noir, change une partie du sulfate de fer en tartrate, qui est plus facilement décomposable par les acides organiques de la noix de galle et des matières astringentes que ne le serait le sulfate de fer lui-même.Dans chaque atelier de teinture, on a une forme dite au noir, qui sert à rabattre les couleurs et à faire des gris. Elle est ainsi montée. Dans une feuillette on met :
Sulfate de fer 2 kilogrammes.
0n verse sur ce sel un bain qui a bouilli deux ou trois heures avec:
Campêche 15 kilogrammes.
Sumac 4
Noix de galle 5
On brasse le mélange, le sulfate de fer se dissout et produit le gallate de fer. On agite pendant deux ou trois jours, puis on laisse déposer.
Les gris se font en alunant la laine préparée au carbonate de soude.
Il est bon de mettre une moindre proportion de tartre, un seizième environ, puis, après le lavage, on piète de bleu avec le carmin d'indigo, on rince le tissu; on fait un nouveau bain dans lequel on verse un cassin (vase contenant environ 2 kilogrammes) de tonne au noir, et on lisse la laine à 75°. Si le gris devait être jaunâtre, on pourrait ajouter un peu de décoction de gaude ou de garance, mais cette dernière substance lui enlève de la légèreté ; la cochenille donnerait du rouge : on voit que l'on pourra à volonté obtenir des gris rougeâtres, jaunâtres, ou bleuâtres, et les foncer plus ou moins, suivant la quantité de bruniture que l'on ajoutera au bain.
Pour obtenir des gris clairs sur coton, il est indispensable d'ajouter de l'acétate d'alumine qui a pour but de donner une teinte violacée ; il est bon aussi de se servir d'acétate de fer au lieu de pyrolignite.
On fait encore sur coton de beaux fonds pour la teinture, qui sont :1e chamois, le vert-mer, le rouille et le bistre.
Ces couleurs sont dues à la fixation des oxydes métalliques, tels que l'oxyde de chrôme,1'oxyde de fer et l'oxyde de manganèse.