Traité D’or
sur la Pierre des Philosophes.


frontispice du Tractatus Aureus... in Dyas Chymica Tripartita, p. 13

1625

Tractatus Aureus de Lapide Philosophico - MUSAEUM HERMETICUM

Ein Güldener Tractat vom Philosophischen Steine. Von einem noch Lebenden, doch ungenanten Philosopho den Filiis Doctinæ zur Lehre, den Fratribus aureæ Crucis aber zur Nachrichtung beschreiben.



revu le 18 juillet 2004





Introduction :

point 1 : De qui est ce texte ? Nul ne le sait. Plusieurs noms ont été avancés : Johann Grasseus - qui a sans doute compilé l'ensemble du Dyas Chymica Tripartita - ou Madathanus. Mais le nom de Sincerus Renatus n'est pas cité alors qu'il était alchimiste et qu'il faisait partie des Frères de la Croix d'Or. Et cet ouvrage est dédié aux Fratribus Aureae Crucix. De fait, il semble que le Tractatus Aureus contracte d'étroits rapports avec un ouvrage fort connu des rose-croix, intitulé  :
Geheime Figuren der Rosenkreuzer aus dem 16ten and 17ten Jahrhundert et publié à Altona vers 1785-90. L'ouvrage se compose de trois livres dont le sous-titre est : Ein güldener Tractat vom philosophischen Steine. Von einem noch lebenden, doch ungenannten Philosopho, den Filiis doctrinae zur Lehre, den Fratribus Aureae Crucis aber zur Nachrichtung beschrieben. Anno, M.D.C.XXV. Le Geheime Figuren der Rosenkreuzer aus dem 16ten and 17ten Jahrhundert a été édité à Altona en 1785 par les soins de J. D. A. Ackhardt. Il comporte un petit traité d'alchimie, au Livre I, intitulé : Traité Anonyme sur la Pierre des Philosophes ; il semble n'avoir aucun rapport avec le présent traité et se compose de quatre courts chapitres rapportés à des Vertus. Madathanus aurait-il pu écrire le Tractatus Aureus ? Un Amoureux de science à qui l'on doit une version « améliorée » en français du texte qui, au départ, il faut bien le dire, était dans un état désastreux, nous dit ceci :

« 1Dans sa préface de « l’Âge d’Or ressuscité », Madathanus, car c’est probablement lui qui a écrit « le Traité d’Or », nous soumet une énigme pour découvrir son nom. [...] 2S’agit-il encore de Sendivogius, de son vrai nom Sensophax, contemporain de Madathanus qui partagea avec Alexandre Sethon, entre autres choses, la qualification de Cosmopolite ? Ce personnage à la vie (biographie) trouble a gravité autour des confréries rosicruciennes. Dans ce contexte de dissimulation, signalons que sous le pseudonyme d’Henry Madathanus, se cachait Hadrian von Mynsicht, médecin et chirurgien du duc Adolphe Frédérick. [...] 3La promesse faîte à Bernard le Trévisan qui a vécu de 1406 à 1490 pourrait indiquer que l’auteur a vécu au XVe siècle (s’il ne s’est pas adressé à l’ombre ou à la mémoire du Comte). Cependant la référence à Sendivogius qui est né en 1566 et mort en 1636 (ou 1646), donnerait à l’auteur un âge plus que respectable. Il est pourtant probable que « Le Traité d’Or »  a été écrit par Madathanus (1603-1638) car, d’une part, le conte de « la Parabole » qui termine ce traité, lui est attribué, et d’autre part, la similitude de cette préface avec la préface de « l’Âge d’Or ressuscité »  est évidente. De plus, l’auteur dans le corps de ce traité, précise sa contemporanéité avec Sendivogius qu’il dit toujours vivant. [...] 4L’auteur en tout début de cette préface dit qu’il a étudié assidûment la littérature alchimique pendant les vingt-deux dernières années. Ici il dit qu’il a étudié pendant dix-sept ou dix-huit ans et qu’il a attendu longuement avant de passer à la pratique. Ces quelques années d’attente se retrouvent dans la préface de « l’Âge d’Or ressuscité », où Madathanus avoue qu’il a du patienter cinq longues années avant d’expérimenter, alors qu’il connaissait la matière et la théorie de l’Art. Encore un élément en faveur de l’hypothèse de la paternité de Madathanus. Par contre, ce dernier étant mort à trente-cinq ans, cela signifierait qu’il a commencé ses études hermétiques à treize ans ce qui paraît un peu tôt, mais aux âmes bien nées ... »

Nous ne savons au juste qui est l'auteur de ces lignes mais il est possible qu'on lui doive de connaître l'auteur du Tractatus Aureus. Car, en dehors de la dernière note - qui n'exclut rien d'ailleurs tant à l'époque on pouvait se fourvoyer sur les dates... - son argumentation se défend et paraît bien étayée. Un autre élément semble abonder dans le sens de notre anonyme [il doit s'agir d'Alain C...], c'est que l'Aureum Seculum Redivivum fait partie du Dyas Chymica Tripartita, dont nous redonnons ici le contenu [cf. Livre d'Alze, formant la 6ème partie du Dyas] et de plus, les deux premiers titres sont regroupés sous la rubrique : « Noch Lebender. ».

Johann GRASSHOF [Hermannus Condeesyanus].
Dyas chymica tripartita, Das ist: Sechs Herrliche Teutsche Philosophische Tractätlein, Deren II. von an jtzo noch im leben: II. von mitlern alters: und II. von ältern philosophis beschrieben worden. Nunmehr aber Allen Filiis Doctrinæ zu Nutz an Tag geben, und mit schönen Figuren gezieret. Durch H[ermannus] C[ondeesyanus] D.
4° Franckfurt am Mayn bey Luca Jennis zu finden 1625
Ferguson Wolfenbuttel NU.Cat. British Lib. Wisconsin

1. Ein güldener tractat vom philosophischen steine. p. 11-66
2. Aureum seculum redivivum das ist: Die ulralte entwichene güldene zeit, so nunmehr... offenbahret: Hinricus Madathanus. p. 67-87

3. Vier tractätlein fr. Basilii Valentinii... von dem grossen stäin der uralten weysen maister. p. 3-87
4. Lambspring, das ist: Ein herrlicher teutscher tractat vom philosophischen steine welchen... Lampert Spring... beschrieben hat. p. 87-117
5. Vom philosophischen steine, ein schöner tractat vom einem teutschen philosopho im jahre 1423 beschrieben. p. 121-137
6. Vom philosophischen steine ein kurtzes tractätlein so... Liber alze genennet worden. p. 139-156
7.
Hermetico-spagyrisches lustgärtlein: darinnen hundert und sechtzig unterschiedliche, schöne, kunstreiche, chymico-sophische emblematat [von Johann Daniel Mylius].

point 2 : À bien examiner le début du texte de l'Aureum..., toutefois, notre enthousiasme diminue : tous les Adeptes ont écrit qu'ils avaient parfois dû attendre plusieurs années avant de réaliser l'oeuvre et, souvent, les chiffres avancés sont tissés de cabale [33 ou 37 ans, comme l'annonce Philalèthe ou Cyliani] ; Limojon de saint Didier s'est plaint dans son Triomphe Hermétique de ce que, connaissant pourtant les bonnes matières, mais ignorant le feu, il n'avait rien pu faire ; Fulcanelli dut aussi attendre 20 ans, à ce qu'il écrit dans sa trilogie, faute d'avoir connu, durant tout ce temps, l'artifice particulier qu'il signale dans les Demeures Philosophales. Examinons la biographie de Madathanus ; pour cela, il nous faut ouvrir la Bibliotheca Chemica de Ferguson :

- The above [Madathanus] to a pseudonym of Hadrian à Mynsicht, as is said in Keren Happuch, and also in
the British Museum Catalogue. Borel, however, includes only this work by Madathanus, and makes no allusion to Mynsicht at all. The book appeared in German with the titte: Aureum seculum redivivum, das ist: die uhralte entwichene güldene Zeit, 1621, 8°, and it was included in the collection by Condeesyanus or Grasshoff Dyas Chymica Tripartita, 1625, pp. 67-87, and in Latin in the previous editions of the Museum Hermeticum, 1625 pp. 75-99; and 1677-8, pp. 53-72 König quotes the above book but misnames the author 'Madanathus,' add refers to Mynsicht.
- The first edition of the Thesaurus was published at Hamburg, 1631,4°, then at Lübeck in 1638 and 1646. Other editions are: Rothomagi, 1651, 8°; Francofurti, 1658, 4°, In two parts: third edition corrected, Venetiis, 1696, 8°; Hanau, 1736, 8°; translated into German, Stuttgart, 1682, 8°. Editions with the Mantissa of Car. Musitanus, Frankfurt, 1675, 1701, 8°, 1707. The author was born in 1603 at Ottenstein in the Brunswick district. At Helmstädt he took the degree of doctor of medicine, under the name of Tribudenius. After he was ennobled he called himself Mynsicht, which is a transposition of Symnicht, itself a modification of his real name, which was Sümenicht or Seumenicht. He was a physician and chemist, count palatine, imperial poet laureate in 1631, councillor and body-physician to Adolph Friedrich, Duke of Mecklenburg, and to several other German princes. The Thesaurus contains a description of the preparation of a number of medicines discovered by him and still
(1751) in use by the apothecaries. He wrote also under the pseudonym of Henricus Madathanus (q.v.). He was the first to prepare tartar emetic from roasted antimony sulphide and cream of tartar [1631, cf. Comptes Rendus. Acad. Sci, 1812-1815, t. 5, p. 245], though this is not admitted by Hoefer. His death occurred in Oct., 1638.

point 3 : Hadrien Mynsicht [alias Hadrien Seumenicht] est cité deux fois par Nicolas Lefèvre [Cours de Chimie, J.-N. Leloup, 1751] p. 88 [préparation de l'arcanum duplicatum] et p. 272 [préparation de l'esprit de Vénus]. Il est également cité en pathologie humaine, [Leçons de clinique thérapeutique. Tome premier, Traitement des maladies du coeur et de l'aorte, de l'estomac et de l'intestin, Dr. Dujardin -Beaumetz,... ; recueillies par le Dr. Eug. Carpentier-Méricourt, Paris, O. Douin, 1885] où l'on trouve la description de l'élixir vitriolique de Mynsicht [équivalent de l'eau de Théden ou de l'élixir de Paracelse] une liqueur acide censée combattre le défaut d'acidité de l'estomac


élixir de Mynsicht, in Leçons de Clinique Thérapeutique, p. 443

et il est très souvent cité par Nicolas Lemery [Pharmacopée universelle : contenant toutes les compositions de pharmacie qui sont en usage dans la médecine, tant en France que par toute l'Europe : leurs vertus, leurs doses, les manières d'opérer les plus simples et les meilleures : avec un lexicon pharmaceutique, plusieurs remarques, et des raisonnemens sur chaque opération. Tome second, Nicolas Lemery, De Saint et Saillant : J.-T. Herissant : Nyon, 1764]. Son nom apparaît dans l'Histoire de la Médecine en 9 volumes de Kurt Sprengel [Paris, Deterville, Desoer, 1815] au tome V [p. 20, Conciliateurs et éclectiques, avec en citation son oeuvre majeure : Thesaurus et armamentarium medico-chymicum, in-4°, Hamburgi, 1631 et p. 514, Objet des recherches empiriques où Sprengel nous apprend que Mynsicht préparait l'émétique avec le safran antimonial et la crème de tartre, in Thesaurus..., op. cit., p. 13]. Il n'est pas jusqu'à Newton qui n'ait lu Mynsicht, puisque l'examen de ses manuscrits alchimiques montre qu'il possédait le Thesaurus et le Testamentum. Quel qu'ait été l'auteur de ce traité, il avait une connaissance de l'Art sacré approfondie et des goûts très sûrs quant à l'orientation de sa démarche hermétique. Les plus grands auteurs se trouvent convoqués dans son texte, et même les plus grandes assemblées puisque la Tourbe n'apparaît pas moins de 10 fois [extraits des sentences 15 - 16 - 25 - 33 - 36 - 55 - 58, 1ère version et d'autres de la 2ème version qu'on ne peut consulter pour l'heure que dans la Bibliotheca chemica Curiosa, vol. I]. Richard l'Anglais [Richardus Anglicus] n'est pas cité moins de 13 fois, avec son Libellus
utilissimus peri chemeia, Cui titulum fecit Correctorium. F. Hoefer évoque Richard l'Anglais [qu'il nomme aussi Robert l'Anglais] dans la Deuxième Époque de son Histoire de la Chimie [p. 413-414]. Bernard, Comte de Trévisan et de Neigens, est cité 6 fois [certains commentateurs ont cru que Neigens était un autre philosophe, alors que dans la Bibliotheca Chemica de Ferguson, on établit aisément la relation]. Basile Valentin est cité 8 fois. Mais c'est peut-être Arnaud de Villeneuve qui remporte la palme, puisqu'il est cité plus de 15 fois, par le biais du Flos Florum, du Rosarius Minor [rappelons qu'il ne s'agit pas du Rosarium Philosophorum ou « Grand Rosaire »] et du Thesaurus. Et la liste n'est point close...


frontispice du
Thesaurus, et armamentarium medico-chymicum. adjunctum est testamentum Hadrianeum de aureo philosophorum lapide. Lübeck. Schmalhertz für Becker. 1662.

point 4 : L'objet de ce traité est la conjonction des principes de notre oeuvre. Cette conjonction passe obligatoirement par une dissolution préalable, voilée dans les textes sous le couvert d'une sublimation des matières, i.e. de leur disparition. Or, et c'est l'une des difficultés des textes, bien souvent, que c'est de la voie sèche que nos auteurs parlent là où on lit des expériences pratiquées soi disant par la voie humide. Tout dans le Tractatus Aureus nous convainc du bien fondé de cette conjecture et il n'est question, pour ainsi dire, que de matières qui possèdent à la fois les caractères du fixe et du volatil [pour sublimé], chose que l'on comprend aisément du moment qu'on a saisi qu'il s'agit de matières visqueuses ou pâteuses, qui ont fort à voir avec la forme et la consistance de la lave. Dans son introduction, l'auteur dit qu'il ira plus loin que ses devanciers ; on est tenté de lui donner quitus de son projet : en effet, c'est le seul auteur qui, à notre connaissance, ait fait voir le sens hermétique - appliqué à l'alchimie - de la fonction opérative de la rosée de mai, considérée bien sûr dans son acception d'âme spiritualisée. Il fait voir, en particulier, qu'un degré d'assation est nécessaire, afin que l'Âme réintègre le Corps et là, les images du Rosarium Philosophorum sont nécessaires à considérer puisque ce processus s'y trouve directement visualisé. Aussi bien trouvera-t-on ici plusieurs de ces illustrations. C'est aussi l'un des premiers traités à faire explicitemement référence à l'une des confréries R+C, en l'occurrence les Frères de la Croix d'Or. Sur ce sujet, revoyons le frontispice :


frontispice du Tractatus Aureus, version du Museum Hermeticum, 1677

Il se présente comme une sorte de croix de Lorraine avec trois inscriptions : OMNE DECUS - NISUS IN ARENA et sur la hampe verticale : HABET IN SE OMNIA LAPIS BENEDICI. Remarquons que les luminaires sont conjoints. Enfin, la dédicace aux Frères de la Croix d'or - cf. frontispice du Dyas Chymica Tripartita - a disparu. Un mot d'abord sur cet aspect en croix de Lorraine :

« La croix à double traverse, appelée croix d’Anjou puis de Lorraine, figurait dans la symbolique des ducs d’Anjou devenus ducs de Lorraine à partir de 1473 (René II 1451-1508, fils de Yolande d’Anjou). Elle représente un reliquaire contenant une parcelle de la vraie croix, vénéré par les ducs d’Anjou, depuis Louis Ier (1339-1384) qui le fit broder sur sa bannière. Ce reliquaire, conservé à Baugé, avait un double croisillon. Le roi René, petit-fils de Louis Ier d’Anjou et duc de Bar par mariage, utilisa la croix d’Anjou qui passa au cou des aigles support d’armes, d’où la croix de Lorraine dans les armoiries (mais pas dans le blason) des ducs de Lorraine et son apparition en France lors de la Ligue, en tant que symbole de la famille de Guise. » [ HISTOIRE DE LA CROIX DE LORRAINE]

À présent, les inscriptions : OMNE DECUS : TOUTE GLOIRE - NISUS IN ARENA : PEINE DANS LE DÉSERT - HABET IN SE OMNIA LAPIS BENEDICI : LA PIERRE DU SAGE A TOUT EN SOI. Nous voilà renvoyés à des thèmes fort connus. La gloire renvoie au Soufre, à la teinture de la pierre ; le désert - que l'on peut lire sable - nous indique l'une des matières du corps de la Pierre ; enfin, l'inscription la plus importante rappelle le EN TO PAN de la Chrysopée de Cléopâtre [cf. Introduction à la Chimie des Anciens, Berthelot]. Le Soleil et la Lune complètent ce rébus spirituel, l'ensemble de la croix, porteur de ces symboles, ayant les caractères du médiateur, de l'intermédiaire qui sont réclamés dans l'oeuvre pour opérer la conjonction des contraires et faire en sorte que de l'obscur sorte la lumière. Dans nos études de symbolisme, nous avons rencontré maintes fois des hiéroglyphes et ces phylactères... Fulcanelli en parle dans les DM, I, p. 436 ; E. Canseliet y fait allusion dans l'introduction à ses Deux Logis alchimiques [cf. Gardes du Corps]. Mais, pour en revenir aux R+C, il ne fait point de doute que Mynsicht en faisaitt partie ; on trouve d'ailleurs, dans le Tractatus Aureus, des expressions typiques déjà employées par Christian Rosen-Kreutz dans ses Chemische Hochzeit [Noces Chymiques] ; cet ouvrage avait été rédigé en fait par J. Valentin Andreae qui aavit publié cet ouvrage, à la fois spirituel et satirique où l'on peut lire :

« les secrets perdent de leur valeur ; la profanation détruit la grâce ; donc, ne jette pas les perles aux porcs et ne fais pas à un âne un lit de roses. » [Strasburg, 1616, in-8°]

et selon F. Hoefer que nous citons [Histoire de la Chimie, Troisième Époque, §26 - Rose-Croix, pp. 325-328], Valentin Andreae est probablement aussi l'auteur de Fama fraternitatis Crucis eorum confessione [1614, in-8°].

point 5 : C'est le lieu de citer ici un extrait de l'Histoire de la Médecine de Kurt Sprengel [nous tenons à préciser qu'il n'entre pas dans nos vues de nous livrer à une exégèse sur le bien fondé des propos de Sprengel qui sont manifestement orientés par son époque où les R+C étaient combattus ou dénigrés ; bien qu'en aucune façon nous ne souhaitions faire l'apologie de la franc-maçonnerie, on ne saurait nier que la plupart des symboles qu'elle véhicule ont un fonds essentiellement alchimique ou spagyrique, hérité des vues de Paracelse ; qu'après les R+C aient évolué vers des horizons qui se détournaient de la pensée hermétique traditionnelle, là pour nous n'est pas la question... - le texte qu'on lira a été repris sans les notes de bas de page] :

Si le système de Paracelse était toujours demeuré dans les mains de médecins semblables, il n'aurait pas tardé à prendre une forme plus avantageuse. On se serait convaincu que la méthode curative et les médicamens de Paracelse méritaient, à plus d'un égard, la préférence sur ceux de Galien, et de cette manière on aurait tiré des chimères de ce fanatiquetous les secours qu'elles pouvaient fournir. Mais au commencement du siècle suivant, il se forma une société d'enthousiastes, qui enchérirent encore sur la théosophie de Paracelse, et lui donnèrent une si prodigieuse extension, qu'on aurait infailliblement vu renaître la barbarie, si les idées de ces fanatiques se fussent réalisées. Je veux parler de la société des Rose-croix, qui se propagea jusque dans les temps les plus modernes sous différents noms, et après avoir subi diverses modifications. Cet Ordre a exercé une influence puissante, mais très-nuisible sur les sciences, et particulièrement sur la médecine. Cependant l'histoire de son origine est tellement obscure, et les conjectures qu'on peut former à son égard représentent cette société secrète sous un aspect si ridicule, que les Rose-croix eux-mêmes, malgré le témoignage de l'histoire, ont pris
depuis long-temps le parti d'avoir recours au roi Hiram, au sage Salomon , à la construction du temple de Jérusalem et au fabuleux Thaaut. Je vais rassembler en peu de mots tout ce que nous savons de positif sur leur compte. L'immortel Semler, qui toutefois n'est point exempt de partialité dans cette occasion, assure que dès le
quatorzième siècle il existait une société de physiciens ou d'alchimistes, réunissant tous leurs efforts pour
arriver au grand but, la découverte de la pierre philosophale. Quoique je ne partage pas son sentiment, puisque nous ignorons encore si le livre qu'il cite a réellement pour auteur Raimond Lulle, cependant il est certain que dès l'année 1591 Nicolas Barnaud [cf. bibliographie : Triga Chemica et Quadriga Aurifera] entreprit d'établir une société hermétique, et parcourut dans cette vue toute la France et l'Allemagne. Il est également avéré que dans la seconde préface de l'Echo de la société illuminée du respectable ordre des frères R + C , il est dit qu'en 1597 on s'occupa d'instituer une société secrète, ayant pour but de s'adonner à toutes les branches de la théosophie et de la cabale. Mais la première trace de l'existence réelle de cette société date de l'année 1610, époque où le notaire Haselmayer prétend avoir lu le manuscrit de la Fama fraternitatis, contenant les statuts de l'ordre. Quatre ans après seulement, en 1614, parut à Ratisbonne la Réformation générale du monde entier, par la Fama fraternitatis des Rose-croix. Cet ouvrage faisait connaître un ordre caché déjà depuis mille ans dans l'ombre du mystère, et possesseur de secrets importants, capables d'assurer à jamais le bonheur de l'humanité. La Confessio qui s'y trouve annexée est écrite d'un style si diffus, et remplie d'allusions si grossières, qu'il est difficile de concevoir qu'un homme raisonnable ait pu accumuler autant de sottises et d'absurdités. II est dit dans la Fama, qu'un Allemand, Chrétien, Rosenkreuz, institua la société dans le quatorzième siècle, après avoir appris à Fez et en Egypte la haute philosophie des Orientaux. D'après les idées du fondateur, le but de l'ordre devait être d'acquérir, à l'aide des sciences occultes, des richesses immenses, dont on ferait part aux princes et aux rois afin qu'ils contribuassent à réaliser le vaste plan de l'association, c'est-à-dire, la réforme générale de tout le monde. La société se rassemblait dans une certaine chapelle appelée du Saint-Esprit, et là les noureaux initiés recueillaient les avis des adeptes. Rosenkreuz, est-il dit plus loin, dévoila son grand secret à ses trois fils, qui réglèrent leurs statuts de la manière suivante:

- 1° Les Rose-croix ne devaient exercer publiquerment d'autre profession que la médecine, et il leur était défendu d'exiger aucun salaire des malades. Cette loi, la plus importante de toutes, suffit déjà pour assigner à nos théosophes une place dans l'histoire de la médecine. Ils devaient :
- 2° porter le costume du pays ou ils se trouvaient, sans en adopter un parliculier ;
- 3° se réunir tous les ans dans la chapelle du Saint-Esprit, le jour de la fête patronale du grand-maître,
- 4° attirer ceux des profanes qu'ils jugeaient propres à partager leurs secrets ;
- 5° choisir le mot Rose-croix pour se reconnaître.
- 6° tenir cacbée pendant un siècle l'existence de la société.

Dans la Confession, on assure que la fin du monde approche, que bientôt l'univers subira une réformation générale, que les impies seront chassés, que les Juifs se convertiront, et que la doctrine de Jésus-Christ se répandra sur toute la terre. Les Rose-croix se vantaient d'accélérer cette réforme salutaire par leurs efforts. Ils promettaient à tous ceux qui entraient dans leur société des connaissances divines, des richesses immenses, une vie exempte de maladies, une jeunesse toujours florissante, et la pierre philosophale. Ils assuraient aussi ne pouvoir jamais eux-mêmes tomber malades. Tous les partisans de celle secte dérivaient le mot Rose-croix de la croix mystique de Jésus-Christ, qui avait été teinte de son sang rosé, sans laquelle on ne peut point être successeur du Fils de Dieu, et avec laquelle on parvient à posséder la sagesse infinie et tous les arts imaginables. Cette croix dispense de toute étude, et en effet les Rose-croix affectent le plus profond mépris pour toutes les connaissances acquises par le travail et la réflexion. [...] Tous les renseignemens que j'ai pu recueillir s'accordent à nous dire que Valentin Andreae, ecclésiastique de Calwe dans le pays de Wurtemberg, homme
rempli de connaissances , d'esprit et de philanthropie, fut celui qui contribua le plus à l'institution des Rose-croix.


le thélogien wurtembourgeois Jean Valentin Andreae (1586-1664)

Les écrits qu'il a laissés nous témoignent l'étendue des connaissances et la bonté du caractère de cet ecclésiastique, auquel un patriotisme épuré suggéra le désir de perfectionner la croyance religieuse et les institutions sociales. Sa vie, écrite par lui-même, et conservée dans la bibliothèque de Wolfenbuttel, prouve clairement que dès l'année 1603, il rédigea la célèbre Noce chimique de Chrétien Rosenkreuz, afin de s'amuser à contrefaire les alchimistes et les théosophes, si communs à cette époque. Lui-même ne peut s'empêcher de rire en voyant la simplicité des fanatiques, qui regardent sérieuse ment ce ludibrium juvenilis ingenii comme une histoire véritable, tandis que ce n'est à ses yeux autre chose qu'une satire. D'après cela, on a pensé aussi que la Fama fraternitatis est une production de cet ecclésiastique, qui la publia dans l'intention de corriger les chimistes et les enthousiastes. Lui-même se nommait Andreas, chevalier de la Rose-croix, parce qu'il portait sur son cachet une croix avec quatre roses (Mercure allemand, 1782. Mars, p. 228 — 280). En effet, différents auteurs assez anciens ont regardé la chose comme une simple plaisanterie , et ils assurent que l'auteur de la Fama n'eut jamais l'intention de parler sérieusement. On n'avait d'autre but, en publiant cet ouvrage, que de surprendre les secrets des alchimistes. Il est vrai qu'Andreae institua en 1620 une Fraternitas christiana, mais dans de tout autres vues, dans celle de corriger le système religieux, et de séparer la théologie chrétienne de toutes les controverses scolastiques qui s'y étaient introduites. Lui-même, en différents endroits, distingue soigneusement les deux sociétés l'une de l'autre, et plaisante sur la crédulité des théosophes Rose-croix, qui jouent la comédie dans toute l'Allemagne. On voit donc, ce me semble, que cet ordre secret, malgré la brillante origine qu'il a prétendu se donner, doit naissance aux plaisanteries d'un ecclésiastique de Wurtemberg, qui croyait ainsi mettre un frein aux chimères de la théosophie, mais qui ne fit malheureusement qu'accroitre encore davantage le nombre des sectateurs de cette science absurde. Une foule d'enthousiastes, ses contemporains, trouvaient trop d'avantage à répandre les principes des Rose-croix, pour qu'ils ne cherchassent pas à fraterniser avec eux. Valentin Weigel, prédicateur fanatique à Tschoppau, près de Chemnitz , avait trouvé après sa mort un nombre prodigieux de sectateurs, et véritables Weigeliens étaient déjà Rose-croix sans porter le nom. Oswald Croll [cf. gravures, Basilica chimica continens philosophicam propria labrum experimenta confirmatam descriptionem et usum
remediorum chymicorum, Frankfurt, Gottfried Tampack, 1612
] n'a pas tort quand il regarde cet ecclésiastique comme un partisan zélé de Paracelse, car la comparaison que Weigel établit entre le macrocosme et le microcosme est certainement très-remarquable. Il prétend que la connaissance du corps humain doit dériver de celle l'Univers, parce que le ciel est le père, et l'homme est le fils, idée que Sennert s'est attaché à combattre. Comme Paracelse et les anciens cabalistes, il fait tout provenir de la lumière intérieure, méprise toutes les sciences humaines, et compte beaucoup sur la science incréée des noms, qu'il considère comme le chef-d'oeuvre du Saint-Esprit. Il regarde le nombre 666, déjà employé par Saint-Irénée de Smyrne, comme le complément de la science et de la sagesse. Egide Gutmann, de Souabe, fut également Rose-Croix sans en porter le nom. Il imita en même temps Paracelse, car il condamnait par-dessus toutes choses la philosophie païenne, et prétendait posséder la Médecine universelle qui ennoblit l'homme, détourne ou guérit toutes les maladies, et donne la faculté de fabriquer l'or [...]

extrait du Vol.  III, Propagation du système de Paracelse, pp. 355-361

Ainsi qu'on peut l'observer, en étudiant ce long extrait, la préparation de l'or n'est, au XVIe siècle, que l'un des aspects de l'alchimie. Il en est un autre, complètement opposé, qui va se développer simultanément, et mettre l'accent sur son caractère spirituel. Les mystiques du XVIe et du XVIIe siècle, principalement Valentin Weigel (1533 à 1588) et Jacob Boehme (1575-1624) ont largement puisé dans le fonds conceptuel de l'alchimie. Leur représentation de l'univers n'a pas seulement été influencée par la tradition philosophique et théologique paracelsienne, mais aussi par l'alchimie. Tous deux passent pour avoir écrit des traités d'alchimie. Valentin Weigel serait l'auteur d'une Manne céleste, Azoth et Ignis, [Amsterdam, Francfort et Leipzig, 1787] Jacob Boehme, de deux traités relatifs à l'élaboration de la pierre philosophale, mais sur l'authenticité desquels on ne saurait se prononcer [Beytrag zur Geschichte der höhern Chemie oder Goldmacherkunde in ihren ganzen Umfange, Leipzig, 1785]. Angélus Silesius, dans son Pèlerin chérubinique, [Oeuvres poétiques complètes, Hans Ludwig Held, Munich, 1949] utilise encore des concepts et des termes alchimiques pour exprimer ses expériences mystiques. Mais le courant mystique ne s'épuise pas en se tournant vers la spiritualité; bien au contraire, l'alchimie se crée un monde mystique propre au sein du rosicrucianisme. Les débuts de ce mouvement sont marqués par la parution de quatre écrits anonymes: Les Noces chymiques de Christian Rosencreutz l'an 1549, Réforme universelle et générale de tout le vaste monde, Fama fraternitatis ou découverte de la fraternité de l'ordre sublime des R.C. et Confessio fraternitatis. Ces écrits émanent-ils du même auteur, ont-ils circulé sous forme manuscrite avant d'être imprimés, témoignent-ils de l'existence préalable d'une organisation, ou bien en ont-ils suscité la formation, c'est ce qu'il est encore impossible d'élucider. Un seul point est assuré, c'est que les Noces chymiques émanent du théologien wurtembourgeois Jean Valentin Andreae (1586-1664). Mais nous ne savons pas s'il a voulu travestir un traité alchimique sous une allégorie initiatique ou bien s'il a voulu faire une parodie de la secte déjà existante. Il est certain, en tout cas, que les Noces qu'il décrit en son traité ont une base alchimique. Mais les autres ouvrages, Fama et Confessio sont plus importants encore que les Noces chymiques. La Fama conte la biographie du fondateur fictif, Christian Rosencreutz: après de longues pérégrinations en Europe et en Orient, il aurait fondé, avec sept autres compagnons, la « Fraternité de la Rose-Croix». Il serait mort à l'âge de cent six ans, et après cent vingt ans, son tombeau, très artistement construit, aurait été redécouvert. [F. Hoefer ajoute, mais il semble prendre pour argent comptant les pèrégrinations du héros, qu'à l'ouverture du tombeau, on aurait trouvé un livre écrit en lettres d'or, contenant de très grands secrets, Hist. Chimie, p. 326] Ces oeuvres rosicruciennes que nous avons citées plus haut sont adressées aux chefs politiques et scientifiques d'Europe pour les inciter à se joindre au mouvement et à promouvoir une amélioration du monde. La vaste audience que rencontrent ces écrits tient, d'une part, au mystère qui entoure la société, d'autre part, aux tendances anticatholiques qu'elle affirme, ce qui, en ce siècle de tension politique et religieuse, séduit les esprits. Si l'alchimie est bien l'un des ferments du rosicrucianisme, ce dernier acquit bientôt son autonomie propre et donna naissance à des rejetons étrangers à la tradition alchimique: de toutes parts se créèrent des associations dont le but était de promouvoir une « réforme du monde ». [adapté de Alchimie : Histoire, technologie, pratique, Belfond, 1972 pour Alchimie et Mystique, pp. 168-169]

point 6 : le Tractatus aureo de lapide philosophico est disponible sur internet en trois versions : en anglais, sur le site levity [The Golden Tract Concerning The Philosopher's Stone. Texte transcrit par Jerry Bujas. Signalons quelques erreurs de traduction, ex : Draco pour Baccho, c'est-à-dire Roger Bacon, etc.] ; en espagnol sur l'excellent site eresmas [TRATADO ÁUREO DE LA PIEDRA DE LOS FILÓSOFOS. Texte transcrit par Domingo Selat ; la traduction en est fort soignée et un appareil critique a été disposé]. Enfin, en français, on le voit sur deux sites, l'un animé par Thierry Ducreux [hermétisme et alchimie]. La 1ère version était traduite a priori de façon automatique et a donné lieu à un texte souvent dénaturé. Le texte en a été repris et  a donné lieu à une seconde version très soignée, due à un certain Alain C. dont nous ignorons tout ; que cet Amoureux de science soit remercié de sa lecture et de ses notes fort intéressantes. [à noter que nous avons traduit souvent directement d'après le texte original latin du Museum Hermeticum, en nous aidant de façon conjointe de la version en allemand gothique du Dyas Chymica Tripartita. Nous n'avons eu connaisance qu'a posteriori de la version corrigée d'Alain C.]




La préface de l’Auteur au Lecteur Aimant l’art.

[cette préface ne figure pas dans le Dyas Chymica Tripartita ; l'introduction à l'ouvrage, p. 9, est signée de D. Hermannus Condeesyanus, et datée de mai 1624. Autant dire qu'il s'agit de Johann Grasseus ou Grasshoff. Sur cet alchimiste, cf. bibliographie.]

Le lecteur digne et le vrai quêteur des secrets de nature, ne s’étonnera pas de ce que dans la vieillesse de ce monde, lorsqu’il semble que l’on ai déjà un pied dans la tombe, j’ai décidé d’écrire ce traité, bien que toutes les bibliothèques soient déjà pleines de livres à ce sujet, duquel, cependant, la plus grande partie est fausse et souille simplement de rouge la poudre de la philosophie. Je ne l’ai pas écrit pour mon propre plaisir, mais pour votre avantage en indiquant la base de la vérité ; je pourrais vous ramener du désert impraticable à la voie juste - qui est certainement votre propre intérêt. Autant qu’il me concerne, j’ai longtemps réfléchi sur tout ce que je cherchais à savoir à ce sujet, et n’ai pas besoin de beaucoup de livres, voyant que pendant ces vingt-deux dernières années, j’ai lu et ai relu tous les travaux qui sont tombés dans mes mains - incluant de nombreux manuscrits, ainsi que beaucoup de volumes imprimés.
Dans ce traité vous trouverez le sujet exposé et la vraie solution sera donnée, non seulement théoriquement, mais aussi d’un point de vue pratique et allégorique, avec une clarté et une lucidité comme je crois presque inégalées dans n’importe quel traité philosophique précédent. Dans les citations, j’ai été toujours attentif à donner la référence exacte, pour que vous puissez trouver le passage, et en le considérant diligemment, aiguiser votre compréhension. J'aurai pu plus facilement composer ce traité, et me faire connaître des Frères de la Croix D’or, si j’avais laissé de côté ces références ; mais à votre égard, je me suis décidé autrement. [les Frères de la Croix d'or sont à ranger près des Frères de la Croix de Rose ; il s'agissait d'Ordres où l'on pratiquait l'alchimie et la magie ; l'Ordre des Frères de la Croix d'or possédait deux maisons, l'une à Nuremberg, l'autre à Ancône. L'un des membres de cet ordre a écrit un traité : le pasteur silésien Samuel Richter, dont le pseudonyme est Sincerus Renatus. Il publia à Breslau, en 1710, un ouvrage (en allemand) : La vraie et parfaite Préparation de la Pierre philosophale de la Fraternité de l'Ordre de la Croix d'Or et de la Rose-Croix.] Ne vous demandez pas pourquoi je cache mon nom, et refuse de vous apparaître face à face. Je suis venu d’avance, pas à l’égard de n’importe quelle gloire dérisoire ou d’éloge temporel, mais pour vous faire bon. De plus, mes maîtres, comme les vrais philosophes, m’ont conseillé non de risquer ma vie pour l’obtention d’une haute place dans l’estime du monde, ni de m’exposer aux voleurs avides ou donner l’occasion de nombreux crimes par la divulgation de ce secret enseveli. Sans doute le lecteur candide a appris par les travaux de Sendivogius que chaque fois qu’il se montre ouvertement au puissant, il à une crainte constante pour sa vie. [les persécutions dont parle l'anonyme ont été exercées à l'encontre d'Alexandre Sethon, mais pas contre Michel Sendivogius. On occulte souvent l'un au profit de l'autre, cf. Cosmopolite] L’expérience apprend que beaucoup de philosophes qui n’ont pas pensé à leur sécurité personnelle, ont été tués et privés de leur teinture par des voleurs avides et puissants ; et il est raisonnable de penser que n’importe quelle personne allant avec un grand trésor entre ses mains, devient une proie de brigands. Sendivogius a caché son nom par un anagramme. [il s'agit de DIVI LESCHI GENUS AMO] Ainsi, aussi il y a peu de temps, un autre philosophe et le Frère de la Croix D’or2 [s'agit-il de Sincerus Renatus ?], dont leur noms réels m’ont longtemps été familiers, l’ont caché sous un anagramme, et s’est fait connaître à ses amis par une désignation énigmatique. Pourquoi alors devrais-je me placer à la merci de ce monde impur ? Permettez-moi plutôt mon cher ami, de suivre l’exemple des sages, laisser le reste à  Dieu trois fois grand et bon, qui vous fera connaître mon vrai savoir à temps, si c’est pour la gloire de Son nom, et pour votre et mon bien. Ne soyez pas désireux de rechercher mon identité1. Et même si vous parveniez à la connaître, ou à faire partie de mes connaissances, vous devriez être satisfait du contenu de ce traité. Car j’ai solennellement promis à un philosophe - Bernard, le Comte de Trévisan et Neigens3 - que je ne trahirai pas à quelqu’un plus qu’il n’a été révélé dans ce livre.

[Dans la Bibliotheca Chemica de John Ferguson I, p. 104, on trouve ces notes sur Trévisan qui donne descommentaires su plus haut intérêt sur ce nom de « Neigens » que l'on retrouve infra :

There is some difficulty in deciding whether the name Bernhardus denotes one person or two; whether Bernhardus Trevisanus and Bernhardus Trevirensis are identical or not. The problem is not a new one, for it occurs in the earliest editions of the works passing under Bernhardus' name, and in the above edition of Caspar Horn's he points out the confusion about the author. In the work peri chemeiaV, printed along with that of Picus Mirandulanus in 1598, the conflicting names occur. Thus.on pp. 139 and 152, he is called " Comes
Trevirensis & Naygensis in Germanm." On p. 148 the name given is'' Comes de Tresne in Germania," and the letter addressed to Thomas de Bononia is dated from Tresne, 12 May, 1453. But in what follows mention is made of " Comes deTrevisis " and " Veridicus Tarvisinus " and " Comes Tarvisinus." In the sub-title of the book, however, he is once more designated "Trevirensis & Naygensis in Germania." In the German edition of Toxites, 1582 (q. v.), he is called " Graf von der Mark und Tervis," whereas in the French translations of the
Traicté la Nature de l'Oeuf . . . he is "Comte de Treves, Allemand." By Hellwig (Fasciculus, 1719, p. 164) he is called Bernhardus of Trier, and Canonicus at Regenspurg. Caspar Horn (see his Vorrede, D 8 recto, Schrifften, 1746, 1747), fully realized the conflicting titles, and though he put on his title page " Graf von der Mark und Tervis " did not attempt to solve the problem. In 1780, in the German translation:
" Abhandlung von der Natur des (philosophischen) Eyes" (A 3, recto), the two statements are set more positively against one another: " Dieses uralte und höchstseltene noch nie im Druck erschienene lateinische Manuscript unter dem Titel: Tractatus Generosissimi Domini Bernardi, Comitis, Marchiae Trevisanae, de Natura orata, das ist, des Herrn Bernhards, Grafens von der Mark und Tervis (which the editor adopts), oder wie Hermann Condeesyanus [i.e. Grasseus ou Grasshoff, cf. supra] will, Grafen von Tresne and Näygens (welches sein Vaterland gewesen seyn soll und nicht MarchiaTrevisana)." &c., &c. The question therefore is whether the author is a German, Bernhard of Treves or Trier, or Tresne and Näygens, or whether he is an Italian, of the Marchia Trevisana or Tarvisana, and the confusion and difficulty culminate in the French edition of Denis Zachaire's Opuscule, Lyon, 1574, " Avec le traicté de venerable Docteur Allemant Messire Bernard Comte de la Marche Treuisane " where he seems to be both. But in the concluding paragraph of the aforesaid work
peri chemeiaV (p. 222), quite another complexion is given to the whole subject by what is there said, that the book was composed by " Bernardo sapientissimo Philosopho & Comite Tarvisino aut Treverensi, qui acquisivit et subjugavit Comitatum Negensem in Gerrnania per hanc artem preciosam et nobilem." It would almost require Bernhardus own perseverance to arrive at the truth of that statement. The simplest solution of the puzzle, apparently, is to assume that there are two persons, one German the other Italian. Hoefer, without any circumlocution, says that all previous writers have confounded Bernard de Treves and Bernard de Trevise, and his evidence for asserting this is that in a MS. in the Bibliothèque Nationale there is a copy of the 'Response' to Thomas de Bononia, signed Bernardus Cives Trevirensis, 1385. It was first printed by Robertus Vallensis in the second edition of Morienus Romanus' tract De Re Metallica, Paris, 1564, with the brief title. " Bernardi Trevirensis ad Thomam de Bononia medicum Regis Caroli Oclaui Responsio." This would seem to confirm what Hoefer quotes, but it does not at all agree with the date 1385. For Charles VIII. of France only came to the throne in 1483, and if Thomas de Bononia
were his physician, then he and his friend Bernhardus Trevirensis must have been well over a hundred years of age when the letter was written. so that they must have possessed the stone in its perfection, not only for transmuting the metals but for conferring long life. The likelihood, however, is that Chartes VIII. is here an error or misprint for Charles V. Bernard de Trevise, on the other hand, was born
in 1406, and his works as given by Hoefer are: De Chemia; De chemico miraculo; Traicté de la nature de l'oeuf des philosophes; La parole délaissée; and De la philosophie naturelle des métaux. Here Hoefer, however, has fallen into the very mistake he blames in others, for he ascribes to Bernard of Trevise the tract of the Philosophic egg, which is according to him assigned to Bernard of Treves, who lived half a century or more earlier. Hoefer's solution has been accented as conclusive by Ladrague, and Kopp has also referred to it, but without expressing his agreement. The conclusion of the whole matter seems to be that with the data at present at the historian's
command a definite settlement of the question has not been arrived at. Whether we accept Hoefer's explanation or some other, difficulties still remain, so that it is perhaps best to put all the works under Bernhardus, and specify in each case whether it professes to be by Bernhard of Treves or of Trevise.
]
Si d’aucun est très désireux de demander si je possède en réalité ce trésor précieux. Demandez plutôt si j’ai vu comment le monde a été créé ; si je connais la nature de l’obscurité égyptienne [sur l'application de l'hermétisme alchimique à l'Egypte, cf. Pernety, Fables Egyptiennes et Grecques, 2 vol. ; cf. aussi Kircher, Oedip Aegypt] ; ce qui est la cause de l’arc-en-ciel [cf. Clef VI de Basile Valentin] ; ce que sera l’apparition des corps glorifiés à la résurrection générale [cf. Sol Sine Veste] ; ce qui est la couleur la plus indélébile. Vous qui comprenez correctement ce petit livre, je me renseignerai si vous avez vu cette grande mer de sel, sans aucune corrosion, lever une suffisante humidité de toute la nature aux sommets des montagnes les plus hautes. [la mer de sel désigne le Mercure des Sages ; c'est le sel dit de liaison ; la coction consiste à cuire les matières de l'oeuvre dans ce sel - qui est aussi un scel, c'est-à-dire un sépulcre - et à les sublimer - comprenez les dissoudre - en sorte de les porter aux nues : c'est là où apparaît la couleur violet - ion pour ioV - qui signale le sommet des montagnes et le lieu de la conjonction radicale des humides] Dites-moi où y a-t-il du soufre hors du soufre et du mercure hors du mercure – sinon où y a-t-il du soufre qui apparaît du mercure, et de nouveau, du mercure dans le soufre ? [soufre et mercure sont à l'image de la fleur et de l'étoile dont parle Fulcanelli. Deux images du Rosarium Philosophorum montrent la pénétration du soufre dans le Mercure] Quand a-t-il été placé devant vos yeux l’idée de l’amour le plus fervent, le mâle et la femme s’embrassant si étroitement qu’ils ne pourraient plus être déchirés en morceaux, mais à travers un amour introuvable devenu un ? [allusion à la conjonction radicale des principes] Si vous comprenez ce à quoi je fais allusion quand je vous rapporte avoir exécuté l’expérience de mes propres mains et que vous le voyez de vos propres yeux, je vous accueille comme participants du mystère et je n’ai aucun désir plus cher que de vous connaître – c’est pour cette raison que j’ai aussi montré au monde ce petit traité.
Si quelqu’un se plaint de la difficulté de notre Art, sachez qu’en soi c’est parfaitement simple, et que cela ne peut présenter aucun obstacle pour ceux qui aiment Dieu, et sont tenus dignes par Lui de cette connaissance. Si quelqu’un me blâme d’exposer les vérités de cet Art trop simplement et clairement, rendant possible ainsi à quelqu’un de gagner ce savoir, je réponds que je les ai en effet expliqué avec la lucidité suffisante pour ceux qui sont dignes et prédestinés de Dieu, mais que l’indigne ne peut tirer aucun bénéfice d’eux. À quelques personnes faibles et peu profondes j’ai plusieurs fois expliqué cet Art de la façon la plus simple et même mot par mot, mais ils l’ont seulement méprisé, et ne croyaient pas qu’il est exposé dans notre travail une résurrection double des morts. [cf. Rosarium Philosophorium. L'auteur veut parler de la résurrection des deux principes de l'oeuvre.] Notre Art, sa théorie aussi bien que sa pratique, est en tout un don de Dieu, qui le donne quand et à qui Il choisit [cf. Donum Dei] : ce n’est pas de lui que vient la volonté, ou de lui que vient l'inspiration, mais simplement ce don s'exprime à travers la pitié de Dieu. Quoique j’ai diligemment étudié cet Art pendant 17 ou 18 ans, cependant j’ai dû, après tout, attendre le temps imparti, et l’accepter comme un don de Dieu4. Personne n’a besoin de mettre en question la vérité ou la certitude de cet Art. C’est  une vérité et une certitude, et sûrement prescrit par Dieu dans la nature, comme le soleil brille au midi de la marée, et la lune se montre si splendide la nuit. Mais je dois conclure cette préface, me garder afin d’écrire le traité entier. Mais vous, aimés Frères de la Croix D’or, qui sont sur le point d’apprendre comment aimer et utiliser ce don le plus précieux de Dieu dans le secret, ne me restez pas inconnus et si vous ne me connaissez pas, soyez sûrs que les fidèles seront approuvés et leur foi deviendra connue par la Croix, tandis que la sécurité et le plaisir l’éclipsent. Dieu est avec nous, Amen !


Tractatus Aureus..., Musaeum Hermeticum, préface, p. 7
[cette gravure ne figure pas dans le Dyas Chymica Tripartita]


Traité D’or sur la Pierre des Philosophes.

Les philosophes Anciens tant que modernes, et le lecteur le plus aimé et le chercheur consacré auprès de la vraie sagesse, quand par la grâce de Dieu ils avaient atteint le but de leurs désirs, ont essayé de faire connaître leur découverte aux quêteurs identiques dans toutes les parties du monde - non seulement parce qu’ils ont voulu les informer que Dieu trois fois grand et bon, avait éclairé leurs esprits, béni les labeurs de leurs mains, et leur a montré le plus grand et plus profond secret de la sagesse terrestre (duquel bénéfice tout éloge, honneur et gloire sont justement pour Lui) - mais aussi qu’ils pourraient permettre d’aider les débutants dans l’Art, par lequel, avec la permission de Dieu, ils pourraient aussi parvenir à la connaissance de ce mystère le plus saint. De tels hommes il y en avait dans tous les pays. Parmi les Egyptiens, Hermès Trismégiste tient la plus haute place; [sur les écrits hermétiques, cf. Tabula smaragdina, Livre de Crates, Marie à Aros, Sept Chapitres. Cf. aussi Henry Corbin, l'alchimie comme art hiératique - l'Herne, 1986 - où trois traités arabes sont traduits et commentés] La venue des Chaldéens, Grecs, Arabes, Italiens, Gaulois, Anglais, Hollandais, Espagnols, Allemands, Polonais, Hongrois, Israélites et beaucoup d’autres. Quoique les Sages mentionnés ci-dessus aient écrit plusieurs fois et dans des langues différentes, cependant leurs travaux montrent si merveilleusement une concordance, que n’importe quel vrai philosophe peut facilement voir que leurs cœurs ont été réjoui par Dieu dans la découverte de cette pierre, et qu’ils ont tous exécuté ce travail de leurs propres mains. Maintenant, comme la vérité de leurs avis est perçue selon leur concordance, ainsi les désaccords de certains autres les montrent comme de  faux philosophes. Puisque, ignorant les fondations de cet Art glorieux, et composant des théories imaginaires, montrent leur ignorance à tous.
La susdite concordance existe en regard à la matière, sa solution, son poids et la régulation et l’augmentation du feu.
En ce qui concerne la matière,  elle est une, et contient en elle tout ce qui est nécessaire. De cela l’artiste prépare ce qu’il veut. Sa « Naissance est dans le sable », [rappel de NISUS IN ARENA, cf. frontispice] comme le philosophe Anastratus dit dans « la Tourbe » :

« rien n’est plus précieux que le sable rouge de la mer; c’est l’humidité distillée de la Lune jointe à la lumière du Soleil, et congelée ». [il semble que la citation soit d'Acratus et non d'Anastratus, in 58ème sentence ; cf. Berthelot sur les noms multiples attribués aux pseudo philosophes du Code de Vérité, in Idée alchimique II. ]

Seulement cette substance est nécessaire, certifié par Agadmon [Agadaimon, encore appelé Agadimon, Agathodaemon ou Agmon] dans le même livre. Il dit :

« sachez qu’à moins que vous ne preniez mon corps [le soufre] sans l’esprit [le mercure] vous n’obtiendrez pas ce que vous désirez. Cessez de penser à des choses multiples. La nature est satisfaite d’une chose et celui qui ne le sait pas est perdu ». [EN TO PAN : l'oeuvre se fait par le seul Mercure : il s'agit là du Mercure philosophique, contenant Soleil et Lune réduites en leur forme de quintessence. L'extrait semble tiré de la 78ème sentence de la 2ème version de la Turba, p. 494 de la Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. I]
 
De la même manière Arnauld, de Villeneuve, écrit dans son « Flos Florum »:

« notre pierre est faite d’une chose et avec une chose. » [Flos Florum, in Artis Auriferae, ii, p. 311 ; Verae Alchimiae, Gratarole, ii, p. 67 ; Bibliotheca Chemica Curiosa, Manget, vol. I, p. 679]

 De la même manière, il dit au Roi de Naples :

« tout ce qui est dans notre pierre est essentiel pour cela, et n’a besoin d’aucun autre ingrédient étranger. Sa nature est une, et c’est une seule chose. »  [Epistola super Alchemia ad Regem Neapolitanum, in Bibliotheca Chemica Curiosa, Manget, I, p. 683 ; Verae Alchimiae, Gratarole, p. 63 ; Artis Auriferae, ii, p. 323]

Et Rosinus dit :

« sachez que l’objet de votre désir est une chose, de laquelle toutes les choses sont faites. » [Rosinus ad Euthiciam, in Artis Auriferae, i, p. 158. Rosinus est cité par Maier dans l'emblème XLIII de l'Atalanta fugiens au Livre des Inteprétations Divines. Cf. Idée alchimique, VI pour de plus amples développements. Notez qu'Euthiciam recèle un trait de cabale : il faut le lire euthcia : propriété de se fondre aisément]

Lilium :

« vous avez  besoin seulement d’une chose, qui à n’importe quelle étape de notre expérience peut être changée dans une autre nature. » [Lilium inter spinas, attribué à Grasseus ou Grasshoff, in Theatrum Chemicum, vol. VI, p. 323. Le Lis entre les Epines est une allégorie sur la Vierge.]

 Ainsi Geber dit dans sa « Somme » [il s'agit de la Somme de Perfection. Prenons garde au fait qu'il ne s'agit pas de Djabir, beaucoup plus ancien.] :

« notre pierre est une, une médecine, à laquelle nous n’ajoutons rien, dont nous n’emportons rien, seulement retirant ce qui est superflu. »

De nouveau, Scites [il s'agit de Sictus, alias Fictes ou Frictes selon la version de la Turba que l'on considère] dans « la Tourbe » dit :

« l’essence de cet Art est d’une certaine manière une chose qui est plus forte et plus glorifiée que toutes les autres choses, et est appelée l’acide le plus puissant, parce qu’il change l’or en esprit clair, sans lequel il n’y a ni blancheur, ni noirceur, ni rougeur. Quand l’esprit est joint au corps il devient un avec cela; et devient alors à nouveau un esprit, et est saturé avec la teinture spirituelle et immuable, et ainsi de nouveau par la combinaison reçoit une teinture physique qui ne peut pas être annihilée. Si vous placez le corps sans l’acide sur son feu, il sera brûlé et détruit. » [cet acide, faut-il le rappeler, n'a pas pouvoir de brûler mais de dissoudre. C'est l'un des grands secrets de l'alchimie : les Sages l'ont appelé leur dissolvant secret, leur Azoth, Duenech, etc. Ce passage est tiré de la 15ème sentence de la Tourbe. Dans d'autres versions, le mot acide est remplacé par vinaigre qui est sans doute plus convenable, en ce qu'il rappelle le vinaigre très aigre d'Artephius, cf. Livre secret]

De ces mots de Scites le lecteur pourrait conclure, que non pas une mais deux choses, à savoir un corps et un acide (comme il l’appelle) sont nécessaire et qu’un liquide doit être combiné avec une chose sèche de peur que la chose sèche ne doive être consommée par le feu, afin que par la chose humide il puisse être préservé d’une telle combustion [le vinaigre des Sages permet, précisément, d'épargner au corps la destruction et c'est la clef de la sublimation]. Cette conclusion, si correctement acceptée, j’y souscris volontiers. Mais des dictons philosophiques mentionnés ci-dessus (exprimés cependant obscurément), il est clair comme le jour que la substance de notre Pierre Bénie est une (bien que les sages l’appellent par des noms différents) et que la Nature l’a faite prête à la main du connaisseur, ayant voulu que cette chose unique, et aucune autre de par le monde, soit la matière de la Pierre. Ce sujet fait rire le vulgaire ; tout le monde la voit, la touche, l’aime, mais ne la connaît point. C’est glorieux et vil, précieux et de petit prix et se trouve partout. Théophrastus Paracelsus, dans son livre peu connu concernant « la Teinture des Choses Physiques, » [De Tinctura physicorum dont Alexander von Suchten a donné un commentaire : Explicatio Tincturae Physicorum Theophrasti Paracelsi in Hermetisches A.B.C., vol. I, p. 195] l’appelle le Lion Rouge, qui est nommé par plusieurs, mais connu de peu. Hermès, dans le premier chapitre de son Traité, l’appelle

« l’Argent Vif coagulé dans ses chambres les plus secrètes. » [Il s'agit des Sept Traités ou Chapitres Dorés, écrit réputé hermétique]

Dans « le Rosaire des Philosophes » elle a reçu le nom de Sel. Mais, pour être bref, notre Matière a autant de noms qu’il y a de choses dans le monde; c’est pourquoi l’idiot ne la connaît pas. Idiots, j’appelle ceux qui, sans aucune connaissance préléiminaire de Nature et de ses propriétés, entreprennent d’apprendre cet Art, et y viennent (comme Arnaud dit) comme l’âne à la huche, ne sachant pas pourquoi ils ouvrent leurs bouches. De là il est bien dit par Geber, dans « la Somme de Perfection » :

« lui qui n’a aucune connaissance élémentaire de la Nature est loin d’une appréciation appropriée de cet Art. »

 Et Rosarius dit [il s'agit d'un extrait de l'introduction au Rosarium Philosophorum] :

«  Je ne conseille à personne de s’approcher de cet Art à moins qu’il ne sache le principe et le régime de Nature : s’il est mis au courant de cela, Il lui manque peu excepté une chose, aucun besoin de se mettre à une grande dépense, puisque la pierre est une, la médecine est une, le vaisseau est un, la règle est une, la disposition  est une. »

Toutefois cette seule matière avec aide de la nature et l'expérience de l'artiste est séparée de telle sorte que, comme dit Teophraste [Paracelse], qu'elle est transformée en aigle si blanc que la splendeur du soleil ne saurait illuminer plus intensément la matière spagyrique ou, comme Basilius Valentinus dit,

« que de là est né un esprit blanc comme la neige, et un autre esprit rouge comme le sang, lesquels deux esprits sont contenus dans une troisième chose cachée. » [il s'agit des deux Soufres sublimés dans le Mercure qui est cette chose cachée, autrement dit cet arcanum. Nous n'avons pu retrouver jusqu'à présent la source de cette citation. Selon Hoefer, l'esprit blanc est le Mercurius Philosophorum et l'esprit rouge est le Sulphur philoosphorium, c'est-à-dire les Soufres animés. ]

De là le Roi Aros dit non sans raison :

«  Notre médecine est composée de deux choses ayant une racine identique, à savoir l’union mercurielle d’un solide et d’un liquide, d’un spirituel et d’un corporel, d’un froid et  d’un humide, d’un chaud et d’un sec, et d’aucune autre façon [notre médecine] ne peut être préparée. » [Dialogue de Marie à Aros, Bibliothèque des Philosophes chymiques, vol. I, p. 77 ; Theatrum Chemicum, vol. VI, p. 479]

Et Richard l’Anglais dit : 

«  la pierre est une, la médecine est une, qui, cependant, selon les philosophes est appelée Rebis ( deux choses), étant composée de deux choses, à savoir un corps et un esprit [rouge ou blanc]. Mais beaucoup de ces personnes idiotes se sont égarées, l’expliquant de façons diverses. [cf. Libellus utilissimus, Cui titulum fecit Correctorium,  Theatrum Chemicum, vol. II, p. 442 avec des notes de Ferguson ; Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. II, p. 266 : Libellus utilissimus peri CemeiaV, cui titulum fecit Correctorium] Le Rebis est constitué de deux choses et ces deux choses forment une chose unique, à savoir, l’eau jointe à un corps, par lequel le corps est dissous dans un esprit, c’est-à-dire l’eau minérale, dont il a été d’abord fait; [l'eau métallique et étoilée] et ce corps et cet esprit composent une eau minérale, qui est appelée Élixir, c’est-à-dire ferment [il s'agit du Mercure philosophique ; notons que la définition de l'Élixir est pour une fois exacte. En aucun cas l'élixir des Sages ne désigne la panacée universelle comme cela est dit, trop souvent, par les souffleurs] ; c’est pour cela que l’eau et l’esprit constituent une chose unique, dont est composée une teinture et une médecine pour dépurer tous les corps. »

Et ainsi, selon les philosophes, nous avons la nature du soufre et du mercure en surface, tandis que sous terre ils deviennent d’or et d’argent. Bernard, le Comte de Trévisan , dit :

« notre travail est exécuté au moyen d’une racine et de deux substances grossières, tirées et extraites d’un minéral, pures et claires, étant unies par la chaleur de l’amitié; en effet, cette matière exige d’être soigneusement cuisinée jusqu’à ce que les deux choses deviennent une ». [citation de la Philosophie Naturelle des Métaux, 3ème partie]


le roi et la reine à la première phase de la conjonction [Rosarium - cliquez pour agrandir]

Basilius Valentinus (Lib. Nat et Supernat., c. 4) dit :

«  Je vous ferai  connaître toute la vérité pour l’amour de Dieu, à savoir que la racine du soufre philosophique, qui est un esprit céleste, est unie dans le même matériau avec la racine du spirituel et surnaturel mercure, et qu'elle forme le principe du sel spirituel, dont est fait la Pierre et pas d’autre chose. Cette chose universelle, ce trésor le plus grand de la sagesse terrestre, est Une, et les principes de trois choses sont trouvés dans Un, qui a le pouvoir de changer tous les métaux en Un. Les trois choses forment le vrai esprit du mercure et l’âme du soufre, unis au sel spirituel et demeurant dans un corps; ils symbolisent le dragon et l’aigle, le roi et le lion, l’esprit et le corps, etc ; ». [tiré de l'Esprit du cuivre, chapitre IV du Traité des Choses Naturelles et Supernaturelles. La racine est une substance visqueuse assimilable à la quintessence métallique qui constituait pour ainsi dire le « fonds » de tous les métaux pour les Anciens. Une gravure de Mylius montre l'Arbore solari avec Senior et Adolphus, qu'encadre une scène où l'on voit d'un côté le vieux roi terrassant un dragon et de l'autre Diane chevauchant un cétacé.]

De cette façon notre matière préparée est aussi appelée le mâle et la femme, active et passive. Ainsi Zimon [en fait, il s'agit de Socrates] dit, dans « la Tourbe » :

« sachez que le secret du travail consiste dans le mâle et la femme, c’est-à-dire, un principe actif et passif. Dans le plomb est trouvé le mâle, dans l’orpiment la femelle. Le mâle se réjouit quand la femelle y est apportée et la femme reçoit du mâle une semence tingente, et est ainsi colorée. » [ce passage ne peut être attribué à Zimon - où à Zeunon ou Zenon ; en revanche, il semble s'agir de la 16ème sentence, où intervient Socrates . Rappelons que l'orpiment est un nom de cabale qui se rapporte à l'Arsenic de Geber, au Corps : Moyses, dans la 44ème sentence indique que l'argent-vif de l'orpiment est assimilable au Cambar de la magnésie. Dans la 51ème sentence, Pandolphus assure que l'argent vif doit être tiré du Cambar dont l'autre nom est, précisément, orpiment, Zendrio ou Sanderich - qui rejoint le Zandarith du Livre Secret d'Artephius - Ebsemich, Magnesia, Kuhul - sulfure d'antimoine - encore appelé Chuhul. Toutes ces susbtances semblent se rapporter au principe féminin : son nom le plus commun, et le moins chargé de cabale, est le Soufre blanc. Ixumdrus, dans la 52ème sentence de la Tourbe, en dit qu'il s'agit d'une substance blanche comme le marbre et que les envieux l'ont appelé Ethelia. Nous ne saurions qu'être d'accord avec lui.]

Et Diomedes dit :

« joignez l’enfant masculin du « serviteur rouge » à la conjointe parfumée, et ils produiront l’objet de notre Art. Mais vous ne devez ajouter aucune matière étrangère, ni poussière, ni autre chose. La conception sera alors parfaite et un vrai fils sera né. Oh, combien précieuse est la nature de ce « serviteur rouge » sans qui rien ne peut être effectué! » [29ème sentence, Turba. Par conjointe parfurmée, il faut entendre le Corps et l'Esprit conjoints. Quant au serviteur rouge, il s'agit de la teinture métallique ou or alchimique.]

D’autres l’appellent mercure, ou vif-argent et soufre, ou feu, comme Roger Bacon dit, dans le troisième chapitre de son « Miroir » :

« Du soufre et du mercure sont tous les métaux, et rien ne leur adhère, aucun ne leur est joint, ou ne les transmute, mais ce sont leur raison. Et ainsi nous devons accepter le mercure et le soufre comme la matière de la pierre. »

Ainsi, Menabadus dit aussi :

« lui qui joint le mercure au corps de magnésie et la femme à l’homme, extrait l’essence secrète par laquelle les corps sont colorés. » [25ème sentence, Tourbe. Il s'agit de Menabdus ; et cette essence secrète est nommée Ethelia, au travers de laquelle les corps sont colorés.]



le bain du roi et de la reine 3ème phase de la conjonction [Rosarium - cliquez pour agrandir]

Lullius dans son «  Codicille » dit :

«  La propriété de notre mercure est qu'elle se coagule par son soufre ». [cf. Conclusio summaria ad intelligentiam Testamenti seu Codicilli Raymundi Lullij, et aliorum librorum ejus; nec non argenti vivi, in quo pendet intentio tota intentiva, qua aliter Repertorium Raymundi appellatur, Theatrum Chemicum, vol. III, p. 730 ; Codicillus, seu Vademecum & Cantilena in quo fontes Alchemicae Artis ac Philosophiæ reconditioris uberrime traduntur, Bibliotheca Chemica curiosa, vol. I, p. 880 ; Intentio summaria, quae aliter dicitur Repertorium, valde utilis ad intelligentiam Testamenti, Codicilli & aliorum librorum Raymundi Lullii, Verae Alchimiae, ii. p. 185 ; Elucidarius über sein Testament und Codicill. Hermetisches A.B.C., vol. I, p. 315 - notation capitale car Lulle donne ici à la fois le moyen et le but du Mercure, c'est-à-dire l'artifice spécial qu'a décrit Fulcanelli. On reverra ici l'un des caissons - n°5 de la 7ème série - du château de Dampierre-sur-Boutonne avec le phylactère : « PROPRIIS.PEREO.PENNIS. ]

Et, dans la Pratique de son Testament :

«  L'argent vif est une humidité qui flue et entoure, préservant [les corps] de la combustion ». [Testamentum, pars Practica super Philosophico Lapide, Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. I, p. 763. Par argent, il doit être question d'argent vif, c'est-à-dire du Mercure ou vinaigre dont l'emploi doit être conjoint au feu. « AZOTH ET IGNIS TIBI SUFFICENT » comme l'enseigne Basile.]

D’autres emploient les mots de corps, d’esprit et d’âme. Ainsi Arnaud, dans son « Flos Florum » dit :

« les Sages ont affirmé que notre Pierre est composée de corps, âme et esprit et ils ont dit vrai. Pour la partie imparfaite ils l’on comparée à un corps, parce quelle est fragile. L’eau ils l’on appelée l’esprit et avec vérité, parce que c’est l’esprit. Le ferment ils l'ont nommé l’âme, parce qu’il donne la vie au corps imparfait (qui auparavant était mort) et fait sa forme plus belle. » [cf. supra. Le corps mort est à l'image de l'écrin d'un joyau. La même distance existe entre l'émeri et le rubis. Un subtil changement dans sa forme, l'infusion d'une trace de teinture peuvent en faire un objet de la fascination pour le regard de l'homme et faire mettre le poignard au poing chez quelques-uns, cupides et faibles ]

Ensuite, il dit :

« un esprit n’est jamais joint [directement] à un corps, mais par l’interposition d’une âme. Puisque l’âme est le moyen entre le corps et l’esprit, joints-les ensemble. » [c'est l'ESPRIT qui est intermédiaire entre l'ÂME et le CORPS. On trouve ici la même méprise qu'au De Lapide Philosophorum de Lambsprinck, première figure, cf. Livre d'Alze.]

Morienus dit :

« l’âme entre rapidement dans son propre corps, mais si vous essayez de la joindre à un corps étranger, vous travaillerez en vain. » [Entretiens de Calid à Morien : Bibliothèque des Philosophes Chymiques, vol. II, p. 56 ; Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. I, p. 509 ; Artis Auriferae, ii, p. 3. Le titre complet est : Calid. Liber de Compositione Alchemiæ quem edidit Morienus Romanus, Calid Regi Ægyptiorum; quem Robertus Castrensis de Arabico in Latinum transtulit]

Et Lilium dit [la traduction anglaise du texte - fautive - donne Lullium, cf. Musaeum Hermeticum, p. 12, Tractat us Aureus] :

« le Corps, l’âme et l’esprit composent une chose, qui a tout en soi et auquel rien n’est ajouté. »

Mais pourquoi devrions-nous mentionner et expliquer tous les noms par lesquels notre Matière est désignée ? On se contentera de ce qui précède, considérant qu’ils sont les plus communs et les plus pertinents à notre but. Dans les pages qui suivent, après avoir essayer de trouver où notre substance se cache et où elle peut être obtenue, nous dirons quelques mots au sujet de son mode de dissolution, qui reste après tout l’objet principal de notre enquête. Et d’abord, en ce qui concerne la recherche de notre Matière, nous devrons  rappeler qu’au commencement, quand il n’y avait rien à part Lui, Dieu, qui est infini dans sa sagesse, a créé deux classes de choses, à savoir, celle qui est dans le ciel et celle qui est sous le ciel. Les choses célestes (dont nous n’avons pas besoin de parler  ici en détail) sont les cieux eux-mêmes et les habitants du ciel, les choses qui sont sous le ciel ont été créées de quatre éléments et sont généralement divisées dans trois classes. Celles qui tiennent la première place sont appelés animaux. La deuxième classe est les plantes, qui grandissent de la terre, mais ne sentent point. La troisième classe, celle des minéraux, tire son origine de dessous terre. Ces trois classes incluent tout ce qui (au-dessous de la lune) a été créé des éléments. Ils ne peuvent jamais changer, et Dieu a lié chaque chose à son genre propre et espèce, pour qu’il ne puisse pas changer d’un genre à un autre [Van Helmont en fera son système des archées, magnales et blas dont Becher tirera également partie, cf. articles de Chevreul sur l'Histoire de la Chimie de F. Hoefer]. Si quelqu’un a essayé de faire un homme ou un arbre d’une pierre, ou un singe ou du plomb d’une plante, ou un animal ou une plante du plomb, il serait empêché de faire ainsi selon l’ordre éternel du Grand Roi. Si une telle chose était possible, toutes les classes d’objets naturels pourraient se changer en une autre. Mais, parce qu’un tel changement mettrait fin au monde, le Dirigeant de l’Univers ne le permet pas. Non, qui plus est, Il a non seulement limité tout à son espèce propre, mais a donné à chaque chose créée sa graine propre, par laquelle elle pourrait être propagée d’après sa façon propre - restant toujours dans sa classe propre et non outrepassant des limites d’une autre espèce. Si quelqu’un a voulu changer un homme en cheval, une pomme dans une laitue, un diamant ou un autre bijou dans l’or, il ferait une énorme erreur. Une telle tentative serait contre la nature des choses sublunaires. [on pourra lire le Traité des Choses Naturelles et Supernaturelles du pseudo Basile Valentin ; la Philosophie Naturelle des Métaux de Bernard Le Trévisan ; la Philosophie Naturelle Restituée ou Enchiridion de Jean D'Espagnet et l'Opuscule de la Vraye Philosophie des Métaux de Denis Zachaire sur le sujet des correspondances naturelles] Et comme il était dans le commencement donc il sera dans la fin, quand le Tout-puissant, au commencement a dit « laisser être, » dira « laisser périr. » Mais parmi ces choses qui ont une substance commune, la graine, et une composition élémentaire, il n’est pas difficile d’y accomplir une amélioration, par la purification de leur matière. Donc nous pouvons voir qu’un homme d’esprit clair et subtil parvient à un degré plus haut d’excellence humaine que d’autres qui sont moins doués. Cette différence résulte de la pureté supérieure et de la subtilité de sa condition spirituelle, qui a de nouveau son origine dans un corps rectifié et bien constitué. Ainsi aussi nous voyons qu’un cheval excède de force et de vitesse un autre ; et il est le même avec toutes les sortes de créatures vivantes. Une règle pareille reste valable à un degré encore plus grand pour ce qui concerne les plantes et les arbres - avec les arbres, en transplantant, greffant et avec des méthodes analogues et bien familières aux jardiniers; pour d’autres natures végétales, l’expérience quotidienne nous apprend comment les plantes et les fleurs de la même sorte diffèrent l’un de l’autre dans la gloire, dans la beauté, dans le parfum et le goût. L'exemple des caryophylles (appelées ainsi parce qu'elles portent des tuniques aux fleurs) et des tulipes représente un cas remarquable. Seigneur Dieu, en combien d’espèces différentes ces fleurs ont-elles été développées ? Et même ces nouveaux développements sont faits plus beaux de jour en jour et il est universellement admis que de telles fleurs excellentes et parfumées n'étaient pas là auparavant. Mais que dois-je dire des métaux qui ont une substance commune, à savoir, le mercure, digéré et consolidé par le pouvoir  du soufre ? Concernant cette substance commune, Richard l’Anglais a dit :

« la Nature a élaboré toutes les sortes de choses fusibles par un processus naturel du mercure, et la substance de son soufre, parce que c’est la propriété du mercure d’être coagulée par la vapeur, par la chaleur du soufre blanc et rouge qui ne brûlent pas. » [cf. Mercure de nature : l'expression « processus naturel du mercure » n'est pas vaine : la Nature utilise une sorte de Mercure, par la voie humide, pour élaborer des synthèses cristallines au lieu que l'homme utilise la voie sèche depuis Djabir l'ancien. Cf. chimie et alchimie -]
 
Le même  point de vue est exprimé par Arnaud (point 1, chapitre II) :

« le Mercure est la forme élémentaire de toutes les choses fusibles ; quand elles sont mélangées à lui,  [elles] sont changées en lui, et il se mélange avec elles parce qu’il est de la même substance qu’elles. De tels corps diffèrent dans leur composition du mercure seulement, selon qu’ils sont ou ne sont pas libres de la matière étrangère du soufre impur. » [extrait de Thesaurus Thesaurorum & Rosarium Philosophorum, omnium Secretorum maximum secretum, de verissima compositione Naturalis Philosophiæ qua omne diminutum reducitur ad solificum & lunificum, Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. I, p. 662.]


l'extraction de l'âme [Rosarium - cliquez pour agrandir]

De la même façon Rosinus (Ad Saratantam [Episcopum]) dit :

« la substance de tous les métaux dans le cœur de la terre est un mercure imparfait et solidifié ; car par la chaleur accélérante du soufre, des métaux différents (selon les variétés différentes de soufre) sont produits dans la terre ; leur substance originale est une et la même, elle est modifiée seulement par une plus grande ou plus petite influence externe. » [cf. supra sur Rosinus. Peu de choses ont été retenues sur cet alchimiste ; on sait qu'outre l'ouvrage déjà noté - Rosinus ad Euthiciam, il serait l'auteur du Liber definitionum - Artis Aurifireae, i, p. 203 et d'un Rosinus ad Saratantam Episcopum, idem, i, p. 178 d'où est extrait le passage ci-dessus. F. Hoefer le tient pour un Arabe - il cite Djabir, Morien et Rhasis - in Histoire de la Chimie, I, p. 348, 1842 et I, p. 367,  1866]

De là nous voyons tous les jours comment la Nature est occupée activement à les mener à la mortification et à la perfection. Toutefois, la perfection des métaux, et l’intention finale de Nature vis-à-vis d’eux, est l’or. Pour tous les métaux, on voit que Nature a fait quelque chose pour eux vers la perfection suprême, aucun métal n'étant assez corrompu [le texte traduit en anglais donne « base » pour « bad »...] pour ne pas contenir une graine originelle d’or ou d’argent qui changerait toujours le mercure qu’il a en lui, son soufre propre en or, si elle n’était pas souvent gênée par un petit obstacle extérieur, viz., un soufre impur, fétide et combustible. Dans la plupart des cas, l’or est sorti du pur, clair, libre de l’ordure, et non mixé avec les autres métaux. Mais le plus fréquemment une grande quantité de soufre étranger se mélange avec le mercure, et empêche ainsi son développement parfait ; et, selon la variété de ce soufre, des sortes différentes de métaux sont produites, comme Aristote dit (4. Météore.) [sur l'attribution du Livre des Météorologiques à Aristote, cf. idée alchimique.] :

«  Si le mercure a une bonne substance mais que le soufre soit impur et combustible, il change le mercure en laiton. Si le mercure est pierreux, impur et terreux et le soufre non pur, cela devient du fer. L’étain semble posséder un mercure convenable et pur ; mais le soufre en est mauvais et mal mélangé. Le plomb a un mercure brut et mauvais, respirant le mercure malade, et n’étant pas correctement coagulé. »

De cette façon, le soufre combustible et fétide n’est pas le vrai feu qui attise la passion des métaux ; mais le mercure a son propre soufre [per se], qui est suffisant dans le but de les modeler, comme Bernard, le Comte de Trévisan, dit :

« certains croient que dans la génération des métaux, une substance sulfureuse est introduite de l’extérieur ; mais, au contraire, il est clair que dans le travail de Nature le soufre est déjà incorporé au mercure. Cependant, il n’a aucun pouvoir sauf à travers une chaleur labile, par lequel ledit soufre est changé ainsi que deux autres qualités du mercure. De cette façon, alors, la Nature produit au moyen de ce soufre les différentes sortes de métaux dans les veines de la terre, selon la diversité des degrés et des changements. » [cf. Mercure de nature. Il est évident que si nous remplaçons les métaux par les minéraux, tout s'éclaire. ]

Dans ces métaux, selon Arnaud (point 1, chapitre III),

« Il y a une double superfluité : une est incluse dans la nature la plus secrète du mercure, et est arrivée là au premier mélange du métal ; l’autre n’appartient pas à son essence, lui est externe, et corruptible. Retirer la première est une tâche difficile; la seconde peut être enlevée sans aucune difficulté. Le soufre combustible est soustrait en étant soumis à l’action du feu, ou est détruit par des corps étrangers ; mais l’autre, qui est dans le mercure, est préservée de la combustion. » [il s'agit là d'une opération de type séparation où l'on disitingue le Soufre principe et le soufre vulgaire, qualifié par Philalèthe de « soufre puant » et qui sans doute ne correspond qu'à la gangue minérale entourant le métal. Cf. supra pour la référence.]

Mais de nouveau, ce soufre intérieur qui façonne le mercure, y appartenant, mûrit en lui vers la perfection, soit pur ou impur, soit combustible ou incombustible. Le soufre impur gêne la digestion du mercure, qui ne peut pas être transformé en or jusqu’à ce qu’il en soit entièrement séparé ; mais le soufre pur, incombustible, fixé, [réflexion fondamentale à considérer et à étudier : là gît l'un des secrets les mieux gardés du processus alchimique] reste avec lui et ensuite, passe soit en or ou en argent, selon que ce soufre soit blanc ou rouge. Ce soufre interne n’est rien que le mercure mûr et la partie la plus avancée du mercure. Et c’est pour cette raison que le mercure le reçoit avec autant de bonté, comme étant de son essence propre, tandis qu’il rejette ceux qui lui sont étrangers. Ainsi Richard l’Anglais dit, dans son neuvième chapitre :

« Plus pur le soufre est, plus aisément il se combine avec le mercure unique et pur, et plus intimemen, ils se combinent plus est précieux le métal qui est produit. » [par plus simple, il faut entendre sans doute plus dépuré et c'est peut-être la clef de l'énigme à propos de laquelle les Adeptes assurent qu'il ne faut rien introduire d'étranger dans l'oeuvre, c'est-à-dire dans le Mercure. L'extrait appartient au traité Libellus utilissimus, Cui titulum fecit Correctorium. Cap IX : De generatione Sulphuris vulgi, & simplicis, & Mercurii, in Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. II, p. 269]

Mais un tel soufre, dit Avicenne,

« n’est pas trouvé sur terre, sauf dans la mesure où il existe dans des corps métalliques sous l’action du soleil et de la lune. Dans le soleil, il existe dans un état parfait, parce qu’il est le mieux digéré et décocté. » [tout cela doit s'entendre par cabale. Le Soleil des alchimistes est leur Soufre rouge et il ne peut évidemment se trouver sur la TERRE, puisque celle-ci symbolise le Soufre blanc : le christophore ou résine de l'or.]

Selon Richard, dans son douzième chapitre [cf. supra],

« le soufre rouge des philosophes existe dans le soleil par le biais de sa digestion plus grande et le soufre blanc dans la lune à cause de sa digestion inférieure. »


le bain du Soleil [Rosarium - cliquez pour agrandir]

Ainsi, la substance des métaux est une et commune à tous et puisque cette substance est (soit immédiatement, soit après avoir écarté et laisser suivre la course du temps au soufre étranger et mauvais des métaux par un processus de digestion graduelle) changée par la vertu de son soufre propre demeurant en OR qui est le terme de tous les métaux et la vraie intention de Nature - nous sommes obligés d’admettre, et, librement, d'avouer que dans le règne minéral, aussi bien que dans le règne végétal et animal, la Nature cherche et exige un accomplissement graduel de perfection et une approximation graduelle du plus haut degré de pureté et d’excellence. [le royaume minéral est une expression parfaitement appropriée à notre conception de l'alchimie ; il ne saurait être question de verser dans le positivisme et d'admettre un quelconque « accomplissement graduel de perfection ». Pour autant, nous ne saurions passer sous silence ces merveilleuses concrétions cristallines qui, de tout temps, ont exercé un effet de miroir magique sur la conscience... Cf. Soufre.]
J’ai pensé que ce serait mieux, pour l'Amoureux de Science, d’approfondir la question plus avant, afin que vous puissiez plus aisément savoir et vous servir de la substance de notre Pierre ! Car si vous avez essayé de produire notre Pierre d’une substance animale vous échoueriez, parce que les deux choses appartiennent aux ordres naturels différents. Car la Pierre est un minéral, mais vous essayeriez de la modeler d’une substance animale. « Mais rien, » dit notre Richard, dans son premier chapitre, « ne peut être sorti d’une chose qui n’est pas dans cela. Donc chaque espèce, chaque genre, chaque ordre naturel, est naturellement développé dans ses limites propres, portant des fruits d’après sa sorte [son espèce] propre et pas dans un autre ordre essentiellement différent :

« Tout ce qui germe et est semé doit correspondre à sa semence propre. »

Et Basile Valentinus dit :

«  Considérez et connaissez, mon ami, que vous ne devez pas choisir une âme animale pour votre but. Car la chair et le sang donné par le Créateur aux animaux, est approprié aux animaux et d’eux les animaux sont formés et portent en avant leurs fruits. » [ce passage semble être tiré de l'introduction aux Douze Clefs de Philosophie.]

Pour cette raison je demande à ceux qui veulent être considérés comme de grands connaisseurs et chercher encore la substance de la pierre dans le menstruum féminin, le liquide séminal, des oeufs, des cheveux, l’urine et des choses semblables et n’avoir pas honte pour remplir tant de volumes de leurs recettes vaines et sans valeur et tromper l’ignorant avec de telles suppositions idiotes, futiles et inutiles. Roger, dans son « Miroir » (chapitre III), exprime sa stupéfaction à la folie de ces hommes quand il s’exclame :

« Comme c’est étrange que n’importe qui de raisonnable doive chercher ce qu’il veut dans les mondes animaux et végétaux, qui n’ont rien du tout pour faire le sujet de sa recherche, tandis que le monde minéral est tout à fait prêt à sa main. Il est incroyable que n’importe quel philosophe devrait établir son art sur une base si éloignée, sauf en effet par voie de l’allégorie. » [d'où l'on doit retirer la matière prochaine de l'élixir]

« Car notre Pierre (dit Basile) n’est pas faite de choses combustibles. En vérité cette Pierre et le sujet sous entendu sont sécurisés contre toute violence, cesses donc de le chercher dans le règne animal ; Car Nature elle-même ne peut pas le trouver là. » [avant propos aux Douze Clefs de Philosophie, cité par Pernety dans son article RÈGNE du Dictionnaire Mytho Hermétique, cf. Enchiridion de D'Espagnet sur l'article de Chevreul.]

De nouveau, quiconque espèrent le trouver dans le monde végétal, comme, par exemple, dans les arbres, les herbes, les fleurs, d’autant se trompent tout à fait celui qui voudrait changer un animal en pierre. Les plantes et les arbres, avec tout ce qu’ils produisent, peuvent être consommés par le feu, et rien derrière ne subsiste sauf la poussière dont ils sont faits, et le sel qu’à la première création de leur espèce ils ont reçu de Nature. Ne laissez personne être induit en erreur par les affirmations confiantes de ceux qui feignent qu’ils peuvent produire la Pierre du Philosophe du blé, ou du vin. [si le blé n'est cité par les alchimistes que pour des raisons d'allégorie cabalistique, en revanche le vin joue un rôle de premier plan dans l'oeuvre ; voyez là-dessus Arcanum duplicatum et la voie humide] Ces personnes s’imaginent qu’ils comprennent la signification d’un certain passage dans les écritures de Raymond Lulle, mais alors exposent la profondeur de leur folie selon la supposition de sagesse profonde, et ainsi trompent seulement eux et d’autres. Je ne nie pas que quelques solvants excellents, indispensables tant au médecin (physicien) qu’au chimiste, sont obtenus de ces sources ; mais je nie le plus positivement que la Pierre du Philosophe peut être préparée, ou sa graine mise à jour, d’eux, puisque le Créateur a prescrit que rien ne devrait outrepasser les limites de l’ordre naturel auquel il a été à l’origine assigné. De là chaque vrai disciple de sagesse peut cueillir que la substance de la Pierre ne peut être obtenue ni de l’animal, ni du monde végétal, voyant que tous les deux sont combustibles. Nous devons donc la chercher parmi des choses incombustibles, c’est-à-dire dans le monde minéral, et delà seulement nous pouvons la préparer. Depuis, alors, la Pierre des Sages est minérale et il y a différentes sortes de minéraux, comme de pierres (incluant l’argile et les variétés différentes de terre), des sels, des minéraux généraux et des métaux, nous devons plus loin demander, dans lequel de tout ceux-ci est-il contenu. [Fulcanelli, pour plusieurs raisons, a conseillé à l'impétrant de régler son travail sur celui du potier. E. Canseliet a de son côté fait souvent référence aux ouvrages de Piccolpassi.] Nous pouvons immédiatement éliminer les pierres, parce qu’elles ne contiennent aucun mercure fusible et ne peuvent pas être fondues, dissoutes, ou divisées en leurs constituants à cause de la grande quantité de soufre étranger et de substance terrestre qui les lie.
Tout investigateur sage des secrets de Nature s’attend à trouver la substance de la Pierre Bénie dans des sels, des aluns ou des minéraux semblables. [voir chimie et alchimie où la question est étudiée de façon complète] En eux il rencontre un tranchant, corrosif, esprit destructif, mais le mercure et le soufre, comme compris par les philosophes, il chercherait en vain. Des minéraux généraux, comme la magnésie, le bismuth, l’antimoine, etc, ne peuvent jamais dans aucunes circonstances devenir des métaux ; comment, alors, peut la substance de cette Pierre, qui est la perfection essentielle de tous les métaux et des minéraux, être obtenue d’eux ? De plus, ils n’ont rien de commun avec les métaux, mais brûlent, corrodent et les détruisent : - comment alors peuvent-ils être les moyens de leur amélioration ?
Entendez ce que Richard l’Anglais doit dire sur cette tête (chapitre X) :

« Les minéraux inférieurs ne peuvent pas devenir des métaux - D’abord, parce qu’ils n’ont pas été produits de la substance élémentaire des métaux, qui est le mercure. Mais l’observation que leur génération diffère de la génération des métaux en forme, en substance, et en composition, [permet de déterminer] qu'ils ne peuvent jamais devenir des métaux, parce que les choses appartenant à la même espèce ont la même substance élémentaire et apparaissent de la même graine. Mais les minéraux inférieurs ne sont pas produits du mercure, comme nous apprenons d’Aristote et d'Avicenne. S’ils devaient devenir des métaux, ils devraient changer en la substance élémentaire des métaux. Et, puisqu’une telle transformation est au-delà de la puissance de la chimie, ils ne peuvent pas devenir des métaux ; c’est-à-dire qu'ils ne peuvent jamais être la substance de la Pierre. Deuxièmement, puisque les minéraux inférieurs ne peuvent pas être venus de la substance élémentaire des métaux, qui est le mercure, ils ne peuvent jamais atteindre le milieu et la fin du même développement, à savoir, des métaux et de la teinture. Mais parce que les propriétés des minéraux inférieurs sont étrangères à ceux des métaux, bien qu’ils puissent avoir certaines des vertus des minéraux, cependant dans l’ensemble, ils sont moins parfaits et sont susceptibles d’être blessés par le feu. Donc la nature des des métaux n’est pas en eux, mais les repousse bien au contraire. Pour cette raison ils sont idiots ceux qui introduisent tant de suppositions étrangères dans le but de l’imposer à leurs auditeurs ; parce que les choses qu’ils avancent sont en tout point contraires aux métaux et ne peuvent jamais recevoir, ni communiquer leur nature. » [Libellus utilissimus, Cui titulum fecit Correctorium. Cap X : Quod impossibilite fit media mineralia artificialiter fieri Metalla, in Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. II, p. 269-270]

L’étudiant ne doit pas souffrir d’être induit en erreur par la langue de temps en temps employée en ce qui concerne les sels par les philosophes que nous avons cité, comme, par exemple, quand il est dit, dans la langue mystique de nos Sages, « Lui qui travaille sans sel ne lèvera jamais de cadavres » ; [type même de la sentence anodine qui recèle une partie du secret de l'oeuvre ; on consultera la Clef VIII de Philosophie de Basile] ou, de nouveau, quand il lit dans le livre des Soliloques, [Libro Soliloquiis, réf. non retrouvée à moins de comprendre par monologues, c'est-à-dire canticum. Que viendrait faire ici un extrait des Soliloques de saint Augustin ?] « Celui qui travaille sans sel dessine un arc sans corde. » Car vous devez savoir que ces énonciations se réfèrent à une sorte très différente de sel du minéral commun. [il s'agit du sel dit de liaison qui n'est pas le principe SEL des alchimistes : il s'agit du Mercure dont Fulcanelli, au chapitre Sundial d'Edimburgh des Demeures Philosophales, t. II, s'est employé à montrer qu'il possédait une structure cristalline] Cela vous peut voir du passage suivant du Rosaire des Philosophes :

« le sel des métaux est la Pierre du Philosophe ; car notre Pierre est de l’eau congelée en or et en argent et elle résiste au feu et se résout en son eau, dont sa nature est composée. » [la traduction donnée était incohérente et le texte en a été repris. Sur le Rosarium Philosophorium, cf. De Alchimia Opuscula complura... compilé par Cyriacus Iacobus. Cette citation est importante en ce qu'elle met bien en exergue que la pierre du philosophe - c'est-à-dire la materia prima - est le Mercure : nous sommes ramenés ainsi aux deux sentences clef de l'alchimie : AZOTH ET IGNIS TIBI SUFFICENT et SOLVE ET COAGULA.]

Et « l’eau congelée » des Sages ne signifie pas l’eau ordinaire, peut être appréhender des mots suivants de Geber (livre 4ème (forn.), chapitre XIX) :

« Cherchez à résoudre le soleil et la lune dans leur eau sèche, que le vulgaire appelle mercure. » [il doit s'agir du Liber Fornacum que l'on peut trouver dans : Verae Alchimiae, p. 193 et De Alchimia, p. 184. En termes vulgaires, il faut dissoudre le métal et le minéral dans le fondant alcalin - eau sèche - et en faire une matière visqueuse que les Sages anomment leur Mercure animé. C'est de cette manière que s'effectue la conjonction radicale des principes.]

Les Sages ont aussi décrit leur terre sous le nom de sel - par exemple, dans « Clangor Buccinae » où il est dit :

« ce qui est laissé au fond du vaisseau de distillation est notre sel - c’est-à-dire notre terre. » [il s'agit de l'opération du 2ème oeuvre ou préparation du Mercure ; ce qui reste au fond de la cornue est de l'arcanum duplicatum ou foie de soufre, hepar sulphuris. Le Son de la Trompette - Der Thon der Shalmeyen - est le Clangor Buccinae. Il est cité par Michel Maier dans plusieurs des emblèmes de l'Atalanta fugiens : XI, XXV, L. Cf. la Cassette du Petit Paysan de Grasseus sur le Clangor Buccinae. ]

Et dans « les Allégories du Sage » dans ces mots :

« Note bien que ces corps qui coulent en avant de nos corps sont des sels et des aluns. » [sur les aluns, cf. chimie et alchimie ainsi que le Vitriol de Tripied. Il faut encore consulter le traité de Rhasis : De Salibus et aluminibus et notamment le cap.  lxxv où Rhasis parle de l'aigle que Djabir interprète comme le sel ammoniac. Quant au traité l'Allégorie du Sage, il s'agit de : Allegoria Sapientum, & Distinctiones XXIX. supra librum Turbae que l'on trouve dans : Theatrum Chemicum, vol. V, p. 57 ; ]

De temps en temps ils appellent la médecine elle-même « Sel, » comme dans le passage suivant de la « Scala »:

« la vertu de la deuxième eau est de glorifier la terre dans son propre sel minéral, comme  l’assimilant par sa force propre. » [cette deuxième eau est le Mercure philosophique. Scala où : Scala Philosophorum de Guido de Montanor : Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. II, p. 134 ; Artis Auriferae, ii, p. 71 ; De Alchimia Opuscula Complura, f. 101. A noter que contrairement à ce qu'écrit Ferguson - Bibliotheca Chemica, II, p. 100, ce texte n'a rien à voir avec l'Escalier des Sages de Barent Coenders van Helpen, texte datant de 1686]

Et Arnaud, dans son travail sur « De conservatione iuventutis et retardatione secectutis, » (livre III) dit :

« Ce sel préparé à une grande vertu dans la préservation de la jeunesse. Les Sages l’ont comparé à la chaleur naturelle d'un jeune homme sain. La Pierre elle même était parfois appelée par le sage la Pierre Animale, parfois le Secret Minéral, en tenant compte de cette similitude ; parfois la panacée universelle, ou l’Eau de Vie. La préparation entière peut être réduite à l’eau potable la plus pure, comme d’autres choses qui ont les mêmes propriétés. »

Du sus-mentionné il apparaît clairement que l’on nous interdit tant par l’enseignement des Sages que par la nature de la chose de supposer que la Pierre peut être faite des minéraux moindres.
Nous devrions ensuite nous renseigner plus soigneusement que notre Pierre peut être obtenue des minéraux intermédiaires - comme le bismuth, l’antimoine, la magnésie, et ainsi de suite. Ils sont certainement souvent mentionnés dans ce sens par les Sages. Ainsi Senior dit, dans un certain passage :

« si l’orpiment jaune n’a pas la puissance de coaguler le mercure notre Magistère ne peut jamais atteindre son but. » [citation de Senior Zadith, qui pourait être tirée de Aurelia Occulta cum Senioris Zadith Tractatulô de Chemia, Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. II, p. 198-234 ou de Senioris Zadith, filii Hamuelis tabula chimica, marginalibus adaucta, Theatrum Chemicum, vol. V, p. 191-240. Rappelons que l'existence de Zadith dont le nom complet serait Zadith Ben Hamuel est hypothétique.]

Thomas d’Aquin nous recommande de prendre « notre antimoine ou la terre noire, » tandis que Parménides, dans « la Turba, » dit :

« prenez le mercure et coagulez-le dans le corps de magnésie, dans le Kuhul, ou dans le soufre qui ne brûle pas. » [11ème sentence. Là encore, le texte a été revu. Par magnésie, kuhul ou soufre non brûlant, il faut entendre le Mercure philosophique qui sert de « véhicule » aux substances visqueuses, dissoutes et sublimées dans le firmament ou Ciel des Sages.]

Mais dans tous ces passages, ces termes sont utilisés métaphoriquement ; ce n’est pas signifié que la Grande Pierre peut jamais être faite de telles substances. L’orpiment et la magnésie des Sages ne sont pas les minéraux communs, mais la substance qui dans d’autres passages est appelée l’Agent, le Lion, le Roi, le Soufre [il s'agit de l'agent de teinture ; notez que le Lion ne saurait être cet agent car il y a ici confusion entre le moyen - qui est le Lion précisémen - l'agent, qui est le Soufre et le patient, qui est le Sel ou christophore.] et par beaucoup d’autres noms. Ils l’appellent l'orpiment parce qu’il donne une coloration plus profonde et plus brillante à l’or [l'orpiment est un sel d'arsenic ; par cabale, il ne eput donc s'agir que du corps de la magnésie, chose qui s'accorde avec le passage attribué supra à Senior Zadith] ; la magnésie à cause de l’excellence et de la grandeur de ceux qui en est gagné ; l'antimoine, avec Thomas d’Aquin, à cause de la noirceur brillante qu’il assume après sa solution. En fait, quand la Pierre a assumé sa couleur d’ébène, ils ont dans l’habitude de comparer cela à toutes les choses noires.
Mais il peut être dit que certains de ces minéraux intermédiaires sont, en fait, composés de mercure et de soufre et peuvent devenir des métaux, par exemple, la magnésie s’unit avec le plomb et l’étain, et l’antimoine se mélange non seulement avec les métaux, mais produit aussi un plomb non très différent du plomb naturel. De plus, il est affirmé que beaucoup de personnes de degré plus ou moins haut ont vu de l’or fait de ces minéraux. Il est à nouveau dit que comme ces minéraux sont composés de mercure et de soufre (et peuvent par des moyens chimiques leur être réduit) et sont donc d’une origine commune avec les métaux, la substance de la Pierre peut aussi être mise à jour d’eux. Mais, en premier lieu, nous devons faire une distinction entre les divers minéraux de cette classe, à savoir ceux qui contiennent le mercure et ceux qui le contiennent rarement. Ceux qui sont pleins de mercure ont plus d’intérêt, depuis, qu’au moyen de notre Médecine, leur mercure peut être transformé en or et en argent ; Et, leur nature étant en partie métallique, ils peuvent bien être appelés demi-métaux. Mais le reste, qui n’a aucun mercure, est inutile pour notre but. Mais étant donné que, à cause du soufre brut et combustible qui est en eux, même le premier d’eux est, en effet, très loin de l’objectif métallique, donc ils ne peuvent pas être pris pour la substance de notre Pierre, qui doit être un pur et perfectionné mercure combiné avec le soufre pur, subtil et incombustible. Qu’ils soient les plus impurs et profondément infectés de la grossièreté de leur soufre, on peut facilement s’en apercevoir par l’essai d’une expérience chimique. Un d’entre eux (zinetum), par son poids et brillance, pourrait être pris à première vue pour le mercure pur par le négligent ; mais apporté à l’essai du feu, il est consommé en une fumée, comme le soufre. [il s'agit du zinc : zinco ou zinetum, considéré au XVIIIe siècle comme un demi-métal. Voici des précisions complémentaires sur la connaissance qu'avaient les Anciens du zinc, extraites de l'Histoire de la Chimie de Raoul Jagnaux :

Lorsqu'on calcine dans un fourneau certains minerais de fer et de cuivre. Il se forme, sur les parois internes de la cheminée, des dépôts grisâtres, assez considérables quelquefois pour obstruer le fourneau, si on n'a pas soin de les détacher à l'aide de ringards. Ces dépôts, constitués par de l'oxyde de zinc impur, sont les wdmies, qui
étaient bien connues des anciens. La cadmie provenant des fourneaux de l'île de Chypre passait pour la meilleure. Les Grecs et les Romains connaissaient également la calamine, qu'ils désignaient sous le nom de cadmie naturelle.

« La cadmie, dit Pline, est un produit qui se sublime par l'action combinée du soufflet et de la flamme, et qui, en raison de sa légèreté, s'attache aux parois des fourneaux. Celle qui se trouve à l'ouverture supérieure de la cheminée s'appelle capnitis (de kapnoV, vapeur), à cause de sa grande légèreté; celle qui est attachée à la partie moyenne du fourneau se nomme botrytis (de botruV, grappe), pour rappeler la forme sous laquelle elle se présente; elle est plus lourde que la précédente et plus légère que la troisième espèce, appelée plakitis
(de plaV, croûte), qui adhère à la partie inférieure des parois de la cheminée ; c'est un corps poreux comme la pierre ponce. Cette dernière espèce porte le nom d'onykitis lorsqu'elle est bleue au dehors, et qu'elle offre intérieurement les taches de l'onyx ; elle se nomme ostrakitis, lorsqu'elle est d'un aspect noir et sale. »

Pline rapporte que « la pierre dont on fait l'airain (laiton) et qui est utile aux fondeurs, se nomme cadmie. » La pierre dont il parle dans ce passage est la calamine naturelle, car il fait remarquer que la cadmie qui se dépose sur les parois des cheminées, c'est-à-dire la cadmie artificielle, peut également servir à la fabrication de l'airain, mais qu'on l'emploie plus particulièrement en médecine. Les gisements de calamine de Sardaigne durent être exploités dès l'époque romaine, et peut-être plus tôt par les Carthaginois. Dioscoride, dans sa Matière médicale, dit que la cadmie produit pendant la calcination de l'airain, et qu'elle s'attache aux parois des cheminées. Le pompholyx, dont parlent Dioscoride, Pline, Galien, etc., était préconisé comme un ingrédient des emplâtres siccatifs. Il était préparé de la manière suivante : On construisait deux petites chambres l'une sur l'autre .: dans le milieu de celle d'en bas était placé le fourneau dont la bouche allait se rendre dans la chambre supérieure. Cette chambre avait le plafond voûté, selon Galien, et une petite fenêtre qu'on tenait fermée pendant la préparation du pompholyx. Quand le feu était bien allumé et le fourneau bien chaud, on y jetait, par la petite fenêtre pratiquée dans la chambre supérieure, du cuivre jaune ou de la calamine, qui, par l'action du feu, répandait d'épaisses fumées blanches. Ces fumées venaient s'attacher aux parois et à la voûte de la chambre,
sous forme de petits flocons clous au toucher, auxquels on a donné le nom de pompholyx, et plus tard celui de laine des philosophes (lana phitosophica). Les flocons qui retombaient sur le plancher inférieur, et qui étaient réputés moins purs, constituaient le spodium des anciens. Le pompholyx et le spodium ne sont donc que de l'oxyde de zinc, qui se produit chaque fois que l'on chauffe le métal au contact de l'air. Si, dans l'opération que nous venons de décrire, les anciens avaient évité le contact de l'air, ils auraient obtenu le zinc distillé, et personne ne leur aurait pu contester la connaissance du zinc métallique. Dioscoride dit :

« II faut recouvrir la dite cadmie de charbon, et la chauffer jusqu'à ce qu'elle devienne brillante ».

Cette cadmie brillante serait-ce le zinc métallique, obtenu par la rédaction du minerai (oxyde) an moyen du charbon ? II est à regretter que Dioscoride n'entre pas ici dans de plus amples détails, et qu'il ne nous parle pas de la distillation. Son laconisme laisse le champ libre aux commentaires ». (Hoefer, Histoire de la Chimie.}
Contrairement à une opinion généralement répandue, le zinc a été connu des anciens, qui le nommaient yeudarguroV on faux argent. M. Rossignol a démontré la véritable signification de ce mot dans un passage controversé de Strabon. Ce passage doit être ainsi traduit, d'après M. Rossignol :

« II est aux environs d'Andira une pierre qui, brûlée, devient du fer. Ensuite calcinée au fourneau avec une certaine terre, elle distille du faux argent ».

Etienne de Bizance reproduisant la phrase de Strabon, la simplifie et l'éclaircit :

« Andira, dit-il, où se trouve une pierre qui brûlée devient fer ; ensuite, calcinée au fourneau avec une certaine
terre, elle distille du faux argent ; puis mêlée au cuivre, elle devient orichalque (laiton). Ainsi le racontent Strabon et Théopompe ».

« Le zinc, ajoute M. Rossignol, a aussi sa mine ou plutôt ses mines propres dont on l'extrait en vapeur ou en fusion ; ce sont la calamine, qu'on appelle encore cadmie fossile, et la blende ; or, ces deux mines contiennent toujours du fer avec du zinc, et la blende en plus grande quantité que l'autre (II est inexact que la blende renferme toujours plus de fer que la calamine ; il y a des calamines très ferrugineuses, et des blendes très peu ferrugineuses.). Voilà donc une pierre qui réunit déjà deux conditions de celle d'Andira, puisqu'elle contient
du fer et du zinc ou du faux argent ; poursuivons. Nous venons de dire que le laiton ou cuivre jaune s'obtient, par la cémentation de la cadmie des fourneaux, ou concrétion du zinc sublimé ; on le produit encore en alliant le zinc fondu avec le cuivre rouge. Mais le plus beau et le meilleur à la fois (?), c'est celui que donne la cémentation de la même mine de zinc, cémentation qui consiste à réduire on poudre la pierre calaminaire, à la mêler avec une égale quantité de poudre de charbon un peu humectée, et à recouvrir, de ce mélange des lames de cuivre
rouge, qu'on met ensuite au fourneau. Voilà donc la troisième condition remplie, puisque la même pierre, s'adjoignant le cuivre, le transforme en laiton ».

La pierre d'Andira était certainement de la calamine, puisque chauffée avec le cuivre elle transformait ce métal en laiton ; mélangée avec une certaine terre (poudre de charbon ?) elle laissait distiller un métal blanc, assez dur, qu'on appelait faux argent. Il est donc très probable que le jeudarguroV des anciens était notre zinc.

« Le mot faux argent, dit Percy, paraît avoir été adopté pour indiquer un certain métal, ayant un peu la couleur de l'argent, et probablement aussi fusible et aussi dur que celui-ci. Les seuls métaux connus alors, qui peuvent avoir par leur aspect quelque ressemblance avec l'argent, étaient le mercure, le plomb et l'étain. Or, comme ces métaux sont très reconnaissables, on les aurait certainement désignés par leur nom propre, plutôt que de les désigner sous celui de faux argent. Il faut, de plus, faire remarquer que cette dénomination ne pouvait s'appliquer à deux de ces métaux, le mercure et le plomb, car il est clair qu'aucun d'eux ne peut communiquer au cuivre les propriétés attribuées à l'orichalque ».

M. Salzmann a trouvé dans les ruines de Camiros, détruite 500 ans av. J.-C., des bracelets creus remplis de zinc. Dans les ruines de Pompée, on a découvert il y a déjà quelques années, un beau fronton de fontaine dont la partie supérieure est recouverte de zinc métallique. Voici deux faits positifs qui prouvent indubitablement que les anciens ont su extraire le zinc de ses minerais. Paracelse, alchimiste du XVIe siècle, appliqua, le premier, le mot zinc à un métal particulier, qui, suivant lui, est composé surtout de cendres de cuivre. Le zinc fut apporté de Chine, où l'exploitation de ce métal semble remonter à une époque fort reculée, par les Portugais, un siècle avant l'époque où il fut répandu en Europe comme objet de commerce. Cependant, d'après Lohnein, on
fabriquait le zinc à Goslar dès avant l'année 1617. Au commencement du XVIIe siècle, les Hollandais capturèrent un vaisseau portugais chargé d'une cargaison de zinc, qui fut vendue sous le nom de speautre, spiauter, speauter ou spialler, d'où le nom speltrum, introduit par Boyle, et le mot spellor qui est encore employé dans les ateliers d'Angleterre pour désigner ce métal. Au XVIIe siècle, le zinc était importé en abondance des Indes orientales en Europe, sous le nom de tutenag.

R. Jagnaux, Histoire de la Chimie, chap. VII, pp. 207-209

Si nous avons donné ce large extrait, c'est pour faire voir que les Anciens pouvaient avoir le sentiment d'opérer de pseudo transmutations. En effet, si ces opérations sont à présent des exerices d'école, tel n'était point le cas jadis et sous le rapport historique, il est un point remarquable : que cette mine de zinc pouvait donner l'illusion de se transformer en fer ou en orichalque que l'on ne distinguait pas réellement du laiton, du cuivre ou de l'airain. ]

Le bismuth, d’autre part, n’est pas aussi fusible par le feu - telle est sa grossièreté terreuse et impureté. L’antimoine, de nouveau, peut être purgé par un processus chimique et réduit à un régule très blanc et beau [cf. Char Triomphal de l'antimoine]. Comme nous le regardons dans cet état épuré, il semble difficile de croire qu’il ne peut pas être transformé en quelque chose de glorieux. De là il est naturel que quelques personnes vaniteuses aient pu supposer que la Pierre peut en être préparée. Mais cependant quelque soit la quantité d'antimoine purgée de sa noirceur, elle conserve toujours sa grossièreté, dureté et des propriétés sulfureuses ; elle ne peut jamais devenir malléable (comme les métaux) et donc, malgré ses nombreuses propriétés, elle ne peut pas être considérée comme un métal. De plus, son mercure est brut et impur ; et son soufre est combustible. Vous, alors, qui seriez de grands philosophes, en tromperiez plusieurs avec vos écrits érudits, dans lesquels vous mettrez ce minéral en avant comme l’essence de la panacée universelle - je vous demande à maintes reprises de reconsidérer votre avis et marquer l’énonciation d’Arnaud, en cela « il est idiot de chercher dans une chose ce qu’elle ne contient pas . » Il dit aussi, dans son Commentaire de « la Turba » : « la pierre du philosophe est une substance pure. » De nouveau, Lulle dans son « Dernier Testament, » [Lullij ultimum Testamentum, in Artis Auriferae] observe : « notre teinture n’est rien que le feu pur. » Il y a une expression au même effet dans son « Vade Mecum »  :

« c’est un esprit subtil qui teint les corps et les nettoie de leurs infirmités lépreuses. » [ le Vade Mecum de Lulle peut être consulté dans : Liber Artis Compendiosæ quem Vademecum nuncupavit, Bibliotheca Chemica Curiosa, I, p. 849 ; Codicillus, seu Vademecum & Cantilena in quo fontes Alchemicae Artis ac Philosophiæ reconditioris uberrime traduntur, idem, p. 880 ; De Tincturis compendium, seu Vade Mecum. De Alchimia Opuscula Complura, i, f. 153 ]


l'ablution ou mondification [Rosarium - cliquez pour agrandir]

Mais ce minéral (comme tout le reste, sans une exception simple) est si brut et impur que l’on ne peut seulement le nettoyer par la médiation [ce mot est important : on traduit improprement dans la Tabula Smaragdina « meditatione » là où il faut lire « mediatione »] de notre teinture. Donc, la substance de notre Grande Pierre ne peut pas en être mise à jour, depuis que (Richard, chapitre I) Rien ne peut être obtenu d’un corps qui n’existe pas auparavant dedans. Que dirons-nous du vitriol, lequel à induit en erreur plusieurs par ses merveilleuses qualités, d’autant plus qu’une certaine partie de lui change en cuivre et lui-même a le pouvoir de transformer les autres en cuivre ? En fait, c’est la substance élémentaire du cuivre [il s'agit alors du vitriol bleu, cf. chimie et alchimie] et quand cette vapeur minérale (ou le mercure aérien) trouve dans les veines minérales de la terre une place où son amer, acide, salé, et vénéneux soufre ment caché, il amalgame immédiatement avec cela dans un métal. Mais puisque la quantité du soufre sus-mentionné excède énormément celle du mercure, quand le pur est séparé de l’impur et le combustible de l’incombustible par la séparation de Nature, le mercure lui-même est changé dans une substance inférieure verdâtre. Quand le soufre commun est ajouté au cuivre et le tout introduit en contact avec le feu (donc l’art peut par la chaleur intense en quelques moments faire ce qui prend à la chaleur douce de Nature une longue période de temps pour l’accomplir) il corrode le cuivre et le change en vitriol et, selon la proportion de la quantité de soufre, le vitriol assume une couleur plus riche ou plus faible ; d’où il vient qu’un peu de vitriol contient plus de cuivre et un peu moins. Dans le fer, aussi, il y a le soufre brut; de là il est corrodé par le vitriol qui cherche son mercure (le mercure de fer étant très semblable du vitriol) et (le mercure étant joint au soufre) le fer devient le cuivre pur. [un chimiste moderne serait peut-être tenté d'écrire que le vitriol cherche sa base, de façon à créer un sel ; le mot base ne pourrait-il être mis pour Mercure ?]
On devrait soigneusement remarquer que l’esprit acide du vitriol est produit du soufre ; car l’odeur du soufre est perçu dans l’esprit du vitriol et l’esprit du soufre, comme l’esprit du vitriol, a la puissance de changer en vitriol. Depuis, alors, ce soufre corrosif est caché dans le vitriol et puisqu’il contient une si petite quantité de mercure impur, nous pouvons être sûrs qu’il ne peut pas être l’objet de notre recherche. Dans cela nous sommes d’accord avec Alphidius, [1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12. Alphidius est supposé avoir vécu au XIIe siècle et un traité, qui lui est attribué, est imprimé dans le Trinum Chymicum, à côté d'un autre de Koffsky et d'un troisième de Lulle, Strasburg, 1699. On lui attribue un autre écrit : Claves quinque et alia fragmenta de lapide philosophico componendo resté non imprimé, cf. Kopp, Die Alchemie, 1886, ii, pp. 339, 363] qui dit :

« tenez compte, mon fils et évitez les cadavres et les pierres ; dans aucune de ces choses n’est la vraie voie de la procédure, car leur vie ne conserve pas, mais détruit. Tel sont les sels, orpiments, arsenic, magnésie,  bismuth, tutie, et autres de ce genre »

Et Arnaud (Flos Florum) dit :

« la raison de ces erreurs est que les quatre esprits, c’est à dire d’orpiment, le sel d’ammoniac, le mercure et le soufre, ne sont pas la graine des métaux parfaits ou imparfaits (sauf, bien sûr, le mercure et le soufre d’eux). » [sur la Flos Florum, cf. supra. Naturellement, il s'agit de propos envieux : l'orpiment représente le Sel ou Arsenic de Geber - nous ne parlons pas de Djabir - ; le sel d'ammoniac est le sel d'Ammon, c'est-à-dire un silicate ; le mercure est le dissolvant et le soufre est la teinture de la Pierre.]
 
Mais de ces derniers mots d’Arnaud il pourrait être déduit que le mercure commun et le vif-argent sont la substance de la pierre, voyant que ceux-ci sont attribués aux quatre esprits et que le soufre est supposé consolider le mercure. Mais je réponds, avec Richard l’Anglais, dans son onzième chapitre, [Libellus utilissimus, Cui titulum fecit Correctorium. Cap XI. De Differentia sulphuris vulgi, & philosophorum simplicis non adurentis, cf. supra] qu’il ne fait pas vraiment ainsi. Car chaque sorte de soufre commun est répugnant aux métaux, comme le Sage dit :

« en effet vous devez savoir que le soufre provient de la graisse de terre et qu'il est est épaissi dans le minéral par la chaleur douce ; quand cela devient dur il est appelé le soufre. »
 
Comprenez qu'il y a deux sortes de soufre, le vivant et le combustible. Le soufre animé est le principe actif des métaux et, quand il est purgé de toute matière étrangère, il constitue la Matière de notre Pierre. Mais la variété combustible commune n’est pas la Matière des métaux ou de notre Pierre ; c’est une idée fausse. Le soufre commun, combustible - comme Avicenne nous le dit ainsi que Richard l’Anglais - n’a aucun rapport avec notre art. [l'auteur reproduit presque textuellement le chapitre XI du Libellus de Richard l'Anglais, p. 270 du vol. II de la Bibliotheca Chemica Curiosa] Cependant soigneusement préparé, il désagrège et détruit tous les métaux, parce qu’il n’a aucune affinité avec eux. Quand il est joint avec les métaux, il retarde leur fusion. On le voit clairement dans le cas du fer, qui contient le soufre dur, brut et impur. Quand ce soufre est brûlé ce n’est rien qu’une substance morte, terreuse, pulvérulente. [il s'agit pourtant de la CALX hermétique correspondant au métal ouvert] Comment alors peut-il communiquer la vie à d’autres choses ? Il a deux principes de décrépitude - son inflammabilité et son impureté terreuse. Le soufre des Sages, et d’autre part, vit dans le feu ; Il s'anime, et mûrit des substances sans vie. Le soufre commun, de toute évidence, ne peut pas être la substance de la Pierre.
Mais que déduirons-nous concernant le mercure commun ? Les Sages nous disent que la matière de notre Pierre est une substance animée et que nombre de ses qualités ressemblent beaucoup à celles du mercure vulgaire. Car c’est la substance élémentaire de tous les minéraux fusibles, comme Arnaud dit (Rosaire, Chapitre II, point I) :

« Parce que que toutes les substances fusibles, quand elles sont fondues, sont changées en cette substance élémentaire et s'y mêlent en vertu de leur origine commune : elles peuvent en différer seulement dans la mesure où cette substance [fusible] contient un soufre étranger impur. » [nous avons modifié la traduction, totalement incompréhensible auparavant. Cet extrait semble avoir été tiré du Thesaurus Thesaurorum & Rosarium Philosophorum, figurant dans la Bibliotheca Chemica Curiosa, qui contient trois livres, vol. I, pp. 662-675]

Et, de nouveau (chapitre IV) :

« Le mercure animé est assurément le plus parfait, et cela est prouvé dans toutes ses opérations, puisqu’il sauve de la combustion et permet la fusion. C’est la teinture rouge, la somme de perfection, et rapide comme la foudre ; Non plus s’il n’est coupé d’avec quoi il s’est mélangé aussi longtemps qu’il existe. Le semblable est plein d’affinité, fendant fidèlement, et est le médiateur par lequel les teintures sont unies, car cela se mélange le plus intimement avec eux, pénétrant naturellement dans leur partie la plus secrète, car de même nature. Nous imitons en tous poins la Nature, qui dans son athanor minéral travaille, sans aucune autre matière exceptée une pure forme mercurielle. C’est la seule chose qui surmonte le feu et n’est pas surmontée par lui, mais enchante par sa chaleur immédiate. » [apologie du Mercure qui permet de joindre les deux extrémités du vaisseau de nature ; rappelons que la Nature travaille par la voie humide, cf. chimie et alchimie et travaux de Gabriel auguste Daubrée]


réincrudation [Rosarium - cliquez pour agrandir]

Ensuite, Bernard dit

« Dans ce mercure est inclus le soufre essentiel, celui que le feu ne peut toucher ; et il accomplit notre objet sans aucune autre substance que celle d’un mercure pur. » [l'expression « soufre essentiel » se rencontre dans la Nature Dévoilée - Aurea Catena Homeri - datant de 1723. Il s'agit là en fait du Soufre principe, quintessencé, dont le feu secret, notre dissolvant, sert de véhicule et qui est l'objet de l'axiome de la Chrysopée de Cléopâtre. Nous n'avons pu identifier ce passage dans les oeuvres de Bernard Le Trévisan mais, au reste, rien de nouveau n'est dit.]

Voyant, alors, que le mercure a de telles propriétés excellentes, cela doit sûrement être la substance de notre Pierre ? Vrai ; mais comme il y a deux sortes de soufre, ainsi il y a deux sortes de mercure, le mercure commun et le mercure des Sages. Le mercure commun est brut et grossier ; il ne supporte non plus l’essai du feu comme notre mercure, mais est dissipé en forme de fumée, même par une chaleur douce. De là les Sages ont fixé cette règle : « notre mercure n’est pas le mercure du vulgaire. » Ainsi Lulle dit (Clavicula : chapitre I) :

« le mercure commun, cependant soigneusement préparé, ne peut jamais devenir le mercure des Sages, car le mercure commun ne peut seulement supporter l’essai du feu que par l’aide d’un certain autre mercure sec et plus fortement digéré. » [nous avons cependant montré toute l'ambiguité qui marquait l'emploi de l'expression « mercure commun ». Car, si le vif-argent vulgaire ne sert à rien dans l'oeuvre, en revanche le premier Mercure est souvent appelé dans les textes Mercure commun : il s'agit alors du Mercure des Philosophes. La Clavicule de Lulle peut être lue dans : Theatrum Cemicum, vol. III, p. 295 ; Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. I, p. 872]

Mais la plupart des étudiants de cet art ont beaucoup parlé de la sublimation du mercure commun et ont persisté dans la recherche du trésor de la sagesse terrestre où il ne peut pas être trouvé, parce que Nature ne l’a pas placé là. Et, vraiment, le travail même du mercure commun est si merveilleux qu’il a induit en erreur certains qui ont supposé qu’ils étaient connaisseurs en cet art. [cf. Huginus à Barma sur des commentaires sur le mercure et ses sels] La chose suivante est un exemple. Je connaissais un homme qui a réussi à procurer à son amalgame la couleur orange, mais il ne pouvait pas obtenir la couleur de l'or. Enfin ce chimiste intelligent a décidé d’augmenter la chaleur du four, pensant que cela aurait l’effet désirable de combiner plus intimement les ingrédients. Mais hélas ! L’alambic éclata, l’or fut projeté dans le feu, et presque entièrement changé de sa nature par le mercure toujours volatil. il apparut que le mercure (qui est son corps) a si fortement affecté l’or dans ses moindres particules qu’il l’a réduit en une teinture, bien que plusieurs couleurs aient été obtenues par l’action de la chaleur sur la masse fondue. Si ce bon homme avait eu à cœur les mots d’Arnaud dans "Flos Florum," il n’aurait jamais fait cette expérience. Car Arnaud fait référence à ceux qui adoptent cette méthode dans les termes suivants :

« ils savaient que le mercure est le principe élémentaire des métaux et qu’ils sont produits à travers sa digestion par la chaleur du soufre ; ils ont donc sublimé le mercure par lui-même, puis fixé et consolidé, et de nouveau fondu et l’ont vraiment de nouveau coagulé : mais quand ils sont venus examiner l’alambic, ils n’ont trouvé aucun or, etc. »

Donc nous ne pouvons pas croire que le mercure commun est la substance de la Pierre. En même temps je ne nie point qu’il est indispensable tant au chimiste philosophique qu’au médecin.
Nous avons soigneusement cherché la substance de notre pierre dans le monde animal et végétal, parmi les pierres, les minéraux moindres, intermédiaires et plus grands, mais en vain. [propos bien sûr envieux ; il suffit de lire quelques lignes sur l'alkali fixe pour se convaincre de sa nécessité dans l'oeuvre.] Nous devons maintenant voir si nous pouvons le trouver dans les métaux et s’il est dans tous ou seulement dans certains. C’est un fait bien connu (auquel Roger témoigne, Spec., chapitre III), [il s'agit du Miroir d'Alchimie de Roger Bacon : De Alchimia, p. 208 ; dans l'édition de 1541, f. 257 ; Theatrum Chemicum, vol. II, pp. 433 - 442 ; Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. I, p. 613 ; Verae Alchimiae, etc. i, p. 201 ; Medicina Practica, III, pp. 621 - 642. Le chapitre III s'intitule : D'Où l'on doit retirer la matière prochaine de l'Elixir -] que tous les métaux sont produits du soufre et du mercure, et que rien ne deviendra un avec eux, ou les changera, mais ce qui provient d’eux ; puisqu’une chose peut être développée et améliorée seulement par ce qui appartient à sa nature propre (Richard, chapitre I). [cf. supra sur le Libellus de Richardus Anglicus]
Je n’ai pas besoin de dire que le Grand Artiste a prescrit cela à l’ensemble des choses de Nature qui doivent produire seulement ce qui leur ressemble, pour que, par exemple, un cheval ne puisse jamais être le résultat d’un homme.

« De même que des animaux frustres » dit Basile Valentin, ne peuvent pas se multiplier par voie de génération sauf en vertu de leur nature commune, ainsi vous ne pouvez pas attendre d’obtenir la Pierre Bénie, hors de sa propre graine, dont elle a été générée dès le début. Afin de trouver la graine, vous devriez diligemment considérer de quelle manière vous cherchez la Pierre. Vous verrez immédiatement qu’il peut être seulement obtenu de la racine métallique de laquelle Dieu a prescrit que les métaux devraient être produits. De plus, il y a une grande similitude entre la génération des métaux et la Pierre. Car tant dans le soufre que dans le vif-argent (contenant ce sel qui est leur âme accélérante) est indispensablement exigée ; n’importe quel métal utile ne peut être produit jusqu’à ce que ces trois (composant de la substance métallique) n’ont été combinés en la composition de métaux ; il ne doit rien y avoir qui n’ait été obtenu d’une source métallique. Aucune chose externe dit Bacon, qui n’est pas tiré de ces deux [le soufre et mercure] n’a le pouvoir de produire ou transmuter des métaux. De ce fait, nous devons choisir une substance métallique pour la production de la Pierre. » [traduction revue sur le Dyas Chymica Tripartita, p. 39 ; au lieu de Baccho - Bacon -, le texte traduit en anglais donne Draco...]

Nous devons ensuite brièvement nous renseigner s’il doit être trouvé dans des métaux imparfaits. Plusieurs imaginent que la substance du blanc (la teinture) peut être mise à jour de l’étain ou du plomb et celle du rouge du cuivre ou du fer, ou tous les deux. Cette idée est indubitablement une fausse conception des mots des Sages. Pour Geber (lib. forn. Chapitre IX) dit :

« la masse pour la fermentation, nous la gagnons généralement de l’imparfait des corps. » [cf. supra]

Donc nous fixons en règle générale que la pâte blanche peut être extraite de Jupiter et de Saturne, le rouge de Vénus, Saturne et Mars. Et Basile Valentin dit (Lib. de phys. et hyperphys.), que la teinture est préparée d’une conjonction de Mars et de Vénus. [la conjonction des deux fournit la matière du Mercure, c'est-à-dire un sel de potasse, cf. arcanum duplicatum et laboratoire, II] De nouveau (Triomphe de l’antimoine), il utilise ces mots :

« après cette teinture du Soleil et de la Lune vient la teinture de Vénus et Mars et que deux composent la teinture du Soleil, quand ils ont été perfectionnés et condensés au maximum. Après elles, viennent les teintures de Jupiter et de Saturne (pour la coagulation du mercure) et enfin la teinture du mercure elle-même. » [chapitre XXXVI, OÙ IL EST TRAITÉ EN PARTICULIER DU CHARIOT TRIOMPHAL DE L'ANTIMOINE ET DE LA COMPOSITION ET PRÉPARATION DE LA PIERRE DE FEU QUI S'EN FAIT - il faut noter que les « teintures » sont énoncées dans l'ordre inverse des opérations]

Mais le chercheur de Nature doit savoir qu’il ne peut y avoir aucune contradiction entre Geber ou Basile, car il est impossible que les vrais philosophes  mentent un jour, et donc ces mots doivent être compris métaphoriquement. Car aucune perfection ne peut être obtenue des métaux imparfaits, par eux seul ou mélangés, puisque ce qui est imparfait ne peut porter autre chose à la perfection. Car la substance la plus pure du mercure est nécessaire pour notre but, comme il en est témoigné dans « Clangor Buccinae, » [cf. supra] et par Avicenne, Lulle et presque tous les Sages, qui affirment unanimement que « nous choisissons la substance la plus pure du mercure pour notre travail. » Maintenant cette substance fortement raffinée du mercure n’est pas trouvée dans les métaux de base, puisqu’ils sont rendus si bruts par leur soufre impur et non essentiel, que, comme des corps lépreux, ils ne peut jamais être totalement purgé et nettoyé, car un tel procédé est l’essence de notre artifice. Ils ne supportent pas non plus bien l’essai au feu, qui est une des propriétés exigées à notre Matière. Laissez-nous entendre ce que Geber nous dit (Summa, chapitre LXIII) concernant l’impureté des métaux imparfaits et les propriétés du mercure parfait :

« Ainsi, »  dit-il, « arrivons-nous sur deux des plus merveilleux secrets. Le premier est qu’il existe une cause double à la destruction de chaque métal [imparfait] par le feu : à savoir, (1), le soufre combustible joint dans leur substance intérieure est allumé par la chaleur féroce et (libre de toutes excellences dans leur mercure) annihile et convertit en fumée leur substance entière ; (2), la flamme extérieure est alimentée par eux, pénètre dans leur intérieur et les dissout en fumée, bien qu’ils soient très solide ; (3), leur intérieur est mis à nu par la calcination. Maintenant quand toutes ces conditions de destruction sont trouvées ensemble, les corps doivent être détruits ; s’ils ne sont pas trouvés ensemble, ils seront détruits quelque peu plus lentement. Le deuxième secret est l’excellence que le vif-argent communique aux corps. Car le vif-argent (aucune autre condition de décrépitude étant présente) ne se permet pas d’être séparé en ses éléments, mais prouve sa perfection en préservant sa substance intacte dans le feu. Béni soit Dieu qui l’a créé et lui a donné une telle substance et de telles propriétés qui ne sont pas trouvées dans toute la Nature. C’est cela qui surmonte le feu et enchante dans sa chaleur amicale. » [ce sont les propriétés de « fluence » du Mercure qui sont décrites]

Ici Geber montre clairement que la substance de notre Pierre ne peut pas exister dans les métaux imparfaits ; parce que les choses qui sont impures ne peuvent pas supporter le feu qui pourrait les épurer, tandis que notre mercure (à cause de sa pureté) n’est pas blessé dans le degré le plus léger du feu. Ainsi nous percevons qu’aucun métal imparfait ne peut contenir la substance de notre Pierre. Mais il ne doit pas non plus être trouvé dans un mélange de métaux impurs - car en les mélangeant ils deviennent moins purs qu’ils n’étaient auparavant. De plus, nous avons dit que la substance que nous exigeons est une. Ce fait est clairement exposé par Halys (lib. secret., chapitre VI), quand il dit :

« la Pierre est Une ; rien d’autre ne doit y être ajouté : d’une substance les Sages obtiennent notre remède. Rien d’autre ne doit se mélanger avec la Pierre elle-même, ou avec sa substance. »[on a parfois confondu Haly et Rhalid ; le premier est Abenragel Haly ; nous en parlons dans notre section sur l'astrologie - question des cercles de position dans le domaine des directions primaires - ; le second est le roi Rhalid qui s'entretenait de secrets alchimiques avec Morienus le Romain.]

Et Morien dit :

« ce Magistère grandit d’une racine originale, dont les branches sortent en plusieurs parties et duquel fleurit une chose. » [Entretiens de Calid à Morien : Bibliothèque des Philosophes Chymiques, vol. II, p. 56]


la pierre au blanc ou pierre lunaire [Rosarium - cliquez pour agrandir]

Mais si les métaux de base ne peuvent pas être la substance de la Pierre, pourquoi les Sages nous offrent-ils de les employer ? Je vous le dirai. Quand ils parlent de corps impurs, ils ne veulent pas dire le cuivre, le fer, le plomb, l’étain etc., mais son corps propre, ou sa terre - comme Arnaud (Flos Florum) dit

« le Mercure est uni à la terre, c’est-à-dire, à une substance imparfaite [ou  corps]. » [il s'agit de l'union du Mercure et du Sel]

Car quoique cette « terre » soit si parfaite et pure que pour cela elle semblerait atteindre les possibilités extrêmes de Nature, cependant en ce qui concerne la Pierre, elle reste toujours imparfaite et impure. De ce point de l’Art dépasse la Nature, puisqu’il accomplit ce que Nature ne pouvait pas exécuter. C’est cette terre avant sa purgation complète et sa régénération qui est imparfaite, que l’on peut voir du fait qu’elle ne peut pas encore accomplir plus dans la teinture ce que la Nature lui a donnée, tandis qu’après sa régénération c’est la plus puissante. Sa grossièreté est clairement perçue dans une expérience réelle : en premier, elle est noire et ressemble au plomb ou à l’antimoine ; puis elle devient d'une couleur blanchâtre et est appelé Jupiter (ou étain ou magnésie) [c'est la première fois que nous voyons mentionner la magnésie à ce stade de l'oeuvre, surtout comparée à l'étain ; la magnésie représente l'aimant c'est-à-dire le Mercure, source à laquelle viennent s'abreuver et se dissoudre les principes : une belle aquarelle de l'Aurora Consurgens en dit plus que bien des mots et on consultera là-dessus le Livre de Crates.] et ceci avant qu’elle n’ait atteint la vraie blancheur, mais lorsqu’elle a passé l’étape blanche, elle est appelée Mars et Vénus ; après, elle devient parfaite et  rouge. Basile Valentin est d’accord avec moi et n’a pas vraiment soutenu l’avis qu’il a exprimé dans certaines de ses écritures, notamment concernant la Grande Pierre où (parlant au sujet de la Pierre) il dit que dans le Soleil les trois perfections sont trouvées ensemble, d’où il tire son pouvoir de résister au feu, et que la Lune, à cause de son mercure fixé, ne cède pas facilement au feu, mais supporte l’essai.

« Cet amante noble Vénus, » continuant, « est pourvue d’une abondance de couleurs et la partie la plus grande et la plus riche de son corps est pleine de teinture. La couleur est la même que celle qui demeure dans le plus précieux des métaux, et parce que cette abondance à une apparence rougeâtre. Mais son corps est lépreux, et pour cette raison la teinture ne peut pas rester fixée, mais s’évapore lorsque la forme est détruite. Car quand le corps décrépit l’âme ne peut pas rester, mais est dissipée et chassée. Son habitation est détruite et brûlée par le feu et sa place ne la connaît plus. Dans un corps fixé elle n'aurait aucune difficulté à rester. Le sel fixé procure à Mars un corps courageux, dur, fort et lourd ; d’où la force de son âme peut être perçue : car ce guerrier n’est pas facilement surmonté. Car son corps est dur et difficile à blesser. » [Il s'agit là d'un extrait de l'Avant-propos aux Douze Clefs de Philosophie de Basile Valentin. On lira aussi le Traité des Choses Naturelles et Supernaturelles - dont les Douze Clefs ne sont bien souvent qu'une paraphrase, et la Révélation des Teintures des Métaux. Comme bien souvent chez les Adeptes nous avons affaire à une sorte de rébus spirituel d'où il convient de bien séparer le bon grain de l'ivraie : Vénus ici n'est pas l'Aphrodite du début de l'oeuvre - Aurora Consurgens - mais la Lucifer du crépuscule, c'est-à-dire la stibine de Tollius ou l'antimoine étoilé et saturnin d'Artephius. Il s'agit donc de la terre adamique qui contient l'ACIER, corps spiritualisé - ou si l'on préfère sublimé - incombustible qui est comparé à la salamandre. Par ailleurs, le corps lépreux renvoie à Jupiter par le biais de l'étain ; d'autres Adeptes appellent ainsi leur or immur ou or enté, avant que la graine n'éclose. Nous renvoyons le lecteur au commentaire de l'Introïtus, VII du Philalèthe sur la nécessité pour l'impétrant de posséder quelque matière suceptible de capter la teinture radicalement. ]
 
Mais ne laissez personne conclure de ces mots de Basile que ce soufre fixé de Vénus, une fois uni à l’esprit du mercure parfait, deviendra la teinture. Nous devons de nouveau répéter que la matière de notre pierre ne dépend pas de plusieurs choses ; mais, comme Basile le dit, c’est une substance universelle qui est obtenue de cette chose, étant l’esprit du mercure, l’âme du soufre et un sel spirituel, unie sous un ciel et demeurant dans un corps. Plus avant, retournons sur le sujet des métaux de base, et portons notre attention sur les métaux précieux, ayant à cœur ces mots de Platon (qu. II) :

« pourquoi fondez-vous et dissolvez-vous d’autres corps avec grande peine, quand en eux [les métaux précieux] vous avez ce que vous cherchez ? Si vous voulez utiliser les métaux de base, vous devez d’abord les changer en la substance des corps parfaits. » [le pseudo Platon intervient dans la Turba à la 45ème sentence]

Donc, l’enquêteur aimé des secrets de Nature, laissera de côté l’animal et les végétaux, l’ensemble des sels, des aluns, des vitriols, des bismuths, des magnésies, des antimoines et tous les métaux de base et  impurs ; cherchez votre Pierre avec ces notes d’Arnauld de Villeneuve (Point 1, chapitre VII) :

« dans le Mercure et le Soleil pour le Soleil, et dans le Mercure et la Lune pour la Lune ; puisque la vertu entière de cet art consiste en eux seuls. » [ce que l'on traduit par : dans les Soufres sublimés, car de la sublimation à la conjonction le pas est aisé à franchir. Cf. supra pour la réf.]

Car comme la source d’ignition est le feu, l’or est le principe de fabrication de l’or, » dit Ripley, dans  sa « Première Porte ».[Liber Duodecim Portarum : Theatrum Chemicum, vol. III, p. 797 ; Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. II, p. 275 ; Theatrum Chemicum Britannicum, Compound of Alchymie, p. 107 ; etc. ]

« Si, donc, vous désirez faire de l’or et de l’argent par l’art des philosophes, ne prenez jamais pour ce but d’œufs, ni de sang, mais l’or et l’argent, qui, étant soumis à l’action du feu naturellement, prudemment et pas manuellement, produisent de nouvelles substances après eux, comme toutes les choses dans la Nature. »

Richard (chapitre X) [cf. supra] nous dit

« de semer l’or et l’argent, cette aide donnée par notre travail peut porter en avant le fruit, par la médiation de Nature : car ces deux ont [et sont] ce que vous recherchez et rien d’autre dans tout le monde. » [cf. emblème VI de l'Atalanta fugiens]

Et c’est pourquoi je ne les fixe pas puisqu’ils contiennent le pur et parfait mercure, avec le soufre rouge et blanc. (Richard, chapitre XVII) [cf. supra] Ainsi Avicenne apprend que,

« dans tout argent est le blanc, comme dans tout l’or il y a le rouge, le soufre. Aucun autre soufre qui existe dans ces corps ne peut être trouvé sur toute la terre. De plus, nous préparons avec astuce ces deux corps, dont nous pouvons tirer le soufre et le mercure de la même substance que celle qui produit l’or et l’argent sous la terre. Car ils ont des corps brillants, dont les rayons teignent les autres corps avec la vraie blancheur et  rougeur, en accord avec la façon de leur propre préparation. »

« Car notre Magistère, dit Arnaud (Le Rosaire, Point 1, chapitre V) aide les corps parfaits, et travaille sur l’imparfait sans l’adjonction d’autre chose. L’or, alors, étant le plus précieux de tous les métaux, est la teinture rouge, teintant et transformant tous les corps. L’argent est la teinture blanche, teintant les autres corps avec sa blancheur parfaite. »

Laissez-moi dire au lecteur candide que les métaux, c’est-à-dire l’or et l’argent en leur forme métallique, ne sont pas la Matière de notre Pierre - étant au milieu entre eux et les métaux de base, comme notre Matière est au milieu entre la forme et notre Grande Pierre. Maintenant, Bernard comte de Trévisan et Neigens [le texte du Musaeum Hermeticum, p. 32,  indique : « Audi quid Barnard. Comes Tresnae & Naigae 2. part. » Cf. supra pour des précisions sur Naigae. Notons que le texte traduit en anglais fait l'impasse sur « Naigae » et indique point 1 au lieu de point 2.] dit (Point 2) :

« restons silencieux face à ceux qui affirment que l’on utilise n’importe quelle teinture sauf la nôtre, ou n’importe quel autre soufre que celui qui reste caché dans la magnésie ; aussi ceux qui voudraient extraire le vif-argent de n’importe où sauf de l’esclave rouge, et qui parle d’une certaine eau autre, sauf de la nôtre qui est incorruptible et ne se combine avec rien sauf ce qui appartient à sa nature propre et n’humidifie [ne teinte] rien sauf ce qui est un avec sa nature propre. Il n’y a aucun acide, sauf le nôtre, aucun autre régime, aucune autre couleur. De la même manière, il n’y a aucune autre vraie solution, sublimation, consolidation, putréfaction. Je vous conseille donc d’en avoir fini avec les aluns, vitriols, sels, corps noirs, borax, eau forte (aqua fortis), des herbes, animaux, bêtes et tout ce qui vient d’eux, cheveux, sang, urine, semence humaine, chair, oeufs et de tous les minéraux et de considérer les métaux. Mais quoique le mercure exigé pour notre Pierre soit trouvé seulement dans les métaux et en cela est le début du travail, ils ne sont donc pas notre Pierre, tant qu’ils conservent leur forme métallique. Car la même substance ne peut pas avoir deux formes. Comment peuvent-ils être la Pierre qui tient une forme intermédiaire entre les métaux et le mercure, à moins que leur forme présente ne soit d’abord détruite et enlevée ? » [extrait de la Philosophie Naturelle des Métaux de Bernard Le Trévisan, DEUXIÈME PARTIE : OÙ JE METTRAI MA PEINE ET DÉPENSE DEPUIS LE COMMENCEMENT JUSQU'A LA FIN, SELON VÉRITÉ. ; l'esclave rouge est appelé d'habitude serviteur rouge, assimilable au Lion rouge qui contient la teinture de la Pierre. Cf. Atalanta XX, XLI ; Traité du Sel de Sendivogius ; Cassette du Petit Paysan de Grasseus ; Opuscule de Zachaire citant le Livre des Lumières de Rasis. ]

Raymond Lulle, de son côté, dit dans son « Testament » (chapitre 56 - le texte traduit en anglais indique la chapitre 6) :

« sur ce compte un bon artiste prend les métaux pour son médiateur dans le travail du magistère et particulièrement le Soleil et la Lune, parce qu’en eux la substance du Mercure et du Soufre est mûrie, pure et bien digérée par l’artifice propre de la Nature. L’artiste essayerait en vain de produire cette proportion exacte d’éléments naturels, s’il ne les trouvait pas prêts à sa main dans ces corps. »

Et dans « le Codicille » :

« Sans ces deux, c’est-à-dire, l’or et l’argent, notre art n’aurait aucune existence jusqu'à ce que le soufre qu’ils contiennent ait été dépuré par la nature avec une perfection que l’art s’efforcerait en vain d’imiter. De ces deux corps, avec leur soufre préparé [ou l’arsenic préparé] notre Médecine peut être révélée, mais sans eux nous ne pouvons jamais l’obtenir. »
[traduction revue]

Dans la préface à sa « Clavicule » [la traduction anglaise indique « la Clef »] :

« je vous conseille, mes amis, d’opérer sur rien d’autre que le Soleil et la Lune ; mais vous devrez les résoudre en leurs substances élémentaires, c’est-à-dire, notre mercure et notre soufre. »

De la même manière, Arnaud nous assure que

« de ces corps là est extrait un soufre absolument blanc et rouge ; car dans ceux-ci il y a la substance la plus pure du soufre, nettoyée au degré le plus haut par l’artifice propre de la Nature. »

Nicarus, dans « la Turba, » dit :

« Je vous conseille de prendre l’or que vous désirez multiplier et renouveler, et diviser son eau en deux parties ; car ce métal tombant en cette eau sera appelé la matière fermentante de l’or. »
[Nicarus apparaît dans la Tourbe à la 33ème sentence. Il discute des sept sublimations de la tradition alchimique et de la nécessité de dissoudre l'Airain dans le ferment de l'Or, c'est-à-dire dans le Mercure. ]

Comment ce Sage peut-il appeler son « eau » l’or ? Pour aider l’étudiant dans la résolution de cette énigme, je dois lui dire que l’or des Sages n’est pas l’or commun, comme aussi Senior nous le dit dans un des Commentaires de la Tourbe :

« comme le mercure est l’élément de tous les métaux, alors l’or est leur but ultime ; de là dans tous les métaux, purs et impurs, il y a l’or, l’argent et le mercure. Mais il y a un vrai or qui est l’essence d’entre tous.
»

Ainsi vous voyez qu’il y a un or des Sages, qui, quoique tiré de l’or commun, est encore très différent de cela. Les mots suivants viennent de « l’Aurora Consurgens » (chapitre XVI) [l'Aurora consurgens est un écrit pseudo équinate qui a fait l'objet de travaux approfondis de C.G. Jung et de son élève M. Van Franz. L'ouvrage, rare, peut être trouvé dans le vol I de l'Artis auriferae, p. 110.]

« l’or du philosophe ne ressemble pas à l’or commun ni en couleurs ni en substance. Ce qui en est extrait est la teinture rouge et blanche. »

« L’or du philosophe peut être acheté à bas  prix » (Alphidius) [trad. angl. : Aphidius].

« Tout ce qui est acheté à un prix élevé est faux. Avec peu d’or nous achetons beaucoup » (Morien).

De plus, notre or vit dans l’or et notre argent vit dans l’argent, pour qu’ils ne puissent causer rien que la vie et la croissance. L’or et l’argent commun sont morts. Ils ne peuvent rien effectuer jusqu’à ce qu’ils soient élevés des morts et animés par le Sage. Alors, ils vivent et possèdent à un haut degré la puissance de propagation et de multiplication de leur règne. Concernant la vie de nos métaux que le grand philosophe, Sendivogius (qui vit toujours), en a les mots suivants :

« Laissez-moi vous conseiller de ne pas recevoir l’or et l’argent du vulgaire car ils sont morts. Prenez nos métaux vivants. Placez-les dans notre feu et il en résultera un liquide sec. D’abord, la terre sera résolue dans l’eau [c’est ainsi que le Mercure des Sages est appelé]. Cette eau résoudra l'or et l'argent ; elle les consommera jusqu’à seulement la dixième partie pour une partie. Ce sera le radical humide des métaux. »


la fontaine de Mercure [Rosarium - cliquez pour agrandir]
 
Il doit être noté que les Sages appellent parfois leur eau, aussi bien que leur terre, or. Ici, nous avons déjà entendu les mots de Nicarus et après d’une façon pareille dans « le Rosaire des Philosophes » :

« notre or et l’argent ne sont pas l’or et l’argent du vulgaire. Nous appelons or l’eau qui monte dans l’air quand exposé au feu. En vérité, cet or n’est pas l’or du commun. Le vulgaire ne croirait pas de leur or qu’il pourrait être volatilisé à cause de sa nature solide. »
 
« La terre » du philosophe, alors, est parfois désignée leur or, comme le même auteur porte témoignage :

« sachez que notre minerai, qui est l’or des philosophes, est aussi notre terre. »

Cette « terre » est aussi appelée le minerai, le ferment, ou la teinture ; de même que « l’eau » est appelée « la terre » blanche et floconneuse. Donc nous lisons dans « Clangor Buccinae » [cf. supra] :

« pour quelle raison Hermès dit, Semez votre or dans la terre blanche, floconneuse qui par la calcination a été faite rougeoyante, subtile et volatile. » [il s'agit, dans cette phase de l'oeuvre, de la terre feuillée des Sages]

C’est-à-dire : Semez de l’or, i.e., l’âme et la vertu d'animation, dans la terre blanche, qui par la préparation a été faite blanche, pure et libérée de toute sa grossièreté. L’or ainsi naturel n’est pas la matière fermentante, mais l’or du philosophe est le ferment animé lui-même. De nouveau, dans l'esc. 7 de « Scala Philosophorum » [cf. supra] :

« Leur terre est blanche dans lequel leur or [qui est l’âme] est semé et ce corps est le centre de la connaissance, sa concentration et l’habitation des teintures. » [il s'agit du point central ou sel fixe : c'est la salamandre.]

Un peu plus loin, le même auteur écrit :

« Hercule dit :  résolvez le corps de magnésie qui est devenu blanc et comme les feuilles de la mûre sauvage. Ceci est le corps ; l’âme est l’essence qui est appelée l’or du philosophe. (car avec l’eau l’esprit monte dans l’air supérieur.) 

« Mélangez,
dit Senior, l’or avec l’or, qui est l’eau [le mercure] et les cendres.
»

Et Hermès : « semez de l’or dans la terre floconneuse blanche. »

De ces expressions, cependant obscurément exprimées, il est clair que notre or n’est pas l’or commun. [c'est la teinture de la Pierre : il s'agit d'une chaux métallique que les Grecs appellent ioV -] Mais pourquoi les philosophes appellent-ils une fois leur or « l’eau » et d'autres fois « la terre » ? Ne se contredisent-ils pas l’un l’autre ? Non ; nos Sages, dans l’explication de la vérité, la voile sous des expressions obscures et allégoriques, mais se corroborent néanmoins l’un l’autre si merveilleusement qu’ils semblent tous parler, en effet, d'une même bouche. Ils ne confondent pas une chose avec une autre, ils ne veulent non plus dérouter les questeurs sérieux. Ils s’expriment en expressions mystiques pour cacher la vérité à l’indigne et à l’impie, de peur de devoir lancer des perles au cochon, et l’octroi de la chose sainte serait foulé des pieds par ceux qui pensent seulement à satisfaire leurs désirs mercantils. Mais on a dit à l’étudiant noble de notre art plus d’une fois, non seulement que l’art de notre Pierre peut être obtenu, mais aussi que sa substance doit être une, et que par l’habileté de l’artiste, elle peut être résolue en deux, c’est-à-dire, terre et feu, ou mercure et soufre. Les Sages, alors, ont bien fait d’appeler leur terre or ou eau ; car ils ont un droit de regard entier de la nommer comme il leur plaît. Donc ils appelaient fréquemment leur Pierre leur or, leur or super-parfait, leur or régénéré, et par beaucoup d’autres noms en plus. Si quelqu’un ne perçoit pas leur signification au  premier regard, il doit blâmer son ignorance propre, pas leur jalousie.
Le lecteur sait maintenant que la substance de notre Pierre n’est ni animale, ni végétale, et qu’elle n’appartient pas aux minéraux ou aux métaux de base, mais qu’elle doit être extraite de l’or et de l’argent et que notre or et argent ne sont pas l’or et l’argent vulgaire et mort, mais l’or vivant et l’argent des Sages. Nous devons maintenant dire quelque chose du mode de solution, comme étant l’arcane le plus grand d’entre tous, et la racine de la matière. [il est question de l'humide radical, c'est-à-dire de la véritable prima materia au sens de matière élémentaire] Une solution a pris place lorsque nous transformons une chose sèche en un liquide, une chose dure en douce, une chose cachée en manifeste, c’est-à-dire, quand un solide est changé en eau ; pas, cependant, l’eau du vulgaire (comme Parménides et Agadmon [Agadaimon, cf. supra] dans « la Turba » :

« Quand quelques personnes entendent parler de la liquéfaction, ils pensent qu’un changement a lieu en l’eau des nuages. Mais s’ils avaient lu et avaient compris nos livres, ils sauraient que notre eau est permanente » [extrait de la 36ème sentence de la Tourbe]),

mais dans l’eau des Sages, c’est-à-dire, la substance élémentaire, comme Arnaud (Le Rosaire I, chapitre IX) dit :

« L’objectif des Sages est de dissoudre la Pierre en son mercure, ou matière élémentaire »

Et Avicenne dit :

« vous qui désirez atteindre notre objet devez d’abord essayer de dissoudre et sublimer les deux astres, qui sont la première étape de l’expérience, qui est de pouvoir devenir l’argent-vif. » [rappelons que sublimer a le sens de conjoindre]

Donc Arnaud (Le Rosaire II, chapitre II) décrit la solution comme une résolution des corps, et une préparation de la première Matière ou Nature. Et Richard l’Anglais (chapitre XVIII) [cf. supra] écrit ainsi :

« d’abord la Pierre doit être résolue en sa substance élémentaire [l’observation de cela est une union du corps et de l’esprit], que ces deux deviendront  une eau mercurielle (animée). » [l'un des secrets de l'oeuvre est de savoir à quel époque il faut conjoindre les principes ; nous avons eu l'occasion de noter plusieurs fois que les Adeptes procédaient d'abord à l'union du Mercure et du Sel]

Mais comme cette première solution est la partie la plus essentielle de notre processus, ainsi c’est donc aussi le plus difficile, comme Eovald Vogelius porte témoignage quand il dit :

« Comme il est difficile cet accomplissement peuvent affirmés ceux qui l’ont exécuté. » [Ewaldus Vogelius. Liber de Lapidis physici conditionibus; quo abditissimorum Auctorum Gebri & Raymundi Lullii methodica continetur explicatio, Theatrum Chemicum, vol. III, p. 515]

Bernard de Trévisan, dans son livre adressé à Thomas de Bononia, dit :

« celui qui connaît le secret de la solution est au courant de l’arcane de l’Art, qui est de mélanger les sortes et effectivement d’extraire les éléments des éléments qui sont cachés en eux. » [il s'agit des éléments quintessencés ou principes principiants : la dissolution est la solution de la conjonction et la sublimation en est l'opération ; cf. Livre de la Plus grande Sapience d'Artephius. Extrait de : Responsio ad Thomas de Bononiæ . . . super eodem Opere, Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. II, p. 399]

La solution ne doit pas être faite avec de l’eau forte (aqua fortis) ; car elle corrode et détruit le corps qui doit être seulement liquéfié et amélioré. La solution n’est dans aucune eau qui mouille les mains, mais dans une eau sèche, qui est appelée tant soufre que mercure, comme Zeumon [il s'agit de Zeunon ; il intervient dans une 2ème version de la Tourbe que l'on trouve dans la Bibliotheca Chemica Curiosa, vol. I, pp. 480-494 à la page 487] dit (Turba) :

« à moins qu’en le résolvant en ses éléments vous n’extrayiez du corps sa moelle et le fassiez un esprit impalpable, tout le travail est vain. » [l'eau sèche de Basile Valentin est l'expression consacrée par Fulcanelli pour qualifier le Mercure. La moelle du corps correspond à la substance que l'Artiste obtient par l'ouverture des métaux]

Et Richard l’Anglais, après Avicenne, affirme (chapitre II) [cf. supra] :

« les Sages se sont efforcés de découvrir comment ces soufres peuvent être extraits de corps dépurés, et comment leurs qualités peuvent être autant raffinées par l’Art, alors même que cela n'était pas manifeste auparavant (bien que ces qualités aient été cachées en eux) et comment elles peuvent apparaître dans l'Art par la médiation de Nature. » [traduction revue sur le texte du Musaeum Hermeticum, p. 37, 1678]

Et cela, ils ne l’avouent pas à moins que le corps soit résolu en sa Première Matière, qui est le vif-argent, hors duquel il a été fait au commencement, sans mixture additionnelle de quelques choses d’extérieures ; puisque la matière étrangère ne peut pas améliorer la nature de notre Pierre.

« Car aucune eau, » dit Bernard, « ne dissout nos corps, exceptée celle qui est de leur sorte, et qu'ils peuvent coaguler. » (Epître à Thomas de Bononia) [cf. supra]

Et dans le même Épître il écrit :

« La solution requiert la permanence simultanée du solvant et de ce qui est dissous, en sorte que des deux semences, masculine et féminine, résulte une nouvelle espèce. Amen je te dis, qu'aucune eau ne dissout l'espèce métallique avec réduction naturelle, mais celle qui reste avec eux en forme et manière et que ces mêmes métaux dissous peuvent coaguler. » [traduction revue sur le texte du Musaeum Hermeticum, p. 37, 1678 - c'est, clairement, la voie sèche qui est utilisée ici. Et rarement aura été énoncé de façon aussi claire le fait que la dissolution doit précéder la coagulation et que les substances dissoutes participent directement à la coagulation du Mercure.]


putréfaction [Rosarium - cliquez pour agrandir]

Ainsi Morfoleus, [intervient p. 490 dans la 2ème version de la Turba, qui correspond à la 55ème sentence] dans « la Tourbe » dit :

« chaque corps est dissous avec l’esprit qui y est joint et devient sans aucun doute aussi spirituel. Et chaque esprit est modifié et coloré par les corps, auquel esprit est ainsi ajouté une couleur de teinture qui supporte l’essai du feu. »

De là l’étudiant de notre art doit diligemment se renseigner quant à savoir ce qu'est cette eau.

« Sans la connaissance de la menstrue, » dit Raymond (Comp. Animae, point 1) « rien ne peut être fait dans le magistère de cet Art. Rien ne préserve les métaux quand ils sont dissous, sauf notre menstrue, » [Raymundus Lullius. Compendium animæ transmutationis artis Metallorum Ruperto Anglorum Regi transmissum, Theatrum Chemicum, vol. IV, p. 171; ; Testamentum Raymundi Lulli doctissimi et celeberrimi philosophi. Duobus libris universam artem chymicam complectens, antehac nunquam excusum. Item ejusdem Compendium animae transmutationis artis metallorum, absolutum jam et perfectum. (Ludolphus Verdemanus edidit) apud Ioannem Byrckmannum (Colonia), 1573]

qui, de nouveau dans son « codicille », est 

« l’eau dans laquelle les métaux sont dissous, tandis que toutes leurs propriétés essentielles sont conservées. » [on ne voit rien d'autre qu'un fondant qui puisse être plus approprié. Sur le codicille, cf. supra]

Quelque soit le Grand Arcane que nos Sages tenaient toujours secret et nous ont interdit de révéler, cependant, autant que nous le pouvons, nous vous mettrons sur la bonne voie par deux citations. La première est trouvée dans le Rosarius Minor et est ainsi écrite :

«  La première préparation et la base de cet Art est la solution [c’est-à-dire, la réduction] du corps en eau, c’est - à-dire, dans le vif-argent, et cela ils l’appellent la solution, quand ils disent : que l’or soit dissous, qui est caché dans le corps de magnésie, qu’il soit réduit à sa Première Matière ; de là il peut devenir le soufre et le mercure, et ne pas être de nouveau liquéfié dans l’eau. Le but de notre solution est de le rendre liquide, et de le résoudre en la substance du vif-argent dont la salinité de son soufre peut être diminuée ; qu'enfin ce soufre divin est préparé en l’extrayant de deux soufres, quand l’esprit rencontre le corps. » [deux choses à bien comprendre : l'or alchimique est fait à la fois Soufre et Mercure, c'est-à-dire substance qu'il faut comprendre comme étant visqueuse, i.e. tenant le milieu entre l'état solide et liquide ; dire que le sel du Soufre diminue, n'est-ce pas affirmer que le Soufre coagule et qu'ainsi il ne peut de nouveau être liquéfié ? Fulcanelli dit qu'ici la coction doit être linéaire.]

La deuxième citation est tirée du Prologue des « Douze Portes, » de Ripley : 

« Je vous apprendrai tout de suite que vous devez connaître qu’il y a trois mercures, qui sont les clefs de la connaissance [que Raymond appelle son menstrue], sans laquelle rien n’est correctement fait. Mais deux d’entre eux sont superficiels. Le troisième est de l’essence du Soleil et de la Lune, dont je vous décrirai les propriétés. Car le mercure, essence des autres métaux, est la substance principale de notre Pierre. Dans l’Or et l’Argent nos menstrues ne sont pas visibles à l’œil, et sont seulement perçus par leur effet. C’est la Pierre dont nous parlons, si quelqu’un comprend nos livres correctement. C’est l’âme et la substance brillante du Soleil et de la Lune, cette influence subtile dont la terre tire sa splendeur. Car qu’est-ce que l’or et l’argent (dit Avicenne) sinon la pure terre rouge et blanche ? Retirez-en la splendeur sus-mentionnée et ce ne sera rien que la terre sans valeur. Le composé entier, nous l’appelons notre plomb. La qualité de la splendeur vient du Soleil et de la Lune. Et, en bref, ceux-ci sont nos solvants. Nous calcinons naturellement les corps parfaits avec le premier, sans ajouter quoi que ce soit d'impur, excepté celui généralement appelé par les philosophes lion vert, et c’est le moyen pour parfaitement combiner les teintures du Soleil et de la Lune. Avec le deuxième, qui est un liquide végétal, ranimant ce qui auparavant était mort, les deux principes [tant matériel que formel] doivent être dissous ; autrement ils n’auraient que peu de valeur. Avec le troisième, qui est un liquide permanent, incombustible, de qualité onctueuse, l’arbre d’Hermès est brûlé en cendres. C’est notre feu naturel, le plus sûr, notre mercure, notre soufre, notre teinture pure, notre âme, notre Pierre élevée avec le vent, née dans la terre. Ces choses vont au cœur. Cette Pierre, j’ose vous le dire, est l’essence puissante du métal, et vous devez être prudents de la manière dont vous l’obtenez vraiment. Car ce solvant est invisible, bien qu’avec l’eau philosophique secondaire, par la séparation des éléments, il puisse devenir visible dans la forme de l’eau pure. De ce solvant et avec lui, vous pourrez obtenir le soufre de Nature, s’il est naturellement métamorphosé en esprit pur. Alors, vous devrez dissoudre votre masse fondamentale [c’est-à-dire l’or et l’argent] avec lui. » [voyez les notes au Prologue de Ripley. Sur la splendeur, il s'agit du Soufre rouge, nécessaire à la teinture de la Terre ; le plomb est qualifié par plusieurs alchimistes de Plomb des Sages, c'est leur compost. Le premier corps est le Mercure - l'Eau sèche - et il est désigné comme le Premier Mercure dans les textes : il s'agit du Typhon dont parle Maier en ses emblèmes de l'Atalanta fugiens ; le deuxième Mercure correspond sans doute à cette susbtance qu'Artephius nomme le Lait de Vierge. Quant au 3ème Mercure, il s'agit de l'Eau permanente des Sages : l'action de l'Artiste est alors comparée au ludus puerorum ou au travail de la fileuse, ce qui est tout un programme et un vrai travail d'Hercule.  L'arbre d'Hermès est l'Arbore Solari. La dernière partie de cet important extrait est malaisé à décrypter ; il semble que ce Soufre de nature procède de la coagulation de l'eau mercurielle mais on ne comprend plus pourquoi, in fine, Ripley revient à la dissolution.]
 
Dans ces deux citations le mystère entier de la solution est révélé. Si vous considérerez les propriétés et les pouvoirs de Nature, et les comparez avec ces mots, et annihilez tous les travaux de Nature (c’est-à-dire les réduisez et les déroulez comme le fil d’un écheveau), vous trouverez en eux toute la vérité simplement et fondamentalement. Mais si vous ne pouvez pas comprendre d’eux de quelle façon les portes sont verrouillées, et ne connaissez pas la substance ni les pouvoirs de Nature, vous en serez instruits, non par la vanité dédaigneuse, mais par la prière ardente et l’étude infatigable.
Car (par la révélation du grand et du bon Dieu) j’ai atteint cet Art seulement par l’application persévérante, les veilles et la lecture répétée de livres authentiques. Je ne parle pas de la matière - qui m’a été donnée par la révélation de Dieu seul ; mais j’ai par l’étude découvert le secret de sa solution, qui est la même que celle des Sages antiques et modernes, et le vrai arcane de l’Art, dont l’ignorance empêche tant les Philosophes présents que passés, de ne rien exécuter d’utile, d’où c’est un secret d’Art et un arcane de sagesse que personne ne doit révéler sauf Dieu, pour lequel avantage je donne avec le cœur et les lèvres des remerciements éternels au Créateur de toutes les choses, monde sans fin, Amen.


l'énigme royale [Rosarium - cliquez pour agrandir]

Pour que vous ne puissiez avoir aucune raison de vous plaindre de moi, lecteur candide, je vais, cependant, pour l’amour de Dieu, vous expliquer un autre mystère. Vous devez savoir que, bien que la solution soit une, cependant en elle peut se distinguer l’une et la seconde, comme ils disent dans les écoles. La première solution est celle dont Arnaud parle dans la susdite citation, c’est-à-dire, la réduction de celle-ci en sa Première Matière [mise en oeuvre du Premier Mercure, dissolution des Soufres, ouverture du métal]; le deuxième est cette solution parfaite du corps et de l’esprit en même temps, dans laquelle le solvant et la chose se dissolvent ensemble, et avec cette solution du corps a lieu simultanément une congélation de l’esprit [époque de l'Eau permanente, Mercure philosophique, Draco qui caudam devoravit...].
Ici vous pouvez clairement et simplement voir de vos yeux ce que vous avez longtemps désiré voir. Si vous le comprenez, ce n’est qu’un jeu simple enfant ; donc, je m’abstiendrai d’en parler davantage. Si vous connaissez le commencement, la fin suivra dûment par l’aide de Dieu, par qui seul nous pouvons obtenir toute la gloire, la gloire corruptible de ce monde, et cette gloire éternelle en laquelle avec des corps glorifiés nous pouvons voir Dieu face à face - méprisant tout les plaisirs mondains que nous pouvons contempler de nos yeux propres que la joie du ciel est éternelle, infinie et ineffable. Avec ces mots je concluerai mon petit traité. Tout ce qui reste à dire, je l’exposerai dans la parabole suivante, où vous trouverez le système entier et la pratique clairement expliquée. Si vous la suivez dûment, vous parviendrez sans aucun doute à la vraie sagesse. Peut-être pourrez-vous le voir, ainsi que tous les bons hommes, par Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu l’Esprit Saint, Bénit soit-il pour toujours !

M. S.

C'est une en nombre, et une en essence, que Nature s’efforce de transformer, mais avec l’aide de l’Art, en deux, et doublement deux : le mercure et le soufre se communiquent leur substance. L’Esprit, et l’âme, et le corps et les quatre éléments : le cinquième qu’ils fournissent est la Pierre des Philosophes. Choisissez votre substance sans astuce, laissez-la être double et laisser sa splendeur [le Soufre divin] être de mercure pur. Prenez le soufre libéré de chaque substance étrangère et consommez-le dans un four ardent. [le 4ème degré de feu de Fulcanelli est celui des fours à porcelaine, soit 1500°C ; Ebelmen travaillait dans les aludels des fours de M. Bapterosse] Mais quand vous le réunirez de nouveau, laissez-le être toujours du même poids. Alors, je crois que vous êtes sur la route du mystère. Quand vous avez dissous, rapidement sublimez-le. La livre que vous obtenez, distillez-la sans cesse. Alors, efforcez-vous de la condenser et continuez à l’exposer à la chaleur. Après cela, commencez « à la teindre » en grande partie. Vous avez la panacée des hommes, et la somme des métaux, et vous serez capable de guérir quiconque et quoi que ce soit autant qu’il vous plaît.

Ici suit une Parabole dans laquelle est déclaré le Mystère de la Matière entière.

Une fois, comme je marchais à l’étranger dans un bois [la forêt est le symbole de la materia prima ; en général, on desine des chênes séculaires], et considérais la misère de cette vie et le déplorais par la chute lamentable de nos premiers parents, [Mars et Vénus] nous avons été réduit à cet état pitoyable, je me suis soudainement retrouvé sur un chemin grossier, vierge et impraticable, qui était investi par des ronces [voyez le bouquet d'aubépines ou de roses du Mutus Liber ; il y a là des rapports évidents avec les contes de fée, sur lesquels se s'est évidemment penché C.G. Jung . Alors, j’ai eu peur et me suis efforcé de revenir sur mes pas. Mais il n’était pas en mon pouvoir de le faire ; car une tempête si violente a soufflé sur moi qu’il était plus facile de marcher dix pas en avant qu’un en arrière. Donc j’ai dû me dépêcher en avant et suivre le rude chemin montant et descendant la colline. Après un moment, j’ai atteint un beau pré, entouré d’arbres fruitiers chargés, que les habitants du lieu appelaient le Pré du Bonheur [le Jardin des Hespérides, assimilable à l'île du Cosmopolite]. Là, j’ai rencontré une foule d’hommes décrépits avec des barbes grises, l’un d’eux, un personnage âgé [Mercurius senex bien décrit par Jung], avait une longue barbe un peu sombre, je le connaissais de nom, mais dont je n’avais jamais vu le visage. Ces hommes discutaient [symbolique du Mercure, cf. Toyson d'Or] de sujets divers, par exemple, la bonté et la sagesse de Dieu, tous les objets naturels et particulièrement le grand mystère que le mensonge a caché dans la Nature, duquel - ils disaient - Dieu le cache au monde entier, et le fait connaître seulement à quelques-uns qui l’aiment vraiment. Je les ai écoutés pendant une longue période de temps (car j’étais heureux de leur discours) avant de penser que certains parlaient d’une manière plutôt extravagante, pas en ce qui concerne la substance et la méthode, mais en ce qui concerne les paraboles, les similitudes, etc., qui était les inventions d’Aristote, de Pline et des autres. Quand j’ai entendu ces choses, je ne pouvais plus me contenir et, comme Saül parmi les prophètes, j’ai commencé à donner mon avis, et à réfuter ces affirmations futiles par des arguments tirés de l’expérience et de la raison. Certains d’entre eux ont été d’accord avec moi et ont commencé à tester ma connaissance avec beaucoup de questions. Mais j’ai si bien répondu que j’ai porté cet essai à l’admiration de tous. Ils se sont tous émerveillés de la justesse de ma connaissance et ont affirmé d’une voix que je devrais être reçu dans leur camaraderie. Ces mots m’ont rempli de grande joie. Mais ils ont dit que je ne pouvais pas être leur Frère jusqu’à ce que je connaisse leur Lion [le Mercure] et ses propriétés internes et externes [doubles propriétés si l'on tient compte qu'il transforme des substances par son pouvoir pontique non acide, et qu'il disparaît ensuite, transformant l'invisible en manifeste].


Le Lion vert [Rosarium - cliquez pour agrandir]

Ils m’ont dit que je devais rassembler ma force entière pour le soumettre. J’ai avec assurance répondu que je remuerais ciel et terre pour atteindre cet objet. Car leur bonté m’a tant affecté que je ne les aurais pas quittés pour toute la richesse de ce monde. Donc ils m’ont conduit au Lion et avaient de grandes douleurs à me déclarer sa nature. Mais personne ne voulais me dire comment je devais le traiter en premier. Certains d’entre eux ont murmuré quelques mots sur ce point, mais si confusément et obscurément, qu’un sur mille aurait compris leur signification. Cependant, ils ont dit que lorsque je l’aurais lié sans être atteint par ses griffes pointues et ces dents épouvantables, je devrais connaître tout le reste. Ce Lion était vieux, féroce, grand et épouvantable à contempler avec sa crinière jaune gracieuse [il s'agit là du premier état du Mercure ; son autre figuration est Typhon qui poursuit inlassablement Latone]. Alors, je me suis repenti de mon audace et aurais volontiers reculé si je n’avais pas été retenu par le but exprimé et par les vieillards qui m’entouraient. Donc je suis soigneusement descendu dans le repaire du Lion et me suis efforcé de le pacifier ; mais il portait un mauvais regard sur moi avec ces yeux rouges, et m’affligea tant que je ne pouvais à peine être debout sur mes pieds et pensais que ma dernière heure était venue. Mais, me souvenant de ce qu’un vieillard avait dit lorsque je suis entré dans la tanière, à savoir, que plusieurs avaient entrepris d’apprivoiser le Lion, mais que seulement peu l’avaient accompli, j’ai rassemblé mon courage et ai essayé plusieurs artifices, que j’avais appris de mon expérience diligente. De plus, j’avais un peu de connaissance de magie naturelle. J’ai donc abandonné mes artifices et l’ai saisi si doucement, habilement et subtilement, que presque avant qu’il ne le sache, j’avais tiré tout le sang de son corps, de son cœur et de ses intestins. Ce sang était rouge en effet, mais colérique [sujet de l'archange Gabriel terrassant le dragon et de l'une des plus belles aquarelles de l'Aurora Consurgens]. Alors, j’ai continué à le disséquer, et ai fait une des plus merveilleuse découverte : - ses os étaient aussi blancs que la neige et leur quantité plus considérable que celle du sang. Quand les vieillards près de la tanière ont observé notre lutte, l’ayant vu, ils ont commencé à s’entretenir avec une grande ardeur, comme je pouvais le voir de leurs gestes - puisqu'étant dans le repaire, je ne pouvais pas entendre leurs mots. Puis, leur discussion s’est faite plus haute et je pouvais distinguer ces mots : « il doit le ramener à la vie de nouveau s’il souhaite être notre frère. » [c'est le secret du Mercure animé : ce qu'exprime le frontispice du Mutus Liber où l'on voit un dormeur que des anges munis de buccins - Clangor Buccinae - assis sur des barreaux d'échelle - Scala Philosophorum - s'efforcent d'obtenir] Donc, sans délai, je suis sorti du repaire vers un grand espace libre, et ensuite soudainement (je ne sais pas comment) me suis trouvé sur un très haut mur, qui mesurait plus de 100 mètres de haut, mais qui n’était pas, en haut, large de plus d’un pied, et au milieu courait un rempart de fer de grande force. Maintenant, comme je suis passé, j’ai pensé avoir vu quelqu’un marcher avant moi sur le côté droit du rempart. Quand je l’ai suivi sur une distance courte, j’ai pris conscience qu’une autre personne me suivait de l’autre côté ; mais, je ne peux pas dire si c’était un homme ou une femme. Cette personne m’a salué et a dit qu’il y avait un appui plus commode sur son côté que sur le mien. Ceci, j’était tout à fait prêt à le croire ; car le rempart qui était au milieu du mur, fait que le chemin est étroit pour rendre le progrès extrêmement difficile à une si grande hauteur, en effet, j’ai remarqué que certains d’entre ceux qui m’ont suivi sont en réalité tombés [allusion à l'un des médaillons du Jardinet hermético-spagyrique de Stolzenberg - décrit par E. Canseliet - où l'on voit l'un de ces souffleurs choir de l'échelle en haut de laquelle il s'était égaré sans avoir fait provision de philosophie]. Donc, j’ai surmonté le rempart pour aller de l’autre côté et suis parvenu à la fin du mur, qui présentait une descente plus difficile et dangereuse encore [il faut comprendre que le héros de la fable suit le parcours de la conduite du calorique ; et que s'il est facile de brûler les fleurs - chute de l'échelle -, il est à peine plus facile de descendre, c'est-à-dire de diminuer la température du fourneau, chose qui doit se faire d'une manière toute progressive]. Alors, j’étais désolé d’avoir abandonné mon côté, car je ne pouvais ni avancer, ni reculer, mais, me rappelant que la fortune est amie de l’audacieux, j’ai essayé de descendre en utilisant mes mains et mes pieds, et je suis descendu sans risque. Maintenant, lorsque je m’étais avancé un peu plus loin, j’ai mis à l’écart toute pensée de danger et ai tout oublié du mur et du rempart. En éclairant ensuite un certain endroit, j’ai trouvé des roses blanches et rouges [allusion à l'un des emblèmes - XLI - de l'Atalanta fugiensAdonis, culbuté par un sanglier - Arès - saigne d'un sang blanc ; Aphrodite vole à son secours et se blesse à des ronces ; son sang, rouge, se mêle au sang blanc d'Adonis, et ainsi naît l'hermaphrodite], mais les dernières étaient plus abondantes ; donc j’ai réuni certaines d’entre elles et les ai mises dans mon chapeau. En cet endroit était quelques femmes des plus belles et en un jardin voisin, un certain nombre de jeunes hommes y sont vus. Mais un mur qui entoure le jardin empêche ces derniers de rejoindre les femmes. Ils désiraient le faire, mais il ne leur était pas permis d’aller autour du jardin et de trouver la porte. Cette vue m’a fait pitié et donc je suis retourné avec hâte par le chemin lisse le long duquel j’étais venu et j'avais bientôt atteint quelques maisons, parmi lesquelles je me suis attendu à trouver la maison de campagne du jardinier [le jardinier représente l'Artiste : Hercule, Cadmos. N'oublions pas la Cassette du Petit Paysan - notre jardinier - attribuée à Grasseus ou Grasshoff]. Mais j’ai trouvé là beaucoup d’hommes, qui chacun avait leur cellule propre (dans très peu, il y avait deux vies ensemble). Ils étaient tous activement au travail, chacun labourant pour lui-même. Leur travail avait été d’une manière longtemps et familièrement connue de moi - en effet, beaucoup trop bien connue. Donc je me suis dit :

« contemplez, voici beaucoup de personnes au travail sur des expériences idiotes, arides et vaines, qui pourraient paraître plausibles (selon le style de chaque homme), mais aucun fondement réel dans la Nature. Sûrement vous aussi, obtiendrez le pardon. »

Au moins, je ne subirais pas d’être retenu par de telles futilités stériles, mais j’ai continué ma voie. Quand j’ai atteint la porte du jardin, certains m’ont regardé de côté et j’ai eu peur qu’ils m’empêchent d’atteindre mon but. D’autres ont murmuré et ont dit :

«  Regarde, ce camarade présume qu’il peut s’approcher de la porte du jardin, alors que nous, qui avons passé tant d’années dans ces travaux horticoles, n’avons jamais gagné l’accès ! Comme nous le raillerons s’il rencontre une répulsion. » [dans l'Atalanta fugiens, il y a un emblème où nous avons « mis en scène » un jardin avec son château dans lequel on pourrait voir ici une scène extraite de ce théâtre chimérique, en utilisant des gravures de Goossen Van Vreeswijk  (1675) : il s'agit de l'emblème XXVII]

Mais je n’ai prêté aucune attention à leur conversation (car je connaissais l’intérieur de ce jardin mieux qu’eux, bien que je n’aie jamais été dans celui-ci) et me suis approché de la porte, qui était fermée à double tour et dans laquelle il semblait n’y avoir aucun trou de serrure, mais bientôt je perçu un trou de serrure qui aurait échappé à n’importe quel observateur commun. Donc j’ai inséré ma principale clé (appelée par certains « l’adultère ») [c'est la clef conçue de la conjonction entre Mars et Vénus, au 2ème oeuvre qui aboutit au principal composé du Mercure, cf. arcanum duplicatum et laboratoire 2.], que j’avais diligemment modelée pour le but, j'ai poussé en arrière le verrou et suis entré. Après le passage de cette porte, je me suis heurté contre d’autres portes verrouillées, que, cependant, je n’ai eu aucune difficulté à ouvrir. Donc je suis entré dans le jardin et j'ai trouvé au milieu un petit jardin carré, qui était entouré d’une haie de roses [on remarque ce jardin sur l'une des figures du Livre d'abraham Juif, décrit par Nicolas Flamel] recouvertes de belles roses, et comme une légère pluie tombait, et les rayons du soleil brillaient, je contemplais un arc-en-ciel [Clef VI de Basile Valentin]. Mais je me pressais de passer le petit jardin, vers cette place où j’ai pensé que je pourrais aider les jeunes femmes, lorsque, regardant, s’est présentée là la plus belle de toutes les jeunes filles, rangées dans de la soie et du satin, avec le plus beau des jeunes gens, paré dans une robe écarlate [le couple alchimique]. Ils ont marché bras dessus bras dessous à la roseraie et ont porté beaucoup de roses parfumées dans leurs mains. Je les ai salués et ai demandé comment elle en était venu à bout.

« Mon jeune mari aimé, » a-t-elle dit, « m’a aidé et maintenant nous quittons ce plaisant jardin et nous nous pressons de rejoindre notre chambre pour satisfaire notre amour. »


conjonction [Rosarium - cliquez pour agrandir]

« Je suis heureux, » ai-je retourné, « que sans aucun ennui de ma part vos désirs aient été accomplis. Mais voyez combien d’ennui j’ai eu en votre nom, ayant traversé une si grande distance en un temps si court. »

Alors j’ai été à un moulin à eau, construit dans des pierres, où il n’y avait aucun récipient pour la farine ou d'autres choses requises pour le travail du meunier ; j’ai vu des roues tournant par la poussée de l'eau. J’ai demandé au meunier décrépit la raison et il m’a dit que le grain moulu prenait place quelque part hors de la vue [allégorie du travail du Mercure parvenu au stade de l'eau permanente : la farine de premier jet est toujours blanche, puis viennent des farines de qualité moindre qui se colorent de plus en plus. Le meunier décrépit représente Saturne et le grain moulu n'est autre que le Soufre sublimé]. À cet instant, j’ai vu qu’un meunier est entré à cet endroit par un petit pont et je le suivis immédiatement. Quand j’avais passé le pont, qui était sur le côté droit des roues, j’ai fait une pause et ai contemplé une merveilleuse chose. En un instant, les roues étaient au-dessus du pont ; j’ai vu l’eau très noire, avec des gouttes blanches [submersion de Délos] ; le pont faisait seulement trois pouces de largeur ; mais en m’accrochant aux rails, je suis arrivé sans risque derrière, sans être du tout mouillé et ai demandé au vieil homme combien de roues il avait. Il a répondu, « Dix ». J’ai été dérangé par le merveilleux incident, et aurais voulu connaître sa signification, mais j’ai estimé que c’était peine perdue que de poser au vieil homme d'autre question et je suis parti.  Il y avait devant le moulin un espace assez important dans lequel certaines des dites personnes marchaient sous les rayons du soleil (qui étaient alors assez chauds) et consultaient quelques documents que l'université de la faculté leur avait donnés. J’ai deviné le contenu de la lettre et, étant sûr qu’elle me concernait, je leur ai adressé une question à cet effet

« Cela vous concerne vraiment, » ont-ils dit, « la femme avec qui vous vous êtes marié il y a longtemps, vous devez la garder pour toujours, ou bien nous devrons le dire à notre chef. »

« Vous n’avez pas besoin de vous déranger à ce sujet, » ai-je dit, « car nous sommes nés ensemble et avons grandis ensemble comme des enfants, et maintenant que je l’ai épousée, je ne l’abandonnerai jamais, mais la chérirai jusqu’à son dernier souffle ; non, même la mort elle-même ne nous séparera pas. »

« C’est bien, » ont-ils dit, « votre femme est satisfaite, aussi ; vous devez être joints ensemble. »

« Je suis content, » ai-je dit.

« C’est bien, » se sont-ils répétés. « Car ainsi le Lion sera restauré à la vie et sera plus puissant et plus actif qu’il ne l’était auparavant. » [transformation du Lion vert en Lion rouge]

Alors je me suis rappelé mes travaux et savais par certains signes que cette question concernait non moi-même, mais un très bon ami. Comme ces pensées ont traversé mon esprit, j’ai vu notre jeune marié et sa jeune mariée aimée - les deux habillés dans les vêtements sus-mentionnés - se présenter, désireux d’être joints ensemble. Cette vue m’a réjoui ; car j’avais eu peur que le sujet entier m’ait concerné. Maintenant quand le jeune marié, dans sa robe écarlate brillante, avec sa jeune mariée, dont la robe en soie distribuait des rayons brillants, ont atteint les vieillards, ils ont été tout de suite joints ensemble. Et je m’émerveillais que la jeune fille, que l’on tenait pour la mère de son jeune marié, avais une si jeune apparence, tant qu’elle pouvait semblé être sa fille. Mais je ne sais pas quel péché ils avaient commis, sauf que le frère et la sœur avaient été tirés l’un de l’autre par un tel amour passionné qu’ils ne pourraient plus être séparés [allégorie où participent à la fois la dissolution, la sublimation et la conjonction. Nous sommes ici assez près des Noces Chymiques de Rosenkranz] ; Et, étant chargés de l’inceste, ils ont été fermés pour toujours dans une prison proche, qui, cependant, était aussi translucide et transparente que le verre et arquée comme la voûte céleste, pour que l’on puisse voir tout ce qu’ils faisaient du dehors [cette prison de verre a été pris comme symbole par Maier pour l'emblème IX de l'Atalanta fugiens : toutes les matières utiles sont nommées. De quoi fabriquer du verre, de l'arcanum et les astres du firmament où sont placés les Soufres]. Là ils devaient faire pénitence pour leurs péchés avec leur larmes incessantes et leur tourment. Tous leurs vêtements et leurs ornements extérieurs avaient été ôtés. On n’avait permis à aucun de leurs domestiques et amis d’être avec eux, mais après qu’ils aient eu reçu de quoi rassasier leur faim et leur soif (par l’eau sus-mentionnée - il s'agit du Mercure de vie), la porte fut fermée et verrouillée et le cachet de la Faculté y fut fixé. On me confia la charge de chauffer leur chambre en hiver, pour qu’ils ne puissent avoir en aucun cas ni trop chaud ni trop froid et j’avais en plus à surveiller qu’ils ne s’échappent point [danger de brûler les fleurs, prévention d'une évaporation trop rapide du dissolvant]. Si n’importe quel accident de n’importe quelle sorte était arrivé, j'aurais été sévèrement puni. Je n’ai pas aimé cette charge ; Et, comme je me suis rappelé que le sujet était le plus important et que le Collège de Sages n’avait pas l’habitude de dire ce qu’ils n’ont pas voulu dire, j’ai été rempli de crainte. Mais puisque je devais supporter ce que je ne pouvais rien changer et puisque la chambre était placée dans une tour forte et entourée de remparts et de murs élevés et, de plus, qu’elle pouvait être facilement chauffée avec un feu doux et continu, j’ai fait appel à Dieu pour l’aide et ai commencé à chauffer la chambre. Mais qu’est ce qui est arrivé ? Aussitôt qu’ils ont senti la chaleur bienveillante, ils se sont embrassés l’un l’autre si passionnément que le cœur du mari a été fondu avec l’ardeur excessive de l’amour et il est tombé, brisé en mille morceaux. Quand elle, qui l’a aimé non moins qu’il l’a aimée, l’a vu, elle a pleuré sur lui et, en effet, l’a couvert de larmes débordantes [allégorie superposable à celle d'Adonis et d'Aphrodite, cf. supra], jusqu’à ce qu’il ait été tout à fait inondé et devenu invisible. Mais ces plaintes et larmes n’ont pas duré longtemps, car étant lassée de l’excès de douleur, elle s’est détruite. Hélas ! Quelle crainte et angoisse sont tombées sur moi, quand j’ai vu ceux qui m’avaient été désespérément remis à charge, en effet, fondre et mourir avant moi [stade de la dissolution totale : éclipse de Soleil et de Lune]. J’ai été sûr que je devrais être mis à mort pour cela ; mais les railleries, la dérision et le mépris que je devais subir ont semblé plus pénibles que la mort. Dans cet état d’âme inquiet, j’ai passé plusieurs jours, jusqu’à ce que la pensée me soit arrivée que, si Médée (Medea) avait restauré un cadavre à la vie, je pourrais peut-être être capable de faire pareillement [cf. Introïtus, VII sur Médée et son rôle dans le grand oeuvre]. Mais je ne pouvais penser à aucun meilleur plan qu’entretenir la chaleur de la chambre jusqu’à ce que l’eau soit évaporée et on pouvait de nouveau voir les cadavres des amants. Je n’ai pas douté qu’alors je devrais le plus honorablement être hors de tout danger. Donc, j’ai entretenu le feu quarante jours [faut-il rappeler que le Christ a passé quarante jours dans le désert ?], l’eau diminuant de jour en jour et les cadavres commençant à réapparaître. Maintenant, cependant, ils semblaient aussi noirs que des charbons. Cet effet aurait été produit plus tôt si la chambre n’avait pas été si étroitement fermée et scellée pour que je ne puisse aucunement l’ouvrir. Car j’ai remarqué que l’eau est montée au plafond de la chambre et est ensuite redescendue comme la pluie, mais elle ne pouvait trouver aucune sortie de la chambre, jusqu’à ce que les cadavres se soient putréfiés et aient commencé à distribuer une odeur pénible. En attendant, les rayons du soleil brillant sur l’humidité de la chambre, ont produit le plus beau des arc-en-ciel [cf. là encore la Clef VI de Basile Valentin qui scelle l'union radicale des principes de l'oeuvre] ; et, après toute ma douleur, la vue de ces couleurs gaies m’a rempli de grand plaisir ; et j’avais particulièrement le plaisir de constater que mes amants reposaient sous mes yeux. Mais comme il n’y a aucune joie sans une goutte d’amertume, j’étais toujours dérangé par la pensée que ceux qui avaient été remis à mes soins étaient toujours couchés sans vie [le Rosarium Philosophorium donne des images remarquables de cette phase de l'oeuvre où l'Âme n'a pas encore réintégré le corps].


nutrition du lapis [Rosarium - cliquez pour agrandir]

Néanmoins, je me suis consolé de la réflexion que la chambre (étant si bien fermée) devait toujours contenir leurs âmes et esprits. Donc j’ai continué diligemment à exécuter mon office de réchauffage, étant assuré qu’ils ne retourneraient pas à leurs corps tant qu’ils seraient confinés dans cette atmosphère humide [d'où les gravures que l'on voit dans l'Atalanta fugiens - emblème XLVIII - et dans le De Lapide Philosophorum de Lambsprinck - quatorzième figure : le Mercure doit s'évaporer afin de permettre à l'Âme de réintégrer le Corps.]. Cette conjecture a été justifiée par l’événement. Car vers la soirée [époque où la Vénus de l'Aurora Consurgens ou Lucifer devient la stibine des Sages, c'est-à-dire leur Terre], j’ai remarqué que beaucoup de vapeurs sont montées de la terre à la chaleur du soleil et ont été soulevées comme l’eau est attirée par le soleil ; ensuite quand la nuit est tombée, elles ont arrosé la terre comme la rosée fertilisante et ont lavé nos corps, qui sont devenus de plus en plus beaux et blancs lors de cette aspersion. Et plus blanc ils deviennent, plus la quantité d’humidité en air diminue, jusqu’à ce qu’enfin l’atmosphère ne soit devenue trop pure pour l’esprit et l’âme, les empêchant d'y demeurer plus longtemps [on voit la liaison qui est faite entre le blanchiement des corps et la rosée de mai ; c'est la résolution de cette rosée qui permet à l'âme d'être restituée au corps] ; donc ils ont été contraints de retourner au corps clarifié de la Reine, qui (à ma grande joie) a été tout de suite rétablie à la vie [Diane paraît en effet avant Apollon et se fait parêdre de Latone]. Ma joie était encore plus grande, parce qu'à présent, elle portait un vêtement beau et magnifique comme peu de mortels on en vus et avait une couronne de gloire, toute faite de diamants. Ainsi vêtue, elle s'est mise debout et a pleuré :

«  Sachez, motels, et laissez entrer ceci dans vos coeurs, que le plus grand Dieu est unique, qu'il a le pouvoir de mettre les choses en haut ou en bas. Il peut rendre riche ou pauvre comme il le veut. Il est mort, et a ressuscité. J'étais grande et j'ai été mise à nu ; mais à présent, d'humble que j'étais, j'ai été faire reine de bien plus de royaumes. Après la mort, la vie m'a été redonnée. quand j'étais pauvre, les trésors de la sagesse et de la puissance m'ont été insufflés. A présent, je puis aussi faire l epauvre riche, accorder la tolérance à qui est humble et restituer la santé aux malades. Mais je suis inférieur à mon frère de prédilection, le plus grand roi, qui doit encore êtreressuscité des morts. Quand il viendra, il montrera que mes mots étaient justes. »


résurrection [Rosarium - cliquez pour agrandir]

Quand elle eut ainsi parlé le soleil éclairait du zénith le monde avec ses rayons glorieux et la chaleur grandissait (car la canicule s’approchait) [l'étoile Sirius se lève dans le 2ème décan du Cancer, cf. Atalanta XLII pour davantage de précisions sur le feu à donner]. Longtemps avant que cela ne survienne, les vêtements de soie noire riche, de damas gris ou colorés de cendre, de soie blanche rare, brodée avec des perles d’argent, précieuses et des diamants brillants, ont été préparés pour le mariage de notre Reine ; et maintenant les vêtements multicolores, couleur chair, d’orange, le safran, la soie rouge et écarlate, richement brodée avec des rubis et des carbunculi, ont été préparés pour l’ornement de notre nouveau Roi. Mais il n’y avait personne à voir travaillant à ces vêtements ; encore que l’un après l’autre ait été préparé, au point que j’en fut énormément émerveillé, parce que je savais que personne d’autre excepté la jeune mariée et le jeune marié n’était entré dans la chambre. Mon étonnement a augmenté quand j’ai observé qu'après que chaque robe ait été finie, celles qui avaient été là auparavant disparaissaient tout de suite, quoique j'ai pu voir que personne ne les avait mises de côté. Alors, quand le vêtement écarlate le plus précieux a été fini, le Roi grand et puissant est apparu dans une splendeur et une magnificence indescriptibles et quand il a vu qu’il était enfermé, il m’a prié, avec les accents les plus persuasifs, d’ouvrir la porte. Aussi bien, quoique l’on m’ait strictement défendu d'ouvrir la chambre, j’ai été rempli de la crainte de la majesté et du discours persuasif du Roi et j'ai accédé à sa demande. Quand il quitta la chambre, il était plein de noblesse, si doucement et si humblement, que je ne pouvais pas m’empêcher de penser que ces vertus sont les ornements les plus glorieux des grands. Comme il y avait grande chaleur, il a eu extrêmement soif et, las, il m’a humblement demandé de lui apporter de l’eau de la rivière où l’eau tombe avec rage et mousse sous les roues. J’ai volontiers accepté sa demande et, après l’extinction de sa soif profonde, il est retourné dans la chambre, me demandant de fermer la porte soigneusement pour que personne ne puisse le déranger ou le réveiller de son sommeil. Donc il a dormi quelques jours et m’a ensuite rappelé pour ouvrir la porte de nouveau. Il a semblé beaucoup plus beau, plus rouge et plus royal qu'auparavant et a dit que cette eau était très précieuse et pleine de vertus. Quand à sa demande, j’étais allé en chercher un peu plus, il a pris une plus grande gorgée qu’auparavant, au point que la taille de la chambre a semblé s'agrandir. Après avoir bu de cette eau (qui est estimée de peu de valeur par l’ignorant) autant qu’il a désiré, il est devenu si beau et glorieux que de toute ma vie je ne me rappelle pas avoir vu un homme plus glorieux, ou des actes plus glorieux. Car il m’a pris dans son royaume et m’a montré tous les trésors et la richesse du monde entier, avant que je n’aie été obligé d'avouer que la Reine ne m’avait pas dit la moitié de cela. De l’or et des précieux carbunculi à l'infini. On devait aussi y trouver le renouvellement et la restauration de la jeunesse ainsi que des facultés naturelles ; le rétablissement de la santé, et la panacée universelle. Ce qui m’a plu surtout, était que les gens de ce royaume connaissaient, craignaient et honoraient leur Créateur et demandaient et obtenaient de lui la sagesse, la compréhension et, après cette vie, la gloire éternelle et la béatitude.  Puisse ce dernier nous être également donné par Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu l’Esprit Saint, la Trinité Bénie, à qui appartiennent l’éloge, la gloire et l’honneur, le monde sans fin, Amen.



FIN