Le Testament et le Bréviaire de Nicolas Flamel





vu le 22 septembre 2002


Préambule

Ce traité a été rédigé en France vers la fin de 1750 et édité à Londres en 1806 [J et E. Hodson]. Il est mentionné dans la bibliographie de Borel sur l'alchimie.

« Le document initial a été écrit par la main de Nicolas Flamel dans un alphabet codé se composant de 96 lettres. Il a été écrit dans le secret et était uniquement destiné à son neveu. Un écrivain parisien nommée Père Pernetti et Monsieur de Saint Marc purent finalement déchiffrer le code en 1758. »

Nous ne disposons pas d'autre élément sur ce Testament. Toutefois, il semble qu'il fasse partie du Bréviaire [cf. http://www.terravista.pt/mussulo/2005/eagles_e.htm]. Effectivement, lorsqu'on examine le Bréviaire, il ne fait aucun doute que les textes sont identiques, à ceci près que la traduction du texte anglas est moderne. Nous donnons ici les deux versions. Seule la version traduite de l'anglais a été analysée. Une partie de Théorie n'est pas présente dans le Testament. Ainsi, le Testament du pseudo Flamel n'est autre qu'une partie importante de la Pratique du Bréviaire. Manquent dans le Testament les chapitres suivants du Bréviaire : Du Levain - Pour avoir les fruits du printemps en hiver - Manière d'user de la Médecine - Comment se fait la poudre de projection avec l'Elixir -. Pourquoi ces chapitres-là n'ont-ils pas été inclus dans le Testament, voilà ce qu'on aimerait savoir... Le chapitre du Levain présente un intérêt indiscutable ; les autres chapitres sont des classiques de l'alchimie chimérique.

En définitive, nous ne sommes sûrs que d'une chose : le Testament de Flamel n'a pas été écrit par Nicolas Flamel ; comme tous les ouvrages qui lui sont attribués, il s'agit d'un écrit pseudépigraphe qui est une version allégée du Bréviaire, ouvrage plus connu. Ce traité est intéressant et présente de nombreux points de symbolisme de façon assez synthétique, alors qu'on les trouve réunis de façon éparse dans nombre de traités. Il semblerait que le Testament soit de la plume de l'alchimiste Denis Molinier, de Cordes. On trouve, en effet, une Alchimie de Flamel, dans un mss, qui reproduit la Théorie du Bréviaire.


FIGURE I
(deuxième page du mss de l'Alchimie de Flamel, cf. infra, Pratique)

Ce mss peut être trouvé sous la côte : 2068 à Paris [Bibliothèque Nationale] MS. Français 14765 [Supp. Fr. 680] 395 pages. 230 x 200 mm. XVIIIe siècle.

Habraham, juif, prince, prêtre, lévite, astrologue et philosophe, à la nation des Juif, répandue dans toute la Gaule, salut en nôtre Seigneur. Livre des figures hiéroglifiques, avec l'explication des fables des poètes, des mistères du Christianisme, de l'alchimie de la pharmasie, suivant les nombres. - p204 Alchimie de Flamel, écritte en chiffres, en 12 clefs, par Denis Molinier, chevalier de l'Ordre royal et militaire de Christ.

Il se trouve que le texte de l'Alchimie de Flamel a été réédité voici quelques temps par les soins de Fabrice Bardeau. Le recueil daterait des années 1772-1773 et, nous le répétons,  ce texte reproduit au mot près le Bréviaire [Avant-propos - Théorie - Théorie de Flamel]. Or, Fabrice Bardeau ne dit nulle part dans sa préface, que ce texte de Denis Molinier n'est autre qu'une partie de celui du Bréviaire. Si nous interrogeons les principales sources bibliographiques, voici ce que nous pouvons établir :
 

1)- extrait de l'Alchimie et les Alchimistes, Louis Figuier, Paris, Hachette, 1880 :
Les dernières années de la vie de Flamel furent consacrées à la composition de divers ouvrages hermétiques, au moyen desquels il se flattait de répandre dans le public l'opinion, qui a d'ailleurs complètement prévalu, du haut degré de ses connaissances dans la science hermétique. En 1399, il rédige, dit-on, pour la première fois, l'Explication des figures hiéroglyphiques, livre qu'il complétera en 1413, l'année même de la mort de Pernelle. En 1409, il compose en vers son Sommaire philosophique, qui a été réimprimé en 1735 dans le troisième volume du Roman de la Rose. On ignore en quelle année ont été composés le Désir désiré et le Traité des Lavures. Arrêtons-nous un instant sur ce dernier ouvrage. Nous avons déjà cité les premières lignes de ce manuscrit, qui débute ainsi : « Cy commence la vraie pratique de la noble science d'alkymie ; » et qui continue par ce sous-titre : Le Désir désiré et le prix que nul ne peut priser, de tous les philosophes composé, et des livres des anciens pris et tirés, etc. C'est ce passage du manuscrit des Lavures, écrit tout entier de la main de Flamel, qui a paru renfermer en abrégé les titres ou désignations des autres livres composés par lui ou publiés sous son nom à diverses époques.
Hâtons-nous de le dire, la plupart des ouvrages dont nous venons de citer les titres sont apocryphes ; seulement on y trouve beaucoup de faits vrais concernant Flamel. Pour les auteurs de ces livres, c'était là une condition du succès qui n'a pas dû être plus négligée qu'elle ne l'est dans divers mémoires pseudonymes de notre époque, lesquels, remplis de faits irrécusables, ne pèchent souvent que par l'authenticité. C'est ainsi que le Livre des figures hiéroglyphiques est généralement regardé comme l'œuvre propre du traducteur P. Arnauld, car le latin, d'où il prétend l'avoir traduit, n'a été vu nulle part. Cependant, quand on trouve dans ce livre une traduction si fidèle et une si laborieuse explication des figures que Flamel fit peindre ou sculpter sur la quatrième arche du charnier des Innocents, il est impossible de le considérer comme absolument faux dans tout le reste, et notamment dans ce qu'il rapporte des travaux et de la vie intérieure des deux époux. L'ouvrage du P. Arnauld est sans doute la paraphrase d'un manuscrit perdu de Nicolas Flamel.


FIGURE II
(quatrième arche du charnier des Innocents - cliquez pour agrandir)




2)- extrait de l'Histoire de la Chimie de Ferdinand Hoefer, Paris, Hachette, 1842

[...] Les autres ouvrages attribués à Nic. Flamel sont le Désir désiré [ou Thrésor de la philosophie de Nic. Flamel, dit autrement le Livre des six paroles, etc., Paris, 1629, 8 - Bibliothèque des Philosophes chimiques, nouv. édit., t. II], le Sommaire Philosophique [Bibl. Manget, t. II - Musaeum hermeticum, etc., n. v. Bibl. des phil. chim., t. II] et la Musique chimique [Lenglet-Dufresnoy, t. III]. Quant aux commentaires sur les oeuvres de Zaccharias, il est chronologiquement impossible que Flamel en soit l'auteur. A ces ouvrages qui ont tous été imprimés dans la Collection de Manget ou dans la Bibliothèque des philosophes chimiques, j'en joindrai un autre qui se trouve dans les collections des manusrits français de la Bibliothèque royale, et qui, autant que je sache, n'a pas encore été imprimé. Le manuscrit n° 1942 du fonds de Saint-Germain [ce ms. in-4°, sur papier, appartenait autrefois au duc de Coislin, évêque de Metz, qui le légua en 1732 à l'abbaye de Saint-Germain. - Je me suis assuré que cet ouvrage n'est point le Désir Désiré de N. Flamel, porté sous ce titre sur le catalogue et imprimé dans la bibl. des philosophes chimiques] commence : « le présent livre est le livre de Nicolas flamel, de sa façon et practique, lequel a esté tiré et coppié sur l'original escrit en parchemin de sa propre main, touchant la vraye science d'alchimie et médecine philosophique. » On y lit, fol. 2 verso, la définition suivante de l'alchimie : « Alchimie est une partie celée de philosophie naturelle la plus nécessaire, de laquelle est constitué un art, lequel est non pareil à tous autres, lequel art enseigne de muer toutes pierres précieuses non parfaites à vraye perfection, et tous cops humains malades à moult noble santé, et transmuer tous les corps de métaux en vray soleil et vraye lune par un corps médicinal universel, auquel toutes les particularités de médecine sont réduittes, lequel est accomply et faict mnauellement par un secret régime révélé aux enfans de vérité par un moyen de chaleur. » Le reste de l'oeuvrage renferme un exposé général des diverses opérations alchimiques, dont la reproduction n'offrirait ici aucun intérêt. Enfin, il termine par la manière de faire la projection de l'élixir. « C'est chose grande que de fondre mille milliers de parties ensemble; et pour ce, quand vous ferez la projection, vous la ferez en cette manière. Prenez cent parties de mercure lavé, et le mettez en un creuset sur le feu; et quand il commencera à bouillir, mettez une partie de votre élixir, appareillé comme dessus est dit, sur lesdites cent parties de mercure lavé, c'est à savoir du mercure du corps tiré, lavé, rectifié et gardé, et tout se fera médecine sur autre mercure lavé; puis jettez une partie de cette médecine congelée sur cent parties d'autre mercure lavé, c'est-à-savoir du corps tiré que dessus en un creuset bouillant sur le feu; puis jettez une partie de cette médecine dernière congelée sur cent parties de mercure lavé, et il sera tout or ou argent très bon à toute épreuve, selon que le premier élixir sera rouge ou blanc. Et en cecy est accompli le secret très précieux qui est en ce monde-cy, le plus grand secret et le trésor de tous les philosophes. Signé Nicolas flamel, écrivain, qui fut jadis de la paroisse de Saint-Jacques la Boucherie, à Paris [Ce ms. se trouve reproduit avec quelques changements dans les n° 1637 et 1960 du fonds de Saint-Germain].

Il n'est nulle part question de Bréviaire ou de Testament... Dans ses Symboles alchimiques, Albert Poisson ne cite que trois ouvrages : le Livre des Figures Hiéroglyphiques, le Sommaire et le Livre de Flamel.

Notes : les figures reproduisent les pages de l'Alchimie de Flamel de Denis Molinier ; à chaque fois, nous indiquons par un lien la correspondance entre le Bréviaire et le haut de chaque page.


Le Testament

1. Moi Nicholas Flamel, écrivain à Paris, en l'année 1414, sous le règne de notre bon prince Charles VI, que Dieu  le préserve ; et après la mort de ma fidèle compagne Perenelle, je suis saisi du désir et du plaisir, dans le remembrance d'icelle, et en votre nom, cher neveu, d'écrire le magistère entier du secret de la poudre de la projection, ou de la teinture philosophique, que Dieu a bien voulu donner à son très insignifiant serviteur, et que j'ai découvert, comme vous le découvrirez également en travaillant comme je vous le déclarerai.

2. Et pour cette raison n'oubliez pas de prier à Dieu pour qu’il vous accorde la compréhension de la raison de la vérité de la nature, comme vous le verrez en ce livre, où j'ai écrit les secrets mots pour mots, feuille par la feuille, et aussi comment j'ai fait, et travaillé avec votre chère tante Perenelle, que je regrette beaucoup.

3. Prenez soin avant que de travailler, de rechercher la bonne voie en tant qu'homme de savoir. La raison de la nature est le Mercure, le Soleil et la Lune, comme j'ai dit en mon livre, en lequel sont ces figures que vous verrez sous les voûtes des innocents à Paris. [il s'agit du livre des Figures Hiéroglyphiques, précédées du Livre d'Abraham Juif, invention probable du pseudo Flamel. Nicolas Flamel n'a, en effet, pas écrit une seule ligne d'alchimie de sa vie...]1 Mais j'ai erré considérablement durant 23 ans et demie, en travaillant sans pouvoir marier la Lune, qui est l’Argent-Vif, [sur le symbolisme complexe de la Lune, cf. le Tarot alchimique - l'Atalanta fugiens - l'humide radical métallique]2 au Soleil, et à extraire d'eux l’excrément séminal, qui est un mortel poison [il s'agit du principe Soufre qui est comme le levin qui fait lever la pâte de froment, cf. Chevreul]3 ; car j’étais alors ignorant de l'agent ou du médiateur, permettant d'enrichir le Mercure : car sans cet agent, le Mercure est semblable à l'eau commune. [il s'agit de l'agent minéralisateur : le Mercure est en effet une eau salée minérale]4

4. Sachez-donc de quelle façon le Mercure doit être enrichi par un agent métallique, sans lequel il peut ne jamais pénétrer dans le ventre du Soleil et de la Lune ; après quoi il doit être durci, ce qui ne peut être effectué sans l’esprit sulfureux de l’Or ou l'Argent. Vous devez donc d'abord les ouvrir avec un agent métallique, c'est-à-dire avec la Saturnie royale, [il s'agit du premier Mercure, assimilé au dragon écailleux ; ce n'est donc pas la prima materia...Le Bréviaire indique la saturnie régale qu'il ne faut pas confondre, bien sûr, avec l'eau régale qui n'est pas celle des alchimistes]5 puis ensuite vous devez aiguiser le Mercure par des moyens philosophiques, afin que vous puissiez par après avec ce Mercure dissoudre en liqueur l’Or et la Lune, et tirez de leur putréfaction l’excrément générateur. [ce qui veut dire réincruder le principe générateur]6

5. Et sachez, qu’il n’est point d’autre voie, ni manière de travailler dans cet art, que ce que je donne mot pour le mot ; une opération qui n’est pas du tout difficile à exécuter, à moins qu'on ne l’enseigne comme je le fais maintenant, mais qui au contraire est très difficile découvrir.

6. Tenez pour immuable, que l'industrie philosophique en totalité consiste en la préparation du mercure des sages, [le Mercure philosophique, lorsque les colombes de Diane ont calmé la ponticité du premier Mercure, cf. Philalèthe]7 car il est tout ce que nous recherchons, et ce qu'on toujours recherché les anciens sages ; et nous, pas plus qu'eux, n'avons rien fait sans ce mercure, préparé avec le Soleil ou la Lune : Car sans ces trois, il n'y a rien dans le monde entier capable d'accomplir ladite teinture philosophique et médicinale. Il est donc essentiel que nous apprenions à en extraire la graine vivante et spirituelle.

7. Ne cherchez donc rien d’autre que le Soleil, la Lune et le Mercure préparé par l’industrie philosophique, qui mouille pas les mains, mais le métal, et qui a en soi une âme sulfureuse métallique, à savoir, la lumière ignée du soufre [c'est ce que l'on appelle aussi l'humide radical métallique des métaux]8. Et pour que vous ne puissiez pas vous écarter du droit chemin, appliquez-vous aux métaux ; car le soufre susmentionné est trouvé en tous ; mais vous le trouverez facilement, et même presque semblable à l'Or, dans la caverne et les profondeurs de Mars, qui est fer, et de Vénus, qui est le cuivre, presque autant dans l’un que dans l'autre [il faut avoir en vue non pas tant les hiéroglyphes des métaux, que plutôt leurs correspondants zodiacaux, qu'ils gouvernent : Bélier - dans lequel le Soleil est exalté - et Taureau - dans lequel la Lune est exaltée - on n'oberve point ici de correspondance avec le Bréviaire où cette partie manque ; l'autre expression employée est « ventre d'Ariès »  - cf. Nouvelle Lumière Chymique - pour désigner les profondeurs de Mars : il s'agit de l'Acier des Sages d'après Pernety. Fulcanelli évoque ce corps dans Myst., p. 118]9 ; et même si vous y prêtez l'attention, ce soufre a la puissance de teindre la Lune humide et froide, qui est l’argent fin, en bon Soleil jaune et pur ; mais ceci doit être fait par un intermédiaire spirituel, à savoir la clé qui ouvre tous les métaux, que je vais vous faire connaître. Apprenez donc, que parmi les minéraux il en est un qui est un voleur, et les dévore tous, excepté le Soleil et la Lune, ce qui rend ce voleur très bon ; car quand il les a en son ventre, il est bon pour préparer le mercure, comme je vais vous le faire maintenant savoir. [ce voleur, que Philalèthe appelle larron, n'est autre que le premier Mercure dont le pseudo flamel a parlé supra. Le Bréviaire s'avère ici plus prolixe que le Testament]10

8. Par conséquent ne vous écartez point du droit chemin, mais croyez mes paroles, et adonnez-vous à la pratique, que je vais vous révéler au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit [cette partie correspond au début de la Pratique du Bréviaire]11.

La Pratique.

9. Prenez en premier lieu l'enfant le plus âgé ou premier-né de Saturne, non pas le vulgaire, 9 parts [il s'agit de Neptune dont le nom peut signifier « maître, époux de la terre ». Voilà qui permet aisément de comprendre en quoi il possède le pouvoir d'ébranler la terre, les rochers des côtes ou de faire jaillir des sources. On dit aussi qu'il engendra Pégase, ce qui en ferait alors l'équivalent de la Gorgone dont il serait une sorte de double...  ]12 ; du sabre chalybé du Dieu de la guerre, 4 parts [le principe soufré]. Mettez ce dernier en un creuset, et quand il vient à une rougeur de fonte, jeter dedans les 9 parties de Saturne, et immédiatement il rougira et fondra l'autre. Nettoyez soigneusement les ordures qui montent à la surface de la Saturnie, avec du salpêtre et du tartre, quatre ou cinq fois. [cette opération va former du foie de soufre, c'est-à-dire du polysulfure de potassium, cf. tartre vitriolé -]13 L'exécution sera correctement faite quand vous verrez sur la matière un signe astral en forme d’étoile. [de là ont découlé de multiples méprises, car on a cru que ce signe étoilé était le régule de l'antimoine - en tout cas, il ne s'agit pas de l'antimoine vulgaire]14

10. Alors est fait la clé [principe mercuriel ; notez qu'il est difficile de donner une correspondance bien définie à la clé ou au coutelas qui représentent une seule et même substance prise dans un état différent, selon l'époque de l'oeuvre et la température ]15 et le sabre [principe soufré ; c'est la matière de la Pierre à proprement parler : le sabre chalybé est l'état du Soufre sublimé dans le Mercure, c'est-à-dire dans le dissolvant ou eau pontique ; c'est l'incarnation de la séparation initiale ; c'est encore l'égal du Sal Harmoniacum des vieux auteurs. Enfin, c'est la matière dont Alexandre Sethon dit qu'elle peut être trouvée dans le ventre d'Aries : il veut parler du Chalybs magnétique qui permet d'extraire la semence de l'or, c'est-à-dire le Soufre rouge ou teinture. La clef et le coutelas ou sabre semblent confondus dans le texte du Bréviaire]16, qui ouvre et coupe à travers tous les métaux, mais principalement le Soleil, la Lune et Vénus, qu'elle mange, dévore et garde dans son ventre, et par ce moyen votre art sera dans le droit chemin si vous avez opéré correctement. Car cette Saturnie est l'herbe royale triomphante, parce que c'est un petit roi imparfait, que nous élevons par un artifice philosophique au plus grand degré gloire et honneur. [il s'agit de l'homme double igné de Basile Valentin, de l'Airain qui doit venir au stade de Rebis puis qui doit prendre l'aspect des deux serpents du caducée d'Hermès avant le retour des cendres, marqué par la renaissance du phénix]17 C'est également la reine, c'est-à-dire la Lune et l'épouse du Soleil : c'est donc à la fois le mâle et la femelle, et notre mercure hermaphrodite. Ce mercure ou Saturnie est représenté dans les sept premières pages du livre d'Abraham le juif, par deux serpent enlaçant une tige d'or. [ces serpents sont évoqués plus haut dans le texte du Bréviaire, peu après la note 9]18 Faites attention de préparer une quantité suffisante d'icelle, car il en est besoin de beaucoup, c'est-à-dire environ 12 ou 13 livres, ou même de plus, selon que vous souhaitez travailler à une grande ou petite échelle.

11. Mariez donc le jeune dieu Mercure, c'est-à-dire le Vif Argent avec elle qui est le mercure philosophique, afin que par lui vous aiguisiez et fortifiez le susdit Vif Argent coulant, sept ou même dix ou onze fois avec ledit agent, qui s'appelle la clé, ou le sabre d’acier aiguisé, parce que il coupe, fauche et pénètre tous les corps des métaux. [il s'agit de la faucille de Cronos qu'on aperçoit sur une autre page du Livre d'Abraham Juif ; l'auteur joue ici sur le trompe-l'oeil que représente le Vif argent par rapport à la Saturnie qui désigne l'un des états du Mercure, au stade du dragon écailleux]19 Ainsi vous aurez l’eau double et triple représenté par le rosier dans le livre d'Abraham le juif,20 qui sort du pied d'un chêne, à savoir notre Saturnie, qui est la clé royale, et va se précipiter dans l'abîme, comme dit le même auteur, c'est-à-dire, dans le réceptacle, adapté au bec de la cornue, où le double mercure se jette de lui-même au moyen d'un feu approprié.

12. Mais vous trouverez des épines et les difficultés insurmontables, à moins que Dieu ne vous indique ce secret, ou qu’un maître vous l'accorde. Car mercure ne se marie point avec la Saturnie royale : il est essentiel de trouver un médiateur secret pour les unir : car à moins que vous ne connaissiez l'artifice par lequel cette union et paix sont effectuées entre ces Vif Argents susdit, vous ne ferrez rien de bon. [tous les bons textes parlent de cet artifice : c'est le lien du Mercure ou sel harmoniac des Sages ; comme l'a dit Berthelot dans sa Chimie des Anciens, il ne faut pas confondre le sel ammoniac des vieux auteurs avec notre chlorhydrate d'ammoniaque, car nous n'aurions que faire d'un sel volatile...]21 Je ne vous cacherais aucune chose, mon cher neveu ; je vous dis, donc, que sans le Soleil ou la Lune ce travail ne vous profitera en rien. Ainsi ce vieil homme ou loup vorace, [Saturne ou le Mercurius senex ; les alchimistes ont feint d'écrire qu'il s'agissait du loup des métaux vulgaire : l'antimoine]22 doit dévorer l’Or ou l’Argent en poids et mesure que je vais maintenant vous révéler. Écoutez donc mes paroles, afin que vous n’erriez point en cet œuvre comme je l’ai fait.  Je dis, donc, que vous devez donner l'or à manger à notre vieux dragon. Remarquez à comment vous devez opérer. Car si vous donnez trop peu d'or à la Saturnie fondue, l'Or est en effet ouvert, mais le Mercure ne le prendra pas ; et voici une incongruité, qui est pas du tout profitable. [c'est parler de mesure, et donc désigner la Justice et le signe de la Balance - cf. aussi le Tarot alchimique. C'est là l'une des grandes inconnues du problème : savoir concilier le poids de l'art et le poids de nature.]23 J'ai un longtemps et considérablement travaillé dans cette affliction, avant que j'aie découvert les moyens de réussir. Si donc vous lui donnez beaucoup d'Or à dévorer, l'Or en effet ne sera pas tellement ouvert ni ne sera pas bien disposé, mais alors il prendra le mercure, et ils se marieront tous deux. [l'auteur insiste sur le sens du mot chalybs : mors d'acier, encore appelé loup ou grappin ; c'est le moyen de contention du Mercure dont nous parlons et qui a grand rapport avec le sel d'Ammon]24 Ainsi le moyen vous est découvert. Cachez ce secret, parce qu’il est tout, et ni l'une ni l'autre confiance ni aux écrits, ou à n'importe quelle chose qui puisse être vue. Car nous deviendrions la cause de grands malheurs. Je vous le donne sous le sceau du secret et de votre conscience, pour l'amour que je vous porte.

13. Prenez alors dix onces du Soleil rouge, c'est-à-dire, très fin, neuf ou dix fois purifié par le moyen du loup vorace : deux onces d[e] Saturnie royale ; fondez la dans un creuset, et quand elle est fondue, jetez dedans les dix onces d'Or fin ; fondez les deux ensemble, et remuez-les avec un charbon de bois allumé. Alors votre Or sera un peu ouvert. Versez-le sur le marbre ou dans un mortier de fer, et mettez-le en poudre, et broyez-le avec trois livres d’Argent Vif [par « broyez-le », il faut entendre « fondez-le » par le feu philosophique]25. Faites qu’il coagule comme le fromage, en le travaillant et le broyant d’avant en arrière [Fulcanelli nous a déjà dit que le tour de main consistait à obtenir come du lait caillé et qu'il fallait prendre la barate pour exemple ]26 : lavez cet amalgame avec de l'eau commune pure, jusqu'à ce qu'elle en sorte claire, et que toute la masse apparaisse blanche et claire comme de la Lune fine. Quand la masse est molle au touché comme du beurre, la conjonction de l'Or avec la royale Saturnie dorée est alors faite. [plusieurs auteurs parlent de cette masse butireuse ; on y a vu du beurre d'antimoine - protochlorure d'antimoine - ; d'autres, Tripied en particluier, y ont vu la préparation de l'Acier des Sages : de la terre de Chio ou de Samos à l'état de pureté. D'autres encore y ont vu l'Archée céleste, le Crachat de Lune ou de la Graisse de rosée. Tous n'ont fait, finalement, que nommer la même matière, connue de tous sous le nom de « rosée de mai ». Hermès l'a appelée la terre des feuilles, celle sur laquelle on applique - par l'archange Gabriel - le premier agent. C'est notre oleum mercuri. Il a été comparé au Nitre philosophique. Il est connu, également, comme Kibrich ou Zubteh qu'on donne, d'ailleurs, pour Zub ou Zubd. C'est le glaive miellé que l'on aperçoit sur l'un des caissons de la galerie alchimique du château de Dampierre-sur-Boutonne.]27

14. Prenez cette masse, que vous sécherez doucement et avec grand soin, avec un tissu ou linge fin et sec : c'est notre plomb, et notre masse du Soleil et de la Lune, non vulgaire, mais le philosophique. [cette matière est appelée le Plomb des Sages ; certains auteurs assurent qu'elle présente une apparence spongieuse]28 Mettez-le en une bonne cornue faite de terre à creuset, ou mieux encore une cornue d'acier. Placez la cornue dans un four, et adaptez-y un récipient : donnez le feu par des degrés. Deux heures après, augmentez votre feu afin que le Mercure puisse passer dans le récipient, ce Mercure est l'eau du rosier en fleur ; c'est également le sang des innocents massacrés29 dans le livre d'Abraham le juif. Vous pouvez maintenant supposer que ce Mercure a mangé un peu du corps du roi, et qu'il aura beaucoup plus de force pour en dissoudre l'autre partie par après, étant davantage pénétré par le corps de la Saturnie. Vous avez maintenant monté un degré ou étape de l'échelle de l'art. [c'est l'état du Mercure animé qui est décrit ici, c'est-à-dire du Mercure philosophique, à ne pas confondre avec le Mercure des Philosophes]30

15. Enlevez les fèces hors de la cornue ; fondez-les dans un creuset à un feu fort : mettez dedans quatre onces du Saturnie, et neuf onces de Soleil. Alors le soleil est augmenté dans lesdits résidus, et beaucoup plus ouvert que la première fois, car le Mercure a plus de vigueur qu'avant, il aura la force et la vertu de pénétrer l'Or, et d’en manger plus, et d’en remplir son ventre par des degrés. Opérez donc comme la première fois ; mariez le Mercure susdit, plus fort d’un degré avec cette nouvelle masse en broyant le tout ensemble [il semble s'agir ici des fameuses sublimations philosophiques, autrement appelées Aigles de Philalèthe ou Laveures de Flamel. Le Bréviaire dit qu'il faut d'abord faire sortir de la retorete toutes les « fumées saturniennes, alors que le Testament prescrit au contraire d'en rajouter aussitôt ]31 ; ils se coaguleront comme le beurre ou le fromage ; lavez-et rectifiez-les plusieurs fois, jusqu'à ce que sorte toute la noirceur : séchez comme dit ci-devant ; mettez le tout dans la retorte, et opérez comme vous avez déjà fait, en donnant pendant deux heures, un feu faible, et puis suffisamment fort, pour chasser, et pour faire tomber le mercure dans le récipient ; ainsi vous aurez le Mercure encore plus aiguisé, et vous aurez gravi le deuxième degré de l'échelle philosophique. [c'est là que l'Artiste voit, par l'entendement, les couleurs classiques qui répondent aux régimes planétaires de Philalèthe et de Cyliani ; l'opération dont il est question ressemble là encore fortement aux Aigles de Philalèthe]32

16. Répétez le même travail, en projetant dans la Saturnie en dû poids, c'est-à-dire, par des degrés, et opérez comme avant, jusqu'à ce que vous ayez atteint le 10ème  degré de l'échelle des philosophes ; alors reposez-vous. Car ledit Mercure est igné, aiguisé, complètement engrossé et plein du soufre mâle, et enrichi avec du jus astral qui était dans les entrailles profondes de l'Or et de notre dragon Saturnien. [on doit se placer ici au signe du Verseau et on peut conjecturer que les opérations précédentes ont traversé le signe de la Balance et de la Vierge, cf. zodiaque alchimique et notre schéma des opérations de ce zodiaque]33 Soyez assuré que je vous écris maintenant les choses qu’aucun philosophe n’a jamais déclaré ou écrit. Car ce Mercure est le caducée merveilleux, dont les sages tellement ont parlé en leurs livres, et dont ils certifient qu’il a en lui-même la puissance d'accomplir le travail philosophique, et ils disent la vérité, comme je l’ai  fait moi-même par lui seul, et comme vous pourrez le faire vous-même, si votre art vous y dispose : car lui et rien d’autre qui est la matière prochaine et la racine de tous les métaux. [l'Artiste a préparé son eau permanente ; c'est maintenant le temps du travail de la fileuse - cf. planche XIV du Mutus Liber -  ou du jeu d'enfants]34

17. Maintenant est faite et accomplie la préparation du Mercure, rendu aiguisé et propre à dissoudre en sa nature l’Or et l’Argent, pour naturellement et simplement élaborer la teinture philosophique, ou la poudre transmutant tous les métaux en Or ou Argent. [Et c'est là où se séparent, en un divorce radical, l'alchimie chimérique de l'alchimie positive ; car cette poudre n'est jamais que les cendres métalliques ou bouton de retour d'Eugène Canseliet - cf. l'Alchimie expliquée sur ses Textes classiques - qui forme cet objet spirituel fort bien décrit par Fulcanelli comme violet dans sa cassure]35

18. Certains croient qu'ils ont le magistère en entier, quand ils ont préparé le Mercure céleste ; mais ils se sont grossièrement trompés. Et c’est à cause de ceci qu'ils trouvent des épines avant qu'ils n’effeuillent la rose, par manque de compréhension. Il est vrai en effet, que s’ils comprenaient le poids, le régime du feu, et la voie appropriée, ils n'auraient pas beaucoup à faire, et ne pourraient échouer même s’ils le voulaient. [on aura remarqué que certaines des opérations décrites se passent d'abord par la voie humide : elles prennent place au 2ème oeuvre, dans la préparation du Mercure. Les autres opérations se passent par la voie sèche, dans laquelle, la complication est que l'on doit distinguer une phase humide - celle où la Lune brille en plein - puis une phase d'assation, qui débute au signe du Sagittaire, pour aller au Scorpion, et finir dans le signe des Poissons. Cf. zodiaque alchimique et Atalanta fugiens]36 Mais dans cet art il y a une manière de travailler. Apprenez donc et observez bien comment opérer, de la manière que je suis sur le point de vous enseigner.

19. Au nom de Dieu, vous prendrez de ce Mercure animé la quantité qui vous plaira ; vous le mettrez seul dans un vaisseau de verre ; ou deux ou quatre parts de Mercure avec deux parts de Saturnie dorée ; c'est-à-dire, une du Soleil et deux de Saturnie ; le tout finement uni comme le beurre, et lavé, nettoyé et sec ; et vous lutterez le vaisseau avec le lut de sapience. [ce n'est pas un lut ordinaire duquel on enduit une cornue et son appareil ; le Lut de Sapience s'apparente plutôt à la digamma de Salomon. On peut en voir un exemple dans le Filet d'Ariadne de Batsdorff et une représentation formelle par la Justice, figure que l'on a examinée dans les sections : Gardes du Corps ; Tarot alchimique ; Gobineau sur les médaillons de Notre-Dame]37 Placez-le dans un four sur les cendres chaudes au degré de la chaleur d'une poule qui couve. Laissez ce [le]dit mercure ainsi préparé monter et descendre pendant l'espace de 40 ou 50 jours, jusqu'à ce que vous voyez se former dans le vaisseau un soufre blanc ou rouge, appelé le sublimé philosophique, qui sort des reins dudit mercure. Vous collecterez alors ce soufre avec une plume : c'est le Soleil vivant et la Lune vivante, que le Mercure engendre hors de lui-même.

20. Prenez ce soufre blanc ou rouge, triturez-le dans un mortier de verre ou de marbre, et versez sur lui, en fines gouttes, la troisième partie de son poids de Mercure duquel ce soufre a été tiré. Faites de ces deux une pâte semblable au beurre : mettez encore ce mélange dans un verre ovale ; placez-le dans un four sur un feu approprié de cendres, doux, et disposé avec industrie philosophique. [il s'agit là d'un langage de cabale ; ce verre ovale ne peut être que l'Oeuf philosophal, c'est-à-dire le vase de nature ; l'auteur,en nous disant de pratiquer des triturations, veut nous signifier qu'il faut faire fondre ce soufre avec du verre ou de l'albâtre des Sages, c'est-à-dire de l'antimoine philosophique... Fulcanelli a décrit cette opération lorsqu'il a examiné la cheminée du château de Fontenay-Le-Comte. A partir de là, le chapitre du Bréviaire s'appelle Tour de roue]38 Cuisez jusqu'à ce que ledit Mercure soit changé en soufre, et pendant cette coction, vous verrez des choses merveilleuses dans le vaisseau, c'est-à-dire, toutes les couleurs qui existent dans le monde, ce que vous ne pourrez pas voir sans élever votre cœur vers Dieu en gratitude pour si grand un cadeau.

21. Quand vous aurez atteint le rouge pourpre, vous devez le recueillir : car alors la poudre alchimique est faite, transmutant tout métal en Or pur et fin et net, que vous pouvez multiplier [à] en l'arrosant comme vous l’avez déjà fait, le broyant avec du mercure frais, le cuisant dans le même vaisseau, four et feu, et le temps sera beaucoup plus court, et sa vertu dix fois plus forte. [cette partie est évidemment entièrement chimérique, sauf à y voir un agent enzymatique, une sorte de levain qui ferait fermenter l'or alchimique : c'est ainsi que l'interprète Chevreul dans ses études sur l'alchimie, cf. Chevreul -]39

22. Ceci est alors le magistère entier fait avec le mercure seul, que certains ne tiennent pas pour être vrai, parce qu'ils sont faibles et stupides, et incapables [de] comprendre ce travail.

23. Désireriez-vous opérer d'une autre manière, prenez fin Soleil en poudre fine ou en des feuilles très minces : faites avec une pâte avec sept parts de Mercure philosophique, qui est notre Lune : mettez tou[s] les deux dans un vaisseau de verre ovale bien luté ; placez-le dans un four ; donnez un feu très fort, c'est-à-dire, comme pour maintenir le plomb en fusion, car alors vous avez découvert le régime vrai du feu ; et laissez votre Mercure, qui est le vent philosophique, monter et descendre sur le corps de l'Or, qu'il mange par degrés, et porte dans son ventre. [allusion à la Table d'Emeraude ; on voit que la manière de cuire la matière tient de la voie sèche]40 Cuisez-le jusqu'à ce que l'Or et le Mercure ne montent plus, ni ne descendent, mais que tous deux demeurent en paix, ainsi la paix et l'union sera faite entre les deux dragons, qui sont tous deux feu et eau[x]. [on retrouve ici la devise « Solve et Coagula » des vieux auteurs]41

24. Alors quand vous verrez dans le vaisseau une grande noirceur comme celle de la poix fondue, qui est le signe de la mort et de la putréfaction de l'Or, et la clé du magistère entier, faites-le alors ressusciter en le cuisant, et ne soyez pas las de le cuire : durant cette période divers changements interviendront ; c'est-à-dire, la matière passera par toutes les couleurs, noir, couleur de cendre, bleu, vert, blanc, orange, et finalement rouge aussi rouge que le sang ou le pavot cramoisi : recherche seulement à cette dernière couleur ; car elle est le soufre véritable, et la poudre alchimique. Je ne donne pas de précision quand au temps ; car il dépend de l'habileté de l'artiste ; mais vous ne pouvez faillir, en travaillant comme je vous l’ai enseigner. [cette phase de putréfaction se rapporte à des substances qui sont disposées en matière de chaux, minérale et métallique ; la couleur bleu-violet se rapporte à la conjonction des matières ; les couleurs suivantes caractérisent l'évolution du Compost, mixte formé du Rebis et du Mercure ; la dernière couleur est citée par la plupart des auteurs, que certains désignent comme le rouge-rubis]42

25. Si vous désirez multiplier votre poudre, prenez-en une part, et arrosez-la avec deux parts de votre mercure animé ; mettez le tout en pâte molle et onctueuse ; mettez-la dans un vaisseau comme vous avez déjà fait, dans le mêmes four et avec le même feu, et cuisez-la. Ce deuxième tour de roue philosophique [c'est peut-être une allusion au feue de roue ; rien de précis ne peut être dégagé de cette paraphrase ; le chapitre du Bréviaire se nomme ici Multiplication]43 sera fait dans moins de temps que le premier, et votre poudre aura dix fois plus de force. Si vous refaites cette roue de nouveau elle sera mille fois plus puissante, et ainsi de suite autant que vous voulez. Vous aurez alors un trésor sans prix, supérieur à tous ce qu’il y a dans le monde, et vous ne pouvez désirer rien de plus ici bas, car vous avez la santé et la richesse, si vous en usez correctement.

26. Vous avez maintenant le trésor de toute la félicité du monde, que moi pauvre ère de la campagne de Pontoise ai accompli trois fois à Paris, dans ma maison, dans la rue des Ecrivains, près de la chapelle de la rue Jacques de la Boucherie, et que moi Flamel vous donnent, pour l'amour que je vous porte, à l'honneur de Dieu, pour sa gloire, pour la gloire du Père, du Fils, et de l'Esprit Saint. Amen. [cf. les Figures Hiéroglyphiques ; le Désir désiré ; le Sommaire]44


LE BRÉVIÈRE

Nicolas Flamel





Au nom de Dieu soit fait Amen. Le premier pas dans la Sagesse est la crainte de Dieu.

Avant-Propos. Théorie.

Je Nicolas Flamel Ecrivain de Paris cette année de 1414 du règne de notre prince benoiste Charles VI lequel Dieu veuille bénir et après la mort de ma fidèle compagne Perrenelle, il me prend fantaisie et liesse en me recordant d'elle, d'écrire en grâce de toi, cher neveu, toute la maîtrise du secret de la Poudre de Projection ou Teinture Philosophale que Dieu a pris vouloir de départir à son chétif serviteur, qu'ai repéré comme repèreras en œuvrant comme te dirai. Suis donc de droit engin et entendement les sermons des Philosophes écrivant du secret, mais ne prends leurs dires comme disent car ne te feraient profit, ains que veulent être entendus selon Nature. C'est pourquoi n'oublie mie de prier Dieu, que te baille entendement de raison, de vérité et de nature, que verras en, icelui livre, où est écrit le secret de mot à mot et feuillet par feuillet, et ainsi comme j'ai fait et œuvré avec ta chère tante Perrenelle que je regrette moult grandement. Adonc ai mis la maîtrise en cetui livre afin que ne t'oublie mie du haut bien que Dieu t'accorde et qu'il te seconde. C'est afin que te recordes en souvenance d'icelui de chanter et psalmodier ses louanges et ne peut être plus idoine à placer un si beau fait si ce n'est parmi des chants très hauts ; adonc ai écrit cedit livre de ma propre main et que avais destiné à l'église Saint-Jacques étant de ladite paroisse après que j'eus recouvré ledit livre du Juif Abraham, ne me prit vouloir de le vendre pour argent et ai icelui gardé moult avec cure pour en lui écrire ledit secret d'alchimie en lettres et caractères de ma fantaisie dont te baille la clé. Aye donc cure de le tenir secret et n'oublie mie de te tenir secret et d'avoir de moi souvenance quand je serai dans le suaire en remémoire adonc que t'ai fait tel document c'est a savoir afin que te fasse grand maître en alchimie philosophale car tel est mon plaisir mon vouloir soulas et ma fantaisie de te bailler ledit secret. Adonc fais comme ai fait et fais encore maintenant savoir que je suis avancé en âge décrépit c'est a savoir tout en l'honneur de Dieu de l'Eglise au secours des pauvres nécessiteux veuves et orphelins comme ai à cette heure que j'ai fondé rentes et hôpitaux et orné vingt-deux maisons de Dieu en piété et fidélité. Adonc écoute tes documents et mets au fond de ton cœur et ne te divertis du droit chemin de vérité. Adonc rends grâces a Dieu très bon qui t'a fait par moi impétrer telle maîtrise et n'oublie que te baille par clair sermon de mot à mot tout ce qu'avons œuvré Perrenelle et moi et que avons tant quéri par moult plus de vingt-trois ans en peine, sollicitude et laboeur et qu'avons finalement repéré maîtrise a maintes reprises comme t'avons montré et que promis avons te bailler avant ma mort pour souvenance de nous deux et quand tu seras proche de mourir fais mettre ce livre en tes cendres : c'est afin que le monde n'en fasse dommage et de quoi toi et moi serions noceux pour ce que tout ordre mondain serait à rien et cuiderait tout mondain être maître et serait tout perdu. Ainsi donc qu'amour de toi ne me fasse dommage envers Dieu. Adonc tiens secret telle maîtrise prie et invoque le Saint Esprit illuminant nos intentions et notre esprit et impétrons nos intentions et notre esprit par tel chemin l'engin d'œuvrer en la maîtrise d'alchimie par voie de Nature.

THEORIE DE FLAMEL

Je vas donc commencer ton document par sermon clair et plein afin de (ne) pas brouiller ton entendement en avant de dire mot sur la pratique d'œuvrer, j'ai voulu te conduire par théorie à connaître ce qu'est alchimie c'est à savoir science muante corps métalliques en perfection d'or et d'argent produisant santé aux corps humains et muant vite pierre et caillou en fine sincères et précieuses. Adonc est icelle connaissance et n'a nulle autre pareille et par icelle est constituée un art qui n'a nul pareil a soi c'est à savoir au Philosophal par quoi est fait un corps médicinal universel muant Saturne, Mars, Jupiter, Lune et Mercure en pur Or clair luisant net et coloré comme ainsi que le minéral et encore icelui meilleur que tout autre or métallin et inclut en soi vertu et force de guérir tous maux quelconques et de faire avancer tous végétaux avant son terme et muer tous cailloux en diamants et rubis : tel art et maîtrise est donc faite en engin de Nature, secret régime de feu approprié et industrie de l'opérant : et tout suivant raison naturelle d'entendement et petit a petit se finit pourvu que ne t'ennuie mie de cuire en patience non anxieuse adonc pour l'ouvrage philosophale impétrer qui est sur tout le cours de Nature, tu dois comme un homme d'entendement avoir deux principales intentions. La prime est entendement droit et avoir l'intelligence des choses que te dirai. Car moi j'avais bien avant d'œuvrer et impétrer le droit chemin comme homme d'entendement la raison de nature en Mercure, Soleil et Saturnie comme ai dit en mon livre ou sont gravées les figures1 que verras ès arches des charniers. Ains ai resté court par moult plus de vingt-trois ans et demi à labourer sans pouvoir marier la lune qui est vif argent2 à l'Or et tirer d'icelui le fumier de l'Or et l'Argent seminale qu'est venin mortifère3 pour ce que ne connaissais mie l'agent ou médium afin de fortifier le Mercure car sans icelui medium est comme eau vulgale4 et que ne peut fuser Lune ou Or ou encore, ains se fait eau acuée tout ainsi fixe ce Mercure à acuité ce qu'après a force de labourer et d'ouvrer et ce qu'enfin moult finalement ai dépeint au quatrième et cinquième feuillet de mon livre d'Abraham.
C'est pour cette raison que la seconde intention est de savoir comme se doit fortifier ce mercure par agent métallin sans quoi ne se peut mie aller au centre de l' Or et de l'Argent qui sont durs ce que ne peut être ouvré fors par l'esprit soufreux de l'or et 1'argent. Adonc métier est qu'après tout d'abord iceux avec agent métallin c'est à savoir saturnie régale5 et en après acuiter le Mercure par engin philosophal afin qu'après icelui fuse en liqueur l'Or ou l'Argent, tire le fumier gignatif de la pourriture d'iceux6 et sachez que n'est autre mode ne maîtrise d'œuvrer en cetui art, fors celle que te baille de mot à mot, laquelle besogne n'est mie facile à faire, ains moult épineuse à repérer si n'est enseignée comme te dis, car Or et Argent sont corps moult durs et ne peuvent mie s'ouvrir pleinement, fors par esprits mercuriaux acuités par voies et procédés philosophaux7, et tout autre est fallace et induit à faillir et à tromperie comme ai œuvré à mon grand regret par longtemps, et sans icelui procédé mercure demeure froid, hydropique et terrien, et n'est mie satis fort en icelle stance d'approfondir les viscères des deux corps parfaits Or et Lune et si mercure n'est pas tout premièrement échauffé de feu souffreux métallique, son eau douce hors de son corps et sa terre noire fécale rejetée il est toujours mercure vulgaire. Adonc est en cet état entrant au ventre d'iceux, et iceux dans le sien prennent vie astrale, croissance et végétation et sont lors vivants comme étaient dans les roches des minières et par ainsi se fait mariage du soleil, lune et mercure philosophaux non vulgaux et non autrement8 ; mais comment mercure se peut-il ainsi acuer ? Avise tout premièrement que nulle autre eau, fors le Mercure ne traict le Soufre du ventre des métaux9, d'autant que fors lui au commencement, medium et à la fin, nul ne peut œuvrer ni rien faire que soit bon car c'est la vertu attrayante faite active qui fait tout, et s'engrosse de Soufre, tout comme le Soufre vit d'icelui ; ce que tu vois ès mines, eau de vapeur sèche soufreuse et de vapeur moite mercurielle se font tous métaux, car l'un et l'autre s'aiment et quèrent nature idoine à soi c'est à savoir que nature poursuive nature et jamais autrement n'est fait engin de nature, ains même de l'art parce que l'un aime son compagnon ainsi comme femelle trait mâle à soi se réjouissant quand et quand, ce que moult déduit vois clair et gravé en l'image de la quatrième figure où j'avisais le jeune mercure avec le caducée et les hideux serpents à l'environ de la verge d'or que tenait en main icelui : car sans ce, n'aurais oncques connu l'hermétique mercure lequel composons par engin industrieux philosophal Soufre et Mercure métalliques dans la prime préparation.
Avise donc d'entendre mes dits bonnement et sincèrement écrit envers toi, cher et aimé neveu afin que ne failles mie et que prie Dieu pour le salut de mon âme, et qu'en use en la voie et équité de notre bon Dieu qui prie dès maintenant te bailler santé de corps, d'entendement, l'intention et vouloir judicial et droiture loyale de cœur. Aye ferme croyance que tout l'engin industriel git dans la préparation du mercure philosophal d'autant qu'en icelui est tout ce que nous quérons et qu'oncques ont (quéri) les anciens sages et que nous n'avons moins qu'iceux de rien œuvré sans icelui préparer avec l'Or et l'Argent car fors lui rien n'est en tout l'orbite mondain qui puisse faire ladite teinture philosophale et médicinale. Adonc l'engin naturel est qu'apprenions à tirer d'icelui dit la semence vive et spirituelle qu'ont enclose en leurs viscères et entrailles, et d'icelle semence est la matière tant vantée par les sages en leurs écrits et livres qui disent que la matière de la teinture muante des métaux en or est unique et seule et dissout tout vrai sans fallace ni tromperie ains ne disent mot à la préparer ; icelle git donc en ces trois tant seulement et non ailleurs car en autres corps métalliques icelle n'est mie si bonne, et est viciée et gâtée, ains ici est monde, entière et sincère. Vise donc tant seulement à tel point que une chose ne donne point chose si n'en a point et par ainsi ne vise qu'au soleil et lune ainsi qu'au mercure fait par engin philosophal et gentement préparé qui ne mouille mie les mains, ains le métal qui est en soi âme métallique soufreuse, c'est à savoir lumière ignée, et afin
que ne t'aheurte en droit chemin, vise en métaux et là est le susdit Soufre enclos ainsi moult. gentement et vraiment quasi pareil à l'Or. Le repéreras en les cavernes et


FIGURE III
(première page de l'alchimie de Flamel, cf infra)

profondités de celui qui est fer et or et de qu'est airain c'est à savoir l'Or presque plus mine l'un que l'autre et si es avisé, tel soufre a pouvoir de teindre la moiteuse ci froide lune qu'est argent fin en pur or jaune et bon mais faut que se fasse par le médecin spirituel, c'est à savoir la clé qui avise et ouvre tout métal que te dirai. Maintenant avise donc quel minéral est un voleur10 qui mange tout fors l'or et la lune, que rendent moult bon icelui voleur, car quand les a en son ventre, lors est bon à préparer le vif argent ainsi que te dirai en son temps.

PRATIQUE

Adonc ne t'écarte du droit chemin et t'en rapporte à mes autres dits. En après œuvre a la pratique que vas te bailler au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit Adorable Trinité Amen11.
Aviseras en abord prendre l'aîné du prime fils enfant de Saturne qui n est mie le vulgal 9 parts, du sabre calybé du dieu guerrier 4 parts12. Fais iceux rougir en un creuset, quand sera rougi fondant jette les 9 de Saturne que je t'ai dit, dedans, lors celui-ci soudain mangera l'autre : nettoie bellement des ordures fécales venant a mont de la Saturnie avec salpêtre et tartre a quatre ou cinq reprises13 que sera bon quand verras un signe astral dessus le régule en mode d'étoile14.
Adonc de l'or est faite la clef15 et coutelas16 qui ouvre et incise tout métal voire surtout le Or, Argent et Mercure tous lesquels mange et dévore et garde en son ventre, et as par icelui engin droit, chemin de vérité appert, si as œuvré ainsi qu'est métier, car icelui engin saturnal est l'herbe régale triomphante pour ce qu'icelle est l'Argent et petit roi imparfait que promouvons au degré de moult de gloire et honneur et est mêmement la reine c'est a savoir la lune et ferme du soleil17.
Adonc est male et femelle et notre hermaphrodite qu'est mercure et est icelle besogne en image au septième feuillet et prime du Juif Abraham qu'est à savoir deux serpents à l'environ d'une baguette d'or18, ainsi que verras en icelui livre que ai fait moi-même à ma fantaisie du mieux que ai pu te le figurer pour la clairvoyance et document philosophal. Avise donc d'en besogner bonne pourvoyance et munition car c'est métier d'en avoir moult, c'est à savoir 12 ou 13 livres voire même davantage selon que voudras oeuvrer en moult opération.


FIGURE IV
(troisième page de l'Alchimie de Flamel, cf. supra)

Adonc marieras le jeune Mercure c'est a savoir vif argent avec icelui qui est mercure philosophal saturnial, afin que par icelui tu puisses aviter et fortifier ledit vif argent courant par 7 voire même 10 à 11, reprises avec le susdit agent qu'est nommé clef ou sabre d'acier affilé, pour qu'icelui coupe incise et pénètre le corps des métaux19, et quand fait auras telle maîtrise, lors auras l'eau double et triple peinte en l'image du rosier du livre d'Abraham Juif20 laquelle isse du pied d'un chêne c'est à savoir de notre saturnie qui est la clef égale, et va icelle se précipiter en abîmes comme le dit le susdit Juif, c'est à savoir en notre réceptoire qu'est agencé au col de la retorte où va se jeter le susdit mercure double par art et engin d'un feu proportionne et idoine.


FIGURE V
(quatrième page de l'Alchimie de Flamel, cf. supra)

Mais se trouve ici épine anxieuse avec voire même impossible d'œuvrer si Dieu ne révèle le susdit secret ou que maître ne le baille, car mercure ne se marie mie avec Saturnie régale sans une chose qu'est cachée en engin droit à examiner comme se fait et se laboure, car si ne sais l'engin comme se fait ladite vaillance et paix avec le susdit vif argent, trouveras rien qui vaille21. Adonc cher et aimé neveu, n'ai vouloir de te rien cacher ains te dire tout sans rien garder et te montrer comme dois aviser à droit au fait et au point qu'est métier en cette maîtrise philosophale, adonc te dis que sans soleil ou lune ne te sera mie profitable ledit ouvrage. Tu feras adonc manger à icelui notre vieillard ou loup vorace22 de l'or ou de l'argent en poids et mesure comme te dirai. Donne toute oreille a mes dits afin que n'erres mie et ne faille comme ai fait en icelle besogne. Comment est donc que faut bailler à manger de l'or a notre vieux dragon ? Avise droit engin en naturelle raison, car si donnes un petit d'or à la Saturnie fuse, il est bien moult appert, mais vif argent ne prendra vie voilà chose incongrue qui n'est mie profitable23, et moi ai moult grandement labouré en tristesse avant de trouver droit engin a ce fait. Adonc si moult d'or lui bailles à dévorer, ne sera mie tant appert et dispos, mais prendra lors icelui vif argent et se marieront tous deux en pâte24. Fais


FIGURE VI
(quatrième page de l'Alchimie de Flamel, cf.  supra)

comme tu m'as vu faire. Note que faut oeuvrer en tout selon poids que te dis car sans cela ne laboureras à ton profit mais a ton détriment, recorde de ce, voilà l'engin trouve. Cele donc ledit secret car icelui est tout et ne l'écris oncques sur papier ni autre chose qui se puisse voir écrit car serions cause du dommage de l'universalité mondaine. Or moi te le baille sous le sigille du secret de la conscience en amour qu'ai envers toi. Avise prendre X parties d'or à savoir fin net et purgé 9, 10 a 11 reprises par le loup vorace seul, en après 11 parties de Saturnie régale, fais-les fuser en creuset ; adonc icelle fuse, jette dedans alors X d'or fin, fais fuser les deux et remueras avec un charbon enflambé, adonc ton Or sera appert un petit peu ; jette icelui en un marbre, pilé en poudre avec 12 de vif argent25. Fais iceux prendre comme beurre ou fromage en pilant et agitant çà et là quand et quand l'autre26 et lavant avec l'eau claire vulgale tant que l'eau en isse claire, et que la masse semble claire et blanche (ainsi feras-tu sur lune fuse) alors est faite conjonction


FIGURE VII
(quatrième page de l'Alchimie de Flamel, cf. supra)

d'icelui avec la saturnie régale solaire27. Quand est donc maintenant ainsi que beurre, prendras la [m]asse que sécheras doucement avec toile ou drap fin moult engin. Voila notre plomb et notre masse du Or et Lune non vulgals ainsi philosophaux28, adonc mets icelui dans une bonne retorte de terre à creuset, moult mieux d'acier, puis en fournel, et donne feu en allant petit à petit. Agence un réceptoire à la retorte comme est métier deux heures, et après vigore ton feu tant que le mercure isse dans le réceptoire dessusdit, et est icelui mercure l'eau du rosier fleurissant, voire le sang des innocents occis29 dans le livre du Juif Abraham, étant donc icelle eau d'Or et de Argent philosophale. Adonc ayez en croyance qu'icelui mercure a mangé un petit du corps du Roi et qu'icelui aura jà moult plus grande force de dissolver l'autre ci après que sera moult plus couvert du corps de la saturnie
Adonc as monte en l'échelle de l'art un degré ou échelon30. Jà prends les fèces de la retorte, fais-les fuser en creuset à feu fort et fais en sortir toute la fumée saturnienne et quand l'Or en fusion sera net infuse dedans comme la prime fois deux de Saturnie. Adonc est le soleil IX infus en lesdites fèces moult plus appert que la prime fois. Et comme mercure est jà plus aigre qu'il n'était avant, icelui aura jà moult davantage caché force et vigueur de scruter et par ainsi dire le manger encore et d'icelui emplir son ventre petit a petit. Avise donc cher neveu les degrés de l'engin de Nature et de Raison, afin de monter par échelons à la plus haute partie de Philosophie qui est sur tout le cours de Nature et que n'eusses oncques trouvé si ne te baille icelle maîtrise31. Adonc bénis le Seigneur de ce que m'a baillé vouloir envers toi, car sans ce eusses œuvré néant comme aucuns font avec dommage de moult pécune, infinies peines et labeurs, vigiles anxieuses et cures détrimenteuses. Fais donc de même que les primes fois, marie avec le mercure issé dessusdit et fort en degré en broyant et pilant afin que s'en isse toute noirceur, sèche comme t'ai dit. Mets tout en la retorte dessusdite et ne fais ne plus ne moins tout comme viens de labourer deux heures à feu petit et idoine, en après fort et bon à pousser et faire issir le mercure dans le réceptoire, et auras encore le mercure moult davantage acué, et jà seras monté au second degré de l'échelle philosophale32. Fais et œuvre encore ainsi que viens de besogner en jetant fils saturnien en poids idoine, c'est-à-dire petit à petit et œuvrant avec l'engin ni plus ni moins comme as œuvré au commencement, tant que tu sois au dixième degré de l'échelle, et lors te reposes et est jà ledit mercure igné acuité, engrossé pleinement, gros de soufre mâle et vigueur de sel astral qu'est en les plus profondes cavernes et viscères de l'or et de notre dragon saturnien33, et tiens en croyance que t'écris chose laquelle nul Philosophe n'a oncques dit ni écrit. C'est icelui l'émerveillable caducée de quoi sermonnent tous les sages en leurs livres, et affirment qu'icelui a pouvoir de faire tout seul l'œuvre philosophal, et leur dire est vrai comme ai avisé à œuvrer par icelui mercure tout seul et ainsi que pourras maîtriser si telle est ta fantaisie car icelui et non d'autre est la nature proche et la racine de tout métal34, avise qu'aies celui mercure et non autre liqueur comme cuident aucuns sots et fous qui n'avisent mie qu'iceux métaux sont faits d'icelle liqueur que le susdit mercure réduit fusé en liqueur le Or et la lune afin de besogner naturellement et simplement à la teinture philosophale ou poudre muant tous métaux en soleil et lune qu'aucuns cuident avoir maîtrise en liesse quand ont ce mercure célestiel propre35, mais faillent grandement pour ce, trouvant jà peine avant de colliger la rose faute d'entendement. Il est bien vrai que s'ils entendaient les poids et le régime du feu en engin droit, ils n'auraient iceux moult a besogner et ne pourraient faillir encore que le voudraient, mais en celui art est mode d'œuvrer par ainsi36. Apprends et avise donc de labourer comme te dirai. Adonc au nom de Dieu prendras de ton mercure animé que auras vouloir a ton désir 2 ou 4 parts, de ce lui mettras en fiole obtuse tout seul ou avec deux de saturnie solaire


FIGURE VIII
(quatrième page de l'Alchimie de Flamel, cf.  supra)

dont une d'or et deux de saturnie, le tout finement conjoint avec adresse comme beurre, lave, nettoie et sèche. Mets par au-dessus de bonne cire confite, c'est à savoir du lut de sapience37; mets icelle confection à savoir ainsi que la poule couve ses oeufs. Laisse ledit mercure ainsi approprié aller aval par aucuns jours, c'est à savoir en 40 ou 50 jours tant qu'aviseras s'engendrer en la fiole un soufre blanc ou rouge de sublimé philosophal, lequel isse des rayons dudit mercure, icelui colligeons avec une plume, et icelui est l'or et l'argent vivants que mercure enfante hors de soi.

TOUR DE ROUE

Adonc prends d'iceux soufres blancs ou rouges, triture en mortier de verre ou de marbre en l'arrosant de la tierce Partie de son poids du mercure d'où icelui a été tiré par sublimation, lequel soufre est sorti de la pourriture dudit mercure. Fais de tous deux une pâte ainsi que beurre, remets icelle mixtion en fiole obtuse sur fournel à feu idoine de


FIGURE IX
(quatrième page de l'Alchimie de Flamel, cf. supra)

cendres, doux et approprie avec engin philosophal38, cuis tant que ledit mercure soit tourné et mué en soufre, et durant icelle coction aviseras en ton vaissel choses étonnantes c'est à savoir toutes les couleurs qui sont au monde ce que ne pourras aviser sans élever ton cœur à Dieu en grâce d'un si haut don.
Adonc quand seras au rouge pourpre, le cueilleras, car alors est faite la poudre alchimique muant tout métal en or fin pur et net, que pourras multiplier en arrosant, ainsi qu'as fait en broyant avec nouveau mercure, cuisant en même vaisseau, même fourneau, même feu, et sera mie tant moult plus court et sa force est dix fois plus forte39. Voilà la maîtrise pleine au seul mercure qu'aucuns cuident non vraie pour ce que sont imbéciles et sourds, et que ne sont mie appris; à engendrer telle besogne.
Si tu as désir d'œuvrer par autre chemin, prends or fin trois parties en poudre fine ou en feuillets moult bien déliés, fais d'icelui ainsi que pâte avec 7 parts de ton mercure philosophal qui est notre lune ; mets iceux en fiole ovale, au fournel, le vaissel moult bien obtus et engencé à feu moult fort, c'est à savoir comme à tenir feu de plomb sans s'asseoir et se coaguler car lors est trouvé engin droit de régime de feu, et ton mercure qui est vent philosophal monte et dévale en bas sur le corps de l'or que mange petit a petit et que porte en son ventre.40


FIGURE X
(quatrième page de l'Alchimie de Flamel, cf. supra)

Cuis tant que l'or et le mercure ne montent et ne descendent plus et que demeurent tous deux cois et jà sera fait paix et accord entre les deux dragons qui sont feu et eau tout ensemble41. Lors auras en ton vaissel face noire ainsi que poix fondue qui est marque de mort. Et pourriture de l'or et la clef de toute la maîtrise. Adonc fais iceux ressusciter et régénérer en cuisant 40 jours, et ne t'ennuie mie ; lors se feront mutations diverses c'est à savoir couleur noire, cendrée, verte, blanche, orangée, et en terme fini, un rouge comme sang ou pavot cramoisy. N'aye cure que d'icelle dernière, car d'icelle le vrai soufre est fini, et tu possèdes la poudre d'alchimie, ne te dirai au juste le terme, car icelui y dure selon l'engin de l'ouvrier, mais ne pourras faillir en besognant ce que je te baille42.


FIGURE XI
(quatrième page de l'Alchimie de Flamel, cf. infra)

MULTIPLICATION

Avise donc que si as désir de multiplier la poudre. Prends d'icelle une part, et l'arrose de deux parts de ton mercure animé, cuis comme tu as fait en fioles après avoir fait d'iceux pâte molle et douce, même fournel, même feu, et lors en plus petit de temps sera fait le deuxième tour de la roue philosophale43, alors la poudre est vigorée de dix fois plus fort que n'était la prime naissance d'icelle. Fais encore icelle tourner voire même tant que tu voudras et sera alors achevé le trésor jà sans prix qu'est sur tout le monde entier le meilleur qui ne puis jà désirer ici-bas. Car as santé et richesses si en uses comme est métier. Adonc as le trésor de toute la félicite mondaine que moi pauvre rural natif de Pontoise ai faite et maîtrisée par trois reprises en ma maison rue des Ecrivains tout proche la chapelle St-jacques-de-la-Boucherie et que moi Nicolas Flamel te baille pour l'amour qu'ai envers toi en l'honneur de Dieu pour sa Gloire et louange du Père Fils et Saint Esprit et sacrée Trinité que je prie dès maintenant de t'illuminer et te vouloir conduire dans le chemin de vérité et de lumière ainsi que dans la voie du salut. Ainsi soit-il.44

DU LEVAIN

Aviseras jà bonne mode d'œuvrer, c'est à savoir afin de faire lever la pâte philosophale et œuvrer à force pour l'augmenter par levain idoine et philosophal. Adonc prendras trois parts d'or fin en poudre, six parts de mercure animé avec une part et demi de soufre rouge. Marie ces ingrédients et iceux broyant en mortier de verre tout ainsi que beurre ou fromage, mets icelle confection en condamphore ou fiole étoupée a feu de chaleur de poule. Et cuisant ne t'ennuie, et lors verras chose émerveillable de quoi humain entendement reste coi et ne peut mie arguer tant est beau l'ouvrage de nature et d'icelle les mutations qui se font voir en toutes couleurs qui éblouissent par leur vif appareil et effacent les yeux de l'ouvrier si fort que n'est mie rien en cetui monde que fasse pareille chose, adonc à tempes congrual aviseras ton vaissel qu'aura poudre rouge vive de couleur sanguine ainsi que pourpre. Lors est complet l'art d'alchimie philosophale, voire le miracle moult grand voire non croyable. Ne t'avise mie de dire qu'as ce trésor mondain, et sachez qu'icelui guérit toutes les maladies quelconques, voire toute infirmité que ne peuvent mie guérir nuls médecins fors le médecin philosophal. Adonc mue tout métal étant fusé en creuset par injonction d'icelui même sut mercure bouillant en or fin pur et net et coloré a tout jugement des hommes, du feu, voire même du plomb et loup vorace qui est un voleur qu'emporte tout fors icelui, mais encore mieux, mue cailloux en rubis fins et cristal de minière ou roche. [Une fois encore, nous voici en présence de la transformation des pierres communes en pierres précieuses ; le rubis et le cristal sont cités ; il est clair que l'auteur a en vue les deux voies de l'alchimie et qu'il ne cite la voie positive que comme une retombée de la voie commune, le principal objet restant la transmutation ; le texte de ce chapitre est redondant avec une partie située supra. Cette notion de levain a été discutée par Chevreul, dans son Résumé de l'Histoire de la Matière.]
 

POUR AVOIR LES FRUITS DU PRINTEMPS EN HIVER

Adonc fais encore autre chose, c'est à savoir que si as désir d'avoir fleurs et fruits en froidure d'hiver, fais dissoudre 6 grains de ladite poudre rouge en sortant du vaissel en 10 pintes d'eau de rosée tiède et en arrose tel arbre grand ou fleur que voudras en les entrant dans ta maison, ou iceux couvrant de paille ou de foin et tu verras en petit de temps une soudaine et émerveillable végétation et croissance dont moult ébahi seras.

MANIERE D'USER DE LA MEDECINE

Jà afin de t'avertir comme il faut user d'icelle médecine pour ta santé du corps et mémoire, aie cure au sortir de la fiole c'est à savoir quand icelle est purpurine, d'en mettre fuser, c'est à savoir dissoudre, en vin blanc ou eau-de-vie aucuns grains, tant que le vin soit teint, seulement doré, car est la marque juste, lors ne crains mie d'en bailler au malade 12 ou 15 gouttes en vin, bouillon ou autre liqueur, et seront lors guéris comme par miracle. Mais ne te jacte jamais de l'avoir fait car sont les hommes méchants et envieux quand ne peuvent mie œuvrer ce que autres œuvrent. Adonc afin que tu sois en santé quotidienne, prends d'icelle fuse dorée, 9 gouttes en quatre temps de l'année, c'est à savoir le 22 mars, le 22 juin, le 22 septembre et le 22 décembre, en telle liqueur que voudras, et en usant comme te dis n'auras oncques infirmités et jouiras d'une vie heureuse, pleine de santé et de richesses, voire seras maître de toute la Nature, car auras plus que princes et rois de pierres précieuses, d'or et d'argent.


FIGURE XII
(quatrième page de l'Alchimie de Flamel, cf. supra)

COMMENT SE FAIT LA POUDRE DE PROJECTION AVEC L'ELIXIR

En icelui mode. Fais fuser en creuset 10 onces d'or fin, injecte dedans sur l'or fusé une once de poudre rouge, laisse iceux en feu moult fort par deux heures, lors tire le creuset, laisse refroidir, casse icelui, et aviseras au fond un verre rouge qui est or exaucé et poudre sincère et royale, muante tous métaux en or pur meilleur qu'icelui qu'est trouvé ès minières. Adonc as pouvoir de faire maintes fortunes ce que ne peuvent faire les rois sans requérir des autres. Avise donc, cher neveu, de faire comme ai fait, à savoir soulager les pauvres nos frères en Dieu, a décorer les temples de notre Rédempteur, à faire issir des prisons maints captifs détenus pour argent, et bon et loyal usage qu'en feras te conduira au chemin de gloire et du salut éternel au séjour de Dieu, que je, Nicolas Flamel te souhaite au nom du Père Eternel, Fils Rédempteur et Saint Esprit Illuminateur, Sainte sacrée et adorable Trinité Amen.
Note de broyer verre rouge et de mettre en fiole en boîte close et quand voudras faire bon or de plomb, étain, airain, argent et mercure, fais iceux fuser en creuset et les y purge fors la lune et le mercure que soit tant seulement fumant, lors injecte su 30 ou 40 livres de ce mercure ou autre que j'ai dit, 5 ou 6 grains de poudre multipliée et enveloppée en de la cire, et soudain ébahi seras de les trouver mués en or, les fèces isses à part des susdits métaux, les passeras à la cendrée, et si était trop rouge et froissable en poudre, fais fuser de l'argent et jette dessus rouge la masse muée, ou si as désir, marie avec mercure et passe tout à la cendrée, et saturne, jupiter, mars, soleil, mercure, lune sera fin doux coloré comme est métier. Ressouviens-toi de rendre grâces à Dieu.
Voilà toute la maîtrise sans manquer mot que te baille mon tant cher et aimé neveu de ma tant chère femme Perrenelle à Dieu sois béni Amen.
Note que la prime imbibition d'icelle poudre rouge une part mue cent parts. Une de la seconde mille parts, de la troisième dix mille, de la quatrième cent mille et toujours de plus en plus fort, chose que ne pourras mie comprendre si ne l'avises de tes yeux.
Adonc si tu prends désir de faire moult d'or, cher neveu, ce que ne faudrait pourtant mie, pour ce que peut en advenir incongruité dommageable, mets cent mille onces de vif argent en grand chaudron de fer à feu fort, et quand sera chaud que fumera, jà aie une once de poudre cramoisie de la quatrième imbibition, inclus icelle en cire comme boulette, jette icelle sur ledit vif argent fumant et icelui sera arrêté soudain : Vigore le feu et lors sera mué, partie en masse et partie en poudre d'or jaune que fuseras en creuset et feras masse ou lingot et auras de tout icelui mercure a l'environ de 99 710 onces d'or pur au dernier point de fin. Dont t'useras comme aviseras bon être. Te voilà cher neveu moult plus riche que tous les rois, car as plus qu'eux, et qu'oncques ne peuvent mie avoir en tout royaume mondain, mais ne fais or que petit à petit c'est à savoir en prudence sans dire mot et ne te fie mie aux autres.
Adonc que t'ai baillé, c'est à savoir le trésor de tous les trésors de celui monde qu'ai possédé et fait de mes propres mains avec ma tant chère et bien aimée compagne Perrenelle. Adonc use de cetui trésor...afin que vives sans cure, riche en cetui monde et qu'aies palme de gloire au Royaume de Dieu que je te souhaite Amen.
 
 

FIN